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Full text of "Revue celtique"

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of 


Stephen  B.  Roman 


From  the  Library  of  Daniel  Binchy 


REVUE     CELTIQUE 


TOME     IV 


A       ^  PUBLIÉE  V-^    > 

^J^      AVEC      LE     CONCOURS     DES     PRINCIPAUX     SAVANTS        ^^y> 

DES  ILES  BRITANNIQUES  ET  DU  CONTINENT 


DIRIGEE    PAR 


H.   GAIDOZ 

Directeur-Adjoint  à  l'École  des  Hautes  Études,  Professeur  à  ['École  des  Sciences  Politiques, 

Secrétaire  correspondant  de  la  Cambrian  Archceological  Association,  Membre  de  la 

Royal  Archœological  Association  of  Ireland,  etc. 


Tome  IV 


F.    VIEWEG,    LIBRAIRE-ÉDITEUR 
67,  rue  de  Richelieu,  PARIS 

1879- 1880 


Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2011  with  funding  from 

University  of  Toronto 


http://www.archive.org/details/revueceltiqu04pari 


TABLE   DES   MATIÈRES. 


Pages 
Les  dieux  de  la  cité  des  Allobroges,  d'après  les  monuments  épigraphiques, 

par  M.  Florian  Vallentin .     .  i 

—  Cf.  Note  additionnelle 44$ 

Comment  le  druidisme  a  disparu,  par  M.  Fustel  de  Coulanges     ...  37 

Devinettes  bretonnes  recueillies  et  traduites  par  M.  L.-F.  Sauvé.          .  60 

Sirona,  par  M.  Charles  Robert 133 

—  Cf.  Note  complémentaire 26$ 

—  Cf.  Erratum 479 

Supplément  aux  dictionnaires  bretons,  par  M.  Emile  Ernault .     ...  14$ 

Popuiar  Taies  of  Ireland,  by  David  Fitzgerald,  Esq 171 

—  Cf.  Additional  notes 268 

—  Cf.  Errata 202,  316 

L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles,  texte  gallois  publié  d'après  le  Livre  Rouge 

d'Oxford,  avec  une  traduction  française  par  M.  H.  Gaidoz  ....  203 

—  Cf.  Addenda  et  Corrigenda 479 

Tidings  of  Doomsday,  an  Early  Middle  Irish  Homily,  edited  and  trans- 

lated  by   W.  S 24$ 

—  Cf.  Errata 479 

Cornica,  by  W.  S 258 

Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius,  chef  cadurque,  par  M.  A.  de 

Barthélémy 317 

Old-Breton  Glosses,   by  W.  S 324 

O'Clery's  Irish  Glossary,  edited  and  translated  by  Arthur  W.-K.  Miller, 

Esq 349 

—  Cf.  Errata 479 

Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne,  par  M.  F. -M.  Luzel    .     .  429 


vj  Table  des  Matières. 

MÉLANGES. 

Le  Dictionnaire  breton  de  Roussel,  par  M.  E.  Ernault 104 

Une  version  tchèque  du  Purgatoire  de  saint  Patrice,  par  M.  L.  Léger  .  105 
Les  langues  celtiques  dans  les  Iles  Britanniques  et  en  France,  par  M.  Paul 

Sébillot 277 

Mercurius  Finitimus,  par  M.  Florian  Vallentin 444 

Taliesin's  Little  World,  by  Reinhold  Kcehler,  Esq 447 

Le  breton  dans  maistre  Pathelin,  par  M.  J.  Loth 451 

La  Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise,  par  H.  G.     .  457 

BIBLIOGRAPHIE. 

H.  d'Arbois  de  Jubainville,  Voyelles  et  consonnes  du  breton  moderne 

(E.  Ernault) 465 

Barges,  Les  colonies  phéniciennes  (Philippe  Berger) 283 

Edm.  Blanc,  Épigraphie  des  Alpes  maritimes  (H.  G.) 460 

Berson,  La  nation  gauloise  et  Vercingétorix 469 

Bulliot  et  Roidot,  La  cité  gauloise  (H.  G.) 109 

Bye-Gones 463 

J.  Costa 282 

Daremberg  et  Saglio,  Dictionnaire  des  antiquités 463 

John  Davies,  The  Celtic  Languages 470 

Decharme,  Mythologie  de  la  Grèce 126 

De  quelques  publications  d'outre-Pyrénées  (H.  G.) 279 

Durand,  Études  de  philologie 301 

Duval,  Esquisses  marchoises 471 

Emgann  Kergidu  (Ernault) 299 

Fita 280 

Gaidoz,  Esquisse  de  la  religion  des  Gaulois  (A.  de  B.) 112 

—      La  religion  gauloise  et  le  gui  de  chêne 470 

Geslin  de  Bourgogne  et  A.  de  Barthélémy,  Anciens  évêchés  de  Bretagne.  296 

E.  Hùbner 279 

Joyce,  Old-Celtic  Romances  (H.  G.) 294 

Koschwitz,  Sechs  Bearbeitungen  des  altfr.  Ged.  von  Karls  des  Grossen 

Reise  (H.  G.) 117 

Laurens  de  la  Barre,  Fantômes  bretons  (Luzel) 297 

Lemière,  Les  Gaulois  étrangers  à  la  race  celtique 469 

Liebrecht,  Zur  Volkskunde  (H.  G.) 118 

Loch  Etive 301 

Luchaire,  Étude  sur  les  idiomes  pyrénéens  (H.  G.) 1 1 1 

Luzel,  Veillées  bretonnes' 125 

Mortillet,  Les  potiers  allobroges  (Héron  de  Villefosse) 289 


Table  des  Matières.  vij 

Napier,  Folk-Lore 12$ 

Nedelec,  Cambria  Sacra 114 

Pryce,  The  ancient  British  Church 114 

Quellien,  Annaïk 299 

Revon,  La  Haute-Savoie  avant  les  Romains  (H.  G.) 279 

Rhys,  Lectures  on  Welsh  Philology,  2d  Ed.  (H.  G.) 116 

Ch.  Robert,  Inscriptions  antiques  du  musée  de  Bordeaux 122 

E.  Rolland,  Faune  populaire 125,  47; 

Ruelle,  Bibliographie  générale  de  la  Gaule 301 

Sacaze,  Épigraphie  de  Luchon  (H.  G.) 460 

Sarmento 280 

Sikes,  British  Goblins  (H.  G.) 295 

FI.  Vallentin,  Divinités  indigètes  du  Vocontium 122 

—  Le  culte  des  Matrae 308 

—  Le  musée  épigraphique  de  Gap  (H.  G.) 460 

De  Valroger,  Les  Celtes,  la  Gaule  celtique  (H.  G.) 107 

J.  de  Vasconcellos 279 

De  la  Villemarqué,  Poèmes  bretons  du  moyen  âge  (H.  G.)      .     .     .     .  1 1 7 

Vingtrinier,  La  statuette  d'Oyonnax 470 

Windisch,  Irische  Grammatik  (H.  G.) 112 

Wynne,  The  History  of  the  Gwydir  Family  (H.  G.  1     .     .     ...     .     .  464 

CHRONIQUE. 

La  Société  celtique.  —  Une  poésie  de  M.  Luzel.  —  The  Folk-Lore 
Society.  —  M.  P.  Sébillot  sur  la  statistique  de  la  langue  bretonne. 

—  Les  manuscrits  de  Th.  Stephens.  —  Un  index  à  la  Grammatica 
Celtica 125 

La  Revue  épigraphique  du  midi  de  la  France.  —  Un  musée  gallo-romain 
à  Dornach  (Alsace).  —  Un  ancien  poème  français  sur  sainte  Nonne 
(cf.  rectification,  p.  479).  —  La  poésie  à  la  Société  celtique.  —  Une 
poésie  de  M.  Milin.  —  Les  causeries  bretonnes  de  M.  Le  Bos.  —  La 
bibliothèque  galloise  de  M.  Robert  Jones.  —  La  discorde  chez  les 
celtophiles  de  Gratz.  —  Un  recueil  de  contes  de  la  Haute-Bretagne. 

—  Les  nouvelles  commissions  archéologiques 302 

Les  revues  épigraphiques.   —   Un   nouveau   livre  de  M.   Rhys.  —  Le 

calendrier  d'Oengus,  par  M.  Stokes.  —  La  Société  gaélique  d'Inver- 
ness.  —  La  Société  des  Cymmrodorion.  —  La  mission  de  M.  Quel- 
lien  en  Basse- Bretagne .      472 

NÉCROLOGIE. 

MM.  Halliguen  :  —  Ed.  Barry  ;   —  Robert  Jones  ;  —  Th    Nicholas     .       132 


viij  Table  des  Matières. 

MM.  le  général  Creuly  ;  —  Charles  de  Gaulle  ;  —  abbé  Henry  ;  — 

O'Longan  ;  —  François  Stark 312 

MM.  Wynne  ;  —  Le  Men  ;  —  De  Saulcy  ;  —  Encina 474 

Addenda  et  Corrigenda 479 

Erratum  du  t.  II 479 

Errata  du  t.  III ■ 479 

Errata  du  t.  IV 479 


AVIS. 

Ce  volume  contient  une  feuille  et  demie  de  moins  que  les  précédents 
parce  que  nous  avons  donné  un  plus  grand  nombre  de  feuilles  de  la 
Grammaire  galloise  de  Griffith  Roberts  que  nous  publions  en  supplément. 
Nous  saisissons  cette  occasion  d'annoncer  que  cette  réimpression  sera 
achevée  avec  la  dernière  livraison  du  tome  V. 


LES  DIEUX  DE  LA  CITÉ 

DES  ALLOBROGES 

D'APRÈS    LES    MONUMENTS    ÉPIGRAPHIQUES. 


La  religion  des  Gaulois  a  été  l'objet  de  recherches  et  d'investigations 
de  la  part  de  plusieurs  érudits  qui  se  sont  attachés  surtout  aux  mythes 
et  aux  légendes.  Je  crois  qu'il  ne  faut  pas  dédaigner  dans  cette  étude 
l'archéologie,  et  spécialement  l'épigraphie,  qui  est  un  précieux  auxiliaire. 
En  effet,  les  inscriptions  sont  les  seuls  textes  d'une  authenticité  indiscu- 
table que  l'on  possède. 

J'ai  fait  connaître  dans  une  précédente  publication  les  divinités  indi- 
gètes  des  Voconces  d'après  les  monuments  épigraphiques  '.  Un  travail 
analogue  pour  la  cité  des  Allobroges  m'a  paru  présenter  quelque 
intérêt. 

Les  Allobroges  possédaient  toute  l'étendue  de  la  région  comprise  entre 
le  Rhône  et  les  Alpes,  le  lac  Léman  et  l'Isère  2.  Ce  vaste  territoire  se 
divisait  naturellement  en  deux  parties  distinctes  :  la  plaine,  qui  était  très 
peuplée  et  qui  produisait  du  blé  en  abondance,  et  la  montagne,  domaine 
exclusif  des  forêts  et  des  pâtures  qui  fut  défriché  après  la  conquête. 
it  Les  Allobroges,  dit  Tite-Live,  ne  cédaient  à  aucune  autre  nation  gau- 
loise, ni  en  richesse,  ni  en  puissance,  ni  en  renom.  »  En  effet,  les  peu- 
plades de  la  rive  gauche  du  Rhône  formaient  une  confédération  dont  les 
Allobroges  avaient  le  patronage  ;  ces  derniers  appartenaient  à  leur  tour  à 


i.  Grenoble,  1877,  in-8%  87  pages.  (Extr.  du  Bull,  de  l'Acad.  delphinale,  1876,  t.  XII 
de  la  y  série.) 

2.  Allmer,  Inscriptions  antiques  de  Vienne,  t.  II,  p.  390  et  s.  —  Cet  érudit  pense  avec 
raison  qu'il  faut  comprendre  dans  l'Allobrogie  certaines  parties  de  la  rive  droite  du  Rhône 
et  de  la  rive  gauche  de  l'Isère,  opinion  corroborée  par  l'étude  des  monuments  épigra- 
phiqaes.  Voir  sur  ce  point  E.  Desjardins,  Géogr.  hist.  et  adm.  de  la  Gaule  romaine, 
t.  II,  p.  351.  —  On  admet  généralement  que  les  Allobroges  appartenaient  à  la  race  celtique. 
E.  Desjardins,  id.,  p.  234  et  s. 

Rev.  Celt.  IV  1 


2  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

la  confédération  Arverne,  conformément  au  système  de  groupement  en 

usage  dans  la  Gaule  '. 

Avant  la  conquête  romaine,  Vienna  était  la  métropole  des  Allobroges 
grâce  à  sa  situation  sur  les  bords  du  Rhône,  le  plus  considérable  affluent 
de  la  Méditerranée  et  la  voie  la  plus  fréquentée  pour  les  relations  com- 
merciales 2.  Les  oppides  disséminés  alors  sur  le  territoire  allobroge 
étaient  Cularo,  Genava,  Solonium,  Ventïa  3.  Il  faut  ajouter  à  cette  liste  les 
localités  connues  par  les  inscriptions  ou  les  itinéraires  et  dont  les  noms 
paraissent  appartenir  à  la  nomenclature  gauloise  :  Figïïnae,  Tegna,  Ursoli 
entre  Vienne  et  Valence,  Turedonnum,  Morginnum  entre  Vienne  et  Gre- 
noble, Bergusium,  Etanna,  Condate  entre  Vienne  et  Genève,  Lavisco, 
Lemincum,  Voludnia,  Mantala,  Turno  entre  Vienne  et  la  vallée  des 
Ceutrons^. 

Il  est  inutile  de  rappeler  les  démêlés  des  Allobroges  avec  les  Romains, 
leurs  défaites  aux  batailles  célèbres  de  Vindalium  et  du  confluent  de 
l'Isère,  leur  soumission,  leurs  révoltes  et  enfin  leur  complet  et  définitif 
assujettissement  s.  L'Allobrogie  fut  alors  élevée  au  titre  et  aux  préroga- 
tives d'une  colonie  de  citoyens  romains  ;  elle  fit  partie,  comme  la  plu- 
part des  cités  de  la  Narbonnaise,  de  la  tribu  Voltinia  6.  La  métropole 
officielle  fut  maintenue  à  Vienne  :  la  colonie  de  Vienne  remplaça  la  cité 
des  Allobroges,  et  par  suite  les  Allobroges  devinrent  des  Viennois.  Cette 
colonie  prospéra  rapidement  et  eut  une  brillante  destinée.  L'étude  des 
monumentsépigraphiques  recueillis  dans  l'Allobrogie  a  permis  à  unarchéo- 
logue  distingué,  M.  Allmer,  de  reconstituer  l'histoire  de  cette  région 
sous  la  domination  romaine  i. 

Lorsque  les  Romains  avaient  pris  possession  d'une  ville  gauloise,  ils 


i .  Ce  fait  est  très  important  :  il  nous  explique  pourquoi  Téutomal,  roi  des  Salluves, 
battu  par  Calvinus,  se  réfugia  chez  les  Allobroges,  et  pourquoi  ceux-ci,  attaqués  pour  ce 
motif  par  les  Romains,  demandèrent  l'assistance  des  Arvernes.  Déjà  antérieurement  à  cette 
époque,  Annibal,  après  avoir  franchi  le  Rhône,  ne  crut  pas  devoir  tenter  de  gagner  les 
Alpes  sans  s'être  entendu  avec  les  Allobroges.  —  Voir  :  D'  Guillaud,  Des  différentes  races 
qui  ont  successivement  habité  le  département  de  l'Isère;  Herzog,  Gall.  Narbonn.  Descript.; 
Allmer,  ibid.,  t.  11,  p.  393  ;  E.  Desjardins,  ibid.,  p.  217-236. 

2.  Le  nom  gaulois  de  Vienne  serait  peut-être  Vigenna,  nom  qui  figure  sur  la  table  de 
Peutinger.  E.  Desjardins,  ibid.,  t.  II,  p.  237  et  note  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville. 
Allmer,  ibid.,  t.  II,  p.  401.  —  Strabon,  4,  1,  11. 

3.  E.  Desjardins,  ibid.,  t.  II,  p.   350. 

4.  On  peut  ajouter  :  les  Albinnenses  (Albens),  les  Bellicenses  (Belley),  les  Venetonima- 
genses  (Vieu),  etc.  Allmer,  ibid.,  t.  II,  p.  393  et  406. —  Desjardins,  ibid.,  t.  II,  p.  238, 
note  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville. 

5.  E.  Desjardins,  ibid.,  t.  Il,  p.  277  et  s.,  p.  3  50  et  s. 

6.  Allmer,  ibid.,  t.  Il,  p.  141. 

7.  Inscriptions  antiques  de  Vienne,  ouvrage  remarquable  qui  a  obtenu  la  première 
médaille  au  concours  des  antiquités  nationales  de  1874.  —  Le  territoire  de  la  colonie  de 
Vienne  dut  rester  le  même  que  celui  de  l'ancienne  cité  des  Allobroges. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  3 

en  faisaient  une  contrefaçon  de  la  ville  éternelle  frappée  à  la  même 
effigie  ;  ils  construisaient  des  cirques,  des  théâtres,  des  capitules,  des 
aqueducs,  pour  mettre  Rome  à  toute  heure  sous  les  regards  du  Gaulois 
et  enseignera  celui-ci  qu'il  était  devenu  romain.  Le  culte  et  les  noms 
des  dieux  de  Rome  remplaçaient  le  culte  et  les  noms  des  divinités  indi- 
gènes ,  des  temples  et  des  autels  s'élevaient  en  leur  honneur;  mais  ces 
dieux,  dépaysés  dans  un  pays  humide,  regrettaient  le  ciel  bleu  de 
l'Olympe  et  les  déesses  frileuses  grelottaient  dans  les  brouillards. 

Le  nombre  des  temples  érigés  dans  l'Allobrogie  aux  dieux  de  l'Olympe 
romain  était  très  considérable,  à  en  juger  par  les  inscriptions  qui  sont 
parvenues  jusqu'à  nous.  Ces  temples  étaient  desservis  par  des  prêtres 
d'un  haut  rang  et  d'origine  ingénue,  pontifes,  augures  ou  flammes1.  Les 
divinités  gauloises  avaient  été  reléguées  dans  les  laraires  des  carrefours, 
desservis  par  les  sévir  s  augustaux  choisis  généralement  parmi  les 
affranchis. 

Auguste,  Pontifex  Maximus  et  chef  de  l'empire,  unifia  le  monde  romain 
de  la  manière  la  plus  complète  au  point  de  vue  religieux.  L'assimilation 
faite  pour  les  divinités  de  l'Orient  et  de  l'Afrique  était  impossible  pour  la 
Gaule  et  l'Espagne  ;  il  fallait  la  remplacer  par  une  organisation  nouvelle. 
Aussi  Auguste  profita  de  la  restauration  qu'il  accomplissait  des  dieux 
lares  et  pénates  à  Rome  et  en  Italie,  et  il  y  comprit  les  dieux  de  la  Gaule2. 
Les  dieux  conservés  du  culte  gaulois  furent  seuls  aptes  à  figurer  dans 
les  laraires  publics,  et  prirent  le  surnom  d'Augustes  en  souvenir  des 
décrets  de  l'empereur  qui  les  avaient  admis  à  l'honneur  de  divinités  offi- 
ciellement reconnues?.  En  outre,  l'étude  des  monuments  épigraphiques 
montre  que  les  Romains  rapprochèrent  leurs  dieux  des  divinités  gau- 
loises qu'ils  pouvaient  leur  assimiler  :  ils  cherchèrent  des  analogies,  des 
ressemblances  dans  leur  Olympe.  La  divinité  indigète  fut  obligée  de  se 
parer  du  nom  du  dieu  latin  correspondant  ou  présumé  tel. 

La  fusion  des  cultes  avait  été  considérée  par  les  Romains  comme  le 
meilleur  moyen  d'arriver  à  la  destruction  du  druidisme,  dont  l'impor- 
tance politique  leur  portait  ombrage,  et  par  suite  à  l'assimilation  de  la 
Gaule  ;  c'était  d'ailleurs  le  complément  nécessaire  des  institutions  admi- 
nistratives et  sociales  qu'ils  avaient  introduites  dans  notre  pays.  Cet 
état  de  choses  permit  rapidement  au  vaincu  de  jouir  de  la  plénitude  des 


1 .  Ce  sont  les  seules  fonctions  que  font  connaître  les  inscriptions.  Choisis  à  vie  par  les 
décurions  de  Vienne,  ces  prêtres  pouvaient  cumuler  leurs  fonctions  religieuses,  qui  étaient 
gratuites,  avec  des  fonctions  civiles.  Allmer,  ibid.,  t.  II,  p.  274. 

2  et  3.  Sueton.  Vit.  Augusii,  c.  30-31.  Bullet.  de  l'Acad.  des  inscr.  et  bell.  lettr. 
1872,  p.  410  (M.  L.  Renier).  Allmer,  toc.  citât.  Est-ce  bien  certain? 


4  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

droits  de  cité  qui  ouvrait  l'accès  aux  honneurs  :  plusieurs  Viennois  par- 
vinrent à  de  hautes  situations  sous  l'empire  '. 

La  transformation  officielle  des  divinités  gauloises  en  lares  Augustes 
eut  ses  conséquences  dans  les  croyances  et  dans  les  cérémonies  du  culte  : 
le  dieu  indigète  devint  métis  ou  gallo-romain,  ainsi  que  ses  adorateurs, 
cultores  tcrnpli.  Dans  la  suite  le  dieu  latin  s'empara  peu  à  peu  des  attri- 
buts de  la  divinité  indigète,  dont  le  nom  ne  fut  plus  considéré  que 
comme  un  surnom  topique.  Cette  fusion  des  cultes  a  été  aussi  symbolisée 
par  le  type  des  statuettes.  En  effet,  ces  statuettes,  tout  en  présentant  les 
attributs  des  dieux  romains,  diffèrent  essentiellement  de  la  représentation 
officielle  par  le  costume,  par  les  formes  ou  par  les  traits  du  personnage  divin. 
Ainsi,  par  exemple,  les  innombrables  figurines  de  Mercure  montrent  ce 
dieu  sous  l'aspect  d'un  jeune  homme  comparable  pour  la  beauté  plas- 
tique et  la  perfection  des  formes  au  type  admirable  de  l'Apollon  grec  2. 

Les  Romains  n'ont  jamais  prohibé  les  rites  et  les  pratiques  gauloises  ; 
ils  étaient  très  tolérants  pour  les  religions  étrangères,  à  condition  que 
ces  religions  ne  fussent  pas  en  opposition  avec  les  lois  et  en  désaccord 
avec  leur  politique.  La  représentation  des  divinités  nationales  n'a  pas 
même  été  proscrite  :  c'est  ce  que  démontrent  les  nombreuses  statuettes 
du  dieu  gaulois  dont  on  ignore  encore  le  nom  et  qu'on  appelle  générale- 
ment, faute  de  mieux,  Dis  Pater  5. 

Les  Sévirs  augustaux  étaient,  comme  je  viens  de  le  dire,  les  desser- 
vants des  laraires  publics  ;  ils  présidaient  aux  fêtes  des  lares,  ils  faisaient 
les  sacrifices  prescrits  et  contribuaient  à  la  solennité  des  cérémonies  par 
des  spectacles,  des  repas  publics,  etc.  Ces  fonctions  s'exerçaient  sans 
salaire,  et  elles  étaient  de  plus  soumises  à  Yhonorarium  au  profit  de  la 
caisse  municipale  :  elles  devenaient  par  suite  très  onéreuses.  Aussi  leur 
durée  paraît  avoir  été  limitée  à  une  année.  En  outre,  les  sévirs  étaient 
choisis  parmi  les  personnes  riches  et  plus  spécialement  parmi  les 
affranchis,  qui  s'étaient  emparés  du  monopole  du  négoce  4. 


i.  E.  Desjardins,  ibid.,  t.  II,  p.  i  et  s.,  p.  506.  Allmer,  ibid.,  t.  I.  —  Sur  le  drui- 
disme,  voir  Rev.  arch.  oct.  1877,  p.  217  (art.  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville).  E.  Desjar- 
dins, eod.  toc,  t.  II,  p.  518. 

2.  Je  soumets  aux  lecteurs  une  remarque  que  j'ai  eu  occasion  de  faire  souvent  pour 
les  différentes  statuettes  des  dieux  de  Rome  de  fabrication  gauloise.  Je  cite  celles  de 
Mercure  qui  sont  les  plus  répandues;  point  déjà  signalé  par  M.  Mowat,  Rev.  Arch.  187$, 
t.  XXX,  p.   372.  Je  reviendrai  plus  loin  sur  le  caractère  du  Mercure  gaulois. 

3.  Rev.  celt.,  t.  I,  p.  1.  Il  en  a  été  découvert  plusieurs  en  Dauphiné,  musées  de  Gre- 
noble et  de  vienne,  collection  Vallentin,  etc.;  Tarants  d'après  M.  Gaidoz,  Esq.  de  la 
relig.  des  Gaulois,  p.  11. 

4.  Les  questions  relatives  aux  sévirs  sont  encore  assez  obscures.  Les  sévirs  formaient 
des  collèges  de  6  membres,  de  là  leur  nom.  On  trouve  dans  les  inscriptions  des  sévirs 
pour  la  2°  fois  (Orelli,  689,  3919,  3922).  Voir  :   Zumpt,  de  Augustalibus.  De  Boissieu, 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  5 

Dans  la  cité  des  Allobroges,  il  y  avait,  d'après  les  inscriptions,  des 

sévirs  dans  les  principaux  vici  non  moins  qu'aux  chefs-lieux  de  cité,  à 

Aix,  à  Aoste,   à  Genève,  à  Grenoble,  à  Vienne  et  à  Vieu  :  ils  étaient 

nommés  par  les  décurions  de  Vienne  '. 

Les  divinités  allobroges  que  les  inscriptions  de  l'époque  gallo-romaine 
ont  sauvées  de  l'oubli  sont  au  nombre  de  dix-sept.  Sept  de  ces  divinités 
me  paraissent  appartenir  à  la  mythologie  nationale;  les  autres  se  ratta- 
chent très  vraisemblablement  à  des  cultes  locaux. 

Les  monuments  épigraphiques  que  j'ai  à  signaler  ont  déjà  été  publiés2  : 
ce  sont  des  ex-voto  ou  des  actes  de  dévotion.  Dans  aucune  de  ces  ins- 
criptions il  n'est  question  de  sévirs.  mais  il  n'est  pas  douteux  que  les 
prêtres  des  divinités  allobroges  doivent  être,  en  général,  rangés  dans 
cette  catégorie.  Toutefois,  il  existait  dans  les  campagnes  des  sanctuaires 
sans  prêtres  ou  desservis  par  des  prêtres  sans  caractère  public.  Aussi  il 
pourrait  se  faire  que  quelques-uns  des  monuments  consacrés  aux  dieux 
allobroges  aient  appartenu  à  ces  sanctuaires. 


DIVINITÉS   NATIONALES. 

Quelques  monuments  épigraphiques  de  l'Allobrogie  font  connaître 
cinq  divinités  :  Bormo,  Bormana,  Caturix,  Segomo,  Sucellus,  dont  les 
noms  se  retrouvent  sur  des  inscriptions  découvertes  en  divers  lieux  de  la 
Gaule.  Aussi  il  me  parait  très  vraisemblable  d'admettre  que  le  culte  de 
ces  divinités  n'était  pas  restreint  à  l'Allobrogie  et  qu'il  appartenait  à  la 
Gaule  tout  entière.  Les  Allobroges  suivaient  la  même  religion  que  les 
différents  peuples  gaulois 3. 

Je  n'ai  pas  l'intention  de  rappeler  dans  cet  essai  tout  ce  qui  a  été 
écrit  sur  la  religion  de  nos  ancêtres.  Je  me  bornerai  à  constater  que 
cette  étude  est  entrée  dans  une  voie  nouvelle  et  que  l'on  ne  se  contente 
plus  de  la  critique  de  M.  l'abbé  Fontenu  4,  de  M.  l'abbé  Fenel  s  et 
même  de  M.  A.  Thierry  6. 


Inscript,  de  Lyon,  p.  169  et  s.  Herzog,  ibid.,  p.  196  à  199.  202  à  204  et  212.  Allmer, 
ibid.,  t.  II,  p.  299,  et  surtout  J.  Schmidt,  de  seviris  Augustalibus  (1878,  in-8"),  p.  66  et  s. 

1.  Allmer,  ibid. ,  t.  II.  p.  218,  304,  306,   307,  308,    3 io,   312,  314,  315,  318,  319, 
320,  321,  322;  t.  III,  p.  393- 

2.  Allmer,  ibid.  On  trouvera  dans  cet  ouvrage  l'indication  de  toutes  les  publications 
relatives  à  ces  inscriptions. 

3.  E.  Desjardins,  ibid.,  t.  II,  p.  $12. 

4.  Acad.  insc.  et  belles  lettr.  Mém.,  t.  V. 

5.  ld.,  t.  XXIV. 

6.  Hist.  des  Gaulois,  t.  I,  livr.  4.  p.  471  et  s.  (jc  édit.). 


6  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

BORMO  et  BORMANA. 

Le  dieu  Bormo  était  adoré  particulièrement  à  Aix-les-Bains  (Savoie), 
où  deux  inscriptions  votives  rappellent  son  culte  '  : 

i°  On  voit  dans  l'établissement  thermal  une  petite  pierre  oblongue 
engagée  dans  le  mur  de  la  piscine  gratuite  des  femmes,  sur  laquelle  est 
gravée  cette  inscription  : 

CNEIIIVS 
CVTICVS 
BORVVSLM 
Cneius  Eppius  (?)  Guticus  Bormoni  ut  voverat  solvit  libens  merito  2. 

2°  Dans  la  maison  Perrier-Chabert  est  une  longue  bande  de  pierre 
sciée  en  deux  parties  et  formant  les  deux  premières  marches  de  l'escalier 
par  lequel  on  descend  dans  un  vaporarium  antique  où  est  une  piscine 
octogone  incrustée  de  marbre  blanc  :  on  lit  sur  cette  bande  de  pierre  : 

M  .  LICIN  .  RVSO  .  BORM  .  V  .  V  .  S  .  L  .  M. 
Marcus  Licinius  Ruso  Bormoni  ut  voverat  solvit  libens  merito  ?. 

La  déesse  Bormana  avait  un  temple  à  Saint-Vulbaz,  ainsi  que  l'atteste 
une  inscription  qui  figure  sur  un  autel,  divisé  en  deux  fragments,  dont 
la  base  manque  et  dont  le  couronnement  a  été  abattu  à  fleur  du  dé  : 
l'un  a  été  placé  dans  un  contrefort  de  l'église  à  gauche  de  la  porte, 
l'autre  se  voit  dans  le  mur  du  moulin  Convers  4  : 

a  b 

BORMANAE  SABINIANus 

AVG  .  SACR  D   .   S  .    D  . 

CAPRI 
A//RATINVS 

//////////////// 

Bormanae  Augustae  sacrum,  Caprii  Atratinus  (?)  et  Sabinianus  de  suo  dants. 

i.  Allmer,  ibid.,  t.  III,  p.  303  et  s.  Sur  deux  inscriptions  votives  en  l'honneur  de  la 
déesse  Bormo.  Lyon,  1859.  in-8°.  A.  Bernard,  Rev.  savois.,  avril  1862.  Bourquelot,  Inscr. 
antiq.  d'Aix-les  Bains,  p.  59. 

2.  Ces  deux  premières  lignes  sont  douteuses  ;  la  lecture  de  M.  Allmer  me  paraît  vrai- 
semblable ;  cet  étudit  avait  d'abord  lu  Cn.  Vettius  Cupicus.  Le  nomen  Eppius  se  trouve 
sur  plusieurs  inscriptions  de  l'Allobrogie,  Allmer,  ibid.,  t.  III,  p.  108  et  s.;  mais  il  n'y 
a  pas  d'autre  Guticus.  —  Haut,  de  l'inscription,  0,20  cent.,  larg.  0,38. 

3.  Haut.  0,20,  long.  1,90. 

4.  De  Moyria-Mailla,  Mon.  de  l'Ain,  1836,  in-40,  p.  75-76.  Allmer,  eod.  loc,  t.  III, 
p.  452.  —  Saint-Vulbaz,  cant.  de  Lagnieu,  arr.  de  Belley  (Ain). 

5.  La  lecture  de  M.  Allmer  n'est  pas  douteuse.  Haut.  0,90,  larg.  0,50. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  7 

Ces  trois  inscriptions  se  rapportent  au  culte  des  eaux  qui  formait  avant 
la  conquête  le  fond  de  la  religion  populaire  des  Gaulois.  Un  être  divin 
pouvait  seul  alimenter  les  sources  ;  aussi  est-ce  par  milliers  qu'il  faut 
compter  dans  la  mythologie  gauloise  les  divinités,  tantôt  mâles,  tantôt 
femelles,  des  fontaines,  des  lacs,  des  rivières  et  des  mers '.  Bormo  et 
Bormana,  dont  le  nom  est  identique,  représentent  la  même  divinité,  une 
divinité  des  eaux  minéro-thermales  dont  le  culte  était  très  répandu  dans 
la  Gaule.  En  effet,  les  monuments  épigraphiques  font  connaître  un  dieu 
Bormo  à  Bourbonne-les-Bains  2,  un  dieu  Borvo  à  Bourbon-Lancy  et  à 
Bourbon-l'Archambault ',  un  dieu  Bormanus  et  une  déesse  Bormana  à 
Aix-en-Diois4.  Ces  divers  noms  ont  la  même  origine,  la  même  significa- 
tion et  se  rapportent  à  la  même  divinité  dont  le  nom  a  subi  de  légères 
modifications  suivant  des  variations  locales  de  la  langue  gauloise.  Les 
inscriptions  découvertes  à  Bourbonne-les-Bains  et  à  Bourbon-Lancy  ne 
laissent  aucun  doute  sur  le  caractère  de  cette  divinité.  Dans  un  texte  de 
Bourbonne-les-Bains,  son  nom  est  associé  à  celui  d'Apollon,  Deo  Apol- 
lini  Borvonis.  Le  rôle  de  génie  des  eaux  salutaires  et  bienfaisantes  con- 
vient très  bien  à  Apollon,  dont  une  des  principales  attributions  était  la 
science  médicale.  C'est  surtout  à  ce  point  de  vue  que  les  Gaulois  parais- 
sent avoir  envisagé  ce  dieu 6. 

Bormo,  esprit  mâle,  et  Bormana,  esprit  femelle,  sont  donc  les  génies 
protecteurs  de  sources  minéro-thermales  situées  à  Aix-les-Bains  et  à 
Saint-Vulbaz.  Les  Gaulois,  avant  la  conquête,  avaient  su  apprécier  et 
utiliser  les  eaux  thermales  et  minérales".  Les  sources  médicinales  avaient 
chacune  leur  génie  mâle  et  leur  génie  femelle  :  ainsi,  il  y  avait  à  Bour- 
bonne-les-Bains Bormo  et  Damona,  à  Aix-en-Diois  Bormanus  et  Bormana. 


1.  Pictet,  Orig.  ind.  Europ.,  t.  Il,  p.  624.  —  Cox,  Mythology  of  the  Aryan  nations, 
vol.  2,  p.  136.  Brueyre,  Contes  aryens  de  la  Grande-Bretagne,  p.  253  et  s.  G.  Bulliot, 
Culte  des  eaux  sur  les  plateaux  Eduens,  mém.  lus  à  la  Sorbonne,  1868.  p.  11,  et  ex-voto 
de  la  déesse  Bibracte,  Rev.  celt.,  t.  I,  p.  308,  et  t.  II,  p.  21;  II,  p.  1  et  s.;  —  Bull, 
mon.  1872,  p.  194. 

2.  Greppo,  Etud.  arch.  sur  les  eaux  therm.  ou  miner,  de  la  Gaule  à  l'époque  romaine, 
p.  28  et  s. 

3.  Greppo,  ibid.,  p.  56.  Orelli,  1974. 

4.  Essai  sur  les  divinités  indigètes  du  Vocontium,  p.  47. 

5.  Orelli,  1974.  On  regardait  comme  sacrées  toutes  les  sources  d'eau  chaude.  Senec. 
Epistol.,  40.  —  Sur  Pétymologie  et  la  signification  du  nom  de  Borvo  et  de  ses  variantes  : 
de  Belloguet,  Ethnog.  gaul.,  p.  234  :  E.  Borb,  Borbhan,  enfler,  enflammer.  Arm.  Bour- 
bon, Bourbonnen,  ébullition,  bouillonnement.  Littré,  Dict.  de  la  lang.  franc.,  V  Bourbe. 

6.  Apollinem  morbos  depellere,  Caes.  lib.  VI,  17.  —  Apollo  salutem  promittit,  Orelli. 
4329.  —  Apollini  et  Nymphis,  Henzen,  5702,  5767.  C'est  l'Apollon  axEcioc  ou  medicus. 
Il  présidait  aux  eaux  chaudes.  Eumène,  Panégyr.  de  Constantin-Auguste,  121.  Rev.  arch., 
1860,  janv.,  p.  58,  et  juin,  p.  391,  L'Apollon  gaulois,  par  M.  Maury.  Dict.  des  antiq. 
grecq.  et  rom.  de  MM.  Daremberg  et  Saglio,  p.  310  et  s.  v°  Apollon. 

7.  Greppo,  loc.  citât. 


8  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

à  Luxeuil  Luxorius  et  Brixia  ' .  Les  Allobroges  ont  fréquenté  les  stations 
d'Aix2  et  de  Saint- Vulbaz  ;  ils  avaient  très  vraisemblablement  connu 
les  vertus  curatives  des  eaux  d'Uriage.  Les  Romains,  en  vertu  d'une 
loi  en  quelque  sorte  naturelle,  n'ont  fait  que  s'approprier,  en  le 
perfectionnant,  ce  qu'ils  avaient  trouvé  établi  par  ces  derniers?.  Pendant 
la  domination  romaine,  les  génies  gaulois  des  stations  d'eaux  parta- 
gèrent leur  influence  bienfaisante  avec  Apollon,  Hercule,  Esculape  et 
les  Nymphes4. 

Les  inscriptions  d'Aix  sont  des  ex-voto  qui  témoignent  de  la  gratitude 
de  deux  malades,  M.  Licinius  Ruso  et  C.  Eppius  Guticus,  dont  les  breu- 
vages quotidiens  et  les  ablutions  continuelles  avaient  rétabli  la  santé. 
Ces  ex-voto  présentent  un  intérêt  tout  particulier,  parce  qu'ils  ont  été 
trouvés  dans  l'endroit  même  où  fluaient  les  sources. 

L'inscription  de  Saint-Vulbaz  offre  une  plus  grande  importance,  car 
elle  atteste  l'érection  d'un  sanctuaire  à  Bormana,  en  reconnaissance  sans 
doute  d'une  guérison  inespérée.  Les  dévots  personnages  Caprius  Atrati- 
nus  et  Caprius  Sabinianus  étaient  peut-être  deux  frères  :  l'inscription, 
aujourd'hui  mutilée,  fournissait  probablement  des  renseignements  sur  ces 
deux  personnages.  Qu'est  devenu  ce  sanctuaire  ?  L'église  où  est  encastré 
un  fragment  de  l'inscription  ne  lui  aurait-elle  pas  succédé  5  ? 

Si  les  thermes  de  Saint-Vulbaz  n'ont  laissé  aucun  souvenir,  les 
thermes  d'Aix  jouissent  encore  d'une  réputation  aussi  incontestable 
qu'incontestée. 

La  petite  ville  d'Aix,  toute  fumante,  toute  bruissante  et  toute  odorante  des 
ruisseaux  de  ses  eaux  chaudes  et  sulfureuses 6,  a  eu  pendant  la  domination 
romaine  une  grande  importance  ;  c'est  en  effet  la  ville  allobroge  qui  a 
conservé,  avec  Vienne,  le  plus  de  monuments  de  cette  époque  i .  Il  n'est 


i.  Orelli,  2024.  Greppo,  p.   123. 

2.  On  montre  à  Aix  une  piscine  allobroge  dite  aussi  bain  de  César. 

3.  Les  Romains  faisaient  grand  usage  des  eaux  ;  ils  préféraient  les  sources  thermales 
aux  sources  minérales  par  suite  de  leurs  habitudes  domestiques,  Greppo,  id.  ;  ils  avaient 
su  déterminer  le  caractère  particulier  des  eaux,  Pline,  Hist.  natur.  i,  31;  ils  prenaient 
les  eaux  en  bains,  boissons,  douches  ;  ils  se  servaient  aussi  de  ia  vapeur  et  des  boues. 

4.  Greppo,  ibid.,  p  40.  Les  malades  guéris  ou  soulagés  adressaient  leurs  remercîments 
à  ces  divinités.  Ils  payaient  en  outre  un  tribut  en  jetant  dans  les  piscines  des  pièces  de 
monnaie  et  des  ex-voto  qui  étaient  la  représentation  de  la  partie  du  corps  guérie  par  les 
eaux.  Id.  et  Dict.  de  MM.  Daremberg  et  Saglio,  p.  334,  v°  aquae,  p.  648,  v°  Balneum. 
Il  existait  dans  les  stations  d'eaux  des  confréries  ou  collèges.  M.  de  Boissieu,  Inscript,  de 
Lyon,  p.  49,  cite  des  cultores  Urae  fontis  (le  ruisseau  d'Eure,  près  Nîmes?),  Herzog, 
ibid.,  append.,  p.  52,  n"  254. 

5.  Les  noms  de  Licinius  et  Caprius  figurent  sur  diverses  inscriptions  de  l'Allobrogie  : 
ces  divers  personnages  étaient  d'origine  ingénue. 

6.  Lamartine,  Raphaël. 

7.  On  y  a  découvert  des  objets  de  toute  forme  et  de  toute  nature.  L'Arc  de  Campanus 
est   encore  existant.   Allmer.  ibid.,  t.   III,  p.   312.   Les  inscriptions  font  connaître  des 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  9 

pas  douteux  que  le  voisinage  de  l'Italie,  l'abondance  des  eaux,  la  dou- 
ceur du  climat,  la  beauté  du  site  ont  beaucoup  contribué  à  cette  prospé- 
rité. Les  thermes  furent  très  fréquentés  ;  c'était  sans  doute,  alors  comme 
aujourd'hui,  une  station  à  la  mode,  recherchée  autant  pour  les  agréments 
qu'on  y  trouvait  réunis  que  pour  les  soins  de  la  santé.  Cette  localité 
s'appelait  Acjuae  Bormonis  :  le  mot  aquae  a  survécu  au  nom  Bormonis 
qu'il  couvre'.  Pline,  énumérant  les  villes  de  la  Narbonnaise  qui  ont 
obtenu  le  droit  du  Latium,  cite  la  ville  de  Bormanni,  sans  indication  qui 
permette  d'en  retrouver  l'emplacement.  M.  de  Saint-Andéol  pensait  que 
Bormanni  n'était  autre  qu'Aix-les-Bains 2.  Cette  opinion  ne  me  paraît  pas 
fondée  :  j'ai  établi  précédemment  que  cette  localité  devait  se  trouver 
avec  plus  de  vraisemblance  dans  le  midi  de  la  Narbonnaise?. 

Saint-Vulbaz,  où  a  été  découverte  l'inscription  de  Bormana,  portait 
autrefois  le  nom  de  Saint-Bourbaz,  nom  qui  dérive  de  celui  de  Bormana  : 
cette  localité  devait  en  effet  s'appeler,  à  l'époque  romaine,  Aqua.  Bor- 
manae*. 

Il  est  à  remarquer  que  les  monuments  dédiés  à  cette  divinité  thermale, 
Borvo,  Bormo  ou  Bormanus,  ont  été  découverts  dans  les  localités  qui  ont 
conservé  leur  nom  assez  peu  altéré  pour  être  reconnaissable.  Le  dieu 
des  eaux  était  en  même  temps  celui  du  lieu  où  les  thermes  étaient 
situés  s. 


temples  et  des  autels  de  Jupiter,  ibid.,  3,  302;  de  Mercure,  ibid.,  3,  303;  des  Comedovae, 
ibid.,  3,  307;  la  statue  d'un  Viennois  parvenu  à  la  preture  et  aux  fonctions  de  légat  du 
proconsul  d'Asie,  élevée  à  Viviers  près  Aix,  ibid.,  t.  1,  p.  2:9,  221;  un  templum  cum 
suis  ornamentis  omnibus,  ibid.,  2,  378;  Lucus,  ibid.,  2,  276,  et  campus  pecuarius,  ibid., 
2,  376;  Nundinae,  ibid.,  2,  376;  Diaetrae  (auberges),  Asiciana  aut....  Raconiana,  ibid., 
2,  376:  Decemprimi  et  patrvni,  ibid.,  3,  374.  —  On  m'a  affirmé  qu'on  avait  trouvé  des 
tesserae  lusoriae  (dés  à  jouer)  :  nil  sub  sole  novum. 

1.  Cette  localité  n'a  jamais  porté  le  nom  d'Aquae  Domitianae  ou  Gratianae  comme 
on  l'a  prétendu.  Dicî.  de  MM.  Daremberg  et  Saglio,  p.  334,  V  aquae.  Allmer,  eod. 
loc,  t.  III,  p.  301.  Les  inscriptions  parlent  des  Aquenses  vicani,  possessores  Aqueuses, 
ibid.,  t.  II,  p.  373,  374,  380.  —  Les  Romains  donnaient  le  nom  d'Aquae  aux  stations 
thermales  ou  minérales  en  le  faisant  suivre  du  nom  de  la  localité.  Le  ncm  de  la  localité 
était  le  plus  souvent  celui  du  génie  de  la  source  auprès  de  laquelle  une  agglomération 
s'était  formée  :  Aqu£  Borvonis  { Bourbon),  Aqu£  Luxovii  (Luxeuil),  Aqu£  Lixonis  (Ludion,, 
etc. 

2.  Ce  qu'est  l'Alaise  de  Novalaise.  Bull,  de  l'Acad.  delph.,  1860,  p.  31. 

3.  Divinités  indigètes  du  Vocontium,  p.  49.  —  Voir  E.  Desjardins,  ibid.,  t.  I,  185  et 
s.  ;  t.  II,  p.  91. 

4.  De  Moyria-Mailla,  loc.  citât.  :  il  y  a  en  cette  localité  des  eaux  remarquables  par 
leur  limpidité  et  leur  fraîcheur  ;  l'une,  appelée  la  fontaine  des  Rois,  est  devenue  triste- 
ment célèbre  par  la  mort  du  duc  de  Savoie  Philibert  le  Beau. 

5.  On  pourrait  citer  des  stations  thermales  en  dehors  de  la  Gaule  connues  sous  des  ncms 
identiques  à  celui  de  Bormo,  ainsi  Bagni  di  Borni  en  Valteline.  On  pourrait  aussi  citer 
des  localités  de  France  qui  tiendraient  probablement  leur  nom  de  celui  de  Bormo,  ainsi 
les  divers  Bourbon,  les  thermes  de  la  Bourboule,  etc.  Allmer,  Inscript,  votives  en  l'honneur 
de  la  déesse  Bormo,  Inscript,  antiq.  de  Vienne,  t.  III,  p.  303;  de  Saint-Andéol,  loc.  citât.; 
Divinités  indigètes  du  Vocontium,  p.  so.  C'est  à  cette  divinité  bienfaisante  de  la  Gaule 
que  doit  son  nom  l'antique  et  glorieuse  maison  de  Bourbon. 


io  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

CATVRIX. 

A  Chougny,  près  de  Genève,  on  voit  dans  la  propriété  Fol  l'inscrip- 
tion suivante  '  : 

MARTI    •    CATVR 

SACR 
PRO  SALVT  ET  INCo 
LVMITATEDVAI// 
AMTI  SEX  CR/// 
PIN  N IGRIN VS 
V  S  L  M 

Marti  Caturigi  sacrum,  pro  salute  et  incolumitate  D.  Valent  Amati,  Sex. 
Crispinius  Nigrinus  votum  solvit  libens  merito2. 

Le  dieu  Caturix,  dont  le  nom  se  retrouve  sur  des  inscriptions  votives 
découvertes  en  Suisse  et  en  Souabe  3,  me  paraît  avoir  des  titres  sérieux 
à  figurer  dans  l'Olympe  gaulois. 

Quels  étaient  le  rôle  et  les  attributions  de  ce  dieu  ? 

L'inscription  de  Chougny  contient  à  cet  égard  des  indications  pré- 
cieuses :  Caturix  a  été  invoqué  pro  salute  et  incolumitate.  Cette  expression 
permet  de  supposer  qu'Amatus  a  échappé  à  des  dangers  sérieux  qu'il 
avait  dû  affronter,  et  probablement  qu'il  a  pris  part  à  une  campagne 
contre  les  ennemis  de  l'empire  romain.  Avant  son  départ,  Nigrinus,  un 
parent  ou  un  ami  dévoué,  avait  promis  un  sanctuaire  4  à  Caturix,  s'il 
conservait  la  vie  à  ce  guerrier.  Le  dieu  gaulois  se  laissa  fléchir,  et  Nigri- 
nus, après  l'heureux  retour  d'Amatus,  s'acquitta  de  son  vœu.  Malheu- 
reusement, le  temps  a  fait  disparaître  ce  monument  sur  lequel  nous 
n'avons  d'autres  renseignements  que  ceux  fournis  par  l'inscription  votive. 

Je  crois  que  l'on  peut  avec  quelque  raison  considérer  Caturix  non  pas 
comme  le  dieu  de  la  guerre  chez  les  Gaulois,  mais  plutôt  comme  un  dieu 

i.  Mommsen,  Inscript,  helv.,  n°  70.  Allmer,  eod.  toc,  t.  III,  p.  255;  contra  sur  la 
provenance  Rev.  Arch.  2e  s.,  t.  XVI,  p.  156. 

2.  La  lecture  de  M.  Allmer  paraît  certaine.  Remarques  :  le  T  et  l'I  de  MARTI,  le  P  et 
l'R  de  PRO  forment  des  monogrammes,  le  T  à  la  5  e  ligne  est  surmonté  d'un  I  entre  celui 
qui  vient  après.  Les  deux  personnages  sont  d'origine  ingénue. 

3.  De  Bonstetten,  Rec.  d'antiq.  suisses,  p.  3$  et  37.  Orelli,  1980.  Aussi  il  ne  paraît  y 
avoir  aucun  doute  sur  le  nom  de  la  divinité  qui  figure  sur  l'inscription  de  Chougny. 
CIVIT-CATVR,  Spon,  Miscel.  p.  161. 

4.  L'expression  sacrum  se  retrouve  sur  plusieurs  inscriptions  votives  consacrées  à  des 
divinités  gauloises.  La  traduction  exacte  me  paraît  être  sanctuaire  plutôt  que  temple.  Indé- 
pendamment du  culte  officiel  que  ces  divinités  recevaient  dans  les  laraires  publics,  elles 
avaient  encore  des  temples  et  des  sanctuaires. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  1 1 

guerrier,  un  dieu  qui  veille  sur  les  combattants  dont  les  caractères 
seraient  ceux  du  Mars  militaris  '  et  du  Mars  custos  et  conservator2. 

La  linguistique  apporte  un  appui  sérieux  à  cette  opinion.  Le  nom  de 
Caturix  est  composé,  en  effet,  du  thème  bien  connu  Catu  et  du  mot  rix; 
catu  s'explique  par  le  vieil  irlandais  cath,  qui  signifie  combat.  Le  mot  rix 
se  rencontre  dans  un  grand  nombre  de  noms  gaulois  :  le  sens  est  chef, 
roi,  puissant,  forti. 

SEGOMO. 

On  a  découvert  en  1852  à  Culoz  (cant.  de  Seyssel,  arr.  de  Belley, 
Ain),  sur  le  monticule  situé  au  sud-est  de  ce  village,  un  très  grand  autel 
brisé  en  deux  fragments.  Une  inscription  est  renfermée  entre  deux 
pilastres  au-dessus  d'un  soubassement  avec  base  et  corniche  ;  elle  est  ainsi 
conçue  : 

N     .        A  V  G 

D  E  0     M  A  R 

TI  .  SEGOM 

ONI    .     DVN 

ATI   .  CASSI 

A       S  A  T  V  R 

NINAEXVOT 

V  •  S  •  L  •  M  • 

Numini  Augustorum,  Deo  Marti  Segomoni  Dunati,  Cassia  Saturnina  ex 
voto,  votum  solvit  libens  merito*. 

Segomo  Dunates  est  le  nom  de  la  divinité  gauloise  envers  laquelle  la 
pieuse  Cassia  Saturnina  s'acquitte  de  son  vœu.  Segomo  est  connu  par 
des  monuments  votifs  découverts  à  Arinthodî,  à  Conte6,  à  Lyoni,  et  par 
une  inscription  que  porte  un  petit  bronze  représentant  un  âne  ou  un 


1.  Orelli-Henzen,  $672. 

2.  Orelli-Henzen,  1345,  3427,  5490. 

3.  Rev.  celt.,  t.  II,  p.  494.  G.  C,  II,  p.  786.  Voir  aussi  de  Belloguet,  Ethnog.  gaul., 
p.  159,  244,  281,  309. 

4.  Rev.  atch,,  t.  IX,  p.  315.  Allmer.  loc.  citât,  t.  III,  p.  409.  —  Remarques  épigra- 
phiques  :  à  la  4e  ligne,  l'N  et  l'I  de  ONI,  à  la  7e  ligne,  l'X  et  le  V  de  EXVOT  sont 
réunis  en  monogrammes  ;  le  T  de  VOT  est  inscrit  dans  l'O  ;  tous  les  points  sont  figurés 
par  des  feuilles  cordiformes.  Numini  Augustorum,  voilà  le  dernier  mot  du  panthéisme 
romain.  —  On  doit  dire  Dunates  et  non  Dunas.  Rev.  Arch.  1875,  t.  XXIX,  p.  33 
(M.  Mowat);  contra  Rev.  des  Soc.  sav.  1 87 j ,  t.  1,  p.  250  (M.  Chabouillet). 

5.  Monnier,  Ann.  du  Jura  pour  1852,  pi.  1. 

6.  Inscript,  antiq.  de  Nice,  n°  10.  Mém.  des  antiq.  de  France,  t.  20,  p.  58. 

7.  Gruter,  58-5;  Spon,  Antiq.  de  Lyon,  édit.  L.  Renier,  p.  153  et  note  1. 


i  2  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

mulet  recueilli  à  Nuits  '.  Les  provenances  respectives  de  ces  inscriptions 
montrent  que  ce  dieu  jouissait  dans  toute  la  Gaule  d'une  grande  popula- 
rité :  l'inscription  de  Lyon  donne  à  son  culte  une  réelle  importance  2. 

Dunates  est  un  surnom  local  sous  lequel  Segomo  était  plus  spécialement 
adoré  à  Culoz  :  il  est  même  très  vraisemblable  que  son  sanctuaire  s'éle- 
vait sur  le  sommet  de  la  colline  au  pied  de  laquelle  l'ex-voto  de  Satur- 
nina  a  été  retrouvé  ?.  Sur  l'inscription  de  Conte,  cette  divinité  porte  le 
surnom  de  Cuntinus  ;  ce  nom  paraît  être  la  racine  étymologique  de  la 
dénomination  moderne  de  cette  localité. 

Quel  était  le  caractère  de  Segomo  dans  la  mythologie  gauloise  ? 

Les  divers  monuments  épigraphiques  que  j'ai  signalés  sont  muets  à  cet 
égard. 

Les  Romains  avaient  assimilé  Segomo  à  Mars.  Faut-il  par  suite  consi- 
dérer ce  dieu  gaulois  comme  le  génie  de  la  guerre  et  des  combats  ?  Je 
ne  crois  pas  qu'il  soit  vraisemblable  d'attribuer  ce  caractère  à  toutes  les 
divinités  gauloises  identifiées  à  Mars,  car  ces  assimilations  sont  arbi- 
traires, une  légende  offrant  quelques  analogies  avec  celle  du  dieu  latin, 
et  même  un  seul  attribut  ont  pu  les  motiver  ;  aussi  il  est  peut-être  plus 
exact  de  rapprocher  Segomo  du  Mars  que  les  villes  d'Italie  avaient  placé 
au  rang  de  leurs  divinités  tutélaires,  et  du  Mars  que  les  inscriptions 
appellent  auxiliator1  custos,  conservator,  amicus  4.  En  effet,  le  surnom 
topique  de  Dunates  paraît  donner  à  Segomo  le  caractère  d'un  génie  tuté- 
laire  et  protecteur  de  la  localité  où  était  son  temple,  et  chargé  de  s'inté- 
resser à  sa  défense,  d'en  détourner  les  malheurs  et  de  lui  procurer  toute 
sorte  de  biens  et  de  prospérités.  On  pourrait  peut-être  trouver  dans 
Pétymologie  la  confirmation  de  cette  attribution  s. 


1.  Autun  arch.,  p.  262,  Rev.  Arch.  1877,  t.  XXXIV,  p.  210,  pi.  xix. 

2.  Cette  inscription  savamment  restituée  par  M.  L.  Renier  (eod.  loc.)  se  trouvait 
jadis  dans  la  tour  du  clocher  de  l'abbaye  Saint-Pierre  à  Lyon  ;  l'église  n'aurait-elle  pas 
succédé  au  temple  élevé  par  Martinus  ? 

M.  de  Boissieu  estimait  que  Segomo  était  un  dieu  essentiellement  séquanien  dont  la 
célébrité  s'était  propagée  loin  de  cette  région.  En  présence  des  diverses  inscriptions  que 
je  viens  de  citer,  cette  opinion  ne  me  semble  pas  fondée. 

3 .  L'étymologie  paraît  confirmer  cette  opinion.  Dunates  pourrait  se  rapprocher  de  l'irlan- 
dais Dun,  montagne,  élévation,  forteresse.  Zeuss,  p.  30.  V.  Belloguet,  ibid.,  p.  102 
et  307.  —  Une  inscription  de  Bouhy  (Nièvre)  est  dédiée  MARTI  BOLVINNO  ET  DVNAff, 
Congr.  arch.  1873,  p.  24 j . 

4.  Orelli-Henzen,  509,  1341,  3427,  5490. 

5 .  Segomo  est  un  mot  composé  de  Sego  et  du  suffixe  mo.  Le  mot  Sego  figure  dans  un 
très  grand  nombre  de  mots  celtiques  :  Segomaros,  Segovia,  Segobriga,  Segodunum,  etc. 
Gluck  compare  Sego  à  l'irlandais  Segh,  bœuf  sauvage,  dans  le  sens  d'animal  fort,  allié  au 
sanscrit  sohas,  robur  (rac.  sah,  perferre,  resistere,  posse)  (Gluck,  Noms  celtiques,  p.  149); 
Belloguet,  Ethn.  gaul.,  nos  255,  306.  Je  crois  qu'il  vaudrait  mieux  se  rallier  à  l'opinion 
de  Pictet  et  voir  dans  Sego  l'irlandais  Seagh,  habileté,  art,  valeur,  prix,  estime,  respect, 
et  surtout  Pirland.  Seaghmhar,  erse,  Seadhmhor  {dh  =  gh),  avec  les  mêmes  acceptions. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  i  $ 

Le  petit  bronze  trouvé  à  Nuits  représente,  ainsi  que  je  viens  de  le 
dire,  un  âne  ou  un  mulet  avec  la  dédicace  Deo  Segomoni.  Quelques 
érudits  ont  rapproché  cette  dédicace  de  l'inscription  de  Craon  MARTI 
MVLIONI.  Serait-ce,  dit  M.  L.  Renier,  la  traduction  latine  du  nom  de 
Segomo  auquel  on  vouait  les  images  d'âne  ou  de  mulet  ■  ?  Segomo  devien- 
drait ainsi  un  Mars  muletier. 

Cette  opinion  ne  me  semble  pas  satisfaisante.  Les  Grecs  et  les  Romains 
avaient  l'habitude  de  dédier  aux  dieux  des  objets  remarquables  par  la 
richesse  de  la  matière  ou  par  le  mérite  de  l'art  :  c'était  le  plus  souvent 
des  cratères,  des  autels,  et  quelquefois  des  statues  de  particuliers  et  même 
de  divinités;  l'offrande  portait  presque  toujours  le  nom  de  la  divinité  à 
laquelle  le  don  était  fait  et  quelquefois  aussi  le  nom  du  donateur2.  Le 
bronze  de  Nuits  me  paraît  avoir  eu  cette  destination.  En  outre  le  sujet, 
âne  ou  mulet,  pouvait  être  en  même  temps  l'expression  indigène  d'un  sym- 
bolisme gaulois,  sur  lequel  nous  n'avons  aucun  renseignement  h  Un 
cheval  en  bronze,  trouvé  en  1861  à  Neuvy-en-Sulias  Loiret),  est  posé 
sur  un  socle  sur  lequel  est  gravée  une  dédicace  au  dieu  Rudiobus*.  Les 
animaux  symboliques  existaient  dans  le  culte  de  nos  ancêtres  :  ainsi  les 
pierres  sculptées  de  Reims  présentent  un  veau  couché  et  des  têtes  de 
bélier;  sur  l'autel  que  la  corporation  des  nautoniers  parisiens  érigea  à 
Jupiter  sous  le  règne  de  Tibère,  figure  le  célèbre  Tarvos  Trigaranus  ^ . 

SVCELLVS. 

Un  petit  autel  en  pierre  trouvé  en  1860  dans  les  travaux  du  perce- 
ment de  la  rue  de  la  gare  à  Vienne  porte  l'inscription  suivante  fc  : 

DEO     •     SVCELLO 

GELLIA  •  IVCVNDtf 

VS-L-M 

Deo  Sucello,  Gellia  Jucunda  votum  solvit  libens  merito. 

et  qui  correspond  à  Segomarus.  Pictet,  Essai  sur  quelques  inscriptions  en  langue  gauloise, 
1859,  p.  18. 

1.  Allmer,  ibid.,  t.  III,  p.  409.  Rev.  arch.,  1852,  t.  9,  p.  31 5,  fév.  1878,  p.  106. 
Bull,  du  corn,  de  la  langue,  de  l'hist.  et  des  arts  de  la  France,  t.  III,  p.  207. 

2.  Rev.  arch.,  ire  année,  p.  439:  Usage  des  anciens  de  consacrer  la  statue  d'un  dieu  à 
un  autre  dieu,  mém.  de  M.  Letronne.  Allmer,  eod.  loc,  t.  III,  p.  335  et  420.  —  Cette 
habitude  existait  en  Gaule  :  l'inscription  gauloise  de  Volnay  en  fournit  la  preuve  (Pictet, 
Nouvel  essai  sur  les  inscriptions  gauloises,  1867,  p.  36). 

3.  Dans  la  mythologie  gréco-latine,  l'âne  et  le  mulet  étaient  spécialement  consacrés  à 
Bacchus  à  titre  d'animaux  phalliques.  Dict.  de  MM.  Daremberg  et  Saglio,  t.  I,  p.  469  et 
62 1 .  Est-ce  pour  le  même  motif  que  les  Gaulois  consacraient  l'âne  ou  le  mulet  à  Segomo  ? 
Je  n'ose  l'affirmer. 

4.  Antiq.  de  Fr.  Bull.,  t.  XXVI,  p.  79. 

j.  Au  musée  de  Cluny,  il  y  a  aussi  des  têtes  de  cerf. 

6.  Allmer,  eod.  loc,  t.  II,  p.  454.  La  forme  des  lettres  de  cette  inscription  indique 


14  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

Il  existe  à  Yverdun,  en  Suisse  ',  une  autre  inscription  en  l'honneur 
de  Sucellus,  ce  qui  permet  de  supposer  que  le  culte  de  ce  dieu  n'était 
point  restreint  à  la  cité  des  Allobroges.  Aussi  il  me  paraît  vraisemblable 
de  classer  Sucellus  parmi  les  divinités  de  l'Olympe  gaulois.  Qu'était  ce 
dieu  ?  L'inscription  de  Vienne  et  celle  d'Yverdun  ne  fournissent  aucun 
renseignement  sur  son  caractère  ;  aucun  dieu  romain  n'y  a  été  men- 
tionné 2.  Sur  le  monument  votif  d'Yverdun,  Sucellus  est  décoré  d'une 
épithète  locale  :  Ipadco  ou  Iradco. 

Les  dieux  de  l'Olympe  gaulois  révélés  par  les  monuments  épigraphi- 
ques  de  l'Allobrogie  sont  Bormo,  Caturix,  Segomo,  Sucellus.  Bormo  est  la 
divinité  des  eaux  thermales  ;  il  n'y  a,  je  crois,  aucun  doute  à  cet  égard. 
Quant  à  Caturix,  à  Segomo  et  à  Sucellus,  leurs  rôles,  leurs  attributions  ne 
sauraient  être  qu'incertains  en  l'absence  de  documents  précis  sur  ces 
personnages  divins  :  il  n'est  pas  même  possible  de  déterminer  leur  impor- 
tance respective. 

César  a  consacré  dans  ses  commentaires  un  court  passage  à  la  religion 
de  nos  ancêtres  3  ;  mais  comme  il  écrivait  pour  des  Romains,  il  a  jugé 
inutile  de  donner  les  noms  des  dieux  gaulois  et  il  les  a  désignés  par  les 
noms  des  dieux  romains  correspondants  ou  présumés  tels.  Le  dieu  le 
plus  important  de  la  Gaule  a  été  caractérisé  dans  les  termes  suivants  : 
Deum  maxime  Mercuiïum  colunt  ;  ejus  sunt  plurima  simulacra,  hune  omnium 
inventorem  artium  ferunt,  hune  viarum  atque  itinerum  ducem,  hune  ad  aues- 
tus  pecun'u  mercaturasque  habere  vim  maximam  arbitrantur  :  post  hune 
Apollinern  et  Martem  et  Jovem  et Minervam  etc.. A.  César  avait  cru  recon- 
naître dans  ce  dieu  pacifique  et  bienfaisant  le  Mercure  de  l'Olympe 
romain  s  ;  il  semble  le  placer  au  premier  rang  et  le  considérer  comme  le 
dieu  suprême  des  Gaulois. 

Mercure  remplaça  et  absorba  rapidement  le  dieu  national:  les  attributs, 
le  caducée  et  le  pétase,  inconnus  à  la  mythologie  gauloise,  furent  intro- 

soit  une  époque  de  décadence,  soit  l'inhabileté  du  lapicide.  Les  G  et  les  L  ont  leur 
branche  terminale  tombante  ;  l'autel,  dont  la  hauteur  est  de  40  centimètres  et  la  largeur 
de  30  centimètres,  est  incomplet  par  en  bas  :  il  est  aujourd'hui  chez  M.  Combaudon, 
marchand  de  plâtre  à  vienne  (chef-lieu  d'arrondissement  de  l'Isère).  Le  nom  Gellius  existe 
sur  plusieurs  inscriptions  de  l'Allobrogie. 

1.  In  curia  Yverdun,  Mommsen,  Inscript,  helv.,  n°  140  :  Sucello/  ipadco  ou  iradco/ 
V.  s.  I.  m. 

2.  Faut-il  voir  dans  Sucellus  le  radical  véd.  Suk,  rendre  heureux,  d'où  irl.  Sugach, 
joyeux,  heureux,  et  le  suffixe  el  (en  latin  ellus)  commun  en  gaulois  ? 

3.  Comment.,  VI,  16  et  s. 

4.  Id.,  17. 

5.  Ce  n'est  pas  le  Mercure  romain  primitif,  mais  celui  de  la  2'  époque,  qui  s'était 
emparé  des  attributs  de  l'Hermès  grec.  Rev.  arch.  1873,  t.  26,  p.  94,  Le  Mercure  gaulois, 
par  M.  d'Arbois  de  Jubainville. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  i 5 

duits  pour  consacrer  cette  identification.  J'ai  fait  remarquer  plus  haut  les 
particularités  curieuses  que  présentaient  les  statuettes  de  Mercure  que 
l'on  trouve  assez  fréquemment  sur  le  territoire  de  l'ancienne  Gaule  '. 

L'importance  et  l'universalité  du  culte  du  dieu  suprême  de  la  Gaule 
assimilé  à  Mercure  sont  attestées  par  le  nombre  des  monuments  (inscrip- 
tions et  statuettes)  plus  considérable  que  celui  des  monuments  consa- 
crés aux  autres  divinités.  Ainsi,  dans  la  cité  des  Allobroges,  il  avait  des 
temples  à  Aix-les-Bains,  à  Amblagnieu,  à  Annecy,  à  Aydier,  à  Beau- 
croissant,  à  Belley,  à  Blanieu,  au  Bourget,  à  Briord,  à  Charancieu,  à 
Chatte,  à  Choulex,  à  Echirolles,  à  Genève,  à  Groisy,  à  Hières,  à  Lucey, 
à  Mont-du-Chat,  à  N.-D. -de-Limon,  à  Saint-Félix,  à  Saint-Innocent,  à 
Saint-Vital,  à  la  Terrasse,  à  Tournon,  à  Vienne  et  à  Villaz2.  Un  grand 
nombre  de  noms  de  lieux  de  la  France  dérivent  vraisemblablement  du 
nom  de  Mercure  :  dans  notre  région  on  peut  citer  Mercurol  (Drôme), 
Mercury  (Savoie). 

Les  temples  de  ce  Mercure  étaient  érigés  généralement  sur  les  hauts 
lieux.  Ainsi  ce  dieu  avait  des  sanctuaires  aux  sommets  du  Puy-de-Dôme 
et  du  Donon,  sur  le  mont  de  Sène  et  aussi  sur  divers  points  élevés  de 
l'Allobrogie,  notamment  au  mont  du  Chat,  sur  le  revers  occidental  du 
mont  qui  projette  ses  noires  ombres  crénelées  dans  le  beau  lac  bleu  du 
Bourget?. 

Le  culte  central  du  dieu  suprême  de  la  Gaule  paraît  avoir  été  en 
Auvergne.  Il  existait  en  effet  chez  les  Arvernes  un  temple  célèbre  dans 
toute  l'étendue  de  notre  pays  et  dont  la  renommée  durait  encore  au 
temps  de  Grégoire  de  Tours  4.  C'est  pour  ce  temple  que  l'artiste  grec 
Zénodore  avait  exécuté  une  statue  colossale  de  Mercure,  statue  haute  de 
120  pieds  et  qui  lui  avait  coûté  10  années  de  travail  s.  Il  est  très  pro- 
bable que  le  culte  du  dieu  était  entretenu  aux  frais  communs  des  cités  de 
la  Gaule  â. 

En  1873-74,  l°rs  de  l'établissement  du  nouvel  observatoire  au  sommet 

1.  La  figure  imberbe  qui  existe  sur  certaines  monnaies  gauloises  ne  serait-elle  pas 
plutôt  celle  de  ce  Mercure  que  celle  d'Apollon  ? 

2.  Allmer,  eod.  loc,  t.  IV,  p.  538  et  s.,  Statistique  monumentale  d'après  les  inscrip- 
tions. A  vienne,  dans  l'amphithéâtre,  était  une  statue  de  Mercure,  Id.,  t.  II,  p.  291. 
Toutefois,  il  faut  admettre  que  des  temples  étaient  consacrés  au  Mercure  purement 
romain. 

3.  Allmer,  eod.  loc,  t.  III,  p.  299. 

4.  llist.  Franc,  30.  Ce  temple,  appelé  Vassocaletes  en  gaulois,  fut  détruit  vers  258 
par  Chrocus,  roi  des  Alamans.  Rev.  Arch.  t.  XXIX,  p.  175  et  325,  t.  XXX,  p.  359. 

j.  Pline,  Hist.  nat.,  XXXIV,  18;  Bull,  monum.  1875,  p.  557  et  s. 

6.  On  sait  que  le  temple  de  Rome  et  d'Auguste,  au  confluent  du  Rhône  et  de  la  Saône, 
fut  élevé  et  entretenu  aux  frais  des  cités  gauloises.  De  Boissieu,  Inscript,  antiq.  de  Lyon, 
p.  82.  Rev.  des  Soc  sav.  187$,  t.  I,  p.  23  (M.  L.  Renier),  p.  252  (M.  Chabouillet). 
Dans  tous  les  cultes  il  y  a  des  centres  religieux. 


i6  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

du  Puy-de-Dôme,  de  nombreuses  substructions  ont  révélé  la  présence 
d'un  antique  temple  de  très  grandes  dimensions  et  de  construction  somp- 
tueuse ;  il  n'est  pas  douteux  que  ces  ruines  ne  soient  les  restes  du  temple 
des  Arvernes.  Parmi  des  objets  de  diverse  nature,  on  a  recueilli  une 
plaque  carrée  en  bronze  à  queue  d'aronde  avec  la  dédicace  Deo  Mercurio 
Dumiati,  c'est-à-dire  au  dieu  auquel  était  consacré  cet  édifice  '.  Aussi 
on  pourrait  peut-être,  non  sans  raison,  considérer  Dumiates  comme  le 
dieu  suprême  de  la  Gaule  que  César  avait  identifié  à  Mercure  2. 

Sur  un  grand  nombre  d'inscriptions  de  la  Gaule,  Mercure  est  associé 
à  des  divinités  locales.  Je  crois  qu'il  ne  faut  voir  dans  ces  dénominations 
topiques  que  des  surnoms  donnés  au  grand  dieu  indigène  qui  devenait 
ainsi  plus  particulièrement  le  génie  tutélaire  et  protecteur  de  la  localité 
où  s'élevait  le  sanctuaire. 

Dans  la  cité  des  Allobroges,  les  monuments  épigraphiques  font  con- 
naître un  Mercure  Artaius  et  un  Mercure  Magniacus  Veilaunus. 

Ces  derniers  noms  se  lisent  sur  un  autel  carré  avec  base  et  couronne- 
ment découvert  en  1857  dans  le  mur  du  cimetière  d'Hières  : 

AVG   •   SACR   •    DEO 

M  E  R  C  V  R I  0 
V  1  C  T  0  R  I      •     MAC 
NIACO    VEILAVNO 
C   CAPITOIVS  •  MACRI 
N  V  S '  RESTITVIT 

Augusto  sacrum  deo  Mercurio  Victori  Magniaco  Veilauno,  Caius  Capi- 
toius  Macrinus  restituit  3. 

Artaius  figurait  sur  un  autel  votif  qui  se  trouvait  dans  les  ruines  d'un 
édifice  romain  près  du  village  de  Beaucroissant.  L'historien  Aymar  du 
Rivail  a  conservé  le  texte  de  ce  monument  épigraphique  qui  avait  été 


1.  Rev.  arch.,  1874,  t.  28,  p.  332.  Rev.  celt  ,  t.  II,  p.  426.  L'escalier  qui  conduisait 
à  la  façade  semble  ne  pas  avoir  moins  de  1  ;o  pieds  de  long. 

2.  Il  faut  restituer  à  Dumiates  les  inscriptions  dédiées  au  Mercurius  Ârvernus,  inscrip- 
tions qui  se  retrouvent  jusque  sur  les  confins  germaniques.  Rev.  arch.,  1875,  t.  XXIX, 
p.  41.  Dumiates  a  donné  son  nom  à  la  montagne  où  s'élevait  son  temple,  le  Puy-de- 
Dôme.  De  même  Pœninus,  Vosegus,  Rudianus,  ont  donné  le  leur  aux  monts  des  Alpes 
Pennines,  des  Vosges  et  du  Royans,  Divin,  indig.  du  Vocontium,  p.  22.  —  Lucain  men- 
tionne Taranis,  Esus  et  Teutates  comme  les  trois  grandes  divinités  de  la  Gaule.  Jusqu'à 
ce  jour,  aucun  document  ne  confirme  cette  opinion. 

3.  Allmer,  eod.  toc,  t.  III,  p.  191.  Cet  autel  est  aujourd'hui  déposé  à  la  porte  de  la 
maison  Delastre  sur  la  place  de  l'église.  Haut.  ï  m.  2j,  long.  0,  46.  M.  Allmer  estime 
qu'il  faut  lire  Magniacus  et  non  Macniacus.  —  Hières,  canton  de  Crémieu,  arrond.  de 
La  Tour-du-Pin  (Isère). 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  1 7 

transporté  au  château  voisin  d'Antoine  de  Blanc,  son  cousin  '  ;  depuis 
lors  ce  monument  a  disparu  : 

M  E  R  C  V  R  I  0 
AVG  •  ARTAIO 

SACR 
SEX-GEMIN1VS 

CVP I T  V  S 

EX     VOTO 

Mercurio  Auguste  Artaio  Sacrum,  Sextus  Geminius  Cupitus,  ex  voto. 

Il  me  paraît  bien  difficile  de  présenter  une  signification  satisfaisante 
des  dénominations  topiques  Artaius,  Magniacus  et  Veilaunus.  Faut-il 
rapprocher  Artaius  de  la  déesse  Artio  du  musée  de  Berne  2  ?  On  lit 
sur  l'inscription  billingue  de  Todi  le  mot  artuasi;  le  nom  Artos  figure 
sur  une  monnaie  gauloise  4.  Aymar  du  Rivail  rapporte  que  le  lieu  où 
a  été  trouvé  l'ex-voto  de  Cupitus  était  appelé  Artay  par  les  habitants, 
adhuc  incolae  Artaium  vocanti.  Aujourd'hui  ce  nom  est  absolument 
inconnu  dans  la  localité  ;  mais  le  témoignage  de  cet  historien  est  de  ceux 
auxquels  on  peut  accorder  toute  créance.  D'ailleurs,  il  ne  serait  pas  sur- 
prenant que  le  lieu  ait  retenu  le  nom  gaulois  du  dieu,  car  ce  fait  se  vérifie 
dans  bien  d'autres  localités 6.  L'édifice  en  ruines  d'Artay  était  certaine- 
ment le  temple  élevé  par  Cupitus  à  la  suite  d'un  vœu  exaucé  par  le  dieu 
gallo-romain. 

Le  nom  Veilaunus  appartient  également  à  la  nomenclature  gauloise  : 
on  lit  sur  une  inscription  Velaunis  1  ;  d'autres  documents  font  connaître 
Velauni,  Vellaunodunum,  Cossivelaunus,  etc...s.  Magniacus  présente  un 
suffixe  acus  fréquent  dans  les  noms  géographiques  de  la  Gaule  9. 

L'inscription  d'Hières  rappelle  la  restauration  du  temple  de  Magniacus 
Veilaunus  par  Macrinus  ;  elle  contient  quelques  particularités  à  signaler. 

1.  De  Allobrogibus  libri  novem,  etc.,  édition  de  Terrebasse,  p.  24.  Allmer,  III,  p.  112. 
—  Beaucroissant,  cant.  de  Rives,  arrond.  de  Saint-Marcellin  (Isère). 

2.  Mommsen,  lnscr.  Helvet.  21  j. 

3.  Fictet,  Nouvel  essai  sur  les  inscript,  gaul.,  p.  73. 

4.  Rev.  celt.,  t.  I,  p.  293. 

5.  Eod.  loc.  —  Chorier,  Hist.  du  Dauphiné,  t.  I,  p.  88  et  235,  dit  que  le  nom  Artaius 
s'applique  soit  à  Artas  près  Vienne,  soit  à  Artay  près  Grenoble,  localités  situées  à  une 
grande  distance  de  Beaucroissant.  Il  est  inutile  de  rappeler  l'explication  bizarre  que  cet 
historien  donne  du  Mercure  Artaius.  —  Sur  la  signification  de  ce  mot,  Pictet,  loc.  citât. 
Belloguet,  eod.  loc,  p.  321.  Stokes,  Three  Ir.  gloss.,  p.  xxxrn. 

6.  Divin,  indig.  du  Vocontium,  p.  22. 

7.  Rev.  celt.,  t.  III,  p.  310;  E.  Desjardins,  Ibid.  t.  II,  p.  225  not.  5. 
S.  Belloguet,  id.,  n°  274.  Rev.  des  Soc.  sav.,  1874,  t.  6,  p.  132. 

9.  Belloguet,  n,s  209  et  2:1.  V.  Rev.  Celt.  t.  III,  p.  268,  not.  2. 

Rev.  Celt.  IV  2 


1 8  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

La  formule  de  début  AVG.  SACR.  DEO  est  rare  '  ;  l'épithète  Victor 

donnée  à  Mercure  ne  figure  sur  aucune  autre  inscription2. 

Tels  sont,  d'après  les  monuments  épigraphiques  de  la  cité  des  Allo- 
broges, les  souvenirs  qui  se  rattachent  au  dieu  suprême  de  la  Gaule, 
identifié  par  César  à  Mercure,  et  qui  ne  serait,  à  mon  sens,  autre  que  le 
Dumiaîes  des  Arvernes. 

DIVINITÉS  INDIGÈTES. 

Au-dessous  des  dieux  principaux  étaient  des  divinités  secondaires  qui 
peuplaient  l'air,  les  eaux,  les  forêts,  les  vallées,  les  montagnes,  en  un 
mot  la  nature  entière.  A  ces  esprits  étaient  attribués  tous  les  phénomènes 
naturels  ;  les  éléments  qu'ils  habitaient  étaient  soumis  à  leurs  ordres. 
Chaque  lieu  avait  sa  divinité  éponyme,  être  surnaturel  qui  en  était 
comme  l'âme  i  ;  toutes  les  nations  aryennes  dans  leur  développement 
parallèle  en  étaient  arrivées  à  reconnaître  ces  dieux  secondaires  et  inter- 
médiaires dont  les  attributs  étaient  analogues  chez  chacune  d'elles. 

Ces  divinités,  qui  personnifiaient  les  forces  élémentaires  de  la  nature, 
avaient  généralement  leur  pendant  dans  une  divinité  féminine  ;  elles  se 
mêlaient  à  tous  les  actes  de  la  vie  domestique  ;  le  Gaulois  multipliait  ses 
vœux  et  ses  offrandes.  Le  jugement  de  César  sur  la  religion  gauloise 
trouve  ici  une  exacte  application  :  «  natio  est  omnium  Gallorum  admodum 
dedita  religionibus  »  (pratiques  de  dévotion  et  superstitions)  4. 

Le  culte  des  eaux,  une  des  formes  primitives  du  naturalisme  aryen, 
était  le  plus  répandu.  Les  génies  aquatiques  étaient  considérés  comme 
les  amis  bienfaisants  de  l'homme,  ils  calmaient  ses  douleurs,  lavaient  ses 
blessures  et  guérissaient  ses  maladies.  Des  oratoires  avaient  été  élevés 
près  des  sources  sacrées,  et  chaque  année  au  printemps  des  fêtes,  des 
pèlerinages  attestaient  la  popularité  du  culte  des  eaux.  Le  christianisme 
consacra  les  vieux  usages  et  les  appropria  au  culte  des  saints  s. 


t.  Greppo,  id.,  p.  307.  Bull,  des  Antiq.  de  France,  1865,  p.  153,  etc..  Au  mont  de 
Sène,  l'inscription  dédiée  à  Mercure  est  exactement  semblable  à  la  formule  que  je  signale  : 
Aug.  sacrum  deo  Mercurio,  même  Bullet.,  1873,  p.  50. 

2.  Allmer,  ibid.  Cette  épithète  Victor  n'est-elle  pas  un  argument  de  plus  en  faveur  de 
l'attribution  au  dieu  suprême  de  la  Gaule  ? 

3.  Gaidoz,  Esquisse  de  la  religion  des  Gaulois,  p.  9.  En  Italie,  on  l'appelait  genius  loci. 
Il  était  représenté  sous  la  forme  d'un  serpent.  Preller,  Les  dieux  de  l'ancienne  Rome, 
page  72. 

4.  Comment.,  VI,  16. 

5.  Pictet,  Orig.  Ind.  Europ.,  t.  II,  p.  624.  Brueyre,  Contes  aryens  de  la  Grande-Bre- 
tagne, introd.  et  p.  253  et  s.  Rev.  des  Soc.  sav.,  1867,  p.  235.  Rev.  celt.,  II,  p.  1. 
Divin,  indig.  du  Vocontium,  p.  44  et  s.  —  Voir  plus  haut  ce  qui  est  relatif  au  dieu  Bormo. 
Il  en  est  resté  des  traces  dans  les  superstitions  populaires  relatives  aux  sources  et  aux  lacs. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  19 


ATHVBODVA  OU  CATHVBODVA. 

En  1867,  on  a  découvert  dans  un  champ  appelé  Vers-Jan,  au  lieu  dit 
les  Fins  de  Ley,  commune  de  Mieussy,  un  petit  autel  privé  de  son  cou- 
ronnement sur  lequel  on  lit  '  : 

ATH VBO  D  VA  E 

AVC 
SERVILIA  ■  TEREN 

TIA 
S         L         M 

Athuboduae  Augustae,  Servilia  Terentia  \votum)  solvii  libens  merito  2. 

Cette  curieuse  inscription  est  malheureusement  mutilée  sur  le  côté 
droit. 

Le  nom  de  la  divinité  mentionnée  a  donné  lieu  à  deux  études  fort 
remarquables,  l'une  linguistique  due  à  M.  Pictet  h  l'autre  mythologique 
émanée  de  M.  Hennessy*.  M.  Pictet  croit  que  le  nom  Athubodua  est 
incomplet  par  suite  d'une  cassure  de  la  pierre  et  il  propose  de  lire  Cathu- 
bodua,  rectification  appuyée  sur  l'armoricain  Catuuodu  et  sur  l'irlandais 
Cathbadh.  Le  savant  genevois  considère  par  suite  Cathubodua  comme 
une  Bellone  gauloise.  En  effet,  le  nom  Cathubodua  se  compose  :  i°  du 
terme  Catu,  pugna,  terme  essentiellement  gaulois  qu'on  rencontre  dans 
un  grand  nombre  de  mots  comme  préfixe  (Caturix,  Caturicus,  etc.!  s; 
20  du  terme  Bodua,  qui  se  trouve  dans  les  noms  d'homme  gaulois, 
soit  en  composition,  soit  avec  un  nouveau  suffixe  de  dérivation  \Bodua- 

En  Savoie,  au  renouvellement  de  l'année,  on  couronne  de  guirlandes  les  puits  et  les  fon- 
taines (L'Allobroge,  1842,  p.  42)  ;  dans  un  grand  nombre  de  localités  du  Dauphiné  et  de 
la  Savoie,  cet  usage  a  lieu  au  mois  d'octobre,  après  les  vendanges.  Au  temps  de  Grégoire 
de  Tours,  on  apportait  encore  des  offrandes  aux  lacs.  J'ai  été  témoin  au  petit  lac  du  col 
de  la  Coche  au-dessus  de  Laval  (canton  de  Domène,  arrond.  de  Grenoble)  de  pratiques 
religieuses  qui  rappellent  ce  culte. 

1.  Allmer,  eod.  lac,  t.  III,  p.  357.  Revon,  Rev.  sav.,  1867,  p.  101.  Cette  inscription 
a  été  décrite  par  M.  Revon  dans  les  Inscript,  antiq.  de  la  Haute-Savoie,  ouvrage  que  je 
n'ai  pu  consulter.  Les  moulures  de  la  base  et  de  la  corniche  font  le  tour  de  la  pierre. 
Cette  inscription,  placée  au  moment  de  la  découverte  dans  un  mur  de  la  maison  Corniilon 
au  hameau  du  Ley,  puis  transportée  à  Tanninges  chez  II.  le  juge  Tavernier,  est  aujour- 
d'hui au  musée  d'Annecy.  Haut.  0,76  cent.,  larg.  0,30  cent.  Mieussy,  canton  de  Tan- 
ninges. arr.  de  Bonneville  (Haute-Savoie). 

2.  L'E  et  l'N  de  Teren  forment  un  monogramme;  il  faut  noter  Terentia  employé  comme 
surnom,  ce  qui  indiquerait  une  affranchie,  P.  C.  Robert,  Étude  sur  qq.  inscr.  du  musée 
de  Bordeaux,  p.  30.  C'est  le  seul  exemple  dans  la  cité  de  Vienne. 

3.  Rev.  arch.,  1868,  t.  XVIII,  p.  1  et  s. 

4.  Rev.  celt.,  t.  I,  p.  32  et  s.  L'inscription  est  reproduite  en  fac-similé. 

5.  Rev.  celt.,  t.  III,  p.  163. 


20  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

eus,  Boduacius  ')  ;  ce  second  terme,  en  breton  bodu,  en  irlandais  bodb  ou 
badh,  signifie  corbeau  et  s'emploie  dans  l'acception  de  sorcière  et  de 
virago.  Ainsi,  le  nom  Cathubodua  se  traduit  par  corvus  pugnœ,  corbeau  de 
la  guerre. 

M.  Hennessy  pense  avec  raison  que  l'interprétation  de  M.  Pictet  est 
fondée  s'il  est  exact  que  le  nom  de  la  divinité  Athubodua  a  perdu  sa  lettre 
initiale  et  si  cette  lettre  est  un  C.  La  déesse  Cathubodua  serait  alors, 
d'après  cet  érudit,  semblable  à  Badh-Catha,  fée  qui  figure  dans  les  légendes 
irlandaises  représentée  par  un  corbeau,  et  qui  prédit  le  sort  des  combat- 
tants avant  la  mêlée 2  ;  elle  deviendrait  ainsi  une  déesse  des  combats. 
Les  deux  noms  Cathubodua  et  Badh-Catha  sont  absolument  identiques. 
L'article  de  M.  Hennessy  est  des  plus  intéressants  ;  il  apporte  des  docu- 
ments importants  et  peu  connus  sur  la  mythologie  comparée  des  Ger- 
mains et  des  Celtes,  et  il  signale  plus  d'un  point  de  contact  entre  les 
deux  religions  3. 

Toutefois  il  pourrait  se  faire  que  le  nom  Athubodua  fût  complet  sur 
l'inscription  votive  de  Terentia  ;  l'examen  de  l'autel,  les  dispositions  des 
lignes  et  des  lettres  ne  s'opposent  point  à  cette  supposition.  Dans  ce 
cas  il  n'est  peut-être  pas  sans  intérêt  de  rapprocher  du  nom  de  la 
divinité  allobroge  les  noms  suivants  qui  figurent  sur  des  monuments  épi- 
graphiques  4  :  Ateboduuss,  Atebodui fil 6 ,  Ateboduai .  Je  dois  ajouter  que 
l'assimilation  de  Athubodua  et  Atebodua  est  impossible,  au  dire  de  M.  Pic- 
tet, parce  que  le  préfixe  aie  ou  ati  ne  peut  jamais  être  devenu  athu  à 
cause  de  la  voyelle  finale 8. 

L'inscription  votive  de  Terentia  ne  me  paraît  pas  présenter  des  indi- 
cations suffisamment  précises  pour  considérer  Athubodua  ou  Cathubodua 
comme  une  déesse  de  la  guerre  dans  la  mythologie  gauloise.  Je  ne  con- 
teste pas  les  savantes  conclusions  des  articles  de  MM.  Pictet  et  Hennessy; 

1.  Pictet,  eod.  loc. 

2.  M.  Hennessy  fait  connaître  en  détail  Badh-Catha  et  ses  attributions  ;  il  rapporte 
diverses  opinions  intéressantes  sur  cette  fée  qui  figure  dans  les  récits  de  batailles  irlan- 
daises :  le  corbeau  joue  un  grand  rôle,  rôle  sinistre,  dans  l'Irlande,  l'Ecosse  et  le  comté 
de  Galles.  J'ajoute  que  dans  la  mythologie  gréco-latine  le  corbeau  était  consacré  à  Apol- 
lon, et  on  l'appelait  Delphicus  aies. 

3.  Dans  la  mythologie  germaine,  Odin  est  accompagné  de  corbeaux  et  de  loups.  Les 
vieux  noms  gaulois  Caturix  (voir  plus  haut  le  dieu  Caturix),  Toutiorix,  Segomaros,  Albio- 
rix  ont  leurs  correspondants  en  Germanie,  Hedrich,  Dietrich,  Sigmar,  Alberich  ;  non  seu- 
lement les  noms,  mais  aussi  les  légendes  et  les  traditions  sont  identiques  (note  de 
M.  Lottner  à  l'article  de  M.  Hennessy). 

4.  Pictet,  Rev.  arch.,  eod.  loc. 

5.  Inscription  de  Dcehmannstorf  en  Carinthie,  Gruter,  758-11. 

6.  Inscription  de  Cilly,  Stein,  3,  1 0 j. 

7.  Inscription  de  Leibnitz  en  Styrie  ;  il  y  a  littéralement  atepodua,  Stein,  300$. 

8.  Pictet,  eod.  loc. —  On  pourrait  penser  que  le  premier  terme  d'Athubodua  est  une  parti- 
cule réitérative  :  bodua  conserve  naturellement  l'acception  précédente.  V.  Rev.  Celt.  \,  p.  293 . 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  2 1 

j'estime  qu'en  l'état  il  est  plus  prudent  d'attribuer  à  cette  divinité  un 
caractère  purement  local  et  d'en  faire  le  génie  tutélaire  et  protecteur  de 
Mieussy. 

BAGINATES. 

Dans  le  mur  du  cimetière  de  Morestel,  du  côté  de  la  route,  on  lit  l'ins- 
cription suivante  sur  un  autel  brisé  par  en  bas  qui  a  été  trouvé  dans  les 
décombres  de  l'ancienne  église  paroissiale  '  : 

IOV1 

B  A  G    I   N  A  T  I 

CORINTHVS 

NIGIDI    •  AELIANI 

EX     VOT 

Iovi  Baginati,  Corinihus  Nigidii  Aeliani  [servus),  ex  voto  2. 

Plusieurs  inscriptions  de  la  Gaule  nous  montrent  Jupiter,  adoré 
comme  dieu  officiel  de  l'État  au  Capitole  et  dans  les  provinces,  souvent 
associé  à  des  divinités  topiques  J.  D'après  César.  Jupiter  ne  jouait  qu'un 
rôle  secondaire  dans  la  mythologie  gauloise;  ses  attributions  étaient 
imperium  cœlestium  tenere,  c'est-à-dire  qu'il  présidait  aux  phénomènes 
célestes  et  plus  spécialement  au  tonnerre  4.  Tous  les  peuples  de  l'anti- 
quité ont  eu  un  culte  pour  la  foudre  qui  frappe  de  mort  les  êtres  vivants, 
incendie  les  maisons,  déchire  les  arbres  et  disparait  ensuite  dans  la  terre  ; 
tout  lieu  frappé  par  la  foudre  était  sacré  et  ne  devait  être  ni  foulé  aux 
pieds  ni  exposé  aux  regards.  Une  tablette  de  pierre  trouvée  en  1765  sur 
les  hauteurs  d'Ampuis  parmi  des  ruines  porte  cette  inscriptions  : 

IOVI 
FULGVRI 

FVLMINI 


1.  Allmer,  eod.  loc,  t.  III,  p.  197.  Pilot,  Bull.  soc.  stat.  Isère,  t.  III,  p.  ji.  — 
Morestel,  ch.  d.  c,  arrond.  de  La  Tour-du-Pin  (Isère  . 

2.  Les  lettres  sont  peu  profondément  gravées,  une  palmette  de  chaque  côté  du  mot 
Iovi,  l'H  dépourvue  de  jambage  vertical  vers  la  gauche,  PL,  l'I,  l'N  et  l'I  de  AELIANI 
en  monogrammes.  Haut.  1  m.,  larg.,  0,5$  cent  —  Le  nom  d'Aelianus  qui  figure  sur 
l'inscription  indique  qu'elle  n*est  pas  antérieure  à  Adrien  ou  aux  premiers  Antonins. 

3.  Orelli-Henzen,  notamment  n°  5617. 

4.  On  rencontre  sur  les  inscriptions  de  la  Gaule  et  d'autres  régions  les  expressions  plu- 
vialis,  Orelli-Henzen,  5641,  tonans,  5649,  fulgerator,  1258,  1240;  Tempestatum  divina- 
ram  potens,  Spon,  Misai.,  p.  76,  etc.  Dans  la  Gaule,  le  dieu  du  tonnerre  s'appelait, 
dit-on,  Taranis,  c'est  le  deus  Taranucus,  Taranucnus  et  Tanarus  des  inscriptions,  assi- 
milé à  Jupiter.  H.  Gaidoz,  Esq.  de  la  relig.  des  Gaulois,  p.   11. 

5.  Allmer,  eod.  loc.,  t.  Il,  p.  426;  au  musée  de  Vienne.  Les  lettres  ont  une  mauvaise 
forme  et  sont  mal  gravées.  —  Ampuis,  cant.  de  Condrieu,  arr.  de  Lyon  (Rhône). 


22  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

Le  Jupiter  fulgur  et  fulmen  est  le  dieu  qui  descend  lui-même  dans  la 
foudre  sous  la  forme  d'une  pierre  appelée  ceraunios,  ou  lapis  fulminis  '. 
Il  est  inutile  de  rappeler  les  croyances  populaires  relatives  aux  pierres  de 
tonnerre,  et  les  vertus  talismaniques  qu'on  leur  attribue  encore  dans  nos 
campagnes  2.  La  découverte  d'une  pierre  de  tonnerre  aurait-elle  provo- 
qué cette  inscription  ? 

Quel  caractère  faut-il  attribuer  à  Baginates  identifié  à  Jupiter,  est-ce 
celui  de  Jupiter  fulgur  ou  celui  de  Jupiter  pluvialis  3  ?  Il  est  impossible  de 
résoudre  la  question  en  présence  des  termes  si  concis  de  l'inscription 
votive  de  l'esclave  Corinthus.  Cette  inscription  a  été  recueillie  dans  l'an- 
cienne église  paroissiale  de  Morestel  qui  avait  probablement  succédé  au 
sanctuaire  gallo-romain. 

Il  n'est  peut-être  pas  sans  intérêt  de  signaler  un  lieu-dit  du  nom  de 
Bachelin,  dans  la  commune  de  Passins,  voisine  de  celle  de  Morestel  4.  Y 
aurait-il  une  relation  entre  les  noms  Baginates  et  Bachelin  ? 

Une  inscription,  aujourd'hui  perdue,  et  citée  par  divers  auteurs  comme 
existant  à  Genève,  était  ainsi  conçue  s  : 

IOVI 

ASSIGN 

M    .  F 

N 

Il  est  probable  que  le  terme  Assign...  était  la  première  partie  du  nom 
d'une  divinité  indigète  assimilée  à  Jupiter.  Ce  nom  ne  se  retrouve  sur 
aucune  autre  inscription  ;  il  est  donc  impossible  de  le  rétablir. 


i.  Dict.  des  antiq.  grecques  et  rom.  de  MM.  Daremberg  et  Saglio,  v°  Baetylia.  Cicéron, 
(adfam.,  vn-12),  Aulu  Gelle  (noct.  Attic.,  1,  21),  Apulée  (de  deo  sacr.,  131)  mentionnent 
un  Jupiter  Lapis.  Je  ne  connais  aucune  autre  inscription  donnant  à  Jupiter  l'épithète 
fulgur  ;  on  trouve  souvent  fulgerator,  tonans,fulminans,fulgurans;  dans  l'autel  d'Ampuis 
la  cause  est  confondue  avec  l'effet. 

2.  J'ai  fait  connaître  les  traditions  populaires  du  Bas-Dauphiné  relatives  aux  pierres  de 
tonnerre  :  Les  âges  de  pierre  et  de  bronze  dans  l'arrondissement  de  Montélimar,  Grenoble, 
1878,  in-8%  p.  12  et  s.  —  v.  Cartailhac.  L'âge  de  pierre  dans  les  souvenirs  et  supersti- 
tions populaires.  Paris,  1878,  in-8°. 

3.  Il  existe  dans  nos  campagnes  de  nombreux  oratoires  très  anciens  qui  ont  certaine- 
ment succédé  à  des  oratoires  gallo-romains,  et  dans  lesquels  on  se  rend  en  procession 
pour  demander  ou  la  pluie  ou  le  beau  temps.  L'homme  des  champs  se  préoccupe  avec 
raison  des  variations  atmosphériques  ;  c'est  là  le  premier  de  ses  soucis,  de  ses  craintes  ou 
de  ses  espérances  ;  tout  pour  lui,  bonheur  ou  aisance,  réside  dans  l'état  de  calme  ou  de 
tempête  de  ce  grand  océan  d'air  qui  entoure  notre  globe. 

4.  Un  hameau  des  Avenières,  commune  voisine,  s'appelle  le  Bajet . 

<,.  Gruter,  13-3.  Guichenon,  p.  3$.  Spon,  Hist.  de  Genève,  II,  p.  308.  Muratori,  II, 
5.  Orelli,  270.  Mommsen,  n°  66.  Allmer,  eod.  toc,  t.  III,  p.  253.  A  Blankenheim 
existaient  des  Matronae  Aserguehae,  Orelli,  2082.  —  Scaliger  avait  traduit  adsignatum 
Jovi,  Orelli,  270,  not. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  2} 

VINTIVS. 

Deux  inscriptions  sont  consacrées  au  dieu  Vintius  : 
i°  La  première  est  gravée  sur  un  autel  avec  base  et  couronnement 
engagé  dans  le  mur  extérieur  de  l'abside  de  l'église  de  Seyssel  '  : 

DEO  •  VINTIO 

POLL VCI 
CN  '  TERENTIVS 
BILLONIS-FIL 
TERENTIANVS 

EX-VOTO 

Deo  Vintio  Polluci,  Cneius  Terentius,  Billonis  filius  Terentianus,  ex  voto. 

2°  L'autre  se  lit  sur  une  table  carrée  trouvée  dans  le  voisinage  du  châ- 
teau d'Hauteville  dans  la  vigne  des  Idoles,  près  du  champ  des  Idoles 2  : 

AVG    •    VIN 

SACR 
T  •  VALERIVS.... 

CRISPINVS 

SACER        VINTI 

PRAEF • PAGDIA 

AEDEM   •    D 

Augusto  Vintio  sacrum,  T.  Valerius...  f.  Crispinus,  sacer  Vintii,  prafectus 

pagi  Dia...  aedem  dot. 

Dans  la  mythologie  latine,  Pollux,  admis  parmi  les  astres  après  sa 
mort,  avait  été  gratifié  par  Neptune  du  don  d'apaiser  les  flots  ;  c'était  le 
dieu  propice  aux  nautoniers  L'identification  de  Vintius  à  Pollux  permet 
de  lui  supposer  un  caractère  analogue  et  de  le  considérer  comme  le  pro- 
tecteur des  mariniers  du  Rhône?.  En  effet  le  dieu  gaulois  parait  avoir 
laissé  son  nom  à  une  colline  voisine  de  Seyssel  :  on  l'appelle  Vence  ou 


i.  Orelli,  2065.  Allmer,  eod.  loc,  t.  III,  p.  243.  Seyssel,  ch.-l.  de  cant.,  arrond.  de 
Saint-Julien  (Haute-Savoie). 

2.  Allmer,  eod.  loc,  t.  II,  p.  34$.  Orelli-Henzen,  5922.  Cette  table,  ornée  d'une  mou- 
lure, a  été  transportée  depuis  longtemps  à  Rumilly  où,  par  les  soins  de  M.  Croisollet, 
l'auteur  de  l'Histoire  de  Rumilly,  eile  vient  d'être  placée  derrière  les  murs  de  la  chapelle 
neuve  du  collège.  Haut.,  o  m.  40,  larg.  0  m.  4$  cent.  Hauteville,  cant.  de  Rumilly, 
arr.  d'Annecy  (Haute-Savoie). 

3.  Le  nom  de  Vintius  se  retrouve  dans  la  nomenclature  gauloise.  Faut-il  voir  dans 
son  nom:  k.  Cwynt,  ar.  Gwennt,  c.  Gwynx,  e.  et  ir.  Gaoid,  Gaoth,  vent;  ou  Ar.  Gwinnt, 
élévation:  Belloguet,  id.,  n"  2 s 8. 


24  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

Vens.  Il  existe  de  temps  immémorial  au  pied  de  cette  colline  une 
chapelle  dédiée  à  Notre-Dame,  qui  jouit  d'une  très  grande  vénération 
auprès  des  bateliers  du  grand  fleuve.  Le  nom  du  lieu,  l'oratoire  et  le 
culte  remontent  certainement  au  temps  du  dieu  Vintius  :  le  christianisme 
n'a  été,  là  comme  en  d'autres  lieux,  que  l'héritier  d'une  croyance  gau- 
loise. 

A  l'époque  romaine,  il  y  avait  une  corporation  des  nautae  Rlwdanici, 
corporation  riche  et  puissante,  dont  le  siège  était  à  Lyon  ■  et  qu'une 
inscription  appelle  splendidissimum  corpus2.  Quelques-uns  de  ses  membres 
ont  été  l'objet  de  distinctions  honorifiques  de  la  part  de  diverses  villes 
situées  sur  le  parcours  du  Rhône  ?. 

L'ex-voto  de  Terentianus  4  ne  serait-il  pas  le  témoignage  de  la  recon- 
naissance d'un  marinier  qui  aurait  dû  à  Vintius  d'échapper  à  un  danger 
imminent  sur  ce  fleuve  souvent  orageux? 

Le  culte  de  ce  dieu  bienfaisant  s'était  étendu  sur  la  région  voisine  de 
Seyssel  et  située  sur  les  bords  du  Rhône  et  du  lac  du  Bourget.  L'inscrip- 
tion découverte  à  Hauteville  fait  en  effet  connaître  qu'il  avait  un  temple 
dans  ce  lieu  5.  Vintius  était  aussi  probablement  la  divinité  du  pagus  Dia.. 
(Hauteville?;,  dont  Valerius  Crispinus  était  le  prafectus6.  Les  habitants 
de  cette  région  devaient  être  en  général  des  nautoniers;  le  Rhône  était 
alors  la  seule  voie  naturelle  et  rapide  de  communication  pour  échanger 
leurs  produits  du  nord  au  midi  de  la  Gaule.  On  comprend  ainsi  l'impor- 
tance qu'avait  le  culte  de  Vintius. 

Crispinus,  qui  fit  construire  de  ses  deniers  un  sanctuaire  à  Hauteville, 
est  appelé  sur  l'inscription  commémorative  Sacer  Vintii;  cette  expression 
indique  soit  un  prêtre  sans  caractère  officiel,  soit  tout  simplement  un 
dévot.  Les  magistrats  municipaux  n'avaient  pas  d'attributions  plus  impor- 
tantes que  celles  de  veiller  à  l'accomplissement  des  rites  religieux  et  aux 
besoins  du  culte.  Le  terme  aedes  donné  à  ce  sanctuaire  est,  en  général, 
employé  plus  particulièrement  en  l'opposant  à  templum,  pour  désigner  un 


i.  De  Boissieu,  Inscript,  de  Lyon,  p.  386  et  s.  Allmer,  eod.  toc,  t.  I,  p.  60;  II, 
p.  257;  III,  p.  354. 

2.  Au  musée  de  Lyon.  —  De  Boissieu,  eod.  loc,  p.  26 J. 

3.  Allmer,  loc.  cit.  Je  n'ai  pas  l'intention  d'assimiler  ces  nautae  Rhodanici  aux  simples 
mariniers  ou  bateliers  du  grand  fleuve. 

4.  Cn.  Terentius  Billonis  filius  Terentianus  :  Billo,  nom  du  père  du  dévot,  appartient 
probablement  à  la  nomenclature  gauloise,  Rev.  celt.,  t.  III,  p.  160;  on  le  retrouve  cepen- 
dant sur  des  inscriptions  de  l'Italie  méridionale. 

5.  Aux  Fins  d'Annecy  a  été  trouvée  une  inscription  à  Castor  et  Pollux,  les  dieux  pro- 
pices aux  navigateurs  (s'agissait-il  de  la  navigation  du  lac  d'Annecy  ?).   Allmer,  t.  III, 

page  3  3  5-  .     .  ,  ".      ., 

6.  Seyssel  était  probablement  compris  dans  ce  pagus  :  la  navigation  ordinaire  du 
Rhône  commence  aujourd'hui  à  Seyssel. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  2  5 

édifice  pour  lequel  n'avaient  pas  eu  lieu  les  cérémonies  de  l'inauguration 

M.  Mommsen  et  M.  Herzog  ont  regardé  comme  fausse  l'inscription 
de  Hauteville  par  le  motif  qu'il  n'y  avait  que  des  rici  chez  les  Allobroges. 
Cette  opinion  est  infirmée  par  le  témoignage  multiplié  des  inscriptions 
qui  mentionnent  des  vici  et  jusqu'à  trois pagi  de  la  cité  de  Vienne2. 

Vintius,  le  protecteur  des  bateliers  du  Rhône  et  du  pagus  Dia ,  n'a 

aucune  parenté  avec  le  Vintius  de  Vence  Alpes-Maritimes  ,  assimilé  par 
les  Romains  à  Mars  5. 


VIROTVTES. 

En  1844,  on  a  découvert  dans  la  petite  plaine  des  Fins  d'Annecy,  en 
même  temps  que  plusieurs  fragments  d'architecture  et  des  médailles  de 
Claude,  un  autel  fracturé  par  en  bas  présentant  sur  une  de  ses  faces 
l'inscription  suivante  4  : 

APOLLINI 
ViROTVTI 
T  .  RVTIL  .  BVRICVS 


Apollini  Virotuti,  T.  Rutilius  Buricus  votum  solvit  libens  merito). 

Virotutes,  que  l'inscription  assimile  à  Apollon,  ne  serait-il  pas  un  dieu 
medicus?  J'ai  indiqué  plus  haut  que  les  Romains  considéraient  l'Apollon 
gaulois  comme  un  dieu  sauveur  et  purificateur,  morbos  depellerei.  Le 


1.  Dict.  des  antiq.  grecq.  et  rom.  de  MM.  Daremberg  et  Saglio,  v*  Aedes. 

2.  Les  inscriptions  révèlent  trois  pagi  dont  le  nom  ne  nous  est  point  parvenu  en  entier  : 
pagus  DIA  ....  pagus  Valer  ...,  pagus  Oct  ...  Allmer,  eod.  toc,  t.  II,  p.  341.  Les  pagi 
étaient  des  divisions  de  la  cité  (Caes.  Bell.  Gall.,  I,  12).  Les  praefecti,  sans  doute  nommés 
par  les  décurions  de  la  cité,  et  exerçant  leurs  fonctions  à  titre  d'honneur,  administraient 
dans  de  telles  limites  d'attribution  que  nous  ne  savons  dire,  assistés  par  un  conseil  de 
pagani  (Henzen,  suppl.,  table,  163,  164),  Allmer,  eod.  toc.  Les  vici,  centres  de  popula- 
tion, non  chefs-lieux  de  civitas,  dépendaient  administrativement  du  chef-lieu  de  la  civitas 
à  laquelle  ils  appartenaient.  Bien  qu'ils  n'eussent  aucune  administration  municipale,  ils 
avaient  pour  la  religion,  Pédilité  et  la  police ,  une  petite  administration  propre  composée 
de  deux  édiles  et  d'un  conseil  de  Vicani,  et  probablement  aussi  un  collège  de  sévirs  (Léon 
Renier,  Inscript,  de  Troesmis,  p.  22). 

3.  Orelli,  j 227.  —  Mim.  delà  Soc.  des  se.  nat.  et  hist.  et  des  beaux-arts  de  Cannes, 
1874,  t.  IV. 

4.  Au  musée  d'Annecy.  Allmer,  eod.  toc,  t.  III,  p.  333  :  cet  érudit  a  lu  Verotuti, 
M.  Revon  Virotuti;  la  forme  est  identique  ;  manque  le  couronnement;  les  deux  1  et  l'N 
d'Apollini,  le  T  et  l'I  de  Virotuti  forment  des  monogrammes.  —  Annecy,  chef-lieu  de  la 
Haute-Savoie. 

5.  Dans  la  cité  des  Allobroges,  Apollon  avait  des  temples  à  la  Balme,  à  Genève,  à  Gilly, 
à  Groisy,  à  Limony,  à  la  Rochette,  à  Ruffieux,  à  Vienne  et  à  Virignin.  Allmer,  eod.  toc, 
t.  IV,  p.  538,  Stat.  mon. 


26  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

véritable  caractère  de  Virotutes  nous  échappe  complètement,  et  il  serait 

dangereux  de  suppléer  au  silence  des  textes  par  de  brillantes  hypothèses. 

Ne  pourrait-on  pas  rapprocher  le  dieu  Virotutes  de  la  déesse  Viroddis 
dont  le  nom  figure  sur  une  inscription  trouvée  dans  les  murs  du  cime- 
tière de  Kaelbertshausen,  maintenant  au  musée  de  Carlsruhe  '  ? 

Le  surnom  Buricus  indique  peut-être  un  étranger  latinisé  venant  du 
pays  des  Bures,  qui  habitaient  vers  les  sources  de  la  Vistule  2. 


Chaque  ville  gauloise  était  sous  la  protection  spéciale  d'une  divinité 
éponyme,  être  surnaturel  qui  en  était  la  personnification.  Les  inscriptions 
romaines  de  la  Gaule  ont  conservé  les  noms  de  plusieurs  dieux  munici- 
paux :  on  peut  citer  Nemausus,  Vesontio,  Vasio,  etc.,  génies  tutélaires 
de  Nîmes,  Besançon,  Vaison?.  Chaque  année  les  Gaulois  célébraient  la 
dédicace  de  leurs  villes;  ils  immolaient  au  génie  des  victimes,  ils  lui  fai- 
saient des  libations.  Cette  coutume,  qui  existait  encore  au  vme  siècle  de 
notre  ère,  fut  vivement  combattue  par  saint  Eloy*.  Le  génie  de  la  ville  de 
Lyon  est  représenté  au  revers  d'un  denier  d'argent  d'Albin  et  sur  un 
médaillon  en  terre  cuite  ;  c'est  une  figure  nue  et  debout  couronnée  de 
créneaux,  la  main  droite  appuyée  sur  un  sceptre,  une  corne  d'abondance 
sur  le  bras  gauche,  un  glaive  suspendu  à  ce  bras;  à  ses  pieds  est  un 
corbeau  sur  un  rocher  affectant  la  forme  d'un  lion  accroupi  s. 

Dans  l'Allobrogie,  les  monuments  épigraphiques  ne  font  connaître 
aucune  divinité  municipale.  Une  inscription  votive  de  Genève,  décou- 
verte en  1752  dans  les  fondements  de  l'église  cathédrale,  est  consacrée 
au  génie  du  lieu,  genio  loci,  associé  à  Mithra  ;  cette  inscription  est  ainsi 
conçue é  : 


1.  Rev.  celt.,  t.  III,  p.  311.  On  trouve  dans  la  nomenclature  indigène  virodu  sur  une 
monnaie  gauloise,  Rev.  num.,  1869-70,  t.  XIV,  p.  4,  Rev.  celt.,  t.  I,  p.  298  ;  Verotus 
ou  Verotius,  nom  d'homme,  Yerore  ou  Virrore,  divinité  topique,  Viromarus,  Viromo,  noms 
d'hommes,  etc.  Rev.  celt.,  t.  III,  p.  311.  —  Serait-ce  le  préfixe  Gwir,  Gwyr,  gwirt,  pur, 
juste,  vrai,  fort  ? 

2.  Tacit.  de  morib.  Germ.,  43  (Burii)  ;  le  nom  Buri  (génitif)  se  trouve«sur  une  inscrip- 
tion, Orelli,  3  s  s  S.  —  Outre  le  temple  de  Virotutes,  il  y  avait  encore  à  Annecy  des  temples 
ou  des  autels  de  Jupiter,  de  Mercure,  de  Castor  et  de  Pollux,  et  des  Numina  Augustorum. 
Allmer,  eod.  toc,  t.  IV,  p.  541,  Stat.  mon. 

3.  Orelli,  2064,  2245.  Rev.  celt.,  II,  p.  5.  —  Divin,  indig.  du  Vocontium,  p.  42. 

4.  Dom  Martin,  Relig.  des  Gaul.,t.  II,  p.  199. 

5.  De  Boissieu,  Inscript,  antiq.  de  Lyon,  p.  46;  H.  Cohen,  Méd.  imp.  t.  III,  p.  224, 
n°  22;  Acad.  Inscr.  et  Bell.  Lettres,  Compt.  rend.  1877,  p.  6$  (corn,  de  M.  de  Witte). 

6.  Cette  inscription,  datée  de  l'an  201  de  notre  ère  (sous  le  consulat  de  L.  Annius  Fabia- 
nus  et  de  M.  Nonius  Arrius  Mucianus),  est  gravée  sur  un  autel  avec  base  et  couronnement 
qui  est  au  musée  cantonal  à  Genève.  Haut.,  0,85  c,  larg.  0,40  c.  —  Orelli,  27s.  Momm- 
sen,  n"  64.  Kerzog,  n"  ^99.  Allmer,  eod.  loc,  t.  I,  p.  372. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  27 

DEO     •      INVICTO 

GEN 10 •    LOCI 
FIRMIDIVS        SE 
V  E  R  I  N  V  S  MIL 

LEG-VIII  AVG-P-F 
CC  •  STIPXXVIA  RAM 
EXVOTOPRoSALvTE 
SVAVSLM-PoSITA 
MVCIANO  ET  FABIANO  CoS 

Deo  Invicto,  Genio  loci,  Firmidius  Severinus,  miles  legionis  VI II™  Augus- 
tae  Piae  Fidelis  Constantis  Commodae,  stipendiorumXXVI,  aram  ex  voto  pro 
sainte  sua  votum  solvit  libens  merito.  Posita  Muciano  et  Fabiano  consulibus. 

Le  culte  du  dieu  persan  Mithra,  Deus  Sol  Invictus,  s'était  communiqué 
aux  Romains  pendant  leurs  nombreuses  expéditions  en  Orient.  Déjà  très 
répandu  au  temps  de  Claude  et  de  Néron,  il  était  à  l'époque  de  Septime 
Sévère,  à  laquelle  se  rapporte  l'ex-voto  de  Severinus,  parvenu  aux  extré- 
mités de  l'empire.  Les  inscriptions  del'Allobrogie  font  connaître  à  Lucey, 
à  Vienne  et  à  Vieu  des  temples  consacrés  à  Mithra  ' . 


DÉESSES   MÈRES. 

J'ai  réuni  dans  ce  chapitre  les  monuments  de  la  cité  des  Allobroges 
consacrés  aux  Mères,  Maires,  Matrae,  Mairae,  Matronae,  divinités  secon- 
daires dont  le  culte  parait  avoir  été  particulier  à  la  Celtique  continen- 
tale et  insulaire,  ainsi  qu'à  la  Germanie,  où  existait  la  croyance  au 
pouvoir  surnaturel  des  femmes  prophétesses,  honorées  presque  à  l'égal 
des  déesses2. 

On  a  beaucoup  écrit  sur  l'origine  de  ces  divinités,  sur  leur  culte  et  sur 
leurs  diverses  influences  ?  ;  elles  ne  sont  connues  que  par  des  bas-reliefs 
et  par  des  inscriptions  de  l'époque  romaine. 

Les  Mères  figurent  toujours  au  nombre  de  trois  sur  les  bas-reliefs  :  le 
nombre  trois  joue  un  grand  rôle  dans  les  mythologies  et  dans  les  tradi- 

1.  Allmer,  eod.  toc,  t.  IV,  p.  538  et  s.,  Statistique  monumentale  d'après  les  inscriptions. 
Il  y  avait  à  Genè\e  des  temples  ou  des  autels  de  Jupiter,  de  Mars,  de  Mercure,  d'Apol- 
lon, de  Caturix,  de  Silvain,  des  Mères,  et  des  numina  Augustorum.  Allmer,  ibid. 

2.  Tacit.  de  morib.Germ.,  8.  —  On  trouve  quelques  traces  de  ce  culte  dans  la  Gaule 
cisalpine. 

3.  De  Wal,  De  Moeder  Coddinen,  Leyde,  1846  ;  ouvrage  qui,  quoique  ancien,  contient 
de  nombreux  et  intéressants  documents  sur  les  Mères.  —  Mém.  acad.  des  inscript,  et  bell. 
lett.,  t.  X,  p.  22;  Rev.  arch.  1848,  t.  V,  p.  363  ;  Encyclop.  mod.  y  Fée. 


28  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

tions  religieuses  et  magiques  de  tous  les  peuples  aryens  ',  c'est  là  un  des 
témoignages  les  plus  frappants  de  leur  commune  origine.  Les  Mères  sont 
ordinairement  représentées  sous  la  forme  de  jeunes  femmes  à  l'air  grave 
et  bienveillant,  vêtues  de  robes  talaires,  généralement  assises,  portant 
des  fruits  et  quelquefois  tenant  un  enfant  sur  leurs  genoux.  Sur  un  petit 
autel  du  musée  de  Vienne,  celle  du  milieu  est  assise  et  elle  a  sur  ses 
genoux  une  corbeille  pleine  de  fruits  ;  les  deux  autres  sont  debout,  d'une 
main  elles  relèvent  les  plis  du  manteau  qui  les  enveloppe  et  de  l'autre 
elles  écartent  la  partie  supérieure  du  même  vêtement  dont  elles  ont  la 
tête  couverte  :  cet  autel  anépigraphe  a  été  vu  longtemps  au-dessus  de  la 
porte  d'une  petite  tour  qui  s'élève  sur  des  ruines  romaines  au  sud-est  du 
mont  Sainte-Blandine2. 

Ces  attributs  permettent  de  considérer  les  Mères  comme  des  divinités 
champêtres,  dispensatrices  de  l'abondance,  qui  représentaient  les  forces 
productives  de  la  nature  3. 

Les  Mères  étaient  les  génies  bien-aimés  du  peuple  gaulois,  l'immense 
popularité  de  leur  culte  est  attestée  par  de  nombreux  monuments 4.  Leur 
protection  tantôt  se  bornait  à  une  personne,  à  une  famille,  à  une  maison, 
à  un  domaine  s,  tantôt  embrassait  toute  une  ville,  une  province,  une 
nation  entière  -\  Non  seulement  elles  faisaient  mûrir  les  moissons,  mais 


i .  On  peut  citer  à  titre  d'exemples  la  trinité  indoue,  les  trois  Nornirs  Scandinaves, 
les  trois  Parques,  les  trois  Grâces,  etc.  :  en  Gaule,  le  Tarvos  Trigaranus,  ou  Taureau  à 
trois  grues,  le  dieu  Tncéphale  (Bull.  acad.  des  inscr.  et  bell.  lett.,  4e  série,  t.  III, 
p.  33 s)  ;  on  trouve  quelquefois  de  petits  taureaux  en  bronze  à  trois  cornes  au  front.  — 
Suivant  Pythagore,  trois  est  le  nombre  des  plus  sublimes  mystères  ;  dans  les  Védas,  trois 
est  un  nombre  sacré.  Dans  les  légendes,  le  nombre  trois  joue  un  grand  rôle  (de  Ville- 
marqué,  Les  Fontaines  du  Morbihan,  p.  238  ;  Brueyre,  Contes  popul.  de  la  Grande-Bre- 
tagne, introd.  divers  contes).  —  Je  dois  indiquer  dans  l'Allobrogie  les  trois  fées  Ternes 
du  Chablais  (L'Allobroge,  1841,  p.  97).  Le  nombre  sept  avait  le  même  caractère  que  le 
nombre  trois. 

2.  Delorme,  Descript.  du  mus.  de  Vienne,  p.  226,  n°  216.  L'autel  a  74  cent,  de  haut; 
il  a  été  donné  au  musée  en  1827.  Il  est  probable  que  les  ruines  romaines  appartenaient 
à  un  temple  élevé  aux  Mères.  Sur  un  bas-relief  à  Metz,  les  Mères  sont  toutes  trois  debout 
portant  dans  leurs  mains  des  fruits  ou  des  fleurs  (Gruter,  92-1).  —  Un  bas-relief  du  musée 
de  Lyon  montre  celle  du  milieu  portant  des  fruits,  une  corne  d'abondance  et  une  patère; 
un  autre  bas-relief  du  même  musée  donne  la  corne  d'abond3nce  aux  deux  de  chaque  côté, 
la  3e  tient  sur  ses  genoux  un  objet  indéterminé,  probablement  un  enfant  (de  Boissieu, 
Inscr.  antiq.  de  Lyon,  p.  56).  V.  Mèm.  lus  à  la  Sorbonne,  Arch.,  1867,  p.  23. 

3.  Elles  n'avaient  qu'une  parenté  très  éloignée  soit  avec  les  Pénates,  les  Genii,  les 
Junones,  contrairement  à  l'opinion  d'Orelli  (sous  le  n'  2094),  soit  avec  les  Proxumes, 
divinités  dont  le  culte  paraît  jusqu'à  ce  jour  à  peu  près  restreint  aux  Volces  Arécomiques 
et  sur  lesquelles  on  discute  depuis  deux  siècles.  Voir  Ludovic  Vailentin,  Sur  un  autel  inédit 
dédié  aux  Proxumes.  Valence,  1875,  in-8°. — Bull,  des  Antiq.  de  France,  1872,  p.  101.  On 
a  dit  qu'en  Gaule  des  femmes,  devenues  particulièrement  célèbres  de  leur  vivant,  avaient 
reçu  après  leur  mort  d'un  peuple  reconnaissant  les  honneurs  de  l'apothéose  et  étaient  ado- 
rées sous  le  nom  de  Mères  ou  Matrones  (notamment  Keysler). 

4.  Orelli-Henzen,  n"  2074  et  s.,  $928  et  s. 

5.  Orelli-Henzen,  n"'  2075,  2093,  5933,  5934,  6935. 

6.  Orelli-Henzen,  n"'  2090,  2092,  2106,  $928,  $941,  5942  ;  l'inscription  5928  trouvée 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  29 

elles  veillaient  aussi  à  la  perpétuité  des  familles,  à  la  prospérité  des  villes 
et  des  cités  ;  leur  nom  implique,  dit-on,  une  idée  de  surveillance,  de 
tutelle  et  de  garde  '. 

Les  Mères  figurent  parmi  les  divinités  reconnues  du  culte  gaulois2, 
elles  paraissent  avoir  conservé  sous  la  domination  romaine  leur  carac- 
tère indigène.  L'étude  des  monuments  épigraphiques  montre  qu'elles 
n'ont  été  assimilées  à  aucune  déesse  de  l'Olympe  latin  ;  ;  elles  sont  sou- 
vent décorées  d'épithètes  topiques. 

Les  Mères  sont  devenues  au  moyen  âge  les  bonnes  dames,  les  dames 
blanches,  etc....,  fées  bienfaisantes  qui  peuplent  les  rochers,  les  grottes, 
les  sources  et  les  ruines  des  vieux  châteaux,  qui  protègent  le  faible 
contre  l'injuste  oppression  du  fort  et  effrayent  par  leurs  apparitions 
nocturnes  les  spoliateurs  et  les  meurtriers  4.  Quelques-unes  couronnent 
d'une  auréole  mystérieuse  l'origine  des  grandes  familles  et  prédisent  leurs 
destinées  :  on  les  voit  sous  les  formes  poétiques  de  Mélusine,  de  la  Dame 
blanche  des  Avenel,  de  la  Banshee  des  Fitz-Gérald  s,  etc. 

Le  christianisme  a  rattaché  les  croyances  relatives  aux  Mères  et  aux 
fées  au  culte  de  la  Vierge6.  En  1872,  dans  une  des  sépultures  galici- 
en Angleterre  est  consacrée  Matribus  omnium  gentium.  —  Pictet,  Nouvel  ess.  sur  les  inscr. 
gaul.,  p.  (i.  —  Elles  apparaissent  en  songe  à  des  soldats  romains,  Bull,  monum.  1868, 
p.  813. 

t.  Belloguet,  Ethnog-  gaul.,  p.  237  :  ar.  maer,  surveillant,  de  mera,  surveiller,  con- 
duire ;  ir.  ér.  mairn,  garde  ;  kim.  mair,  qui  garde,  qui  veille  sur  quelqu'un,  plur.  mairi. 

2.  Sur  le  plus  grand  nombre  des  inscriptions,  elles  sont  en  effet  décorées  de  l'épithète 
Augustae. 

3.  Un  monument  de  Milan,  en  Italie,  est  érigé  par  une  femme  Matronis  Junonibus, 
Orelli,  2085.  Ces  matronae  sont-elles  les  mères  de  la  Gaule?  il  est  permis  d'en  douter. 
Les  Junones  étaient  les  esprits  gardiens  et  protecteurs  des  femmes  dans  la  mythologie 
latine. 

4.  La  fée  Abonde  qui  pendant  la  nuit  répandait  les  richesses  dans  les  maisons.  —  La 
fée  Esterelle  de  la  Provence  qui  guérissait  la  stérilité  des  femmes.  —  En  Franche-Comté 
la  Dame  Verte  qui  veillait  sur  les  chaumières,  la  fée  Aril  qui  veillait  sur  les  prairies,  la 
Vouivre  du  Jura.  —  Les  fées  de  Loc-il-du  en  Bretagne,  etc..  Le  nom  de  fées  est  resté 
dans  le  langage  populaire  attaché  à  des  rochers,  à  des  sources,  etc..  Dans  les  légendes 
on  peut  reconnaître  quelques  parties  des  mythes  gaulois.  La  Villemarqué,  Contes  pop.  des 
anc.  Bretons.  Brueyre,  Contes  aryens  de  la  Grande-Bretagne.  Revon,  ta  Haute-Savoie  avant 
les  Romains,  p.  j  2  et  s. 

5.  Mélusine  était  le  génie  tutélaire  des  Sassenage  (ainsi  que  des  Lusignan  et  des 
Luxembourg).  En  Dauphiné,  elle  habitait  les  célèbres  cuves  de  Sassenage.  Chorier, 
Hist.  de  la  mais,  de  Sassenage,  p.  2  et  s.  —  L'Allobroge.  1842,  p.  93.  On  peut  ajou- 
ter Morgane,   Viviane,  les  fées  Ternes  du  Chablais  , Haute- Savoie  .  etc. 

6.  Il  est  inutile  d'insister  sur  ce  point  qui  a  souvent  été  signalé.  Les  croyances  gau- 
loises se  sont  ainsi  perpétuées  jusqu'à  nos  jours.  —  A  Vaison,  une  inscription  aux  Mères 
se  lit  sur  un  autel  dédié  à  la  Sainte  Vierge  invoquée  sous  le  nom  de  bonne  mère  ;  elle 
est  ainsi  conçue  :  MATRIBVS/  ADCVLTVS  VASSEDONIS,  F./  V.  S.  L.  M.,  c'est-à- 
dire  Matribus  Adcultus  Vassedonis  filius  votum  solvit  libens  merito,  le  sens  paraît  très 
clair.  M.  Pilot  (Antiq.  dauph.,  t.  II,  p.  255)  a  cru  devoir  traduire  ainsi  :  Aux  déesses 
mires  pour  la  population  les  filles  de  Vaison  (pourquoi  pas  les  femmes)  se  sont  libre- 
ment acquittées  de  leurs  vœux,  c'est-à-dire  remercîment  par  les  filles  de  Vaison  de  la 
faveur  qu'elles  avaient  obtenue  de  contribuer  à  la  population  !  Vaison,  Vasio,  appelée 
Vasstào  ' 


30  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

romaines  de  Troussepoil  ' ,  il  a  été  trouvé  avec  des  objets  de  diverse 
nature  une  statuette  en  bois  qui  offre  l'image  d'une  femme  assise,  voilée, 
et  sur  les  genoux  de  laquelle  on  voit  l'arrachement  d'une  figure  d'enfant 
qu'elle  soutenait  de  ses  deux  mains.  Cette  statuette  a  été  considérée  avec 
raison  comme  représentant  une  déesse  Mère.  Cette  découverte  peut  ser- 
vir à  expliquer  l'origine  d'un  certain  nombre  d'églises  du  vocable  de 
Notre-Dame,  bâties  sur  des  emplacements  où  la  légende  rapporte  que 
des  statues  de  la  Vierge  furent  trouvées  par  miracle 2. 

Les  monuments  épigraphiques  de  PAllobrogie  consacrés  aux  déesses 
mères  sont  au  nombre  de  dix  : 

I.  —  Autel  carré  avec  base  et  couronnement  et  dont  la  corniche  a  été 
abattue  à  fleur  du  dé  trouvé  à  Sainte-Colombe,  —  au  musée  de  Lyon  : 

MATRIS 
AVGVSTIS 
C-TITIVS 
SEDVLVS 
EX-VOTO 
Matris  Augustis,  Caius  Titius  Sedulus  ex  votoi. 

II.  —  Partie  supérieure  d'une  plaque  mince  en  marbre  découverte  en 
1849  dans  'a  plu™  au  miroir  à  Saint-Romain-en-Gal,  —  au  musée  de 
Vienne  : 

MATRIS 
AVGVST 
AEDEMET 


Matris  augustis,  aedem  et*. 


1.  Commune  du  Bernard  (Vendée);  ce  sont  des  puits  funéraires  qu'explore  depuis  de 
longues  années  M.  l'abbé  Baudry. 

2.  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1872,  p.  54.  Ces  statues,  généralement  en 
bois,  sont  connues  sous  le  nom  de  Vierges  noires  (à  cause  de  la  couleur  du  bois  qui  a 
longtemps  séjourné  dans  la  terre).  Les  plus  célèbres  sont  celles  de  l'église  de  Saint-Victor- 
lès-Marseille,  de  Notre-Dame  del  Pilar  près  Saragosse,  de  Notre-Dame  d'Oropa  (trouvée 
sous  un  rocher)  dans  les  pittoresques  montagnes  de  Biella.  Dans  la  commune  de  la  Tronche, 
près  Grenoble,  est  un  sanctuaire  très  populaire  sous  le  vocable  de  la  Vierge  noire,  où  l'on 
se  rend  en  pèlerinage  le  lundi  de  la  Pentecôte  ;  il  est  très  fréquenté  par  les  personnes 
(surtout  les  femmes)  qui  désirent  se  marier  :  si  la  Vierge  est  favorable,  le  mariage  se  fait 
dans  l'année.  La  statue  actuelle  est  moderne  ;  elle  est  en  pierre  du  pays  qui  a  été  noircie, 
elle  a  2  pieds  8  pouces  de  haut.  La  légende  rapporte  qu'un  cultivateur  trouva  dans  une 
vigne  une  statuette  en  bois  noir  de  la  Vierge  (aujourd'hui  disparue),  et  le  sanctuaire  fut 
élevé  à  l'endroit  même  de  la  découverte.  — V.  Rev.  des  Soc.  sav.  1875,  t    II,  p.  11J-4. 

3.  Allmer,  eod.  loc.  II,  450  ;  hauteur  de  l'inscript.  0,75,  larg.  0,40.  Sainte-Colombe, 
canton  de  Condrieu,  arr.  de  Lyon  (Rhône). 

4.  Allmer,  II,  45 1.  Lettres  étroites  de  forme  rustique;  haut,  et  larg.,  0,20.  Sur  Vaedes, 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  3 1 

m.  —  Autel  carré  avec  base  et  couronnement  trouvé  il  y  a  trois 

siècles  dans  le  quartier  de  Fuissin  à  Vienne,  — sous  le  porche  de  l'église 

Saint-Pierre  à  Vienne  : 

MATRIS 

AVGVST  I  S 

D  •  DIMAR1VS 

MESSVLVS 

RESTITVIT 

EX  VOTO 

Matris  augusîis,  Decimus  Dimarius  Messulus  resîituit  ex  volo  ' . 

IV.  —  Autel  avec  base  et  couronnement  découvert  en  1864  dans  les 
travaux  de  la  cathédrale  de  Grenoble,  —  au  musée  : 

MATRIS  ■  AVG  ■ 

•SACRVM" 
T  •  CASS1VS  •  EROS 
Matris  Augusîis  sacrum,  Titus  Cassius  Eros2. 

V.  —  Partie  supérieure  d'un  autel  dont  le  couronnement  a  été  retaillé, 
trouvé  postérieurement  à  Grenoble,  en  abaissant  le  niveau  de  la  place 

Saint-André,  —  au  musée  : 

MATRI  S 
NEM  ETIALI 
L  VCRETIA-Q_ 

LIB/////////IIVM 


Matris  Nemetialibus,  Lucretia,  ÇL  Libéria  i. 


VI.  —  Sur  un  fragment  que  supporte  la  pierre  du  maitre-autel  de 
l'église  d'Aoste,  —  perdu  : 

MATRIS  AVG  EX  STIPE  ANNVA  X  XXXV  ET  D... 
Matris  Augustis,  ex  stipe  annua  denariorum  XXXV  et  donisÇj:)*.... 

voir  plus  haut  ce  qui  est  relatif  à  Vintius.   —  Saint-Romain-en-Gal,   même  cant.  que 
Sainte-Colombe. 

1.  Allmer,  11,  446,  trouvé  dans  un  amas  d'énormes  pierres,  ce  qui  indiquerait  que  le 
monument  restauré  par  Messulus  avait  une  certaine  importance.  Haut.   1,30,  larg.  0,60. 

2.  Allmer,  III,  126.  Bull.  Soc.  stat.  Isère,  1864,  p.  424  et  459;  lettres  rustiques, 
points  figurés  par  des  feuilles  cordiformes.  Haut.  0,90,  larg.  0,50. 

3.  Allmer,  III,  127.  Lettres  de  mauvaise  forme.  Haut.  0,57,  larg.  0,33. 

4.  Allmer,  III,  204.  La  lettre  X  traversée  horizontalement  d'une  barre  était  la  figure 
par  laquelle  les  Romains  exprimaient  le  denier,  Borghesi,  II,  p.  283.  —  Aoste,  cant. 
du  Pont-de-Beauvoisin,  arr.  de  La  Tour-du-Pin  (Isère). 


$2  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

VII.  —  Bloc  carré  engagé  dans  le  mur  de  clôture  du  cimetière  d'Al- 
londaz,  en  face  de  la  porte  de  l'église  : 

MATRIS 

MITHRes 
SOC  •  XL  •  VIl 

AD-TVR. 
l-xTiTp  A- VI 

Matris,  Mithres  sociorum  cjuadragesimae  villicus  ad  Turnonem;  latum  XIII 
pedibus,  altum  VI  ' . 

VIII.  —  Tablette  bordée  de  moulures  encadrant  l'inscription  trouvée 
en  1866  dans  la  démolition  de  l'ancien  clocher  de  Saint-Innocent,  — 
dans  le  jardin  de  la  maison  de  campagne  de  M.  le  Dr  Despine  : 

MATRIS  AV 

L.  DAVER1VS.... 
V  S         L 

Matris  Augustis,  L.  Daverius....  votum  solvit  libens  {merito)2. 

IX.  —  Fragment  trouvé  dans  l'église  cathédrale  de  Genève  et  laissé 

dans  les  murs  ?  : 

MATRIS  .  AVG  .  //////// 

X.  —  A  Belley,  sans  indication  de  provenance,  —  perdue 4  : 

IN  HONOREM  DEABVS 
MAIRABVS 

In  honorent  Deabus  Mairabus  ou  Matrabus,  .... 

Ces  diverses  inscriptions  indiquent  que  les  déesses  Mères  avaient  des 
sanctuaires  à  Allondaz,  à  Aoste,  à  Belley,  à  Genève,  à  Grenoble,  à  Saint- 
Innocent,  à  Saint-Romain-en-Gal,  à  Sainte-Colombe  et  à  Vienne  ;  les 


i.  Allmer,  I,  341.  L'inscription  est  renfermée  dans  un  cercle  en  relief  (couronne  ou 
serpent  ?)  ;  elle  a  été  trouvée  dans  la  démolition  de  l'ancienne  chapelle  qu'a  remplacée 
l'église  neuve.  —  Mithres  est  peut-être  un  adepte  du  culte  de  Mithra;  il  est  esclave  delà 
compagnie  du  quarantième  des  Gaules  (impôt  de  douane)  dont  il  était  le  préposé,  Villicus, 
ad  Tur...,  probablement  Tournon,  localité  voisine  d'Allondaz,  sur  la  rive  droite  de  l'Isère. 
Les  mesures  de  largeur  et  de  hauteur  à  la  fin  de  l'inscription  s'appliquent  à  l'objet  donné 
par  Mithres  aux  déesses  mères.  —  Allondaz,  cant.  et  arrond.  d'Albertville  (Savoie). 

2.  Allmer,  III,  p.  294.  Incomplète  du  côté  droit  et  par  en  bas;  haut.  0,50,  larg.  0,38. 
Saint-Innocent,  commune  de  Brison-Saint- Innocent,  cant.  d'Aix-les-Bains,  arr.  de  Cham- 
béry  (Savoie)  ;  il  y  existe  une  grotte  des  fées. 

3.  Allmer,  III,  p.  262.  Mommsen,  n"7i. 

4.  Allmer,  t.  III,  p.  421.  Belley,  chef-lieu  de  l'Ain. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  53 

unes  sont  des  actes  de  dévotion  (nos  1,  5,  6,  7,  8)  ;  les  autres  rappellent 
l'érection  'n05  2  et  4  et  la  restauration  (n°  5]  de  sanctuaires. 

A  Saint-Romain-en-Gal,  le  souvenir  des  Matrae  se  retrouve  dans  une 
légende  attachée  à  un  curieux  monument  de  la  nature  situé  à  très  peu  de 
distance  de  l'église  de  Saint-Romain,  du  côté  du  nord,  et  appelé  le 
Puits  des  fées  ou  le  Fort  des  Fées.  Chorier  en  donne  ainsi  la  description  : 
«  Sur  un  petit  rocher  qui  regarde  le  Rhône  auprès  de  Saint-Romain 
sont  trois  creux  ronds  que  la  nature  seule  a  formés,  quoiqu'il  semble 
d'abord  que  l'art  y  a  travaillé  après  elle.  On  dit  qu'ils  étaient  autrefois 
fréquentés  par  les  fées  ;  qu'ils  étaient  remplis  d'eau  quand  il  leur  plaisait 
et  qu'elles  y  venaient  prendre  souvent  le  plaisir  du  bain  ;  car  on  feint 
que  toutes  ces  fées  n'avaient  pas  de  plus  charmante  volupté  que 
celle-là  '.  » 

L'inscription  de  Grenoble  transcrite  sous  le  n°  5  donne  aux  mères 
l'épithète  Nemetiales,  qui  appartient  sans  aucun  doute  au  dialecte  natio- 
nal. Cet  adjectif  dérive  en  effet  du  mot  nemetum  qui  forme  plusieurs 
noms  de  lieux  celtiques,  A ugusto nemetum ,  Vernemetum,  Casinemetum, 
Nemetacum,  etc.,  et  quelques  noms  d'hommes,  Nemetocena,  Nimet,  Ne- 
meoid,  Neimhead,  etc.  Le  terme  Nemetialibus  serait-il  la  traduction  gau- 
loise du  latin  augustis 2  ? 

Sur  l'inscription  d'Aoste  n°  6  ,  l'expression  ex  stipe  annua  denariorum 
XXXV...  (du  produit  des  collectes  d'une  année  s'élevant  à  35  deniers  ï] 
donne  l'idée  d'un  sanctuaire  d'une  simplicité  toute  rustique  ;  l'inscription 
n'est  pas  complète  ;  il  faut  peut-être  ajouter  ET  Donis,  bien  nécessaire 
pour  subvenir  à  l'insuffisance  de  la  somme  recueillie.  D'après  des  monu- 
ments épigraphiques  du  musée  de  Lyon,  on  faisait  en  l'honneur  des 
divinités  gauloises  devenues  des  Lares  une  collecte  annuelle,  annua  stips, 
pour  en  assurer  le  culte  4. 

La  forme  barbare  Mairabus  ou  Matrabus  employée  sur  l'inscription  de 
Belley  (n°  10),  et  qu'on  rencontre  dans  d'autres  inscriptions  gallo- 
romaines,  est  sans  doute  provenue  d'une  latinisation  du  Matrebo  gaulois 


1.  Rech.  sur  les  antiq.  de  la  ville  de  Vienne,  p.  183. 

2.  Pictet,  Orig.  indo-europ.,  t.  II,  p.  691.  Ess.  sur  quelq.  insc.  en  lang.  gaul.,  p.  25. 
Rev.  celt.,  II,  p.  5,  III,  p.  303.  La  déesse  Nemetana  en  Grande-Bretagne,  id.  —  D'après 
Fortunatus  'carmen,  1,  9),  Vernemetis,  ancien  nom  du  lieu  où  Léonce,  évêque  de  Bor- 
deaux, érigea  une  église,  signifiait  en  gaulois  fanum  ingens.  Ce  mot  se  retrouve  dans 
l'ancien  irl.  nemed,  S3ce!lum,  dérivé  de  nem,  ciel,  en  irl.  moderne  neamdhah,  céleste,  divin, 
de  neamh.  Semet  était  le  nom  armoricain  d'une  forêt  sans  doute  anciennement  consacrée. 
Pictet,  eod.  loc.  —  Sur  une  inscription  de  Vaison  en  langue  gauloise,  mais  avec  des 
caractères  grecs,  on  trouve  NEMHTON.  Div.  md.  du  Vocontium,  p.  58. 

3 .  3  $  deniers  équivalaient,  à  l'époque  à  laquelle  paraît  appartenir  cette  inscription ,  à 
140  sesterces,  soit  28  francs  de  notre  monnaie.  Allmer,  ibid. 

4.  De  Boissieu,  toc.  citât.,  p.  9  et  18;  voy.  Rev.  arch.  187s.  t.  XXIX,  p.  34. 

Rev.  Celt.  IV  } 


34  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

qui  figure  sur  le  célèbre  monument  de  Nîmes  ;  le  nom  Deabus  a  la  même 

origine  '•. 

D'autres  inscriptions  de  la  cité  des  Allobroges  font  connaître  des  divi- 
nités inférieures  qui  me  paraissent  analogues  aux  Mères,  ce  sont  les 
Comedovae,  les  Dominae  et  les  Virgines2. 

COMEDOVAE.  Sur  une  tablette  carrée  sans  ornements  trouvée  à  Aix- 
les-Bains  et  emportée  en  Piémont  en  1838  par  M.  le  marquis  d'Aix  : 

COMEDOVIS 

AVGVSTIS 

M  •  HELVIVS  SEVERI 

FIL  •  1VVENTIVS 

EX  VOTO 

Comedovis  Augustis,  Marcus  Helvius  Severi  filius  Iuventius  ex  voîo  3. 

DOMINAE.  —  Sur  une  tablette  engagée  dans  le  mur  du  cimetière  de 
Saint-Innocent  du  côté  du  chemin  : 

DOMINIS 
EXS    VOTO-S-L-M 
M • CARMINIVS   MAGN 
PRO   SALVTE    SVA  ■  ET 

SVORVM 

Dominis,  exs  voto  solvit  libens  meriîo  Marcus  Carminius  Magnus  pro  saluîe 
sua  et  suorum  4. 

VIRGINES.  —  A  Saint-Romain-en-Gal,  dans  un  cartouche  ovale  sur 
une  colonne  brisée  par  en  haut  : 

SANCTI S 

VIRSINIDVS 

SAP • AVIDVS 

CAMPAN A 

POSVERVNT 

Sanctis  Virginibus,  sacrum  (/)  Avitus  (et)  Campana  posuerunt  s. 

1.  Pictet,  Nouv.  ess.  sur  les  inscr.  gaul.,  p.  54  et  s.  Le  datif  abus  est  fréquent  dans 
les  inscriptions  consacrées  aux  mères,  aufaniabus,  gabiabus,  Vedantiabus,  etc. 

2.  Ces  divinités  faisaient  partie  du  culte  des  lares,  comme  l'indique  l'épithète  augustae 
que  leur  donnent  les  inscriptions  suivantes. 

3.  Allmer,  eod.  loc,  III,  p.  307. 

4.  Allmer,  III,  294;  h.  0,44,  1.  0,55.  —  Les  points  sont  figurés  par  des  feuilles  cor- 
diformes,  l'M  et  l'A  de  Magnus  forment  un  monogramme,  XS  pour  X  est  un  archaïsme 
assez  fréquent  dans  l'antiquité.   —  V.  sur  une  inscription  de  Grenoble,  Allmer,  III,  165. 

5.  Allmer,  II,  p.  452.   —  La  correction   Virginibus  a  été  déjà  reconnue.  M.  Allmer 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  $  c 

Les  Comedovae  figurent  sur  une  inscription  découverte  près  de  Co- 
logne '  ;  leur  nom  appartient  au  dialecte  national. 

Les  Dominae  sont  plus  particulièrement  les  ancêtres  des  Dames  du 
moyen  âge  ;  l'ex-voto  de  Magnus  permet  de  les  considérer  comme  des 
génies  protecteurs  de  la  famille.  Orelli  cite  une  inscription  portant  fanum 
Dominarum  2. 

Dans  la  mythologie  latine,  le  nom  de  Virgines  est  donné  aux  Parques, 
aux  Furies,  aux  Heures,  aux  Nymphes,  aux  Fontaines.  Il  est  souvent 
question  dans  les  actes  des  frères  Arvales  de  Virgines  divae.  Les  sancta 
Virgines  de  l'inscription  de  Saint-Romain-en-Gal  se  rattachent  très  vrai- 
semblablement aux  déesses  Mères  ;  peut-être  les  expressions  Dominae  et 
Virgines  sont-elles  des  synonymes  de  Matrae  :  j'ai  signalé  plus  haut  le 
Puits  des  fées,  situé  à  très  peu  de  distance  de  l'église  de  Saint-Romain- 
en-Gal  ?. 

Ainsi  je  crois  qu'il  faut  classer  les  Comedovae.  les  Dominae  et  les  Vir- 
gines parmi  les  divinités  champêtres  et  leur  attribuer  un  caractère  iden- 
tique à  celui  des  Mères. 

Telles  sont  les  divinités  de  la  cité  des  Allobroges  que  des  inscriptions 
gallo-romaines  ont  sauvées  de  l'oubli.  Elles  peuvent  se  partager  en  deux 
classes  :  i°  les  dieux  nationaux  Bormo,  Caturix,  Segomo,  Sucellus,  Ma- 
trae, Domina,,  Comedov£,  tic]  dont  le  culte  n'était  point  restreinte  cette 
contrée  ;  20  les  dieux  indigètes  Athubodua,  Baginates,  Virotutes,  Vintius, 
etc.  ,  dieux  secondaires  qui  paraissent  particuliers  à  une  localité  ou  à 
une  région.  Cette  division  ne  saurait  être  absolue,  car  elle  pourrait  être 
modifiée  par  la  découverte  d'autres  monuments. 

Le  culte  de  ces  divinités  est  inconnu,  leur  caractère  incertain  malgré 
le  secours  puissant  de  la  linguistique,  car  les  inscriptions  ne  mentionnent 
que  leurs  noms.  Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  faire  remarquer  que  la  plu- 
part des  monuments  épigraphiques  que  j'ai  reproduits  ont  été  découverts 
dans  des  lieux  religieux  églises,  cimetières,  etc..  .  c'est-à-dire  aux 
endroits  mêmes  où  s'élevaient  autrefois  les  sanctuaires  4. 

propose  avec  raison  celles  de  SACr  et  d'AVITVS  ;  ce  sont  d'évidentes  fautes  de  transcrip- 
tion. 

1.  Brambach,  469.  —  D'après  M.  le  général  Creuly,  l'inscription  de  Cologne  doit 
être  lue  Comedovibus  et  non  Comednnibus,  comme  on  l'a  fait,  Rev.  Celt.  II.  p.  295.  Je 
ne  connais  pas  d'autre  inscription  aux  Comedovae. 

2.  4260.  Orelli  ajoute  :  eaedem  quae  aliàs  Matres.  Matronae;  on  trouve  aussi  domina- 
bus.  Sur  le  datif  abus,  voir  ce  qui  précède. 

3.  Je  n'ai  trouvé  aucun  texte  épigraphique  mentionnant  des  Virgines  dans  cette  accep- 
tion. 

4.  En  vertu  de  dispositions  légales,  le  christianisme  s'appropria  dans  la  deuxième 
moitié  du  iv*  siècle  tous  les  sanctuaires  de  l'empire,  et  plus  d'un  dieu  gaulois  entra  dans 


3  6  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

Je  n'ai  nullement  l'intention  d'avoir  définitivement  résolu  les  questions 
soulevées  par  les  inscriptions  relatives  aux  dieux  de  la  Gaule  ;  c'est  un 
modeste  tribut  que  je  suis  heureux  de  pouvoir  apporter  à  la  restitution 
du  Panthéon  gaulois.  Je  me  tiendrai  pour  satisfait  si  ce  travail  provoque 
de  nouvelles  recherches  et  conduit  ainsi  à  des  résultats  de  plus  en  plus 
certains. 

Florian  Vallentin. 

Grenoble,  mars  1879. 


l'empyrée  chrétien.  Les  rites  et  les  usages  se  sont  conservés  et  ont  résisté.  Les  vogues, 
les  fêtes  patronales ,  les  feux  de  Genièvre  (le  Ier  janvier),  des  brandons,  de  Saint-Jean, 
la  fête  des  laboureurs,  le  jugement  de  Carême-Entrant,  la  fin  des  veillées,  les  mayanches, 
les  arbres-mais,  les  reines  de  mai,  les  couronnes  de  fleurs  mises  sur  les  fontaines,  les 
processions  pour  la  pluie,  les  dévotions  des  gens  celibes  ou  orbi  à  certaines  chapelles  et 
bien  d'autres  coutumes  de  l'ancienne  Allobrogie  encore  en  usage,  sont  les  vestiges  du  culte 
national  des  Allobroges. 


COMMENT  LE  DRUIDISME 

A    DISPARU. 


Deux  textes  anciens,  l'un  de  Pline,  l'autre  de  Suétone,  semblent  indi- 
quer que  la  religion  druidique  aurait  été  absolument  détruite  par  l'auto- 
rité romaine,  et  cela  dès  le  règne  de  Tibère  et  celui  de  Claude.  Nous 
lisons  dans  Pline  :  le  principat  de  Tibère  fit  disparaître  les  druides, 
Tiberii  Cssaris  principatus  sustulii  druidas  ■ .  De  son  côté  Suétone  écrit  : 
druidarum  religionem  Claudius  penitus  abolevit,  phrase  que  l'on  traduit 
généralement  ainsi  :  Claude  abolit  entièrement  la  religion  des  druides2. 

Au  premier  abord,  ces  deux  phrases  sont  d'une  parfaite  clarté  et  d'une 
grande  énergie.  Elles  donnent  tout  de  suite  l'idée  d'une  destruction  com- 
plète. Remarquons  bien,  en  effet,  les  deux  mots  sustulit,  abolevit.  Les 
deux  écrivains  ne  nous  disent  pas  seulement  que  le  prince  ait  prononcé 
une  interdiction,  qu'il  ait  lancé  une  loi,  suivie  ou  non  de  succès.  Ils  par- 
lent d'un  fait  accompli,  d'une  disparition  totale.  Il  semble  donc  qu'il  n'y 
eut  plus  de  druides  à  partir  de  Tibère,  plus  de  religion  druidique  à  par- 
tir de  Claude. 

Pourtant,  si  l'on  continue  à  observer  les  textes  et  les  faits  de  l'his- 
toire, on  est  saisi  par  un  scrupule  et  par  un  doute.  En  effet,  ces  mêmes 
druides  que  Tibère  aurait  «  fait  disparaître  »,  cette  même  religion  que 
Claude  aurait  «  effacée  »,  nous  les  retrouvons  encore  debout  aux  époques 
suivantes.  Ainsi,  Pline  lui-même  dans  un  autre  passage  montre  les 
druides  existant  encore  et  présidant  aux  cérémonies  religieuses  à  l'époque 
où  il  écrivait,  c'est-à-dire  au  temps  de  Vespasien.  Il  décrit  les  rites  avec 
lesquels  ils  cueillent  le  gui  du  chêne.  «  Les  druides  n'ont  rien,  dit-il, 
qui  leur  soit  plus  sacré,  et  ils  emploient  cette  plante  dans  leurs  plus 
grands  sacrifices  ;  la  recherche  du  gui  se  fait  le  sixième  jour  de  la  lune, 
qui  est  pour  eux  le  commencement  du  mois  et  de  l'année  ;  quand  ils 


i.  Pline,  Hist.  nat.,  XXX,  4,  13. 
2.  Suétone,  Claude,  25. 


}8  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

l'ont  trouvé,  ils  font  un  sacrifice  et  un  repas  religieux  au  pied  de  l'arbre  ; 
un  prêtre  vêtu  de  blanc  coupe  le  gui  avec  une  serpe  d'or,  puis  on  immole 
deux  taureaux  blancs  en  prononçant  des  prières1.  »  Pline  décrit  cette 
cérémonie  comme  étant  pratiquée  au  moment  où  il  parle  ;  tous  les  verbes 
qu'il  emploie  sont  au  temps  présent,  et  il  ne  paraît  pas  se  douter  que  les 
druides  et  leurs  pratiques  aient  été  supprimés  sous  l'un  des  règnes  précé- 
dents. Ailleurs,  il  rapporte  la  croyance  des  druides  à  la  vertu  magique 
de  «  l'œuf  de  serpent  » ,  et  c'est  encore  au  temps  présent  qu'il  s'exprime 2 . 
Les  druides  ont  si  peu  disparu  que  Tacite  mentionne  leur  action  dans  les 
troubles  qui  agitèrent  la  Gaule  à  l'avènement  de  Vespasien  ;  profitant  du 
désordre  de  l'empire  déchiré  par  des  compétiteurs,  «  les  druides  répan- 
daient des  prédictions  mensongères,  qui  annonçaient  la  chute  de  Rome 
et  l'empire  passant  aux  nations  transalpines  i.  »  Et  ce  qui  est  digne  d'at- 
tention ici,  c'est  que  Tacite  ne  saisit  pas  cette  occasion  pour  nous  dire 
que  les  druides  eussent  été  proscrits  antérieurement  et  que  leur  existence 
fût  contraire  aux  lois  de  l'empire. 

Voilà  donc  une  contradiction  au  moins  apparente.  D'une  part,  Pline 
et  Tacite  nous  montrent  les  druides  vivant  et  agissant  sous  Vespasien  ; 
et  d'autre  part  Pline  et  Suétone  nous  disent  que  ces  druides  ont  cessé 
d'être  sous  Tibère.  En  présence  de  ce  désaccord,  on  est  amené  à  se 
demander  s'il  est  bien  vrai  que,  dans  les  deux  phrases  que  nous  avons 
citées  d'abord,  Pline  et  Suétone  aient  voulu  parler  de  la  disparition  des 
druides.  Reprenons  donc  ces  deux  textes  ;  examinons-les  de  plus  près  et 
dans  leur  intégrité.  Tous  ceux  qui  lisent,  savent  que  le  vrai  sens  d'une 
phrase,  c'est-à-dire  la  pensée  que  l'auteur  avait  dans  l'esprit  en  l'écri- 
vant, n'est  déterminé  que  par  les  phrases  qui  précèdent  et  qui  suivent, 
c'est-à-dire  par  le  contexte. 

Pline,  dans  toute  la  partie  du  XXXe  livre  où  se  trouve  le  passage 
allégué,  traite  de  la  magie  et  de  ce  qu'il  appelle  les  impostures  des  magi- 
ciens, magicœ  vanitates.  «  Nous  allons  dévoiler,  dit-il,  les  mensonges  de 
la  magie  ;  elle  est  à  la  fois  ce  qu'il  y  a  de  plus  faux  et  ce  qui  a  le  plus 
régné  dans  le  monde.  On  ne  s'étonnera  pas  de  l'empire  qu'elle  s'est 
acquis,  si  l'on  songe  qu'elle  a  embrassé  et  confondu  en  elle  les  trois  choses 
les  plus  puissantes  sur  l'esprit  humain,  la  médecine,  la  crainte  des  dieux 
et  le  désir  de  connaître  l'avenir.  C'est  en  Orient  qu'elle  est  née,  chez  les 
plus  anciens  Perses.  On  la  trouve  ensuite  en  Grèce.  Elle  a  existé  aussi 


i.  Pline,  Hist.  nat.,  XVI,  95,  249-251. 

2.  Pline,  ibid.,  XXIX,  12,  52. 

3.  Tacite,  Hist.,  IV,  54  :  Possessionem  rerum  humanarum  transalpinis  gentibus  por- 
tendi  superstitione  vana  druidae  canebant. 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  39 

en  Italie  ;  on  en  voit  des  traces  dans  nos  lois  des  XII  tables  et  dans 
d'autres  documents;  ce  n'est  même  qu'en  l'an  657  de  Rome  qu'un 
sénatus-consulte  a  interdit  d'immoler  des  victimes  humaines,  ce  qui 
prouve  que  jusqu'à  cette  époque  on  faisait  cet  horrible  sacrifice.  »  Nous 
voyons  déjà  par  ce  commencement  dans  quelle  direction  se  meut  la  pen- 
sée de  Pline  ;  son  esprit  a  en  vue  cette  sorte  de  magie  qui  ne  se  con- 
tente pas  de  prédictions  inoffensives,  qui  ne  s'arrête  même  pas  aux 
incantations  et  aux  sortilèges,  mais  qui  va  jusqu'à  l'immolation  de 
l'homme.  Il  indique  les  trois  objets  de  cette  magie,  qui  sont  la  méde- 
cine, la  crainte  des  dieux  et  la  divination  ;  elle  immole  un  homme  pour 
guérir  un  autre  homme  ;  elle  immole  pour  apaiser  la  divinité;  elle  immole 
encore  pour  deviner  l'avenir  dans  les  entrailles  du  mourant.  Tel  est 
l'ordre  des  idées  de  Pline  ;  il  continue  :  «  Cette  magie  a  aussi  possédé 
les  Gaules,  et  même  jusqu'à  un  temps  voisin  de  nous.  »  Arrêtons-nous 
encore  ici  un  moment  pour  remarquer  que  cette  assertion  de  Pline  en  ce 
qui  concerne  la  Gaule  est  confirmée  de  tous  points  par  César  et  par 
Tacite.  Pour  ce  qui  concerne  la  médecine,  César  écrit  que  «  lorsqu'un 
personnage  est  atteint  d'une  maladie  grave,  il  immole  pour  victime  un 
autre  homme  ;  ce  sont  les  druides  qui  président  à  l'immolation  ;  ils  pen- 
sent qu'on  ne  peut  racheter  la  vie  d'un  homme  que  par  la  vie  d'un  autre 
homme1.  »  S'agissait-il  de  plaire  aux  dieux  ou  de  les  apaiser,  c'était 
encore  des  hommes  qu'on  sacrifiait 2.  Enfin,  pour  ce  qui  est  de  la  divi- 
nation, Tacite  nous  dit  que  les  druides  «  consultaient  les  dieux  dans  les 
entrailles  palpitantes  des  hommes?.  »  On  comprend  que  de  telles  pra- 
tiques appliquées  à  la  médecine,  à  la  religion  et  à  la  divination,  ne  fussent 
pas  du  goût  des  Romains  ;  aussi  Pline  dit-il  :  «  Cette  magie  a  possédé 
les  Gaules  jusqu'à  un  temps  dont  nous  nous  souvenons  ;  c'est  seulement 
sous  le  principat  de  Tibère  qu'un  sénatus-consulte  a  fait  disparaître  leurs 
druides  et  toute  cette  tourbe  de  mages-médecins  4.  » 

Assurément,  quand  nous  lisons  ce  chapitre  entier,  notre  impression 
n'est  plus  la  même  que  quand  nous  avions  sous  les  yeux  ces  deux  seuls 


1.  César,  VI,  16  :  Qui  sunt  affecti  gravioribus  morbis,  aut  pro  victimis  hommes  immo- 
lant, aut  se  immolaturos  vovent,  administris  que  ad  ea  sacrificia  druidibus  utuntur  ;  quod 
pro  vita  hominis  nisi  hominis  vita  reddatur,  non  posse  deorum  numen  placari  arbi- 
trantur. 

2.  Justin,  XXVI,  2  :  Sperantes  deorum  minas  expiari  caede  suorum,  conjuges  et  libe- 
ros  suos  trucidant.  —  Pomponius  Mêla,  111,  2  :  superstitiosi  adeo  ut  hominem  optimam 
et  gratissimam  diis  victimam  codèrent. 

3.  Tacite,  Annales,  XIV,  30  :  Hominum  fibris  consulere  deos  fas  habebant. 

4.  Pline,  XXX,  4,  13  :  Gallias  utique  possedit,  et  quidem  ad  nostram  memoriam  ; 
namque  Tiberii  Caesaris  principatus  sustulit  druidas  eorum  et  hoc  genus  vatum  medico- 
rumque  per  senatus-consukum. 


40  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

mots  sustulit  druidas.  A  voir  ces  deux  mots  isolés,  nous  pouvions  suppo- 
ser que  Pline  songeait  à  l'interdiction  d'un  culte  ;  le  chapitre  entier  nous 
montre  qu'il  avait  seulement  dans  sa  pensée  l'interdiction  de  la  sorcelle- 
rie, surtout  quand  cette  sorcellerie  allait  jusqu'à  immoler  des  hommes 
pour  guérir  des  malades  ou  pour  deviner  l'avenir.  La  Gaule  «  était  pos- 
sédée »  de  cette  imposture  avant  César  ;  elle  en  fut  débarrassée  sous 
Tibère.  Voilà  ce  que  dit  Pline.  Sa  pensée  n'est  pas  que  Rome  ait  pros- 
crit une  croyance  religieuse,  qu'elle  ait  interdit  un  culte,  qu'elle  ait  sup- 
primé des  prêtres.  Il  ne  songe  qu'à  une  chose,  c'est  qu'un  sénatus-con- 
sulte  a  délivré  la  Gaule  d'une  horrible  pratique.  Ce  qui  prouve  bien  que 
telle  est  sa  pensée,  c'est  la  phrase  qu'il  écrit  immédiatement  après  :  «  Il 
n'y  a  plus  aujourd'hui  que  l'île  de  Bretagne  qui  use  de  ces  pratiques  de 
magie  ;  aussi  ne  saurait-on  estimer  assez  haut  ce  que  l'on  doit  aux  Ro- 
mains pour  avoir  fait  disparaître  une  monstruosité  dans  laquelle  c'était 
un  acte  de  religion  d'immoler  un  homme  et  un  remède  efficace  d'en 
manger  la  chair  ' .  »  Telle  est  la  page  écrite  par  Pline  ;  il  fallait  la  lire 
tout  entière  pour  voir  sa  véritable  pensée  et  pour  comprendre  ce  qu'il 
entendait  par  ces  mots  sustulit  druidas. 

Le  passage  de  Suétone  est  plus  court  :  raison  de  plus  pour  n'en  sup- 
primer aucun  mot.  Druidarum  religionem  dins,  immanitatis  et  tantum  civibus 
sub  Augusto  interdictam  Claudius  penitus  abolevit.  Les  deux  mots  dir&  im- 
manitatis me  paraissent  dignes  d'attention  ;  ils  marquent  sur  quel  point 
se  fixe  la  pensée  de  Suétone.  En  parlant  ici  des  druides,  il  ne  songe  ni 
à  leurs  dieux  ni  à  leur  doctrine  sur  l'âme  ;  son  esprit  ne  voit  qu'une 
cruelle  barbarie,  dira  immanitas.  Pour  avoir  le  sens  de  cette  expression 
de  Suétone,  il  faut  la  rapprocher  de  celle  de  Lucain  :  Immitis  placatur 
sanguine  diro  Teutates2,  ou  de  celle-ci  de  Tacite  :  luci  s&vis  superstitioni- 
bus  sacri,  nam  cruore  adolere  aras  fas  habebanti.  Toutes  ces  expressions 
désignent  les  sacrifices  humains  que  César  avait  déjà  décrits,  et  en  écri- 
vant les  mots  religio  dir<z  immanitatis,  Suétone  n'a  pas  en  vue  autre  chose. 
Il  faut  d'ailleurs  prendre  garde  au  sens  que  le  mot  religio  présentait  à 
l'esprit  d'un  Romain  ;  on  le  traduirait  très  inexactement  par  notre  mot 
religion  ;  il  se  disait  de  toute  pratique  qui  était  ordonnée  par  les  dieux 
ou  qui  avait  pour  but  de  leur  plaire  et  surtout  de  les  apaiser  4.  Je  tradui- 


i.  Id.,  ibid.  :  Nec  satis  aestimari  potest  quantum  Romanis  debeatur  qui  sustulere  mons- 
tra  in  quibus  hominum  occidere  religiosissimum  erat,  mandi  vero  etiam  saluberrimum. 

2.  Lucain,  Pharsale,  I,  445  ;  cf.  III,  404  :  Structae  diris  altaribus  arae. 

3.  Tacite,  Ann.,  XIV,  30. 

4.  Ainsi  pour  ne  citer  qu'un  exemple  entre  cent,  nous  voyons  dans  Virgile,  dont  la 
langue  est  toujours  si  précise,  les  Troyens  demander,  à  la  vue  du  cheval  de  bois,  qu<e 
religio  aut  qu£  machina  belli  f  Est-ce  un  objet  dont  la  construction  a  été  ordonnée  par 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  41 

rais  donc  la  phrase  de  Suétone  de  cette  façon  :  La  pratique  religieuse 
des  druides,  la  cruauté  des  sacrifices  humains  avait  déjà  été  interdite  par 
Auguste  aux  citoyens  romains,  Claude  l'interdit  à  tous  et  la  fit  disparaître. 
Il  ne  me  semble  pas  que  Suétone  ait  voulu  dire  autre  chose. 

Si  l'on  comprend  de  cette  manière  le  chapitre  de  Pline  et  la  phrase  de 
Suétone,  ils  ne  sont  plus  en  contradiction  avec  les  autres  passages  de 
Pline  et  celui  de  Tacite  qui  nous  montrent  encore  des  druides  au  temps 
de  Vespasien.  Ils  se  trouvent  surtout  en  parfait  accord  avec  trois  autres 
textes  qui  se  rapportent  aux  mêmes  faits.  Strabon,  qui  écrivait  au  temps 
de  Tibère,  dit,  non  pas  que  Rome  ait  interdit  le  culte  et  supprimé  les 
druides,  mais  «  qu'elle  a  fait  disparaître  ce  qui,  dans  leurs  pratiques 
sacrées  et  dans  leur  divination,  était  en  opposition  avec  les  mœurs 
romaines  '  ;  »  et  pour  préciser  sa  pensée  il  ajoute  aussitôt  «  qu'aupara- 
vant les  druides  égorgeaient  un  homme  et  prédisaient  l'avenir  d'après  la 
nature  de  ses  convulsions.  »  —  Aurélius  Victor  n'a  sans  doute  pas  une 
grande  autorité  ;  encore  peut-on  noter  que  cet  abréviateur  n'avait  proba- 
blement pas  vu  dans  les  livres  que  Claude  eût  supprimé  les  druides  et  le 
culte,  puisqu'il  dit  seulement  qu'il  supprima  «  les  infâmes  pratiques  des 
druides2  ».  —  Pomponius  Mêla  est  un  témoin  ;  il  a  écrit  au  temps  de 
Claude  ;  or,  non-seulement  il  ne  nous  dit  pas  qu'on  ait  supprimé  le  drui- 
disme, mais  après  avoir  mentionné  l'abolition  des  sacrifices  humains,  il 
ajoute  qu'on  permet  encore  d'en  faire  au  moins  le  simulacre  ;  on  ne  va 
plus,  dit-il,  jusqu'à  immoler  des  hommes  ;  mais  il  y  a  encore  des  hommes 
qui  sont  désignés  pour  être  victimes,  on  les  approche  des  autels,  on  fait 
mine  de  les  frapper,  et  par  quelque  piqûre  on  fait  couler  des  gouttes  de 
leur  sang?.  Ainsi  le  culte  subsiste,  et  toutes  les  cérémonies  restent  per- 
mises, pourvu  que  l'on  n'aille  pas  jusqu'à  mort  d'homme. 

En  résumé,  voilà  trois  textes  de  Strabon,  de  Pomponius  Mêla,  et 
d'Aurélius  Victor,  qui  marquent  très  clairement  l'abolition  des  sacrifices 
humains  et  non  celle  des  druides.  Deux  textes  de  Pline  et  de  Suétone 

les  dieux,  un  objet  voué  à  la  divinité,  ou  bien  est-ce  un  instrument  de  guerre  l  —  Ainsi 
encore,  César  dit  en  parlant  des  Gaulois,  natio  admodum  dedita  religionibus  :  il  ne  veut 
pas  dire  que  les  Gaulois  aient  un  sentiment  religieux  plus  profond  oa  plus  élevé  que  les 
autres  races,  mais  qu'ils  se  livrent  aux  pratiques  les  pius  minutieuses  du  culte.  De  même 
il  dit  des  druides  (VI,  13)  :  religiones  interpretantur,  ce  qui  ne  signifie  pas  qu'ils  fussent 
des  théologiens  expliquant  les  dogmes,  mais  qu'ils  expliquaient  quelles  pratiques  étaient 
ordonnées  par  les  dieux. 

1.  Strabon,  IV,  4,  5,  éd.  Didot,  p.  164. 

2.  Aurélius  Victor,  De  Caesaribus,  4  :  Compressa;  per  Galliam  druidarum  famosae 
superstitiones. 

3.  Pomponius  Mêla,  III,  2  :  Gentes  superstitiosae ,  aliquando  etiam  immanes  adeo  ut 
hominem  optimam  et  gratissimam  diis  victimam  caederent  ;  manent  vestigia  feritatis  jam 
abolitae,  atque,  ut  ab  ultimis  caedibus  tempérant,  ita  nihilominus,  ubi  devotos  altaribus 
admovere,  delibant. 


42  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

nous  paraissent  devoir  être  compris  dans  le  même  sens.  Enfin  trois  autres 
textes  de  Pline  et  de  Tacite  nous  montrent  les  druides  subsistant  sous 
Vespasien.  Tous  ces  écrivains  nous  semblent  d'accord  entre  eux  ;  ce  qui 
a  été  aboli  par  l'autorité  romaine,  ce  n'est  pas  le  culte,  ce  ne  sont  pas 
les  prêtres,  c'est  seulement  l'immolation  de  l'être  humain.  Sur  ce  point, 
la  suppression  a  été  complète,  et  les  termes  sustulit  et  abolevit  dont  se 
servaient  Pline  et  Suétone,  n'ont  rien  d'exagéré.  L'histoire  ne  contient 
plus  la  trace  d'aucun  sacrifice  humain  en  Gaule.  Les  lois  impériales  ont 
été  parfaitement  exécutées. 

Quant  à  une  persécution  du  druidisme.  il  n'y  a  aucun  texte  qui  en 
parle.  On  a  dit.  il  est  vrai,  que  la  politique  romaine  n'avait  pas  pu  man- 
quer d'être  hostile  à  un  ordre  sacerdotal  qui  représentait  l'esprit  d'indé- 
pendance de  la  Gaule.  Mais  ces  raisonnements  à  priori  ont  peu  de  valeur. 
Pour  que  celui-ci  eût  quelque  justesse,  il  faudrait  démontrer  d'abord  que 
les  druides  étaient  particulièrement  ennemis  des  Romains.  Or,  durant 
les  années  de  la  conquête,  César  n'indique  jamais  qu'ils  se  soient  fait 
remarquer  par  l'ardeur  de  leur  patriotisme  ;  nulle  part  il  ne  les  présente 
comme  les  chefs  du  parti  national  ;  il  ne  leur  attribue  aucune  action 
dans  les  luttes  que  la  Gaule  a  soutenues  ;  il  n'a  jamais  vu  dans  les  révoltes 
ni  leur  main  ni  leur  inspiration.  Après  la  conquête,  aucun  écrivain  ne 
les  signale  comme  des  hommes  de  résistance.  Il  y  a  eu  plusieurs  révoltes 
en  Gaule  ;  ils  n'y  figurent  jamais.  Tacite  dit  bien  que,  dans  un  moment 
de  trouble  général,  ces  devins  ayant  appris  l'incendie  du  Capitole,  préten- 
dirent que  c'était  le  signe  de  la  colère  des  dieux  contre  Rome  ;  ils  ajou- 
tèrent même  que  l'empire  allait  passer  sans  nul  doute  à  des  nations  trans- 
alpines '.  Mais  il  y  a  loin  de  ces  «  vaines  prédictions  »  à  une  révolte 
effective.  Or  Tacite  ne  dit  nulle  part  qu'ils  se  soient  révoltés  ou  qu'ils 
aient  réveillé  l'esprit  d'indépendance  chez  leurs  compatriotes.  Quant  au 
paysan  Marie  qui  s'arma  contre  les  Romains,  rien  ne  nous  dit  qu'il  fût 
un  druide  1.  Remarquons  que  dans  ses  récits  des  soulèvements  de  la 
Gaule,  Tacite  n'a  pas  un  mot  sur  la  religion  du  pays  ;  il  dit  que  les  Gau- 
lois étaient  mécontents  des  impôts  et  du  service  militaire;  il  ne  rapporte 
pas  que  la  religion  ait  été  pour  quelque  chose  dans  leur  révolte.  Présen- 
ter le  druidisme  comme  le  champion  opiniâtre  et  invaincu  de  la  liberté 
gauloise  est  une  hypothèse  qui  concorde  bien  avec  l'ensemble  des  idées 
que  les  modernes  se  sont  faites  sur  ce  sujet,  mais  une  hypothèse  qu'au- 


i.  Tacite,  Hist.,  IV,  54  :  Fatali  nunc  igné  signum  caelestis  irae  datum,  et  possessionem 
rerum  hurr.anarum  gentibus  transalpinis  portendi  superstitione  vana  druidae  canebant. 
2.  Tacite,  Hist.,  II,  61. 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  4; 

cun  texte  n'appuie  et  à  laquelle  aucun  auteur  ancien  n'a  pensé  :.  Nous 
ne  voyons  donc  pas  de  raisons  suffisantes  pour  supposer  à  priori  que 
Rome  ait  dû  exercer  des  rigueurs  contre  les  druides,  alors  que  les  docu- 
ments ne  contiennent  aucun  indice  de  ces  rigueurs. 

Il  n'est  fait  mention  d'aucune  condamnation  à  mort  contre  les  druides 
ou  contre  leurs  sectateurs.  On  a  allégué,  d'après  une  phrase  de  Pline, 
qu'un  Gaulois  avait  été  mis  à  mort  parce  qu'on  l'avait  trouvé  en  posses- 
sion d'un  objet  du  culte  druidique,  d'un  «  œuf  de  serpent 2  ;  »  mais  si 
l'on  se  reporte  au  passage  de  Pline,  on  voit  qu'il  s'agit  d'un  citoyen 
romain,  même  d'un  chevalier  romain,  qui  avait  un  procès  et  qui 
avait  imaginé  de  se  munir  d'un  talisman  connu  pour  faire  gagner  tous 
les  procès,  c'est-à-dire  d'un  «  œuf  de  serpent  ;  »  il  portait  cet  objet  sur 
lui,  devant  le  tribunal,  in  Vite;  mais  «  ce  talisman  lui  servit  si  peu  qu'il 
fut  au  contraire  condamné  à  mort.  »  Pline  donne  à  entendre  que  sa 
cause  n'était  peut-être  pas  si  mauvaise  qu'il  méritât  une  peine  aussi 
sévère  ;  mais  le  juge,  qui  était  précisément  l'empereur  Claude,  le  punit 
surtout  pour  avoir  employé  un  talisman  en  justice,  c'est-à-dire  pour 
avoir  essayé  de  le  tromper.  Mais  Pline  ne  dit  nullement  que  cet  homme 
fut  mis  à  mort  parce  qu'il  croyait  aux  dieux  gaulois;  il  ne  dit  même  pas 
s'il  y  croyait.  On  ne  peut  donc  pas  voir  dans  cette  sentence  de  Claude 
l'indice  d'une  persécution  contre  la  religion  gauloise  >. 

La  meilleure  preuve  que  les  druides  ne  furent  ni  persécutés  ni  suppri- 
més, c'est  que  nous  les  voyons  durer  pendant  presque  tout  l'empire 
romain,  et  même  sans  se  cacher.  Je  ne  sais  s'il  faut  faire  beaucoup  de 
fond  sur  une  inscription  où  l'on  croit  lire  qu'une  druidesse,  druis  antistita, 
a  élevé  un  monument  sacré  pour  obéir  à  un  songe  4  ;  mais  nous  avons 
d'autres  documents.  Lampridius,  dans  la  vie  d'Alexandre  Sévère,  rap- 


1.  Michelet  dit  que  a  la  lutte  du  druidisme  ne  peut  être  étrangère  au  soulèvement  des 
Gaules,  quoique  l'histoire  lui  donne  pour  cause  le  poids  des  impôts.  »  La  seule  raison 
qu'il  donne  est  qu'un  des  révoltés  s'appelait  Julius  Sacrovir  a  et  le  nom  de  Sacrovir  n'est 
peut-être  qu'une  traduction  du  mot  druide.  »  Ce  n'est  pas  avec  de  pareils  raisonnements 
que  l'on  fait  la  science  historique. 

2.  Am.  Thierry,  Hist.  des  Gaulois,  t.  III,  p.  285,  éd.  de  1844  :  «  Des  lois  barbares 
défendirent  sous  peine  de  mort  tous  les  signes  qui  appartenaient  à  cette  croyance,  et  un 
chevalier  romain  du  pays  des  Voconces  fut  livré  aux  bourreaux  parce  qu'on  découvrit  sur 
lui  ce  talisman  druidique  appelé  œuf  de  serpent.  »  On  ne  trouve  dans  les  documents 
aucune  trace  d'une  seule  de  «  ces  lois  barbares  »  dont  parle  l'historien.  On  ne  voit  pas 
non  plus  où  il  est  dit  que  «  Claude  ait  frappé  de  proscription  les  druides  et  en  ait  fait 
périr  un  grand  nombre.  » 

3.  Pline,  Hist.  nat.,  XXIX,  3,  54  :  Vidi  equidem  id  ovum...  ad  victorias  litium  mire 
laudatur,  tantae  vanitatis  ut  habentem  id  in  lite  in  sinu  equitem  romanum  e  Vocuntiis  a 
divo  Claudio  principe  interemptum  non  ob  aliud  sciam. 

4.  L'inscription  est  dans  Orelli,  n"  2200,  qui  l'a  prise  dans  Gruter;  mais  l'original 
est  perdu,  et  il  y  a  de  bonnes  raisons  pour  douter  de  l'authenticité  ;  la  lecture  du  mot 
druis  est  suspecte;  voy.  Ch.  Robert,  Epigraphie  gallo-romaine  de  la  Moselle,  p.  89. 


44  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

porte  que  la  mort  de  cet  empereur  lui  fut  prédite  par  une  druidesse  qui 
cria  sur  son  passage  :  Défie-toi  de  tes  soldats'.  Un  autre  historien, 
Vopiscus,  dit  qu'Aurélien  consulta  les  druidesses  gauloises 2.  Il  raconte 
encore  que  Dioclétien,  n'étant  encore  que  soldat,  vivait  à  Tongres  dans 
une  sorte  d'auberge  tenue  par  une  druidesse  qui  lui  prédit  qu'il  serait 
empereur  3.  Ce  qu'il  y  a  de  curieux  dans  ces  anecdotes,  ce  ne  sont  pas 
les  prédictions,  —  tout  le  monde  en  faisait  en  ce  temps-là,  —  mais  c'est 
l'existence  persistante  des  druidesses  qui  suppose  bien  aussi  l'existence 
de  quelques  druides.  Allons  encore  plus  loin;  voici,  au  ive siècle,  Ausone 
qui  écrit  des  vers  à  la  louange  des  professeurs  de  l'école  de  Bordeaux  ; 
or,  deux  d'entre  eux  appartiennent  à  des  familles  druidiques.  L'un, 
nommé  Patéra,  est  né  à  Bayeux,  sîirpe  druidarum  satus,  d'une  famille 
vouée  au  culte  de  Bélen4  ;  l'autre,  le  vieux  Phébicius,  est  né  dans  l'Ar- 
morique,  stirpe  satus  druidàm,  et  il  a  été  d'abord  attaché  au  culte  de 
Bélen,  Bcleni  xdituus  l .  On  aurait  tort  assurément  de  serrer  de  trop  près 
ces  lignes  d'Ausone,  de  les  prendre  trop  à  la  lettre,  et  surtout  d'en  con- 
clure qu'il  existât  encore  un  sacerdoce  druidique  organisé.  J'en  tirerais 
plutôt  la  conclusion  opposée;  car  ce  Phébicius,  parait-il.  avait  tiré  si  peu 
d'argent  et  d'honneur  de  sa  qualité  de  prêtre  de  Bélen  qu'il  avait  échangé 
son  sacerdoce  contre  une  chaire  à  Bordeaux.  Encore  faut-il  que  le  nom 
des  druides  n'ait  été  ni  proscrit  ni  méprisé,  pour  qu'Ausone,  le  fidèle 
observateur  des  moindres  lois  impériales,  loue  deux  de  ses  maîtres  d'ap- 
partenir à  des  familles  druidiques  ;  assurément,  on  a  le  droit  de  conclure 
de  là  que  le  nom  de  druide  n'était  pas  une  injure. 

Il  y  a  pourtant  quelque  chose  que  la  conquête  romaine  a  supprimé 
dans  le  druidisme,  c'est  l'unité  d'organisation  et  la  hiérarchie.  Avant 
César,  les  druides  tenaient  des  assemblées  régulières,  périodiques,  où  ils 
se  réunissaient  de  tous  les  points  de  la  Gaule6  ;  on  n'aperçoit  aucune  de 
ces  assemblées  après  lui.  César  parle  d'un  chef  suprême  que  les  druides 
se  donnaient  par  élection  et  qui  présidait  au  culte  de  la  Gaule  entière  ; 
après  lui,  ce  chef  suprême  ne  se  retrouve  plus.  Or,  si  la  Gaule  avait 
continué  à  élire  un  chef  de  sa  religion,  il  est  vraisemblable  que  l'histoire 
ferait  quelque  mention  d'un  acte  qui  aurait  été  le  plus  important  dans  la 

i.  Lampridius,  Alexander,  60  :  Mulier  dryas  eunti  exdamavit  gallico  sermone  :  vadas 
nec  victoriam  speres  nec  te  militi  tuo  credas. 

2.  Vopiscus,  Aurélien,  44  :  Gallicanas  consultât  dryadas. 

3.  Vopiscus,  Carin  et  Numèrien,  14  :  Diocletianus  apud  Tungros  in  Gallia  in  quadam 
caupona...  cum  dryade  quadam  muliere  rationem  convictus  sui  faceret... 

4.  Ausone,  prof  essores,  IV. 

5.  Ausone,  professores,  X. 

6.  César,  VI,  13  :  Hi  certo  anni  tempore,  in  finibus  Carnutum,  considunt  in  loco 
consecrato  ;  hue  omnes  undique  conveniunt. 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  45 

vie  des  Gaulois,  le  plus  fertile  en  incidents  graves,  et  qui  aurait  certai- 
nement éveillé  l'attention  des  gouverneurs  romains.  Le  silence  absolu 
des  documents  sur  un  pareil  sujet  nous  parait  suffisant  pour  croire  que 
les  druides  n'avaient  plus  ni  assemblées  ni  chef  suprême.  Est-ce  l'auto- 
rité romaine  qui  a  défendu  ces  réunions  et  renversé  cette  hiérarchie,  ou 
bien  sont-elles  tombées  d'elles-mêmes  et  ont-elles  disparu  spontanément 
au  milieu  de  la  transformation  du  pays,  c'est  ce  qu'on  ne  saurait  dire. 
Les  textes  ne  montrent  ni  un  acte  de  Rome  pour  détruire  ces  institutions 
ni  un  effort  de  la  Gaule  pour  les  conserver. 

Rome  a  donc  interdit  certaines  pratiques  de  magie,  elle  a  défendu 
absolument  les  sacrifices  humains,  elle  a  fait  disparaître  ou  a  laissé  tom- 
ber l'organisation  druidique;  voilà  tout  ce  qu'on  peut  affirmer  qu'elle  ait 
détruit.  Quant  à  une  persécution  contre  les  croyances,  à  une  interdiction 
des  cérémonies  du  culte,  à  des  rigueurs  contre  les  prêtres,  il  n'y  en  a 
pas  le  moindre  indice  dans  les  documents. 


Mais  maintenant  une  autre  question  se  présentée  l'esprit.  De  ce  que  les 
croyances  n'ont  pas  été  persécutées,  il  ne  suit  pas  nécessairement  qu'elles 
n'aient  pas  disparu.  De  ce  que  quelques  druides  subsistent  sous  la  domi- 
nation romaine,  il  ne  faut  pas  se  hâter  de  conclure  que  le  druidisme  sub- 
siste aussi.  L'un  n'entraîne  pas  l'autre.  Il  y  a  donc  ici  un  nouveau  pro- 
blème, fort  différent  du  précédent,  et  qu'il  importe  d'étudier  à  part. 

Ce  qui  augmente  la  difficulté,  c'est  que  ces  croyances  elles-mêmes 
nous  sont  fort  mal  connues.  Ceux  qui  passent  leur  vie  à  chercher  la 
vérité  historique  savent  combien  il  est  difficile  de  comprendre  avec  exac- 
titude la  pensée  religieuse  d'un  peuple  ancien.  Apercevoir  les  traits  exté- 
rieurs, les  rites,  les  formules,  est  chose  assez  facile  ;  mais  il  y  a  loin  de 
cette  vue  superficielle  à  la  connaissance  précise  des  idées  qui  ont  eu  vie 
autrefois  dans  des  âmes  qui  ne  ressemblaient  peut-être  pas  aux  nôtres. 
On  connaît  passablement  les  croyances  des  anciens  Perses,  parce  qu'on 
a  une  partie  de  leurs  livres.  On  se  fait  une  idée  assez  nette  de  la  religion 
de  l'ancienne  Egypte,  parce  qu'on  possède  ses  inscriptions  et  son  rituel. 
Pour  les  Grecs  et  les  Romains,  nous  avons,  à  défaut  de  leurs  livres  sacrés 
qui  sont  perdus,  un  nombre  incalculable  de  renseignements  épars  dans 
toute  leur  littérature.  Malgré  cela,  il  reste  encore  beaucoup  d'incertitudes  ; 
il  est  surtout  une  chance  d'erreurs  que  nous  devons  reconnaître  :  nous  ne 
sommes  jamais  sûrs,  quand  nous  avons  sous  les  yeux  des  textes  anciens 
relatifs  aux  croyances  des  hommes,  de  posséder  le  rapport  exact  entre 


46  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

les  mots  et  les  idées;  nous  ne  pouvons  pas  affirmer  que  telle  expression 
réponde  précisément  à  telle  croyance.  Le  mot  Dieu,  par  exemple,  et  le 
mot  âme  peuvent  n'avoir  pas  présenté  à  l'esprit  de  ces  anciens  hommes 
l'idée  qu'ils  présentent  à  notre  esprit  moderne  ;  et  il  en  est  de  même  des 
mots  religion,  prière,  sacrifice,  vœu,  serment,  et  de  beaucoup  d'autres. 
Une  autre  cause  d'erreur  est  que  les  opinions  peuvent  se  modifier  sans 
que  les  mots  changent,  sans  que  les  formules  et  les  rites  varient,  en  sorte 
que  les  transformations  les  plus  graves  d'une  religion  peuvent  nous 
échapper.  C'est  assez  dire  combien  il  faut  être  réservé  quand  on  parle 
de  la  religion  d'un  peuple  disparu,  et  combien  il  faut  se  réduire  à  citer 
les  textes  qu'on  a,  sans  y  rien  mêler  de  nos  idées  personnelles  ou  des 
idées  de  notre  temps. 

Or,  sur  les  vieilles  croyances  druidiques,  nous  ne  possédons  aucun 
livre  sacré,  et  notre  unique  renseignement  à  cet  égard  est  qu'il  n'en 
existait  pas  '.  Nous  n'avons  même  pas  d'inscriptions  ;  les  quelques  signes 
qui  sont  marqués  sur  quelques  pierres  n'ont  aucune  signification  cer- 
taine, et  c'est  notre  esprit  seul  qui  croit  y  voir  des  symboles  de  croyances. 
Aucune  formule  de  prière,  aucun  chant  réellement  druidique  n'est  par- 
venu jusqu'à  nous.  Des  rites,  nous  ne  connaissons  que  ceux  qui  se  rap- 
portent à  la  manière  de  cueillir  le  gui  du  chêne,  et  ils  sont  de  même 
nature  que  ceux  qu'on  rencontre  dans  toutes  les  religions.  Des  pratiques, 
nous  ne  connaissons  guère  que  les  sacrifices  humains,  et  nous  ne  pou- 
vons pas  affirmer  qu'ils  aient  eu  une  autre  signification  que  celle  qu'ils 
avaient  chez  tous  les  peuples  barbares  2.  Nous  connaissons  aussi  leur 
excommunication  ;  mais  ce  châtiment,  qui  consiste  à  éloigner  un  coupable 
des  cérémonies  du  culte,  à  l'exclure  de  la  religion  et  en  même  temps  de 


1.  César,  VI,  14  :  Neque  fas  existimant  ea  litteris  mandare. 

2.  Les  textes  présentent  ces  sacrifices  humains  comme  inspirés  par  1a  pensée  d'apaiser 
la  colère  des  dieux.  César,  VI,  16  :  quod  pro  vita  hominis  nisi  hominis  vita  reddatur, 
non  posse  deorum  numen  placari  arbitranîur.  Voyez  un  exemple  curieux  de  cela  dans 
l'abréviateur  de  Trogue-Pompée  :  Sperantes  deorum  minas  expiari  cœdt  suorum,  conjuges 
et  liberos  suos  trucidant  (Justin,  XXVI,  2).  —  Les  anciens  Grecs  aussi  ont  immolé  des 
victimes  humaines  pour  apaiser  la  colère  des  dieux  ou  pour  obtenir  leur  faveur  ;  voyez 
la  légende  d'Iphigénie,  et  beaucoup  d'autres  exemples  dans  Plutarque,  Questions  grecques, 
39  ;  Pausanias,  I,  5  ;  IV,  9  ;  VII,  19  :  VIII,  2  ;  IX,  8  ;  X,  24  ;  JElien,  Hist  var.,  XII, 
28.  —  La  même  pensée  que  la  divinité  fût  apaisée  par  l'immolation  d'un  homme  ou  se 
fît  payer  sa  faveur  à  ce  prix,  se  retrouve  chez  les  Romains  ;  voyez  Tite-Live,  XXII,  57: 
Ad  oraculum  missus  est  sciscitatum  quibus  suppliciis  deos  possent  placare...  Gallus  et 
Galla,  Grœcus  et  Greca  in  foro  bovario  sub  terra  vivi  demissi  sunt  in  locum  saxo  con- 
septum,  jam  ante  hostiis  humanis  imbutum.  Cf.  Pline,  Hist.  nat.,  XXX,  4,  12  :  Anno  demum 
DCLV1I  urbis  senatus-consultum  factum  est  ne  homo  immolaretur.  L'idée  antique  est 
exprimée  par  Virgile,  II,  116  :  Sanguine  placastis  ventos  et  virgine  cœsa...  animaque 
liîandum  Argolica.  —  A  la  même  idée  se  rattache  la  pratique  appelée  devotio  ;  voyez 
Preller,  Rœmische  Mythologie,  VII,  2.  Tacite  remarque  les  mêmes  usages  chez  les  Ger- 
mains :  Mercurio  humanis  hostiis  litare  fas  habent  (Germ.,  9). 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  47 

la  société  civile,  n'est  pas  particulier  aux  Gaulois  ;  nous  en  trouvons 
l'analogue  chez  les  Grecs,  chez  les  Romains,  chez  les  Germains  '.  Il  ne 
nous  est  pas  parvenu  une  seule  légende  dont  nous  puissions  dire  avec 
certitude  qu'elle  soit  gauloise,  et  surtout  qu'elle  soit  druidique2.  Quant 
aux  monuments,  tels  que  dolmens  et  menhirs,  ils  ont  ce  grave  incon- 
vénient qu'on  en  rencontre  de  semblables  dans  tous  les  pays  du  monde, 
jusqu'en  Asie  et  jusqu'en  Algérie,  ce  qui  fait  qu'on  ne  saurait  y  trouver 
la  clef  des  croyances  propres  aux  Gaulois?. 

Sont-ce  les  livres  de  l'Irlande  et  du  pays  de  Galles  qui  nous  diront  ces 
vieilles  croyances  ?  Mais  ces  livres  sont,  par  la  date,  plus  rapprochés  de 
nous  que  des  anciens  druides  ;  ils  sont  postérieurs  de  beaucoup  au  chris- 
tianisme, et  aucun  d'eux  ne  nous  parle  en  termes  précis  de  l'antique 
religion  gauloise.  Il  y  a  beaucoup  de  témérité  à  supposer  que  le 
recueil  connu  sous  le  nom  de  Mystère  des  Bardes  représente  la  doctrine 
druidique  ;  car  ce  livre  n'a  paru  qu'en  1794  et  l'on  n'a  jamais  pu  mon- 
trer un  manuscrit  ni  un  indice  quelconque  qui  le  rattache  à  une  époque 
ancienne.  Peut-on,  sur  des  textes  dont  la  date  est  certainement  récente, 
dont  l'origine  est  incertaine,  dont  le  contenu  est  vague  et  obscur,  dont 
les  termes  sont  d'une  interprétation  douteuse,  prétendre  qu'on  ait  retrouvé 
une  religion  et  des  croyances  d'il  y  a  vingt  siècles  r 

Qu'un  homme  paraisse  et  nous  dise  :  voici  une  suite  de  sentences  ; 
c'est  moi  qui  vous  les  présente  le  premier,  mais  elles  ne  sont  pas  de 
moi,  elles  sont  vieilles  de  vingt  siècles  et  elles  constituent  une  antique 
doctrine  religieuse  ;  il  est  vrai  que  je  ne  puis  vous  montrer  dans  l'his- 
toire personne  qui  ait  professé  cette  religion  depuis  quinze  siècles,  ni 
dans  les  livres  aucune  ligne  qui  contienne  le  moindre  indice  de  cette 
doctrine  ;  mais  il  n'importe  ;  elle  est  très  ancienne  et  je  la  tiens  des 
druides  par  une  tradition  non  interrompue.  Si  l'on  nous  dit  cela,  sommes- 
nous  tenus  d'y  croire  ?  La  critique  historique  est-elle  obligée  d'abdiquer 
tous  ses  droits,  de  renoncer  à  toutes  ses  méthodes  ?  Et  si  l'histoire  entre 
dans  cette  voie,  jusqu'où  nous  faudra-t-il  aller  ? 


1.  César,  vi,  13:  Sacrifiais  interdicunt...  neque  iis  petentibus  jus  redditur^ neque 
honor  ullus  communicatur.  Comparez  l'àm|uai  chez  les  Grecs  :  v'.yWyj.:  -r:  àrfopôcç 
-/.a-.  x&\  Upûv>&K!T£  -xr-  x&xo6|ievov  v./.r-  Xafefr  Lysias,  in  Andocidem,  24';  voyez 
surtout  Eschine,  in  Timarchum.  21  ;  même  chose  à  Sparte,  Thucydide,  V,  34:  Plutarque, 
Agésilas,  30.  —  Comparez  chez  les  Romains  Yinterdictio  aqua  et  igni  et  Yinfamia.  — 
Les  Germains,  qui  n'avaient  pas  de  druides ,  connaissaient  pourtant  l'excommunication 
avec  ses  effets  religieux  et  civils  :  neque  aut  sacris  adesse  aut  concilium  inire  ignominioso 
fas  est  (Tacite,  Germ.,  6). 

2.  Peut-être  l'érudition  attentive  de  nos  celtisants  parviendra-t-elle  à  dégager  quelques 
légendes  de  cène  nature  ;  mais  les  recherches  ne  font  que  commencer. 

3.  Voy.  Alex.  Bertrand,  Archéologie  celtique,  pages  111-131,  148  et  suiv. 


48  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

Un  texte  est  publié  en  1794,  et  la  seule  raison  qu'on  nous  donne  pour 
nous  prouver  qu'il  est  antique,  est  que  la  doctrine  était  secrète  et  ne 
pouvait  pas  être  révélée;  mais  cette  preuve  aurait  elle-même  besoin 
d'être  prouvée.  On  n'a  rien  montré  jusqu'ici  qui  indique  que  durant  les 
siècles  du  moyen  âge  il  y  eût  un  druidisme  qui  se  cachait.  Tous  ces 
pays  étaient  chrétiens,  et  l'on  sait  comme  l'Église  veillait.  C'est  une  con- 
jecture bien  hardie  que  de  penser  qu'un  druidisme  ait  pu  durer  à  travers 
cinquante  générations  chrétiennes.  Que  les  bardes,  poètes  assez  sembla- 
bles à  nos  trouvères,  aient  eu  entre  eux  de  certains  secrets  professionnels 
ou  qu'ils  aient  prétendu  en  avoir,  cela  ne  prouve  pas  que  ces  secrets 
fussent  ceux  des  druides  ;  n'oublions  pas  que  ces  bardes  étaient  chré- 
tiens. Aussi  ces  triades  du  Mystère  des  bardes  sont-elles  chrétiennes  par 
bien  des  endroits  ;  tout  ce  qui  n'y  est  pas  chrétien  ressemble  fort  à  des 
fantaisies  demi-poétiques  et  demi-philosophiques.  L'ancienneté  de  trois 
ou  quatre  termes  ne  prouve  pas  nécessairement  l'ancienneté  du  texte  et 
de  la  doctrine.  Il  n'y  est  pas  parlé  des  anciens  druides,  et  l'on  n'aper- 
çoit pas  nettement  par  quel  point  de  jonction  elles  se  peuvent  rattacher 
à  ce  que  l'on  connaît  du  druidisme  '. 

C'est  donc  uniquement  par  le  canal  des  écrivains  grecs  et  latins  que 
nous  savons  quelque  chose  des  croyances  de  l'ancienne  Gaule.  Trois 
chapitres  de  César,  quelques  lignes  de  Diodore  et  de  Strabon,  quinze 
vers  de  Lucain,  et  une  assertion  du  grec  Timagène  reproduite  par 
Ammien  Marcellin,  voilà  nos  seuls  documents.  On  ne  voit  pas  qu'aucun 
de  ces  écrivains  ait  fait  une  étude  approfondie  et  vraiment  scientifique 
de  la  religion  gauloise  ;  la  plupart  d'entre  eux  n'ont  même  jamais  vu  la 
Gaule  ;  César  lui-même  ne  nous  assure  pas  qu'il  ait  conversé  longue- 
ment avec  les  druides  et  qu'il  ait  obtenu  leurs  secrets,  au  cas  qu'ils  en 
eussent.  Malgré  cela,  le  peu  que  ces  auteurs  ont  su  est  la  mesure  de  ce 
que  nous  pouvons  savoir,  et  le  plus  sûr  est  encore  de  nous  en  tenir  à  ce 
qu'ils  disent  sans  y  rien  ajouter  de  nous2. 

Or,  il  y  a  dans  ce  qui  nous  est  dit  de  la  religion  gauloise  deux 

1.  Pour  l'opinion  contraire  à  h  nôtre,  nous  recommandons  la  lecture  du  beau  travail 
de  M.  H.  Martin,  dans  ses  Études  d'archéologie  celtique,  p.  289  et  suiv.  Nous  n'avons 
nul  besoin  de  protester  de  notre  respect  pour  la  science  et  la  conscience  de  cet  historien. 
Sa  méthode,  que  nous  n'osons  pas  suivre,  conduira  peut-être  quelque  jour  à  la  vérité. 
Peut-être  trouvera-t-on  un  jour  des  documents  qui  donneront  raison  à  sa  théorie  ; 
nous  disons  seulement  que  jusqu'ici  cette  théorie  nous  paraît  manquer  de  preuves  et 
nous  nous  prononçons  provisoirement  pour  une  méthode  plus  rigoureuse.  —  Voyez  d'ail- 
leurs Leflocq,  Études  de  mythologie  celtique,  1869  ;  Roget  de  Belloguet,  le  Génie  Gaulois, 
1868;  Ferd.  Walter,  Alte  Wales,  1859;  de  Valroger,  Les  Celtes,  1879  ;  Gaidoz,  Esquisse 
de  la  religion  des  Gaulois,  1879,  et  Revue  Celtique,  t.  I,  p.  467. 

2.  Voyez  sur  ce  sujet  des  vues  très  justes  et  très  sages  émises  par  M.  Gaidoz  dans  son 
Esquisse  de  la  religion  gauloise,  1879. 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  49 

éléments  qu'il  importe  de  distinguer,  d'une  part  les  noms  et  les  attributs 
des  divinités,  de  l'autre  les  doctrines  intimes  que  les  druides  possédaient 
peut-être  sur  la  nature  divine  et  sur  la  nature  humaine. 

Sur  les  dieux  gaulois,  nos  renseignements  sont  assez  nombreux.  Nous 
avons  d'abord  un  chapitre  de  César  ;  seulement  il  se  trouve  que  César 
désigne  les  divinités  gauloises  par  des  noms  de  divinités  romaines  ;  les 
druides  ne  l'avaient  donc  pas  averti  qu'il  n'y  eût  rien  de  commun  entre 
les  unes  et  les  autres.  Il  les  appelle  Mercure,  Jupiter,  Apollon,  Minerve, 
Mars.  Il  fait  plus  :  il  reconnaît  formellement  dans  ces  dieux  gaulois  les 
mêmes  attributs  que  ceux  des  dieux  de  Rome.  «  Les  Gaulois  disent  que 
Mercure  est  l'inventeur  des  arts  et  le  dieu  du  commerce,  qu'Apollon 
guérit  les  maladies,  que  Jupiter  préside  aux  phénomènes  célestes,  que 
Minerve  enseigne  les  travaux  et  les  arts,  que  Mars  conduit  la  guerre  '.  » 
Ils  ont  aussi  une  sorte  de  Pluton,  un  Dis  Pater ',  qui  règne  dans  la  nuit 
infernale  2.  César,  qui  est,  de  tous  les  anciens,  celui  qui  a  le  moins 
imparfaitement  connu  les  Gaulois,  affirme  qu'il  ne  voit  presque  pas  de 
différence  entre  les  idées  qu'ils  ont  sur  les  dieux  et  celles  des  autres 
peuples  3.  Il  ne  paraît  pas  que  la  représentation  des  dieux  par  la  figure 
humaine  fût  interdite  par  leur  religion  4. 

D'autres  documents  nous  font  connaître  les  noms  gaulois  d'un  assez 
grand  nombre  de  divinités.  Les  écrivains  latins  nomment  Teutatès, 
Hésus,  Tarann  s,  Belen  6  et  une  sorte  d'Hercule  appelé  Ogmios7.  Outre 
les  divinités  d'un  caractère  général,  les  Gaulois  avaient,  comme  les 
Grecs  et  les  Romains,  un  nombre  infini  de  dieux  topiques  qui  étaient 
attachés  à  un  fleuve,  à  une  montagne,  à  une  ville.  Les  inscriptions  de 
l'époque  romaine  nomment  souvent  ces  divinités  locales,  telles  que  Vosa- 
gus,  Arduinna,  Borvo,  Grannus,  Nemausus,  Luxovius  et  beaucoup 
d'autres  8. 


1.  César,  VI,  17  :  Mercurium...  inventorem  artium  ferunt.  viarum  atque  itinerum 
ducem  ;  hune  ad  questum  mercaturasque  habere  vim  maximam  arbitrantur. ..  Habent 
opinionem  Apollinem  morbos  depellere,  Minervam  operum  atque  artificiorum  initia  tra- 
dere,  Jovem  imperium  cœlestium  tenere,  Martem  bella  regere. 

2.  César,  VI,  18  :  Galli  se  omnes  ab  Dite  Pâtre  prognatos  praedicant,  idque  ab  Drui- 
dibus  proditum  dicunt  ;  ob  eam  causam  spatia  temporis  non  numéro  dierum  sed  noctium 
finiunt.  —  Sur  ce  dieu  de  la  mort,  voyez  d'Arbois  de  Jubainville,  dans  les  Mémoires  de 
l'Académie  de  l'Aube,  1878. 

3.  César,  VI,  17  :  De  his  eamdem  fere  quam  reliquiae  gentes  opinionem  habent. 

4.  César,  VI,  17  :  Mercurii  sunt  plurima  simulacra.  Il  est  vrai  que  le  mot  simulacrum 
ne  désigne  pas  toujours  formellement  une  statue  ;  mais  Lucien,  dans  son  petit  traité  inti- 
tulé Hercule,  dit  que  les  Gaulois  représentaient  ce  dieu  sous  la  figure  d'un  vieillard. 

5.  Lucain,  Pharsale,  I,  445-446. 

6.  Hérodien,  VIII,  3  ;  Jules  Capitolin,  Maximin,  22. 

7.  Lucien,  Préface  ou  Hercule. 

8.  Il  n'est  pas  de  notre  sujet  de  décrire  ce  Panthéon  gaulois.  On  trouvera  de  plus 

Rev.  Celt.  IV  a 


5  o  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

La  domination  romaine  a-t-elle  détruit  ce  Panthéon  gaulois  ?  On 
n'aperçoit  pas  quel  motif  les  Romains  auraient  eu  pour  proscrire  des 
dieux  qui  ressemblaient  tant  aux  leurs.  Aussi  trouvons-nous  une  infinité 
d'autels  et  d'images  qui ,  au  temps  de  l'empire ,  nous  montrent  ces 
dieux  toujours  adorés.  Rome  a  si  peu  proscrit  les  dieux  gaulois,  que  nous 
ne  les  connaissons  que  par  l'époque  romaine.  On  peut  dire  que,  sans  la 
domination  de  Rome,  nous  ne  saurions  rien  de  ces  dieux  et  que  c'est 
grâce  à  elle  qu'ils  ont  laissé  quelque  souvenir  et  quelque  trace.  Mais  il 
est  bon  d'ajouter  que,  dans  les  textes  de  l'époque  romaine,  ces  dieux 
gaulois  sont  toujours  présentés  comme  fort  semblables  aux  dieux  romains. 
Ils  sont  souvent  adorés  sur  les  mêmes  autels  et  reçoivent  un  culte  ana- 
logue. Les  hommes  associent  Hésus  à  Jupiter  et  à  Vulcain  '  ;  leur  Bélen 
est  un  Apollon  2,  leur  Bélisama  est  une  Minerve.  Les  mêmes  Gaulois  qui 
continuaient  d'adorer  leurs  anciens  Dieux,  adoraient  également  Jupiter, 
Diane,  et  même  des  divinités  orientales  comme  Isis,  Sérapis  et  Mithra. 
Ainsi,  nous  apercevons  bien  la  persistance  des  dieux  gaulois,  mais  nous 
n'apercevons  pas  la  persistance  d'une  religion  qui  soit  particulière  à  la 
Gaule  et  qui  soit  différente  de  celle  du  reste  de  l'empire. 

III. 

Il  reste  à  nous  demander  si,  en  dehors  des  dieux  et  du  culte,  une  doc- 
trine intime  et  secrète  a  subsisté.  Mais  il  faudrait  d'abord  démontrer  que 
les  druides,  au  temps  de  l'indépendance,  aient  possédé  une  doctrine 
mystérieuse,  profonde,  supérieure  aux  opinions  populaires,  supérieure 
aussi  aux  pratiques  abominables  et  au  culte  grossier.  Or,  c'est  là  un  point 
qui  n'a  jamais  été  démontré.  L'opinion  que  les  druides  avaient  une  doc- 
trine secrète  repose  sur  une  phrase  mal  interprétée  et  inexactement  citée 
de  César.  On  la  cite  ainsi  :  neque  in  vulgum  disciplinam  efferri  volunt 
Mais  dans  le  texte  il  n'y  a  pas  volunt,  il  y  a  velint,  et  ce  subjonctif  mérite 
bien  qu'on  y  prenne  garde?.  C'est  que  César  n'affirme  pas  un  fait,  il 
exprime  une  simple  supposition  de  sa  part.  Après  avoir  rapporté  que  les 
druides  s'interdisent  de  mettre  en  écrit  leurs  chants  sacrés,  quoiqu'ils 

amples  détails  dans  Roget  de  Belloguet,  le  Génie  gaulois  ;  Gaidoz,  Esquisse  de  la  religior, 
gauloise  ;  de  Valroger,  Les  Celtes. 
i.  Orelli,  n"  1995. 

2.  Dans  Jules  Capitolin,  Maximin,  22,  le  même  dieu  est  appelé  dans  deux  phrase; 
consécutives  Bélen  et  Apollo  ;  voyez  d'ailleurs  Hérodien,  VIII,  $,  et  deux  inscription: 
dans  Orelli,  n0'  1967  et  1968.  Il  faut  faire  toutefois  cette  réserve  que  l'assimilation  d« 
Bélen  avec  Apollon  n'apparaît  que  dans  des  monuments  d'Aquilée  ;  il  y  a  là  un  motiî 
de  doute  en  ce  qui  concerne  la  Gaule. 

3.  César,  VI,  14, éd.  Fr.  Kraner  et  Dittenberger,   1875,  p.  249. 


Comment  le  Druidisrne  a  disparu.  5 1 

sachent  écrire  ',  il  se  demande  quelles  sont  les  raisons  de  cette  règle 
qu'ils  s'imposent,  et  il  lui  semble  qu'il  y  en  a  deux  :  id  mihi  duabus 
de  causis  instituisse  videntur.  «  Il  me  parait  vraisemblable,  dit-il,  qu'ils 
aient  eu  deux  raisons  :  l'une,  qu'ils  ne  veuillent  pas  [non  velinf)  que  cette 
connaissance  se  répande  dans  la  foule  ;  l'autre,  qu'ils  ne  veuillent  pas  que 
leurs  élèves  se  fient  à  l'écriture  et  négligent  la  mémoire.  »  Ce  sont  là  deux 
explications  que  César  présente,  et  il  les  donne  comme  des  conjectures 
personnelles.  —  On  n'a  pas  non  plus  regardé  d'assez  près  au  sens  du 
mot  disciplina  qu'il  emploie  dans  sa  phrase.  Il  veut  parler  de  la  connais- 
sance des  vers  et  des  chants  sacrés,  et  ne  songe  nullement  à  la  connais- 
sance de  dogmes  particuliers2.  Or,  nous  savons  que,  chez  tous  les 
peuples  anciens,  les  sacerdoces  avaient  grand  soin  de  cacher  les  for- 
mules, les  chants  sacrés,  les  rites,  souvent  même  le  nom  des  divinités, 
afin  de  se  réserver  la  possession  de  ces  paroles  puissantes  et  de  ces 
hymnes  auxquels  les  dieux  ne  résistaient  pas.  Un  esprit  moderne,  pour 
qui  toute  religion  est  un  ensemble  de  dogmes,  suppose  d'abord  que  les 
druides  cachaient  une  doctrine  ;  mais  César,  qui  est  accoutumé  aux  pen- 
sées des  anciens,  remarque  simplement  qu'ils  cachaient  des  vers.  C'est 
seulement  dans  les  phrases  suivantes  qu'il  arrive  à  parler  des  dogmes,  et 
ici  il  n'est  plus  question  de  secret  :  «  ils  veulent  persuader  à  tous  que  l'âme 
est  immortelle,  et  ils  veulent  qu'on  le  croie  pour  que  les  hommes  en 
aient  plus  de  courage  5.  »  Que  les  druides  se  soient  réservé  la  connais- 
sance de  chants  sacrés,  de  formules  magiques,  de  règles  augurales  •*, 

1.  Id.,  ibid.  :  Neque  fas  esse  existimant  ea  litteris  mandare,  cum  in  reliquis  fere  rébus 
publias  privatisque  rationibus  graecis  litteris  utantur. 

2.  Cela  ressort  manifestement  du  contexte  :  Magnum  numeram  versuum  ediscere  dicun- 
tur.  Itaque  annos  ncnnulli  vicenos  in  disciplina  permanent.  Neque  fas  existimant  ea  lit- 
teris mandare,  id  que  mihi  duabus  de  causis  instituisse  videntur,  quod  neque  in  vulgus 
disciplinam  efferri  velint  neque  eos  qui  discunt  litteris  confisos  memoriae  minus  studere. 
Il  est  question  en  tout  cela  de  vers  et  non  pas  de  dogmes. 

3.  Un  texte  de  Pomponius  Mêla,  III,  2,  signale  aussi  des  écoles  druidiques  qui  auraient 
été  établies  loin  de  la  foule,  clam,  dans  des  cavernes  ou  des  forêts  ;  mais  on  remarquera 
que  le  géographe  ne  fait  ici  que  reproduire  en  le  paraphrasant  le  passage  de  César.  D'ail- 
leurs Pomponius  Mêla  se  trompe  gravement  s'il  se  figure  les  druides  comme  des  hommes 
vivant  loin  du  monde  ;  César  les  présente  au  contraire  comme  très  mêlés  au  monde  et 
très  avant  dans  la  vie  politique  ;  ils  formaient  une  aristocratie  ;  ils  jugeaient;  ils  figuraient 
dans  les  comices.  Qu'ils  eussent  quelque  chose  de  semblable  à  des  couvents,  cela  est  pos- 
sible, et  il  se  peut  aussi  que  dans  ces  retraites  la  religion  druidique  ait  pris  une  teinte 
particulière;  mais  il  y  a  loin  de  là  à  un  ensemble  de  doctrines  secrètes.  —  M.  Ern.  Des- 
jardins, dans  sa  Géographie  de  la  Gaule  romaine,  page  520,  a  émis  une  conjecture  ingé- 
nieuse :  «  Nous  avons  été  amenés,  dit-il,  par  nos  études  et  nos  réflexions  personnelles, 
à  considérer  les  druides  plutôt  comme  des  missionnaires  étrangers  que  comme  formant 
un  sacerdoce  séculaire  sorti  des  entrailles  du  pays.  »  Nous  craignons  toutefois  que  cette 
manière  de  voir  ne  puisse  pas  se  concilier  avec  les  textes  de  César,  avec  le  grand  pou- 
voir judiciaire  dont  les  druides  étaient  armés,  avec  l'influence  politique  que  la  constitu- 
tion, mos  civitatis  (VII,  33)  leur  accordait,  avec  leur  richesse  et  leur  exemption  d'impôts 
(VI,  14),  enfin  avec  le  rôle  d'aristocratie  que  l'écrivain  latin  leur  attribue. 

4.  Cic.  de  divinat.,  I,  41. 


I 

52  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

c'est  ce  qui  se  voit  dans  les  documents  ;  qu'ils  se  soient  réservé  aussi  la 
connaissance  de  quelques  dogmes,  c'est  ce  qui  est  possible,  mais  les 
textes  ne  l'attestent  pas.  On  ne  peut,  sur  ce  point,  ni  affirmer  ni  nier. 

Secrète  ou  non,  quelle  était  leur  doctrine  ?  Croyaient-ils  à  un  dieu 
unique,  ou  tout  au  moins  à  un  dieu  suprême  ?  Sur  ce  point  si  grave, 
nous  n'avons  aucun  renseignement.  Rien  qui  ressemble  à  l'unité  de  Dieu 
n'est  attribué  aux  druides  par  les  anciens  '.  Il  est  avéré  qu'ils  croyaient 
à  l'immortalité  de  l'être  humain,  ce  qui  n'est  pas  très  étonnant,  puisque 
tous  les  peuples  anciens  y  ont  cru  2.  Mais,  quelle  était  la  nature  de  cette 
immortalité,  c'est  ce  qui  est  loin  d'être  clair.  D'une  part,  César  dit  que 
les  druides  enseignent  que  les  âmes  ne  meurent  pas  et  passent  d'un  corps 
d'homme  dans  un  autre  corps  d'homme  h  Lucain  va  plus  loin  ;  il  parle 
d'une  suite  d'existences,  toujours  dans  un  corps,  mais  au  milieu  d'un 
autre  monde  4.  D'autre  part,  Pomponius  Mêla  représente  la  vie  future 
des  druides  comme  celle  que  se  figuraient  les  Romains;  ce  n'est  pas  une 
suite  d'existences,  c'est  seulement  une  seconde  vie,  et  elle  se  passe  sous 
la  terre,  dans  la  région  des  mânes,  ad  mânes,  adinferosî.  Or,  ce  qui 
donne  quelque  poids  à  cette  assertion  de  Pomponius  Mêla,  c'est  d'abord 
que  nous  savons  que  les  Gaulois  avaient  un  dieu  infernal,  un  Pluton,  un 
Dis  Pater;  c'est  ensuite  qu'ils  avaient  la  coutume  d'enterrer  ou  de  brûler 
avec  le  mort  les  objets  qui  pouvaient  lui  être  utiles  dans  cette  autre  vie6. 
Beaucoup  de  sépultures  gauloises  nous  montrent  qu'on  entourait  le  mort 
des  armes  ou  des  ustensiles  dont  il  pouvait  avoir  besoin  dans  son  exis- 
tence sous  la  terre.  Un  ancien  prétend  même  que  les  Gaulois  avaient  l'ha- 
bitude d'aller  consulter  et  interroger  les  morts  sur  leurs  tombeaux,  tant 
on  croyait  qu'ils  vivaient  là  i .  Il  faut  avouer  que  de  tels  usages  s'accor- 

i.  On  a  pensé  que  Lucain,  \,  4$ 2,  faisait  allusion  à  ce  dogme  par  les  mots  :  Solis 
nosse  deos  aut  solis  nescire  datum  (Belloguet,  p.  131)  ;  cette  interprétation  nous  paraît 
bien  hardie. 

2.  César,  VI,  13  ;  Mêla,  III,  2  :  Valer.  Maxime,  II,  10  ;  Ammien,  XV,  9. 

3.  César,  VI,  14  :  Non  inîerire  animas,  sed  ab  aliis  transire  ad  alios.  Les  mots  ab 
aliis  ad  alios  ne  peuvent  s'entendre  que  de  corps  d'hommes. 

4.  Lucain,  I,  445  :  Régit  idem  spiritus  artus  orbe  alio.  —  Nous  ne  citons  pas,  et  pour 
cause,  un  passage  de  Plutarque  que  l'on  a  quelquefois  appliqué  aux  Gaulois  {de  facie 
lun<£,  c.  26)  ;  il  n'a  aucun  rapport  avec  la  Gaule  ;  Plutarque  rapporte  un  récit  entendu  à 
Cannage  et  relatif  à  des  îles  imaginaires  qui  auraient  été  situées  à  cinq  journées  de  navi- 
gation de  l'île  d'Ogygie,  qui  est  elle-même  une  île  imaginaire.  Il  faut  beaucoup  de  bonne 
volonté  pour  reconnaître  là  la  Bretagne.  Ni  le  nom  des  druides,  ni  celui  des  Bretons  ou 
des  Gaulois  n'est  prononcé  dans  ce  récit. 

j.  Pomponius  Mêla,  III,  2  :  ./Eternas  esse  animas  vitamque  alteram  ad  mânes.  — 
Valere  Maxime,  II,  6,  10  :  Deferebatur  ad  inferos. 

6.  César,  VI,  19-20.  —  Pomponius  Mêla,  ibid.:  Itaque  cum  mortuis  cremant  ac  defo- 
diunt  apta  viventibus. 

7.  Nicander,  cité  par  Tertullien,  de  anima,  21,  édit.  Caillau,  t.  II,  p.  615  :  Et  Nasa- 
monas  propria  oracula  apud  parentum  sepulcra  mansitando  captarc.Et  Celtas  apud  viro- 
rum  fortium  busta  eadem  de  causa  pernoctare  Nicander  affirmât. 


Comment  le  Druïdisme  a  disparu.  5  ; 

dent  mal  avec  la  doctrine  de  la  métempsycose  ou  avec  celle  de  la  résur- 
rection dans  un  autre  monde.  Peut-être  les  idées  des  Gaulois  étaient-elles 
très  confuses,  très  mêlées  ;  nous  pouvons  douter  au  moins  qu'ils  eussent 
sur  ces  difficiles  questions  des  dogmes  bien  arrêtés. 

A  en  croire  quelques  auteurs  grecs,  les  druides  auraient  eu  les  mêmes 
doctrines  que  Pythagore,  et  ce  serait  même  ce  philosophe  ou  un  de  ses 
disciples  qui  aurait  instruit  les  prêtres  gaulois.  «  Le  système  de  Pytha- 
gore régnait  chez  eux  »,  dit  Diodore  de  Sicile.  «  Ils  se  conformaient, 
dit  l'historien  Timagène.,  aux  dogmes  et  même  aux  règles  de  discipline 
que  Pythagore  avait  instituées.  »  Cette  opinion  était  fort  répandue  dans 
le  monde  grec  ;  Origène  la  répète  ;  il  sait  même  le  nom  du  disciple  de 
Pythagore  qui  a  enseigné  sa  doctrine  aux  druides  3.  De  telles  assertions 
nous  mettent  naturellement  en  défiance,  et  l'on  ne  peut  s'empêcher  de  se 
demander  comment  Diodore  de  Sicile  et  Timagène,  à  supposer  qu'ils 
sussent  bien  ce  que  Pythagore  avait  enseigné,  pouvaient  savoir  ce  qu'en- 
seignaient les  druides.  Cette  opinion  courait  parmi  les  Grecs  sans  que 
nous  puissions  savoir  comment  elle  y  était  venue  ;  à  peine  est-il  besoin 
de  dire  qu'elle  n'a  aucune  valeur  aux  yeux  de  la  critique  historique. 

Il  est  encore  un  trait  du  druidisme  que  les  écrivains  anciens  se  plaisent 
à  signaler.  Aristote  parlait  déjà  de  la  philosophie  des  druides,  comme  de 
celle  des  gymnosophistes  indiens  et  des  prêtres  de  Chaldée*.  Diodore 
appelle  les  druides  «  des  philosophes  et  des  théologiens  <>  ».  Strabon  dit 
qu'ils  se  livraient  à  l'étude  de  la  nature  et  à  celle  de  la  morale6,  et  Pom- 
ponius  Mêla  les  appelle  des  maîtres  de  sagesse".  On  a  parlé  aussi  de  la 
science  des  druides.  César  remarque  «  qu'ils  disputent  sur  le  cours  des 
astres,  sur  la  forme  et  la  grandeur  de  la  terre,  sur  le  système  de  la 
nature 8.  »  Il  est  vrai  que  disputer  sur  le  cours  des  astres  n'est  pas 
nécessairement  connaître  les  lois  de  l'astronomie.  S'ils  enseignaient, 
comme  le  rapporte  Strabon,  que  le  monde  n'aurait  pas  de  fin,  mais 
«  qu'un  jour  le  feu  et  l'eau  l'emporteraient  »,  il  faut  reconnaître  qu'une 


1.  Diodore,  V,  28. 

2.  Timagène,  cité  par  Ammien  Marcellin.  XV,  9. 

3.  Origenis  opéra,  éd.  de  1733,  t.  I,  pages  335,  882,  906.  Philosophoumena,  édit. 
Cruice,  I,  22,  p.  48.  Ce  serait  le  Thrace  Zamolxis,  élève  de  Pythagore,  qui  aurait  porté 
sa  pensée  dans  la  Gaule. 

4.  Aristote,  cité  par  Diogène  Laerte,  proœmium. 

5.  Diodore,  ibid. 

6.  Strabon,  IV,  4,  4,  édit.  Didot,  p.  164  :  upoç  fîj  spyatoXoyia  xài  rr)v  rfi'.v.ry 
àaxoùaiv. 

7.  Pomponius  Mêla,  III,  2  :  Habent  et  facundiam  suam  magistrosque  sapientias 
druidas. 

8.  César,  VI,  14  :  Multa  de  sideribus  atque  eorum  motu,  de  mundi  magnitudine,  de 
rerum  natura,  disputant. 


54  Comment  le  Druidisme  a  disparu. 

pareille  théorie  n'avait  rien  de  bien  scientifique1.  Pomponius  Mêla  dit 
«  qu'ils  prétendaient  connaître  la  forme  de  l'univers  et  le  cours  des 
astres2  ».  Enfin  Ammien  Marcellin  écrit  que  «  les  druides  vivaient  en 
communautés  étroites,  l'esprit  toujours  tendu  vers  la  recherche  des  pro- 
blèmes les  plus  élevés,  et  dédaignant  les  choses  de  la  terre  3.  »  Voilà 
encore  des  affirmations  en  présence  desquelles  la  critique  historique  est 
assez  embarrassée.  Ces  «  philosophes  »  étaient  les  mêmes  qui  «  immo- 
laient des  hommes  pour  découvrir  la  volonté  des  dieux  dans  leurs 
entrailles  palpitantes  4.  »  Ces  «  solitaires  qui  tendaient  leur  esprit  vers  la 
recherche  des  grands  problèmes  »  étaient  très  certainement  des  devins 
et  des  sorciers;  toute  l'antiquité  l'atteste.  Ces  hommes  qui,  suivant  Stra- 
bon, «  étudiaient  la  physiologie  »,  guérissaient  aussi  toutes  les  maladies 
sans  exception  avec  quelques  gouttes  d'une  eau  bénite  où  avait  trempé 
le  gui  sacré  s  ;  ils  avaient  une  autre  herbe  qui  était  aussi  fort  efficace,  à 
la  condition  qu'on  l'eût  cueillie  de  la  main  droite  passée  dans  l'ouver- 
ture gauche  de  la  tunique  blanche  6  ;  une  troisième  herbe  guérissait  tous 
les  animaux  de  toutes  les  maladies,  pourvu  qu'elle  eût  été  cueillie  de  la 
main  gauche  ;  mais  le  grand  et  capital  remède  pour  sauver  la  vie  d'un 
homme  était  d'immoler  aux  dieux  un  autre  homme  7..  Telle  était  leur 
médecine.  Pour  ce  qui  est  de  leur  astronomie,  Cicéron  a  connu  intime- 
ment un  druide,  l'Eduen  Divitiac,  qui  a  été  son  hôte  à  Rome  ;  or,  Cicé- 
ron dit  bien  que  «  ce  druide  prétendait  connaître  le  système  de  la 
nature  »,  mais  il  ajoute  aussitôt  «  qu'il  se  servait  de  cette  connaissance, 
et  aussi  des  augures,  pour  faire  des  prédictions8.  »  Voilà  un  renseigne- 
ment qui  rabaisse  les  connaissances  des  druides  à  un  emploi  qui  n'est  pas 
précisément  celui  de  la  science.  Pomponius  Mêla  dit  aussi  que  ces 
druides  «  prétendent  savoir  le  mouvement  des  astres  et  la  volonté  des 
dieux 9.  »  Etait-ce  astronomie  ou  astrologie  ?  S'agissait-il  de  science,  de 
poésie,  ou  simplement  de  divination  et  d'augurat10?  C'est  ce  qu'on  ne 

i.  Strabon,  ibid.:  àçôàpxou?  )iyo'j;t  tàç  ifu^àç  V-'XI  T°v  xocth-ov,  s7uxpotTri<Tstv  ôl  note 
xai  Ttûp  xai  \jotop. 

2.  Pomponius  Mêla,  ibid.  :  Scire  profitentur. 

3.  Ammien,  XV,  9  :  Druidse  ingeniis  celsiores,  ut  auctoritas  Pythagorae  decrevit,  soda- 
iitiis  adstricti  consortiis,  quaestionibus  occultarum  rerum  altarumque  erecti  sunt,  et  des- 
pectantes  humana  pronuntiarunt  animas  immortales. 

4.  Tacite,  Annales,  XIV,  30  :  Hominum  fibris  consulere  deos.  Cf.  Strabon,  IV,  4,  5  ; 
Didot,  p.  164  et  165. 

5.  Pline,  Hist.  nat.,  XVI,  95,  251. 

6.  Pline,  XXIV,  63-64. 

7.  César,  VI,  16. 

8.  Cicéron,  de  divinatione,  I,  41  :  In  Gallia  druide  sunt,  e  quibus  ipse  Divitiacum 
TEduum,  hospitem  tuum  laudatoremque  cognovi,  qui  et  nalurae  rationem  notam  esse  sibi 
profitebatur  et  partim  auguriis  partim  conjectura  quae  erant  futura  dicebat. 

9.  Pomponius  Mêla,  ibid.  :  Motus  siderum  et  quid  dii  velint  scire  profitentur. 

10.  L'abréviateur  de  Trogue  Pompée  signale,  comme  Cicéron,  la  pratique  de  l'augurât 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  <;  $ 

saurait  dire.  Il  ne  faut  donc  accepter  qu'avec  les  plus  grandes  réserves 
les  éloges,  d'ailleurs  très  vagues,  que  les  anciens  font  de  la  philo- 
sophie et  de  la  physiologie  des  druides.  Leur  métempsycose  pouvait 
être  aussi  naïvement  matérielle  que  l'Erèbe  des  Grecs  et  des  Romains. 
Leur  science  de  la  nature  était  peut-être  aussi  grossière  et  aussi  fantai- 
siste que  celle  des  Étrusques.  Pour  apprécier  et  admirer  de  telles  doc- 
trines, il  faudrait  être  bien  sûr  d'elles,  il  faudrait  surtout  en  posséder 
l'expression  exacte  et  le  détail. 

On  observera  encore  que,  si  les  druides  avaient  réellement  possédé 
quelques  connaissances  positives  en  astronomie,  en  médecine,  en  philo- 
sophie, il  est  infiniment  vraisemblable  que  ces  connaissances  n'auraient 
pas  été  aisément  rejetées  par  les  Gaulois,  et  qu'elles  auraient  même 
pénétré  dans  le  monde  romain.  Les  Romains  n'avaient  aucun  intérêt  à 
s'en  priver.  On  sait  qu'ils  empruntaient  volontiers  aux  vaincus  tout  ce 
qui  pouvait  être  utile,  et  que,  comme  dit  Pline,  ils  étaient  ardents  à  s'ap- 
proprier tout  ce  que  les  autres  peuples  avaient  de  bon,  omnium  utilitatum 
et  virtutum  rapacissimi  '.  Ils  n'ont  rien  pris  aux  druides. 

Nous  pouvons  donc  conserver  de  grands  doutes,  jusqu'à  ce  que  sur- 
gissent de  nouveaux  documents,  sur  les  doctrines  secrètes  du  druidisme. 
Dès  lors,  il  est  bien  difficile  de  dire  si  l'autorité  romaine  a  volontairement 
combattu  ces  doctrines  et  d'établir  la  mesure  de  ce  qu'elle  a  détruit. 
Tout  ce  qu'on  peut  affirmer,  c'est  que  les  documents  ne  mentionnent 
aucune  lutte  à  l'égard  des  croyances  ou  des  théories  druidiques  ;  nul 
indice  d'instructions  données  aux  fonctionnaires  romains  à  cet  égard  ; 
nul  indice  d'un  effort  de  l'autorité  publique  ou  d'une  résistance  des  popu- 
lations. Une  chose  sans  doute  a  disparu,  ce  sont  les  écoles  druidiques. 
On  ne  peut  pas  constater  que  Rome  les  ait  fermées  par  un  acte  d'auto- 
rité ;  mais  on  ne  peut  pas  constater  non  plus  qu'elles  subsistent.  Il  semble 
bien  que  les  druides  n'enseignent  plus. 

Il  est  une  autre  remarque  qu'on  peut  faire.  Tous  les  textes  qui  per- 
mettraient de  concevoir  quelque  haute  idée  des  doctrines  druidiques, 
sont  des  premiers  temps  de  la  domination  romaine  ;  ils  sont  de  César, 
de  Diodore,  de  Strabon,  de  Pomponius  Mêla,  et  le  dernier  est  de  Lu- 
cain.  A  partir  de  là,  tous  les  textes  relatifs  aux  druides  prennent  un 
autre  caractère.  Pline  ne  voit  en  eux  que  des  magiciens,  magi2  ;  Tacite 
ne  connaît  d'eux  que  les  sacrifices  humains  qu'ils  font  encore  dans  la 
Bretagne,  et,  en  Gaule,  leurs  prédictions  mensongères;  puis,  on  ne  nous 

chez  les  Gaulois  :  Augurandi  studio  Galli  praeter  casteros  callent  (Justin,  XXIV,  4). 

1.  Pline,  Hist.  nat.,  XXV,  2. 

2.  Pline,  Hist.  nat.,  XVI,  95,  249;  XXV,  $9,  106. 


$6  Comment  le  Druidisme  a  dispara. 

signale  plus  les  druidesses  que  comme  des  diseuses  de  bonne  aventure. 
Ammien  Marcellin  fait  encore  un  grand  éloge  des  druides,  mais  il  nous 
avertit  qu'il  prend  ses  renseignements  chez  le  grec  Timagène,  qui  vivait 
au  temps  d'Auguste  ;  il  semble  même  qu'on  ne  connût  plus  les  druides  à 
l'époque  où  Ammien  écrivait  ;  il  s'exprime  sur  eux  au  temps  passé  ;  il 
parle  du  druidisme  comme  d'une  chose  qui  n'existe  plus  ' . 

Il  est  visible  en  effet,  dans  les  documents  et  les  faits  de  l'histoire,  que, 
dès  le  me  siècle,  il  n'y  a  plus  de  doctrine  druidique.  Les  dieux  de  la 
Gaule,  tels  que  les  monuments  et  les  inscriptions  nous  les  montrent,  sont 
semblables  aux  dieux  du  monde  romain  ;  ils  ont  les  mêmes  attributs,  les 
mêmes  autels,  les  mêmes  prêtres.  L'intelligence  gauloise,  si  nous  en 
jugeons  d'après  toutes  les  manifestations  qui  nous  viennent  de  cette 
époque,  a  exactement  les  mêmes  conceptions  que  celle  de  l'italien  ou  de 
l'espagnol  du  même  temps.  S'il  y  a  eu  des  différences,  elles  échappent  à 
l'historien  et,  ne  pouvant  être  prouvées,  elles  sont  du  domaine  de  l'hy- 
pothèse. Partout,  dans  cet  empire,  la  vie  privée  et  la  vie  publique  pré- 
sentent les  mêmes  habitudes.  Ecoles,  langage,  littérature,  travaux  et 
plaisirs,  croyances  et  cérémonies,  culte  et  superstitions,  par  tout  cela  la 
Gaule  parait  semblable  au  reste  de  l'empire.  Il  n'est  pas  jusqu'aux  druides 
et  aux  druidesses  de  ce  temps  qui  ne  ressemblent  trait  pour  trait  à  tous 
les  devins  et  magiciens  qui  pullulaient  alors  dans  toutes  les  provinces. 
Ainsi,  il  est  possible  qu'il  existe  encore  des  druides;  mais  quant  à  une 
doctrine  druidique,  quant  à  un  ensemble  d'opinions  propres  à  la  Gaule, 
il  n'en  est  jamais  question. 

Ce  qui  est  encore  bien  digne  d'attention,  c'est  que  l'on  n'aperçoit  pas 
que  la  religion  chrétienne  ait  eu  lieu  de  faire  la  guerre  au  druidisme.  On 
a  supposé,  à  la  vérité,  qu'elle  avait  pu  au  contraire  se  servir  de  lui,  le 
réveiller  en  se  l'associant  pour  renverser  le  polythéisme  romain  :  pure 
hypothèse  qu'aucun  document,  aucun  mot,  aucun  indice  n'autorise.  La 
prétendue  affinité  entre  le  druidisme  et  le  christianisme  n'a  été  remarquée 
par  aucun  des  écrivains  ecclésiastiques  2.  Quand  il  serait  avéré  que  les 


i.  Ammien  Marcellin,  XV,  9. 

2.  On  a  allégué  un  passage  de  saint  Augustin,  Cité  de  Dieu,  VIII,  9  ;  mais  il  fallait  le 
citer  entièrement,  et  non  pas  un  mot  isolé.  Saint  Augustin  dit  qu'on  a  vu  chez  toutes 
les  nations  quelques  hommes  qui  ont  eu  quelque  notion  d'un  dieu  unique,  et  il  ajoute 
qu'il  y  a  eu  de  ces  hommes  parmi  les  Gaulois,  aussi  bien  que  chez  tous  les  autres  peuples, 
Égyptiens,  Perses,  Indiens,  Espagnols  :  Si  aliarum  quoque  gentium  qui  sapantes  vel  philo- 
sophi  habiti  sunt,  Atlantici  I.ibyci,  jEgyptii,  ]ud<ei,  Pers<£,  Chaldœi,  Scythœ,  Galli,  Hispani 
alii  que  reperiuntur  qui  hoc  videtint  ac  docuerint,  eos  omnes  c<zteris  anteponimus  eosque 
nobis  propinquiores  fatemur.  Cela  peut-il  signifier  que  le  druidisme  eût  des  affinités  plus 
particulières  que  la  religion  des  Égyptiens,  des  Chaldéens  ou  des  Scythes  avec  le  chris- 
tianisme? 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  57 

deux  religions  eussent  quelque  analogie  par  certains  côtés,  ce  n'était  pas 
précisément  une  raison  pour  qu'elles  fussent  moins  ennemies;  car  on  sait 
bien  qu'en  matière  de  religion,  moins  on  est  éloigné,  et  plus  on  se 
déteste.  Il  n'y  avait  donc  pas  de  motif  pour  que  l'église  chrétienne  ména- 
geât le  druidisme,  si  elle  l'avait  trouvé  encore  debout.  D'ailleurs,  en  un 
pareil  sujet  les  raisonnements  ont  peu  de  valeur  ;  il  vaut  mieux  constater 
qu'aucun  document  chrétien  ne  mentionne  le  druidisme,  ni  pour  l'ap- 
prouver ni  pour  le  combattre.  Je  ne  connais  aucun  acte  des  conciles  de 
la  Gaule  qui  nomme  les  druides.  Je  trouve  encore  leur  nom  dans  Origène 
et  dans  Clément  d'Alexandrie  ;  mais  il  est  visible  par  le  texte  de  ces  deux 
écrivains  qu'ils  ne  connaissent  les  druides  que  par  des  écrits  antérieurs 
comme  ceux  de  Diodore  de  Sicile  et  d'Alexandre  Polyhistor  ' .  Lactance 
nomme  encore  deux  dieux  gaulois,  mais  il  s'exprime  au  temps  passé,  et 
ne  dit  nullement  qu'ils  fussent  encore  adorés  au  moment  où  il  écrit2. 
Sulpice  Sévère  raconte  la  résistance  que  le  paganisme  opposa  à  saint 
Martin  ;  mais  il  ne  cite  ni  les  druides  ni  aucun  dieu  gaulois,  et  tous  les 
détails  de  son  récit  conviennent  au  polythéisme  romain  ?.  Dans  les  écrits 
des  pères  et  des  évêques  de  la  Gaule,  on  voit  quels  sont  les  dieux  qu'ils 
poursuivent  de  leurs  prédications  ou  de  leurs  anathèmes  :  c'est  Jupiter, 
c'est  Vénus,  c'est  Minerve;  ce  n'est  ni  Hésus,  ni  Teutatès,  ni  Bélen. 
Parmi  les  opinions  qu'ils  s'efforcent  de  détruire,  je  ne  vois  pas  la  doc- 
trine de  la  métempsycose,  ni  rien  qui  semble  spécialement  gaulois. 
Parmi  les  superstitions  qu'ils  signalent,  je  ne  trouve  pas  la  vénération 
particulière  pour  le  chêne  ni  pour  le  gui.  Certains  usages  ont  duré,  tels 
que  les  feux  de  la  Saint- Jean  ;  mais  ils  sont  communs  à  presque  tous  les 
peuples  et  personne  ne  soutient  qu'ils  soient  plutôt  gaulois  que  romains. 
Les  fées  et  les  lutins  4  ont  persisté,  mais  comme  objets  d'imagination 
populaire  plutôt  que  comme  objets  de  religion.  On  sait  aussi  que  jus- 
qu'au vme  siècle  l'Église  dans  ses  conciles  et  les  rois  par  leurs  capitu- 
lâmes continuent  à  poursuivre  certaines  pratiques,  comme  le  culte  des 
fontaines  et  l'évocation  des  morts  ;  mais  nul  ne  peut  dire  que  ces  pra- 
tiques appartiennent  plus  au  druidisme  qu'au  polythéisme  romain  ou 
germanique  s  ;  ce  sont  des  superstitions  qui  sont  de  tous  les  peuples ,  on 

1.  Origène  ne  fait  que  répéter  les  fables  sur  le  pythagorisme  des  druides.  Saint  Clé- 
ment d'Alexandrie  (Stromates,  I)  ne  les  mentionne  que  d'après  Alexandre  Polyhistor,  qui 
vivait  avant  l'ère  chrétienne. 

2.  Lactance,  De  falsa  religione,  21  :  Galli  Hesum  atque  Teutatem  humano  cruore 
placabant. 

3.  Sulpice  Sèvere,  Vita  Martini,  12-15,  dans  la  Patrologie  latine,  t.  XX,  p.  167-169. 

4.  Les  dusii  dont  parle  saint  Augustin  (Cité  de  Dieu,  XV,  23)  sont  assimilés  par  lui 
aux  Saî|j.QVî;  des  Grecs,  aux  Genii  des  Romains. 

j.  Les  Germains,  qui  n'avaient  pas  de  druides,   avaient  le  culte  des  fontaines  et  des 


5  8  Comment  le  Druidisme  a  dispara. 

les  voit  chez  toutes  les  sociétés  à  l'état  barbare,  et,  même  dans  les 
sociétés  civilisées,  on  les  retrouve  chez  les  esprits  incultes  ;  elles  vivent 
toujours  dans  le  fond  de  l'âme  humaine,  car  elles  sont  l'infirmité  natu- 
relle de  l'humanité.  Elles  n'ont  rien  qui  soit  propre  aux  Gaulois,  ni  qui 
soit  spécialement  druidique  '.  Il  n'y  a  pas,  à  notre  connaissance,  un 
seul  document  qui  marque  que  l'Église  chrétienne  ait  rencontré  en  Gaule 
une  religion  qui  fût  différente  de  celle  du  reste  de  l'empire  romain. 

IV. 

De  cette  étude  des  textes,  il  nous  paraît  résulter  deux  choses  :  la  pre- 
mière, que  les  Romains,  en  proscrivant  les  pratiques  sanguinaires,  en 
brisant  la  hiérarchie  et  l'unité  d'organisation  du  sacerdoce,  n'ont  pour- 
tant jamais  proscrit  ni  les  dieux  gaulois  ni  les  druides  ;  la  seconde,  que 
le  druidisme,  sans  être  autrement  persécuté,  est  pourtant  tombé  et  que 
ses  croyances  n'existaient  plus  dans  les  derniers  siècles  de  l'empire.  La 
disparition  de  la  religion  gauloise  n'a  pas  été  le  résultat  d'une  mesure 
politique  ou  d'un  acte  de  violence;  elle  s'est  faite  insensiblement,  spon- 
tanément, comme  toute  la  transformation  sociale  et  intellectuelle  de  la 
Gaule. 

Il  n'était  pas  nécessaire  de  déclarer  une  guerre  ouverte  au  druidisme. 
Les  religions  peuvent  mourir  de  mort  naturelle,  lorsque  l'esprit  et  la 
conscience  les  quittent.  Avant  César,  les  druides  avaient  été  un  ordre 
puissant,  riche,  dominateur,  et  l'historien  avait  remarqué  qu'ils  tenaient 
la  plèbe  fort  au-dessous  d'eux  ;  après  lui,  ils  ne  paraissent  plus  comme 
caste  supérieure,  ils  sont  de  la  plèbe.  Autrefois,  ils  avaient  été  les  juges 
de  la  Gaule  ;  crimes  et  procès  avaient  été  portés  devant  eux  2  ;  en  poli- 
tique, on  les  avait  vus  intervenir  dans  l'élection  des  magistrats  3  ;  ils 
avaient  eu  des  privilèges  en  matière  d'impôts  4.  Us  avaient  pratiqué  seuls 
l'unique  espèce  de  médecine  que  la  Gaule  connût.  Ils  avaient  tenu  de 
grandes  écoles  où  la  jeunesse  des  plus  nobles  familles  gauloises  se  pla 
çait  sous  leur  discipline  s.   Tout  cela  disparut  après  César  et  sous  h 

forêts  (Tacite,  Germ.,  9  ;  Grégoire  de  Tours,  II,  10). 

1.  On  peut  noter  d'ailleurs  que  les  documents  qui  les  mentionnent,  les  actes  du  con- 
cile de  Leptines,  Vlndiculus  superstitionum,  et  le  capitulaire  de  785,  s'appliquent  bie: 
moins  à  la  Gaule  qu'à  la  Germanie. 

2.  César,  VI,  13  :  fere  de  omnibus  controverses  publicis  privatisque  constituunt.  Si  d 
fmibus  controversia  est,  decernunt.  Prcemia  paenasque  constituunt.  Considunt  in  loc| 
consecrato  ;  hue  omnes  qui  controversias  habent  conveniunt  judiciisque  parent. 

3.  César,  VII,  33  :  Magistratum  qui  per  sacerdotes,  more  civitatis,  esset  creatus. 

4.  César,  VI,  14. 

5.  César,  VI,  14:  Sua  sponte  multi  in  disciplinam  conveniunt  et  a  parentibus  mittuntui 
—  Pomponius  Mêla,  III,  2  :  Docent  multa  nobilissimos  gentis. 


Comment  le  Druidisme  a  disparu.  59 

domination  romaine.  L'autorité  judiciaire  leur  fut  enlevée;  les  magistrats 
municipaux  furent  élus  sans  eux  ;  les  exemptions  d'impôts  cessèrent  ;  on 
ne  crut  plus  à  leur  médecine  ;  il  s'ouvrit  partout  des  écoles  latines  et  la 
jeunesse  gauloise  y  courut  ;  aux  vieux  vers  druidiques,  qui  étaient  inin- 
telligibles et  qu'il  fallait  vingt  ans  pour  se  mettre  dans  la  mémoire,  on 
préféra  les  vers  de  Virgile  et  d'Horace.  Les  druides  n'eurent  plus  rien 
de  ce  qui  fait  la  force  ou  de  ce  qui  donne  au  moins  le  prestige.  Leurs 
pratiques,  qui  avaient  terrifié  les  générations  précédentes,  n'inspirèrent 
plus  que  le  dégoût.  Leurs  sacrifices  humains,  réduits  à  un  simple  simu- 
lacre, firent  sourire.  Leurs  sentences  d'excommunication  n'effrayèrent 
plus  personne;  elles  furent  une  arme  impuissante,  qui,  s'ils  continuèrent 
à  s'en  servir,  ne  nuisit  plus  qu'à  eux-mêmes.  Les  Romains  n'eurent  pas 
besoin  de  les  persécuter  ;  les  Gaulois  les  abandonnèrent.  Les  esprits 
incultes  purent  leur  rester  assez  longtemps  fidèles  ;  mais  à  la  longue 
toutes  les  classes  de  la  société,  à  mesure  qu'elles  s'éclairèrent,  se  sépa- 
rèrent d'eux,  et  quand  vint  le  christianisme,  il  n'eut  pas  même  à  les 
combattre. 

FUSTEL    DE    COULANGES. 


DEVINETTES  BRETONNES. 


I  .   —  LOKORNAN. 

Lavar  d'in-me  : 
Pera  a  ia  war  blad  ar  roue, 
Ha  ne  ve  ket  drebet  ; 
Er  mour,  ha  ne  ve  ket  beuzet  ; 
En  tan,  ha  ne  ve  ket  devet  ? 
—  Eur  skedenn  heol. 

1.  —  LOCRONAN. 

Dis-moi 
Ce  qui  va  sur  le  plat  du  roi, 
Et  n'est  pas  mangé  ; 
Dans  la  mer,  et  n'est  pas  noyé  ; 
Dans  le  feu,  et  n'est  pas  brûlé  ? 
—  Un  rayon  de  soleil. 

2.   —  LANRODEK. 

a)  *Duvun  a  dremen  mesk  ann  drens  hep  kad  droug  ebet1  ? 

—  'Hiaol. 

2.  —  LANRODEC. 

a)  "  Devine  ce  qui  passe  au  milieu  des  épines  sans  se  faire  aucun  mal  ? 

—  Le  soleil.  (Cf.  Eugène  Rolland,  Devinettes  ou  énigmes  populaires 
de  la  France,  6.) 

PERWENAN. 

b)  *Piv  a  dremen  ann  drens  hep  kad  droug  ebet? 

—  Ann  awel. 

i .  Les  devinettes  précédées  d'un  astérisque  ont  été  recueillies,  dans  les  pays  de  Tré- 
guier  et  de  Goello,  par  M.  E.  Ernault.  professeur  à  l'École  Saint-Charles,  à  Saint-Brieuc' 


Devinettes  Bretonnes.  61 

PENVENAN. 

b)  *Qui  traverse  un  lieu  rempli  d'épines  sans  en  ressentir  aucun  mal  ? 

—  Le  vent. 

3.  —  POULLAN. 

Divin,  divin  divinadenn  : 

Eur  vantel  glaz  gat  steret  argant. 

—  Ann  oabl. 

5.   —   POULLAN. 

Devine,  devine  devinette  : 

Un  manteau  bleu  avec  des  étoiles  d'argent. 

—  Le  firmament. 

4.  —  TERRUG. 
Savet  eus  ann  dour  e  ia  d'ann  dour. 

—  Ar  goummoulenn. 

4.  —  TELGRUC. 

[Une  chose  qui"  s'élève  de  l'eau  et  retourne  à  l'eau. 

—  Le  nuage. 

$.  —  DOUARNENEZ. 

a]  Tapon  war  dapon,  ha  groui  abet  morse. 

—  Ann  oabl  koummoulek. 

$.  —  DOUARNENEZ. 

a)  Rapetassage  sur  rapetassage,  et  de  couture  jamais  aucune. 

—  Le  ciel  nuageux.  (Cf.  Mélusine,  69,  70,  col.  259.  —  Cf.  E.  R.  1 1 . 

BEUZEK. 

b)  Eur  chupenn  a  vil  damm  hag  a  vil  liou  ne  z-e  na  gouremennet  na 
gruiet. 

—  Ar  c'hoabr. 

BEUZEC-CAP-S1ZUN. 

bt  Un  pourpoint  de  mille  pièces  et  de  mille  couleurs  qui  n'est  ni  ourlé 
ni  cousu. 

—  Les  nuages. 

6.  —  DOUARNENEZ. 

Her  santout  a  reer,  —  her  gwelet  ne  reer  ket. 

—  Ann  avel. 

6.   —  DOUARNENEZ. 

On  le  sent,  on  ne  le  voit  pas. 

—  Le  vent.   Cf.  L.  Léger  ;  Mélusine,  col  200.) 


62  Devinettes  Bretonnes. 

7.  —  DOUARNENEZ. 

Pera  e  ia  buhen,  buhennac'h,  ar  buhenna  ? 

—  Ann  avel,  ar  sklerijenn,  ar  sonj. 

7.  —  DOUARNENEZ. 

Qui  va  vite,  plus  vite,  le  plus  vite  ? 

—  Le  vent,  —  la  lumière,  —  la  pensée. 

8.  —  PLOARE. 

Glebi  e  ra,  maga  e  ra,  laza  e  ra,  kemar  e  ra,  renta  e  ra,  dont  e  ra, 
mont  e  ra. 

—  Ar  mour. 

8.  —  PLOARÉ. 

[Qu'est-ce  qui]  mouille,  fait  vivre,  fait  mourir,  prend,  rend,  vient  et 
s'en  va  ? 

—  La  mer. 

9.  —   PLOUEG-AR-MOR. 

*Duvunet  in  dra  hag  a  zo  ordinal  e  vont  hag  e  tont,  ha  na  bauz  jamez, 
kouskoude  n'han  eus  ket  a  dreit  ? 

—  Ar  mor. 

9.  —  PLOUEZEC. 

*Devinez  une  chose  qui  toujours  va  et  vient,  ne  se  repose  jamais,  et 
cependant  n'a  pas  de  pieds  ? 

—  La  mer.  (Cf.  L.  Léger  ;  Mélusine,  col.  200.  —  E.  R.,  24.) 

10.  —  DOUARNENEZ. 

Pera  e  ra  ichou  d'ann  hini  ez  a  war  he  c'horre  hag  e  gemer  en  eun  tu 
ar  pez  e  goll  en  eun  tu  ail  ? 

—  Ar  mour  hag  al  lestr. 

10.  —  DOUARNENEZ. 

Quelle  chose  fait  place  à  ce  qui  monte  sur  elle,  et  prend  d'un  côté  ce 
qu'elle  perd  de  l'autre  ? 

—  La  mer  et  le  navire. 

11.  —  PLONEVEZ. 

a)  Eun  dra  a  zoutenn  mil  bern  plouz  ha  ne  hell  ket  soutenn  eur  spil— 
lenn. 

—  Ar  mour. 

II.   —  PLONEVEZ-PORZAY. 

a)  [Devinez]  une  chose  qui  soutient  mille  meules  de  paille  et  ne  peut 
soutenir  une  épingle  ? 

—  La  mer.  (Cf.  E.  R.,  23. —  En  Haute-Bretagne  on  dit:  Qui  porte- 


Devinettes  Bretonnes.  63 

rait  plus  de  cent  faix  de  paille,  et  qui  ne  porterait  pas  un  fer  d'âne  ?  — 
L'eau.) 

BEUZEK. 

b)  Eun  dra  a  zoug  kant  karrad  foenn, 
Ha  na  zoug  ket  penn  eur  spillenn. 
—  Ar  mour. 

BEUZEC-CAP-SIZUN. 

b)  Une  chose  qui  porte  cent  charretées  de  foin  et  ne  porte  pas  une 
tête  d'épingle. 

—  La  mer. 

12.  —  POUHINEK. 

Gwenn  e  giz  lez,  glaz  e  giz  kôl,  don  e  giz  puns. 

—  Ar  mour. 

12.    —  PLOUHINEC. 

Blanc  comme  lait,  vert  comme  chou,  profond  comme  puits. 

—  La  mer. 

13.  —  PLOARE. 

Va  mamm  ez  eo  ar  mor,  hag  hi  pe  he  c'hoar  've  ato  va  meuntrac'h. 

—  Ann  halon. 

13.  —  PLOARÉ. 

Ma  mère  est  la  mer,  et  elle  ou  sa  sœur  est  toujours  mon  bourreau. 

—  Le  sel.  (Cf.  E.  R.,  Indov.,  XI.) 

14.  —  TERRUG. 

Chouet  hag  e  chouo, 
C'hoarzet  hag  e  c'hoarzo, 
Lenvet  hag  e  lenvo. 
—  Ann  ekleo. 

14.  —  TELGRUC. 
Criez  et  il  criera, 
Riez  et  il  rira, 
Pleurez  et  il  pleurera. 
—  L'écho. 

1 5.  —  TREVEREC. 

*Duvun  a  dreuz  ann  dour  hep  skeut  ? 

—  Ar  zonn. 

15.  —  TRÉVÉREC. 

*  Devine  ce  qui  traverse  l'eau  sans  [y  faire  d']  ombre  ? 

—  Le  son.  (Cf.  Mél.,  2,  col.  254.—  E.  R.,  ai.) 


64  Devinettes  Bretonnes. 

16.  —  HUELGOAT. 

Kamm-digamm,  da  belec'h  e  ies-te  ? 
—  Reor  douzet,  ha  fors  d'id-de  ? 

—  Ar  waz-dour  hag  ar  prad. 

l6.  —  HUELGOAT. 

Clopin-clopant,  où  vas-tu  ? 
—  Que  t'importe,  c.  tondu  ? 

—  Dialogue  du  ruisseau  et  de  la  prairie.  (Cf.  Mél.,  73,  col.  259,  et 
col.  $$6.—  E.  R.,  25.) 

17.  —  GOULIEN. 

Kamm-chilgamm,  da  belec'h  e  ies-te  ? 

—  Da  flastra  traou  da  ober  boed  d'id-de. 

—  Eul  labourer  douar  hag  eur  waz-dour. 

17.  —  GOULIEN. 

Clopin-clopant,  où  vas-tu  ? 

—  Écraser  choses  pour  te  faire  à  manger. 

—  Dialogue  entre  un  laboureur  et  un  ruisseau  (en  amont  d'un  moulin). 

18.  —  AR  FAOU. 

Eul  liser  wenn 
N'hen  deuz  na  grina  gouremenn. 
—  Ann  erc'h. 

18.  —  LE  FAOU. 

Un  drap  de  lit  blanc,  sans  couture  et  sans  ourlet. 

—  La  neige. 

19.  —  BEUZEK. 

Eun  dra  a  c'holofe  Bro-C'hall,  ha  ne  c'holo  ket  ar  feunteun. 

—  Ann  erc'h. 

19.  —   BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Une  chose  qui  couvrirait  la  France,  et  ne  couvre  pas  la  fontaine. 

—  La  neige.  (Cf.  E.  R.,  12.) 

20.  —  PLONEIS. 

a)  Divin  pera  a  ia  gwellac'h  dre  ar  c'harz  evid  dre  ann  hent  bras  ? 

—  Ann  tan. 

20.  —  PLONÉIS. 
a)  Devine  ce  qui  va  mieux  à  travers  les  broussailles  qu'en  suivant  le 
grand  chemin  ? 

—  Le  feu. 


Devinettes  Bretonnes.  6 s 

POULLAN. 

b   Pera  e  ia  gwellac'h  dre  greis  ar  c'hoat  eget  dre  he  goste  ? 

—  Ann  tan. 

POULLAN. 

b)  Qu'est-ce  qui  va  mieux  par  le  milieu  du  bois  que  par  le  côté  ? 

—  Le  feu. 

2  1.   —  LOKORNAN. 

Mont  e  ra  eun  dra  e  lae  gad  ar  mené 
Ne'n  euz  na  korf  nag  ene. 
—  Ar  mouged. 

2  1.   —  LOCRONAN. 

Une  chose  gravit  la  montagne. 
Et  n'a  ni  corps  ni  âme. 

—  La  fumée.  (Cf.  Haute-Bret.  :  Qui  n'a  ni  pied  ni  jambe,  mais  qui 
monte  bien  dans  sa  chambre  ?  —  La  fumée. 

22.  —  BRASPARS. 

Pini  a  ve  ar  penn  araoge  vont  d'ar  voar,  hag  a  ve  ar  penn  warlerc'h 
e  tont  d'ar  ger  ? 

—  Ann  hent. 

22.  —   BRASPARTZ. 

Qui  va  la  tête  en  avant  pour  se  rendre  à  la  foire,  et  la  tête  en  arrière 
pour  revenir  à  la  maison  ? 

—  Le  chemin.  (Cf.  E.  R.,  14.) 

23.  —  PERWENAN. 

*Hir,  hir,  evel  landonn;  plad,  plad,  'vel  golvaz. 

—  Ar  wenojenn. 

23.  —  PENVENAN. 

*  Long,  long  comme  une  courroie  ;  plat,  plat  comme  un  battoir. 

—  Le  sentier. 

24.  —  LOKORNAN. 

Harz  !  Dira-z-onn-me  a  bleg  ann  holl.  N'em  euz  bro  ebet,  hag  a  beb 
lec'h  ez  onn.  Harz  ! 

—  Ann  Ankou. 

24.  —  LOCRONAN. 

Gare  !  Devant  moi  tout  plie.  Je  ne  suis  d'aucun  pays,  et  je  suis  de 
tout  lieu.  Gare  ! 

—  La  Mort. 

Rev.  Celt.  IV  5 


66  Devinettes  Bretonnes. 

2$.  —  PERWENAN. 

*Eur  plac'h  'kerzet  'tre  daou  douar. 

—  Eur  plac'h  a  doug  eur  poudad  laez  war  hi  venn. 

25.  —  PENVENAN. 

*Une  fille  marchant  entre  deux  terres. 

—  Une  fille  qui  porte  un  pot  de  lait  sur  la  tête.  'Parce  que  son  pot 
est  en  terre.  1 

26.  —  GOAÏENN. 
Blevennik  deuz  blevennik 
Eur  martinik  '  en  he  doullik. 

—  Al lagad. 

26.  —  AUDIERNE. 

Poil  contre  poil, 
Un  martinet  dans  son  petit  trou. 

—  L'œil. 

27.  —  HUELGOAT. 

Eun  hibil  kik  'n  eun  toull  kik 
Ha  pa  'teu  kuit  e  ra  «  flip  !  » 

—  Eul  leue  e  tena  d'he  vamm. 

27.  — ■  HUELGOAT. 

Une  cheville  de  chair  dans  un  trou  de  chair, 

Quand  elle  en  sort,  elle  fait  «  flip  !  ». 

—  Un  veau  qui  tette  sa  mère.  (Cf.  E.  R..  290.! 

28.  —  PLOUH1NEK. 
Me'm  euz  pidir  bik  en  er 
Ha  pidir  en  traon  a  gass  profit  d'ar  ger. 
—  Ar  veuc'h. 

28.  —  PLOUHINEC. 
J'ai  quatre  pointes  en  l'air 
Et  quatre  en  bas  qui  envoient  profit  à  la  maison. 

—  La  vache  (ses  cornes,  ses  oreilles  et  ses  trayons).  (Cf.  Mél.,   88, 
col.  260.  —  E.  R.  44,  400.) 

29.  —  BRASPARS. 

a)  Pedir  dimezel  0  c'hont  gad  ann  hent, 
Goude  ma  rafe  glo  kement  ha  mein, 

1.  J'ignore  le  sens  du  mot  martinik  que  je  traduis  par  martinet. 


Devinettes  Bretonnes.  67 

Ne  rafe  bered  war  ho  c'hein. 
—  Pedir  bronn  ar  veuc'h. 

29.  —  BRASPARTZ. 

a)  Quatre  demoiselles  s'avancent  sur  le  chemin, 

Et  quand  il  ferait  de  la  pluie  grosse  comme  des  pierres, 

Sur  leur  dos  goutte  ne  tomberait. 

—  Les  quatre  pis  de  la  vache.  Cf.  une  devinette  française  de  Trémé- 
loir  :  Quatre  petites  demoiselles  dans  le  milieu  d'une  cour,  quand  il 
tombe  de  la  pluie,  jamais  i'  n'  se  mouillent.  —  Les  quatre  triyons  crayons 
d'une  chèvre.; 

LANRODEK. 

b>  "Duvun  peder  dimezel 

E  font  war-drao  gan  ar  ru, 

Hag  ober  glà  ken  a  zû, 

Ha  ne  goue  takenn  ebet  war-n-he  ? 

—  Bronnao  ar  vioc'h. 

LANRODEC. 

b)  *Devine  quatre  demoiselles 

Qui  descendent  la  rue  ; 

Il  fait  de  la  pluie  à  verse, 

Et  il  ne  tombe  pas  une  goutte  sur  elles  ? 

—  Les  pis  d'une  vache.  (Cf.  E.  R.,  45.) 

30.  —  BEUZEK. 
Saladenn.  dizaladenn, 
Heb  na  kik  na  kroc'henn, 
Ha  gouskoude  mamm  saladenn 
E  deuz  kik  ha  kroc'henn. 

—  Ann  amann  hag  ar  veoc'h. 

30.   —  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Salé,  non  salé, 

Qui  n'a  ni  chair  ni  peau, 

Et  pourtant  la  mère  du  salé 

A  chair  et  peau. 

—  Le  beurre  et  la  vache. 

}!.  —  BRASPARS. 

a)  Divin  d'id  divinadenn  : 
Petra  a  dreuzo  ar  ster  hep  bea  glebet  ? 

—  Al  leue  e  kof  he  vamm. 


68  Devinettes  Bretonnes. 

JI.  —  BRASPARTZ. 

a)  Devine  pour  toi  devinette  : 

Qu'est-ce  qui  traversera  la  rivière  sans  être  mouillé  ? 

—  Le  veau  dans  le  ventre  de  sa  mère.  (Cf.  E.  R.,  46.) 

HUELGOAT. 

b)  Petra  e  ia  d'ar  marc'hat  hep  touch  he  dreit  en  douar  ? 

—  Al  leue,  etc.. 

HUELGOAT. 

b)  Qu'est-ce  qui  va  au  marché  sans  que  ses  pieds  touchent  terre  ? 

—  Le  veau,  etc. 

DOUARNENEZ. 

Divin  pini  a  ia  d'ar  c'hoad 
Hep  touch  ann  deillenn  deuz  he  droad. 
—  Al  leue,  etc.. 

DOUARNENEZ. 

c)  Devine  ce  qui  va  au  bois 
Sans  toucher  feuille  du  pied  ? 

—  Le  veau,  etc. 

32.  —  DOUARNENEZ. 

Pidir  flikez-flakez 
'Hag  eun  takon  besk. 

—  Al  lapin. 

32.  —  DOUARNENEZ. 

Quatre  flic-flac 

Et  un  petit  lambeau  de  queue. 

—  Le  lapin. 

33.  —  PLOARE. 
a)  Daou  0  toulla, 
Daou  0  talc'hen  da  doulla, 
Daou  0  sellet  toulla, 
Unan  0  fess'  toulla, 
Daou  0  chilou  toulla. 
—  Eur  c'hi. 

33.  —  PLOARÉ. 

Deux  qui  creusent, 

Deux  qui  continuent  à  creuser, 

Deux  qui  regardent  creuser, 


Devinettes  Bretonnes.  69 

Un  qui  sent  creuser, 
Deux  qui  écoutent  creuser. 

—  Un  chien.  (Ses  pattes  de  devant,  ses  pattes  de  derrière,  ses  yeux, 
son  nez  et  ses  oreilles.) 

PLANNIEL. 

b)  *Unan  'teurgnal 

Ha  daoy  sellet  teurgnal. 

Ha  daou  0  chilao  teurgnal, 

Ha  daou  0  skrabat, 

Hag  unan  0  skei  war  ann  toull. 

—  Eur  c'hochon. 

PLEUDANIEL. 

b)  *Un  à  fouiller 

Et  deux  à  regarder  fouiller. 

Et  deux  à  entendre  fouiller, 

Et  deux  à  gratter, 

Et  un  à  frapper  sur  le  trou. 

—  Un  pourceau.    (Son  groin,  ses  yeux,  ses  oreilles,  ses  pieds  de 
devant  et  sa  queue.) 

34.  —  BEUZEK. 

Daou  zo  0  vont  gad  ann  hent  ; 
Unan  a  lavar  gwir,  eun  ail  a  lavar  gaou, 
Hag  ar  memeuz  tra  a  lavaront  ho  daou. 
—  Eur  vez  hag  eun  hoe'h. 

34.  —  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Deux  se  promènent  ; 

L'un  dit  vrai,  l'autre  dit  faux, 

Et  tous  les  deux  disent  la  même  chose. 

—  Une  truie  et  un  verrat.  (Parce  que  tous  les  deux  grognent  «  hoc' h, 
hoe'h  »,  ce  qui,  en  breton,  signifie  verrat.) 

35.  —  POULDERGAT. 

Da  chasseal  ez  eo  et  :  ar  pez  e  bako,  war  he  lerc'h  a  jomo  ;  ar  pez 
ne  bako  ket,  d'he  di  e  gasso. 

—  Ann  dilaouad. 

35.  —  POULDERGAT. 

Il  est  allé  à  la  chasse  :  ce  qu'il  attrapera,  il  le  laissera  ;  ce  qu'il  n'at- 
trapera pas,  il  le  rapportera  à  la  maison. 

—  La  chasse  aux  poux.  (Cf.  E.  R.,  80.  —  Luzel,  Mél.,  col.  465.) 


70  Devinettes  Bretonnes. 

36.  —  BEUZEK. 
Va  zad  hen  deuz  lazetar  pez  ne  wele  ket. 
Ha  drebet  ar  pez  ne  oa  ket  ganet, 
Ha  poazet  gant  geriou. 

—  Eur  vamm  lapin,  re  vihan  gant-hi,  hag  a  oa  poazet  gant  kaierou 
koz  leun  a  c'heriou. 

36.  —  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Mon  père  a  tué  ce  qu'il  ne  voyait  pas. 
Et  mangé  ce  qui  n'était  pas  né, 
Après  l'avoir  fait  cuire  avec  des  mots. 

—  Une  lapine  pleine  que  l'on  a  fait  cuire  au  moyen  de  vieux  cahiers 
couverts  de  mots. 

37.  —  DOUARNENEZ. 

Ann  hini  uhella  zo  beo  ;  ann  hini  izella  zo  beo  ;  ann  hini  zo  être  ho 
daou  zo  maro,  lenva  'ra  hag  e  ra  bleud. 

—  Ann  heskenourienn,  ann  heskenn  hag  ar  brenn-heskenn. 

37.  —  DOUARNENEZ. 

Le  plus  haut  est  vivant  ;  le  plus  bas  est  vivant  ;  ce  qui  est  entre  eux 
est  mort,  pleure  et  fait  de  la  farine. 

—  Les  scieurs  de  long,  la  scie  et  le  bran  de  scie. 

38.  —  PLOARE. 
Pevar  emaint  0  redek  ann  eil  warlerc'h  egile  :  ann  eil  a  zreb  ar  c'henta. 
ann  dride  a  zreb  ann  eil,  hag  ar  pevare  a  zreb  anezho  holl. 

—  Eur  gad,  eul  louarn,  eur  c'hi  hag  eur  blei. 

38.  —  PLOARÉ. 

Quatre  sont  à  courir  les  uns  après  les  autres  :  le  second  dévore  le 
premier,  le  troisième  dévore  le  second,  et  le  quatrième  les  dévore  tous. 

—  Un  lièvre,  un  renard,  un  chien  et  un  loup. 

39.  —  PRIMELIN. 

Prestet  d'in-me  ho  tra  douzet 

Da  lakat  va  zra  blenvek  ; 

Me  roio  d'hoc'h  tri  devez  reorek. 

—  Eur  foennek,  eur  marc'h  ha  tri  vi. 

39.  —  PRIMELIN. 

Prêtez-moi  votre  tondu 
Pour  y  mettre  mon  poilu  ; 
Je  vous  baillerai  trois  journées  de  c... 

—  Un  pré,  un  cheval  et  trois  œufs.  (Cf.  E.  R.,  37.) 


Devinettes  Bretonnes.  ji 

40.  —  POULLAN. 
à\  Ann  tad  a  zo  rouzard, 
Touzard  ha  melinouzard  ; 
Ar  vamm  a  zo  rouzerez, 
Touzerez  ha  melinourez  ; 
Ar  vugale  a  zo  rouzerienn, 
Touzerienn  ha  melinerienn. 

—  Ar  raeden,  ar  vamm  hag  ar  re  vihan. 

40.  —  POULLAN. 

a)  Le  père  est  roussâtre. 

Tondu,  meunier  ; 

La  mère  est  roussâtre. 

Tondue,  meunière  ; 

Les  enfants  sont  roussâtres, 

Tondus,  meuniers. 

—  Le  rat,  sa  femelle  et  ses  petits  qui  ont  le  poil  roux  et  ras,  et  rédui- 
sent le  bois  menu  comme  farine  avec  leurs  dents). 

PERWENAN. 

b)  *Eur  vroegik  vihan  rouz  mouzerez, 
He  bugale  rouz  mouzerienn, 
Hag  holl  int  milinerien. 
—  Eul  logodenn. 

PENVENAN. 

b)  *Une  petite  femme  rousse,  cachottière, 
Et  ses  enfants  roux,  cachottiers, 
C'est  une  famille  de  meuniers. 
—  Une  souris. 

41.  —  BRASPARS. 

Pe  sort  loen  a  zebr  ha  ne  gac'h  ket  ? 

—  Ann  teurek. 

41.  —  BRASPARTZ. 

Quelle  espèce  de  bête  mange  et  ne  ch..  pas  ? 

—  La  tique. 

42. —  HUELGOAT. 

Petra  han  euz  ankounaet  ann  aotrou  Doue  d'ober,  pa  oa  oc'h  ober 
tro  ar  bed  t 

—  Eun  toul  reor  d'ann  teurek. 


72  Devinettes  Bretonnes. 

42.  —  HUELGOAT. 

Qu'est-ce  que  le  seigneur  Dieu  a  oublié  de  faire  quand  il  voyageait 
sur  la  terre  ? 

—  Un  pertuis  au  c.  de  la  tique. 

43.   —  DOUARNENEZ. 

Bevi  e  ra  e  lec'h  ma  varvfe  ar  ier  ;  n'hen  euz  na  pao  nag  askell  hag 
ez  a  buhen. 

—  Ar  pesk. 

43.  —  DOUARNENEZ. 

[Qu'est-ce  qui]  vit  où  mourraient  les  poules,  n'a  ni  pattes  ni  ailes  et 
va  vite  ? 

—  Le  poisson. 

44.  —  HUELGOAT. 

a)  M'em  euz  eur  ganpik  (yar.  arbelik)  venn 
N'e  deuz  na  dor  na  prenn. 
—  Eur  vi. 

44.  —  HUELGOAT. 

a)  J'ai  une  chambrette  [var.  une  petite  armoire)  blanche 
Qui  n'a  ni  porte  ni  barre  (pour  la  fermer). 

—  Un  œuf.  (Cf.  E.  R.,  64.  —  Haute-Bretagne  :  Qui  n'a  ni  porte  ni 
fenêtre,  et  qui  est  plein  jusqu'au  faîte  ?) 

TREVEREK. 

b)  *  Duvun  eur  voestik  vihan  venn 
N'e  deuz  na  toull  na  prenn. 

—  Eun  û. 

TRÉVÉREC. 

b)  *  Devine  un  petit  coffret  blanc 
Qui  n'a  ni  trou  ni  serrure. 

—  Un  œuf. 

45.  —  TREMEVEN. 

*  M'em  euz  eur  ganbik  vihan  venn 
Hag  a  zo  alc'houeed  en  daou  benn. 

—  Eur  vi. 

4$.  —  TRÉMÉVEN. 

*J'ai  une  petite  chambrette  blanche 
Qui  est  fermée  à  clef  des  deux  bouts. 

—  Un  œuf. 


Devinettes  Bretonnes.  7$ 

46.  —  POULLAN. 

a)  A-dreist  va  zi  unan  e  dolon, 
Da  glask  pa  iaon,  tri  e  gaon. 
—  Eur  vi. 

46.  —    POULLAN. 
a)  Par-dessus  ma  maison  je  jette  un  ; 
Quand  je  vais  chercher,  je  trouve  trois. 

—  Un  œuf.  (Cf.  E.  R.,  63.) 

TREVEREK. 

b)  *Duvun  a  doler  a-dreist  ann  ti 
Ha  pe  glasker,  'gaertri. 

—  Eun  û,  pen  é  gwir  eman  ar  bluskenn,  ar  gwenn  hag  ar  melen-û. 

TRÉVÉREC. 

b)  *Devine  ce  qu'on  jette  par-dessus  la  maison,  et  quand  on  cherche, 
on  en  trouve  trois  ? 

—  Un  œuf,  puisqu'il  y  a  la  coque,  le  blanc  et  le  jaune. 

47.  —  PLOARE. 
Divin  pera  ez  a  buhen  heb  mannea  he  ziviskarr  war  eun  hent  n'e  ket 
meinet  ? 

—  Al  labous. 

47.  —  PLOARÉ. 

Devine  ce  qui  va  vite,  sans  remuer  les  jambes,  sur  un  chemin  où  l'on 
n'a  pas  mis  de  pierres  ? 

—  L'oiseau. 

48.  —  DOUARNENEZ. 

a)  Eun  ti  uhel,  uhel  saet. 
A  zo  priatet  mes  n'e  ket  raet. 
—  Eun  neiz  pik. 

48.  —  DOUARNENEZ. 

a)  Une  maison  haute,  haut  perchée  ; 

On  y  a  mis  du  mortier,  mais  pas  de  chaux. 

—  Un  nid  de  pie. 

BEUZEK. 

b)  Eur  maner  uhel  n'euz  bet  kristen  ganet  ebet  0  sevel  anezha. 

—  Eun  neiz  pik. 

BEUZEC-CAP-SIZUN. 

V)  Un  manoir  élevé  qu'aucun  chrétien  né  n'a  bâti. 

—  Un  nid  de  pie. 


74  Devinettes  Bretonnes. 

49.   —  HUELGOAT. 

Daou  gostez  koat  hag  ho  c'hreiz  kig. 

—  Eur  marc'h  e  limon. 

49.   —  HUELGOAT. 

Les  deux  côtés  de  bois  et  le  milieu  de  chair. 

—  Un  cheval  au  brancard  d'une  voiture. 

50.  —  PLONEVE. 
Koad  ar  c'hreiz  ha  kig  ann  daou  du. 

—  Ann  ejennet  ouz  ar  c'harr. 

50.   —  PLONEVEZ-PORZAY. 

Bois  le  milieu  et  chair  les  deux  côtés. 

—  Les  bœufs  à  la  charrette. 

51.  —  POULLAN. 

Blenchou  bevin,  griou  houarn,  eur  c'horf  koat  hag  eul  lost  kristen. 

—  Ar  c'holeou  deuz  ann  alar  hag  al  labourer  douar. 

51.  —  POULLAN. 

Extrémités  de  viande  de  bœuf,  coutures  de  fer,  un  corps  de  bois  et  une 
queue  chrétienne. 

—  Les  bœufs  à  la  charrue  et  le  laboureur  (qui  conduit  l'attelage  .    Cf. 
Mél.,  97,  col.  261.) 

52.  —  AR    FAOU. 

Me  am  beuz  eur  wezenn  e-dreon  va  zi. 
Ez  eo  gwelloc'h  he  c'hroc'henn  evit-hi. 
—  Ar  c'hanab. 

52.  —  LE  FAOU. 

J'ai  un  arbre  derrière  ma  maison  ; 

Mieux  vaut  son  écorce  que  lui. 

—  Le  chanvre.  *  Cf.  E.  R.,  92.  —  Barzaz  Breiz,  Troad  ann  eginane.) 

53.  —  GUITALMEZE. 

Glas  en  douar,  glandour  en  dour. 
Kaer  dirag  pep  aotrou, 
Kenderv-gompez  d'ann  Ankou. 
—  Ar  c'hanab. 

53.  —  PLOUDALMEZEAU. 

Vert  sur  terre,  mousse  dans  l'eau. 
Beau  devant  tout  monsieur, 
Cousin-germain  de  la  Mort. 
—  Le  chanvre. 


Devinettes  Bretonnes.  75 

54.  —  TREGARANTEK. 

Petra  a  ia  d'ar  marc'had  hag  a  lez  he  eskern  er  ger  ? 

—  Ar  c'hanab  pe  al  lin,  pa  vez  kribet. 

54.  —  TRÉGARANTEC. 

Qu'est-ce  qui  va  au  marché  et  laisse  ses  os  à  la  maison  ? 

—  Le  chanvre  ou  le  lin  quand  il  est  teille. 

55.  —  BEUZEK. 
Ru  pa  ia,  glas  pa  deu, 

Mad  he  gorf,  gwelloc'h  he  groc'henn, 
Mad  he  benn  ha  gwelloc'h  he  empenn. 

—  Al  lin. 

5$.  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Rouge  quand  il  entre,  vert  quand  il  sort, 

Le  corps  bon.  la  peau  meilleure, 

La  tête  bonne,  et  meilleur  ce  qu'il  y  a  dedans. 

—  Le  lin. 

56.  —  BEUZEK. 

a)  Eur  bragou  glaz.  eur  chupenn  wenn. 
Hag  eur  glipenn  wenn  war  he  benn. 

—  Ar  bourenn. 

56.  —  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

a   Des  braies  vertes,  un  pourpoint  blanc. 
Et  une  houppe  blanche  sur  la  tête. 

—  Le  poireau.  (Cf.  E.  R.,  115.) 

DOUARNENEZ. 

b)  Eur  chupenn  gwer  plancheet ! 
Hag  eur  bonnet  truillennek. 
—  Ar  bourenn. 

DOUARNENEZ. 

b)  Un  pourpoint  vert 
Et  un  bonnet  en  loques. 

—  Le  poireau. 

57.  —  PLOARE. 
a)  Pemp  breurik 

En  eur  rochedik. 

—  Ar  vesperenn. 

1.  Je  ne  traduis  pas  le  mot  plancheet.  mot  altéré  sans  aucun  doute,  et  dont  je  ne  pui? 
etrouver  la  filiation. 


76  Devinettes  Bretonnes. 

57.  —   PLOARÉ. 
a)  Cinq  petits  frères 
Dans  une  petite  chemise. 
—  La  nèfle. 

BEUZEK. 

b)  Pemp  kornik  ha  pemp  kalonik, 
Hag  eun  ail  war  he  vidonik. 

—  Eur  vesperenn. 

BEUZEC-CAP-SIZUN. 

b)  Cinq  petites  cornes  et  cinq  petits  cœurs, 
Et  un  autre  sur  son  petit  bedon. 
—  Une  nèfle.  (Cf.  E.  R.,  404.) 

58.  —  TREVEREK. 

*  Duvun  duvunétes  : 

Diwar  goad,  na  koad  na  n-e  ; 

Rond  'vel  boul,  na  boulna  n-e. 

—  Un  aval. 

58.  —  TRÉVÉREC. 

*Devine  devinaille  : 

[Qui  vient]  du  bois  et  n'est  pas  du  bois, 

[Qui  est]  rond  comme  une  boule,  et  n'est  pas  une  boule  ? 

—  Une  pomme. 

$9.  —  POULLAN. 

Pera  a  ia  d'ar  marc'hed  he  bao  en  he  ziadreon  ? 

—  Ann  aval. 

59.  —  POULLAN. 

Qui  est-ce  qui  va  au  marché,  la  patte  dans  le  derrière  ? 

—  La  pomme. 

60.  —  LANDÉDA. 

Divin  petra  a  ia  d'ar  marc'had 
War  eun  troad  ? 
—  Ann  aval. 

60.   —  LANDÉDA. 

Devine  ce  qui  va  au  marché  sur  un  pied  ? 

—  La  pomme. 

6l  .   —  POULLAN. 

Ann  tad  uhel,  ar  vamm  ingrat  hag  ar  bugale  rous. 

—  Ar  wenn  gisten,  ar  gloerenn  hag  ar  c'histin. 


Devinettes  Bretonnes.  77 

61.  —  POULLAN. 

Le  père  est  haut,  la  mère  est  revêche  et  les  enfants  sont  roux. 

—  Le  châtaignier,  la  coque  et  les  châtaignes.  (Cf.  Mél.,  18,  col.  2$$. 
—  E.  R.,  112.) 

62.  —  BRASPARS. 

M'em  euz  gwel't  anehon  beo, 

Ha  gwel't  anehon  maro, 

Ha  gwel't  anehon  0  redek  goude  ma  oa  maro. 

—  Eur  bod  radenn. 

62.    —  BRASPARTZ. 

Je  l'ai  vu  vivant, 

Je  l'ai  vu  mort, 

Et  je  l'ai  vu  courir  après  sa  mort. 

—  Un  pied  de  fougère.   Cf.  Mél.,  76,  col.  260.  —  E.  R.,88.  —  Fanch- 
Zos,  ...  ha  Michel  Pipi  (Montroulez,   1857',  P-  22-) 

63.  —  DOUARNENEZ. 

Pa  'n  em  zastum  ar  re  ail  en  ho  zillet  evit  tremen  ar  goan,  me  a  dol 
ra  re  holl.  Lavarit  d'in  piou  ez  onn  ? 

—  Ar  wenn. 

63.  —  DOUARNENEZ. 

Quand  les  autres  se  ramassent  dans  leurs  vêtements  pour  passer  l'hiver, 
noi,  je  jette  tous  les  miens.  Dites-moi  qui  je  suis  ? 

—  L'arbre. 

64.  —  PLOMODIERN. 

Gwenn  ha  sec'h  da  genta,  griz  ha  gwag  goude-ze,  e  teu  du,  gwenn 
ia  kalet  d'ar  fin. 

—  Ar  bleud,  ann  toaz,  ar  bara. 

64.  —  PLOMODIERN. 

Blanc  et  sec  d'abord,  gris  et  mou  ensuite,  il  devient  noir,  blanc  et  dur 
la  fin. 

—  La  farine,  la  pâte,  le  pain.  (Cf.  E.  R.,  229.) 

65.  —  PERWENAN. 
Divin  hir  gant  ann  oc'h. 
Rond  gand  hi  wrek, 

Ha  chouk  bop  toi  ? 
—  Kouchan  forniat. 

65.   —  PENVENAN. 

Devine  ce  que  le  mari  a  long, 


78  Devinettes  Bretonnes. 

Sa  femme  rond, 
Et  qui  se  donnent  à  chaque  coup  l'accolade  ? 
—  Mettre  du  pain  à  cuire  dans  le  four. 

66.  —  BRASPARS. 

a)  Uhel  krouget 

A  lak  ann  dud  da  redek. 

—  Ar  c'hloc'h. 

66.  —  BRASPARTZ. 

a)  Haut  pendu 
Fait  courir  les  gens. 

—  La  cloche.  (Cf.  E.  R.,  274.) 

PLONEVE. 

b)  Uhel  pignet 
Pa  vez  hejet, 

E  lak  ann  holl  da  redek. 

—  Ar  c'hloc'h. 

PLONEVEZ-PORZAY. 

b)  Haut  monté, 
Quand  il  est  secoué, 
Fait  toutes  gens  trotter. 

—  La  cloche. 

PERWENAN. 

c)  *  Uhel  montet, 
Fall  wisket, 

'Lak  ar  goz  grac'hed  da  redek. 

—  Ar  c'hloc'h. 

PENVENAN. 

c)  "Haut  monté, 
Court  habillé, 

Qui  fait  les  petites  bonnes  femmes  trotter. 
—  La  cloche.  (Se  dit  ainsi  à  Saint-Brieuc.) 

67.  —  BRASPARS. 

a)  Furik,  furik  dre  ann  ti 
N'hen  deuz  na  daoulaget  na  fri. 
—  Ar  valaenn. 

67.  —   BRASPARTZ. 

a)  Furet  furetant  dans  la  maison, 


Devinettes  Bretonnes.  -j^ 

Sans  yeux  et  sans  nez. 

—  Le  balai.  (Cf.  Barzaz  Breiz,  Troad  ann  eginane.) 

GOAÏENN. 

b)  Pera  e  ra  tro  ann  ti, 
Heb  lagat  na  fri  ? 

—  Ar  valaenn. 

AUDIERNE. 

b)  Qu'est-ce  qui  fait  le  tour  de  la  maison 
Sans  œil  et  sans  nez  ? 

—  Le  balai.  (Cf.  E.  R.,  177.) 

68.   —  GOAÏENN. 

a)  Diouskouarn  heb  a  benn, 
Kouv  heb  a  vouellou, 
Piviar  heb'  ivinou. 

—  Ar  poud  houarn. 

68.  —  AUDIERNE. 

•a)  Oreilles  sans  tête, 
Ventre  sans  boyaux, 
Pieds  sans  ongles. 

—  La  marmite. 

PERWENAN. 

b)  *Korv  hep  boello, 
Treid  heb  evino, 
Diouskouarn  hep  penn. 

—  Eur  pout  houarn. 

PENVENAN. 

b)  *  Corps  sans  boyaux, 
Pieds  sans  ongles, 
Oreilles  sans  tête. 

—  Une  marmite. 

69.  —   PERWENAN. 

*Seiz  troad,  peder  skouarn  hag  eul  lost. 

—  Eur  c'hochon  bihan  fpe  eul  loen  ail  bennaketi   0  tibin  bouet  e- 
barz  eur  pout  houarn. 

69.  —  PENVENAN. 

*  Sept  pieds,  quatre  oreilles  et  une  queue. 

—  Un  petit  cochon  (ou  quelque  autre  animal  mangeant  dans  une 
marmite.  (Cf.  Mél.,  92,  col.  261.  —  E.  R.,  42.) 


80  Devinettes  Bretonnes. 

70.  —  PLOZEVET. 
Duik  war  ruik  a  lak  ar  gwennik  da  lammet. 

—  Ar  goter,  ann  tan  hag  al  lez. 

70.  —  PLOZEVET. 
Noiraud  sur  rougeaud  fait  sauter  blanchet. 

—  Un  chaudron  dans  lequel  on  fait  bouillir  du  lait. 

71.  —    PLOUEG-AR-MOR. 

*Duvunet  in  dra  hag  han  euz  korf  heb  treid,  gouk  hep  penn  ? 

—  Eur  voutaill. 

71 .  —  PLOUÉZEC. 

*  Devinez  une  chose  qui  a  un  corps  sans  pieds,  un  cou  sans  tête  ? 

—  Une  bouteille.  (Cf.  Mél.,  47,  col.  258.) 

72.  —  PLOUEG-AR-MOR. 

'Duvunet  in  draïk  vihan  hag  han  eus  korf  heb  treid  na  hep  penn,  ha 
deouarn  heb  divrec'h  ? 

—  Eur  poud  dour. 

72.  —  PLOUÉZEC. 

*  Devinez  une  petite  chose  qui  a  un  corps  sans  pieds  et  sans  tête,  et 
des  mains  sans  bras  ? 

—  Un  pot  à  eau   parce  que  son  anse  s'appelle  dorn,  main). 

73.  —  BRASPARS. 

Du  'vel  ann  diaoul, 

Rond  'vel  bragou  va  iontr, 

Plad  'vel  bragou  va  zad. 

—  Ar  bilik. 

73.  —  BRASPARTZ. 

Noir  comme  le  diable, 

Rond  comme  la  culotte  de  tonton, 

Plat  comme  la  culotte  de  papa. 

—  La  galetière. 

74.  —  GOAÏENN. 

a  Tri  doull,  eur  beg  hir,  eur  skouarn  1er. 

—  Eur  vegin. 

74.  —  AUDIERNE. 

a)  Trois  trous,  un  long  bec  et  une  oreille  de  cuir. 

—  Un  soufflet. 


Devinettes  Bretonnes.  81 

BRASPARS. 

b)  Petra  han  euz  daou  gein  ha  n'hen  deuz  nemet  eur  c'hov  ? 

—  Eur  soufflet. 

BRASPARTZ. 

b)  Qu'est-ce  qui  a  deux  dos  et  n'a  qu'un  ventre  ? 

—  Un  soufflet.  (Cf.  E.  R.,  157.) 

75.  —  BRASPARS. 

Petra  a  zeskeuz  he  zent  da  gement  den  a  teu  en  ti  ? 

—  Ann  drezenn. 

75.  —  BRASPARTZ. 

Qu'est-ce  qui  montre  les  dents  à  quiconque  entre  à  la  maison  ? 

—  La  crémaillère.  (Cf.  E.  R.,  1 50.) 

76.  —  AR  FAOU. 

a)  Unan  a  ia  d'he  labour  en  eur  c'hoarzin  hag  a  zeu  d'ar  ger  en  eul 
en  va. 

—  Ar  saill. 

76.  —  LE  FAOU. 

a)  Qui  se  rend  au  travail  en  riant  et  revient  à  la  maison  en  pleurant  ? 

—  Le  seau. 

PLOARE. 

b)  Pera  ez  a  e  lae  en  eur  vouela  hag  a  ziskenn  en  eur  c'hoarzin  ? 

—  Ar  saill. 

PLOARÉ. 

b)  Qu'est-ce  qui  monte  en  pleurant  et  descend  en  riant  ? 

—  Le  seau. 

77.  —  BRASPARS. 

a)  Petra  a  ia  war  he  giz  d'al  labour  ? 

—  Eur  saill. 

77.  —  BRASPARTZ. 

a)  Qui  va  à  reculons  à  son  travail  ? 

—  Un  seau. 

PERWENAN. 

b)  *  Divin  a  zous  da  gemer  hi  garg  ? 

—  Eur  c'helorn. 

PENVENAN. 

b)  *  Devine  ce  qui  va  à  reculons  prendre  sa  charge  ? 

—  Un  seau. 

Rev.  Celt.  IV  A 


82  Devinettes  Bretonnes. 

78.  —  TREGARANTEK. 

Petra  a  ia  war  he  benn  d'he  labour  ? 

—  Eun  tach. 

78.  —  TRÉGARANTEC. 

Qui  va  sur  la  tête  au  travail  ? 

—  Un  clou.  (Cf.  E.  R.,  139.) 

79.  —  BEUZEK. 

Pini  a  bur  er  prad,  a  zideon  er  c'hoad, 

Hag  a  ia  d'ar  ger  da  zispartia  ann  drouk  deuz  ar  vad. 

—  Eun  tamoez. 

79.  —  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Qu'est-ce  qui  pait  dans  le  pré,  lève  dans  le  bois, 
Et  va  à  la  maison  séparer  le  mauvais  du  bon  ? 
—  Un  tamis. 

80.   —  DOUARNENEZ. 

Divin  divinadenn  : 

Eur  prison  a  vil  grambrik. 

—  Eur  roed. 

80.  —  DOUARNENEZ. 

Devine  devinette  : 

Une  prison  aux  mille  chambrettes. 

—  Un  filet. 

8l  .   —  HUELGOAT. 

a)  Petra  e  ia  d'ar  marc'hat  en  eul  lenva  ? 

—  Ann  amann. 

81.  —  HUELGOAT. 

a)  Qui  va  au  marché  en  pleurant  ? 

—  Le  beurre. 

TREGARANTEK. 

b)  Divin  d'in-me  petra  a  ia  d'ar  marc'had 
Ann  dour  en  he  zaoulagad  ? 

—  Ann  amann. 

TRÉGARANTEC. 

b)  Devine  ce  qui  se  rend  au  marché, 
De  l'eau  dans  les  yeux  ? 

—  Le  beurre.  (Cf.  Barzaz  Breiz,  Troad  ann  eginane.) 

82.  —  PLOUHINEK. 
M'em  euz  eur  chibi  dreut 


Devinettes  Bretonnes.  83 

Gret  he  galon  gad  ann  neut. 
—  Eur  c'houlaouenn  roussik. 

82.  —  PLOUHINEC. 

Je  possède  un  maigrelet, 

De  fil  son  cœur  est  fait. 

—  Une  chandelle  de  résine. 

83.  —  KEMPER-GOEZENNEK. 

'Petra  ann  ti  a  ve  komanset  dre  lein  da  gentan  ? 

—  Eur  ruskenn-wenann. 

83.  —  QUIMPER-GUÉZENNEC. 

*  Qu'est-ce  que  la  maison  que  l'on  commence  par  le  faîte  ? 

—  Une  ruche. 

84.  —  DOUARNENEZ. 

Va  mouez  skiltr  a  spount  anezhan,  petra-bennag  onn  deud  euz  kro- 
:'henn  he  vreur  maro.  Va  c'har  zo  breac'h  unan  maro,  ha  gant  unan 
3eo  ez  onn  gourc'hemennet. 

—  Eur  skourjez. 

84.  —  DOUARNENEZ. 

Ma  voix  éclatante  l'effraie,  quoique  je  sois  sorti  de  la  peau  de  son 
xère  mort.  Ma  jambe  est  le  bras  d'un  mort,  et  c'est  par  un  vivant  que 
e  suis  commandé. 

—  Un  fouet. 

85.  —  POULLAN. 

a)  Strinkerezik  en  dour,  pignerez  er  gwe, 
Rouanez  en  nous  hag  intanvez  en  de. 
—  Al  liser. 

8$.  —  POULLAN. 

a)  Qui  fait  jaillir  l'eau,  monte  aux  arbres, 

Est  reine  la  nuit  et  veuve  le  jour  ? 

—  Le  drap  de  lit.  (Cf.  E.  R.,  172.) 

DOUARNENEZ. 

b)  Rouanez  en  nous,  intanvez  en  de, 
Fouetterez  en  dour,  strillerez  er  gwe. 
—  Al  liser. 

DOUARNENEZ. 

b)  Reine  la  nuit,  veuve  le  jour, 
Qui  bat  l'eau  et  dégoutte  le  long  des  arbres  ? 
—  Le  drap  de  lit. 


84  Devinettes  Bretonnes. 

86.   —  LANRODEK. 

a)  *  Duvun  a  doler  dreist  ann  ti, 
Hag  e  ver  krog  'barz  c'hoaz. 
—  Eur  bêlenn  neud. 

86.  —  LANRODEC. 

a)  "Devine  ce  qu'on  jette  par-dessus  la  maison,  sans  cesser  de  le  tenir 
encore  ? 

—  Une  pelote  de  fil.  (Cf.  E.  R.,  184.) 

TREGARANTEK. 

b)  Me  a  dolo  eun  dra  dreist  va  zi,  hag  a  zalc'ho  ar  penn  gan-in  em 
dorn. 

—  Eur  belenn  neud. 

TRÉGARANTEC. 

b)  Je  jetterai  une  chose  par-dessus  ma  maison,  et  la  tête  en  restera 
dans  ma  main. 

—  Une  pelote  de  fil. 

87.  —  LOKORNAN. 

Divin  d'in  pera  a  veach  kerkouls  goude  he  varo  hag  epad  he  vuez  ? 

—  Boutou  1er. 

87.  —  LOCRONAN. 

Devine  ce  qui  voyage  autant  après  sa  mort  que  pendant  sa  vie  ? 

—  Des  souliers. 

88.  —  TREVEREK. 

*  Duvun  eun  tiik  bihan  koat 

Leun  a  eskern  (yar.  a  gik)  hag  a  wad. 

—  Eur  votez-koat. 

88.  —  TRÉVÉREC. 

*  Devine  une  petite  maisonnette  de  bois 
Pleine  d'os  (yar.  de  chair)  et  de  sang. 
—  Un  sabot. 

89.  —  TREGARANTEK. 

Divin  d'in-me'n  divinadenn  : 

Eun  dra  a  zo  bet  beo  a  zo  maro, 

A  zoug  ar  re  veo  hag  a  vale  war  ar  re  varo  ? 

—  Boutou. 

89.  —  TRÉGARANTEC. 

Devine-moi  une  devinaille  : 

Une  chose  qui  a  vécu  et  qui  est  morte, 


Devinettes  Bretonnes.  8$ 

Qui  porte  les  vivants  et  marche  sur  les  morts. 

—  La  chaussure.  (Cf.  Mél.,  $,  col.  254.) 

90.  —  GOAÏENN. 

a)  Pemp  e  poulsa,  deg  e  iala, 
Evit  krapa  ru  ker-bramma. 

—  Pa  ve  eun  den  e  lakat  he  lerou. 

90.  —  AUDIERNE. 

a)  Cinq  qui  poussent,  dix  qui  tirent, 
Pour  monter  la  rue  de  Ville-aux-Pets. 

—  Quand  une  personne  met  ses  bas.  (Cf.  Mél.,  col.  511.) 

BRASPARS. 

b)  Pemp  e  vunta,  deg  e  chanchet,  e  sevel  en  trec'h  gad  ar  roz  ar 
brammou. 

—  Lakat  he  lerou. 

BRASPARTZ. 

b)  Cinq  qui  poussent,  dix  qui  tirent,  pour  gravir  le  tertre  des  pets. 

—  Mettre  ses  bas. 

91.  —  PLOUHINEK. 

Pemp  e  talc'hen,  pemp  e  troei  unan. 

—  Eur  vaouez  0  neza. 

91.  —  PLOUHINEC. 

Cinq  qui  tiennent  et  cinq  qui  tournent  un. 

—  Une  femme  qui  file. 

92.  —  PLOUGERNE. 

Petra  a  ra  kant  tro  d'ar  c'hoad, 
Hep  touch  deillenn  ouz  he  droad. 
—  Eun  hinkinad  neud. 

92.  —  PLOUGUERNEAU. 

Qu'est-ce  qui  fait  le  tour  du  bois  cent  fois 
Sans  toucher  feuille  du  pied  ? 

—  Le  fil  enroulé  sur  le  fuseau. 

93.  —  BEUZEK. 
Divin  d'id  pera  a  zo  maro  hag  a  zo  bet  beo, 
A  zo  badeet  goude  he  varo  evit  dougen  ar  re  veo. 
—  Eul  lestr. 

93.  —  BEUZEC-CAP-S1ZUN. 

Devine  une  chose  morte  et  qui  a  vécu, 


86  Devinettes  Bretonnes. 

Qui  a  été  baptisée  après  sa  mort  pour  porter  les  vivants. 
—  Un  navire. 

94.  —  aber-wrac'h. 

Me  am  beuz  eun  inkane  wenn,  hag  a  verra  he  lost  bep  pas  a  ra. 

—  Eun  nadoz. 

94.  —  aber-vrac'h. 
J'ai  une  haquenée  blanche  dont  la  queue  se  raccourcit  à  chaque  pas 
qu'elle  fait. 

—  Une  aiguille.  (Cf.  Mél.,  61,  col.  259.—  E.  R. ,  189.  —  Cf. 
l'énigme  lithuanienne  publiée  par  Schleicher,  Indogermanische  Chresto- 
mathie,  p.  299  :  Jument  de  fer,  queue  de  chanvre.  Qu'est-ce  ?  —  Une 
aiguille  et  du  fil.) 

95.  —  GURNUHEL. 

'Divunet  pini  ha  d'ar  marc'had  ha  lezen  hi  voellou  'gaer  ? 

—  Eun  noade. 

9$.  —  GURUNHUEL. 

*  Devinez  ce  qui  va  au  marché  et  laisse  ses  boyaux  à  la  maison  ? 

—  Une  aiguille.  (Ses  boyaux  sont  le  fil.)  (Cf.  une  devinette  des  envi- 
rons de  Lamballe  :  Qu'est-ce  qui  traîne  ses  boyaux  derrière  soi?  —  Une 
aiguille.) 

96.  —  HUELGOAT. 

Petra  a  ia  d'ar  ster 

Hag  a  lesk  he  boellou  er  ger  ? 

—  Eur  c'holc'hed. 

96. —  HUELGOAT. 

Qui  va  à  la  rivière 

Et  laisse  ses  tripes  à  la  maison  ? 

—  Une  couette.  (Cf.  Mél.  $2,  Col.  258.  —  E.  R.,  173.  —  En 
Haute-Bretagne  on  dit  :  Qu'est-ce  qui  quitte  son  corps  pour  aller  boire  ? 
—  Une  tête  d'oreiller.) 

97.  —  PERWENAN. 

*  Divin  a  delc'h  da  labourât  pad  ar  bla  hep  kad  peamant  abet  ? 

—  Ann  horlach. 

97.  —  PENVENAN. 

'Devine  ce  qui  continue  à  travailler  toute  l'année  sans  aucun  salaire  ? 

—  L'horloge. 

98.  —   PERWENAN. 

"Pera  'zo  'vont  hag  0  tont  ordinal  barz  en  ti  ? 

—  Ann  horolach. 


Devinettes  Bretonnes.  87 

98.  —  PENVENAN. 

*  Qu'est-ce  qui  est  toujours  à  aller  et  venir  dans  la  maison  ? 

—  L'horloge.  (Cf.  E.  R.,  Mél.  col.  54.) 

99.  —  ESKEVIENN. 

Divin  d'in  pera  a  harp  hag  evit  he  boan  zo  douget  ? 

—  Eur  vaz. 

99.  —  ESQU1BIEN. 

Devine-moi  ce  qui  supporte  et  qui  pour  sa  peine  est  porté  ? 

—  Un  bâton. 

100.  —  HUELGOAT. 

Kant  toull  war  eun  toull  hag  eun  hibil  kik  d'ho  stanka  tout. 

—  Eur  veskenn. 

100.  —  HUELGOAT. 

Cent  trous  sur  un  trou,  et  une  cheville  de  chair  pour  boucher  le  tout. 

—  Un  dé  à  coudre.  (Cf.  E.  R.,  183.; 

I  O  I .  —  HUELGOAT. 

a)  Kovik  euz  kovik 

O  c'hoari  gand  eun  hibilik. 

—  Ar  vaouez  e  tigori  he  armel. 

101.  —  HUELGOAT. 

a)  Petit  ventre  contre  petit  ventre 
A  jouer  avec  une  chevillette. 

—  La  femme  qui  ouvre  son  armoire.  (Cf.  E.  R.;  144.) 

AR    FAOU. 

b)  Kovik  deuz  kovik, 
Hag  ar  bistoulik 

E  vont  en  he  doullik. 

—  Ann  nor  a  zigorer  gant  ann  alc'houe. 

LE  FAOU. 

b)  Petit  ventre  contre  petit  ventre, 
Et  la  petite  affaire 

D'entrer  dans  sa  petite  fente. 

—  La  porte  qu'on  ouvre  avec  la  clef. 

PERWENAN. 

c)  Da  droad  ouz  ma  zroad, 
Da  gof  ouz  ma  c'hof, 

Hag  eur  vekillenn 


88  Devinettes  Bretonnes. 

Da  voutan  'n  ez  kreizenn. 

—  Lakat  eun  alc'houe  barz  toull  'près. 

PENVENAN. 

c)  Ton  pied  contre  mon  pied, 
Ton  ventre  contre  mon  ventre 
Et  une  béquillette 
Pour  fourrer  dans  ton  milieu. 

—  Mettre  une  clef  dans  la  serrure  d'une  armoire.  \Ci.  l'énigme  dina- 
naise  :  Pied  à  pied,  ventre  à  ventre,  je  prends  une  petite  affaire  et  je 
la  lui  fourre  dans  le  ventre.) 

102.  —  AR  FAOU. 

Petra  a  ia  d'ar  foar  hag  a  lesk  he  doull  er  ger  ? 

—  Ann  alc'houe. 

102.   —  LE  FAOU. 

Qu'est-ce  qui  va  à  la  foire  et  laisse  son  trou  au  logis  ? 

—  La  clef.  (Cf.  E.  R.,  143.) 

103.  —  TREVEREK. 

*Eun  tiik  bihan  pri,  leun  a  voged  hag  a  dan. 

—  Eur  c'horn-butun. 

10^.  —  TRÉVÉREC. 

"Une  petite  maisonnette  d'argile,  pleine  de  fumée  et  de  feu. 

—  Une  pipe. 

104.  —  PERWENAN. 

"Kaeran  hano  tra  zo  barz  en  ti,  ha  c'hoaz  e  bihan  ? 

—  Eskop  ar  c'harr-nea. 

IO4.  —  PENVENAN. 

*Quelle  est  la  chose  qui  a  le  plus  beau  nom  dans  la  maison,  quoiqu'elle 
soit  petite  ? 

—  L'évêque  du  rouet.  (On  nomme  eskop  l'instrument  qui  sert  à  tenir 
le  fuseau.) 

IO5.  —  DOUARNENEZ. 

Pidir  0  redek  ann  eil  war-lerc'h  eben  hep  'n  em  baka. 

—  Rojou  eur  c'harr. 

IOJ.   —  DOUARNENEZ. 

Quatre  qui  courent  l'une  après  l'autre  sans  s'attraper. 

—  Les  roues  d'une  voiture.  (Cf.  E.  R.,  218.) 

106.  —  POULLAN. 

Pidir  dimezel  wenn  e  vont  gad  ànn  hent. 


Devinettes  Bretonnes.  89 

Ma  'n  em  drapfent  hen  em  zreillfent. 
—  Eur  veill-aël. 

106. —  POULLAN. 
Quatre  demoiselles  blanches  font  du  chemin  ; 
Si  elles  s'attrapaient,  elles  se  mettraient  en  pièces. 
—  Un  moulin  à  vent.  (Cf.  E.  R.,  235.) 

IO7.   —  PLANN1EL. 

"Divin  divinétes  : 

Diou  oc'h  ober  ha  diou  0  paoues, 

Diou  en  plek  ha  diou  en  ret, 

Ha  diou  oc'h  ober  bopret. 

—  Eur  vilin-awel. 

IO7.  —  PLEUDANIEL. 

*  Devine  devinaille  : 
Deux  qui  se  reposent,  deux  qui  travaillent, 
Deux  qui  plient  et  deux  qui  courent, 
Et  deux  qui  travaillent  toujours. 
—  Un  moulin  à  vent. 

108.  —  PLOGON. 
Pera  e  ra  bonjour  da  gement-hini  a  teu  en  ti  ? 

—  Al  liked. 

I08.  —  PLOGOFF. 

Qu'est-ce  qui  fait  la  révérence  à  quiconque  entre  à  la  maison  ? 

—  Le  loquet.  (Cf.  E.  R.,  148.) 

IO9.  —  TREGARANTEK. 

Petra  ar  c'heriussa  en  ti  ? 

—  Treujou  ann  nor. 

109    —  TRÉGARANTEC. 

Qu'est-ce  qui  est  le  plus  curieux  de  la  maison  ? 

—  Le  seuil  de  la  porte. 

I  10.    —   PERWENAN. 

*Pesort  a  wel  tout  pez  a  hantre  barz  en  ti  ? 

—  Treujou  ann  nor. 

110.  —    PENVENAN. 

*  Qu'est-ce  qui  voit  tout  ce  qui  entre  dans  la  maison  ? 

—  Le  seuil  de  la  porte. 

III.  —  AR  FAOU. 

Seul  vuigna  a  vo, 


90  Devinettes  Bretonnes. 

Seul  neubeuta  'boezo. 
—  Toullou  er  c'hrer. 

111.  —  LE  FAOU. 

Tant  plus  il  y  aura, 
Tant  moins  ça  pèsera. 

—  De  trous  dans  un  crible.  (Cf.  Mél.  54,  col.  2  $8.  —  E.  R.,  194.) 

112.  —  PLOARE. 
Pera  a  gresk  pa  ve  tennet  out-han  ? 

—  Ann  toull  a  ra  ann  taler. 

112.  —  PLOARÉ. 
Qu'est-ce  qui  augmente  quand  on  en  retire  ? 

—  Le  trou  que  fait  la  tarière.    Cf.  E.  R.,  26.) 

113.  —  KEMPER-GOEZENNEK. 

*Divunet  para  a  diminu  pa  ve  laket  war-n-han,  hag  a  chom  'vel  ma 
ve,  pa  ve  lemmet  digant-han  ? 

—  Eur  c'houlaouenn,  a  diminu  pa  ve  tan  en-hi. 

II3.  —  QUIMPER-GUÉZENNEC. 

'Devinez  quelle  chose  diminue  quand  on  y  ajoute,  et  demeure  telle 
qu'elle  est  quand  on  en  retire  ? 

—  Une  chandelle,  qui  diminue  quand  elle  est  allumée, 

114.  —  KONK-LÉON. 
Petra  a  ziwan  er  c'hoad,  hag  a  deu  en  kear  da  ober  trouz  ? 

—  Ar  vombard. 

II4.   —  LE  CONQUET. 

Qu'est-ce  qui  germe  au  bois  et  vient  à  la  ville  pour  y  faire  tapage  ? 

—  Le  hautbois.  (Cf.  E.  R.,  200.) 

II5.   —  BRASPARS. 

Pehini  e  ar  gwella  hag  ar  valla  tra  'zo  war  ar  bed  ? 

—  Ann  teod. 

II5.  —  BRASPARTZ. 

Quelle  est  la  meilleure  et  la  pire  chose  au  monde  ? 

—  La  langue.  ^Cf.  E.  R.,  124.) 

I  16.  —  ESKEVIENN. 

a)  Eur  zall  vras,  diou  renket  kezek  gwenn,  e  kreiz  eur  marc'h  ru 

—  Ar  ginou,  ann  dent  hag  ann  teod. 


Devinettes  Bretonnes.  91 

1 16.  —  ESQUIBIEN. 

à)  Une  grande  salle,  deux  rangées  de  chevaux  blancs,  un  cheval 
rouge  au  milieu. 

—  La  bouche,  les  dents  et  la  langue.  (Cf.  E.  R.,  123.) 

PLOUHINEK. 

b)  M'em  euz  eun  toullet  ronsed  gwenn. 
Hag  unanik  ru  d'ho  c'hempenn. 

—  Ar  ginou,  ann  dent  hag  ann  teod. 

PLOUHINEC. 

b)  J'ai  des  chevaux  blancs  plein  un  trou, 

Et  un  petit  bonhomme  rouge  pour  les  tenir  propres. 

—  La  bouche,  les  dents  et  la  langue. 

POULLAN. 

c)  M'em  euz  eur  vandenn  demezelet  gwenn 
Hag  eur  foëtik  ru  d'ho  c'hempenn. 

—  Ar  ginou,  etc. 

POULLAN. 

c)  J'ai  une  bande  de  demoiselles  blanches 
Et  un  petit  fouet  rouge  pour  les  épousseter. 
—  La  bouche,  etc. 

117.  —  PLOZÉVET. 

Petra  'zo  du  e  giz  bran,  ha  bran  n'e  ket, 
Guenn  evel  erc'h,  hag  erc'h  n'e  ket. 
—  Ar  belek. 

117. —  PLOZÉVET. 
Qu'est-ce  qui  est  noir  comme  corbeau,  et  corbeau  n'est  pas  ;  blanc 
comme  neige,  et  neige  n'est  pas  ? 

—  Le  prêtre.  (Cf.  E.  R.,  270.) 

118.  —  PLOARE. 
a)  Ar  beg  karn  a  ziveun  ann  den  hantar-varo  ;  ann  hantar-varo  a 
ziveun  ar  c'horf  heb  a  ene  ;  ar  c'horf  heb  a  ene  a  ziveun  ann  den  han- 
tar-varo a  ia  e  kov  he  vamm  da  zribi  he  dad. 

—  Ar  c'hok  a  ziveun  ar  c'hloc'her  ;  ar  c'hloc'her  a  vrall  ar  c'hloc'h  ; 
ar  c'hloc'h  a  ziveun  ar  belek  a  ia  d'ann  ilis  da  gommunia. 

118.  —  PLOARÉ. 
a)  Le  bec  de  corne  réveille  l'homme  à  demi  mort  ;  le  demi-mort 
réveille  le  corps  sans  âme  ;  le  corps  sans  âme  réveille  l'homme  à  demi 
mort  qui  va  dans  le  ventre  de  sa  mère  pour  y  manger  son  père. 


92  Devinettes  Bretonnes. 

—  Le  coq  réveille  le  bedeau  ;  le  bedeau  met  en  branle  la  cloche  ;  la 
cloche  réveille  le  prêtre  qui  se  rend  à  l'église  où  il  communie.  ^Cf.  Mél. 
26,  col.  256.  —  E.  R.,  272.) 

BEUZEK. 

b)  Divin  d'id  piou  a  vale  war  he  vreur  ha  war  he  c'hoar,  a  ia  en  he 
vamm  da  zrebi  he  dad,  hag  a  zoug  he  wreg  a  zindan  he  gazel  ? 

—  Ar  belek  a  dreuz  ar  veret  evit  mont  d'an  ilis  da  gommunia.  Diwar 
fars,  ar  breviel,  a  zoug  a  zindan  he  gazel,  a  zo  hanvet  he  wreg. 

BEUZEC-CAP-SIZUN. 

b)  Devine  qui  marche  sur  son  frère  et  sa  sœur,  entre  dans  sa  mère 
pour  y  manger  son  père,  et  porte  sa  femme  sous  son  bras  ? 

—  Le  prêtre  qui  traverse  le  cimetière  pour  se  rendre  à  l'église  où  il 
communie.  Familièrement,  on  appelle  le  bréviaire  qu'il  porte  sous  le  bras 
sa  femme. 

119.  —  PLOARE. 
N'em  euz  ket  dour  hag  e  evou  dour;  mar  em  befe  dour,  a  evfen 
guin. 

—  Ar  meillar,  mar  'n  defe  dour,  e  c'honefe  argant  hag  a  evfe  guin  ; 
ne  'n  eus  ket  dour  hag  e  rank  eva  dour. 

119.  —  PLOARÉ. 
Je  n'ai  pas  d'eau  et  je  boirai  de  l'eau  ;  si  j'avais  de  l'eau,  je  boirais 
du  vin. 

—  Le  meunier,  s'il  avait  de  l'eau  [à  son  moulin],  gagnerait  de  l'argent 
et  boirait  du  vin  ;  il  n'a  pas  d'eau  et  doit  boire  de  l'eau. 

120.  —  BRASPARS. 

Mar  teuont  ne  teufont  ket  ;  mar  ne  teuont  ket  e  teufont  ' . 

—  Ar  pijonet  hag  ar  piz. 

120.   —    BRASPARTZ. 

S'ils  viennent,  ils  ne  viendront  pas  ; 
S'ils  ne  viennent  pas,  ils  viendront. 

—  Les  pigeons  et  les  pois.  (Cf.  E.  R.,  69.  —  Fanch-Cos,  p.  22.) 

121.  —  KEMENVENN. 

Be  am  euz  ha  n'em  euz  ket, 

Mont  e  ran  da  glask  evit  n'em  0  ket. 

1 .  Les  énigmes  auxquelles  sert  de  pivot  une  restriction  mentale  constituent  un  genre 
dont  on  n'abuse  en  aucun  pays  plus  volontiers  qu'en  Bretagne.  Comme  il  serait  sans 
intérêt  de  s'embarrasser  dans  une  trame  le  plus  souvent  inextricable,  je  crois  devoir  me 
contenter  d'en  donner  seulement  quelques  exemples. 


Devinettes  Bretonnes.  93 

—  Be  am  euz  naon  ha  n'em  euz  ket  bara,  hag  e  ian  da  glask  bara 
evit  n'em  0  ket  naon. 

121.   —  QUÉMÉNÉVEN. 

J'ai  et  je  n'ai  pas , 

Je  vais  chercher  pour  ne  point  avoir. 

—  J'ai  faim  et  je  n'ai  pas  de  pain  ;  je  vais  chercher  du  pain  pour  ne 
pas  avoir  faim. 

122.  —  PERWENAN. 

a)  *«  Ari  on  da  glask  mar  na  zo  ket, 
Ha  mar  zo  na  c'houlan  ket.  » 

—  «  Bed  a  poa,  pa  na  oa, 
Ha  bean  'po  pa  na  vo  : 

Et  d'ar  ger,  rak  bean  zo  !  » 

—  Eur  c'hawel  ha  bugale. 

122.   —   PENVENAN. 

a)  «  Je  viens  chercher  s'il  n'y  a  pas, 

Et,  s'il  y  a,  je  ne  demande  pas.  » 
—  «  Vous  avez  eu  quand  il  n'y  avait  pas, 
Et  vous  aurez  quand  il  n'y  aura  pas. 
Allez-vous-en,  car  il  y  a  !  » 

—  Un  berceau  et  des  enfants.  (Une  femme  vient  emprunter  un  berceau, 
s'il  n'y  a  pas  d'enfants  dans  la  maison  où  elle  s'adresse.) 

KERLOUAN. 

b]  Ken  a  vezo, 
Ken  n'ho  pezo  ; 
Bet  ho  poa 
Pa  na  doa, 
Hag  ho  pezo 
Pa  na  vezo. 

KERLOUAN. 

b)  Tant  qu'il  y  aura, 
Tant  vous  n'aurez  pas  ; 
Vous  avez  eu 
Quand  il  n'y  avait  pas. 
Et  vous  aurez 
Quand  il  n'y  aura  pas. 
123,  —  POULLAN. 
Be  am  euz  ha  n'em  euz  ket  ;  ne  garfenn  ket  kaout  ;  mar  em  befe,  ne 
venn  ket  evit  hen  dioueret. 


94  Devinettes  Bretonnes. 

—  Be  am  euz  diviskarr  ha  ne  garfenn  ket  kaout  eur  gar  goat  ;  mar 
em  befe,  ne  venn  ket  evit  hen  dioueret. 

123.  —  POULLAN. 

J'ai  et  je  n'ai  pas  ;  je  ne  voudrais  pas  avoir  ;  si  j'avais,  je  ne  voudrais 
pas  m'en  passer. 

—  J'ai  deux  jambes  et  ne  voudrais  pas  avoir  une  jambe  de  bois  ;  si  je 
l'avais,  je  ne  voudrais  pas  m'en  passer. 

I24.   —  TREVEREK. 

*  Mar  g-oc'h  eun  den  a  gizel  blomm, 
Pe  sort  a  verv  heb  bean  tomm  ? 

—  Ar  zist  ebarz  ar  varrikenn  : 
'M  ije  bannac'h,  ac'h  efenn. 

(Vax.  Eur  varrikenn  jist  mad  en  he  vlomm 
Hennés  a  verv  na  ve  ket  tomm.) 

124.  — TRÉVÉREC. 

*Si  vous  êtes  un  homme  bien  tranchant. 

Qu'est-ce  qui  bout  sans  être  chaud  ? 

—  Le  cidre  dans  la  barrique  : 

Si  j'en  avais  un  peu,  j'en  boirais. 
[Vax.  Une  barrique  de  bon  cidre,  bien  d'aplomb, 
Voilà  ce  qui  bout  sans  être  chaud.  1 

125.  —  AR  FAOU. 
Eun  aotrou  e  koste  ar  c'haë 
N'hen  deuz  na  mantel  na  saë. 

—  Eur  bern-kaoc'h. 

125.  —  LE  FAOU. 
[Il  y  a]  un  monsieur  à  côté  de  la  haie, 
Qui  n'a  ni  manteau  ni  robe. 
—  Un  étron. 

126.  —  BRASPARS. 

Pehini  e  ar  c'henta  tra  a  gac'h  war  eur  c'hleun  neve  ? 

—  Eur  reor. 

126.  —  BRASPARTZ. 

Quelle  est  la  première  chose  qui  ch..  sur  un  fossé  neuf? 

—  Un  derrière.  (Cf.  E.  R.  Indovinelli,  XL.) 

127.  —  LANGOAT. 

Eun  tousek  bridet  war  lein  ann  erw, 


Devinettes  Bretonnes.  95 

Touzet  he  benn,  touzet  he  reor, 
Tremenet  dre  ar  pout  mitonn, 
Malet  gant  ar  vilin  askorn. 
—  Koc'h  marc'h  pe  vioc'h. 

127.  —  LANGOAT. 
Un  crapaud  attaché  sur  un  sillon, 
Sa  tête  est  tondue  et  son  c.  aussi  ; 

Il  a  passé  par  la  marmite  à  mitonner. 
Après  avoir  été  moulu  par  le  moulin  à  os. 

—  Du  crottin  de  cheval  ou  de  la  bouse  de  vache. 

128.  —  BRASPARS. 

Pehini  e  ann  nopla  delienn  a  zo  er  c'hoat  ? 

—  Ann  delienn  gelenn. 

128.  —    BRASPARTZ. 

Quelle  est  au  bois  la  feuille  la  plus  noble  ? 

—  La  feuille  de  houx.  (Parce  qu'on  ne  peut  l'employer  à  certains 
usages  du  domaine  de  la  scatologie.  (Cf.  E.  R.,  116.  —  Fanch-Cos, 
p.  20.) 

129.  —  HUELGOAT. 

Petra  a  ra  ann  dro  d'ar  c'hoat  hep  mont  ebarz  ? 

—  Ar  c'hleun. 

129.  —  HUELGOAT. 

Qu'est-ce  qui  fait  le  tour  du  bois  sans  y  entrer  ? 

—  Le  fossé.  (Cf.  E.  R.,  86.) 

I  30.  —  AR  FAOU. 

Petra  'z  eo  ann  hevala  tra  deuz  penn  eur  marc'h  er  prenestr  ? 

—  Penn  eur  gazek. 

1 30.  —  LE  FAOU. 

Qu'est-ce  qui  ressemble  le  plus  à  la  tête  d'un  cheval  à  une  fenêtre  ? 

—  La  tête  d'une  jument. 

131.  —  POULLAN. 

Piou  hen  euz  daoulagat  eur  c'has,  fri  eur  c'has,  beg  eur  c'has,  dent 
eur  c'has,  piviar  eur  c'has,  ivinou  eur  c'has,  kroc'henn  eur  c'has,  ha 
n'ez  eo  keteur  c'has. 

—  Eur  gaez. 

131.  —  POULLAN. 
Qui  a  les  yeux  d'un  chat,  le  nez  d'un  chat,  la  gueule  d'un  chat,  les 


96  Devinettes  Bretonnes. 

dents  d'un  chat,  les  pattes  d'un  chat,  les  griffes  d'un  chat,  la  fourrure 

d'un  chat,  et  n'est  pas  un  chat  ? 

—  Une  chatte.  (Cf.  E.  R.,  383.  —  Fanch-Cos,  p.  21.) 

I32.  —  DOUARNENEZ. 

Pe  seurt  pesket  ar  muia  'zo  er  mour  ? 

—  Pesket  beo. 

132.  —  DOUARNENEZ. 

De  quels  poissons  y  a-t-il  le  plus  dans  la  mer  ? 

—  De  vivants. 

I  33.  —  DOUARNENEZ. 

Pe  seurt  men  ar  muia  'zo  er  mour  ? 

—  Men  glib. 

133.  —  DOUARNENEZ. 

De  quelles  pierres  y  a-t-il  le  plus  dans  la  mer  ? 

—  De  mouillées.  (Cf.  E.  R.,  347.) 

1  34.  —  ESKEVIENN. 

Pe  seurt  geot  ar  muia  zo  er  foennek  ? 

—  Geot  glaz. 

I  34.   —  ESQUIBIEN 

De  quelle  herbe  y  a-t-il  le  plus  dans  le  pré  ? 

—  De  la  verte. 

135.  —  POULLAN. 
Pehini  ar  c'hoat  stanka  war  ann  douar  ? 

—  Ar  c'hoat  kamm. 

135.  —  POULLAN. 
Quel  est  le  bois  le  plus  commun  sur  la  terre  ? 

—  Le  bois  tordu. 

1 36.  —  POULLAN. 

Père  e  stanka  roudou  a  basse  war  bont  Kemper  da  zevez  foar  sant 
Kaourintin  ? 

—  Roudou  ann  nadoz. 

1 36.  —  POULLAN. 
Quelles  sont  les  traces  les  plus  nombreuses  qui  passent  sur  le  pont  de 
Quimper,  le  jour  de  la  foire  Saint-Corentin  ? 

—  Les  traces  de  l'aiguille  [sur  les  habits]. 

I 37. —  TREGARANTEK. 

Petra  'zo  uheloc'h  evit  ann  aotrou  Doue  r 

—  He  gurunenn. 


Devinettes  Bretonnes.  97 

I37.   —  TRÉGARANTEC. 

Qu'y  a-t-il  de  plus  haut  que  le  bon  Dieu  ? 

—  Sa  couronne.  (Cf.  E.  R.,  256.) 

138.  —  BRASPARS. 

Petra  n'hen  deuz  ket  gallet  Doue  da  ober  ? 

—  Eur  vaz  heb  daou  benn. 

1 38.  —    BRASPARTZ. 

Qu'est-ce  que  Dieu  n'a  pu  faire  ? 

—  Un  bâton  sans  bouts.  (Cf.  Mél.,  col.  292.) 

1 39.  —  TREVEREK. 

a)  *  Petra  'zo  ha  n'hall  ket  Doue  da  gâd  ? 

—  Hi  bar. 

139.  —  TRÉVÉREC. 

a)  *  Qu'est-ce  que  Dieu  ne  peut  pas  trouver  ? 

—  Son  égal.  (Cf.  Mél.,  30,  col.  256.  —  E.  R.  258.  —  Fanch-Cos, 
p.  20.) 

GURNUHEL. 

V)  "Pez  ar  paizant  a  wel  baonde,  hag  ar  roue  na  wel  met  raramant, 
hag  ar  pab  na  wel  guech  ebet  ? 

—  Hi  bar. 

GURUNHUEL. 

b)  *  Qu'est-ce  que  le  paysan  voit  chaque  jour,  le  roi  rarement,  et  le 
pape  jamais  ? 

—  Son  égal. 

140.  —  PLOARE. 

Pera  hen  euz  ar  memor  hir  ? 

—  Ar  paper. 

140.  —  PLOARÉ. 
Qu'est-ce  qui  a  la  mémoire  longue  ? 

—  Le  papier. 

I41.   —  HUELGOAT. 

Petra  e  reomp  tout  assamblez  ? 

—  Kosaat. 

141.  —  HUELGOAT. 

Que  faisons-nous  tous  ensemble  ? 

—  Vieillir.  (Cf.  E.  R.,  360.  —  Fanch-Cos,  p.  22.) 

142.  —  BRASPARS. 

Petra  a  zebr  dre  he  gof  hag  a  gac'h  dre  he  gein  ? 

—  Eur  rabot. 

Rev.  Celt.  IV  1 


98  Devinettes  Bretonnes. 

142.  —   BRASPARTZ. 

Qu'est-ce  qui  mange  par  le  ventre  et  ch..  par  le  dos  ? 

—  Un  rabot. 

143.  —  BRASPARS. 
Petra  a  zebr  dre  he  reor  hag  a  gac'h  dre  he  vek  ? 

—  Eur  ziminel. 

143.  —   BRASPARTZ. 

Qu'est-ce  qui  mange  par  le  c.  et  ch..  par  la  bouche  ? 

—  Une  cheminée.  ^Cf.  Mél.,  45,  col.  258.) 

144.  —  KERLOUAN. 

Da  biou  e  tleomp  madou  ann  douar? 

—  Da  zant  Alar. 

144.  —  KERLOUAN. 

A  qui  sommes-nous  redevables  des  biens  de  la  terre  ? 

—  A  saint  Alar.  'Jeu  de  mots,  alar  signifiant  charrue.  —  Saint  Alar, 
inconnu  des  hagiographes,  est  honoré  dans  presque  toute  la  Bretagne, 
sans  doute  à  cause  de  son  nom,  comme  l'un  des  protecteurs  de  l'agri- 
culture.) 

145.  —  HUELGOAT. 

Pet  plun  a  zo  war  ar  iar  ? 

—  Kement  a  blun  a  zo  war  ar  iar 

'Vel  a  steret  endro  d'al  loar. 

145.  —  HUELGOAT. 

Combien  de  plumes  a  la  poule  ? 

—  Autant  de  plumes  a  la  poule  qu'il  y  a  d'étoiles  autour  de  la  lune. 
(Cf.  E.  R.,  403.  —  Barzaz  Breiz,  Troad  ann  eginane.) 

146.  —  AR  FAOU. 

Pe  da  vare  a  ve  ar  muia  plun  war  ar  iar  ? 

—  Pa  ve  ar  c'hillok  war  he  gorre. 

146.   —  LE  FAOU. 

En  quelle  saison  la  poule  a-t-elle  le  plus  de  plumes  ? 

—  Quand  le  coq  est  sur  elle.  [Cf.  E.  R.,  352.  —  Indov.,  XL1V.) 

147.  —  BEUZEK. 

Perag  eo  eur  c'hok  a  lakeer  war  ann  touriou  eleac'h  lakad  eur  iar  ? 

—  Abalamour  ma  vez  lakeet  eur  iar,  ha  ma  zeufe  da  zesvi,  he  viou 
en  eur  goeza  a  dorfe. 

I47.  —  BEUZEC-CAP-SIZUN. 

Pourquoi  met-on  sur  les  clochers  un  coq  au  lieu  d'une  poule  ? 


Devinettes  Bretonnes.  99 

—  Par  la  raison  que  si  l'on  y  mettait  une  poule,  et  qu'elle  vînt  à 
pondre,  les  œufs  se  briseraient  en  tombant.  (Cf.  Fanch-Cos,  p.  22.  — 
E.  R.,331.) 

I48.  —  POULLAN. 

Père  ann  dud  ne  iaont  ket  d'ar  brosession  ? 

—  Ar  re  a  ve  e  vralla  ar  c'hleier. 

148.  —  POULLAN. 

Quels  sont  les  gens  qui  ne  vont  pas  à  la  procession  ? 

—  Ceux  qui  sonnent  les  cloches.  (Cf.  E.  R.,  367.) 

149.  —  AR  FAOU. 
E  pelec'h  ema  kreiz  ar  bed  ? 

—  Aman.  Mar  ne  gredit  ket,  mesurit.    • 

149.  —  LE  FAOU. 
Où  se  trouve  le  centre  du  monde  ? 

—  Ici.  Si  vous  ne  le  croyez,  mesurez.  (Cf.  E.  R.,  353.) 

1 50.  —  AR  FAOU. 
Ped  lost  leue  e  ranker  kaouet  evit  paka  ann  ne  ? 

—  Unan,  mar  g-ez  eo  hir  awalac'h. 

1 50.  —  LE  FAOU. 

Combien  faut-il  de  queues  de  veau  pour  atteindre  le  ciel  ? 

—  Une  seule,  si  elle  est  assez  longue.  (Cf.  E.  R.,  356.) 

I5I.  —  DOUARNENEZ. 

Pe  seurt  differanz  ez  eo  être  eun  avokad  hag  eur  rod  ? 

—  Ann  avokad,  e  rank  beza  lardet  he  zaouarn  evit  ober  trous,  hag 
ar  rod  evit  ne  reio  ket. 

r  5  I.  —  DOUARNENEZ. 

Quelle  différence  y  a-t-il  entre  un  avocat  et  une  roue  ? 

—  Il  faut  graisser  les  pattes  de  l'avocat  pour  qu'il  fasse  du  bruit,  et 
la  roue  [de  la  charrette],  pour  qu'elle  n'en  fasse  pas. 

1 52.  —  AR  FAOU. 
Pe  seurt  differanz  a  zo  être  eur  beleg  hag  eur  marmous  ? 

—  Eur  belek  n'euz  tamm  bleo  war  gorre  he  benn,  hag  eur  marmous 
n'euz  ket  war  he  reor. 

152.  —  LE  FAOU. 

Quelle  différence  y  a-t-il  entre  un  prêtre  et  un  singe  ? 

—  Le  prêtre  n'a  pas  de  cheveux  sur  le  dessus  de  la  tête  (la  tonsure*, 
et  le  singe  n'en  a  pas  sur  le  c... 


ioo  Devinettes  Bretonnes. 

I  $3.  —  PERWENAN. 

a)  *  Petare  differans  zo  'tre  eur  beleg  hag  eun  eskalier  ? 

—  Ar  beleg  a  ra  zevel  ann  dorn  da  zaludin  'nean,  hag  ann  eskalier, 
e  ann  troad. 

153.  —  PENVENAN. 

a)  'Quelle  différence  y  a-t-il  entre  un  prêtre  et  un  escalier? 

—  Le  prêtre  fait  lever  la  main  pour  le  saluer,  et  l'escalier  fait  lever  le 
pied.  (Cf.  Fanch-Cos,  p.  22.) 

DOUARNENEZ. 

b)  Pe  seurt  differanz  zo  être  eun  diri  hag  eur  barner  ? 

—  Dirag  eur  barner  e  zaver  ann  dorn,  ha  dirag  ann  diri  e  zaver  ann 
troad. 

DOUARNENEZ. 

b)  Quelle  différence  y  a-t-il  entre  un  escalier  et  un  juge  ? 

—  Devant  un  juge  on  lève  la  main,  et  devant  un  escalier  le  pied. 

I  54.    —    PERWENAN. 

Petare  differans  zo  'tre  eur  beleg  hag  eur  iar  ? 

—  Ar  beleg  a  c'hone  he  dewez  dre  ar  geno,  hag  ar  iar  dre  ar  revr. 

1 54.  —  PENVENAN. 

Quelle  différence  y  a-t-il  entre  un  prêtre  et  une  poule  ? 

—  Le  prêtre  gagne  sa  journée  par  la  bouche,  et  la  poule  par  le  c... 

155.  —  AR  FAOU. 
Daouzek  labous  war  eur  brank,  ar  chasseour  a  lac'h  unan  :  ped  a 
jomm  eno  c'hoas  ? 

—  Nikun. 

155.  —  LE  FAOU. 

Douze  oiseaux  sur  une  branche,  le  chasseur  en  tue  un  :  combien  en 
reste-t-il  ? 

—  Aucun.  (Cf.  E.  R.,  390.  —  Fanch-Cos,  p.  22.) 

I  $6.  —  MONTROULEZ. 

Me  n'am  euz  bet  tamm  d'am  c'hoan, 
Nemet  eur  grampoenn  hag  unan, 
Eur  grampoenn  hag  unan  hanter, 
Eur  grampoenn  ha  ter  hanter, 
Ann  hini  domm,  ann  hini  ienn, 
Hag  ann  hini  dosta  d'al  lienn. 
—  Dek». 

1.  Ce  problème,  dans  lequel  le  paysan  breton  voit  une  énigme,  comme  dans  tout 


Devinettes  Bretonnes.  101 

156.  —  MORLA1X. 
Je  n'ai  eu  miette  à  mon  souper. 
Si  ce  n'est  une  crêpe  et  une, 
Une  crêpe  et  une  et  demie, 
Une  crêpe  et  trois  demies, 
La  chaude,  la  froide. 
Et  la  plus  rapprochée  de  la  toile. 
—  Dix. 

157.  —    BRASPARS. 

Ped  a  ra  tri  vemp  pemzek,  daou  zeitek  ha  tri  ugent? 

—  Ugent. 

157.  —  BRASPARTZ. 

Combien  font  trois  fois  cinq  quinze,  deux  dix-sept  et  trois  vingt? 

—  Vingt.  La  phrase  bretonne  signifie  également  :  Combien  font  trois 
fois  cinq  fois  quinze,  deux  fois  dix-sept  et  trois  fois  vingt?) 

158.  —  PLONEVEZ. 

Mont  e  ran  d'ar  foar  gant  daou  zek  brid;  prenaerannaontekmarc'h  ; 
lakat  e  ran  eur  brid  war  pep  marc'h.  hag  e  jomm  eur  brid  gan-in  heb 
implich. 

—  Daou  zek,  ugent. 

I58.  —  PLONÉVEZ-PORZAY. 

Je  vais  à  la  foire  avec  deux  dix  brides  ;  j'achète  dix-neuf  chevaux  ;  je 
mets  une  bride  à  chacun  et  il  m'en  reste  une  sans  emploi. 

—  Deux  fois)  dix  vingt.  'Daouzek,  2  +  10  =  12,  et  daou  zek, 
2x10=  20.) 

I59.  —  TREGARANTEK. 

Divinet  d'in-me,  divinet  : 

Pet  krampoezenn  a  zaou  liert 

A  iafe  da  baea  eur  ferm  a  gant  skoet  ? 

—  Daouzek  mil. 

I 59.  —  TRÉGARANTEC. 

Devinez-moi,  devinez  : 

Combien  de  crêpes  de  deux  liards 

Iraient  à  payer  une  ferme  de  cent  écus  ? 

—  Douze  mille. 


calcul,  du  reste,  qui  lui  demande  un  effort  de  mémoire  ou  de  réflexion  auquel  il  n'est 
pas  accoutumé,  m'a  été  communiqué  par  mon  ami  M.  Luzel. 


102  Devinettes  Bretonnes. 

l6o.  —  TREGARANTEK. 

a)  Salud  d'e-hoc'h,  tregont  penn-gwazi  ! 

—  Salokraz ,  emez-ho ,  n'edomp  ket  tregont  penn-gwazi  :  hor 
c'hem'nt  hag  hon  hanter-kem'nt  ha  nin  a  rafe  tregont  penn-gwazi. 

—  Daouzek. 

IÔO.  —  TRÉGARANTEC. 

a)  Je  vous  salue,  trente  oies  ! 

—  Sauf  votre  respect,  répondent-elles,  nous  ne  sommes  pas  trente 
oies  :  notre  entier,  la  moitié  de  notre  entier  et  nous,  ferions  trente  oies. 

X 

—  Douze  (2  x  H —  =  30). 

2 

LANGOAT. 

V)  *Me  ho  salud,  tregont  a  wai! 

—  Salud-kroas,  'me  ar  gars  braz,  ni  n'emom  ket  tregond  a  wai  :  om 
c'hement  hag  om  hanter-kement  ha  ni,  ne  raem  nemet  tregont  a  wai. 

—  Daouzek. 

LANGOAT. 

b)  *Je  vous  salue,  trente  oies  ! 

—  Sauf  votre  grâce,  dit  le  grand  jars,  nous  ne  sommes  point  trente 
oies  :  notre  quantité,  et  la  moitié  de  notre  quantité  et  nous,  nous  ne  fai- 
sons que  trente  oies. 

—  Douze. 

l6l.  —  PLOARE. 

a)  Per,  eme  Fanch,  ro  d'in  eun  danve  hag  em  bo  kement  ha  te.  Per 
a  respont  :  ro  d'in  kentac'h  unan  euz  da  zenvet,  hag  em  bo  ann  hantar 
muiac'h  evidout. 

Pet  denvet  zo  e  bandenn  Fanch  hag  e  bandenn  Per  ? 

—  Pemp  ha  seiz. 

161.  —  PLOARÉ. 

a)  Pierre,  dit  François,  donne-moi  une  brebis,  et  j'en  aurai  autant 
que  toi.  Pierre  répond  :  donne-moi  plutôt  une  des  tiennes,  et  j'en  aurai 
la  moitié  plus  que  toi. 

Combien  de  brebis  dans  la  bande  de  François  et  dans  celle  de  Pierre  ? 

—  Cinq  et  sept,  x  -+-  1  =  y  —  1  ;  y  +  1  =  2  (x  —  1). 

PLANNIEL. 

b)  *Roed  d'in  eun  u,  hag  em  ou  ann  hanter  muoc'h  evid-oc'h,  eme 
unan.  Ha  laro  iben  d'ei  :  d'aman  c'houi  eunan,  hag  am  0  kement  ha 
c'houi. 

—  Seiz  ha  pemp. 


Devinettes  Bretonnes.  103 

PLEUDANIEL. 

b)  *  Donnez-moi  un  œuf,  dit  l'une,  et  j'en  aurai  deux  fois  plus 
que  vous.  —  L'autre  répond  :  donnez-m'en  un,  et  j'en  aurai  autant  que 
vous. 

—  Sept  et  cinq. 

162.  —  HUELGOAT. 

To  pa  riti  '. 

162.  —   HUELGOAT. 

Couvre  quand  tu  fais  maison.  (Cf.  Barzaz-Breiz,  Ar  gouriz.) 

163.  —   LANDÉDA. 

Gra  pa  ri  tra. 

163.  —  LANDEDA. 

Fais  quand  tu  fais.  (Cf.  Barz.  Br.  1.  c.) 

164.  —  TREVEREC. 

*  Fais  us  est,  est  us  fais. 

164.  —  TRÉVÉREC. 

'Faucille  use  moisson,  moisson  use  faucille. 

165. —  POULLAN. 

Karr  us  men,  men  us  karr,  men  us  men. 

165.  —  POULLAN. 

Charrette  use  pierre,  pierre  use  charrette,  pierre  use  pierre. 

166.  GUITALMEZE. 

Rai  e  gad  du. 

l66.   —  PLOUDALMEZEAU. 

Rare  est  lièvre  noir. 

167.  —  GOAÏENN. 

Esducam  ceducam  oduront. 

167.    —  AUDIERNE. 

S  noir  et  crochu,  C  noir  et  crochu,  0  noir  et  rond. 

L.-F.  Sauvé. 


1.  Cette  phrase  et  les  suivantes  sont  rangées  dans  la  classe  des  devinettes,  par  suite 
des  analogies  de  sons  qu'elles  présentent,  les  unes  avec  le  latin,  les  autres  avec  tel  ou  tel 
idiome  encore  plus  éloigné  du  breton,  et  qui  font  que  le  paysan  armoricain  qui  les 
entend  pour  la  première  fois  ne  manque  presque  jamais  de  les  attribuer  à  une  langue 
étrangère. 


MÉLANGES. 


LE  DICTIONNAIRE  BRETON  DE  ROUSSEL. 

Ce  curieux  ms.  se  compose  de  6  cahiers  portant  les  nos  3,  4,  5,  6,  7 
et  8,  comprenant  260  pages  d'une  écriture  serrée  et  de  format  in-40  ; 
elles  ne  portent  point  de  pagination.  J'ai  pu  l'étudier  à  l'île  de  Batz, 
grâce  à  l'obligeance  de  M.  Milin  à  qui  il  appartient  depuis  1857  environ  ; 
il  était  auparavant  à  M.  Guillaume  Le  Jean. 

Il  contient  un  dictionnaire  bret. -français  qui,  malheureusement,  ne 
commence  qu'au  ch  (les  deux  premiers  cahiers  étant  perdus),  mais  qui 
par  ailleurs  est  complet.  Il  a  été  écrit  à  Landévennec  par  M.  Roussel, 
dont  le  nom  se  trouve  en  marge  au  commencement  des  n,  ou  peut-être 
par  dom  Le  Pelletier,  mais  sous  la  dictée  ou  sur  un  ms.  antérieur  de  Roussel. 
Voici,  par  exemple,  ce  qu'il  y  a  au  mot  ïès;  dom  Le  Pelletier  l'a  cité  et  repro- 
duit exactement  :  «  ïès'  manière,  mode,  façon  de  parler  idem  ïé  ;  on  le 
dit  du  jargon  des  petits  enfants,  même  de  la  manière  dont  on  croit  que 
les  betes  font  comprendre  ce  quelles  veulent.  Yez  manière  de  se  faire 
entendre  yez  est  plus  que  Langage  cest  manière  ou  naturel.  On  ditar-yez 
et  au  pluriel  ar-yezziou  Les  manières  grossières,  impolies  et  mauvaises 
qui  approchent  de  celles  des  betes,  qui  veulent  faire  comprendre  leurs 
besoins  ou  passions  :  manières  qui  ne  sont  pas  bien  séantes  aux  hommes, 
qui  peuvent  parler  sans  agir  des  mains,  de  la  tête,  etc.,  ce  qui  est  en 
francois  gesticuler.  » 

La  publication  de  ce  précieux  ms.  serait  d'autant  plus  importante, 
qu'il  ne  contient  que  les  mots  bretons  avec  leur  traduction  et  des  exem- 
ples, l'auteur  s'abstenant  de  toute  dissertation  étymologique  ou  autre,  et 
se  bornant  à  constater  l'usage.  Dom  Le  Pelletier  est  loin  de  l'avoir 
entièrement  fondu  dans  son  Dict.;  Le  Gonidec  n'a  pas  dû  le  connaître  ; 
M.  Troude  ne  l'a  que  très  légèrement  mis  à  contribution,  ses  études 
portant  directement  sur  le  breton  pratique,  c'est-à-dire  parlé. 


Une  version  tchèque  du  Purgatoire  de  Saint- Patrice.  105 

M.  Roussel  était,  parait-il,  originaire  de  Roscoff.  où  existent  encore 
:s  familles  de  ce  nom  ;  aussi  a-t-il  suivi  l'usage  de  Léon.  La  signification 
plus  fréquente  de  iez,  langage,  idiome,  est  aujourd'hui  en  haut-Léon  et 
rtout  près  de  Saint-Pol.  «  génie,  faculté,  puissance  physique  ou  morale  : 
ezek,  labourât  hervez  ou  dioc'h  he  iez,  parler,  travailler  d'après  ses 
oyens  ;  enn  ho  iez,  selon  votre  pouvoir;  diouz  va  iez-me,  à  mon  goût, 
mon  avis.  »  On  le  dit  aussi,  ordinairement  au  pluriel  iesou,  au  sens  de 
grimaces,  gestes  indécents  ». 

On  voit  que  non  seulement  pour  les  mots  inconnus,  mais  même  pour 
istoire  et  les  différentes  acceptions  des  mots  connus,  il  serait  bon  que 
science  fit  quelque  chose  pour  écrire  ce  qui  est  parlé  et  pour  imprimer 
qui  est  écrit.  Et  si  elle  veut  arriver  un  jour  à  répondre  scientifique- 
înt  à  cette  question  dont  elle  s'occupe  avec  un  soin  jaloux  :  Qu'est-ce 
1e  les  auteurs  bretons  ont  dit,  qui  n'existe  pas  ?  —  elle  doit  d'abord  se 
sttre  en  mesure  de  répondre  à  celle-ci  :  Qu'est-ce  qu'ils  n'ont  pas  dit, 
ce  qui  existe  ?  Car  en  cherchant  enfin  à  vérifier,  elle  trouvera  certai- 
ment  beaucoup  plus  à  ajouter  qu'à  retrancher.  Qu'elle  prenne  donc 
tience  jusqu'au  jour  de  la  moisson,  «  de  peur  qu'en  voulant  tirer 
/raie,  elle  n'arrache  en  même  temps  le  bon  grain  ». 

Emile  Ernault. 


UNE  VERSION  TCHÈQUE 

DU    PURGATOIRE    DE    SAINT-PATRICE. 

M.  Gaidoz  a  publié  dans  la  Revue  Celtique,  d'après  un  mémoire  de 
.  Toldy  (vol.  II,  n°  4,  p.  482-484),  une  notice  sur  le  pèlerinage  d'un 
ble  hongrois  au  purgatoire  de  Saint-Patrice.  La  Revue  philologique 
îèque  de  Prague  '  nous  révèle  l'existence  d'une  version  tchèque  de  ce 
lerinage.  Il  y  a  à  la  bibliothèque  publique  de  cette  ville  un  manuscrit 
îèque  intitulé  :  «  Ici  commence  la  belle  chronique  de  Georges  qui  a 
;  dans  le  purgatoire  et  a  vu  là  des  choses  merveilleuses,  et  aussi  dans 
nfer.  »  Un  autre  ms.  du  xvie  siècle  se  trouverait  également  à  Vienne, 
t  vision  de  Georges  Jirzikovo  Videni-,  ainsi  que  l'appellent  les  biblio- 
aphes  tchèques,  a  d'ailleurs  été  plusieurs  fois  réimprimée  comme  livre 
lecture  populaire.  L'an  dernier,  il  en  a  paru  une  nouvelle  édition  à 
lomysl.  L'édition  de  librairie  est  identique  au  manuscrit  conservé  à  la 

1.  Listy  filologické.  Prague,  1879.  Sixième  année,  fasc.  I,  p.  38  et  suivantes.  L'article 
d'un  philologue  bien  connu,  M.  Gebauer. 


io6  Une  version  tchèque  du  Purgatoire  de  Saint-Patrice. 

bibliothèque  de  Prague  ;  on  trouve  en  plus  à  la  fin  une  lettre  de  Paul, 
«  prieur  du  monastère  de  Rykman  [?)  »,  datée  de  l'année  1053,  dans 
laquelle  «  Paul,  prieur  et  chanoine  de  l'île  et  du  purgatoire  de  Saint- 
Patrice,  »  invite  les  fidèles  «  à  croire,  sans  se  permettre  aucun  doute, 
Georges,  son  pèlerinage  et  autres  diverses  choses,  qu'il  a  vues  dans  le 
purgatoire,  dans  l'enfer,  sur  le  pont  tremblant  (yrtkavy  most)  et  dans  le 
paradis  '.  » 

La  version  tchèque  a  évidemment  été  faite  sur  un  texte  qui  a  déjà  été 
signalé  dans  la  Revue  ;  Georges  est  le  fils  d'un  seigneur  hongrois  Crysaf- 
fan  ;  il  commet,  comme  lieutenant  du  roi  de  Hongrie  en  Apulie,  une 
foule  d'atrocités  et  s'en  va  en  pèlerinage,  d'abord  à  Saint-Jacques 
de  Compostelle,  puis  ensuite  au  purgatoire  de  Saint-Patrice.  Il  a  trente 
visions  qui  sont  racontées  avec  de  grands  détails.  Après  un  séjour  de 
vingt-quatre  heures  dans  le  purgatoire,  il  est  reçu  à  sa  sortie  par  le 
prieur,  par  les  chanoines,  par  le  roi  Mathamatam  (?)  et  le  peuple. 

M.  Gebauer,  qui  donne  dans  le  recueil  tchèque  une  analyse  détaillée  du 
manuscrit  de  Prague,  se  demande  sur  quel  texte  original  la  version 
tchèque  a  pu  être  traduite  ou  paraphrasée.  Il  ignore  l'existence  de  la  : 
légende  hongroise  dont  la  Revue  Celtique  s'est  occupée.  Il  nous  saura  gré 
sans  doute  de  lui  signaler  le  travail  de  M.  Toldy  dans  les  Mémoires  de 
la  Société  historique  hongroise  (Szazadok..  a  Magyar  tœrtinelmi  tarsulat 
Kcezlœnye.  Avril  1871,  p.  229-247).  S'il  ne  lit  le  magyar,  il  pourra  lire 
ici  même  l'analyse  du  travail  de  M.  Toldy. 

L.  Léger. 


1 .  D'après  le  texte  même  du  récit,  Georges,  lieutenant  du  roi  de  Hongrie  dans  la 
Pouille,  dut  vivre  au  xrve  siècle.  La  lettre  de  l'abbé,  datée  de  1053,  est  sans  doute  une 
invention  de  quelque  éditeur. 


BIBLIOGRAPHIE 


îs  Celtes,  la  Gaule  celtique.  Étude  critique  par  L.  de  Valroger, 
professeur  d'histoire  du  droit  romain  et  du  droit  français  à  la  Faculté 
de  droit  de  Paris,  $60  p.  in-8.  Paris,  Didier,  1879.  Prix  :  7  fr.  50. 

M.  de  V.  est  professeur  de  l'histoire  du  droit  à  la  Faculté  de  droit  de 
iris  :  il  a  donc  rencontré  devant  lui  le  problème  des  origines  du  droit 
inçais.  Plusieurs  juristes,  patriotiquement  enthousiastes  de  l'antiquité 
uloise,  ont  cru  y  trouver  une  image,  un  écho  des  usages  et  des  insti- 
tions  des  Gaulois.  Pour  se  rendre  compte  de  la  valeur  de  ce  système, 
,  de  V.  ne  s'est  pas  contenté  d'étudier  et  l'histoire  du  droit  romain  et 
istoire  de  la  Gaule  ;  il  a  voulu  étudier  aussi  les  institutions  des  autres 
uples  celtiques,  les  neveux  des  Gaulois  plutôt  que  leurs  descendants, 
ur  voir  si  cette  comparaison  ne  jetterait  pas  quelque  lumière  sur  son 
jet.  Ces  recherches  l'ont  amené  à  étudier  l'histoire  des  peuples  néo- 
Itiques,  «  histoire,  dit-il  avec  beaucoup  de  justesse,  peu  connue,  sou- 
nt  très  défigurée  ». 

La  conclusion  à  laquelle  il  est  arrivé  est  une  conclusion  négative  ;  il 
nse  que  «  les  coutumiers  celtiques  n'ont  pu  entrer  que  pour  une  très 
ble  part  dans  la  formation  de  notre  ancien  droit...  Tout  en  effet  dans 
tre  ancien  droit  s'explique  sans  qu'il  soit  besoin  de  remonter  aux 
ltes.  La  Gaule  était  devenue  romaine  quand  les  Germains  s'y  établirent. 
;pouillant  alors  cette  forme  romaine,  elle  prend  une  forme  germanique. 
1  féodalité,  fille  elle-même  du  germanisme,  se  constitue  et  donne 
core  à  la  France  une  forme  nouvelle.  Mais  aux  xne  et  xme  siècles,  il 
fait  une  renaissance  ;  les  villes  s'affranchissent  ;  la  royauté  reprend 
■ce  ;  l'étude  restaurée  du  droit  romain  présente  aux  légistes  le  spectacle 
ine  société  qui  contraste  singulièrement  avec  celle  qu'ils  ont  sous  les 
ux.  Ils  n'ont  plus  dès  lors  qu'une  pensée  :  c'est  de  faire  rentrer  la 
ance  dans  le  moule  de  la  société  romaine.  Droit  romain,  germanisme, 
)dalité,  romanisme  restauré,  voilà  le  drame  qui  se  déroule  dans  l'his- 
re  du  droit  français.  Voilà  de  quels  éléments  fut  formé  par  le  génie 


108  Bibliographie. 

national  le  droit  qui  régissait  la  France  avant  la  Révolution.  Tout  au 
plus  pourrait-on  découvrir  quelques  atomes  d'élément  celtique  dans  le 
droit  comme  dans  la  langue.  —  L'époque  celtique  n'est  donc  pas  le  vrai 
commencement  de  l'histoire  du  droit  français  :  elle  n'en  est  que  la  pré- 
face. » 

Bien  que  ce  résultat  soit  tout  négatif,  M.  de  V.  a  voulu  faire  con- 
naître à  ses  lecteurs  la  longue  suite  d'études  qui  l'ont  conduit  là  ;  et  il  les 
a  emmenés  à  la  recherche  du  droit  celtique  comme  saint  Brandan  emme- 
nait ses  compagnons  à  la  recherche  de  la  «  terre  de  promission  ».  Ce 
n'est  pas  sans  raison  que  nous  le  comparons  à  saint  Brandan  ;  car, 
comme  ce  saint,  il  a  fait  beaucoup  de  haltes  et  beaucoup  de  détours. 
Son  livre  est  partagé  en  quatre  parties  :  I.  Les  temps  primitifs  de  la 
Gaule  ;  —  II.  Les  Gaulois  dans  les  temps  historiques,  dans  les  temps 
anciens  ;  —  III.  Les  peuples  de  langue  celtique  ;  leur  histoire,  leurs 
vieilles  littératures  ;  —  IV.  Les  problèmes,  c.-à-d.  les  origines  de  la 
Gaule,  le  druidisme,  et  le  droit  des  différents  peuples  celtiques.  Cette 
division  n'est  pas  sans  troubler  le  lecteur  :  elle  amène  M.  de  V.  à  parler 
en  deux  endroits  d'un  même  sujet;  c'est  le  cas  de  la  religion  des  Gaulois; 
c'est  le  cas  des  peuples  néo-celtiques  dont  l'histoire  politique  et  litté- 
raire est  séparée  de  l'exposé  de  leurs  institutions.  On  préférerait,  telle 
est  du  moins  notre  impression,  trouver  ensemble  et  d'une  seule  teneur 
ce  qui  touche  le  même  peuple. 

Le  livre  de  M.  de  V.  est  de  ceux  qui  embarrassent  la  critique,  parce 
que  si  elle  trouve  à  louer,  elle  trouve  aussi  à  reprendre.  Il  faut  louer 
l'entreprise  hardie  de  résumer  en  seul  volume  ce  que  l'on  sait  de  l'his- 
toire, de  la  littérature  et  du  droit  de  tous  les  peuples  celtiques  anciens 
et  modernes,  synthèse  que  les  plus  savants  n'avaient  pas  encore  osée  et 
qui  demandait  des  recherches  dans  les  sens  les  plus  divers  :  il  faut  louer 
le  talent  d'écrivain  avec  lequel  M.  de  V.  intéresse  le  lecteur  jusque  dans 
les  détails  les  plus  ardus.  Les  défauts  du  livre  sont  la  conséquence  de 
l'entreprise  elle-même  :  embrassant  un  sujet  aussi  immense  et  ne  s'étant 
pas  préparé  par  l'étude  des  langues  celtiques,  M.  de  V.  n'a  pas  réussi  à 
en  dominer  toutes  les  parties  :  il  est  des  documents  dont  il  n'a  pas  tiré 
tout  le  parti  possible,  il  en  est  d'autres  'notamment  pour  l'Irlande),  dont 
l'existence  lui  est  restée  inconnue.  Sur  plusieurs  points,  il  soutient  des 
opinions  qui  nous  paraissent  en  contradiction  avec  l'état  de  la  science  '  ; 

i.  Donnons-en  quelques  exemples  :  —  P.  307.  Il  n'y  a  plus  qu'un  drame  comique. 
—  P.  359.  L'hypothèse  que  les  Pietés  seraient  des  Scandinaves  est  toute  gratuite  et 
contraire  à  ce  fait  que  les  mots  cités  comme  pietés  sont  incontestablement  d'un  dialecte 
britannique.  —  P.  3S7.  Hu  le  Puissant  (Hu  Gadarn),  bien  loin  d'être  une  divinité  cel- 
tique, est  un  personnage  de   nos  romans  de  chevalerie  français,  qui  a  pénétré  avec  eux 


Bibliographie.  109 

ce  qui  touche  la  religion  des  Gaulois,  il  a  tenu  trop  peu  de  compte 

s  résultats  de  l'archéologie  et  de  l'épigraphie. 

Malgré  ces  défauts,  l'ouvrage  de  M.  de  V.  est  un  des  meilleurs  qui 

art  été  écrits  pour  le  grand  public  sur  les  choses  celtiques,  et  il  faut 

,  recommander  la  lecture  surtout  dans  le  pays  où  le  système  ethno- 

aphique  de  M.  Amédée  Thierry,  et  les  théories  mystiques  de  MM.  Jean 

;ynaud  et  Henri  Martin  ont  encore  tant  d'autorité.  En  ce  qui  touche 

;  peuples  néo-celtiques,  on  y  trouvera  résumées  leur  histoire  et  leurs 

>titutions,  et  pour  le  pays  de  Galles  notamment,  les  pages  que  lui  a 

nsacrées  M.  de  V.  sont  ce  qu'il  y  a  de  plus  complet  et  de  plus  exact 

ns  notre  langue.  —  L'ouvrage  de  M.  de  V.  n'a  pas  la  prétention  de 

nouveler  son  sujet,  mais  de  le  vulgariser;  aussi,  malgré  ses  lacunes, 

ut-on  le  recommander  comme  une  utile  introduction  à  l'étude  des 

oses  celtiques. 

H.  G. 

1  cité  gauloise  selon  l'histoire  et  les  traditions,  par  J.  G.  Bulliot, 
président  de  la  société  éduenne,  et  J.  Roidot,  président  du  tribunal 
civil  d'Autun,  286  p.in-8.  Autun,  Dejussieu;  Paris,  Champion,  1879. 
Prix  :  6  fr. 

De  ces  deux  savants  d'Autun,  l'un,  M.  Bulliot,  est  bien  connu  des 
chéologues  et  de  nos  lecteurs  par  ses  fructueuses  fouilles  de  Bibracte. 
objet  de  leurs  recherches  a  été  d'  «  esquisser  les  traits  principaux 
jne  cité  gauloise,  en  étudiant  rapidement  sa  civilisation,  sa  constitu- 
ai, ses  mœurs,  son  agriculture,  ses  constructions,  au  moment  où  César 
tra  dans  la  Gaule,  l'an  59  avant  Jésus-Christ.  »  Leur  livre,  écrit  avec 
ent  et  composé  avec  goût,  est  d'une  lecture  plus  attrayante  que  ne 
nt  souvent  les  ouvrages  d'érudition  ;  on  y  sent  un  esprit  philosophique 
bitué  à  comparer,  ayant  le  sens  des  époques  barbares  et  cette  intui- 
n  du  véritable  historien  qui  refait  un  tableau  avec  quelques  traits  que 
temps  a  épargnés.  Ils  se  sont  également  permis,  avec  grand'raison 
Ion  nous,  de  ces  rapprochements  avec  tel  ou  tel  peuple  barbare  ou 
uvage  qui  éclairent  d'un  trait  tout  un  état  social. 
La  plus  grande  partie  du  volume  est  consacrée  à  l'étude  de  la  cité, 
•à-d.  de  la  tribu  ou  peuplade,  du  pagus,  que  MM.  B.  et  R.  traduisent 
rdiment  par  «  clan  »,  de  l'oppidum  militaire,  de  l'oppidum  commer- 

par  eux  dans  le  pays  de  Galles.  —  P.  397.  La  croyance  aux  fées  n'est  pas  particu- 
■e  à  la  Bretagne  ni  aux  pays  celtiques.  Tout  au  plus  peut-on  dire  qu'elle  s'y  est 
eux  conservée  qu'ailleurs.  —  P.  $03.  Les  monuments  de  l'ancienne  langue  irlandaise 
se  bornent  pas  aux  gloses  publiées  par  M.  Nigra,  comme  M.  de  V.  peut  s'en  con- 
ncre  en  lisant  la  préface  de  Zeuss  ou  en  feuilletant  les  Goidilica  de  M.  Stokes. 


1 1  o  Bibliographie. 

cial  ou  emporium  et  du  dunum.  Ils  montrent  que  c'est  exagérer  que 
d'employer  notre  mot  «  ville  »  pour  traduire  le  terme  d'urbs  les  rares 
fois  que  César  l'emploie  pour  la  Gaule.  Ce  n'est  qu'un  lieu  habité,  un 
vicus.  «  Les  villes  celtiques  ne  sont  qu'une  illusion.  Il  n'y  a  pas  de  villes 
chez  les  peuples  dont  les  notions  d'architecture  se  bornent  à  des  maisons 
de  bois.  La  Gaule  centrale,  au  temps  de  César,  ne  renferme  pas  plus 
de  villes  que  la  Germanie  »,  p.  139. 

MM.  B.  et  R.  ont  décrit  la  cité  gauloise  «  d'après  l'histoire  et  les 
traditions  ».  Les  traditions,  ce  sont  pour  eux,  d'abord,  les  superstitions 
et  usages  du  Morvan  —  nom  moderne  de  l'ancien  pays  éduen,  —  une 
des  régions  de  la  France  où  les  anciens  souvenirs  se  sont  le  mieux  con- 
servés :  ils  ont  pensé  à  juste  titre  que  ces  nombreuses  pratiques  auprès 
des  sources  ou  des  dolmens  se  faisaient  aussi  au  temps  des  Gaulois,  et 
que  pour  le  paysan  qui  attribue  au  prêtre  certains  dons  surnaturels,  le 
prêtre  a  simplement  remplacé  le  druide.  Ce  sont  aussi  les  traditions  des 
autres  pays  celtiques,  mais  représentées  pour  l'Irlande  par  la  Vie  de 
saint  Patrice  et  un  article  sur  le  premier  volume  des  Lois  des  Brehons, 
pour  la  Bretagne  et  le  pays  de  Galles,  par  les  publications  de  M.  de  la  Vil- 
lemarqué.  C'est  dire  que  leur  champ  de  comparaison  était  assez  borné  et 
que  dans  plus  d'un  cas  ils  ont  employé  des  documents  d'une  antiquité  ou 
d'une  authenticité  contestables.  Ainsi  nous  ne  pouvons  admettre  qu'ils 
représentent  les  Gaulois  dansant  la  «  danse  de  l'épée  »  du  Barzaz  Breiz 
(p.  173),  ni  qu'ils  aillent  chercher  la  doctrine  des  Druidesni  même  quel- 
que chose  de  rapprochant  dans  un  chant  de  Taliésin  (p.  239)  et  encore 
moins  dans  le  prétendu  mystère  des  Bardes  de  l'ile  de  Bretagne  qu'ils 
appellent,  on  ne  sait  trop  pourquoi,  «  le  livre  des  Runes  ».  Ils  ont  éga- 
lement le  tort  de  regarder  comme  un  pur  produit  du  génie  celtique  ces 
Lois  d'Howell  le  Bon  (p.  ri)  qui  sont  mélangées  d'éléments  romains  et 
saxons.  Nous  n'acceptons  pas  non  plus  ce  qu'ils  disent  (p.  231-2)  du 
caractère  sombre  de  la  mythologie  celtique  :  les  sacrifices  humains  sont 
à  l'origine  de  mainte  religion,  et  quant  aux  «  gracieuses  fictions  de 
la  mythologie  payenne  »  qui  servent  de  repoussoir  aux  génies  des  Celtes, 
il  ne  faut  pas  oublier  que  ce  sont  les  poètes  et  les  artistes  qui  les  ont 
rendues  si  «  gracieuses  ». 

Nous  pourrions  aussi  relever  quelques  détails  dans  l'emploi  des  témoi- 
gnages de  l'antiquité  :  MM.  B.  et  R.  identifient  (en  passant,  du  reste) 
les  Cimbres  et  les  Kimris  (p.  181)  ;  ils  font  d'Ésus  «  le  Dieu  suprême  » 
(p.  232)  ;  et  d'après  qui  assurent-ils  qu'il  «  s'appelait  encore  «  le  sei- 
gneur des  chênes  »  au  temps  de  César  et  de  Lucain  »  [ibid.)  ?  Peut-être 
aussi  ne  faut-il  pas  prendre  à  la  lettre  ce  que  Tacite  fait  dire  à  Boa- 


Bibliographie.  1 1 1 

licée  :  «  L'herbe  suffit  à  notre  nourriture,  l'eau  à  notre  boisson,  l'arbre 
i  notre  toit  »  (p.  24).  Si  causidici  qu'aient  été  les  Bretons  avant  la  con- 
[uête  romaine,  ce  langage  sent  pourtant  trop  la  rhétorique. 

Ces  critiques  de  détail  ne  diminuent  en  rien  notre  estime  pour  l'ou- 
vrage si  remarquable  et  si  attachant  des  deux  savants  éduens.  Ces 
rnibres  sont  plus  que  compensées  par  la  lumière  qu'ils  ont  jetée  sur  leur 
ujet.  Le  bon  ordre  des  matières  et  la  clarté  de  l'exposition  sont  des 
nérites  dont  il  faut  particulièrement  tenir  compte  aux  érudits. 

H.  G. 


études  sur  les  idiomes  pyrénéens  de  la  région  française,  par 

Achille  Luchaire,  maître  de  conférences  d'histoire  et  de  langues  de 
la  France  méridionale  à  la  Faculté  des  lettres  de  Bordeaux,  x.n-373  p. 
in-8  avec  une  carte.  Paris,  Maisonneuve,  1879. 

Ce  nouvel  ouvrage  de  M.  L.  peut  être  regardé  à  certains  égards  comme 
e  développement,  à  d'autres  comme  la  continuation  de  ses  Origines  lin- 
guistiques de  l'Aquitaine  dont  nous  avons  parlé  plus  haut  (t.  III,  p.  468). 
..es  deux  derniers  tiers  du  volume  sont  consacrés  à  la  langue  basque  et 
iux  patois  gascons  :  le  premier  tiers  traite  principalement  des  noms  de 
>ersonnes  et  de  divinités  indigènes  dans  les  inscriptions  latines  des  Py- 
énées.  M.  L.  a  une  liste  fort  étendue  de  ces  noms  (elle  forme  241  nos) 
:t  il  en  a  essayé  l'analyse.  Par  des  rapprochements  avec  les  noms  des 
nscriptions  des  pays  gaulois,  il  rend  vraisemblable  la  celticité  de  plu- 
lieurs  de  ces  noms,  sinon  de  «  la  très  grande  majorité  »,  comme  il  le 
lit  lui-même.  M.  L.  fait  remarquer  un  fait  qui  concilie  cette  opinion  avec 
es  données  générales  de  l'ancienne  ethnographie  pyrénéenne.  «  Ce 
'ésultat,  dit-il,  s'explique  en  partie  si  l'on  songe  que  la  plupart  des  ins- 
:riptions  étudiées  proviennent  des  vallées  du  Comminges,  où  l'élément 
ectosage  a  dominé,  comme  y  prévalut  aussi  plus  tard  l'élément  romain, 
\  cause  du  voisinage  des  eaux  minérales  et  des  grandes  carrières  de 
narbre.  L'absence  ou  l'extrême  rareté  des  inscriptions  funéraires  ou 
votives  dans  le  plus  grand  nombre  des  vallées  pyrénéennes  tient  aux 
habitudes  de  la  population  aquitanique  primitive,  qui  ne  pratiquait  pas  la 
:outume  romaine  ou  gallo-romaine  de  graver  sur  le  marbre  le  souvenir 
adressé  au  défunt  ou  à  la  divinité.  Les  quelques  indigènes  de  nom  aqui- 
:ain  que  nous  font  connaître  les  inscriptions,  étaient  en  contact  direct 
îvec  les  grands  centres  gallo-romains  de  la  chaîne  et  avaient  adopté  les 
:outumes  des  conquérants.  »  Cette  observation  est  fort  juste. 

H.  G. 


I  12 


Bibliographie. 


Esquisse  de  la  religion  des  Gaulois  avec  un  appendice  sur  le  dieu 
Encina,  par  H.  Gaidoz  (Extrait  de  V  Encyclopédie  des  sciences  religieuses, 
t.  V),  24  p.  in-8.  Paris,  Fischbacher,  1879.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Dans  ces  quelques  pages,  M.  G.  a  donné  un  bon  résumé  de  ce  que 
l'on  connaît  sur  la  religion  et  sur  les  prêtres  des  Gaulois.  Cette  esquisse 
est  le  programme  d'un  livre  qu'il  fera  peut-être  un  jour  ;  il  ne  le  promet 
pas,  mais  nous  l'espérons.  Ses  appréciations,  qui  nous  paraissent  justes, 
démontrent  qu'il  voit  sous  son  vrai  jour  ce  problème  difficile,  dont  la 
solution  ne  peut  être  exposée  qu'à  la  condition  de  s'appuyer  sur  des  faits 
et  de  s'abstenir  de  la  fureur  des  hypothèses  qui  a  égaré  les  celtomanes. 
Cette  brochure  est  terminée  par  une  surprise  très  piquante  qui  prouve 
où  peut  mener  l'abus  des  étymologies,  surtout  lorsqu'on  les  emploie  à 
expliquer  une  langue  à  peine  connue.  C'est  une  lettre  d'un  savant  étran- 
ger, aujourd'hui  décédé,  qui,  à  l'aide  de  l'irlandais,  du  gallois  et  du 
comique,  a  déterminé  le  nom  gaulois  d'une  divinité,  d'après  une  gra- 
vure. Malheureusement,  ce  nom  est  la  signature  de  l'artiste  qui  a  exécuté 
la  gravure  '. 

A.  DE  B. 

Kurzgefasste  Irische  Grammatik  mit  Lesestùcken,  von  Ernst 
Windisch,  x-149  p.  in-8.  Leipzig,  Hirzel,  1879.  p"x  :  4mk.  (5  fr.). 

En  publiant  cette  grammaire  résumée  de  l'ancien  irlandais,  M.  W.  a 
rendu  un  service  signalé  aux  études  celtiques.  Nous  ne  voulons  pas 
rabaisser  l'œuvre  monumentale  de  Zeuss,  mais  sa  Grammatica  celiica  est 
d'une  lecture  pénible  et  les  règles  y  sont  souvent  noyées  dans  les 
exemples.  Le  but  de  M.  W.  a  été  de  résumer  les  règles  de  l'ancien 
irlandais,  en  ne  donnant  d'exemples  que  ce  qu'il  faut  pour  faire  com- 
prendre celle-ci.  Peut-être  est-il  tombé  dans  l'excès  contraire,  et  a-t-il 
trop  condensé  certaines  parties,  le  pronom  par  exemple,  à  notre  avis. 
En  tout  cas  l'œuvre  de  M.  W.  est  destinée  à  rendre  l'étude  de  l'ancien 
irlandais  beaucoup  plus  abordable  et  plus  prompte  :  elle  ouvre  une  grande 
route  dans  une  forêt  où  il  n'y  avait  encore  que  des  sentiers  perdus 
souvent  dans  les  broussailles. 

La  grammaire  se  termine  par  quelques  morceaux  choisis  et  un  glos- 
saire pour  l'intelligence  de  ces  morceaux.  M.  W.  a  parfois  jugé  inutile 
d'enregistrer  dans  ce  glossaire  des  formes  verbales  qui  se  trouvent  citées 


1 .  Ce  nom  est  celui  d'Encina,  qui  figure  au  bas  d'une  gravure  qu'on  trouvera  à  la 
p.  2  du  tome  1  de  la  Revue  Celtique. 


Bibliographie.  1 1 3 

dans  la  grammaire  :  il  serait  néanmoins  plus  commode  pour  l'étudiant 
de  les  trouver  de  nouveau  à  leur  ordre  alphabétique.  Plus  d'un  lecteur 
novice  aimerait  aussi  à  trouver  la  table  des  abréviations  des  titres  de 
mss.  cités  dans  l'ouvrage  et  dans  les  morceaux  choisis. 

On  ne  saurait  être  trop  clair  dans  une  œuvre  destinée  aux  débutants. 
Après  avoir  dit  que  l'infinitif  irlandais  gouverne  le  génitif  (p.  97),  M.  W. 
cite  comme  exemple  ro  pad  maith  lim-sa  labrad  ilbelre  dûib-si,  et  il  tra- 
duit :  «  esset  acceptum  mihi  vos  loqui  multas  linguas  ».  Est-ce  que  l'al- 
lemand même  ne  pourrait  pas  fournir  un  décalque  de  la  phrase  irlan- 
daise ?  Par  exemple  «  Das  Reden  vieler  Sprachen  bei  Euch  waere  mir 
angenehm  ».  M.  W.  cite  plusieurs  fois  des  idiotismes  français  qui  cor- 
respondent à  des  idiotismes  irlandais.  On  pourrait  en  augmenter  le 
nombre  :  P.  43,  la  phrase  irlandaise  citée  §  184  se  traduit  littéralement 
en  français  «  celui  d'entre  vous  qui  est  plus  fort  tue  l'autre  ».  —  P.  98, 
§  366,  en  français  comme  en  irlandais  l'infinitif  peut  se  construire  après 
la  proposition  :  iar  n-aîlugud  buide  do  Dia  «  après  avoir  rendu  grâce  à 
Dieu  »  ;  ria-n-dul  don  cath  «  avant  d'aller  au  combat  »  ;  bdtar  oc  61  «  ils 
étaient  à  boire  ».  —  P.  107,  §  392,  à  la  formule  irlandaise  dûs  in 
(=  do  fius  in)  correspond  tout  à  fait,  mais  dans  le  français  populaire,  la 
formule  savoir  si  dans  le  sens  de  est-ce  que. 

M.  W.  a  communiqué  à  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  qui  l'a  publiée 
dans  la  Revue  critique  (n°  du  19  avril  1879,  p.  297),  une  liste  d'errata 
que  nous  croyons  utile  de  reproduire  ici  : 

P.  130  manque  césad  «  souffrir  ». 

Ibid.  s.  v.  cldr,  lire  clar-lestar. 

P.  1 32  s.  v.  cuindrigium,  lire  VI,  9. 

Ibid.  s.  v.  ddl,  au  lieu  de  can  ddil,  lire  do  cach  ddil. 

P.  133  col.  2  1.  1 ,  lire  dia,  s.  do. 

P.  136  lire  fdidim  pour  faidil. 

Ibid.  manque  Find  Finn  ;  do  ind  =  do  Find  IV,  7. 

P.  140  manque  Laigin,  gen.  Laigen,  Lagenienses  ihabitants  du 
Leinster). 

P.  146  manque  sirim  ich  suche  '. 

A  ces  errata,  nous  en  joindrons  quelques-uns  de  peu  d'importance. 

P.  46,  1.  6,  lire  si. 

P.  47,  dans  le  tableau  des  prépositions,  lire  ocainn,  frinn,  triun  ; 
M.  W.  donnant  les  autres  cas  et  les  autres  prépositions  sans  les  notae 

1.  En  publiant  ces  errata,  M.  d'Arbois  de  Jubainville  donnait  de  son  côté  cette  correc- 
tion :  erhcert  pour  erhcp.lt  p.  57,  1.  13.  Nous  avouons  ne  pas  comprendre  cette  prétendue 
correction  qui  rend  la  phrase  de  M.  W.  vide  de  sens. 

Rev.  Celt.  IV  8 


N4  Bibliographie. 

augentes,  il  serait  bon,   pour  la  symétrie  du  tableau,  de  supprimer 

celles-ci  dans  les  mots  que  nous  citons. 

P.  65,1.  22,  lire  obtulerunt. 

P.  67,  1.  3  avant  la  fin,  lire  Prses. 

P.  117,  n°  47,  lire  n-amreid. 

P.  118,  fragment  II,  si  M.  W.  rétablit  Lochlind,  au  moins  devrait-il 
dire  en  note  que  le  ms.  porte  lothlind,  comme  l'affirme  M.  Nigra  (Reli- 
quie  celtiche  I,  p.  191.  M.  Nigra  donne  aussi,  à  l'avant-dernier  vers, 
chail  et  chlaim  comme  lecture  du  ms.  où  W.  écrit  chuil  et  chluim.  — 
Dans  le  même  vers  lire  ro-is  ou  rois  au  lieu  de  ro  is. 

Nous  sommes  heureux  de  terminer  cet  article  en  annonçant  que  M.  W. 
achève  d'imprimer  une  chrestomathie  irlandaise  avec  un  copieux  glos- 
saire. Ce  glossaire  sera  le  premier  dictionnaire  de  l'ancien  irlandais, 
œuvre  dont  les  érudits  sentent  si  vivement  le  besoin.  M.  W.  aura  ainsi 
ouvert  une  ère  nouvelle  pour  les  études  irlandaises,  et  on  ne  tardera  pas 
à  voir  les  heureuses  conséquences  de  sa  féconde  activité. 

H.  G. 

The  ancient  British  Church,  a  Historical  essay ,   by  John  Pryce, 

M.  A,  Vicar  of  Bangor,  xi-292  p.   pet.  in-8.  Londres,  Longmans. 

1878.  Prix  :  6  sh.  'j  fr.  50}. 
Cambria  Sacra,  or  the  History  of  the  early  Cambro-British  Christians, 

by  the  Rev.  Louis  Nedelec,  xxx-584  p.  in-8.  Londres,  Burns  et 

Oates,  1879.  Pfix  :  iosh.  6  d.  (13  fr.  ij). 

Un  des  sujets  mis  au  concours  de  l'Eisteddfod  de  1876  était  l'Histoire 
de  l'ancienne  église  bretonne  :  le  mémoire  couronné  a  été  celui  de 
M.  John  Pryce,  pasteur  à  Bangor,  que  son  auteur  publie  aujourd'hui. 
Au  milieu  des  luttes  religieuses  qui  animent  le  pays  de  Galles,  et  dans 
lesquelles  maint  polémiste  cherche  à  peindre  l'ancienne  église  bretonne 
des  couleurs  de  sa  propre  secte,  il  faut  louer  M.  P.  de  ne  s'être  inspiré 
que  de  l'amour  de  la  vérité  et  d'avoir  gardé  l'impartialité  qui  convient  à 
un  si  grand  sujet.  L'ancienne  église  bretonne  faut-il  le  dire  ici  r  était 
catholique,  mais  par  suite  de  son  isolement  elle  avait  gardé,  comme 
l'ancienne  église  d'Irlande,  certaines  pratiques,  certains  usages  aban- 
donnés sur  le  continent.  Ces  usages  furent  l'objet  d'un  grave  conflit 
lorsque  le  clergé  breton,  c.-à-d.  gallois,  se  trouva  en  contact  avec  les 
missionnaires  romains  qui  avaient  converti  les  Saxons,  et  lorsque  ces 
missionnaires  voulurent  établir  l'unité  de  rite  dans  toute  la  Grande- 
Bretagne  et  ne  faire  qu'une  église  de  l'ancienne  église  bretonne  et  de  la 
nouvelle  église  saxonne.  Mais  l'hostilité  des  races,  compliquant  la  ques- 


Bibliographie.  1 1 5 

tion  ecclésiastique,  rendait  l'accord  plus  difficile.  En  fait,  ce  furent  les 
victoires  des  rois  saxons  qui  triomphèrent  de  ces  résistances  et  réduisirent 
les  évêques  bretons  à  reconnaître  la  suprématie  du  siège  de  Cantorbéry. 

L'étude  de  M.  P.  est  approfondie  et  puisée  aux  sources  :  nous  nous 
étonnons  seulement  qu'il  n'ait  pas  profité  des  anciennes  inscriptions 
chrétiennes  de  la  Grande-Bretagne  publiées  en  1876  à  Berlin  par 
M.  Hùbner,  et,  avant  cette  époque,  éparses  pour  le  plus  grand  nombre 
dans  VArchœologia  Cambrensis.  D'autre  part,  il  donne  un  peu  trop  d'im- 
portance aux  Triades,  et  quand  il  cite  (p.  7,  n.)  le  jugement  de  Stephens 
d'après  son  histoire  de  la  littérature  galloise,  il  paraît  ignorer  le  travail 
de  beaucoup  postérieur  de  ce  savant  sur  les  Triades,  publié  dans  le 
Beirniad  de  1 86  5 . 

Nous  aurions  aussi  voulu  qu'il  essayât  de  développer  davantage  ce 
qui  touche  à  la  vie  intérieure  de  l'ancienne  église  bretonne,  et  qu'il 
donnât  quelques  détails  sur  l'art  ecclésiastique  de  l'ancien  pays  de  Galles. 
Ces  réserves  ne  nous  empêchent  pas  de  reconnaître  la  sincérité  et  la 
valeur  de  l'histoire  de  M.  Pryce. 

L'ouvrage  de  M.  Nedelec  traite  le  même  sujet,  mais  à  un  point  de 
vue  tout  différent.  Comme  son  nom  l'indique,  l'auteur  est  breton  :  il  est 
prêtre,  il  appartient  au  clergé  catholique  de  Cardiff,  dans  le  sud  de 
Galles.  La  présence  d'un  prêtre  breton  dans  une  communauté  de  catho- 
liques gallois  forme  un  pendant  aux  missions  protestantes  de  pasteurs 
gallois  dans  notre  Basse-Bretagne.  L'ouvrage  de  M.  l'abbé  N.  n'est  pas 
un  ouvrage  d'érudition  :  l'auteur  ne  s'est  servi  que  de  travaux  de  seconde 
main.  C'est  un  livre  de  vulgarisation  et  de  propagande  où  M.  l'abbé  N. 
s'attache  à  démontrer,  —  si  inutile  que  cette  tâche  puisse  paraître  à  nos 
lecteurs,  —  que  l'ancienne  église  bretonne  était  catholique  et  non  pro- 
testante. Ce  caractère  de  propagande  et  d'édification  qui  domine  son 
ouvrage  est  l'excuse  de  l'auteur  pour  entremêler  son  récit  de  digressions, 
p.  ex.  sur  la  nécessité  pour  l'Angleterre  de  revenir  au  catholicisme 
(p.  87)  ou  sur  le  ritualisme  et  la  confession  (p.  m  81,  ou  encore  un  conte 
breton  d'après  Souvestre  (p.  1 39).  Au  point  de  vue  de  la  critique  histo- 
rique, on  pourrait  lui  reprocher  d'accepter  trop  aisément  de  pieuses 
légendes,  comme  le  voyage  en  Grande-Bretagne  de  saint  Pierre,  saint 
Paul  et  Joseph  d'Arimathie,  et  l'histoire  du  roi  Lucius.  C'est  sans  doute 
par  sa  facilité  à  accepter  les  faits  les  moins  prouvés  que  M.  l'abbé  N. 
fait  naître  saint  Patrice  en  372  en  Armorique,  à  Pontaven,  dans  le 
Finistère.  La  plus  grande  partie  du  volume  est  occupée  par  la  vie  des 
saints  de  l'ancienne  église  bretonne. 

H.  G. 


1 1 6  Bibliographie. 

Lectures  on  Welsh  Philology.  By  John  Rhys,  M. A.,  Professor  of 
Celtic  at  Oxford,  Hon.  Tutor  of  Jésus  Collège,  late  Fellow  of  Merton 
Collège,  perpétuai  Member  of  the  Paris  Philological  Society,  Corres- 
ponding  Member  of  the  Esthonian  Society  of  University  of  Dorpat. 
Second  Edition.  Revised  and  Enlarged.  xiv-466  p.  in-8.  Londres, 
Trùbner,  1879.  Prix  :  15  sh.  (18  fr.  7$). 

Une  seconde  édition  au  bout  de  dix-huit  mois,  voilà  une  preuve  et  du 
mérite  de  l'ouvrage  de  M.  Rhys  et  de  l'intérêt  que  la  philologie  galloise 
trouve  aujourd'hui  auprès  du  public  d'outre-Manche.  M.  d'Arbois  de 
Jubainville  a  donné  ici  même  (t.  III,  p.  280-5)  un  compte-rendu  détaillé 
de  ce  livre,  à  propos  de  la  première  édition,  et  après  lui  nous  n'aurions 
que  peu  de  chose  à  dire.  M.  R.  a  retouché  son  ouvrage,  mais  par  le 
détail  :  il  en  a  maintenu  toutes  les  théories. 

Les  critiques  présentées  par  M.  d'A.  de  J.  sur  l'origine  ethnogra- 
phique des  inscriptions  oghamiques  du  pays  de  Galles  conservent  à  notre 
avis  toute  leur  force  ;  d'autant  qu'aux  arguments  présentés  par  M.  d'A. 
de  J.  on  peut  ajouter  ce  fait  que  la  tradition  de  l'écriture  oghamique 
s'est  conservée  en  Irlande,  tandis  que  le  pays  de  Galles  n'en  présente 
pas  de  traces.  Mais  nous  avouons  que  sur  une  question  aussi  neuve  il  y 
a  matière  à  discussion.  Quoi  qu'il  puisse  en  advenir,  quand  les  matériaux 
seront  plus  nombreux,  quand  on  sera  certain  de  la  lecture  de  ces  ins- 
criptions, M.  R.  n'en  aura  pas  moins  fait  faire  un  grand  pas  à  ce  pro- 
blème. Il  a  réuni  les  inscriptions  oghamiques  et  les  inscriptions  latino- 
chrétiennes  du  pays  de  Galles,  et  s'il  a  été  devancé  par  M.  Hubner 
dans  la  publication  de  la  plupart  de  ces  inscriptions,  il  n'en  a  pas  moins 
le  mérite  d'avoir  frayé  la  voie. 

Nous  regrettons  que  M.  R.  n'ait  pas,  suivant  le  conseil  de  M.  d'A.  de 
J.,  donné  une  table  de  concordance  entre  son  numérotage  des  inscrip- 
tions et  celui  de  M.  Hubner.  Les  deux  ouvrages  se  complétant  l'un 
l'autre  pour  l'étude  des  inscriptions  chrétiennes  du  pays  de  Galles, 
M.  R.  eût  évité  une  grande  perte  de  temps  à  ses  lecteurs  en  donnant 
cette  courte  référence.  Les  citations  seront  même  dans  l'avenir  d'autant 
plus  laborieuses  et  plus  périlleuses  que  M.  R.  n'a  pas  gardé  son  propre 
numérotage  de  la  première  édition.  Il  a  détruit  ce  numérotage  pour  y 
insérer  à  leur  ordre  géographique  les  inscriptions  découvertes  dans  l'in- 
tervalle de  ses  deux  éditions  ice  sont  ses  n°*  5,  7,  1  $,  39,  52,  79,  90, 
10 1)  :  il  eût  pourtant  été  bien  aisé  de  donner  à  ces  nouvelles  inscrip- 
tions des  nos  bis.  Ils  dédaignent  vraiment  trop  leurs  lecteurs,  les  auteurs 
dont  les  livres  traversent  plusieurs  éditions,  quand  ils  modifient  inutile- 


Bibliographie.  1 17 

ment  des  dispositions  de  chiffres  qui  facilitent  les  citations  et  les  recher- 
ches. —  Ajoutons,  pour  compenser  cette  critique,  que  la  nouvelle 
édition  contient  une  série  très  complète  d'indices  des  mots  cités. 

Si  nous  nous  bornons  à  des  critiques,  c'est  que  l'éloge  de  M.  R. 
serait  banal  dans  une  revue  qu'il  honore  de  sa  collaboration  et  qu'il  a 
enrichie  d'importants  et  remarquables  articles. 

H.  G. 

Sechs  Bearbeitungen  des  altfranzœsischen  Gedichts  von  Karls 
des    Grossen    Reise    nach     Jérusalem    und    Constantinopel 

herausgegeb.  von  Dr.  Eduard  Koschwitz,  Privatdocenten  a  d.  Uni- 
versitaet  Strassburg.  xix-186  p.  pet.  in-8.  Heilbronn,  Henninger, 
1879.  Pr'x  :  $  mk-  40  (7  fr.). 

Dans  notre  précédent  volume  p.  287},  M.  Rhys  a  rendu  compte  d'un 
travail  de  M.  Koschwitz  où  se  trouvaient  cités  des  fragments  de  la  ver- 
sion galloise  du  voyage  de  Charlemagne  à  Constantinople.  Aujourd'hui, 
M.  K.  publie  six  versions  de  cette  histoire  choisies  parmi  les  plus 
anciennes,  deux  islandaises,  trois  françaises,  et  la  version  galloise  du 
livre  rouge  d'Hergest  dont  il  avait  été  question  plus  haut.  C'est  par  ce 
point  seulement  que  nous  appartient  le  nouvel  ouvrage  de  M.  K.  C'est 
M.  Rhys  qui  a  obligeamment  fourni  à  M.  K..  la  copie  du  texte  gallois  et 
la  traduction  en  langue  anglaise  qui  l'accompagne.  C'est  dire  que  cette 
édition  ne  laisse  rien  à  désirer  comme  fidélité  et  comme  exactitude. 
Cela  fait  un  texte  moyen-gallois  de  plus  sorti  des  manuscrits  et  donné 
au  public.  Ce  n'est,  comme  on  peut  le  penser,  qu'une  imitation  du 
récit  français  du  voyage  de  Charlemagne  à  Jérusalem  et  à  Constanti- 
nople ;  il  contient  quelques  détails  assez  libres,  comme  c'est  le  cas  de  la 
littérature  du  moyen  âge,  et  on  fait  en  le  lisant  la  réflexion  que  les  Gal- 
lois du  moyen  âge  n'étaient  pas  aussi  pudibonds  que  ceux  d'aujourd'hui. 

H.  G. 

Poèmes  bretons  du  moyen  âge,  publiés  et  traduits  d'après  l'incu- 
nable unique  de  la  Bibliothèque  nationale,  avec  un  glossaire-index, 
par  le  vicomte  Hersart  de  la  Villemarqué,  membre  de  l'Institut, 
284  p.  in-8.  —  Paris,  Didier,  1879. 

Notre  éminent  collaborateur  M.  d'Arbois  de  Jubainville  a  parlé  ici 
même  >t.  III,  p.  293-5)  de  la  réédition  avec  traduction  du  «  Trépas  de 
Madame  la  Vierge  Marie  »  publiée  par  M.  de  la  V.  dans  la  Revue  de 
Bretagne  et  de  Vendée.  Depuis,  M.  de  la  V.  a  publié  dans  le  même  recueil 
deux  autres  petits  poèmes  provenant  du  même  incunable,  l'un  «  les 


1 1 8  Bibliographie. 

quinze  joies  de  Marie  »,  l'autre  «  la  vie  de  l'homme  »,  sorte  de  poème 
macabre.  Le  savant  breton  a  fait  de  ces  divers  articles  un  tirage  à  part 
qui,  avec  une  étude  sur  les  sources  et  la  langue  de  ces  textes  et  un  glos- 
saire, forme  un  assez  fort  volume.  —  L'étude  sur  les  sources  se  borne 
au  «  Trépas  de  Madame  la  Vierge  Marie  »,  et  aux  divers  textes  de  ces 
antiques  légendes,  plus  spécialement  le  texte  latin  qui  a  servi  de  proto- 
type au  poète  breton  :  M.  de  la  V.  n'a  pas  retrouvé  les  sources  des  deux 
autres  poèmes,  dont  il  est  pourtant  vraisemblable  de  croire  qu'ils  sont 
également  imités  du  français  ou  du  latin.  —  Le  glossaire,  auquel  M.  de 
la  V.  a  donné  de  grands  soins,  est  fort  étendu  et  forme  un  complément 
d'autant  plus  utile  à  Lagadeuc  qu'il  donne  des  mots  omis  par  ce  dernier. 
M.  de  la  V.  a  souvent  cité,  comme  éclaircissement,  les  mots  congénères 
des  autres  langues  celtiques.  Il  les  donne  quelquefois  dans  une  ortho- 
graphe qui  n'est  pas  l'orthographe  ordinaire  ;  ainsi  pour  le  gallois  il  écrit 
ffydd  et  carennydh  ;  il  faudrait  choisir  entre  dd  et  dh,  et  même  à  notre 
avis  écrire  partout  dd,  puisque  cette  orthographe  a  prévalu  chez  les 

Gallois  eux-mêmes. 

H.  G. 

Zur  Volkskunde,  alte  und  neue  Aufsaetze  von  Félix  Liebrecht,  xiv- 
522  p.  in-8.  Heilbronn,  Henninger,  1879.  Prix  :  12  m.  (16  fr.). 

M.  L.  est  un  des  maîtres  de  la  science  des  traditions  comparées  ;  il  a 
beaucoup  écrit  sur  ces  matières,  éclaircissant  un  usage,  recherchant 
l'origine  d'un  conte,  d'une  chanson,  suivant  la  même  superstition  à  travers 
le  vaste  monde.  Tous  ses  articles  étaient  épars  dans  de  nombreuses 
revues  où  il  était  souvent  difficile  de  les  chercher.  On  l'a  heureusement 
décidé  à  réunir  en  gerbes  les  épis  qu'il  a  glanés  dans  le  champ  de  la 
mythographie  :  et  nous  espérons  que  le  volume  que  nous  annonçons  sera 
suivi  de  plusieurs  autres. 

Le  titre  de  ce  volume  indique  des  études  d'ethnographie,  mais  il  faut 
prendre  ce  mot  dans  son  sens  le  plus  large,  l'étude  des  traditions  et  des 
usages  des  peuples  et  de  ces  thèmes  littéraires  qui,  par  un  mode  de 
transmission  resté  encore  obscur,  se  rencontrent  chez  les  peuples  les 
plus  éloignés  par  la  race,  par  l'espace  et  par  le  temps.  Les  essais  réunis 
sous  ce  titre  traitent  de  contes,  de  chansons,  de  traditions,  de  mytholo- 
gie comparée,  de  superstitions,  usages  et  fêtes  populaires,  et  aussi  d'his- 
toire littéraire. 

Il  n'est  ni  pays  ni  époque  que  l'érudition  de  M.  L.  n'ait  mis  à  contri- 
bution, et  ce  ne  sont  pas  les  moins  piquants  de  ses  essais  ceux  où  il 
retrouve  les  mythes  germaniques  en  Perse  et  en  Amérique,  où  il  corn- 


Bibliographie.  1 1 9 

pare  des  usages  de  l'antiquité  grecque  et  latine  avec  ceux  de  notre 
temps.  Les  rapprochements  avec  les  traditions  et  usages  des  peuples 
celtiques  sont  fréquents;  M.  L.  en  fait  plus  d'une  fois,  autant  qu'il  en 
trouve  la  matière  dans  les  ouvrages  qui  ont  été  à  sa  disposition.  Mais 
la  littérature  celtique  étant  encore  peu  connue  et  peu  répandue  en  dehors 
d'un  cercle  étroit,  les  rapprochements  de  If.  L.  sont  moins  nombreux 
qu'ils  pourraient  l'être.  Si  nous  en  ajoutons  quelques-uns  ici,  ce  n'est 
pas  pour  critiquer  M.  L.,  c'est  pour  montrer  de  quel  secours  ses  travaux 
peuvent  être  aux  celtistes  qui  veulent  étudier  telle  ou  telle  tradition 
celtique. 

M.  L.  parle  fp.  280'  de  l'emploi  mystique  de  pierres  pour  maudire 
un  ennemi.  Il  n'est  pas  inutile  de  citer  à  ce  propos  une  incantation 
irlandaise  peu  connue  et  qui  est  ainsi  racontée  par  M.  Wakeman  dans  le 
Journal  of  the  Royal  Hist.  and  Arch.  Ass.  of  Ireland,  4e  sér.,  t.  III, 
p.  460  :  «  A  peculiar  manner  of  cursing,  one  at  least  that,  as  far  as  I 
know,  has  not  hitherto  been  recorded,  though  rapidly  dying  out,  still 
rather  entensively  prevails  in  Fermanagh.  It  is  called  the  Fire  of  Stones, 
and  the  malédiction  is  usually  fulminated  by  tenants  who  suppose  them- 
selves  to  be  in  danger  of  wrongful  éviction.  The  modus  operandi  isexlre- 
mely  primitive,  simple  and  original  ;  how  far  it  may  be  effective  it  is 
difficult  to  say.  The  plaintiff  if  I  may  use  the  termi  collects  from  the 
surrounding  fields  as  many  small  boulders  as  will  fill  the  principal  hearth 
of  the  holding  he  is  being  compelled  to  surrender.  Thèse  he  piles  in  the 
manner  of  turf  sods  arranged  for  firing  ;  and  then  kneeling  down  prays 
that  until  that  heap  burns  may  every  kind  of  sweet  bad  luck  and  mis- 
fortune  attend  the  landlord  and  his  family.  to  untold  générations.  Rising, 
he  takes  the  stones  in  armsful,  and  hurls  them  hère  and  there  in  loch, 
pool,  bog-hole,  or  stream,  so  that  by  no  possibility  could  the  collection 
be  recovered.  » 

Un  autre  mode  d'incantation  par  les  pierres  est  celui  qu'O'Donovan 
et  après  lui  Lord  Dunraven  ont  constaté  dans  la  petite  ile  d'Inismurray, 
en  face  la  côte  de  Sligo.  Voici  comment  Lord  Dunraven  le  décrit  dans 
ses  Notes  on  Irish  Architecture,  publiées  après  sa  mort  par  Miss  Stokes, 
t.  I,  p.  $1.  Comme  on  le  verra,  cette  incantation  est  mélangée  d'élé- 
ments chrétiens.  «  There  are  three  singular  little  structures  within  the 
cashel  [ce  nom,  qui  vient  du  latin  castellum,  désigne  ici  un  fort  préhisto- 
rique, formé  de  pierres  sans  ciment]  called  by  the  people  Leachta  or 
beds.  The  largest  is  called  Clocha  Breaca  'the  speckled  stones'.  It  is  a 
square  structure  7  ft.  on  each  side,  and  from  3  ft.  to  4  ft.  high.  The  top 
is  covered  with  rounded  stones  of  différent  sizes.  The  people  say  they 


1 20  Bibliographie. 

can  never  be  twice  counted  to  the  same  number...  The  superstitions  and 
the  ancient  customs  connected  with  thèse  relies  are  curious.  They  were 
used  as  cursing  stones,  and  for  purposes  of  revenge.  The  aggrieved 
party  must  perform  stations  (that  is,  must  make  the  circuit  termed  the 
Way  of  the  Cross  repeating  the  prayers  at  the  différent  stations)  nine 
times,  and  then  turn  the  stones,  and  it  is  believed  that  if  his  enemy 
be  really  guilty,  he  will  soon  die  or  lose  his  mind.  Such  is  the  account 
given  me  by  the  natives  and  confirmed  by  one  or  two  curious  illustrations. 
As  to  the  original  use  of  thèse  stones,  I  can  give  no  opinion.  »  M.  Wa- 
keman,  dans  l'article  cité  plus  haut,  mentionne  une  superstition  analogue 
dont  était  l'objet  une  pierre  appelée  la  pierre  de  Sainte-Brigitte,  à  Killi- 
nagh  près  Blacklion,  comté  de  Cork,  et  il  donne  un  dessin  du  monu- 
ment. C'est  à  cette  pratique  que  Sir  Samuel  Ferguson  faisait  allusion  dans 
un  de  ses  poèmes  : 

They  loosed  their  curse  against  the  king  ; 
The  cursed  him  in  his  flesh  and  bones  ; 
And  daily  in  their  mystic  ring 

They  turned  the  maledictive  stones  !. 

Une  superstition  analogue  a  été  signalée  en  Angleterre  dans  le 
Devonshire  [Notes  and  Queries,  6  mai  1876,  p.  363). 

L'article  suivant  de  M.  L.,  un  des  plus  intéressants  de  son  recueil, 
traite  des  hommes  murés  vivants  dans  les  fondations  d'un  édifice  pour 
porter  bonheur  à  l'édifice  et  à  ses  habitants  2,  usage  très  répandu  et  qui 
s'est  conservé  en  beaucoup  de  pays  en  substituant  des  animaux  à  des 
hommes  ou  en  versant  quelques  gouttes  de  sang  sur  les  fondations. 
M.  L.  mentionne,  p.  289,  l'histoire  de  la  tête  du  roi  Bran  Ab  Llyr.  Une 
histoire  analogue  est  celle  des  os  de  Gwrthefyr  :  toutes  deux  sont  ainsi 
racontées  dans  une  des  triades  dites  historiques  (Tr.  53,  3e  sér.)  : 
«  Trois  objets  cachés  et  découverts 3  de  l'île  de  Bretagne.  Le  premier,  la 
tête  de  Bran  le  béni,  fils  de  Llyr,  que  cacha  Ovven,  fils  de  Maxime  le 
Prince,  dans  la  colline  blanche  à  Londres  ;  et  aussi  longtemps  qu'elle 
serait  dans  cet  état  il  ne  devait  pas  venir  d'invasion  dans  cette  île.  Le 
second,  les  os  de  Gwrthefyr  le  béni,  qui  furent  enterrés  dans  les  princi- 
paux ports  de  l'île  ;  et  aussi  longtemps  qu'ils  seraient  dans  leur  cachette, 
il  n'y  avait  pas  d'invasion  possible  dans  cette  île.  Le  troisième,  les  dra- 
gons qui  furent  cachés  par  Lludd,  fils  de  Beli,  dans  la  ville  de  Pharaon, 


1.  Lays  of  the  Western  Gael,  London,  1865,  p.  54,  cf.  p.  239. 

2.  M.  L.  aurait  pu  à  cet  égard  signaler  une  légende  chinoise  mentionnée  par  Dennys: 
The  Folk-Lore  of  China,  p.  233. 

3.  Litt.  trois  caches  et  trois  décaches,  s'il  nous  est  permis  de  forger  ces  mots. 


Bibliographie.  121 

dans  les  rochers  de  l'Eryri  (Snowdon).  Ces  trois  objets  furent  placés 
sous  la  protection  de  Dieu  et  de  ses  mystères,  et  il  devait  arriver  malheur 
du  moment  que  quelqu'un  les  découvrirait  '.  Gwrtheirn  (Vortigern)  à  la 
bouche  torte  découvrit  les  dragons  pour  se  venger  du  mauvais  vouloir 
des  Cymry  contre  lui 2,  et  il  invita  les  Saxons  sous  prétexte  de  l'aider  à 
combattre  les  Gaëls  Pietés  :  et  après  cela  il  découvrit  les  os  de  Gwrthe- 
fyr  le  béni,  par  amour  pour  Ronwen,  fille  d'Hengist  le  Saxon  ;  et  Arthur 
découvrit  la  tête  de  Bran  le  béni,  fils  de  Llyr,  parce  qu'il  dédaignait  de 
conserver  l'île  autrement  que  par  sa  propre  force  ;  et  après  ces  trois 
découvertes  3  l'invasion  eut  le  dessus  sur  la  race  des  Cymry  »  (Myfyrian 
Archaiology  of  V/ales,  Gee's  Ed.  p.  406). 

P.  293,  M.  L.  parle  d'animaux  enterrés  vivants  pour  apaiser  le  génie 
d'une  épizootie.  Aux  pays  pour  lesquels  il  donne  des  exemples  de  ce 
sacrifice  il  faut  ajouter  l'Ecosse  :  voir  Simpson,  Archœological  Essays, 
Edinburgh,  1872.  T.  I,  p.  41  et  205. 

Ajoutons  encore  quelques  rapprochements  aux  faits  cités  par  M.  L. 
dans  ce  chapitre,  mais  en  les  empruntant  à  d'autres  pays.  Aux  faits  de 
substitution  pour  une  victime  humaine  (p.  292),  il  faut  ajouter  les  super- 
stitions relatives  aux  ombres  d'hommes  murés  dans  les  fondations  d'un 
édifice.  En  Bulgarie,  d'après  M.  Kanitz,  l'homme  qui  a  été  victime  de 
cette  pratique  devient  un  vampire  4.  M.  Hyde  Clarke  a  signalé  une  sem- 
blable superstition  à  Smyrne  5. 

Aux  sacrifices  d'animaux  cités  par  M.  L.  p.  294,  nous  ajouterons 
quelques  exemples.  Lors  de  la  pose  de  la  première  pierre  du  nouveau 
bâtiment  de  l'école  française  à  Athènes,  on  immola  un  coq  pour  se  con- 
former aux  usages  du  pays.  M.  Hyde  Clarke  (Noies  and  Queries  du 
14  avril  18771  assure  que  consacrer  un  bâtiment  avec  le  sang  d'un  ani- 
mal est  une  coutume  des  Arabes  et  des  Turcs,  et  il  raconte  avoir  vu 
immoler  un  mouton  en  cette  circonstance  :  le  sacrifice  est  accompagné 


1 .  Pour  traduire  littéralement  le  verbe  gallois,  il  faudrait  dècacher  au  lieu  de  découvrir. 

2.  Ces  dragons  se  rattachent  sans  doute  à  la  légende  du  dragon  rouge  qui  symboli- 
sait la  nationalité  bretonne. 

3.  Litt.  décaches. 

4.  Das  Vampyrthum  ist  in  gewissen  Familien  erblich,  es  gibt  aber  auch  Dispositionen 
fur  dasselbe  und  oft  wird  man  ganz  unverhofft  durch  bœsen  Zauber  zum  Vampyr.  Am 
haeufigsten,  wenn  ein  heimtûckischer  Maurer  bei  Beginn  eines  Hauses  des  Vorûbergehen- 
den  Schatten  mit  einer  Schnur  misst  und  dièse  dann  in  die  Grundveste  desselben  mit- 
einmauert.  Bereits  nach  40  Tagen  wird  man  zum  bœsen  Geiste  (talasam)  und  beunruhigt 
des  Nachts  bis  zum  ersten  Hahnschrei  mit  allerlei  Spuck  die  friedlichen  Ortsbewohner. 
Kanitz,  Donau-Bulgarien  und  der  Balkan,  t.  1  (Leipzig  1875),  p.  78. 

J.  Asiatic  Greeks  say  if  a  person  is  passing  a  place  where  building  is  going  on,  and 
a  stone  or  plank  is  built  on  his  shadow,  he  will  die  within  the  year.  In  revenge,  the 
ghost  of  a  person  who  was  so  killed  at  Boojah  hides  in  a  well  in  the  garden,  and  cornes 
out  every  night.  Notes  and  Queries  26  janvier  1878,  s.  v.  Folk-lore  of  Smyrna. 


122  Bibliographie. 

d'une  prière.  On  a  constaté  le  même  rite  chez  nos  Arabes  d'Algérie,  lors 
de  l'ouverture  de  puits  artésiens  forés  par  les  ingénieurs  français.  Voici, 
d'après  le  récit  du  lieutenant  Rose,  un  épisode  de  l'ouverture  du  premier 
puits  dans  l'Oasis  de  Tamerna  :  «  A  peine  M.  Jus  [c'est  le  nom  de  l'ingé- 
nieur] avait-il  fait  retirer  l'instrument  de  forage  que  des  hommes  du  pays, 
se  frayant  un  passage,  apportèrent  une  chèvre  qui  fut  immolée  sur  le 
puits  même.  »  J'emprunte  ce  fait  au  feuilleton  scientifique  du  journal  le 
Français  du  14  août  1878.  Nous  signalerons  encore  les  faits  relatifs  à 
l'Inde,  réunis  par  M.  Weber  dans  son  article  iïber  Menschenopfer  bei 
den  lndern  der  vedischen  Zeit,  dans  ses  Indische  Streifen,  t.  I,  p.  5 8  et  59. 
Il  nous  serait  aisé,  mais  il  serait  peu  utile,  de  continuer  ces  obser- 
vations de  détail  :  nous  croyons  en  avoir  assez  dit  pour  montrer  l'in- 
térêt de  l'ouvrage  de  M.  Liebrecht.  Puisse-t-il  continuer  bientôt  de 
réunir  ses  précieux  articles  ! 

H.  G. 

Nous  avons  aussi  reçu  les  ouvrages  et  opuscules  suivants  : 

Ch.  Robert.  Étude  sur  quelques  inscriptions  antiques  du  musée 
de  Bordeaux.  34  p.  in-8  et  $  planches.  Bordeaux,  1879.  (Extrait  des 
Mémoires  de  la  Société  archéologique  de  Bordeaux,  t.  IV.) 

C'est  une  bonne  fortune  pour  les  études  gauloises  quand  M.  Ch.  Robert  tire 
quelques  notes,  trop  rares  pourtant,  de  ses  cartons.  Cette  brochure  est  un 
recueil  de  quelques  articles  sur  diverses  inscriptions  du  musée  de  Bordeaux  ; 
mais  nous  ne  pouvons  en  retenir  ici  que  deux  :  i°  l'un,  sur  le  Jupiter  des  Boii, 
où  nous  trouvons  corrigé  en  Tertius  un  nom  lu  à  tort  Teîrus  par  M.  le  général 
Creuly  et  figurant  à  son  ordre  alphabétique  dans  la  table  publiée  plus  haut 
(t.  III,  p.  308)  ;  le  nom  est  en  lettres  liées  ;  —  2°  l'autre  sur  le  culte  de  Tutela 
qui,  comme  son  nom  l'indique,  était  d'origine  romaine,  et  symbolisait  la  puis- 
sance divine  protectrice  d'une  localité. 

Florian  Vallentin.  i*  Essai  sur  les  divinités  indigètes  du  Vocon- 
tium  d'après  les  monuments  épigraphiques.  Grenoble,  1877, 
87  p.  in-8.  (Extrait  du  Bulletin  de  l'Académie  delphinale.) 

Travail  analogue  à  celui  du  même  auteur  que  nous  publions  dans  ce  numéro 
sur  l'AHobrogie.  C'est  en  dire  l'intérêt  et  la  valeur.  De  semblables  monogra- 
phies sur  la  mythologie  d'une  région  déterminée,  faites  avec  érudition  et  cri- 
tique, sont  les  assises  sur  lesquelles  on  pourra  un  jour  faire  reposer  solidement 
une  mythologie  générale  de  la  Gaule.  Il  serait  à  désirer  que  l'exemple  de  M.  V. 
trouvât  des  imitateurs  parmi  les  savants  de  nos  diverses  provinces.  —  2°  Les 
âges  de  pierre  et  de  bronze  dans  l'arrondissement  de  Montéli- 
mar.  Grenoble,  1878,  35  p.  in-8.  —  Cette  étude  est  accompagnée  d'une  sta- 
tistique des  monuments  et  découvertes  de  l'époque  préhistorique  dans  l'arron- 
dissement de  Montélimar  et  d'une  carte  préhistorique  de  cette  région. 


Bibliographie.  123 

James  Napier.  Folk  Lore,  or  superstitious  Beliefs  in  the  west  of 
Scotland  within  this  century.  Paisley,  Gardner,  1879,  vij-190  p. 
in- 12. 

On  a  déjà  beaucoup  écrit  sur  les  traditions  populaires  de  l'Ecosse,  mais  un 
sujet  aussi  vaste  n'est  jamais  épuisé.  L'ouvrage  de  M.  N.  est  bien  divisé  et  les 
faits  y  sont  agréablement  racontés  avec  quelques  commentaires  et  réflexions  qui 
montrent  un  homme  de  goût  et  d'esprit.  Il  contient  plusieurs  détails  qui  nous 
paraissent  n'avoir  pas  encore  été  relevés,  notamment  sur  les  jeux  et  usages  des 
enfants.  Le  presbytérianisme,  malgré  son  active  prédication,  n'a  pas  détruit  les 
superstitions  en  Ecosse,  ni  même  l'esprit  superstitieux,,  comme  on  peut  voir  par 
les  histoires  relatives  au  choléra  (p.  14)  et  sur  la  persistance  de  la  croyance 
aux  présages  (p.  50I.  Si  l'on  entend  pendant  la  nuit  un  tic-tac  dans  le  parquet 
de  la  chambre  qu'occupe  un  malade,  c'est  un  présage  de  mort.  Insinuerait-on 
que  ce  bruit  est  produit  par  un  ver  ou  par  un  insecte  qui  appelle  sa  compagne, 
ce  serait  souvent,  dit  M.  N.,  s'attirer  le  reproche  d'impiété  ou  de  manque  de 
foi  dans  l'Écriture,  «  car  les  gens  superstitieux  cherchent  toujours  un  appui  dans 
l'Écriture  ».  Ce  trait  de  caractère  est  bien  écossais! 

F.  M.  Luzel.  Veillées  bretonnes,  mœurs,  chants,  contes  et  récits 
populaires  des  Bretons- Armoricains,  291  p.  in- 18.  Paris,  Cham- 
pion, 1879.  Prix  :  2  fr. 

Dans  ce  charmant  petit  volume.  M.  Luzel  a  voulu  donner  une  idée  de  ces 
veillées  dans  lesquelles  se  conservent  et  se  propagent  les  traditions,  les  chan- 
sons et  les  contes  des  paysans  de  la  Basse-Bretagne.  Il  a  reproduit  et  comme 
dramatisé  les  conversations  qui  s'y  tiennent  et  il  y  a  fait  entrer  bon  nombre 
d'usages  et  de  superstitions  qui  courent  encore  le  pays.  Ce  volume  contient  un 
peu  de  tout,  des  contes,  des  chansons  (l'un  et  l'autre  seulement  dans  la  traduc- 
tion française),  des  histoires  de  revenants  ;  il  contient  surtout  un  tableau  inté- 
ressant et  fidèle  de  la  littérature  populaire  des  Bretons  et  des  soirées  autour  de 
l'âtre  des  fermes  où  les  vieilles  histoires  se  content  encore.  Ce  nouveau 
volume  continue  dignement  la  série  des  publications  dans  lesquelles  M.  Luzel 
exploite  avec  tant  de  zèle  et  de  critique  la  littérature  traditionnelle  de  la  Bre- 
tagne armoricaine. 

Eugène  Rolland.  Faune  populaire  de  la  France  ;  noms  vulgaires, 
dictons,  proverbes,  légendes,  contes  et  superstitions.  T.  I.  Les 

mammifères  sauvages,  xv-179  p.   in-8.   Pr.  5  fr.  T.  II.  Les  oiseaux  sauvages, 
xv-421  p.  in-8.  Pr.  10  fr.  Paris,  Maisonneuve. 

Sous  une  apparence  modeste  de  compilation,  M.  R.  publie  un  répertoire 
excessivement  précieux  par  le  nombre  immense  des  renseignements  qu'il  a  réu- 
nis et  qu'il  coordonne.  Pour  chaque  animal,  M.  R.  donne  ses  divers  noms  et 
les  formes  dialectales  de  ces  noms  pour  toutes  les  provinces  de  la  France  ;  puis 
viennent  les  dictons  auxquels  ils  ont  donné  lieu,  le  rôle  des  animaux  dans  les 
croyances  populaires,  les  contes  et  les  chansons  dont  ils  sont  les  héros.  C'est 
pour  chaque  animal  une  monographie  linguistique  et  mythologique  où  les  faits 
sont  classés  avec  soin,  sans  commentaires  hypothétiques.  M.  R.  a  fait  entrer  la 


124  Bibliographie. 

Bretagne  bretonnante  dans  le  cadre  de  ses  citations,  autant  que  cela  lui  était 
rendu  possible  par  les  dictionnaires  bretons  et  les  divers  ouvrages  publiés  sur  la 
Bretagne.  En  dehors  de  son  intérêt  général  pour  la  mythographie,  l'ouvrage  de 
M.  R.  n'est  donc  pas  sans  intérêt  pour  les  études  celtiques  elles-mêmes.  T.  II, 
p.  207.  M.  R.  donne  quatre  noms  bretons  de  l'alouette  :  Alc'houeder,  Federell, 
Kodioc'h  et  Huldr ,  ce  dernier  pour  le  Morbihan.  Huidr  est  évidemment  une 
forme  aphérésée  d'alc'houeder.  Il  en  est  sans  doute  de  même  de  Federell  où  tll 
est  un  suffixe  de  dérivation  et  où  Vf  initial  est  le  durcissement  de  l'aspirée 
chou.  Quant  à  Kodioc'h,  M.  Hamonic  nous  assure  que  ce  nom  est  surtout 
réservé  à  l'alouette  huppée.  —  La  forme  costic,  que  M.  R.  cite  (p.  269)  à  côté 
à'Eostic  (rossignol)  et  de  ses  dérivés,  n'est  sans  doute  qu'une  faute  d'impression 
dans  Souvestre,  invoqué  par  M.  R.  comme  autorité.  M.  R.  rendrait  son 
ouvrage  plus  utile  encore  en  faisant  suivre  chaque  volume  d'un  index  alpha- 
bétique. 

Decharme.  Mythologie  de  la  Grèce  antique,  xxxv-644  p.  in-8,  avec 
4  chromo-lithographies  et  178  figures  d'après  l'antique.  —  Paris,  Garnier, 
1879. 

Ce  n'est  pas  sans  quelque  hésitation  que  nous  mentionnons  pour  terminer  un 
livre  qui  n'est  pas  du  domaine  de  notre  revue.  Si  la  mythologie  grecque  et  la 
mythologie  celtique  se  touchent,  c'est  en  effet  par  quelques  usages  et  quelques 
superstitions  ou  par  la  lointaine  analogie  de  légendes  héroïques.  Mais  quelques 
lecteurs  nous  sauront  gré  de  leur  signaler  l'œuvre  considérable  du  savant  pro- 
fesseur de  Nancy.  Son  introduction,  où  il  explique  et  justifie  sa  méthode,  est 
une  critique  fine  et  précise  des  systèmes  d'interprétation  mythologique  qui  se 
disputent  la  prééminence.  Pour  son  œuvre  même,  il  s'est  tenu  dans  un  éclec- 
tisme prudent.  Sa  tâche  principale  a  été  de  faire  l'histoire  des  mythes  grecs  en 
remontant  à  leurs  formes  anciennes,  et  en  notant  leurs  variantes,  sans  cepen- 
dant négliger  de  tenter  leur  interprétation.  Il  convient  lui-même  que  les  adeptes 
de  la  mythologie  comparée  le  trouveront  trop  timide,  tandis  que  d'autres  le 
trouveront  peut-être  téméraire.  Ce  que  personne  ne  lui  contestera,  c'est  d'avoir 
fait  un  tableau  de  la  mythologie  grecque  qui  instruira  également  les  amis  de 
l'antiquité  grecque  et  ceux  de  la  mythologie. 

H.  G. 


CHRONIQUE 


La  Société  Celtique.  —  Une  poésie  de  M.  Luzel.  —  The  Folk-lore  Society.  - 
M.  Paul  Sébillot  sur  la  statistique  de  la  langue  bretonne.  —  Les  manuscrits 
de  Thomas  Stephens.  —  Un  index  à  la  Grammatica  Celtica. 

Dans  le  cours  du  printemps  de  1879,  des  Bretons  résidant  à  Paris  se  réuni- 
rent quelquefois  chez  M.  Gaidoz.  L'idée  vint  de  continuer  ces  réunions  d'une 
façon  régulière  et  de  fonder  un  dîner  mensuel,  analogue  à  celui  qui  réunit  les 
Provençaux  sous  le  nom  de  la  Cigale,  les  Normands  sous  celui  de  la  Pomme. 
La  société  prit  le  nom  de  Sociélé  Celtique  pour  témoigner  qu'à  côté  des  Bretons 
elle  accueillerait  aussi  des  Celtes  d'Outre-Manche  et  des  amis  des  études  cel- 
tiques. M.  Renan,  Breton  comme  on  sait,  voulut  bien  se  joindre  aux  fonda- 
teurs, et  le  premier  dîner  eut  lieu  sous  sa  présidence  le  18  juin  1879. 

Le  second  dîner,  le  14  juillet,  fut  marqué  par  un  épisode  poétique.  La  veille 
avait  eu  lieu  le  pardon  de  Plouaret,  le  village  natal  de  M.  Luzel,  et  M.  Luzel 
avait  eu  l'aimable  attention  d'envoyer  au  banquet  une  caisse  de  crêpes  de  pardon, 
accompagnée  d'une  charmante  poésie  qu'on  nous  saura  gré  de  reproduire  ici. 

KRAMPOEZ  PARDON  PLOUARET. 
D'ar  Vreuriez  Keltik. 

C'hui  holl,  Bretoned  a  Baris, 
A  em  dastum  eur  wech  ar  miz, 
'Vit  komz  euz  Breiz-Izel,  ar  vro 
A  garfet  betek  ar  maro  ; 

Kredet  penaoz  am  eûz  keuz  braz 
Dre  m'oun  dalc'het  aman,  siouas  ! 
Ha  n'hallan  bezan  en  ho  touez 
Hag  ober  d'ac'h  klevet  mamouez. 

Hogen,  ma  speret  en  ho  kreiz, 
War  ann  awel  a  zeu  a  Vreiz, 
A  nizo  skanv,  —  tra  burzuduz  !  — 
Hag  e  vinn  ganeoc'h  evuruz. 

Ouspenn  a  zo,  ha  mar  karet 
Kaout  lod  a  bardon  Plouaret, 


1 26  Chronique. 

A  zo  hirie,  hag  euz  a-bell 
Klewet  ha  gwelet  Breiz-Izell, 

Setu  aman  krampoez-gwiniz, 
Krampoez  pardon,  hervez  ar  c'hiz, 
Grêt  gant  bleud  gwiniz,  leaz,  viou. 
Debret  peb  a  unan  pe  diou. 

Ar  gwiniz  er  parle  a  savas, 
Ha  gant  ann  heol  a  zarevas, 
Ha  pa  oe  medet,  war  ar  skour, 
Einidigou  a  gane  flour. 

Eur  vuc'h  vriz  'roas  ann  amann, 
Ive  al  leaz,  fresk  ha  gwenn-kann, 
Grêt  gant  ar  ieot  ha  gant  bleuniou 
Ar  parkou  hag  ar  meneziou. 

Hag  ar  viou,  eur  iarik  wenn 
Ho  dovas,  war  zollier  ar  foenn, 
Lec'h  ma  defoa  he  neiz  kuzet  ; 
Met  dre  he  c'hân  eo  bet  kavet. 

Hag  ar  c'hrampoez  a  zo  bet  grêt 
En  Keranborn,  en  Plouaret, 
Gant  eur  vatès  koant,  eur  plac'hik 
A  gane  laouenn  eur  zonik. 

Debret  'ta,  paotred,  ma  c'hrampoez, 
Ha  neuze  e  saovfet  ho  mouez 
Evit  kana  melodi  Breiz, 
A  sonjet  en-hi,  noz  ha  deiz. 

0  Breiz-Izell,  o  kaera  bro, 
Koad  en  he  c'hreiz,  ha  mor  en-dro, 
N'eus  ket  a  gaeroe'h  bro  er  bed, 
Ha  dréist  holl  da  garinn  bepred  ! 

LES  CRÊPES  DU  PARDON  DE  PLOUARET. 
A  la  Société  Celtique. 

Vous  tous,  Bretons  de  Paris,  —  Qui  vous  réunissez,  une  fois  par  mois,  — 
Pour  vous  entretenir  de  la  Basse-Bretagne,  le  pays  —  Que  vous  aimerez  jusqu'à 
la  mort  ; 

Croyez  que  j'ai  grand  regret  —  De  ce  que  je  suis  retenu  ici,  hélas  !  —  Et 
que  je  ne  puis  être  parmi  vous  —  Et  vous  faire  entendre  ma  voix. 

Mais,  mon  esprit  au  milieu  de  vous,  —  Sur  le  vent  qui  vient  de  la  Bretagne, 
—  Volera  léger,  ô  merveille  !  —  Et  je  serai  heureux  avec  vous. 

Il  y  a  davantage,  et  si  vous  voulez  —  Avoir  votre  part  du  pardon  de  Ploua- 
ret, —  Qui  se  trouve  être  aujourd'hui,  et  de  loin  —  Entendre  et  voir  la  Basse- 
Bretagne. 


Chronique.  1 27 

Voici  des  crêpes  de  froment,  —  Des  crêpes  de  pardon,  selon  la  coutume,  — 
Faites  avec  de  la  farine  de  froment,  du  lait  et  des  œufs.  —  Que  chacun  de  vous 
en  mange  une  ou  deux. 

Le  froment  poussa  dans  un  champ,  — Et  par  le  soleil  fut  mûri,  —  Et  quand 
il  fut  moissonné,  sur  la  branche,  —  Les  petits  oiseaux  chantaient  gentiment. 

Une  vache  mouchetée  donna  le  beurre,  —  Aussi  le  lait,  frais  et  tout  blanc, 
—  Produit  des  herbes  et  des  fleurs  —  Des  champs  et  des  montagnes. 

Et  les  œufs,  une  poulette  blanche  —  Les  pondit  sur  le  grenier  au  foin,  — 
Où  elle  avait  caché  son  nid  :  —  Mais,  il  fut  découvert,  grâce  à  son  chant. 

Et  les  crêpes  ont  été  faites,  —  A  Keranborn,  en  Plouaret,  —  Par  une  ser- 
vante jolie,  une  fillette  —  Qui  chantait  gaîment  une  chansonnette. 

Mangez  donc,  les  gars,  mes  crêpes,  —  Puis  vous  élèverez  la  voix  —  Pour 
chanter  les  louanges  de  la  Bretagne,  —  A  laquelle  vous  pensez  nuit  et  jour. 

0  Breiz-Izel,  ô  le  beau  pays  !  —  Bois  au  milieu,  et  mer  autour  ;  —  Il  n'y  a 
pas  de  plus  beau  pays  au  monde,  —  Et  par-dessus  tout  je  t'aimerai  toujours  ! 

En  réponse  à  cette  poésie,  toute  de  circonstance,  M.  Quellien,  barde  de  Tré- 
guier,  improvisa  un  quatrain  qui  fut  immédiatement  télégraphié  à  M.  Luzel. 

Mad  ê  da  werz,  mad  da  grampoez, 

Med  gwelloc'h  c'hoaz  hon  c'harantez.  — 

Ronan,  Hamonik  ha  Gaidoz, 

Rolland,  Loth  ha  Kelien.  Bennoz  ! 
Ton  chant  est  bon  et  aussi  tes  crêpes  ;  —  Mais  meilleure  encore  notre  amitié 
(pour  toi)  ;  —  Renan,  Hamonic  et  Gaidoz,  —  Rolland,  Loth,  Quellien.  Béné- 
diction ! 

Les  deux  derniers  vers,  comme  on  voit,  contenaient  les  noms  des  membres  du 
banquet.  M.  Sébillot,  Breton-Gallo,  un  des  membres  fondateurs,  était  absent  ce 
jour-là.  La  Société  Celtique  est  à  ses  débuts  :  elle  se  recrutera  l'hiver  prochain  de 
membres  nouveaux  ;  mais  comme  ses  réunions  sont  de  fraternelles  agapes,  elle 
ne  peut  admettre  dans  son  sein  que  des  personnes  résidant  à  Paris. 


—  Nous  félicitons  d'autant  plus  cordialement  les  Anglais  d'avoir  fondé  une 
société  pour  recueillir  et  étudier  les  traditions  populaires,  que  nous-même 
avions  essayé,  avec  M.  Rolland,  une  œuvre  analogue  pour  la  France.  Le  ter- 
rain est  mieux  préparé  en  Angleterre  qu'en  France  :  un  plus  grand  nombre  de 
personnes  s'intéressent  à  ces  recherches  et  l'Angleterre,  par  ses  nombreuses 
colonies,  a  pour  ainsi  dire  le  pied  partout  :  de  là  un  grand  nombre  de  livres 
sur  les  traditions  et  les  coutumes  de  l'Afrique,  de  l'Asie,  de  l'Amérique. 
L'Angleterre  semble  ainsi  destinée  à  devenir  le  grand  emporium  du  folk-lore,  et 
ce  sont  en  quelque  sorte  ses  docks  que  lui  élève  la  nouvelle  société. 

La  Folk-Lore  Society  a,  sitôt  née,  publié  un  volume  :  elle  en  publiera  un  tous 
les  ans,  sans  compter  les  œuvres  originales  qui  formeront  des  extra-volumes. 


128  Chronique. 

Le  premier  volume  de  son  Record  contient  :  un  recueil  de  superstitions  du 
West  Sussex,  par  Me  Latham,  un  article  de  M.  Ralston  sur  la  classification  des 
contes  populaires,  un  choix  de  contes  japonais,  et  des  notes  sur  les  sujets  et  les 
pays  les  plus  divers.  C'est  sans  doute  par  suite  de  la  hâte  avec  laquelle  la  jeune 
société  a  publié  ce  volume  qu'on  a  oublié  d'y  joindre  une  table  et  un  index 
général.  C'est  une  lacune  qui  sera  sans  doute  réparée  avec  le  volume  suivant. 
Nos  confrères  anglais  savent  mieux  que  personne  de  quelle  utilité  sont  pour  cet 
ordre  de  recherches  les  indices  étendus  et  détaillés. 

Parmi  les  ouvrages  dont  la  société  annonce  la  publication,  nous  remarquons 
une  bibliographie  du  Folk-Lore  par  M.  Th.  Satchell,  un  ouvrage  sur  la  méde- 
cine populaire  par  M.  Black,  etc. 


—  M.  Paul  Sébillot,  qui  avait  exposé  à  l'Exposition  universelle  de  1878, 
dans  la  section  anthropologique  du  Trocadéro,  une  carte  linguistique  de  la 
Bretagne,  a  publié  une  notice  sur  les  limites  du  breton  et  du  français  dans  le 
Bulletin  de  la  Société  d'anthropologie  (séance  du  9  juin  1878).  Il  y  a  résumé,  en 
le  complétant  par  ses  propres  informations,  la  plupart  des  observations  qui 
avaient  déjà  été  faites  sur  cette  question  en  différents  endroits.  M.  Sébillot  a, 
du  reste,  présenté  sa  notice,  moins  comme  un  travail  définitif  que  comme  un 
programme  de  recherches  plus  précises  à  entreprendre  dans  le  pays  même,  vil- 
lage par  village.  Depuis  lors,  il  a  eu  quelques  renseignements  nouveaux  sur  la 
statistique  de  la  langue  bretonne  et  il  veut  bien  nous  les  communiquer.  Les 
voici  : 

«  J'ai  eu  connaissance,  depuis  la  publication  de  ce  mémoire,  de  documents 
officiels  qui  jettent  un  jour  assez  nouveau  sur  le  nombre  des  personnes  sachant 
lire  et  écrire  en  français  (le  recensement  officiel  ne  s'occupant  pas  de  ceux  qui 
savent  lire  et  écrire  en  breton). 

«  En  1872,  le  Finistère  comptait  75,283  personnes  sachant  lire  seulement 
en  français,  165,977  qui  savaient  lire  et  écrire  en  cette  langue,  soit  un  total  de 
241,260  individus  qui  peuvent  se  servir  du  français  :  on  peut  estimer  à  20,000 
au  moins  le  nombre  des  habitants  du  Finistère  qui  parlent  le  français  sans 
savoir  le  lire  ou  l'écrire. 

«  Pour  le  Morbihan,  le  même  recensement  donnait  58,558  personnes  sachant 
lire,  147,665  sachant  lire  et  écrire  en  français,  soit  un  total  de  206,223  indi- 
vidus sachant  le  français,  auxquels  il  convient  d'ajouter  une  douzaine  de  mille 
personnes  qui  parlent  le  français  (en  pays  bretonnant)  sans  le  lire  ni  l'écrire. 

«  Comme  le  nombre  des  individus  instruits  est  en  moyenne  pour  le  départe- 
ment de  42  0/0,  le  chiffre  de  la  population  en  pays  bretonnant  étant  de 
33  5,000  y  compris  les  pays  mixtes,  on  peut  compter  que  dans  le  Morbihan 
170,000  gallots,  140,000  bretonnants  lettrés,  12,000  illettrés  entendant  le  fran- 
çais, ce  qui  donne  pour  la  population  pouvant  se  servir  de  la  langue  française 
un  total  de  322,600,  et  182,900  individus  auxquels  le  français  est  complète- 
ment inconnu. 


Chronique.  129 

«  Si  l'on  fait  le  même  travail  sur  le  département  des  Côtes-du-Nord,  on 
trouve  300,000  individus  en  chiffres  ronds  qui  savent  lire,  ou  écrire  et  lire; 
l'instruction  de  98,000  individus  n'a  pu  être  vérifiée.  Le  nombre  des  instruits 
peut  être  porté  à  50  0/0  de  la  population  totale;  si  l'on  applique  cette  statis- 
tique au  pays  bretonnant  et  au  pays  mixte,  on  trouve  que  152,500  individus 
parlant  la  langue  bretonne  savent  aussi  le  français. 

«  Il  résulterait  de  cela  que  le  nombre  des  bretonnants  qui  ignorent  absolu- 
ment le  français  s'élèverait  : 

Pour  les  Côtes-du-Nord,  à 152,500 

Morbihan '73>$00 

Finistère 379i$°o 

705,500 

«  Sur  les  2,979,422  habitants  de  la  péninsule  armoricaine,  705, 500  ignoreraient 
absolument  le  français;  2,263,900  sauraient  ou  parler  correctement  cette 
langue,  ou  du  moins  s'en  servir  assez  pour  se  faire  comprendre  ;  une  partie 
d'entre  eux  toutefois  se  servant  plus  volontiers  du  breton  que  du  français. 

«  Cette  façon  d'agir  des  recenseurs,  qui  semblent  compter  comme  illettrés 
tous  ceux  qui  ne  savent  pas  lire  et  écrire  en  français,  mais  qui  peuvent  lire  ou 
écrire  le  breton,  m'engagea  à  chercher  à  connaître  le  nombre  possible  des  per- 
sonnes qui  peuvent  lire  le  breton,  ou  qui  peuvent  l'écrire,  et  qui  ne  savent 
pas  le  français. 

«  J'écrivis  à  mon  ami  M.  Luzel,  qui  ne  put  me  donner  un  renseignement  sta- 
tistique précis,  mais  qui  m'indiqua  des  faits  curieux.  Ainsi  la  tragédie  bretonne 
des  Quatre  fils  Aimon,  dont  la  première  édition  date  de  181 5,  publiée  chez 
M.  Ledan  à  Morlaix,  s'est  vendue  jusqu'à  présent  à  15,000  exemplaires  envi- 
ron, et  l'édition  ne  contient  que  le  texte  breton.  Comme  le  livre  coûte  4  fr. 
l'exemplaire,  et  que  les  paysans  le  paient  sans  broncher,  on  peut  juger  combien 
les  bretonnants  sont  avides  de  lecture. 

«  Il  est,  ajoute  mon  correspondant,  tels  gwerziou  ou  soniou  imprimés  sur 
feuilles  volantes  de  gros  papier  roussâtre  qui  se  sont  vendus  à  des  chiffres  vrai- 
ment étonnants.  Vous  n'entrerez  guère  dans  une  chaumière,  si  pauvre  qu'elle 
soit,  sans  en  trouver  un  certain  nombre  déposés  dans  un  tiroir  ou  sur  une 
planche  à  côté  de  la  Vie  des  Saints  ou  de  l'almanach  de  l'année. 

«  L'almanach  de  Léon  et  de  Cornouaille  publié  cette  année  en  breton  et  en 
français,  et  qui  compte  95  pages,  a  été  vendu  en  quinze  jours  à  5,000  exem- 
plaires. 

«  Il  est  regrettable  que  les  recenseurs  n'aient  pas  songé  à  ouvrir  une  colonne 
pour  y  inscrire  les  Bretons  qui  savent  lire  leur  langue,  et  il  est  à  désirer  qu'au 
prochain  recensement  cette  lacune  soit  comblée.  Le  nombre  de  Bretons  non 
illettrés  serait  intéressant  à  connaître,  et  il  contribuerait  à  faire  un  peu  pâlir 
les  teintes  foncées  qui  colorent  sur  la  carte  de  l'instruction  primaire  les  départe- 
ments bretonnants. 

«  Dans  le  compte-rendu,  très  bienveillant  et  très  intéressant,  que  M.  Léon 
Rev.  Celt.  IV  o 


130  Chronique. 

Brunschvigg  a  consacré  à  mon  mémoire  dans  le  Phare  de  la  Loire,  il  donne  des 
détails  curieux  sur  la  colonie  bretonne  du  Havre,  ville  où  il  a  résidé  pendant 
plusieurs  années  :  «  Les  Bretons  bretonnants  habitent  le  quartier  de  l'Eure 
«  situé  à  l'extrémité  de  la  ville,  du  côté  d'Harfleur,  quartier  de  raffineries  et 
«  d'usines,  où,  sauf  pour  affaires,  les  citadins-  ne  mettent  jamais  le  pied.  Est-il 
«  besoin  d'ajouter  que  les  Bretons,  presque  tous  employés  comme  manœuvres 
«  dans  ces  usines,  viennent  de  leur  côté  fort  rarement  en  ville,  sauf  le  dimanche 
«  où  ils  se  promènent  par  bandes  de  quatre  ou  cinq  personnes  dont  une  seule 
«  souvent  sait  à  la  fois  le  français  et  le  breton.  Les  femmes  ont  conservé  le 
«  costume  national,  la  coiffe  et  la  jupe  de  serge  bleue  garnie  de  velours.  Ils 
«  sont,  en  général,  originaires  des  Côtes-du-Nord.  —  Si  le  quartier  de  l'Eure 
«  est  spécialement  habité  par  les  Bretons,  on  en  trouve  pourtant  aussi  dans  le 
«  quartier  Saint-François,  notamment  dans  la  rue  du  Grand-Croissant,  et  dans 
«  les  ruelles  qui  y  aboutissent.  C'est  dans  ce  quartier-là  que  se  trouve  la  cha- 
«  pelle  qui  leur  est  réservée  et  que  dessert  depuis  quelques  années  seulement  un 
«  ecclésiastique  breton.  » 

M.  Sébillot,  qui  est  Breton-Gallo,  c.-à-d.  Breton  de  la  partie  française  de  la 
Bretagne,  a  aussi  publié  sur  le  patois  gallo  (dans  la  Revue  de  Linguistique  de 
février  1879)  une  notice  dont  il  sera  plus  amplement  parlé  dans  notre  pro- 
chaine livraison. 


—  L'illustre  historien  de  la  littérature  galloise,  M.  Thomas  Stephens,  a  laissé 
en  manuscrit  un  certain  nombre  de  travaux,  dont  quelques-uns  entièrement 
achevés,  une  édition  du  Gododin,  texte,  traduction  et  commentaire,  une  histoire 
de  la  légende  du  prince  Madoc,  et  une  histoire  du  jury  dans  le  pays  de  Galles. 
Ce  dernier  ouvrage  a  obtenu  un  prix  àl'eisteddfod  d'Abergavenny  en  1853  et  le 
juge  du  concours  était  le  baron  Bunsen  1.  Mme  Stephens,  qui  conserve  avec  un 
soin  pieux  la  mémoire  de  son  mari,  cherche  à  publier  ces  travaux,  et  nous 
croyons  savoir  que  l'Histoire  du  Jury  en  Galles  verra  bientôt  le  jour.  Mais  la 
société  archéologique  cambrienne,  qui  a  l'excellente  habitude  de  publier  de 
temps  à  autre  des  extra-volumes,  ne  devrait-elle  pas  se  charger  de  donner  au 
monde  savant  ces  œuvres  posthumes  de  Stephens  qui  ont  un  plus  grand  et  plus 
général  intérêt  que  ses  Original  Documents!1  L'association  cambrienne  a  déjà 
rendu  un  service  de  ce  genre  avee  les  Celtic  Remains  de  Lewis  Morris  ;  elle  ren- 
drait un  plus  grand  service  en  publiant  ces  ouvrages  de  Stephens  dont  personne 
ne  conteste  ni  le  mérite  ni  l'utilité. 


—  M.  John  Molloy  a  entrepris  de  publier  un  index  pour  la  partie  irlandaise 
de  la  Grammatica  celtica.  Dans  le  manque  où  nous  sommes  encore  de  diction- 

1.  On  peut  voir  le  jugement  de  Bunsen  dans  la  vie  de  Stephens  (p.  xxx)  qui  figure  en 
tête  de  la  seconde  édition  de  son  histoire  de  la  littérature  galloise. 


Chronique.  i 3 1 

naire  de  l'ancien  irlandais,  une  pareille  œuvre  est  appelée  à  rendre  de  grands 
services.  Le  premier  fascicule,  contenant  80  p.  et  allant  jusqu'au  mot  dis,  vient 
de  paraître.  Nous  croyons  que  M.  M.  aurait  pu  se  dispenser  de  donner  des 
groupes  de  mots  écrits  d'une  seule  teneur  par  les  scribes  des  gloses,  mais  qu'il 
n'est  pas  difficile  de  décomposer  ;  p.  ex.  :  afer  vir  ejus,  afil  quod  est,  afir,  6 
homo,  etc.  C'est  allonger  son  œuvre  et  augmenter  les  frais  de  sa  publication 
d'une  façon  inutile.  M.  Molloy  est  son  propre  éditeur.  Le  prix  de  l'index  est 
pour  les  souscripteurs  de  10  shellings  ;  on  souscrit  en  envoyant  cette  somme  en 
un  mandat-poste  international  à  M.  John  Molloy,  7  Askew  Crescent,  Shepherd's 
Bush,  London,  W. 

H.  G. 


NÉCROLOGIE. 

—  M.  le  docteur  Eugène  Halléguen,  né  à  Châteaulin  (Finistère)  en  1813, 
mort  à  Paris  en  janvier  1879.  Il  a  écrit  :  Armorique  et  Bretagne,  origines  armo- 
rico-bretonncs,  ouvrage  en  deux  volumes  :  I.  Armorique  bretonne  (1864);  II. 
Histoire  politique  et  religieuse;  —  Les  Celtes,  les  Armoricains,  les  Bretons,  Nou- 
velles recherches  d'archéologie,  de  géographie  et  d'histoire  sur  l' Armorique  bretonne 
(1859);  — £55(7i  sur  l'histoire  'littéraire  de  l'Armorique-Bretagne  (1873).  M.  Hal- 
léguen avait  l'amour  de  l'érudition  et  s'occupait  avec  zèle  de  l'histoire  et  de  la 
littérature  de  son  pays  natal  ;  mais  il  lui  manquait  l'art  d'exposer  ses  idées 
de  façon  à  les  rendre  intelligibles  à  autrui,  et  il  y  a  peu  à  tirer  de  ses  écrits. 

—  M.  Edward  Barry,  né  à  Avesnes  (Nord)  le  27  mai  1809,  mort  le 
17  mars  1879  à  Toulouse;  il  avait  été  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de 
cette  ville  de  1833  à  1874.  On  lui  doit  un  grand  nombre  d'articles  et  de 
mémoires  sur  les  antiquités  et  les  inscriptions  de  la  région  pyrénéenne  épars 
dans  les  publications  de  l'Académie  de  Toulouse,  de  la  Société  archéologique 
du  midi  de  la  France,  dans  la  Revue  archéologique,  dans  la  collection  de 
Mémoires  lus  à  la  Sorbonne.  Il  a  aussi  collaboré,  pour  l'antiquité,  à  la  nou- 
velle édition  de  l'histoire  du  Languedoc  de  dom  Vaissète. 

—  Le  rév.  Robert  Jones,  ministre  de  la  paroisse  d'Ail  Saints,  à  Rotherhithe, 
Londres,  né  à  Llanfyllin,  Montgomeryshire,  mort  à  Londres  le  28  mars  1879, 
à  l'âge  de  70  ans.  Quoiqu'établi  à  Londres  depuis  trente-sept  ans,  M.  Robert 
Jones  était  au  premier  rang  parmi  les  patriotes  gallois  et  les  amis  des  lettres 
galloises.  Il  a  écrit  un  certain  nombre  d'articles  dans  les  revues  galloises, 
publié  un  recueil  d'hymnes  et  réimprimé  le  rare  ouvrage  du  D'  John  Davies,  de 
Mallwyd,  Flores  poetarum  Britannicorum.  Il  avait  été  il  y  a  deux  ans  le  principal 
fondateur  du  Cymmrodor,  et  il  est  douteux  que  cette  publication  lui  survive. 
M.  Robert  Jones  avait  formé  une  admirable  collection  de  livres  gallois  qui  sera 
probablement  dispersée  aux  enchères  publiques. 

—  Le  Dr  Thomas  Nicholas,  né  en  1820  près  de  Saint-David,  comté  de 
Pembroke,  mort  à  Londres  le  14  mai  1879.  Professeur  au  collège  presbytérien 
de  Caermarthen,  M.  Nicholas  avait  quitté  ce  poste  en  1863  pour  venir  s'instal- 
ler à  Londres.  Il  avait  été  un  des  plus  actifs  à  demander  la  création  d'une 
université  galloise,  et  la  jeune  université  d'Aberystwyth  est  due  à  la  propa- 
gande dont  il  avait  pris  l'initiative.  Il  a  publié  un  ouvrage  sur  les  origines  de 
la  nation  anglaise  qui  a  donné  lieu  à  un  curieux  procès  (cf.  t.  I,  p.  170)  et  plu- 
sieurs volumes  sur  l'histoire  locale  du  pays  de  Galles. 

H.  G. 


Le  gérant  :  F.  VIEWEG. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


SIRONA. 


Je  n'ai  pas  la  prétention  d'avoir,  dans  ces  quelques  pages,  interprété 
d'une  manière  définitive  le  mythe  assez  obscur  de  Sirona.  Mon  seul  but 
était  de  réunir  les  rares  monuments  qui  la  concernent,  de  les  contrôler 
avec  soin,  et  d'en  rapprocher  ce  qu'ont  dit  de  cette  déesse  divers  archéo- 
logues et  mon  savant  confrère  M.  Alfred  Maury. 

Aucun  écrivain  de  l'antiquité  n'a  mentionné  Sirona,  mais  on  possède, 
comme  on  va  le  voir,  plusieurs  inscriptions  où  elle  est  invoquée  seule  ou 
avec  Apollon,  et,  parmi  ces  textes,  il  en  est,  les  ncs  i ,  6,  7,  8  et  9, 
qui  sont  accompagnés  de  bas-reliefs  comportant,  malgré  leur  ordonnance 
sommaire  et  leur  très  mauvais  état  de  conservation,  des  enseignements 
d'un  certain  intérêt.  Voici,  suivant  l'ordre  géographique,  la  récapitula- 
tion des  inscriptions;  je  reviendrai  plus  loin  sur  les  anaglyphes. 

1°  APOLLINI  |  GRANNO  et  |  siRONAE  |  //I/////////  |  /////////  |  T// 
111/10/1/  |  VSLLM.  Trouvée  à  Baumberg  (voir  plus  loin  l'examen  du 
monument). 

2°  ////SIRONA//////  |  QVE  •  m/lilj/  |  ////NIS  ■  ESNA  j  //,/LORTA- 
LAEE///////  |  ////PONIVS  •  SECVN////  |  //////TOAMCV//7/////T.  M 
////////  (Mayence;  Brambach,  Corp.  inscr.  rhen.,  n°  1001). 

30  DEO  |  APOLLINI  |  ET  SIRONAE  |*IVLIA  FRON  J  TINA  |  V.  S. 
L.  L.  M.  i^Nierstein  ;  Brambach,  op.  laud.,  n°  719). 

4°  DEAE  |  SIRONAE  |  CL  MARIANVS  |  V.  S.'  L.  L.  M.  (Hocken- 
heim;  Brambach,  op.  laud.,  n°  1698). 

50  IN  H.  D.  D.  APO  |  '///N  ET  SIRONAE  ]  AEDEM  CVM  SIGNiS. 
C.  LONGINiVs  |  SPERATVS  VET.  LEG.  XXII.  PR.  P.  F.  |  ET  IVNlA 
DEVA  CONIVNX.  ET.  LON  |  GINl.  PACATVS.  MARTINVLA  HILA  | 
RITAS  •  SPERATIANVS  FILI  ■  IN  |  SVO  POSVERVNT  ■  V.  S.  L. 
L-  M  |  MVCIANO  ET  L'FABIANO  COS  (Grossbotwar  ;  Brambach,  op. 
laud.,  n°  -.  597). 

Rev.Cdt.  IV  I0 


1 34  Sirona. 

6°  DEAE  •  SIRONA//  |  L.  LVCANIVS.  CENSOR//NV////////1GIL- 
LVM  D//.  Trêves;  Brambach,  op.  laud.,  n°  814  (voir  plus  loin  pour  le 
monument).  * 

70  IN  H  DD  APOLLIN |  ET  SIRO Trêves;  Brambach,  op. 

laud.,  n°  81 5  (voir  plus  loin  pour  le  monument). 

8°  DEAE  BIRONAE  |  MAIOR  MA  |  GIATI  FILIVS  |  V.  S.  L.  M. 
Sept-Fontaines,  près  Saint-Avold  (voir  plus  loin  pour  le  monument). 

90  APOLLINI  |  ET  SIRONAE  }  IDEM  |  TAVRVS.  Luxeuil  (voir 
plus  loin  pour  le  monument). 

io°  NVM.  AVG.  DE//  |  SIRONA//  |  MAGIVSIA  ■  SIBI  |  V.  S.  L.  M. 
Corseul;  de  Caumont;  Bulletin  monumental,  t.  VI,  n°  5,  p.  252. 

1 1°  SIRONAE  |  ADBVCIETVS  |  TOCETI  FIL  |  V.  S.  L.  M.  Bor- 
deaux, Mém.  de  la  Société  archéologique  de  Bordeaux,  article  de  M.  R. 
Dezeimeris,  t.  I,  1874,  in-8°. 

12°  APOLLINI  |  GRANNO  ■  ET  |  SANCTAE  ■  |  SIRONAE  |  SA- 
CRVM.  Rome,  Corp.  inscr.  lat.,  t.  VI,  n°  36. 

A  ces  douze  inscriptions  il  y  a  lieu  de  joindre,  sous  bénéfice  d'inven- 
taire, deux  vœux,  incorrectement  transcrits  par  les  premiers  copistes 
et  que  M.  Becker,  de  Francfort,  a  essayé  de  restituer  à  Sirona  '.  Assuré- 
ment cet  auteur  a  raison,  lorsqu'au  lieu  de  APOLLINI  ET  '  S  •  V  | 
RONAC....  |  BITVRIX  TVLI  F,  lu  sur  une  pierre  découverte  à  Graux 
(Vosges)  et  détruite  aussitôt 2,  il  propose  la  leçon  suivante  :  APOLLINI 
ET  SI  |  RONAE  SACRVM  |  BITVRIX  TVLI  F  ;  mais  il  s'avance  trop 
lorsqu'il  propose  de  reconnaître  l'abréviation  du  nom  de  Sirona  dans 
un  texte  de  Saint-Gaudens,  ainsi  altéré  par  Dumège3  :  GEMINVS  |  G\ 
IVL.  BALB.  F  |  SIR  |  V.  S.  L.  M.  La  pierre  est  au  musée  de  Toulouse; 
elle  porte  :  GEMINVS  |  Q.  IVL.  BALBI  |  SER[vvs]  |  V.  S.  L.  M. 4. 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'arrêter  à  l'inscription  fausse  5  d'Olâh  Brettye, 
publiée  par  Gruter é  d'après  le  recueil  justement  suspect  de  Zamosius  et 
reproduite  il  y  a  plusieurs  années  par  MM.  Ackner  et  Mùller7.  Enfin  je 
mentionne,  mais  seulement  pour  ordre,  un  texte  en  l'honneur  d'Apollon, 
de  Sirona  et  des  Nymphes,  qui  ne  me  paraît  pas  pouvoir  être  accepté 
comme  élément  d'étude  8. 

i.  lahrbuch  des  Vereins  von  Alterthums  Freunden  im  Rheinlande,  t.  XX,  p.  108  et  suiv. 
et  t.  XXVII,  p.  80  et  suiv. 

2.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  t.  V,  p.  22. 

3.  Monuments  religieux  des  Volces  Tectosages,  p.  203,  n°  2}. 

4.  E.  Barry,  Mém.  de  l'Acad.  de  Toulouse,  t.  VI,  p.  109,  d'après  le  monument  ori- 
ginal conservé  au  musée. 

5.  Cf.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  III,  p.  10,  n°  74. 

6.  P.  xxxvn,  n°  1 1. 

7.  Die  rœmischen  Inschriften  in  Dacien,n°  203,  Vienne,  186J. 

8.  Cf.  Ch.  Robert,  Épigraphie  de  la  Moselle,  in-40,  1869,  p.  12. 


Sirona.  135 

Les  inscriptions  qui  mentionnent  Sirona,  en  acceptant  celle  de  Graux, 
sont  au  nombre  de  treize  et  se  répartissent  de  la  manière  suivante  : 

Norique.      ..." 1 

Extrémité  de  la  Belgique  et  confins  germaniques. .     .     9 

Gaule  lyonnaise 1 

Aquitaine 1 

Italie 1 

Ainsi  sur  treize  inscriptions,  neuf  appartiennent  aux  rives  du  Rhin 
et  aux  régions  de  la  haute  Moselle  ;  une  autre  vient  du  Norique  où 
la  race  gauloise  avait  laissé  des  traces.  On  est  donc  fondé  à  dire  que 
Sirona  appartenait  au  groupe  des  divinités  féminines  propres  à  l'est  des 
Gaules  et  aux  régions  rhénanes.  Il  est  vrai  qu'un  autel  à  Sirona  s'est 
rencontré  à  Bordeaux  ;  mais  on  ne  saurait  en  conclure  que  le  culte  de 
cette  déesse  fût  pratiqué  par  les  Bituriges  Vivisci,  car  leur  riche  emporium 
était  peuplé  d'étrangers,  ainsi  que  le  prouvent  non  seulement  des  pierres 
sépulcrales  rappelant  des  hommes  de  tous  les  pays  et  par  exemple 
des  Germains,  des  habitants  de  Trêves  et  de  Metz,  etc.,  mais  encore 
deux  cippes  élevés  en  l'honneur,  l'un  d'une  divinité  rhénane,  Mercu- 
rius  Visucius,  l'autre  du  rJupiter  des  Boii1.  Quant  au  monument  qui 
se  trouve  à  Rome,  on  sait  que  tous  les  cultes  provinciaux  se  prati- 
quaient dans  cette  ville,  où  un  citoyen  de  Reims  unissait  dans  le  même 
vœu  les  dieux  de  sa  patrie,  Arduinna  et  Camulus,  à  Jupiter,  à  Hercule 
et  à  Mercure2. 

Sirona,  dans  quatre  des  cinq  textes  qui  la  mentionnent  seule,  est 
invoquée  sous  le  titre  de  Dea  i  ;  dans  le  cinquième,  à  Bordeaux,  elle 
est  simplement  désignée  par  son  nom.  Dans  les  huit  autres,  où  elle 
partage  les  vœux  des  fidèles  avec  Apollon,  elle  ne  porte  plus  le  titre  de 
Dea  et  se  montre  seulement  une  fois  qualifiée  de  Sancta.  Quant  à  son 
parèdre,  il  ne  reçoit  que  deux  fois  le  surnom  de  Grannus  4.  Ces  remar- 
ques auront  plus  loin  leur  application. 

Si  l'on  passe  aux  consacrants,  on  voit  que  plusieurs  d'entre  eux  ont 
des  noms  indigènes,  comme  Magiusia,  Adbucieîus  Toceti  filius,  Maior 
Magiati  filius,  mais  que  d'autres  sont  dénommés  à  la  romaine,  comme 

1.  Le  personnage  qui  avait  érigé  ce  monument  appartenait  soit  aux  Boii  restés  dans 
l'Est,  soit  à  ceux  qui  avaient  poussé  jusqu'à  l'Océan  et  s'étaient  installés  vers  le  bassin 
d'Arcachon. 

2.  Corpus  inscr.  latin.,  t.  VI,  n°  46. 

3.  Le  titre  de  Dea  ne  se  lit  pas  sur  le  monument  n°  2  de  Mayence  ;  mais  il  est  à 
remarquer  qu'il  existe,  avant  le  nom  de  Sirona,  un  espace  libre  qui  doit  être  rempli  par 
ce  mot. 

4.  A  Baumberg  et  à  Rome  ;  l'inscription  d'Olâh  Brettye  donne  aussi  au  dieu  le  sur- 
nom de  Grannus,  mais  on  a  vu  plus  haut  qu'elle  est  fausse. 


i  $6  Sirona. 

Iulia  Frontina,  CKaudïus)  Marianus,  L[ucius)  Lucanius  Censorinus.  Un 
vétéran  de  la  légion  stationnée  à  Mayence,  C.  Longinius  Speratus,  avait 
associé  à  son  acte  pieux  sa  femme  Iunia  Deva,  et  ses  enfants  Pacatus, 
Martinula,  Hïlaritas,  Speratianus.  Sauf  le  surnom  de  la  femme,  ce  ne 
sont  pas  là  des  appellations  indigènes.  Mais,  en  tenant  compte  de  la 
tendance  bien  connue  des  provinciaux  à  se  transformer  en  Romains,  il 
est  permis  de  dire  que  le  culte  de  Sirona  était  surtout  pratiqué  sous 
l'empire  par  les  anciens  habitants  du  sol. 

Voici  maintenant  ce  qui  reste  des  anaglyphes  qui  représentaient 
Sirona. 

SAINTE-FONTAINE. 

Le  cippe  trouvé  à  Sainte-Fontaine  est  le  seul  bas-relief  arrivé  complet 
jusqu'à  nous,  mais  il  ne  présente  qu'un  buste  et  ne  comporte  pas  grand 
enseignement.  Cet  antique,  découvert  en  1751,  a  été  détruit  lors  de 
l'incendie  de  la  bibliothèque  de  Strasbourg,  en  1870.  J'en  possédais 
heureusement  un  moulage,  aujourd'hui  au  musée  de  Saint-Germain,  qui 
m'a  permis  de  faire  graver  la  figure  suivante  : 


Sirona.  137 

Ce  petit  bas-relief  présente  une  base  rectangulaire  de  om  32  sur  om  1 5 , 
sur  laquelle  se  développe  l'inscription  ;  puis,  au-dessus,  un  tableau  en 
fer  à  cheval  duquel  se  détache  le  buste  de  la  déesse  vu  de  face.  La  coif- 
fure est  remarquable  et  rappelle  quelque  peu  celle  des  sphinx  égyptiens. 
Les  chevelures  à  courbures  régulières  et  symétriques  sont  d'ailleurs  fré- 
quentes sur  les  monnaies  gauloises.  Le  bas  du  cou  présente  une  double 
saillie  circulaire  figurant  un  collier,  ou  plutôt  l'amorce  du  vêtement.  Le 
nom  de  la  déesse  commence  par  un  caractère  fréquent  dans  le  nord-est 
de  la  Gaule  ',  le  D  barré,  qui  a  la  valeur  d'une  sifflante  analogue  au  th 
anglais. 

TRÊVES. 

Les  deux  monuments  élevés  à  Trêves  en  l'honneur  d'Apollon  et  de 
Sirona  sont  très  mutilés.  Sur  l'un  apparaît  seulement  la  partie  inférieure 
des  synèdres,  c'est-à-dire  les  pieds  nus  du  dieu,  le  bas  de  la  longue  tunique 
de  la  déesse  et  l'amorce  d'une  ara.  Sur  l'autre,  rien  ne  reste  de  la  figure 
féminine;  Apollon  est  encore  visible;  il  a  pour  attributs  une  lyre  et  une 
branche  de  laurier. 

BAUMBERG. 

Le  monument  de  Baumberg,  aujour- 
d'hui au  musée  de  Munich,  est  très 
détérioré  ;  il  offre  cependant  la  plus 
complète  représentation  de  la  déesse. 
Je  l'ai  fait  reproduire  d'après  un  mou- 
lage dont  M.  Alexandre  Bertrand  a  eu 
la  bonne  fortune  de  doter  le  musée  de 
Saint-Germain. 

La  hauteur  totale  de  ce  monument  est 
de  om  91  et  sa  plus  grande  largeur  de 
om  45.  Trois  de  ses  faces  sont  sculp- 
tées ;  la  plus  large  est  occupée  par  la 
dédicace,  les  deux  autres  par  les  divi- 
nités. 

L'inscription  est  très  effacée.  Les 
deux  premières  lignes  laissent  voir 
cependant  le  nom  et  le  surnom  d'Apol- 
lon Grannus  ;  mais  la  troisième  qui 
devait  mentionner  la  parèdre  est  en  grande  partie  oblitérée  ;  quelques 
lettres  seulement  servent  de  guide  pour  reconnaître  le  nom  de  Sirona. 


1.  Cf.  ch.  Robert,  Epigr.  de  la  Moselle,  p.  9$. 


i$8  Sirona. 

Des  trois  autres  lignes,  deux  n'offrent  plus  que  des  éléments  impossibles 
à  utiliser;  la  dernière  montre  nettement  la  formule  V.  S.  L.  L.  M. 

Les  bas-reliefs  sont  frustes. 

L'un,  à  gauche  du  spectateur,  montre  Apollon  dans  une  attitude  large- 
ment interprétée.  Le  dieu  avait  dans  le  pli  du  bras  gauche  une  lyre  de 
dimension  démesurée  et,  de  la  main  droite,  ramenée  vers  l'instrument, 
il  tenait  probablement  un  plectrum. 


L'autre  bas-relief  montre  la  déesse  debout,  vêtue,  comme  à  Trêves, 
d'une  longue  tunique.  Les  objets  qui  lui  servent  d'attributs  sont  mal 
conservés.  On  reconnaît  toutefois  dans  sa  main  droite  des  fruits,  peut- 
être  une  grappe  de  raisins  de  proportions  exagérées  et,  dans  sa  main 
gauche  levée,  une  poignée  d'épis. 

Il  m'a  paru  d'autant  plus  intéressant  de  donner  une  représentation 
exacte  de  ce  monument  qu'il  a  été  longtemps  le  sujet  d'une  méprise  justi- 
fiée par  son  état  de  détérioration.  Hefner,  qui  l'a  publié  le  premier,  avait 
bien  reconnu  des  fruits  comme  attributs  de  la  déesse,  mais  il  avait  été 
par  là  même  entraîné  à  la  prendre  pour  Pomona1.  Plus  tard  il  s'aperçut 


i.  Acta  Academiae  Monacensis,  1846,  t.  IV,  p.  164;  tab.  I,  fig.  6.  —  Oberbaye- 
risches  Archiv  fur  Vaterlaendische  Geschichte.  In-8°,  t.  VI,  p.  599,  et  tab.  III,  fig.  1$. — 
Roemische  Denkmaeler  Oberbayerns,  t.  II,  p.  30,  n°  xxvi. 


Sirona.  139 

de  son  erreur  et  rendit  à  Sirona  sa  place  sur  l'autel  de  Baumberg  '.  Cette 
rectification  a  été  consacrée  par  les  savants  les  plus  autorisés  d'Alle- 
magne 2  et  notamment  par  M.  Mommsen  qui  a  vu  le  monument  original, 
et  n'a  pas  hésité  à  reconnaître  Sirona  dans  la  déesse  portant  des  fruits?  ; 
un  examen  attentif  du  moulage  m'a  conduit  au  même  résultat.  Il  semble 
donc  acquis  désormais  que  Sirona,  dans  son  association  avec  Apollon 
Grannus,  était  symbolisée  par  une  figure  féminine  portant  des  fruits. 

LUXEUIL. 


Le  monument  de  Luxeuil  est  un  autel 
en  grès  blanc  dont  je  reproduis  ici  l'ins- 
cription d'après  un  estampage  que  je 
dois  à  M.  Ernest  Desjardins  et  les  bas- 
reliefs  d'après  un  dessin  que  M.  Ed- 
mond Le  Blant  a  bien  voulu  faire  exé- 
cuter à  mon  intention  pendant  son 
récent  séjour  dans  cette  station  ther- 
male. 

L'inscription,  très  nette  et  renfermée 
dans  un  cartouche,,  occupe  le  haut  d& 
la  première  face,  dont  le  bas  est  orné 
d'une  guirlande  de  fruits.  Le  nom  du 
personnage  est  précédé  de  l'adjectif 
idem  que  les  premiers  éditeurs  de  l'ins- 
cription n'avaient  pas  reconnu  4.  Taurus 
avait  sans  doute  dressé  non  loin  de  là 
un  autre  monument,  dont  l'inscription 
le  faisait  amplement  connaître;  il  lui 
suffisait  donc,  dans  le  vœu  à  Apollon 
et  à  Sirona,  de  se  désigner  par  cette  simple  formule  :  idem  Taurus. 

On  avait  prétendu  que  l'objet  contourné  et  mal  conservé  qui  accom- 
pagne la  guirlande  était  un  serpent  5  rappelant  le  caractère  médical  du 


1.  Roemisches  Bayera,  3e  édit.,  p.  78  et  suiv.,  n°  lxxiv. 

2.  Becker,  Jahrbuch  des  Vereins  von  Alterthums  Freunden  im  Rheinlande,  t.  XX,  p.  107. 

3.  Corpus  inscriptionum  latinarum,  t.  111,  n°  5588. 

4.  Le  Journal  de  la  Haute-Saône,  mentionnant  la  découverte  du  monument  en  1858, 
avait  donné  pour  la  troisième  ligne  XDEM.  La  Rev.  archéol.  (1858,  p.  120)  et  le  Bull, 
des  Soc.  sav.  (  1 85 S,  1"  sem.,  p.  248)  reproduisirent  ce  mot  inexplicable  ;  M.  Bourque- 
lot  {Mèm.  des  Antiq.  de  France,  t.  XXVI,  p.  29),  crut  pouvoir  le  remplacer  par  DEAE. 

S-  Bourquelot,  Mèm.  des  Antiq.  de  France,  t.  XXVI,  p.  31. 


140  Sirona. 

dieu  invoqué  dans  l'inscription.    Le  dessin  permet  de  reconnaître  que 

c'est  tout  simplement  une  lemnisque. 


Sur  chacune  des  deux  faces  contiguës  à  celle  qui  porte  l'inscription  se 
voit  une  représentation  virile  dont  le  haut  du  corps  et  les  jambes  sont 
nues,  tandis  qu'une  courte  tunique  est  attachée  sur  les  reins.  La  figure 
de  gauche  est  barbue,  celle  de  droite  est  imberbe  ;  elles  sont  si  dégra- 
dées l'une  et  l'autre  qu'il  ne  reste  rien  de  leurs  attributs  distinctifs  ; 
aussi  me  paraît-il  impossible  de  déterminer  leur  caractère  tant  qu'un 
monument  analogue  n'aura  pas  été  découvert.  On  pourrait,  à  la  rigueur, 
constater  que  l'attitude  et  le  costume  sommaire  de  ces  deux  figures  les 
rapprochent  de  certains  génies  sculptés  sur  des  monuments  des  bords 
du  Rhin  et  de  l'île  de  Bretagne  ;  mais  un  visage  barbu  conviendrait  mal 
à  des  personnifications  de  cette  nature. 

La  face  parallèle  à  celle  de  l'inscription  montre  une  figure  virile  entiè- 
rement nue,  ce  qui  dénote  un  dieu.  La  main  droite  élève  un  attribut  res- 
semblant à  un  couteau  ;  la  gauche,  qui  a  disparu,  descendait  le  long  du 
corps.  La  jambe  gauche  est  repliée  sur  un  objet  aujourd'hui  détruit, 
mais  dont  les  traces,  quelque  peu  visibles  qu'elles  soient,  semblent  indi- 
quer une  lyre.   Dans  ce  cas,  l'attribut  placé  dans  la  main  droite  serait 


Sirona.  141 

un  plectrum  et  le  dieu  se  trouverait 
symbolisé  comme  sur  l'autel  de  Baum- 
berg.  J'ajoute  que  l'attitude  d'Apollon 
est  presque  identique  à  celle  qu'il  prend 
sur  un  monument  d'Athènes,  une  jambe 
infléchie  derrière  l'autre,  la  main  droite 
(uJIMhI      iJfWsl'Ii!  tenant  un  plectrum  en  forme  de  fer  de 

flèche  et  la  gauche  appuyée  sur  la  lyre  ' . 
Sirona  n'est  pas  représentée  dans  le 
monument  de  Luxeuil  ;  ce  n'est  pas  la 
première  fois,  du  reste,  que  les  divinités 
nommées  dans  l'inscription  et  les  divi- 
nités représentées  ne  sont  pas  les 
mêmes.  En  se  rappelant  que  la  déesse 
porte  des  fruits,  à  Baumberg,  on  serait 
tenté  d'accorder  à  la  guirlande  de  fruits 
un  caractère  symbolique;  mais  cette 
sorte  d'ornement  a  été  si  souvent  em- 
ployée dans  la  décoration  des  monu- 
ments religieux  et  autres  qu'il  vaut  mieux  s'abstenir. 

Tels  sont  les  textes  et  les  bas-reliefs  que  nous  avions  à  examiner. 
Rappelons  maintenant  ce  qu'on  a  dit  de  Sirona. 

Au  xvme  siècle,  Oberlin  proposa  d'identifier  cette  déesse  à  Diane 
chasseresse,  mais  sans  appuyer  son  hypothèse  d'un  seul  argument 
solide2.  Cependant,  l'assimilation  de  la  compagne  gauloise  d'Apollon  à 
la  sœur  hellénique  de  ce  dieu  était  si  naturelle?  qu'elle  a  encore  cours 
aujourd'hui.  M.  Alfred  Maury  l'a  remise  lui-même  incidemment  en 
lumière  en  1860,  avec  son  incontestable  autorité  4,  dans  une  courte  note 
relative  à  l'Apollon  gaulois  s.  Ce  savant,  toutefois,  ne  considérait  plus 
Sirona,  dans  son  association  à  Apollon,  comme  une  protectrice  de  la 
chasse,  mais  comme  une  déesse  ayant  emprunté  le  caractère  médical 
dont  Diane  paraît  avoir  été  quelquefois  dotée.  Ce  caractère  conve- 


1.  Huart,  Monum.  d'Athènes,  t.  I,  p.  2$. 

2.  Muséum  Schœpflini,  Strasbourg,  1773,  in-40,  p.   16. 

3.  Millin  {Voyage  dans  le  midi  de  la  France,  t.  IV,  p.  650)  admet  que  Sirona  est  un 
surnom  de  Diane. 

4.  Revue  archéologique,  1860,  p.  58  à  60. 

5.  M.  Roget  de  Belloguet,  après  M.  Maury,  a  soutenu  cette  identification  avec  des 
arguments  philologiques  dont  la  valeur  est  contestable  (Ethnogénie  gauloise,  t.  II, 
p.  271). 


142  Sirona. 

nait  à  la  parèdre  de  l'Apollon  gaulois  qui,  du  témoignage  même  de 
César,  avait  le  don  de  repousser  les  maladies ,  depellere  morbos  ' . 
M.  Maury,  qui,  il  faut  le  remarquer,  ne  connaissait  pas  tous  les  monu- 
ments que  j'ai  réunis,  ne  se  borne  pas  à  assigner  un  caractère  médical  à 
Sirona,  mais,  précisant  davantage,  il  semble  restreindre  le  rôle  de  cette 
déesse  à  la  protection  des  eaux  thermales,  si  bien  qu'elle  serait  devenue 
une  Artemis  thermia.  Pour  faire  ressortir  cette  action  spéciale  réservée 
à  la  déesse,  le  savant  académicien  rappelle  d'abord  une  ou  deux  étymolo- 
gies  du  mot  Sirona ,  qu'il  ne  m'appartient  pas  d'apprécier.  Il  remarque 
ensuite  que  ce  nom  renferme  un  suffixe  qui  reparaît  dans  les  noms  de 
plusieurs  cours  d'eau,  tels  que  Divona,  Aronna,  Axona,  Calarona, 
Sagona,  Exona,  etc.  Mais  il  ne  faut  pas,  ce  me  semble,  s'attacher  trop 
au  suffixe  qui  n'a  généralement  qu'une  importance  secondaire  dans  les 
appellatifs  géographiques.  Ainsi,  par  exemple,  Divona  appartient  à  un 
groupe  assez  considérable  de  noms  de  sources,  tous  formés  avec  la 
même  racine,  mais  n'étant  pas,  pour  la  plupart,  terminés  en  ona2.  On 
peut  ajouter  que  ce  suffixe  ne  caractérise  pas  exclusivement  en  Gaule  les 
noms  de  cours  d'eau  ?  et  qu'il  se  retrouve  dans  des  noms  de  divinités 
gauloises  qui  ne  semblent  pas  avoir  été  les  protectrices  des  sources,  telles 
que  Nemetona,  associée  à  Mars43  Rittona  invoquée  à  Nîmes  s,  et  même 
Epona  dont  le  nom  est,  il  est  vrai,  latin  suivant  Corssen6,  mais  que  Zeuss 
attribue  au  celtique  7.  Bien  des  divinités  romaines  avaient  également 
leur  nom  terminé  en  ona%. 

Enfin  M.  Maury  a  constaté  que  des  vœux  à  Sirona  se  rencontrent  dans 
les  stations  d'eaux.  Il  est  certain  que  trois  des  inscriptions  où  cette  déesse 
est  mentionnée  viennent  l'une  de  Nierstein,  l'autre  de  Luxeuil  et  la  troi- 
sième de  Sainte-Fontaine,  localité  dont  le  nom  dénote  une  source  bien- 
faisante ;  mais  la  plupart  des  autres  ont  été  découvertes  dans  de  grands 

1.  De  bello  gallico,  liv.  VI,  ch.  17. 

2.  Les  noms  de  la  Deba,  de  la  Dee  ou  Duy,  de  la  Deve  ou  Duis,  des  Diva,  Dive, 
Dives,  Die,  Divette,  Divatte  entrent  dans  ce  groupe  avec  ceux  de  la  Divonne,  de  la 
Deheunne,  de  la  Deonne,  du  Devon.  On  peut  voir  dans  la  Revue  celtique  (t.  II,  p.  1  et 
suivantes]  l'article  de  M.  Pictet  sur  quelques  noms  celtiques  de  rivières.  Dans  un  autre 
article  (Revue  celtique,  t.  I,  p.  299),  cet  auteur  a  montré  le  rôle  de  la  racine  Dru  qui, 
dans  les  appellatifs  de  cours  d'eau,  est  unie  à  des  suffixes  très  variables. 

3.  Ce  suffixe  se  retrouve  dans  des  noms  de  forêts,  telles  que  la  forêt  Calydona,  de 
villes,  telles  que  Ancona,  Cremona,  Dertona,  Verona  (Cisalpine),  Alpona  (Melvétie), 
Aemona,  Vindobona  (Pannonie),  Alona,  Scarpona  (Gaule),  et  dans  des  noms  de  personnes, 
Vindona  (Orelli,  2019). 

4.  Lersch,  lahrbuch  des  Vereins  von  Alterthums  Freunden  im  Rheinlande,  t.  II,  p.  121. 

5.  De  Wal,  Mythologiae  septentrionalis  monumenta  latina,  1847,  in-8%  n°  ccxxxv. 

6.  Corssen,  Ueber  Aussprache,  Vokalismus  und  3etonung  der  lateinischen  Sprache,  2e  éd., 
1868,  t.  I,  p.  116. 

7.  Grammatica  celtica,  2e  édit.,  1871,  p.  9,  6$,  71,  8j,  772. 

8.  On  peut  citer  Alemona,  Annona,  Bellona,  Bubona,  Duellona,  Mellona,  Pomona,  etc. 


Sirona.  142. 

centres  tels  que  Mayence,  Trêves,  Corseul,  Bordeaux  et  Rome.  Les 
eaux  de  Luxeuil  n'étaient  pas  spécialement  placées  sous  la  protection  de 
Sirona,  mais  plutôt  sous  celle  du  dieu  à  nom  topique  Lixovius  et  de  la 
déesse  Brixia  ' .  Les  autres  eaux  avaient  aussi  leurs  divinités  propres  ; 
c'est  ainsi  que  le  couple  de  Borvo  et  de  Damona  présidait  aux  sources 
de  Bourbon-Lancy  et  de  Bourbonne,  et  que  le  dieu  Ilixo  ou  Lixo  aurait 
donné  son  nom  à  Luchon  2.  Un  auteur  qui  pense  aussi  que  Sirona  est  la 
personnification  particulière  des  sources  ?  insiste  sur  le  titre  de  déesse 
qu'elle  portait  et  qui  aurait  caractérisé  en  Gaule  les  génies  des  sources  ; 
mais  on  a  vu  que  Sirona  n'avait  pas  toujours  ce  titre  lorsqu'elle  était 
seule  et  qu'elle  ne  le  portait  jamais  dans  la  compagnie  d'Apollon.  D'ail- 
leurs, d'autres  créations  féminines  étrangères  aux  sources,  par  exemple 
Rosmerta,  la  parèdre  de  Mercure,  étaient  qualifiées  de  Dea. 

En  général  les  déesses  parèdres  partageaient  les  attributions  du  dieu  ; 
si  donc  on  juge  du  caractère  de  Sirona  par  celui  d'Apollon,  on  renoncera 
à  faire  exclusivement  de  cette  figure  divine  une  protectrice  des  eaux 
bienfaisantes,  car  Apollon  était  en  Gaule  non  seulement  un  dieu  qui 
guérit  les  maladies,  mais,  comme  à  Rome,  une  personnification  du  soleil; 
cela  résulte  d'un  passage  même  de  la  note  de  M.  Alfred  Maury,  dans 
lequel  il  admet  pour  étymologie  de  Grannus  le  mot  irlandais  et  gaélique 
Grian  ;  par  sa  force  vivifiante,  le  dieu  que  les  Gaulois  nommaient  Grannus 
et  les  Romains  Apollon,  exerçait  d'une  manière  générale  une  action 
bienfaisante  dont  son  caractère  médical  n'était  que  la  conséquence. 
Il  avait  une  grande  analogie  avec  l'Apollon  sauveur  honoré  à  Rome  4; 
aussi  se  montre-t-il  en  Gaule,  dans  son  association  avec  Sirona  (voir 
le  monument  de  Trêves),  avec  la  lyre  et  la  branche  de  laurier  qui 
servent  d'attributs  à  Apollon  Salutaris  5  sur  les  monnaies  de  Trébonien 
et  de  Volusien6.  Grannus  était  invoqué  par  Caracalla  malade,  non 
comme  le  protecteur  des  sources,  mais  comme  l'égal  des  grands  dieux 
de  la  santé,  Esculape  et  Serapis7  ;  il  était  associé,  dans  les  vœux,  à  la 
fille  d'Esculape,  Hygia,  ainsi  que  le  démontre  une  inscription  trouvée 
dans  le  lit  du  Danube  8.  Les  eaux  à  vertu  médicinale  étaient  tout  natu- 
rellement placées  sous  la  protection  du  grand  maître  de  la  santé.  Il  est 

1.  Bourquelot,  Mèm.  des  Antiq.  de  France,  t.  XXVI,  p.  22  et  suivantes. 

2.  Dictionnaire  archéologique  de  la  Gaule,  aux  mots  Bourbon-Lancy  et  Bourbonne. 

3.  Bulliot,  Revue  celtique,  t.  I,  p.  308  et  319. 

4.  Orelli-Henzen,  n°  5897. 

5.  Une  inscription  de  Rome  donne  à  l'Apollon  Salutaris  le  titre  de  Medicinalis.  Corp. 
inscr.  lat.,  t.  VI,  n°  39. 

6.  Eckhel,  Doctrina  numorum,  t.  Vil,  p.  3J7  et  368. 

7.  DionCassius,  liv.  LXXVII,  ch.  15. 

8.  Corp.  inscr.  lat.,  t.  III,  n°  5873. 


144  Sirona. 

dès  lors  logique  que  son  nom  se  retrouve  dans  celui  de  quelques  locali- 
tés célèbres  par  leurs  sources,  comme  Aquae  Granni1.  En  présidant  aux 
sources  thermales2,  l'Apollon  gaulois  ressemblait  encore  à  l'Apollon 
romain,  à  qui  les  baigneurs  des  Aquae  Apollinares  adressaient  leurs  vœux, 
ainsi  que  l'ont  montré  les  belles  découvertes  faites,  en  1852,  sur  les 
bords  du  Lago,  près  Vicarello?.  En  somme,  je  crois  qu'Apollon  en  Gaule, 
même  quand  il  était  qualifié  de  Grannus,  avait  un  rôle  très  étendu,  qui 
ressort  du  reste  de  l'article  de  M.  Alfred  Maury;  mais  eût-il  été  limité, 
comme  divers  auteurs  l'ont  dit  4,  au  rôle  de  protecteur  des  eaux  bienfai- 
santes, on  ne  pourrait  rien  en  conclure  au  sujet  de  Sirona,  puisque, 
dans  son  association  avec  elle,  il  ne  porte  que  deux  fois  ce  surnom. 

Si  donc  on  doit  étendre  à  Sirona  le  caractère  du  dieu  auquel  elle  est 
six  fois  associée  dans  les  inscriptions,  soit  par  des  indigènes,  soit  par  des 
consacrants  à  noms  romains,  on  admettra  qu'elle  était  aussi  une  puis- 
sance fécondante  favorisant  les  productions  de  la  nature,  repoussant  le 
mal  et  agissant  sur  les  eaux  thermales  soit  comme  déesse  de  la  santé, 
soit  comme  distribuant  la  chaleur.  Ce  caractère  plus  général  de  Sirona 
justifierait  les  attributs  qu'elle  porte  sur  le  monument  de  Baumberg  que 
ne  connaissait  pas  M.  Alfred  Maury,  attributs  qui  sont,  ainsi  qu'on  l'a 
vu  plus  haut,  des  fruits  et  des  épis  5. 

En  résumé  je  ne  conteste  pas  que  Sirona,  comme  Apollon,  ait 
présidé  aux  sources  bienfaisantes,  mais  je  pense  que  ce  n'était  là  qu'une 
des  faces  de  son  rôle  plus  général.  Si  la  voie  que  j'ai  ouverte  ne  parait 
pas  devoir  être  suivie,  j'aurai  au  moins  réuni  une  partie  importante  des 
éléments  de  la  question. 

Ch.  Robert. 

Paris,  le  5 1  août  1879. 

1 .  On  peut  joindre  à  ce  nom  d'une  station  thermale  célèbre  celui  que  porte  aujourd'hui 
le  ruisseau  dit  Eaux  graunnes,  dans  lequel  se  déversent  les  eaux  chaudes  de  Plombières. 

2.  Je  ne  parle  pas  des  eaux  bouillantes  punissant  les  parjures  auxquelles,  suivant 
Eumène  {Panégyrique  de  Constantin,  ch.  XXI),  présidait  Apollon.  Le  dieu  agissait  là 
comme  source  de  la  chaleur,  plutôt  que  comme  protecteur  de  la  santé. 

3.  Annales  de  l'Institut  archéologique  de  Rome,  1859,  p.  34  et  suiv. 

4.  Eckart,  Dissert,  de  Apolline  Granno  Mogouno,  Viceburgi,  in-40.  —  Bimard  de  la 
Bastie,  Thésaurus  de  Muratori,  t.  I,  col.  59.  —  Greppo,  Études  sur  les  eaux  thermales  et 
minérales  de  la  Gaule,  1848,  in-8°,  p.  60.    —   Bulliot,  Revue  celtique,  t.  1,  p.  309,  etc. 

5.  M.  Becker  (Jahrb.  des  Vereins  von  Alterthums  Freunden  im  Rheinlande,  t.  XX,  p.  107 
et  suiv.)  a  essayé,  il  est  vrai,  de  concilier  le  caractère  de  Sirona,  protectrice  spéciale  des 
eaux  thermales,  avec  les  fruits  et  les  épis  qu'elle  porte.  Ces  attributs  s'expliqueraient, 
dit  cet  auteur,  parce  que  la  déesse  faisait  partie  des  génies  maternels  symbolisant  les 
diverses  forces  de  la  nature.  On  le  voit,  en  faisant  partager  à  Sirona  le  rôle  de  son 
parèdre,  M.  Becker  arrive  par  une  voie  détournée  à  la  conclusion  qui  s'impose. 


SUPPLÉMENT 


AUX  DICTIONNAIRES   BRETONS-FRANÇAIS. 


Je  laisse  de  côté  les  variantes  phonétiques,  et  les  mots  usuels  que  je 
me  rappelle  avoir  vus  écrits,  pour  m'occuper  de  ceux  que  je  ne  connais 
que  par  l'usage.  Je  rectifierai  quelques  fausses  restrictions  de  dialecte 
ou  de  sens,  et  rétablirai  des  mots  regardés  à  tort  comme  inusités. 

Le  but  de  ces  recherches  partielles  serait  atteint,  si  elles  pouvaient 
en  provoquer  d'autres  du  même  genre,  mais  plus  étendues  et  plus  appro- 
fondies. 


-a  :  kouignaoua,  aller  chercher  des  gâteaux  à  la  Saint-Etienne,  Lan- 
rodec  ;  kouignaouàr,  celui  qui  y  va,  Trévérec  ;  lœsa  (=  gall.  llaethd', 
quêter  du  lait,  en  parlant  des  pauvres  ;  lesàrienn,  ceux  qui  le  font  ; 
lusa,  cueillir  des  «  lucets  »  (lus,  eux  luzenn;  la  plante,  koad-lus),  d'où 
lusâr;  moala  (gall.  mwyara),  chercher  des  mûres;  subst.  moalàr 
(Lanrodec  .  Teskaoua,  glaner,  plus  régulier  que  teskaouin  :  teskaoua 
avalao,  recueillir  des  pommes  (Trév.)  ;  trouskanna,  Lanr.,  trouskenna, 
Ploezal,  chercher  de  la  mousse  ;  ziliodr,  pêcheur  d'anguilles,  Trév. 

-ab  l  :  lennab.Ji  lisible;  stagabd)  [foa]  à  lier,  lac'hab'l,  [bête]  à  tuer,  Trév. 

ac'hel,  m.  (essieu]  d'un  couteau,  clou  qui  attache  la  lame  au  manche; 
ac'helin,  emmancher  ;  dizac'heled,  démanché  ^Trév.)  ;  II;  èla,  élan, 
èlin;  dizèled,  Pleudaniel  et  Langoat;  ac'hel,  diac'heled,  St-Mayeux. 

-ad,  term.  exclamative,  Lanr.,  semble  un  compromis  entre  -a  superlatif 
et  -et  van.  (gall.  -edn  comme  brazeres,  femme  grosse,  Gurunhuel,  par 
confusion  entre  brazes  et  dougeres. 

-adek,  f.  :  aradek,  réunion  pour  labourer,  Trév.,  Lanr.;  breuzadek-lin, 
pour  peigner  le  lin,  Lanr.;  c'hoariadek,  jeu  collectif;  c'houiriniadek, 
hennissements  (par  exemple  dans  une  foire),  Cornouaille  ;  diskaradek 


146  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français, 

(gwe)  abatis;  divarradek  {gwe\  réunion  pour  émonder  les  arbres,  Trév.; 
dornadek,  battage,  Lanr.;  evadek,  partie  de  boire,  Corn.;  goeladek, 
partie  de  pleurs,  Tréguier  ;  goulennadek,  demande  en  mariage,  décla- 
ration à  l'église,  Pleud.  ;  (c')harzadek  chas,  aboiements  (d'une  meute), 
kannadek,  réunion  de  femmes  qui  battent  le  linge,  Corn.  ;  kleun- 
nadek,  réunion  pour  arranger  les  talus,  Lanr.  ;  lonkadek,  partie  de 
goinfrerie  ;  medadek,  réunion  de  moissonneurs  ;  mevadek,  d'ivrognes  ; 
miaouadek,  sabbat  des  chats;  pi\g)elladck ,  réunion  d'hommes  qui 
arrangent  la  terre  après  la  charrue,  Corn.  ;  tennadek,  tir  à  la  cible, 
Gommenec'h  ;  troc'hadek,  action  de  couper  ensemble,  Corn.,  Trév., 
Lanr.  A  St-M.,  kannadenn,  kleuniadenn,  pi[g)elladenn ;  kleunieres,  ten- 
neres  (tir,  tirage),  dorneres,  Gurunhuel  dorneri. 

-adenn,  f.,  dibunadenn,  action  de  dévider,  Corn.;  c'hoariadenn,  une  partie 
de  jeu,  Trév.;  goradenn-verionn,  fourmilière,  Pleud.;  goradenn-yir, 
couvée;  eur  c'horadenn  'm  eus  em  bis,  j'ai  une  plaie  au  doigt,  Trév. 
là  St-M.  gorad/,  goroadenn,  ce  qu'on  trait  en  une  fois,  d'une  ou  de 
plusieurs  vaches,  Trév.;  [c'jharzadenn,  aboiement,  miaouadenn,  miau- 
lement, Corn.;  souzadenn,  act.  de  reculer,  Trév.;  troc'hadenn,  coupure, 
valladenn,  défaillance,  (=  fallaenn)  Lanr.;  dic'hougadenn,  personne 
décolletée;  disîoladenn,  rejeton,  Trév. 

aksiafitet,  bien  posé,  bien  apparenté,  Douarnenez. 

alla  !  à  droite  !  (aux  chevaux)  Langoat.  Cf.  lat.  Mac,  par  là  :  à  gauche 
se  dit  hakh  !  c'hak  !  (Goello)  cf.  hac,  par  ici,  car  le  charretier  se  place 
à  gauche  de  ses  chevaux.  A  gauche  se  dit  encore  de  !  ded  aman 
(Goello)  =  deu{z),  deud  aman,  viens,  venez  ici  ;  da!  Lang.;  de  plus, 
tast!  (Go.)  tait,  toit,  Lanvollon,  tost  à  Pléhédel  et  en  Trég.,  à  St-M. 
tos!  tos!  ou  tus!  viennent  de  tost,  près,  approche  !  Wichedrou,  wiche- 
duru,  vichederou  (Go.)  à  droite  !  signifie  litt.  tourne  en  biais,  de  vichez 
et  de  tro.  Wichedrou-berr !  vite  (litt.  tourne  court)  à  droite;  hak-berr, 
vite  à  gauche  (Ploezal). 

aluzonn  ''aumône)  :  muoc'h  —  a  ve,  on  a  plus  de  mérite  (Trév.). 

anfan  pelote,  Gommenec'h;  c'hoari — ,  jouer  à  la  ballotte  (Quimper- 
Guézennec),  en  franc,  de  Lanr.,  «  jouer  à  l'enfant.  » 

annaf-dall,  Gurunhuel  ;  annves,  annve,  annves-dall,  Plusquellec  ;  annec'h 
penn-kalet  (f.i,  Ploezal;  mannac'h,  pi.  ed,  Pléhédel  et  Quimper-Guéz.; 
manac'h,  Gommenec'h,  orvet.  A  Langoat,  aerkalet;  à  Lanr.,  aer  dall, 
aer  penn-dali  (m.). 

anndell,  grimace  ;  anndeller,  grimacier  ;  anndellet,  bigarré,  St-M.  Cf. 
ant,  andenn,  raie. 

anpustul,  m.,  homme  timide,  Trév. 


Supplément  aux  Dictionnaires  br et.- français.  147 

ar-  :  ar-wenn  (St-M.,  ar-huenn,  war-huenn),  ar-du  (St-M.,  id.  etwar-du), 

ar-ru,  ar-velen,  ar-c'hlaz,  un  peu  blanc,  un  peu  noir,  etc.,  Trév.; 

ar-vihan,  ar-vras,  ar-zec'h,  ar-c'hleb,  assez  petit,  assez  grand,  etc.; 

eun  ar-imbisiU  ar-c'henauek,  presque  un  imbécile,  Trév.,  St-Clet;  eun 

ar-inn  osant,  Trév.  Cf.  arzod. 
ardoàr,  m.,  qui  fait  des  façons  iardo)  Trév.  ardo'r  Pleud.  ardawher  St-M. 

Syn.  mistik  (pr.  ekh),  kaz  gleb. 
-asenn  (fr.  -ace,  -assei  :  dourasen(jî)ek,  dégouttant  d'eau;  dourasen  nih, 

dégoutter,  suinter,  pleurer;  mogodasenn,  f.,  grande  fumée,  Trév.; 

treutasenn,  i.}  haridelle;  femme  maigre,  Lanr.  A  St-M.,  dourasen' n)ein; 

mogedadenn,  qui  veut  dire  à  Trév.  une  femme  sans  ordre. 
auzan,  panser,  remettre  un  membre.  Trév.  ;  vanner  le  blé  ;  auzadur, 

débris  qui  en  résultent,  Lanr.  ;  auzadek-lin,  réunion  pour  préparer  le 

lin,  Trév.;  à  St-M.,  auzadenn-lin. 
avalo-spern  ou  koc'h-pér,  Trév.,  perigo  (pron.  egho)  spern,  ou  sperejo 

Doue,  Pleud.,  fruits  de  l'aubépine. 
avuennek  :  douar—,  mauvaise  terre  qui  colle,  qui  s'en  vient  en  cailles 

comme  le  foie,  avu.  Lang.  Pleud. 

B. 

Bara!  bara!  baral  Lr.,  Trév.,  St-M.,  baraïk,  baraïk  (pr.  ekh),  Lr., 
interjection  pour  appeler  les  moutons  comme  si  on  leur  promettait  du 
pain;.  On  dit  aussi  bara  bè  (de  leur  cri,  d'où  bèikh,  mouton  1 enfantin  ), 
Trév.  Pour  les  chasser  :  cha  bouch,  cha  bouch  du-me  ou  tu-me  ['ta)  ! 
Trév.  Cf.  cha  tu-man,  cha  du-me,  cha  tu-me  ['ta,  laer  !  St-M.,  Lr., 
Trév.,  Go.,  quand  on  s'adresse  aux  chats  :  haut-breton  cha{t)  ci! 
M.  Troude  donne  pour  ce  dernier  sens  gaz!  que  je  suppose  une  alté- 
ration de  kaz,  et  chegad,  qui  s'emploie  en  Go.  pour  chasser  les  veaux 
[chegad,  du-m'è!)  On  dit  eur  chegad,  un  veau,  fig.  un  niais,  Trév.  Cf. 
echegad  iTroude  et  peut-être  ichekonn  (Go.),  ichecon  (Feiz  ha  Breiz, 
7  juillet  1 877 1 ,  int.  d'étonnement.  —  Tourch  tak  tak,  maotik!  (ekh), 
cri  pour  exciter  les  béliers  à  se  battre  fourchai  ,  Tv.  —  Bichekh,  petit 
chat,  Lr.,  Milbisekh,  Misekh,  Minet,  h.-br.  Biche,  semblent  venir  de 
bich-bich-bich,  St-M.,  bssbss,  Trév.,  pich-pich-pich,  Lanr., pss  pss,  Lr. 
et  h.-br.,  int.  pour  appeler  les  chats.  Cf.  angl.  Puss?  A  Trév.,  bisekh, 
petit  chat,  pi.  bisegho.  Bisegho  halek,  les  chatons  du  saule,  Trév.; 
bichego,  bicheio  halek,  à  Pleud.  et  à  Plouezec  ioù  l'on  dit  même  bichego 
ros,  des  boutons  de  rosei.  Le  mot  propre  est  kéjer  bihan,  kéjer  halek, 
Lanr.,  Trév.  Pour  chasser  les  moutons  et  les  veaux,  turch  tu-me,  Lr.; 


148  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

pour  appeler  les  veaux,  tu  tu  tu  tuy  ;  pour  les  chasser,  prr-chett! 
St-M.  Pour  chasser  les  moutons,  on  dit  à  St-M.  comme  si  on  appe- 
lait un  chien  :  khiê,  khiê  !  Ce  mot,  à  Lang.  khen,  doit  venir  du  fr. 
tiens,  ainsi  que  khi'é,  khi'é!  St-M.,  khiê,  khiê!  Lanr.,  pour  faire  venir 
les  chevaux,  chien,  chien,  chien  !  pour  appeler  les  poulains,  et  peut- 
être  tien,  kieri,  tian,  kian,  usités  à  Landerneau  et  aux  environs  pour 
dire  «  n'est-ce  pas?  »  On  dit  encore  pour  appeler  les  chevaux  : 
d'aman  !  Trév.;  ou  hei,  do  (du  fr.  donc),  hei  !  Lr.;  hei  si  (du  fr.  ici), 
Trég.;  et  pour  les  chasser,  da  du-ze!  St-M.;  cf.  fr.  dada  ?  Pour  chasser 
les  chiens  :  te  du-man,  tè  du-me  (poezon)  !  Lr.,  Trév.;  tè  isi,  Trév., 
St-M.,  d'où  tè  tè,  tè  tè  bihan,  un  chien  (enf.),  Lr.,  Trév.  Pour  appeler 
les  vaches  :  do,  do,  do  !  do  [paour)  !  Lr.;  zo,  zo,  zo !  Trév.;  pio-ho  ! 
St-M.  Pour  les  arrêter  :  cho!  cho-ho-ho!  Trév.,  Lr.  Pour  les  chasser  : 
boit!  Trév.;  boï  tu,  Lanr.,  St-M.;  boi  tu-mè !  Trév.,  Lr.;  Cf.  Barz. 
Br.,  La  Chanson  de  fête  des  petits  pâtres,  et  boeicho,  Lanr.,  cho-cho, 
Trév.,  vache,  vaches  (enf.).  —  Pour  appeler  les  pourceaux  :  chïèm, 
chïèm!  Trév.;  khiou,  khiou  !  Lanr.  et  h. -bret.  (onomat.)  ;  khiouekh, 
khiouekh!  Tressigneaux ;  toch,  toch,  toch!  près  de  Lanr.;  tochekh, 
tochekh!  Trév.;  tac'hekh,  tac'hekh,  tac' h  bian,  tac' h,  tac' h,  tac'h,  tac' h  ! 
St-M.  Pour  les  chasser,  sikh  !  Pontrieux,  Lr.,  Trév.;  sikh  tu-me,  Lr., 
Trév.;  sikh  tu-ze,  sikh'u-me,  sikh'u-man,  Lr.,  Go.;  sikh'u,  sikh'u! 
St-M.  (forme  qui  m'empêche  d'écrire  boit-hu).  Cf.  sik,  van.  dans 
Troude,  qui  y  soupçonne  à  bon  droit  un  ancien  subst.  Cette  interj.  se 
retrouve  en  letton  et  en  russe  (Orig.  indo-europ.,  I,  372).  —  Pour 
appeler  les  poulets  :  peti,  peti!  ou  keti,  keti!  St-M.;  pouti,  pouti!  Trév.; 
bouti,  bouti,  bouti!  Lr.;  ar  bouti  bihan,  Lr.,  les  petits  poulets  (enf.), 
du  fr.  petit.  Cf.  La  Fontaine,  le  Faucon  et  le  Chapon.  Pour  chasser 
les  poules  et  les  poulets  :  chou  du-man  !  chou  'ta!  Trév.,  Lr.,  St-M.; 
h.-br.,  chou  ci!  —  Pour  faire  venir  les  canards  :  kan,  kan,  kan  ! 
Trév.,  St-M.;  kanekh,  kanekh  !  Trév.  Cf.  kanikhenn,  f.  pi.  kanikhen[n)o, 
kanikho,  canard,  Trév. 

barr  :  c'hoari  barr,  jouer  au  volant,  Gommenec'h. 

barrenn,  Trég.  barrennik  (pr.  barn'ekh)  Pleud.  c'hoari  — ,  jouera  la  ma- 
relle (à  cause  des  barres  qu'on  y  trace  sur  le  sol). 

bas,  pâte  des  crêpes.  Trég.  et  Lanv. 

batorellet,  Trég.,  bator'let,  Pleud.,  à  moitié  endormi;  Trév.,  étourdi  (par 
un  coup). 

beg  :  Mari  ou  Mai  beg  arog,  bavarde;  bégezenn,  id.  Trév. 

bek-ivinet,  beg-ivinet  ou  penn-ivinet  e'vioc'h,  le  lien  de  la  vache  est  pris 
dans  la  fente  de  son  pied,  Trév. 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français.  149 

beran,  couler  se  dit  d'une  chandelle  ,  Trév.;  à  St-M.,  berein  ;  bered  e 
ann  ti,  la  maison  s'est  écroulée,  Trév. 

berteik,  berteik-tout,  changeant,  vif,  remuant,  Trév. 

béstenn,  celui  qui  n'est  ni  d'une  paroisse  ni  d'une  autre  Saint-Nicodème  . 

beureoc'h,  adv. ,  plus  matin,  Trév. 

binset  eun  den  — ,  un  cul-de-jatte,  Trév.,  litt.  vissé,  écroué. 

blaza,  blazan,  assaisonner,  donner  du  goût  à  ;  blazenn,  fumet,  arrière- 
goût,  Trév. 

blejer,  m.,  hurleur,  qui  chante  trop  fort.  Trév.;  blej,  blejadek,  blejeres, 
hurlements,  Lanr. 

blezen{n)enn,  f.,  pi.  blezen^ao  (pgnon),  paquet  d'oignons  en  grappe; 
blezen  n)in  ognon,  les  mettre  ainsi,  Lr. 

blotin,  caler,  consolider  un  meuble  .  Lohuec.  Cf.  Mot,  anc.  marche- 
pied  Troude,  et  le  fr.  blottir. 

boedek  :  taol  — ,  coup  avantageux  au  jeu  ;  boeta,  mettre  les  gerbes  dans 
la  mécanique.  Trév. 

boseal,  casser  des  mottes  de  terre,  Trév.;  bosein,  St-M. 

bouc'h  bean  — ,  être  perdu,  pris  (propr.  t.  de  jeu  de  cartes  ;  dur  (en 
parlant  du  pain)  ;  qui  ne  coupe  pas  d'un  couteau  ;  bouc'heed,  devenu 
plus  rigide  (du  temps),  Trév. 

bourr-boas  pain  à  moitié  cuit,  Trév.  Bourr,  St-M.,  et  le  van.  bourrus, 
id.,  se  disent  aussi  d'un  temps  chaud,  lourd. 

boustouf,  bouchon,  petit  homme  trapu;  homme  de  rien.  Go.;  petit  Trég. 

braz  :  bar  vraz,  pleine  lune,  Pleud.  ko rf  bras  u.  b.,  le  buste,  Trév. 

brejèo,  pi.,  lendemain  d'un  pardon,  St-M.  A  Trév.,  hat-pardon. 

breskenn.  f.,  Lr.,  St-M.;  brechenn,  St-M.  :  krog  e'vreskenn  gan  à  r)  zaout, 
les  vaches  courent  çà  et  là.  Lanr.;  lann  vresken{n)er ,  homme  remuant, 
Trév.;  han'ta,  breskenn!  Lr.;  brechen'n  er,  coureur,  St-M. 

broudan  ra  ar  vioc'h,  la  vache  frappe  des  cornes.  Trév. 

broust,  lierre  ;  broustaiï,  en  chercher,  Lanr. 

brud,  bruit,  au  sens  propre  de  truuz;  Trév. 

C'H. 

C'hoant.  On  dit  des  animaux  en  chaleur  :  'Man  ar  vuoc'h  e  c'hoand  lé, 
emah  ar  wiz  e  c'hoand  mot 'h,  ou  moc'h  bihann;  'man  ar  gazek  'c'hoant 
marc'h  (moins  souvent  c'hoant  eubel),  Trév. 

c'hoari.  Onm  c'hoario.  nos  faits  et  gestes,  Trév.  C'hoari  zac'h,  jouer  à  la 
loterie,  Gom.,  Pleud..  Trég.  ;  c'hoarieres,  courtisane,  Trég. 

c'hoet,  petit  sarcloir  ;  c'hoetan,  sarcler,  Lanr. 

c'houip,  c'huib,  voleur,  fripon  :  —  evel  ann  dour,  comme  l'eau  ;  c'houib- 
Rev.  Cdt.  IV  !  ! 


i  $o  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français, 

laer,   pi.  on,  voleur  adroit,  filou,  escamoteur,  accapareur.  Trég., 
Goello.  Cf.  gall.  chwip,  rapide. 

c'houit  :  ar  —  le  but,  le  petit-maître,  Trév.  ;  fhouhan,  manquer,  mou- 
rir :  c'houited  'n  eut  hi  grav  (à  Lr.,  war  hi  daul),  il  a  manqué  son 
coup  ;  c'houited  e,  il  est  mort,  Trég.,  Go. 

CH. 

Chelpeta,  rôder,  chelpeta(e)r,  rôdeur.  Cf.  dichelpan,  être  essoufflé  [dichel- 
per,  celui  qui  l'est,  f.  dichelpadenn)  ?  Syn.  :  c'houéan  'ra  'nn  hi  zoubenn, 
berr  e  war-n-han,  Trév.  A  St-M.,  dihelkein,  dihelker,  dihelkadenn, 
souffle;  cf.  dielc'ha,  et  difelc'ha. 

Choukenn,  pi.  o,  ce  qu'on  met  aux  sabots  pour  les  couvrir  :  botoio 
chouket  koat,  gros  sabots,  dont  le  dessus  est  en  bois  ;  botoio  koat  chou- 
ket,  id.,  Lohuec  et  Pleud.  ;  kas  eun  den  da  choukah,  mettre  quelqu'un 
à  bout,  le  presser,  le  réduire,  Lanv.,  Trég.;  antred  e  chouk  barz  enn 
douar  (la  charrette)  est  enfoncée  dans  l'ornière,  Lanr. 

choulou,  choulouenn,  f.,  femme  qui  a  ses  habits  en  désordre,  Lanv. 

chucher,  quêteur,  Trég.,  Go.;  chuchal,  renifler,  comme  les  chiens,  chiner. 

chupere,  St-Clet,  Trév.,  Pleud.;  chufere,  Pleud.,  Pabu,  Lanr.;  chipere, 
chifere,jufere,  Trég.  jifere,  Lang.  hydromel,  =--kufr,  Barz.-Br.  VII,  = 
gall.  cwrwf,  bière;  dans  Brizeux,  cuféré.  A  St-M.,  bochat. 

chut,  chuteik,  Lanr.  chutel,  Trév.;  à  Laniscat,  bronnichao  :  rein-da, 
donner  à  téter  ;  chutelad,  act.  de  téter,  Trév. 

D. 

Dala  eun  — ,  une  ballotte,  Quimp.-Guéz. 

dall:  nozdu-dalle,  il  fait  nuit  noire,  St-M.,  Trév.,  Lang.,  Pleudan.;  hahter- 

dall,  borgne;  myope,  Trég.,  Go. 
daouzeget  ann  — ,  la  pleine  lune,  Trév.  et  Lanr. 
debroh,  debran  jave{z),  appétit  (chatouillement  d'estomac),  Trév.,  Lanr. 
den  :  me  rei  eun  — ,  gan-id,  je  t'apprendrai  !  Trév. 
deol,  dévot,  se  dit  encore  quelquefois  (Plouezec). 
diahnes  'm  euz  bet  deuz  ma  manm,  j'ai  eu  regret  de  la  mort  de  ma  mère, 

Trév.  (=  dienez). 
diaoul[in  ?)   Glao  a  re  ken  a  diaoule,  il  faisait  de  la  pluie  que  le  diable, 

Trév.  (St-M.,  id.) 
diarbenn  ar  zaout,  fais  retourner  les  vaches  d'un  autre  côté,  Lanr. 
dibab  :  'n  ern  dibabet  'vel  ma  karfet,  arrangez-vous  comme  vous  voudrez, 

Trév.;  'n  om  dibabet  'vel  ma  karhet,  St-M. 


Supplément  aux  Dictionnaires  br et. -français.  1 5 1 

dibellan,  tirer  la  balle  du  blé;  dibelleres,  machine  pour  cela,  Lanr. 

dibin  :  'n  ira  — ,  se  faire  de  la  peine,  Trév.,  Lang.,  Peud.;  'nom  dèbein, 
St-M.;  'n  on  chakat,  id.  St-M.,  Pleud.  ;  chakad  hi  stripo,  Trév.  ;  Drè- 
bans,  nourriture,  Lanv.,  Trég.;  dèbans,  St-M. 

dic'hronchan  :  hes  d'en  em  — ,  tu  vas  te  faire  sauter  le  menton  avec  ton 
fusil  ;  dic'hronchek,  qui  n'a  pas  de  menton  ;  dic'hronched,  qui  n'en  a 
plus,  Trév.  —  didantek,  n.  et  adj.,  sans  dents,  Trév. 

dichala,  dichalan,  enlever  des  choses  superflues,  abattre, détruire,  Trév., 
Lang.  ;  dichaladur,  débris,  Trév. 

didokan,  décoiffer,  Trév.;  à  St-M.,  didokein  ;  didogan  kistin,  tirer  l'en- 
veloppe des  châtaignes  ;  —  ou  digoken  n  in  eur  gor,  enlever  la  peau 
sur  un  abcès,  Trév. 

difourbouill  :  plac'h  — ,  femme  sans  ordre,  Trég.,  Go. 

difronkan,  arracher  des  branches,  des  arbres:  sans  les  couper.  Trév. 

digoann,  sans  souper,  Trév. 

dihud,  dihuedin  u.  b.  ;  ober  dihuet  d'u.  fr.,  amuser  quelqu'un,  Trév. 

dilavet,   cidre   qui  a  déposé,  Trév.;  cf.  liva,  1.  diluo. 

disannve,  inconnu,  étranger,  Trév. 

disc'hlaveres,  dislao'e/es,  gouttière;  disc'hlaver,  parapluie,  abri  pour  les 
marchandises,  Trév.  ;  verbe,  dislôi  (act.  et  neut.)  Lohuec. 

dislaret  u.  b.,  corriger  quelqu'un  qui  parle  ou  qui  prononce  mal,  Trév. 

dislivet,  Gom.  ;  disliwet,  Pleud.,  Lang.,    gilet  à  couleur  changeante. 

dislonnket,  (yeux)  écarquillés,  Lanr. 

dispouean,  déboucher   des  bouteilles  ,  Gommenec'h. 

diveulbezin,  déniaiser,  attraper,  Trév.;  diveulbezein,  St-M. 

divez  :  war  divez,  à  la  fin,  au  bout  'd'un  ouvrage),  Trév. 

dlvi,  fatigué,  Trév. ,  Ploezal  ;  skouiz-dhi  :  skouiz  breoet,  très  fatigué  ; 
difi,  Pleud.,  Lang.:  Ma  kères,  me  ha  da  diviah  'nout,  si  tu  veux  je  vais 
te  lasser;  formule  de  défi  à  la  course  ;  difiarl,  Pleud.,  Lang.,  lasser. 
Défier  se  dit  défiai  .  Cf.  van.  deouiein,  se  hâter. 

divoulchah,  entamer  une  bouteille  ,  Pleud.,  Lang.;  divolc'hein,  St-M. 

diwelchan  kaul,  Trév.,  effeuiller  les  choux  pour  les  vaches,  sans  les  cou- 
per ;  à  Ploezal,  didelioin. 

dizawelin,  se  mettre  à  l'abri  du  vent,  Trév. 

dizerc'h,  act.  de  couper  les  menues  branches  sur  les  fossés  :  ober  ann  —, 
ou  dizerc'hein,  St-M.;  dizerc'ho,  Corlay,  Plussulien,  Saint-Nicolas-du- 
Pélem. 

dizoachah  :  en  onn  d.,  sauter,  caracoler  (se  dit  d'un  cheval),  Pleud., 
Lang.  ;  dizoac'het,  fringant,  dispos. 

dont  :  deud  e  gan-i,  j'ai  réussi,  Trév. 


152  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

Doue  entre  dans  des  expressions  intensitives  :  mêmes  tra  Doue,  quelque- 
fois mêmes  Doue  tra,  tout  à  fait  la  même  chose,  Trég.  Cf.  ...  a 
lammas  manific  Doue,  F.  ha  B.  43  ;  ebad-Doue  (Troude),  plaisir  divin, 
et  les  locutions  anal,  en  hébreu.  Brema  zonn  Doue,  tout  à  l'heure. 

dramm  zo  anout  !  lambine  que  tu  es  !  Trév.,  Pléhédel  ;  me  dramfe  anout, 
je  te  renverserais,  Lang. 

drein-chas,  églantine,  St-M.;  —  kàd  drouk-penn,  être  jaloux,  Trév. 

duon,  duon-mîn,  sorte  de  cirage  qu'on  tire  de  la  suie  de  la  poêle  à  faire 
les  crêpes  (min-kranpoas),  Trév.  et  St-Clet  ;  paour-du,  très  pauvre,  Tv. 


Ebarz.  Deud  e  'barz,  il  est  guéri,  St-M.;  arri  e  deud  ebarz  arre,  il  est  en 
convalescence,  il  s'en  est  encore  tiré,  Trév.,  Lang.,  Pleud. 

-ed  :  gouged  mad,  goall- c'houged,  qui  a  un  bon  cou;  penned,  skouarned, 
taled  mad,  qui  a  une  bonne  tête,  etc.,  St-M.,  Trév.  Triouec'hed  e  bet, 
il  a  eu  18  ans,  Landéda  (Léon)  ;  marâhet  mad,  bien  monté,  Trév.; 
diouared  hu(e)l,  haut  sur  jambes,  Gur. 

-ellek  :  kovellek,  n.  et  adj.,  Trév.,  Pléhédel,  et  teurgellek,  ventru;  eunn 
teurbellek  a  dén  (Trév.).  (Cf.  korvellek  dans  Le  Gon.) 

em-berr,  bientôt  ;  ken  — ,  à  bientôt,  Tréc,  Corn.,  St-M.;  (pron.  souvent 
om-berr).  Ce  mot  signifie  cette  après-midi,  h.-br.  tantôt  :  'berr'nos 
=  em-berr  da  noz,  ce  soir,  Trév.,  Pleud.  Cf.  Bomb.  K.,  62. 

-enn  :  brizenn,  (f.),  vache  bigarrée  (syn.  de  bailles)  Pleud.;  duenn,  vache 
noire;  ruenn,  vache  rousse  (Pleud.,  St-M.,  Plougras,  Lohuec);  kozenn, 
vieille  terre,  jachère  (Lang.,  St-M.,  Pleud.)  ;  krennardenn,  pi.  kren- 
nardezet,  petite  fille,  Trég.,  Pleud.  ;  —  aw(a)lenn,  pi.  —  ichet,  pom- 
mier, Laniscat;  kistinenn,  pi.  ao,  châtaignier  (et  châtaigne,  pi.  kistin), 
kreoenn  noisette,  pi.  krao  ;  noisetier,  pi.  kraoennao,  on  dit  aussi  koat- 
kreo,  Lanr.;  perenn,  poire,  pi.  per,  et  poirier,  pi.  perennichet;  prunenn, 
prunier,  pi.  -ichet,  Laniscat  ;  et  même  rezinenn,  une  vigne,  St-M., 
Lanr.;  koulmenn,  pi.  et,  colombe  (gall.  =  colomen),  Gurunhuel  ; 
skaiitenn,  intelligence;  keinenn,  f.  éminence,  colline,  Paimpol  ;  dista- 
gellenned  mad,  qui  a  le  filet  de  la  langue  bien  coupé,  Trév.;  blevennek, 
chevelu,  Pléhédel  ;  subst.  à  St-M.  blehuennek. 

entfann  dé,  tout  le  jour  (=  être  pad  ann  deiz),  Trév. 

-eta  iprob.  pour  ata)  Tréc.  :  dervejetar,  journalier  ;  neijeta,  nœ'fta,  cher- 
cher des  nids;  nejetar,  celui  qui  y  va,  Trév.;  forc'heta,  vorc'heta, 
remuer  avec  la  fourche,  Trég.,  Goello  ;  skolieta  u.  b.,  instruire,  faire 
l'école  à  quelqu'un,   Plouezec  ;  skourjeta,  part,  ai,  fouetter,  Lanv.  ; 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français.  1 5  5 

stropeta,  couper  avec  une  faucille,  Trév.  ;  finvetar,  homme  remuant, 
selletar,  un  curieux,  qui  regarde  partout,  Gur.;  troieta,  aller  par-ci 
par-là,  tortiller  :  ne  droietaou  ket  (futur)  ;  troietar,  qui  va  de  côté  et 
d'autre,  par  quatre  chemins,  Lanr.  Cf.  le  partie,  troietaat,  fait  des 
détours  Histoariou,  141.  Gaouieter,  pi.  ien,  menteur,  St-M. 

eubeuyenn  bihan  {=  petits  poulains),  croûte  jaune  de  la  baisure,  Lanr. 

eiïned-mor,  oiseaux  de  mer,  mauves,  Lanr.;  eiïn-kas  (oiseau-chat),  chat- 
huant,  Tv.,  St-Clet  ;  ann  eiin  touer-Doue,  l'alouette,  St-M. 

ézely  membre,  usité  à  Trév.,  Lang.,  Pleud.,  Lanr.  (qqf.  izel)  :  eunn 
ézel  d'hafi  zo  bet  diwikhofreet,  diwikhewret,  Trév.,  il  s'est  démis  un 
membre. 

F. 

Fallakr,  gourmand,  Perros  ;  v — ,  qui  ne  veut  pas  partager,  Pleud.,  Lg. 

fenos,  à  Lohuec  et  Treffrin,  aujourd'hui;  cf.  Saint-Brieuc  ane(t),  Ille-et- 
Vilaine,  anuit. 

fen(t)  am  eus  gant-han,  il  m'amuse  [eunn  den,  eunn  dra);  fentus,  plaisant, 
Lanr.  Ci.  feinta,  dict.  bret.-fr.  LeGon.,  Hist.  p.  39,  et  fr.  feindre. 

flemm-èr,  libellule,  Lohuec. 

flip,  sorte  de  grog,  boisson  enivrante  formée  de  cidre,  d'eau-de-vie  et  de 
sucre.  Plusq.,Trév.  et  Corn.;  h.-br.,  normand  etangl.id.;  flipad,  coup  : 
me  ro  flipat  d'it!  je  te  donnerai  un  coup,  Lanv.  ;  flipado,  des  coups, 
Tréc.  Diflipan  u.  b.,  arracher  quelque  chose  des  mains  de  quelqu'un  : 
difliped'n  eus  egile,  ed  e'r  ras  gaht-hah,  Lang.,  Pleud.,  St-M.,  id.; 
dom  Le  P.  diffrapa.  A  Lohuec,  se  détendre  (d'un  ressort),  se  dénouer 
(d'une  corde).  Cf.  da  flapi  daflipl  daflipl  da flapi  Barz.  Br.  IV,  et 
Bomb.  K.  92,  clic-clac  !////?,  flip,  flipl  qui  représente  le  vol  d'un  oiseau 
(Dict.  fr.-br.  de  Tr.,  p.  91 5),  et  l'anglais  flap.  Flapan,  frapper,  Tv. 

flôtennin,  fermer  ;  divlôtennin,  ouvrir,  Lanr. 

foet,  fo't  :  lann  —,  tout  à  fait  plein  ;  fo[e)tah,  verser,  en  parlant  d'un  sac 
trop  plein,  etc.;  fo(e)tan  jist;  diwall  fo(e)tan\  Trév.,  Plouizy  ;  cf. 
foeta  he  dra.  Ang.  waste,  dissiper,  =  h.-br.  et  norm.  gâter,  verser. 

foubenn,  mousse  terrestre  ;  Lohuec  et  Gur.  ;  rnond  da  foubenna,  aller  en 
chercher,  Gur. 

fouillennek,  qui  a  les  jambes  aussi  grosses  près  du  pied  qu'au-dessous 
du  genou,  Trév. 

foukenn,  un  tamm  — ,  chaumière,  trou,  pi.  0.  Goello. 

fret  :  lann  ar  fret,  homme  remuant,  Trév.  Cf.  difreta,  frétiller,  ang.  fret. 

froudan,  Goello,  synonyme  de  breskenn,  courir  çà  et  là  (des  vaches).  Cf. 
froudenn. 


i  54  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

G. 

Gai,  sot,  fém.  gaies  ;  gaia,  ennuyer  :  Eur  gai  zo  anout;  han'ta,  gai!  Deus 
ket  da  c'haian  anon,  Trév.   très-vulgaire  .  A  St-M.,  kai,  kaies. 

gant  :  c'houezarl  ra,  gand  tomm  e'nn  amzer,  il  sue,  tant  il  fait  chaud, 
Trév.;  e  oa  prest  da  verwel,  gant  penoz  e  oa  klafi,  ou  gant  penoz  an  oa 
naon,  il  était  près  de  mourir,  tant  il  était  malade  ou  tant  il  avait  faim, 
Gur. 

garzennach,  niaiserie,  sottise  ;  garjeta,  flâner,  perdre  son  temps  à  aller 
d'un  endroit  à  l'autre  ipetit  Tréguier  . 

gècho,  gècho  bihan,  veau,  veaux   enf.  ,  Lanr. 

gita,  habiller,  gitach,  accoutrement,  kitoujenn,  f.,  pi.  o,  fille  mal  habillée, 
Trév. 

glahch,  terre  jaunâtre  et  lourde,  esp.  d'argile.  Trév.,  Lang.,  Pleud. 

glac'harikh,  m.  indolent,  négligent,  St-M. 

glas.  'Man'r  chlas  'n  em  gar,  krigi  'ra  ar  c'hlas  'n  em  gar,  j'ai  des  four- 
mis i  engourdissement  et  picotements)  aux  jambes,  Trév.  A  St-M., 
glazik,  f. 

glas  :  boukedao  glas,  bluet  Laniscat  ,  c'houil  glas,  jardinière,  bupreste, 
Lanr.  A  Lohuec,  glaz  s'emploie  presque  toujours  pour  bleu,  vert  se 
àil  gwér  .'cf.  Le  Gon.i;  à  Pleud.,  au  contraire,  ainsi  qu'à  Audierne,  on 
emprunte  le  fr.  bleu,  et  glaz  ne  signifie  guère  que  vert. 

glazard  :  eur  —  den,  un  homme  au  teint  brun  (signe  de  vigueur),  Lanr. 

goaradenn  [dom),  ruisseau  (Paimpol;  ;  van.  gouaratenn  (Trd.);  cf.  givaz. 

godel  laer  kranpoas (,  poche  intérieure  d'une  veste,  Trév. 

goges,  niais  ;  gogeal,  se  railler,  Trév.;  gogeza,  Bomb.  K.,  78. 

goro  'r  c'haour,  «  traire  la  chèvre  »  en  signe  de  réjouissance  quand  la 
charpente  est  mise  à  une  maison  neuve.  Tréc.  C'est  faire  une  musique 
primitive  en  tenant  d'une  main  dans  un  bassin  plein  d'eau  un  brin  de 
jonc  sur  lequel  on  fait  glisser  l'autre  main,  comme  pour  traire  une 
chèvre.  Cet  usage  avait  lieu,  il  y  a  peu  d'années,  dans  l'Ille-et  Vilaine, 
à  l'occasion  de  la  Saint-Jean  ;  il  existe  encore  à  Saint- Mayeux,  pour 
la  Saint-Jean  et  la  Saint-Pierre. 

grizienn,  grizion,  grains  du  sable  mêlés  avec  le  blé,  ou  qui  entre  dans 
les  souliers),  Trév.;  greahnenn,  pi. greann,  Pleud.,  Lang.  Cf.  grozolenn 
(Van.),  et  grizill. 

grizinkal,  gerzignkhal,  Plusq.  hennir;  à  Gur.,  syn.  de  breskenn.  Cf.  gri- 
sinca,  hennir,  P.  Grég.  Ce  mot,  sur  lequel  l'onomatopée  a  influé, 
rappelle,  pour  le  son,  le  basque  irrinzinaka  (n  pron.  gn  doux). 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français.  1 5  5 

groesko,  ce  qui  reste  quand  on  a  coupé  la  fougère,  etc.;  débris  qu'on 
recueille  dans  les  champs  pour  les  brûler  et  en  faire  du  fumier  Goello  . 

givalenn-gein,  colonne  vertébrale  :  gw.  ma  c'hein,  etc.,  Lanr.;  gwalennad, 
coup  de  bâton,  Trév.;  gwalennik,  (ekh)  petite  gaule    Plouezec). 

gwasât,  gâtées,  en  parlant  des  pommes  de  terre  .Gommenec'h). 

gwaskat,  Plouaret,  gwaskenn,  Perros,  tousser. 

gwaspell,  m.,  paille  hachée  par  la  machine  à  battre,  St-M. 

gwastell  on,  tout  mon  blé  est  battu;  Bed  e'\r)  wastell  du-ze  ?  A-t-on  fini  de 
battre  chez  vous  ?  Lanv.  ;  Te  zo  gwastell  ?  Tu  n'as  rien  à  faire?  Lang., 
Pleud.;  gwastelled  'm  eus  hidi,  j'ai  fini  de  battre  aujourd'hui,  Lanr. 
Cf.  Prov.  741. 

gwe  :  ober  un  taul-gwe  d'un  dra  b.,  faire  un  tour  brusque  à  quelque  chose 
pour  l'arracher  par  ex.  une  dent  ,  Trév.;  a-we,  en  tordant,  de  côté, 
en  se  dandinant,  Trég.;  n'omp  ket  evit  gwea  kevret,  n'eo  ket  evit  gwea 
gan-in,  nous  ne  pouvons  nous  arranger  ensemble;  diswe,  angle  :  — 
krenn,  krak,  —  brusque,  Trév.;  diswean,  se  détordre  ;  faire  un  détour, 
Trég.  ;  tomber  d'inanition  ;  diswied  e,  il  est  mort  dans  des  convul- 
sions ;  crever  :  Me  garfea  tizwifez!  Me  garfe  've  diswiet,  Loh.;  ober 
eur  gue  d'hi  har,  se  donner  une  entorse  (Mur). 

gwèged,  un  peu  malade,  indisposé,  Trév. 

gwellar,  guérisseur,  médecin,  réformateur,  Trév. 

gwenn.  Dont  e  guenn  d'ar  gear,  revenir  bredouille.  Emgann  Kergidu,  1.51  ; 
eundro  venn,  un  coup  manqué,  ibid.,  122.  Ces  expressions  sont  usi- 
tées dans  le  Finistère  ;  et  l'on  dit  à  Trév.  ober  eun  dro  wenn,  dans  le 
même  sens  :  cf.  fr.  nuit  blanche,  et  Prov.  52. 

gwenteres  :  milin-wenteres,  tarare,  van  ;  milin-malah,  moulin,  Lanr. 

gwernah  eur  berchenn,  lever  de  terre  une  perche  et  la  tenir  droite  comme 
un  mât) ,  Trév. 

gwiber  :  eur  c'harr  war  c'hwiber,  une  voiture  suspendue,  Trév. 

gwif,  f.,  fourche  à  pied  long,  Lanr. 

gwikefre,  gwikhefre,  f.,  machine;  chose  singulière;  installation;  eurg., 
m.,  un  original,  un  drôle  d'individu  ;  gwikhefrean,  arranger,  installer  ; 
diwikhefrean,  gâter,  détruire,  arracher,  Trév. 

gwintel  :  war  wintel,  en  pente,  Trév. 


Ha  :  berr  ha  berr,  tout  à  fait  court  ;  yin  ha  yin,  etc.  Trév. 
had  — ,  préf.,  Tréc,  aussi  vivant  que  le  fr.  re  —  :  hadgrà!  da  c'hadober! 
bis  !  Trév.  ;  hadgwelet,  revoir  ;  hadzéwel,  relever,  Lanr.  ;  hadkouéan, 


1 5  <3  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

retomber,  Trév.  ;  hadkouéed  e  Iclaiï,  il  est  retombé  malade,  Quimper- 
Guéz.;  hadkoueadenn,  rechute,  Trév.  Cf.  a:couez,  Van.  acoueh,  P.  Grég. 
de  Rostr. ,  accoueh,  L'Armery,  d'azkoueza  =  hadkouean,  comme  ar 
peur-zorn,  la  fin  du  battage  (dans  l'Ille-et-Vil.  hparbatfe  .  de  peurzornan 
et  non  de  peur  dorn  directement.  Azderaoui,  déjà  vieilli  selon  le  Père 
Grég.  de  Rostr.,  est  rare  parce  que  deraoui  ne  s'emploie  pas  souvent, 
quoiqu'il  existe  à  Douarnenez  dans  quelques  expressions.  Cf.  Prov. 
825  de  M.  Sauvé;  la  rac.  derou,  delou,  Trég.  delao,  Lanr.  —  mad, 
étrennes  d'un  marchand,  etc.  1 ,  anc.  dezrou,  à  Lanv.  dizro  {mad). 
Hadlein,  second  déjeuner,  hadvern,  second  diner,  hadkoann,  second 
souper;  hadskoaian,  remettre  une  épaule,  Trév. 

haïkhel!  à  droite!  laux  chevauxj  Saint-Mayeux. 

hdlegenn,  capot,  qui  ne  réussit  pas  au  jeu  ou  ailleurs,  bredouille  :  hennez 
zo  'vel  sant  Pipard  ann  —  ,  c"est  un  drôle  de  personnage,  Trév. 

hailter-pred  :  pa  oa  — ,  quand  on  était  au  milieu  du  repas,  Pleud. 

he — ,  e — ,  é  —,  facile  à  ...,  particule  usitée  à  Landerneau  et  aux 
environs  :  hedorr,  facile  à  rompre,  fragile;  hegoll,  facile  à  perdre,  etc. 
Cf.  Dom  Le  Pelletier  et  le  Suppl.  aux  dict.  bret.,  p.  60. 

helebini,  hel'bini  zo  entrée,  da  c'hout  piou  a  c'honeo,  etc.,  il  y  a  de  l'ému- 
lation entre  eux,  Trév. 

hent.  Mont  d'ann  — ,  aller  faire  ses  journées  de  prestation.  Pet  dé  'out 
bet  enn  — ?  Trév.  Combien  de  journées  de  prestation  as-tu  faites? 

heuzan  ra,  il  tremble,  Trév. 

hinkin,  m.,  (fuseaui  au  fig.  :  hemen  a  zo  un  hinkinabaut,  c'est  un  enfant 
remuant,  Ploaré  ;  eunn  hinkin,  un  maître,  un  homme  rusé,  qui  sait  se 
démener,  se  retourner,  Plusq. 

hirr-poudek,  mougedus,  huel  pignet.  —  Eur  bibenn  iDouarn.),  pot  à  longue 
queue  (litt.  qui  a  un  long  pot),  enfumé,  haut  monté,  —  une  pipe. 

Hun,  heun,  m.,  somme,  court  sommeil  :  ann  heun  kreiste,  le  sommeil 
d'après-dîner,  Goudelin  ;  ober  heun  kreiste,  Pleud.  ;  ober  un  hun,  faire 
un  somme,  Perros,  Trév.  ;  n'em  eus  kret  'met  eunn  hun  pe  daou  ;  je 
n'ai  fait  qu'un  ou  deux  sommes,  Trév.  ;  barz  ma  hun  kentan  [da  noz), 
dans  mon  premier  sommeil,  Pleud.,  Lanr.  ;  hun,  dormir  :  Eman'  hun 
aze,  il  est  là  à  dormir;  ke\r)s  te  hun,  va  dormir,  Trév.  Cf.  Barz-Br.,  X. 

I,  J. 

-ik  [ekh]  :  girigo,  petits  mots  (d'un  enfant  qui  commence  à  parler);  ial- 
c'hik,  petite  bourse,  Plouezec  ;  nebaunik,  or  çà,  Trév.  ;  santik,  petit 
saint,  Pleud.  ;  zantik  ar  rod,  instrument  de  musique  autrefois  usité  en 


Supplément  aux  Dictionnaires  br et. -français.  i  $7 

Bretagne  dans  les  églises  (par  ex.  à  Ploumagoar,  Kérien),  et  consis- 
tant en  une  grande  roue  entourée  de  clochettes,  tournée  par  un  saint 
au  moyen  d'un  mécanisme,  Trév.;  taulik,  petit  coup  (Plouezec).  On 
dit  même  deudik ,  venez ,  iostadik ,  approchez  (nuance  mignarde) , 
Trév.,  diminutifs  verbaux  comme  en  basque  ^Rev.  de  Ling.,  III,  18). 

inderr  [=  enderf)  après-midi  :  'vi(dj'nn  inderr,  cette  après-midi,  Lanr.  ; 
inderv,  Trév.  ;  inderw,  Gurun.  ;  eun  inderves  vrao,  une  belle  après- 
dînée,  Trév.  ;  un  inderwesbrao,  Gurun.  (de  midi  àquatreh.)  ;  après  quoi 
vient  abarde,  abardeves,  Gurun.  abaderves,  le  soir,  la  soirée. 

intrudi,  savoir-faire,  Gommenec'h  ;  dizintrudu,  négligent,  Trév. 

iô(r)st,  fatigué,  Perros,  cf.  yosted  de  Goësbriand,  fables,  p.  5,  et  lat. 
exhaustus,  angl.  exhausted  ? 

jech  :  kik  jech,  ou  kik  astenn,  chair  molle,  qui  s'allonge,  qui  n'a  pas  de 
consistance,  Trév.  Rac.  sachat,  tirer. 

jogan,  chiffonner;  kàd jog,  être  secoué;  ober  tamm  jog  d'u.  b.,  secouer 
quelqu'un,  Trév. 

jostram,  m.,  un  jocrisse,  un  imbécile,  Trév. 


Kac'helat  kerc'h,  nettoyer  l'avoine  avec  un  crible  à  grands  trous  (eur 

c'hreur  kdc'heler),  Trév. 
kalfichat  un  tamm  koat,  travailler  un  morceau  de  bois;  kalfichadur,  brin 

de  bois  pour  faire  une  cheville,  ou  pour  s'amuser,   Lanr.  ;  kalvicher, 

celui  qui  travaille  le  bois  pour  son  plaisir,  Lohuec. 
kalkenn,  f.  une  grande  fille,  Trév. 
kalledok,  dur,  à  moitié  cuit  (en  pari.,  par  ex.,   des  pommes  de  terre), 

Plusq.  A  Trév.,  poas  kalet. 
kalounadik  [ekh),  f.,  le  dernier  des  enfants,  le  benjamin,  Quimp.-Guéz. 
kals,  m.  :  eur  c'hals  teil,  un  tas  de  fumier,  Trév. 
kamnugellat,  boiter,  Trég.,  Go. 
kampenn,  f.  pi.  ed,  bavarde,  Trév. 
kann,  bataille,  batterie,  masc.  dans  Le  Gon.  et  le  dict.  fr.-br.  de  Td., 

est  du  fém.  à  Trév.:  eur  gann  vras  être  ar  zaout ;  à  Lanr.,  St-M.  et 

dans  Bomb.  Kerne,  p.  92. 
kano,  sablon,  Audierne. 
kanv.  Ar  c'hanvou,  les  draps  mortuaires,  S.-M.;  mantel-ganvo,  Trév.; 

ober  kanvo,  Trév.,  ober  kaofi,  Go.,  porter  le  deuil. 
kàralou,  ar  c'haralou,  pommes  de  terre,  Pléhédel,  Quimp.-Guéz.  ;  kala- 

/ou,  Trév.  (un  peu  enfantin),  corrupt.  de  douar  àlou,  comme  l'allem. 

Kartoffel  de  Erdapfel  ?  Cf.  kareo  =  doareou  ? 


i$8  Supplément  aux  Dictionnaires  bret.- français. 

kared  e'patô,  les  pommes  de  terre  se  sont  collées  à  la  casserole.  Lanr. 

kareo,  kareou,  manières  :  kareou  eun  den  ;  kareo  drol  a  ra,  ou  an  eus,  il 

prend  de  drôles  de  tournures,  par  ex.   un  cheval  malade  ;  kareo  vall, 

mauvais  tours;  'mari  gand  hi  gareo,  il  est  à  ses  affaires;  diwall  deus  ta 

gareo  !  Prends  garde  à  ce  que  tu  fais  !  Trév.,  syn.  treso.  Cf.  doareou. 
kas.  Ann  drouk  kas-arok  (le  mal  qui  fait  courir) ,  la  colique,  Lanr.;    à 

Trév.  ar  feur  dà  gas  (feur  =  foerell),  comme  eun  tir-de-bouch  s=  un 

tire-bouchon. 
Katel  (Catherine,,  Iann  Gatel,  lann  ar  c'hateler,  celui  qui  s'occupe  à  de 

petites  choses,  à  '  des  niaiseries  ;  katelat,  katelein,  a  blij  d'ehan,  il  se 

plaît  à  niaiser,  Trév. 
kauzeùs,  affable,  causeur,  Loh. 
kaz  aohnik,  kaz  born,  homme  peureux,  St-M. 
kaz  ober  u.  d.,  chercher  à  faire  une  chose,  Lanr.,  Gur.  (Barz.   B.  kas, 

par  ex.  XLVI  ,  gall.  ceisio). 
kelad,  m.,  pi.  ou,  —  neud,  écheveau,  Trév. 
kelo,  kelo-ze,  si  peu  :  kelo  wech,  si  peu  souvent;  kelo  pez  a  ra  a  c'hlao  ha 

marin  zo  mêmes  tra,  il  fait  si  peu  de  pluie,  que  ce  n'est  pas  la  peine 

d'en  parler;  kelo  vit-ze,  pour  si  peu,  Trév.  A  Pléh.,  kelou. 
keloied  mad  e  bel,  il  a  été  bien  renseigné,   Lanr.   Cf.  keloia,  annoncer, 

Feiz  ha  Breiz,  24  nov.  77. 
kempenn.  'Ma  'ober  he  gempenn,  il  fait  son  tripot,  son  petit  ménage,  Trév. 
ken.  Skuiz  on,  ken  a  hon,  je  suis  si  fatigué  que...  je  le  suis  ;  gwelarl  ra 

ken  a  ra,  ou  ken  a  wel,  il  pleure  tant,  qu'il  pleure  en  effet  ;  Tomm  e 

'nn  amzer,  ken  a  he,  le  temps  est  si  chaud,  qu'il  l'est  ;  strakal  ra  ken  a 

ra,  ou  strakal  ra  ann  treo  ken  a  strak,  (le  tonnerre)  gronde  fort,  etc. 

Ces  sortes  d'identités  sont  en  usage  dans  le  petit  Trég. 
ken(n)ebeud-all,  non  plus.  Pleud.,  Trév. 
ker.  Droug  ar  ger,  le  mal  du  pays,  la  nostalgie.  Perros  ;  Trév. 
kertri  ve  zevel  beure-mad,  cela  coûte  de  se  lever  de  bon  matin  ;  kertri 

'n  eus,  kertrius  e,  il  est  paresseux,  Trév.  (w  Van.  keltri,  f.,  cherté, 

disette) . 
keveler,  kehveler,  pi.  ien,  associé;  voisins  qui  s'aident  dans  les  grands 

travaux.  Me  zo  kenveler  ganac'h,  je  suis  votre  homme,  je  vais  vous 

donner  un  coup  de  main,  Trév. 
kilienn,  pi.  0,  Perros,  ou,  Lohuec,  gaillard,  homme  querelleur.  Cf.  kil- 

lenn,  Histoariou  p.  146,  et  Barz.  Br.,  7e  éd.,  p.  202. 
kihichenn,  laitue;  on  dit  aussi  kaol-moc'h,  lezegez,  Plourivo,  lezeget,  Trév. 
kilwean,  mond  a  gilwe,  aller  de  travers;  hend  a-gilwe,  chemin  sinueux, 

Trég.,  Go. 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret.-fxançais.  159 

kistin  Bourdel,  des  marrons;  eux  wéenn  gistin  Bourdel.  marronnier.  Lanr.; 
à  Trév.  kisten-moc'h,  des  marrons. 

klanvât  :  eux  c'hi  klanvât,  un  chien  enragé,  Lanr. 

klehi,  pi.  de  kloc'h  :  bokedo  klehi,  clochettes,  fleurs,  Trév.  Lanr. 

kletenn,  pi.  0,  f.,  mauvaise  fille,  celle  qui  est  drôlement  habillée  ;  kléket 
mai,  bien  attifé.  Corn.,  kleinket  mad,  St-M.  Trég.  klenka,  mettre  de 
côté,  ranger,  cf.  Hist.  210.  Lanr.  kleinkan.  Voir  Prov.  308  et  kinkla. 

koaill,  m.  (caille),  homme  habile,  Trév.;  kaill,  pi.  et,  St-M. 

koata,  chercher  du  bois;  —  u.  b.,  faire  la  cour,  cajoler,  Trév.; 
digoada,  digoadan,  équarrir,  Trév.,  Lanr.;  —  gwé ,  couper  les 
branches,  Trév. 

koc'ha,  mond  da  goc'ha,  aller  chercher  de  la  bouse  de  cheval  ;  koc'hax, 
au  fig.  un  homme  de  rien,  Trév.  ;  c'houil  koc'hex,  Plounevez,  c'houil- 
koc'hax,  Lanr.,  bousier.  On  dit  familièrement  d'une  chose  qui  répugne  : 
gwell  ve  ganin  mond  da  goc'ha  gand  eux  goxdenn,  j'aimerais  mieux  aller 
chercher  du  crottin  de  cheval  avec  une  corde  pour  l'attacher,  comme 
si  c'était  du  bois  ;  Trév. 

kokan,  fâcher,  se  fâcher  ;comme  un  coq);  digokan,  défàcher,  Pleud. 

kokenn,  f.,  écuelle  en  bois;  petit  vase  pour  prendre  le  lait  dans  le  pot, 
Trég.  ;  kàke'n  nat,  f..  plein  une  coque,  un  coquillage  ;  coup  à  boire. 
Ploezal,  Trég.  ;  coup  sur  la  figure,  Trég..  Go. 

kokes,  h.-br.  coques,  coquillages.  Daoulagad  bxas  evel  kokes,  des  yeux 
grands  comme  des  coques,  Trév.  On  dit  fam.  à  Saint-Brieuc  «  ouvrez 
vos  coques!  »  c'est-à-dire  vos  yeux;  par  une  fig.  analogue,  on  a 
formé  en  bret.  digokan,  digogan,  faire  de  grands  yeux,  d'où  ober  digo- 
kadenno,  digogadenno,  id.,  digokex,  f.  es,  celui  qui  fait  des  yeux,  Trév. 

koll  out,  tu  as  perdu  à  un  jeu  ,  Trév.;  meo  kollet,  Quimp.-Guéz.;  saoul 
perdu  (h.-br.)  ;  meo-dall-kollet,  Trév.  Eux  c'holl-penn  eo  evid-oun  gwe- 
let  se,  cette  vue  me  fait  perdre  la  tête,  Trév. 

koxnouriez,  f.,  sorte  de  toupie  organisée.  Sarzeau.  Cf.  koxnigell. 

kouchad,  m.  Eux  c'h.  den,  eux  c'h.  mad  a  den,  un  petit  homme  bien 
doublé,  trapu,  St-M. 

kxaou  gallek,  des  noix,  Lohuec  ;  k  x  aounek,  'terre,  dure  comme  des 
noix  ,  St-Clet. 

kxegi  xa  'nn  amzex,  le  temps  devient  plus  sûr,  plus  décidé,  Trév.;  kxigin  'nn 
tann,  allumer  le  feu  ;  kxog  'nan  'ta,  tandis  que  kxog  enn-  han  signifie 
mords-le  ;  kxog  'golo  'ta,  allume  donc  la  chandelle  ;  kxog  out  ?  ta 
pipe  est-elle  prise?  quand  on  donne  du  feu,  ;  kxog  on,  j'ai  réussi. 
Go.,  Trég. 

kxek,  m.,  pi.  0,  trognon  de  pomme  ,  Trév.  A  St-M., gxignot,  f. 


i6o  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

kreneres  :  koat-kreneres,  tremble,  Lanr. 

kre(y),  krevasenn,  f.,  chevelure  (négligée);  krevichen{n)ek,  chevelu,  kreous, 
pi.  zienn,  f.  kreouzes,  pi,  zed,  paresseux,  Trév. 

krivin,  eur  grivinenn,  le  gratin,  Lohuec. 

kroec'h  :  broio  kroec'h  (litt.  pays  hauts),  pays  étrangers,  lointains  (petit 
Trég.  et  Goello). 

kûch,  réserve,  provision  :  ari  'm  eus  débet  ma  c'hûch,  j'ai  à  peu  près  fini 
ma  réserve  de  pommesi,  h.-br.  cutte;  act.  de  garder;  ce  qu'on 
garde;  avalo  kûch,  des  pommes  de  garde  (=  kuz,  cf.  kuchaol,  cou- 
cher du  soleil,  petit  Trég.;  kuchaul,  Go.,  kus-[h)eol,  grand  Trég.); 
oberr  hi  gujat,  faire  sa  provision,  petit  Trég.,  Go. 


Lac'h-lutekh,  éteignoir  (par  plaisanterie1!,  Trév. 

laer.  'Mari  'laer  gahd  ar  golo,  il  y  a  un  voleur  à  la  chandelle,  Trév. 

lagad  :  Bean  'n  eus  eul  lagad  letern,  eul  lagad  skornet,  il  est  borgne  ; 
lagad  skorned  zo  anout  !  Trév. 

lamm  ou  zaill  tosek,  ifaire  uni  mauvais  coup,  St-M. 

landourc'henn,  f.,  personne  de  haute  taille,  Trév. 

lannvas,  quenouillée,  Bégard  et  Lanv.  ;  le  lin  travaillé,  tillé,  Trév. 

lapenn,  pi.  ao,  lèvre;  làpen>n\ek,  maladroit,  Lanr.,  Trév.  Cf.  genauek. 

lapous,  ver  blanc,  Gur. 

las,  m.  Ann  daouet  las,  le  second  son  des  cloches  ;  eul  las  dornan,  une 
troupe  de  gens  qui  vont  battre  le  blé  ;  te  n'oares  ket  da  las,  tu  ne  sais 
pas  battre  le  blé  à  ton  tour  ;  me  reio  las  d'it,  Lanv.,  me  ro  las  d'it, 
Lanr.,  je  te  battrai  linf.  à  Lanr.,  rein  à  l\  las}.  Me  roou  'las  dornan  d'it, 
Trév.  Gred  'n  eus  eul  lajat,  il  a  sonné  un  coup  (aux  cloches),  il  a  fait 
une  séance  (de  travail);  bob  eil  lajat,  par  accès,  Tv.  V.  Bomb.  K.  20. 

las.  C'hoari  las,  jeu  autrefois  très  en  vogue.  On  présente  à  son  parte- 
naire sur  une  table  un  lacet  tout  embrouillé,  et  les  deux  bouts  noués 
ensemble;  il  faut  que  celui-ci  y  mette  son  doigt  de  manière  à  ce  qu'on 
ne  puisse  retirer  le  cordon  sans  passer  sous  ce  doigt.  Trév.  Hennez 
oar  c'hoari  las  !  c'est  un  artiste  (souvent  en  mauvaise  part). 

léet  e  'nn  dour,  l'eau  est  trouble,  Lanr. 

lemmer.  Min  lemm.er,  pierre  à  aiguiser,  Tv.,  St-M.,  qqf.  min  lem[m)an,  Tv. 

lenn.  Mont  da  lenn  hi  blanedenn,  consulter  son  sort  ;  lenneres  planedenno, 
diseuse  de  bonne  aventure.  Trév. 

les  ohn,  lait  écrémé,  après  avoir  été  passé  par  une  passoire,  et  laissé  un 
jour,  Lanr.  ;  les  ki,  laitue,  Gurunhuel. 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français.  161 

liboudenn,  f.,  pi.  o,  ou,  chiffon,  guenille,  Pleud.,  Go.;  id.  et  femme  mal 

habillée,  Trév.;  lipenn,  pi.  o,  chiffon,  Trév. 
libouz,  sorte  de  mousse  qui  vient  sur  l'eau,  Lanr.  ;  liboust,  Trév.,  id. 

et  espèce  de  croûte  qui  se  forme  dans  le  cidre  quand  il  tire  à  sa  fin, 

Trév.,  Gur.  Syn.  mammenn,  Sarzeau  mammienn,  h.-br.  mère, 
likeiin,  Trév.  glissant,  leste,  dégourdi,  rapide  [<&z  war  hi  dacho).  Cf.  lik, 

likaoui  et  link(r). 
lip,  tout  à  fait  :  Me  zou  voeltred  lip,  je  suis  tout  à  fait  fichu,  troc'hed  'm 

eus  ma  bit,  lip,  je  me  suis  coupé  le  doigt,  le  morceau  est  détaché  ; 

valc'hed  'm  eus  toud  ar  prad,  lip,  j'ai  fauché  entièrement  le  pré,  Trév. 
lizet,  betteraves,  Pléhédel,  Go.;  sing.,  eur  lizetenn. 
loaio-rannet  (cuillers  de  grenouilles),  nénufar.  Lanr. 
loegach  :  laret  loegach,  dire  des  bêtises,  Trég.,  Pleud.  ;  syn.  pitach,  voel- 

trach,  kac'hach,  marc'hach,  tourcJhach,  moc'hach. 
logoter,  m.,  souricière,  Lohuec  ;  logotaer,  Trég.  ;  logotàr,  Go. 
lonkeres.  Toull  — ,  gosier;  stoufan  t.  /.,  engouer,  Trév. 
lorc'han  u.  b.,  flatter,  vanter  quelqu'un,  Trév. 
lorgnek  [evel  eur  c'hochon),  qui  a  de  grandes  oreilles,  Pleud.,  lorikennek, 

Trév.  A  St-M.,  lorchennek  (ch  allemand  doux). 
loukes,  étrange,  drôle  ;  loukezenn,  femme  mal  habillée,  Trév. 
lut,  lutik  (pr.  ekh)  (résine),  argent,  par  plaisanterie,  Trév. 

M. 

Mad.  D'ann  dist'ran  vad,  e  fach,  il  se  fâche  à  la  moindre  chose,  pour  la 
moindre  raison,  Go.,  Trég.,  syn.  d'ann  disf  rah  tra. 

Mai  dourjou,  drôle  de  personne  (surtout  au  vocatif),  Go.  (fam.). 

malac'h,  n'est-ce  pas?  Mazeu  est  plus  respectueux  (Mur).  A  St-M.  enta; 
Trév.,  laga,  laga-ze,  qqf.  écrit  laka;  à  Perros,  kouita  =  (ne  ket) 
gwir'ta;  van.  hama  (Manuel  bret.-fr.  Guyot-Jomard). 

mari,  m.,  rein  eur  mari,  donner  un  baiser  (enf.),  Trév.,  Lanr.  Cf. 
h. -bret.  faire  main.  Diminutif,  manekh,  Trév. 

mann  :  ober  vann  deus  u.  b.,  faire  cas  de  qqn,  diouzin,  de  moi,  Trév. 

marc  h  :  —  dubunein,  Lanr.  ;  dubunan,  Trév.  instrument  pour  dévider  ; 
—  iot,  iout,  grand  trépied  pour  mettre  la  poêle,  Trév._,  St-M.  ;  — 
kanvo,  Trév.;  kaon,  Go.,  catafalque;  —  karr,  levier  qu'on  met  sous  la 
charrette  pour  la  soutenir  pendant  qu'on  graisse  l'essieu,  Lanv., 
Paimpol  ;  —  loaiou,  loaio,  ancien  meuble  pour  mettre  les  cuillers, 
Trév.,  Go.;  à  St-M.,  léc'h-listri;  —  taul,  ce  qu'on  met  pour  soutenir 
la  table,  Lanr. 


i6i  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

marc'hadour  bara,  boulanger,  Plouha,  Trév. 

mardos,  pluie  qui  tombe  par  la  cheminée,  Plusq. 

maro  :  noz  marv,  pleine  nuit,  Gommenec'h,  Trév.;  maro-amzer,  automne 
(morte-saison  ,  Go.  et  Trég.  ;  diskar  amzer  est  plus  spécial  au  grand 
Trég.  Le  breton  n'a  pas  perdu  la  faculté  de  former  des  composés  à  la 
manière  galloise  \e  déterminant  avant  le  déterminé'  :  manv-skaon 
«  escabeau  de  mort  »,  Go.,  Trég.  ;  nére-amzer,  printemps,  «  la  saison 
nouvelle  »,  Trév.;  koz-amzer,  automne,  St-M.;  dorn-hibill,  Trég., 
Go.,  ou  hibill-dorn,  «  cheville  de  main  »,  cheville  sur  le  timon  d'une 
charrette  ;  tewal-glewet,  huel-glewet,  drouk-klewet,  entendre  haut,  Trév. 
—  La  composition  inverse  à  la  française'!  est  pourtant  plus  usitée  !. 

mas.  Mohd  da  vas  gand  al  loenet,  aller  garder  les  troupeaux  ;  hennés  zo 
da  vas  ganimp,  gand  hohn  fhoario,  il  est  à  nous  épier,  Trév.;  St-M. 

melget  :  bek  melget,  teint  jaune   rouillé'..  Plusq. 

menn,  menneik,  chevreau,  St-M.,  Plounez;  pi.,  men(n)eghao,  Lanr.  Ce 
mot  et  son  diminutif  ont  pris  en  outre  l'acception  de  «  roupie  »,  Plé- 
hédel  (d'où  l'adj.  menn'kus,  Lanv.),  qu'on  voit,  comme  les  chèvres, 
dumosàpendere...  Peb  gaor  a  gar  hi  menn,  prov.  St-M. 

mentet,  grand,  qui  a  de  la  taille,  Trév. 

merdead,  moxdead,  pi.  merdeidi,  merdidi,  matelot,  se  dit  en  Trég.,  sur  les 
côtes,  de  même  que  morar,  pi.  ien,  Trév. 

mesk,  agitation,  Trég.  Go.  :  hennés  zo  mesk  tout,  hens  so  mesk  (S. -M., 
reuz\  ennhi  gorf,  se  dit  d'un  homme  remuant,  Trév. 

meves,  femme  ivre,  Mur;  divè,  adj.,  qui  n'est  pas  ivre.  Lanr.,  Trév. 

mikàh)  e  'nn  amzer,  le  temps  est  calme,  St-M.,  Trév.;  ar  mour  zou  mik, 
la  mer  est  silencieuse  ;  un  den  mik,  un  homme  silencieux,  Go.  et 
Trég.  ;  ann  avel  zo  mik,  le  vent  s'est  abattu,  Go.  Cf.  kousket  mik,  et  le 
gall.  mygu,  br.  mouga.  Miket  eo,  il  est  mort,  Bomb.  K.  40. 

mill-deillen,  mille-feuille,  Lanv.,  Trév. 

min  (petit  1  :  kemen(t)  min  mad  zo  'ne,  tous  tant  qu'ils  sont,  Lanr.;  kement 
munet  mad,  Plouezec,  cf.  Explication  an  doctrin  christen,  Guing.  1838, 
p.  90,  dreist  da  guement  munet  mad  so  (=  munud,  jusqu'au  plus  petit). 

moezik  =  maouezik,  petite  fille,  Plougonver. 

Moji,  cheval,  par  plaisanterie,  et  enfantin  :  ha  setu  Moji  'rauk  !  et  les 
voilà  en  route,  Trév.;  mond  war  gein  Moji,  aller  à  dada,  Lanr.  C'est 

1 .  On  peut  distinguer  dans  ces  deux  compositions  une  variété  chinoise,  par  redon- 
dance, où  l'un  des  composants  ne  sert  qu'à  empêcher  de  confondre  l'autre  avec  ses 
homonymes  :  gwaz-dour,  ruisseau  (d'eau),  dour-c'huez  (eau  de)  sueur,  korn-butun,  pipe 
(à  tabac),  pesk-korn  (poisson)  grondin:  ou  à  éclaircir  un  mot  étranger  :  tad-paeron, 
(père)  parrain,  aval-oranjes,  cf.  h. -bret.  pomme  d'orange,  chat  d'écureuil,  et  castaneœ 
nuces  =  angl.  chestnuts. 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français.  163 

le  nom  de  l'enchanteur  Mo  gis  dans  les  quatre  fils  Aimon.  Hennez  a  zo 
eur  Moji!  c'est  un  malin,  Lanr. 

morgenn,  f.,  t.  d'injure,  Lanv.  Cf.  Mari  morgant.  A  Trév.,  femme  drô- 
lement habillée  :  syn.,  divarc'heres  dorejo. 

moug.  Eur  vouez  moug,  une  voix  sourde,  caverneuse  ;  eur  vougenn,  ou 
mougenn  zo  enn  amzer,  le  temps  est  sombre,  lourd.  Trév. 

moug  :  Hou  moug,  gris  pommelé,  noir  et  gris  mélangé,  Lanv. 

mousk,  moust:  maro-mousk,  tout  à  fait  mort,  Go.;  toud  ned  moust,  tous 
jusqu'au  dernier,  Lanr. 

mouzik,  m.,  celui  qui  est  fâché,  qui  boude,  Trév. 

N. 

Nean  ra  'nn  doupin,  'nn  doubin,  la  toupie  gronde  \'man  'ober  ann  ogro, 
elle  ronfle  comme  l'orgue;  Trév.;  kousket  a  ra,  elle  dort,  Trév.,  Lanr., 
Gurunh.;  udal  ara,  elle  bruit,  St-M.,.  Cf.  fr.  filer,  en  pari,  des  chats. 

neû  (=  neuzi  :  t'  eus  ket  a  neù  da  ober  ze,  tu  n'as  pas  de  chic  à  faire 
cela;  bean  dizneu,  ne  savoir  s'y  prendre,  Trév.,  Gurunh.,  St-M. 

neuden  n  i  eur  park,  mettre  des  fils  dans  un  champ  pour  effrayer  les  cor- 
beaux, Trév.,  Gur.,  St-M.;  par  plaisanterie,  n.  signifie  «  uriner  »,  Tv. 

nlenn,  f.,  crochet  pour  repécher  un  seau  tombé  dans  un  puits,  St-M. 

0. 

Ober  'nei,  s'en  donner,  avoir  du  plaisir  ;  ober  ouz  u.  b.,  terrasser,  tuer, 
venir  à  bout  de  quelqu'un;  en  pari,  des  choses,  s'occuper  de,  ache- 
ver; ober  ouz  dafinve  u.  b.,  ruiner  quelqu'un,  St-M.,  Plussulien.  pet. 
Trég.  ;  'm  eus  gret  out-hi,  gred  'm  eus  ouz  ma  labour,  j'ai  fini  mon 
travail,  p.  Tg.;  n'ini  ket  'vid'n  im  ober,  ils  ne  peuvent  s'entendre,  Tv. 

ouari,  f.  :  eur  — ,  un  petit  bateau  à  deux  roues  qu'on  manœuvre  au  moyen 
d'une  manivelle,  Trév. 


Palevire,  m.,  une  bonne  giffle.  Trév.  ;  à  Plédran  (h.-bret.)  une  paravi- 
rée  (==pare  à  virer). 

paliketenn,  f.,  pelle  à  feu,  Lanr. 

panpes,  adj.,  bizarre,  étrange,  sot;  subst.,  drôle  d'homme.  Hennés  zo 
panpes,  ou  piponn,  panpelour,  c'est  un  niais;  tud  panpes,  diwat  ou 
diwizat  gens  arriérés;,  ou paourkez  disadorn,  né  le  samedi  ;  brezonek 
panpes,  pipi,  piponn,  diwat,  disadorn,  mauvais  breton,  Trév. 


164  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

paoik  (pron.  ekh),  gret  paoik  d'han,  frappe  dessus  (aux  petits  enfantsï, 
Lanr.,  Trév.;  à  St-M.,  paùik,  païk. 

paoura/ïte  'm  eus,  j'ai  froid,  Gur.,  St-M.;  paourahteach,  (dire  des)  plai- 
santeries, langach  paour,  fadaises,  Trév. 

pechar,  gris,  rouge  et  blanc,  gris  et  blanc,  de  plusieurs  couleurs,  en  par- 
lant des  animaux.  Trég.,  Sarzeau,  St-M.  et  haut-bret.  id. 

pegan,  tomber  d'aplomb  et  s'enfoncer  en  terre  au  même  endroit,  en 
parlant  d'une  boule,  Trév. 

peket  :  lez  peket,  Tv.  ;  lez  beket,  Lr.,  premier  lait  d'une  vache  qui  a  vêlé. 

peill,  écorce  du  chêne  dont  on  fait  le  tan,  Lanr.  ;  peillast,  m.,  peau, 
pelure  (des  pommes,  des  pommes  de  terre),  Trév.,  Quimp.-Guéz.;  à 
St-M.,  peill. 

pempenn,  cinq  petits  faisceaux  de  lin  tiré;  pempenni  lin,  mettre  le  lin  en 
paquets  ou  pempennao,  Trév.  A  St-M.,  pempennein  ;  sing.  du  nom, 
pempennenn,  f. 

pempikh.  C'hoari  mein  pempikh,  Lanr.  ;  pempiao,  Gommenec'h,  jouer  aux 
osselets  iavec  des  pierres).  A  Trév.,  d'il,  min  pempekh,  c'h.  pempeio. 

penn.  Me  'm  eus  pendrabet  'neaiï,  '\ad,  je  l'ai  culbuté,  secoué,  Trév.; 
eur  pennad  vust,  une  femme  désordonnée,  Lanr.  ;  c'hoari  penn-bourdel, 
penn-bourdelik,  Lang.,  Pleud.,  se  mettre  la  tête  en  bas  et  les  pieds  en 
l'air;  penn-ki,  m.,  un  toton,  un  venis,  Ploezal  (à  Quimp.-Guéz.,  eun 
doupi  tach-koaî) . 

penton,  m._,  cuve  ;  —  koue,  vase  où  l'on  fait  la  lessive,  Trév.,  Lanr. 

p'ételek,  m.,  homme  ventru,  Trév. 

petezenn  :  n'eus  tamm  —  bet,  ou  hennés  n'eus  ket  a  beîesa,  il  n'a  point  de 
valeur  morale,  de  consistance,  de  caractère,  Trév. 

peur,  per,  par-  :  perdranchat,  finir  de  biner  ;  perlakat,  achever,  Lanr.  ; 
glao  a  r&  ken  a  barstrake,  il  faisait  de  la  pluie  à  torrents,  Trév.;  Peur- 
badus,  Grég.  de  Rostr.,  p.  712,  éd.  de  1732,  est  une  imitation  du 
perdurable  ;  le  bret.  n'a  en  propre  que  l'adv.  bikenn,  éternellement,  au 
futur  (Trég.).  Cf.  le  van.  birhuikin  dans  ce  sens,  Pedenneu,  Van.  1869, 
p.  140,  et  adj.  an  ioae  bizhuiquen,  la  joie  éternelle  [Tremenvar.,  16). 

peurik  :  Ober  peurik  d'en  prad,  Lang.,  preudik  prat,  Pleud.  (syn.  de 
c'hoari  penn-bourdel),  corrupt.  de  tourik  prad,  pour  toullik.  Cf.  c'hoari 
penn-toullik,  litt.  faire  un  petit  trou  dans  le  pré  avec  sa  tête. 

pichot  :  koz  pichot,  homme  minutieux,  qui  fait  des  niaiseries;  pi.  pichodet, 
f.  piclwdes,  Trév. 

pif,  m.,  sifflet,  clarinette;  eur  gontel  bif,  un  couteau  à  sifflet;  pif  al, 
jouer  de  la  clarinette  ;  pifer,  celui  qui  en  joue,  Trév.,  St-M.;  cf. 
pipeau,  fifre,  it.  piva,  etc. 


Supplément  aux  Dictionnaires  bref. -français.  16s 

pik  =  put,  comme  chic!  Gr.  de  Guillome,  p.  125  =  chut?  Dall-pikh, 
tout  à  fait  aveugle,  Trév.,  Quimp.-Guéz.,  Ploezal,  Gur.  (cf.  Emgann 
Kergidu,  p.  2,  dall-put,  St-M.,  id.);  bouzar-pikh,  luch-pikh,in[n)osant, 
zod  — ;  chom  pikh,  s'arrêter  court,  Trév.  ;  leunpik,  tout  à  fait  plein, 
Audierne,  Plozevet  ;  lann-pikh  ou  lann-tenn,  Trév.  On  dit  à  Ploezal 
le  fém.  pikes,  penn-pikes,  femme  effrontée,  chicanière  ;  à  Trév.  put, 
aigre,  trenk-put,  tout  à  fait  aigre,  c'houer(v)  put,  très  amer,  avalou 
put-chas,  des  pommes  très  amères  ;  à  St-M.,  lez  pùten(n)et,  lait  tout  à 
fait  aigri;  sali  pik  (Troude),  en  h.-br.  salé  comme  du  pic. 

pikha  siank,  marcher  vite,  Trév. 

pikouz  labour  — ,  travail  pénible,  difficile,  Trév. 

pil  :  pil-dour,  dour-bil,  m.  averse,  Trév.;  à  St-M.,  pilad  dour,  m. 

pimpoelïni,  mond  da  bimpoel(J)enn,  faire  un  saut  périlleux,  tomber  la 
tête  la  première,  Trév.  ;  c'hoari  pimpoel^enn,  faire  la  culbute,  Gom- 
menec'h,  Plouha  ;  c'hoari  pimpoell'  nik,  Trév. 

pintet,  suspendu,  Trég.;  pintet  mad,  bien  monté  sur  jambes,  Trév.  Cf. 
en  pign(k),  en  pendant,  Lanr.,  en  pink,  Hist.  62,  et  le  fr.  pendre.  En 
élevant  dans  les  airs  les  petits  enfants,  on  leur  dit  :  Pintekh!  pintekh! 
et  pour  leur  demander  s'ils  le  veulent  :  Gred  vo  pintekh  d'ac'h?  Trév. 

pis-moc'ha.  Ke[r)zdab.,  va-t'en  te  promener!  Lanr.,  Plussulien  ;  à  St-M., 
pis-moc'hein. 

pitach,  niaiserie  ;  pitouch,  un  drôle  de  corps  (St-M.,  id.)  ;  pitowèn[n)ek, 
id.,  Lanr. ;  pitekhiar,  homme  mou,  sans  force;  piten{n)ach,  sottise, 
Trév.  Cf.  fr.  pitaud,  rustre. 

plankenn  [ma]  skoa,  (mon)  omoplate,  Trév.;  pleinkenn  me  skoe,  St-M. 

plek,  m..t  ourlet,  Trév.,  St-M. 

podat,  m.  :  eun  tamm  p.,  eur  p.  mad  a  dén,  homme  ramassé,  trapu,  St-M. 

pokhol,  poyol,  m.,  poulain,  t.  d'amitié  aux  enf.,  Trév.  ;  farceur,  p.  Trég. 

pr'èst,  m.,  pi.  prestiaou,  instrument,  outil,  St-M. 

priotat,  Lanr.;  priota,  Trév.;  priât,  St-M.,  maçonner. 

R. 

Rahetèr,  ratière,  Pleud.,  Lohuec  ;  rahelàr,  Trév.;  rac'heter  mad  (chat), 

qui  attrape  bien  les  rats,  St-M. 
ralek,  qui  use  ses  chaussures  plus  d'un  côté  que  de  l'autre  ;  (soulier)  usé 

d'un  côté,  Trév.  A  St-M.,  treuzet. 
ranf,  ranvel,  Trév.,  r'ével,  Pleud.,  instrument  pour  peigner  [ranvelat, 

révélât)  le  lin. 
rarljenn,  guides,  corde,  Trév.;  à  St-M.,  chaîne. 

Rev.  Celt.  IV  I2 


1 66  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

ranp  :  pauî  ranp,  garçon  insinuant,  Trév. 

rarïv,  St-M.,  Tressigneaux  et  Lanv.,  bêche;  reon,  Douarnenez,  Ploaré, 

pelle  ;  cf.  irl.  rdin,  gall.  rhaw. 
rask,  fém.,  instrument  tranchant  à  deux  poignées  recourbées  pour  polir 

(raskan)  le  bois,  Trév. 
ratous,  grincheux,  Plounevez,  St-M.;  qui  branle,  qui  n'est  pas  solide. 
reuz  :  hennez  zo  —  gant-hafî,  il  fait  des  embarras,  Tv. 
ribourtadenn,  ritournelle,  Plusq. 
rigenn,  rang  ;  regennad,  rigennat,  rangée,  Trév. 
rorà,  grosse  corde,  Lanr.,   Trév.;  ne  se  dit  à  St-M.  que  dans  rord 

milin,  grand  câble  pour  soulever  la  meule  d'un  moulin.  A  Lr.,  rordarl 

eur  garg,  lier  une  charge  avec  de  grosses  cordes  (korden(n)an,  avec 

des  petites,  Trév.  korden(ji)in). 
roualek,  noir,  jaune  foncé,  Lanr.,  St-M. 
ruskenner,  celui  qui  fait  des  ruches,  Trév. 

S. 

Saiït  :  gred  ho  sant  bihann,  ma  loj,  ma  locheik,  faites  votre  petit  saint, 
mon  chéri  faux  petits  enfants  pour  leur  dire  de  se  tenir  debout),  Lanr. 

seuit,  fracas,  Corn.  Cf.  chahut  ? 

siklud,  m.,  pi.  o,  objet  de  peu  de  valeur,  Trév. 

silaouret,  doré,  Trév.  ;  chilaouret,  Trégv  Go.;  selaouret,  St-M. 

skarbelek,  m.,  celui  qui  butte  contre  les  pierres  en  marchant,  Trév. 

skas,  entrave  de  ronce  qu'on  met  aux  poules  pour  les  empêcher  de 
gratter  la  terre  ;  ce  qu'on  appelle  skasein  eur  iar.  Hennez  zo  skaset,  il 
marche  avec  peine,  St-M.;  hennez  zo  skas,  il  se  frappe  la  cheville  du 
pied  en  marchant,  Trév.  Du  fr.  échasses  :  voir  dom  Le  Pellet.,  scass. 

skavat,  plein  une  petite  barque  (de  goémon,  etc.),  Plusq.,  p.  Trég.,  Go. 

skilfenn,  éclat  de  bois  qui  entre  dans  la  peau  ;  celui  qui  est  haut  sur 
jambes,  pinted  huel  :  eur  pikol  skilfenn.  On  dit  de  même  skolpennek, 
adj.,  de  haute  taille,  Trév.,  de  skolp,  copeau  ;  cf.  sklipad. 

sklaïnan,  chaïnan  :  les  ket  da  dillad  da  — ,  ne  laisse  pas  tes  affaires  à 
traîner.  Syn.,  ruzan,  ruillan,  Trév.;  chahinan,  Pléh.,  Paimp.;  chéinan, 
Pleud.,  traîner;  a  chaïn,  en  traînant,  Go. 

skoaz  :  diskoaiet,  qui  a  l'épaule  démise,  Trég. 

skoazell,  pi.  skoazeyao,  ornière,  Lanr. 

skoemp,  skoem,  peureux,  vif,  alerte  (d'un  cheval);  délicate  (affaire, 
démarchei  ;  (homme)  sujet  à  caution,  fripon,  petit  Trég.  et  Go. 

skouer-bank,  espèce  de  banc  pour  s'asseoir,  le  long  des  meubles,  Trév. 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret .-français .  167 

skoill  :  dour  — ,  eau  stagnante  ;  skoillet  e  'nn  dour,  l'eau  est  arrêtée  par 

une  chaussée,  Lanr.;  skoillan  dour,  arrêter  Peau,  Trév. 
skrijal,  v.  qui  exprime  le  cri  du  pourceau  :  —  ra'  moc'h,  Trég. 
sparlet,  dont  les  sourcils  sont  arqués  et  se  rejoignent.    Plusq.,  Trév.; 

—  eo  he  garr,  il  est  embarrassé  ;  —  oc' h,  vous  êtes  attrapé,  Trév. 
stagalenn,  Bégard,  stagelenn,  St-M .,  ce  qui  tient  !a  quenouille  ;  boed  staguz, 

aliment  qui  dessèche  la  bouche  ;  stak-prenn,  ce  qui  sert  à  attacher  le 

harnais  du  cheval  à  la  voiture,  Trév. 
stipan,  arranger,  mettre  en  ordre,  attifer;  stipadenn,  t.,  pi.  0,  femme 

coquette  (syn.,  modenn,  f.,  pi.  0,  femme  à  la  mode),  Trév. 
stovel,  pi.  eillao,  ornière,  St-M.  Cf.  stivel. 
strâkeres,  Go.  et  petit  Trég.  ;  strakéres,  gr.  Trég.,  crécelle. 
strogellach,  des  riens,  Trév. 
strouill,  éparpiller,  étendre  :  —  teil,  du  fumier,  Lanr.;  struill,  Lr.,  St-M. 

Cf.  strouill,  boue;  strei,  streauein,  1.  sternere,  etc.;  strouillenn,  Trév., 

femme  crottée,  malpropre. 
stum  :  kaozeal  e  —  Goello,  parler  le  dialecte  de  Goello,  Pleud. 


Tagan  ra  ar  vouez,  la  voix  s'arrête;  tagus,  (voix)  qui  s'arrête,  Tv.,  Gur. 

tal  :  a  dal  da,  vis-à-vis  de;  'dal  'n  eil  d'egile,  vis-à-vis  l'un  de  l'autre, 
Trév.,  Lr. 

talbenn,  fém.,  planchette  qu'on  met  au  front  des  vaches  pour  les  empê- 
cher d'avoir  peur  et  de  se  brocher  {en  em  vrochan);  talben(n)ed  e'  vioc'h, 
Trév.  C'est  aussi  un  bandeau  :  talben[n]ed  e,  elle  a  pris  le  voile  (en 
parlant  d'une  religieuse  ;  enfin  eun  dalbenn  garr,  ou  talbenn  ar  charr, 
se  dit  de  deux  planches  qu'on  met  devant  et  derrière  la  charrette 
pour  empêcher  sa  charge  de  tomber,  Trév.,  Gur.,  Plusq.  Talben[n)et, 
(sourcils1  arqués  et  qui  se  joignent  ;  celui  qui  les  a  ainsi,  Trév. 

talkad  :  m.,  'nn  eun  talkad,  'boire)  d'un  seul  coup,  Trév. 

taltous,  m.,  traître,  sauvage,  Lanr.,  Trév. 

taons,  épis;  taonsennet  mad  e  'nn  id,  le  blé  a  de  bons  épis,  Trév.;  taon- 
zeta,  glaner,  Pléhédel,  Trév.  (cf.  van.  toezenn). 

taouled,  usé,  en  pari,  des  habits,  Trév. 

taul  :  'her  da  zonn  tauyao,  'ver  0  sonn  ann  tauyao,  on  va,  on  est  à  son- 
ner le  glas,  Lanr.;  taulad,  m.,  ce  qu'on  fait  en  un  coup,  sans  se  repo- 
ser, Pléh.  ;  bataille,  Trév.  ;  taul  douar,  bande  de  terre  que  détache  la 
charrue,  pi.  tauyao  douar,  Lanr. 

temjo,  pi.,  des  contes,  prob.  de  temzah ,  assaisonner  \x\xit  salade), 
(=  tempza),  fumer  ^une  terre),  Trév. 


168  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 

tennan,  tirer  (un  portrait)  ;  —  plouzennik,  —  à  la  courte  paille,  Tv. 

terchal,  jeter  un  couteau  pour  tirer  au  sort  qui  choisira  la  première  part 

dans  un  travail  aux  champs,  Trév.;  ce  qui  s'appelle  tennan  d'ar  bal 

à  Ploezal. 
termal  souffler,  ne  rien  faire;  chom  ked  aie  da  d.,  ne  reste  pas  à  rien 

faire  ;  han  'ta,  termerl  allons,  paresseux,  Lanr.,  St-M. 
terri  (ou  tremenj  a  ra  d'ezhan,  il  se  calme;  torr-penn,  m.,  casse-tête;  celui 

qui  crie,  qui  ennuie,  Trév.;  à  St-M.,  torrein  a  ra  d'ohon,  torr-penn. 
tesk,  m.,  gerbe,   pi.  ao  ;  teskaoa,  glaner,  teskaoàr,  pi.  ien,  glaneur,  f. 

teskaoarez  pi.  et,  Lanr. 
teurk,  tique  ;  par  métaphore,  insectes,  poux,   Trév.  ;  teurgen(n)net,  t. 

d'inj.  :  maladroit!  Lanr. 
tirennet  (pron.  tir'net)  e'  bara,  se  dit  du  pain  (surtout  du  pain  de  seigle) 

mal  cuit,  qui  a  une  raie  noire  et  dure  entre  la  croûte  et  la  mie,  Lanis- 

cat,  St-M.,  Plussulien,  Corlay.  La  rac.  semble  être  «  tirenn,  bouclier  ». 

En  h. -bret.  on  dit  litre,  c'est-à-dire  probablement  bordé.  On  prétend 

que  si  l'on  coupe  avec  un  couteau  un  pain  tiré  du  four  avant  que  toute 

la  fournée  ne  soit  tirée,  cela  fait  litrer  les  autres  ;  il  faut  le  casser  avec 

la  main  (Saint-Brieuc).  Tirenn'  a  ra  ar  bara,  ma  ve  torret  ar  bladenn 

gant  eur  goiitel,  St-M.  Pladenn  (Trév.,  id.)  est  un  petit  pain  plat  qu'on 

tire  avant  la  fournée.  —  A  St-Clet,  seien[n)et  (qui  a  une  ceinture). 
tivignal,  n.,  pendiller,  Trév. 
toagenn,  f.,  taie  (d'oreiller),  Trégv  Go. 
tobios.  Eun  tamm  — ,  un  homme  petit  et  gros,  Trév. 
tokad,  m.,  quantité  quelconque  :  eun  — maddeio,  tud,   etc.   Quimp.- 

Guéz.,  Trév.;  tok,  pi.  togo,  enveloppe  des  châtaignes,  Trév. 
tomm.  Ober  eun  — ,  se  chauffer,  Gur.,  St-M.  Aze  zou  bet  eun  tommat, 

'vad,  c'est  là  qu'il  y  a  eu  un  grand  effort  (un  travail  échauffant,  un 

bon  coup  de  collier),  Lanr.,  St-M. 
torta  'ra  dindan  he  veac'h,  il  est  accablé  sous  son  fardeau,  Trég. ,  Go.; 

ober  un  tortad,  s'en  payer  une  bosse,  Plusq. 
tos,  pi.  o,  ou,  tronçon  ;  —  lahn,  ce  qui  reste  de  l'ajonc  quand  on  l'a 

coupé  à  ras  de  terre;  eun  tamm  tos,  tos  fall,  homme  trapu,  Go., 

Pléh.,  Gur. 
touill,  pourri,  Trév. 

toull  :  eun  —  gouzoug  breizadan  euz,  il  a  l'accent  breton,  Trév. 
toullik  fpron.  toulekh),  m.,  le  dernier  de  la  famille,  de  la  couvée,  Pléh. 
tramaill,  tratïmaill,  pi.  ao,  herse;  —  dre  gezek,  à  chevaux;  tramaillat, 

tranmaillat,  herser,  Lanr. 
tvantel  (fortune)  :  eun  overn  drantel,  dranntel,  une  messe  à  rebours,  Trév., 


Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français.  169 

de  même  qu'on  appelle  par  superstition  kaz  ann  arc'hant  un  chat  noir, 
Lanr.,  Pleud.,  Trév. 

tremener,  pi.  ien,  fém.  es,  passant,  Lanr. 

treuzadenn,  f.,  poutre  qui  traverse  une  maison,  Trév.  ;  passerelle,  petit 
pont,  Prat  ;  me  zo  treujet,  je  suis  traversé  'de  pluie),  Lanr. 

triboulet.  Ober  ann  — ,  faire  une  culbute  sur  la  tête,  St-M. 

tri-hanteri,  rare  et  abusif,  partagé  par  tiers,  Trév. 

tro  :  mond  'dro,  aller  mendier;  traouaill  =  trôil.  dévidoir. masc.  Lanr., 
St-M.;  traouill,  manivelle  pour  serrer  les  cordes  d'une  charrette  ;  ed  e 
a-benn-draouill.  penn-draouillet  e  bet,  il  est  dégringolé,  Trév.;  ar  c'harr-ze 
'ha  d'ann  druill,  d'ann  dreill,  cette  voiture  va  au  grand  galop,  Lanr.; 
troidell,  f.,  lizeron  ;  troidellaî,  aller  de  travers,  Lanv.  ;  troieta,  id.  Gur. 
On  dit  fam.  d'une  chose  qui  répugne  :  Gwell  ve  ganin  mond  da  drein 
mein  da  zec'hah,  j'aimerais  mieux  aller  tourner  la  pierre  pour  la  faire 
sécher,  Trév.  Troidellad,  tournoyer,  Bomb.  K.,  22. 

trutell,  f.,  commère,  bavarde,  Trév. 

tud  :  den,  plac'h  evelann  dud,  personne  sociable,  qui  connaît  le  monde,  Tv. 

tumenn  ar  chiminal,  le  manteau  de  la  cheminée,  où  l'on  accroche  les 
fusils,  Trév. 

turieller-douar,  mauvais  laboureur,  St-M.;  turniadur-goet,  Pleud.;  terna- 
dur  g.,  Lohuec,  taupinée. 

V,  W. 

Vin  :  eur  — ,  une  petite  venelle  ;  —  dall,  impasse,  Trév.  Cf.  veine,  d'où 
venelle. 

vlik-e-vlamm  :  iaouank,  néve,  noaz — ,  tout  jeune,  tout  nouveau,  tout  nu, 
Trév. 

vlistreres  dour,  seringue,  pompe,  Trév.;  vlistran  =  flistra. 

vloc'h,  dim.  vloc'hik,  celui  qui  monte  bien  à  cheval,  bon  écuyer,  Trég. 

vlutah  koncho,  raconter  des  contes:  vlutach,  niaiseries,  Lanv.  Cf.  Bomb. 
Kerne,  pp.  4,  72.  —  vriteres  :  pillik  — ,  poêle  à  frire,  Tv. 

vo-vo,  cheval,  dada   enf. ),  Lanr.,  Trév. 

war.  Mond  war  benn  a  hent  da  u.  b.,  aller  à  la  rencontre  de  quelqu'un, 
Trév.  ;  jiletenn  war  var,  Pontrieux  ;  war  c'hourre,  Corn.,  un  pardes- 
sus. Ar  ieotenn-ze  a  zo  war  vlar  ann  dour,  cette  herbe  pend  sur  l'eau, 
son  extrémité  est  balancée  par  le  courant,  Lanr.  ;  war  lein,  id..  Lr., 
St-M.;  kerzet  war  destum,  Trév.,  marcher  les  pieds  en  dedans,  à 
St-M.  bechein,  d'où  bechik,  maladroit,  ibid.,  et  peut-être  buhekh,  m., 
Lang.,  petit  taureau,  cf.  iù.'-.z'ixz  SXuuxç  [kwç. 

witè!  à  droite!   aux  chevaux   La  Roche-Derrien. 


170  Supplément  aux  Dictionnaires  bret. -français. 


Zac'hed  e,  il  est  à  bout,  arrêté  dans  son  entreprise,  Trév.;  syn.  zouc'hed, 

boufhed,  bourded. 
zaltin,  adj.,  avare,  Plougonver. 
zauz,  m.  (propr.,  anglais),  bègue,  Lr.  (petit  Trég.),  St-M.;  zauzer,  Trév., 

zauzan,  Lr. ,  zauzein,  St-M.,  bégayer.  Cf.  gregach,  grec  et  charabias. 

Les  Hauts-Bretons  traitent  de  même  la  langue  celto-bretonne  de 

ouar-ouar  (m.,  à  Saint-Donan,  baragouin).  Barbarus  hic  ego  sum...! 
zelbenn,  cheville,  entrave  pour  attacher  les  vaches,  Plusq. 
zelland,  adj.,  avare,  regardant,  Trév.,  St-Mayeux  (Cornouaille). 
zellédou  :  levr  ar  zellédou,  les  saintes  Écritures  (Plougonver,  ce  mot  est 

connu  des  vieux). 
zerrer,  m.,  un  avare,  un  accapareur,  St-M.,  Trév.  On  dit  encore  eur 

zerrer  treo,  eun  den  he  c'hodell'o),  paotr  he  ialc'h,  eun  den  evit-han  he 

unan,  Trévérec  (petit  Trég.)  '. 

Emile  Ernault. 


1.  C'est  un  devoir  en  même  temps  qu'un  plaisir  pour  moi,  en  terminant  cet  article,  de 
remercier  M.  l'abbé  Héry,  mon  beau-frère,  le  sympathique  ban  Koatmin,  de  son  obli- 
geante et  précieuse  collaboration. 


POPULAR  TALES  OF  IRELAND. 


Thèse  examples  of  Irish  tradition  are  from  a  now  extensive  collection 
formed  by  the  editor  during  the  leisure  of  some  years  past.  He  would 
hâve  preferred  for  several  reasons  to  publish  it  in  its  entirety  ;  but  at 
the  suggestion  of  the  Director  of  the  Revue  Celtique  the  following  trifles 
(selected  chiefly  for  their  brevity  are  offered  as  spécimens  of  the  tradi- 
tion of  the  westernmost  Celts.  as  now  found  existing  in  the  mouths  of 
the  people. 


OF  A  YOUNG  MAN   THAT  ILLTREATED   HIS  FATHER 
AND  MOTHER. 

LIMERICK. 

There  was  a  wild ,  illconducted  young  man  in  Ireland  once,  who 
lived  with  his  parents.  His  days  were  given  up  to  idleness.  his  nights  to 
card-plaving,  drink,  and  debauchery  ;  and  when  his  father  and  his  old 
mother  talked  to  him  about  mending  his  evil  habits  the  answer  he  gave 
them  was  to  beat  them.  Well,  time  rolled  on;  the  parents  died  ;  and 
one  day,  a  long  while  after,  some  sentiment  of  remorse  began,  it  would 
seem,  to  stir  in  his  heart,  for  he  bethought  him  of  going  to  confession. 
He  went  to  the  priest,  who  asked  him  when  was  he  at  his  duty  last. 
He  told  him  how  long  he  had  staid  away.  Then  the  priest  began  to 
question  him  as  to  the  sins  he  had  on  his  conscience  ;  and  the  young 
man  proceeded  to  tell  ail  his  doings,  his  blackguardism,  hisdrunkenness, 
his  undutiful  behaviour  to  his  father  and  mother.  The  priest  asked  him 
did  he  ever  raise  his  hand  to  beat  them.  «  I  did,  »  he  said,  «  bâte  and 
«  ray-bate  them.  »  «  And  why,  »  said  the  priest,  «  did  you  never  corne 
«  ail  this  time  to  make  your  peace  with  God  ;  »  «  I  was  afraid  to  corne, 


1 72  Popular  Taies  of  Ireland. 

«  sir,  »  he  answered.  «  Well,  »  said  the  confessor,  when  he  had  heard 
ail,  «  I  can  do  nothing  for  you.  You  must  go  to  the  bishop,  and  ask 
«  him  to  absolve  you.  »  To  the  bishop  accordingly  the  young  man  had 
to  betake  himself.  To  him  he  related  what  brought  him  thither,  and 
asked  for  the  absolution  which  the  priest  had  refused.  The  bishop  liste— 
ned  to  ail  he  had  to  say  about  his  past  life,  but  when  he  had  made  an 
end,  he  told  him  that  he  could  not  undertake  to  absolve  him,  any  more 
than  the  priest  :  ail  he  could  do  was  to  send  him  to  Rome,  to  the  Pope. 
Well,  the  young  man  set  out  on  this  journey,  over  sea  first,  then  on  foot 
over  land,  till  in  course  of  time  he  made  his  way  to  eternal  Rome.  There 
he  sought  the  présence  of  the  Pope,  threw  himself  on  his  knees  at  his 
feet,  and  told  him  the  history  of  his  life,  as  he  had  told  it  to  the  priest 
and  the  bishop  in  Ireland.  The  Pope  heard  him  out,  and  what  he  then 
commanded  hirn  to  do  was,  to  go  back,  and  the  first  living  thing  he 
should  meet  on  his  way,  to  kneel  down,  kiss  it  and  worship  it.  The 
young  man  shortly  after  left  the  city,  and  started  off  on  his  road  home. 
On  the  way,  towards  evening,  there  met  him  a  great  leech-like  thing, 
such  as  cornes  out  of  the  river,  and  in  obédience  to  the  Pope'scommand, 
the  young  man  knelt  down  and  kissed  it.  The  créature  fastened  the 
next  instant  in  his  throat,  and  ail  the  strength  of  three  men  would  not 
loosen  its  hold.  He  had  at  last  to  throw  his  handkerchief  over  itto  cover 
it,  and  to  drag  himself  and  it,  as  well  as  he  could,  to  a  house  by  the 
road,  where  he  asked  for  lodging  for  the  night.  There  he  withdrew  to 
his  own  room.  Next  morning  the  people  of  the  house  waited  a  long  time 
without  his  coming  down,  and  at  last,  fearing  something  was  wrong, 
they  went  to  his  door,  which  they  found  fastened  on  the  inside.  They 
forced  it  open,  and  then  a  fearful  sight  met  their  eyes.  Of  the  young 
man  there  remained  nothing  but  the  fleshless  bones  ;  the  rest  of  him 
had  been  devoured  during  the  night. 

(John  Young,  of  Rathkeale,  27  april  1877.) 

/  can  do  nothing  for  you.  Mr  T.  Wright  in  his  notes  (p.  $3)  to  his  édition 
of  the  Proceedings  against  Dame  Alice  Kyteler,  prosecuted  for  sorcery 
in  1324,  by  Richard  de  Ledrede,  Bishop  of  Ossory  (London,  1843), 
enumerates  from  a  MS.  of  the  fifteenth  century  the  «  casus  quibus 
«  solus  papa  absolvit  »  and  «  casus  quibus  papa,  sive  episcopus, 
«  sive  alius,  eorum  potestate  accepta,  absolvit.  »  The  former  class 
includes 

Incestum  faciens,  deflorans,  aut  homicida, 

Sacrilegus,  patris  percussor,  etc.; 


Popular  Taies  of  Irel.md.  173 

the  other, 

Si  qua  suffocat  partum,  aut  negligit  occat, 

Si  pater  aut  mater  violenter  lœditur,  etc.; 
further  on, 

Non  scelus  énorme  vitii  solvas  sine  papa  ; 

Sacrilegus,  cleri  percussor  sive  parentum, 


Taies  Yel  similes  Romam  vadant,  nisi  sexus 
Obstet  femineus,  aut  debilis  aut  senis  aetas,  etc. 
The  discrétion  however  allosved  the  bishop  in  certain  cases  is  expres- 
sed  by  the  line  ibid.  , 

Dictos  qui  possunt  sine  papa  solvere  solvant. 
A  great  leech-like  thing.  Démons  often  appear  in  thèse  stories  in  the  form 
of  a  water-serpent  or  eel.  In  another  unpublished  story,  too  long  to 
give  hère,  the  Devil  appears  wound  as  an  eel  round  a  butter-firkin. 
He  is  allowed  to  punish  the  impiety  of  a  farmer's  wife  by  devouring 
her  body,  but  (as  in  the  présent  tale^  the  soûl  is  saved. 
Notwithstanding   some  différences  of  détail,  this  is  the  same   story 
with  Lou  gouiat  castigat  of  the  Contes  populaires  recueillis  en  Agenais  Paris, 
1874    of  M.  J.  F.   Bladé.   In  the  Agenaise  taie  the  sin  of  the  young 
man  is  différent  ;  he  provides  himself  with  iron  shoes  for  his  journey  ; 
the  bells  of  Rome  sound  at  his  approach  [«  Aqui  las  campanos  que  sou- 
«  non  l'arribado  d'un  gran  peniten,  »  the  people  say  ;  and  a  compa- 
nion  of  his  makes  the  journey  with  him. 

II. 

THE    HIMIDE-HAIMIDE. 

'galway.) 

A  woman  had  an  illthriven  youngster.  who  was  lying  in  his  cradle 
one  day  when  the  little  child  belonging  —  or  thought  to  belong  —  to 
another  neighbouring  woman  came  to  the  door  with  a  message  from  his 
mother,  who  wanted  the  loan  of  a  sieve.  «  Chair  mo  mhamaidhe  asteach 
«  mé,  »  said  this  latter ,  «  ig  iarraidhe  iasacht  an  himide-haimide.  My 
«.  mammy  sent  me  in  to  ask  the  loan  of  the  himide-haimide.  »  That  was 
the  childish  name  he  gave  the  sieve.  «  Hi,  hd!  »  laughed  the  fellow  in 
the  cradle,  loud  and  bitter  ;  «  ^Nùair  a  bhi  Coillte-Con  an  dsannuidhe  's 
«  deas  a  déirthéa  criathar.  When  Coillte-Con  woods  were  growing  it's 
«  bravely  you  could  say  'sieve'.  » 


174  Popular  Taies  of  Ireland. 

It  was  a  good  three  hundred  years  since  the  saplings  of  Coillte-Con 
were  growing.  After  thus  for  the  first  time  breaking  silence,  through 
losing  ail  patience  at  the  déception  of  the  other  joker,  the  sifreâg  leaped 
out  of  his  cradle,  made  for  the  door,  and  neither  he  nor  his  friend  was 
ever  seen  after. 

(Man  frorr.  Laghtgeorge,  31  march,  1878.) 

The  very  word  ordinarily  used  for  the  good  people,  Sidhfir,  Sidheô- 
gaighe,  probably  means  the  «  Immortal  Men,  »  the  «  little  Immortals;  » 
Slûagh  Sidhe,  the  Immortal  Host,  the  Spanish  Huesta  Antigua,  Exercito 
Antiguo.  We  may  compare  OReilly's  sidsat,  they  wait[ed],  remained  ; 
sithbeo,  sithbûan,  lasting,  perpétuai  ;  sithbe,  long  life.  In  several  tradi- 
tions concerning  them  the  notion  of  great  âge  is  implied,  as  hère.  In  one 
of  Croker's  taies  iMaster  and  Man   Billy  Mac  Daniel's  sidhfer  master  says 

to  him,  «  Billy,  /  will  be  a  thousand  years  old  to-morrow 1  think  it  is 

«  full  time  for  me  to  get  married.  n  In  the  County  of  Galway  the  belief 
of  the  people  is  expressed  in  the  saying,  a  No  one  dies  in  the  Bruidhîn  » 
the  dwelling  of  the  Spirits,  the  Bruden  of  ancient  taies)  '. 

The  editor  has  not  been  able  to  identify  the  old  wood  alluded  to. 
Coillte-Conchubhair  and  Coillte-Conmaicne  were  respectively  in  the  présent 
Roscommon  and  Leitrim.  There  is  a  Cathair-a-con  wood  in  Clare. 

III. 
WHERE  'LL  I  GO  ? 

WESTMEATH. 

A  voice  used  to  be  heard  at  night,  crying  ever  from  the  butt  of  a 
bush,  «  Where  '11  I  go  ?  Where  '11  I  go  ?  »  A  man  was  coming  along 
that  road  one  night,  mellow  with  drink,  and  when  he  heard  the  ghost's 
question,  Where  '11  I  go  ?  «  Where  'ould  you  go  »,  he  answered,  «  but 
to  God  out  0'  that,  and  leave  the  people  in  peace  ?  »  The  spirit  thanked 
him,  and  was  never  heard  again. 

(Young  man  at  Clare,  august,  1878.) 

Cf.  «  Graenzpfaehl  verrùckt»,  Wolf  (NiederUndische  Sagen;  Leipzig, 
1843,  p.  509I,  and  Mùllenhoff  «  Das  Gespenst  mit  dem  Grenzpfahl  » 
{Sagen,  M&rchen  und  Lieder  der  Herzogthiïmer  Schleswig-Holstein   und 

1 .  Cf.  the  berg  in  Korse  legends  of  the  Aesir. 


Popular  Taies  of  îreland.  175 

Lauenburg  ;  Kiel,  1845,  p.  189).  Thèse  two  stories  turn  on  the  fraudu- 
lent  displacement  of  a  boundary  post,  which  the  rogue  is  condemned  to 
run  about  with  at  night  after  his  death,  asking  continually,  «  Wohin 
«  soll  ich  ihn  setzen  ?  Wo  soll  ich  ihn  lassen  ?  »  A  drunken  man,  who 
had  fallen  asleep  in  the  haunted  field,  lifts  his  head  and  answers,  «  Ei, 
«  lumpenhund,  setz'  ihn  wieder  hin,  wo  du  ihn  genommen  hast,  du 
«  Dummbart  du  !  »  c<  Gott  sei  gedankt,  »  cries  the  spirit  ;  «  Nun  bin 
ich  erlœst  !  » 

The  «  bush  »  in  the  Irish  story  was  probably  one  of  the  solitary 
thorns,  which  are  always  associated  with  the  dead  (they  frequently  mark 
graves),  and  are  in  Galway  said  to  hâve  ail  sprung  up  from  dead  men's 
dust  scattered  through  the  world. 

IV. 
THE  GOOD  PEOPLE'S    QUESTION  TO  SAINT   PATRICK. 

I.    LIMER1CK. 

Saint  Patrick  had  a  serving  man  called  Crom  Dubh,  and  he  sent  him 
out  one  day  to  get  wood  for  the  fire  for  cooking;  for  ail  the  beggars  of 
the  country  used  to  be  fed  at  Saint  Patrick's  house.  Crom  Dubh  met 
some  people  who  offered  to  draw  the  wood  for  him  if  he  would  put  a 
question  to  his  master  at  the  moment  of  the  Elévation  in  the  Mass. 
Crom  Dubh  did  so  on  the  Sunday  following.  «  A  Phddraïg,  »  he  said, 
«  gad  é  an  ûair  a  ra'ïg  na  Slùagh  Sidhe  go  Parrathas  ?  »  (Patrick,  what 
time  will  the  Sluagh  Sidhe  go  to  Paradise  ?)  «  Donas  dùbhais  air  t'oide 
mûinteadha  »,  said  Saint  Patrick,  «  ni  ra'ig  siad  go  Là  an  Breitheamhantais 
go  hdirighthe  (Grief  and  ill-luck  to  your  teacher,  they  '11  not  go  there  till 
the  Day  of  Judgment,  for  certain).  » 

Before  that  the  Good  People  used  to  put  the  sickles  in  the  corn 
and  the  spades  in  the  ground,  and  spade  and  sickle  used  to  be  seen 
working  for  men  without  visible  assistance  ;  but  thenceforward  the 
Sidhfir  would  do  nothing.  That  question  was  put  on  the  last  Sunday  in 
July,  and  ever  since,  that  day  !or  the  first  Sunday  in  August,  itsometimes 
is)  is  called  in  Ireland,  Dômhnach  Chroim  Duibh  or  Crom  Dubh's  Sunday. 
(Old  woman  from  Askeaton,  30  march  1879.) 

2.  LIMERICK. 

When  Saint  Patrick  was  at  the  Rock  0'  Cashel,  and  the  Friars  were 
yet  in  it,  he  and  they  were  poor  enough  :  and  every  day  Saint  Patrick's 


i  j6  Popular  Taies  of  Ireland. 

serving  man  used  to  go  out  to  gather  firewood  sufficient  for  the  next 
day.  While  he  was  thus  employed  one  Monday  morning,  up  there 
cornes  to  him  a  little  redheaded  man,  who  asked  the  servant  what  he 
was  gathering.  «  The  next  day's  firing  »,  he  said,  «for  Saint  Patrick.  — 
What  does  he  give  you  for  that  ?  »  asked  the  little  fellow.  «  Two-and- 
fourpence  a  week,  »  said  the  other.  «  Well,  »  said  the  redheaded  man, 
«  I  '11  get  you,  in  one  day,  as  much  firing  as  will  last  you  the  whole  week, 
«  and  besides  sparing  your  labour,  I  '11  give  you  what  your  getting,  if 
«  you  '11  ask  your  master  one  question  for  me  at  the  moment  when  he  is 
«  raising  ihe  Host  at  Mass.  »  The  serving  man  said  he  would,  and  the 
stranger  told  him  that  the  question  was,  Ce  hiad  na  tri  dream  ndch  bfeic- 
feadh  na  Flahhïs  Dé  go  brdth  ?  (Who  are  the  three  sorts  of  people  that 
never  will  see  the  kingdom  of  God).  Well,  the  serving  man  found  the 
week's  bundle  of  firing  lying  ready  for  him  in  the  morning  at  the  stair- 
foot,  and  he  resolved  to  do  what  he  had  undertaken  to  do.  When  Saint 
Patrick  was  on  the  altar  on  Sunday,  and  when  the  moment  of  the  Eléva- 
tion arrived,  he  suddenly  heard  the  question  put  to  him.  Turning  sternly 
about  towards  the  congrégation  he  asked  who  was  that  unfortunate  man 
that  had  put  such  a  question  as  that  to  him.  The  man  cried  out  that  it 
was  he,  his  own  servant;  and  Saint  Patrick  commanded  him  to  corne 
to  him  in  the  sacristy  when  the  Mass  was  ended.  When  the  servant  did 
so,  Saint  Patrick  told  him  that  he  would  give  him  his  answer,  but  he 
also  told  him  that  he  might  dig  his  grave  that  night.  The  three  classes 
who  hâve  the  least  chance  of  Heaven  are 

Deamhna  Aerig; 

Leanbh  gan  bdisteadh  ;  agus 

Céile  Sagairt  : 
the  Air  Démons  ;  a  child  unbaptized  :  and  a  priest's  mistress.  Saint 
Patrick  commanded  the  man  to  go  that  night  and  dig  a  grave  below  his 
own  depth,  then  to  lay  the  spade  and  shovel  over  it  crosswise,  and  so 
await  Them;  for  they  would  corne  to  get  the  answer  of  the  question, 
and  he  would  be  in  deadly  péril  when  they  found  what  the  answer  was. 
On  the  Monday  morning  the  man  saw  the  little  red  fellow  and  the  rest 
of  the  Good  People  surrounding  the  spot  where  he  was  awaiting  them. 
When  they  got  their  answer,  they  could  not  touch  him,  but  fire 
flashed  from  their  eyes  and  blazed  from  their  mouths,  and  they  tore  up 
the  ground  in  their  wrath.  Since  then  the  spade  and  shovel  hâve  always 
been  crossed  over  graves  in  Ireland. 

(Man  from  Oola,  winter  of  1875  ;  old  woman  from  Kilbehinny,  7  |anuary 
1876;  old  man  from  Kildorrery,  and  others.) 


Popular  Taies  of  lreland.  i  77 

According  to  one  narrator  the  little  red  man  was  the  Luprachân  (Clu- 
charachdn,  Cork).  He  said  when  he  heard  Saint  Patrick's  answer,  «  If 
«  that  's  so,  we'll  do  good  and  bad  (Before  that  they  had  done  nothîng 
«  but  good  »).  When  they  saw  the  crossed  grave,  «  It  waswell  for  you,» 
said  they,  «  and  wise  was  the  man  that  told  you.  » 

3.  CLARE. 

The  answer  was  Céile  Sagairî;  leanbh  gan  bdisteadh;  agus  Slûagh- 
Sidhe-Thûatha-Dé-Danann. 

(Old  man,  D.  L.,  from  Broadford,  Clare,  but  résident  some  thirty  years 
in  the  Abbey,  Limerick,  where  the  editor  heard  this  variation,  7  october, 
.876.) 

4.   DONEGAL. 

Saint  Colum  Cille  had  broken  his  golden  chalice.,  and  sent  it  by  a 
servant  to  the  mainland  to  hâve  it  repaired.  The  servant  took  it  in  his 
currach  Cuisle,  and  on  his  way  fell  in  with  another  currach,  rowed  by 
a  stranger,  who  enquired  his  errand.  When  the  man  told  it,  the 
stranger  blew  his  breath  on  the  chalice,  which  got  whole  again  ;  and 
bade  him  return  it  to  Colum  Cille  and  bring  back  word  what  he  should 
say.  Saint  Colum  said,  Monûar  !  Monâar  !  fear  na  noïbreacha  sin,  as  go 
brdîh  nach  bfuil  maiîheamhnas  lé  fdghail  aige  (Alas,  Alas,  for  the  man  of 
such  works,  for  ever  there  's  no  forgiveness  to  be  got  by  him).  On  hea- 
ring  the  saint's  reply  the  stranger  exclaimed,  «  Woe  is  me,  Manannân 
«  mac  Lir  !  for  years  l 've  helped  the  Catholics  of  lreland,  but  I  '11  do  it 
«  no  more,  till  they  're  weak  as  water.  I  '11  go  to  the  grey  waves  in  the 
«  Highlands  of  Scotland  !  » 

(From  the  editor's  brother,  in  Donegal,  1870.) 

J.  OTHER  VARIATIONS  (Cork,  etc.). 

The  serving  man  was  pulling  fraoch  (heath)  in  a  wood,  to  make  a 
brosna  or  faggot  of,  when  he  found  that  the  harder  he  pulled  the  firmer 
it  was  clinging  to  the  ground.  At  last  he  heard  the  voices  of  people  near 
him,  telling  him  it  was  they  that  were  holding  the  fraoch  in  the  earth. 
Their  question  was  to  be  asked  between  the  élévation  of  the  Host  and 
the  Chalice,  of  the  priest  at  Mass,  not  of  Saint  Patrick.  Instead  of  Céile 
Sagairt,  Leandn-sidhe-sagairt  (spirit  mistress,  succuba)  occurs  ;  and  the 
Good  People  appear  as  Aingil  Anûabkair  (the  Proud  Angels). 

Crom  Dubh,  Black  Crom.  The  Irish  writers  of  the  beginning  of  the  cen- 
tury,  who  were  so  inaccurate  in  many  things,  were  perhaps  quite 


1 78  Popular  Taies  of  Ireland. 

right  in  identifying  the  name  of  this  ancient  Irish  divinity  with 
OReilly's  cruim,  «.  thunder  »  (O'Halloran,  History  of  Ireland,  Dublin, 
1804,  I,  34;.  Reinsberg-Dùringsfeld  mentions  the  Bohemian  usage 
of  throwing  a  buckgoat  from  the  top  of  a  tower,  etc.,  with  various 
superstitious  cérémonies,  on  the  25  july,  «  ein  Rest,  »  as  he  thinks, 
«  von  einem  ehemaligen  Opferfest  zu  Ehren  Perun's  oder  Donar's  » 
[Fest-Kalender  aus  Bœhmen,  Prag,  1862).  Goats  were  thrown  from  a 
height  and  burnt,  in  honour  of  the  thunder-god.  The  workjustcited 
also  mentions  Bohemian  popular  auguries  drawn  from  the  occurrence 
of  thunder  in  August  (p.  380). 

Deamhna  Aerig.  One  of  the  many  popular  names  of  the  good  people. 
Other  names  are  Slûagh  Si'dhe,  Daine  Maithe,  Sidhfir,  Si'dhedgaîdhe, 
na  Uaisle,  Aos  'An,  Slûagh  na  Marbh,  Dream  Anûabhair,  Aingil 
Anûabhair;  to  which  may  be  added  Slûagh  Cille,  which,  however, 
the  editor  has  not  obtained,  as  he  has  obtained  ail  the  rest,  from 
oral  sources.  Slûagh  Cille  (or  the  Host  of  the  Churchyardj  occurs  in 
one  of  the  poems  published  by  the  Ossianic  Society  {Seilg-na-Féinne 
os  cionn  Locha  Deirg,  Transs.  VI.  156).  As  to  Sidhe,  Sidhfir,  etc., 
see  above.  Daine  Maithe  is  commonly  englished  «  good  people  », 
but  the  words  were  originally  used  for  «nobles  »,  «  thewellborn  ». 
Thus  the  Bodleian  copy  of  the  Annals  of  Innisfallen  (Miscy.  Celt. 
Socy.  1849,  p.  1 3,  note  p.)  records  at  the  year  1234  the  defeat  of 
Trâigh-lf  by  the  Foreigners  on  the  Gaidhels,  wherein  was  slain  Diar- 
mait  son  of  Cormac  Liathanach,  ocus  daini  maithi  imdadi  do  Desmu- 
main,  «  and  many  (other)  nobles  of  Deas  Mûmha.  »  Daine  Maithe 
would  thus  correspond  to  the  names,  «  the  Gentry  »_,  na  Uaisle  ^the 
Noble,  Highborn),  applied  to  the  same  beings.  Daine  dna  («  noble 
people  »)  occurs  in  Leabhar-na-gCearî  (éd.  ODonovan,  p.  1 10).  The. 
form  Aos  'An  (the  Noble  Folk)  requires  confirmation;  for  though  it 
appears  to  be  a  genuine  euphuistic  popular  name  for  the  Sidhe,  and 
corresponds  to  compounds  like  daine  dna  and  the  living  aos  ùasal 
(nobility),  the  editor  has  only  obtained  it  from  one  source,  an  old 
woman  from  Kilbehinny,  Limerick,  and  in  the  phrase  Poc-Aos-'Ain, 
referred  to  below.  Dream  Anûabhair,  Aingil  Anûabhair  (Skibereen, 
Cork;  Kildorrery,  etc .)  the  excessively  proud  people,  proud  angels. 
The  expression  Slûagh  na  Marbh,  Host  of  the  Dead,  has-  found  its 
way  into  the  Irish  Catechism  at  présent  in  use  in  the  diocèse  of 
Tuam. 
There  are  early  références  to  the  Air  Démons  in  Irish  literature,  for 

example,  in  the  old  rann  cited  by  Keating  : 


Popular  Taies  of  Ireland.  179 

Béchoill  agas  Danann  (sorceresses  of  the  Tûatha-Dé- 

Danann) 

Feascor  a  ndraoidheacht  fd  dheoigh 
Le  deamhnaibh  odhra  aieoir. 

Béchoill  and  Danann 

Their  magie  withered  away  (?)  at  last 
Through  (by)  pale  démons  of  air. 
(Keating  éd.  Halliday,  p.  208.) 

The  Demna  Aeir  are  perhaps  identical  with  ihe  Geinte  Glinne;  and  the 
last  word  the  same  with  glin,  «  the  firmament,  the  sky  »  (ODon.  ad 
OReilly).  Geinte  Glinne  would  thus  be  the  people,  tribes  of  the  sky.  As 
in  parts  of  Indo-China  a  person  afflicted  with  epilepsy,  or  like  myste- 
rious  seizures,  is  said  to  be  «  smitten  by  wind  »  or  «  smitten  by  a 
spirit  »  [Alhenœum,  19  april  1879,  p.  507),  in  Ireland  it  is  said  of  aman 
struck  with  paralysis,  Fuair  se  poc  (He  has  had  a  stroke)  ;  and  the  affec- 
tion is  known  as  Poc  on  Spéur  (a  stroke  from  the  sky),  Poc  Aeridheacht' 
(stroke  of  the  Air  [powers]),  Poc  'Aos-Ain.  We  may  compare  with  this 
last  term  the  words  of  the  school  master  Good,  in  Camden,  who,  after  des- 
cribing  the  procédure  of  an  Irish  wise  woman;  called  in  in  cases  of 
obscure  illness,  says,  «  then  returneth  she  home  unto  the  sicke  party,  to 
«  try  whether  it  be  the  disease  called  Esane,  which  ihey  are  of  opinion  is 
«  sent  by  the  Pairies  »,  etc.  (Hollande  Camden,  2d.  edit.  1636)  '. 

The  common  Irish  adjective  aeridhe,  aereach,  aoiridhe ,  aoigheardha 
[Reliques  of  Irish  Jacobite  Poetry  éd.  John  Daly.  Dublin,  1844,  p.  6)  has 
the  sensés  :  t.  Aery,  of  the  air.  2.  Relating  to  the  Air  Spirits,  haunted 
etc.  (of  places).  3.  Under  the  influence  of  the  Air  Spirits,  wild,  flighty, 
etc.  Through  a  parallel  Highland  form  of  this  word,  the  word  eery  has 
without  doubt  found  its  way  into  English.  Aeridhe  in  the  }rd.  sensé 
is  a  term  often  applied  to  tailors;  and  in  Ireland,  as  in  other  countries, 
that  class  of  craftsmen  are,  like  smiths,  associated  in  legends  with  the 
Good  People  or  with  supernatural  beings.  ( Asbjœrnsen,  Norske  Huldree- 
ventyr,  I,  1 1-14.  Cf.  Campbell,  West  Highland  Taies,  II,  58.) 

Laughter,  and  especially  violent  laughter,  seems  to  hâve  been  held, 
like  sneezing,  to  indicate  the  unseen  présence,  and  the  influence  on  the 
company,  of  the  Spirits.  In  such  a  notion  is  perhaps  to  be  sought  the 
origin  of  the  formula  often  heard  from  women  after  laughter,  Cuis  gaire 

6  Dhia  chûinn!  (Cause  of  laughter  from  God  to  us);  and  is  not  this  the 

• 
1.  Epilepsy  is  called  by  significant  names  in  Ireland  :  the  Blessed-Sickness  (Westmeath 
=  morbus  sacer);  Tinneas  Mûr  Eôin  Bâistidhe  (Limerick),  morbus  magnus  Ioannis  Bap- 
tistae.  It  is  cured  by  St.  John's  Night  dew,  caught  in  a  vessel  covered  with  a  white  cloth. 


180  Popular  Taies  of  Ireland. 

meaning  of  the  Scottish  belief  that  men  become  violently  hilarious,  fey, 
just  before  a  violent  death  ?  The  unexplained  word  fey  recals  the  older 
uses  of  the  French  fée  :  un  cheval  belliqueux  pommelé,  ayant  une  petite 
teste,  un  regard  fier  et  courageux,  et  outre  les  bonnes  conditions  qui 
estoient  en  luy,  il  estoit  fée  [Les  facétieuses  nuits  de  Straparole,  éd.  Jan- 
net.  Paris,  1857,  I,  173). 

A  Utile  redheaded  man.  The  Irish  Luprachdin,  Lugh-chorpdin,  seem  to 
hâve  been  originally  fire-and  mine-dwarfs.  1.  Like  the  Incubones  of 
Petronius  they  appear  guarding  a  treasure,  and  with  red  caps,  red 
jackets,  or  red  hair.  It  will  be  noticed  that  in  the  présent  case  one 
of  them  promises  money,  and  collects  fuel.  They  hâve  spordn-na- 
scillingce,  thepurse  aiways  cor.taining  a  shilling.  2.  Their  subterra- 
nean  mill,  Muilleann  Leprachdn,  is  shown  near  Tuam.  3.  The  Lupra- 
chân  is  often  betrayed  by  the  tacking  noise  of  his  hammer  as  he 
works  as  a  brogue-maker.  This  hammering  recals  the  Welsh  Kno- 
ckers,  whose  sound  has  led  to  the  discovery  of  so  many  mines,  and 
the  German  mine-spirit  Hàmmerling. 

Slûagh-Sidhe-Thûatha-Dé-Danann.  A  valuable  variation,  identifying  the 
Sfdhe  with  the  Irish  Plèbes  Deorum. 

This  same  story  appears  in  Scotland,  but  in  a  form  very  différent  from 
the  foregoing.  The  saint,  his  servant,  and  the  priest  disappear,  and  are 
replaced  by  an  old  Cromarty  farmer,  who,  seated  among  his  sheep  on  a 
Sabbath  noon,  reading  his  Bible,  is  addressed  by  a  woman  in  green. 
«  Old  man,  you  are  reading  the  book;  tell  me  if  there  be  any  offer  of 
«  salvation  in  it  to  us.  »  «  The  gospel  of  this  book,  »  he  inade  answer, 
«  is  addressed  to  the  lost  children  of  Adam,  but  to  the  créatures  of  no 
«  other  race.  »  His  interlocutor  disappears  with  a  shriek.  (Hugh  Miller, 
Scènes  and  Legends  of  the  North  of  Scotland,  Edinburgh,  1858.) 

The  strong  attachaient  of  the  Irish  to  their  ancient  pagan  traditions 
is  curiously  illustrated  by  legends  of  the  présent  class,  where  an 
attempt  is  made  to  christianize  divinities,  demigods  or  heroes  which  the 
converted  pagan  was  unwilling  to  give  up  altogether.  Thus  one  of  the 
most  popular  of  modem  legends  is  Bdisteadh  Oisin,  the  Baptism  of  Oisfn; 
Oisîn  becomes  servant  to  Saint  Patrick,  as  Crom  Dubh  hère  ;  Cu-Chu- 
laind  himself  is  reckoned  among  the  saved  ;  and  the  sea-god  Manannân 
becomes  a  friendly  power.  A  legend  in  the  book  of  Fermoy  which  pro- 
fesses to  account  for  the  name  Domnach  Crom-Dubh  relates  how  the  sal- 
vation of  Crom-Dubh  was  revealed  to  Saint  Cainnech. 


Popular  Taies  of  Ireland.  i 8 1 

SLIABH-NA-MBAN-FIONN  THRI  LASADH 

I.   LIMERICK. 

There  was  a  woman  once,  somewhere  on  the  borders  of  the  counties 
of  Limerick  and  Cork,  and  she  was  the  laziest  thing  that  ever  walked. 
She  let  ail  the  wool  go  on  gathering  for  seven  years,  because  she  was 
too  idle  to  spin  it,  and  with  other  work  it  was  the  same.  One  night 
however  she  bethought  her  that  it  was  high  time  to  do  some  spinning, 
and  after  her  husband  had  gone  to  bed  she  sat  down  and  worked  away 
at  her  wheel  till  it  grew  very  late.  As  she  sat  there,  suddenly  in  walked 
an  old  woman,  who  sat  down  uninvited  and  began  to  spin  furiously. 
She  made  incredibly  swift  progress  with  the  work,  and  then  the  two 
began  to  card.  While  they  were  so  employed  in  came  another  woman, 
who  cried, 

Cior'  ollai'ge,  cior'  ollai'ge,  cior'  ollai'ge  'thdthaoi; 
Cior'  ollai'ge  fada  fi'ge,  as  fada  liom  athdthaoi  : 
Carding  wool,  carding  wool,  wool  ye  are  a-carding  ; 
Carding  wool  so  long  and  white,  and  still  ye  are  but  tardy. 
She  too  sat  down,  and  another  came  in,  till  the  house  filled  with 
people.  There  were  old  and  young  women,  ail  ready  to  spin,  and  wea- 
vers  ready  for  their  own  work.  They  ail  sat  down,  and  spun,  carded, 
and  wove  at  a  fearful  rate,  the  woman  of  the  house  looking  on,  and  not 
knowing  what  to  make  of  it  ail.  They  shortly  fmished,  and  then  they 
cried  out  for  a  striuch-chdrddil,  or  treat  after  their  work.  They  would 
take  neither  excuse  nor  déniai,  and  the  woman  had  at  last  to  consent, 
and  she  went  out  to  bring  some  water  for  the  purpose  from  the  well. 
But  when  she  reached  it,  she  heard  a  warning  voice  sound  in  her  ear. 
«  Don't  give  it  them,  »  it  said.  «  Ail  that  ever  the  seven  générations  of 
«  your  people  had  would  not  give  them  food  to  night.  »  (Nd  îabhair  aca  : 
a  raibh  ig  d'seacht  sinnsear  nd  iabharfadh  se  biadh  dôibh  'nocht  je.)  «  And 
«  what  '11  1  do  ?  »  asked  the  woman.  «  You  '11  go  back  »,  answered 
the  voice,  «  and  dash  that  can  of  water  against  your  door,  and  cry  out, 
Td  Sliabh-na-m  Ban-Fionn 
Agus  sliabh  as  a  cheann 

Tri  dhearg  lasadh. 
There's  the  White  Women's  Hill 
And  a  higher  hill  still 
In  a  blaze  of  red  fire  ! 

Rev.  Celt.  IV  i] 


1 82  Popular  Taies  of  Ireland. 

«  They  '11  ail  rush  out  of  your  house,  and  do  you  hurry  in.  Put  the 
«  broom  across  the  door  ;  throw  out  the  feet-water  ;  take  the  band  off 
«  the  spinning-wheel  ;  put  the  tongs  up  against  the  fireplace  ;  and  turn 
«  the  feetwater  bowl  and  every  other  vessel  down  on  its  face.  »  Going 
back  to  the  house,  the  woman,  as  she  was  bid,  dashed  the  canful  of 
water  against  the  door,  and  cried  out  at  the  top  of  her  voice 
Td  Sliabh-na-mBan-Fionn 
Agus  sliabh  as  a  cheann 
Tri  dhearg  lasadh  ! 
A  terrible  hubbub  arose  that  instant  within,  and  the  crowd  came  rushing 
to  the  door.  «  M' fhear  as  mo  phdistidhe!  »  (My  husband  and  my  children) 
cried  the  women,  «  Mo  bhean  as  mo  phdistidhe!  »  (My  wife  and  my  chil- 
dren) shouted  the  men,  each  hurrying  off  to  save  his  own.  The  woman 
of  the  house  in  the  meantime  got  inside  and  shut  the  door  upon  them. 
She  stuck  the  broom  across  it;  poured  out  the  feetwater,  and  turned  the 
bowl  face  downwards  on  the  ground  ;  took  the  string  off  the  spinning- 
wheel  ;  set  the  tongs  standing  up  against  the  fire-place;  washed  the 
cock's  feet,  and  put  him  on  the  cleiihbhe1.  She  had  not  well  finished 
when  approaching  noise,  threatening  voices  and  quickening  feet,  told 
her  that  her  unbidden  guests  were  coming  back.  «  Are  you  there,  Feet- 
«  Water  ?  »  cried  they,  as  they  beat  savagely  at  the  door.  «  No,  »  the 
Feet-Water  made  answer,  «  I  'm  under  yere  feet.  »  «  Open  the  door, 
«  Wheel,  »  they  cried.  «  I  can't,  »  said  the  Wheel,  «  the  string  is  off 
«  me.  »  «  Open  the  door,  Tongs.  »  «  I  can't,  »  said  the  Tongs,  «  she 
has  set  me  standing  against  the  fireplace.  »  The  Cock  and  the  Broom 
had  to  give  the  same  answer  ;  and  the  crew  outside  at  last  made  off, 
leaving  their  parting  curse  to  the  woman's  adviser.  She  had  thus  ail  the 
wool  they  had  spun  and  wove  ;  but  from  that  out  she  changed  a  card  in 
the  matter  of  laziness  ;  did  her  work  regularly  ;  and  went  to  bed  in 
proper  time. 

(Old  woman  from  Kilbehinny  12  april,  1877.) 

2.  CORK. 

Suidhedn-na-Mnd  Finge  afire. 

Suidhedn-na-Mnd-Finge,  as  it  is  called  in  the  dialect  of  the  locality, 

«  the  White  Woman's  Seat  »,  is  a  heap  of  stones  on  the  summit  of 

Killawillin  Mountain,  between  Ballyhooly  and  Mallow.  The  Bean  Finn 

used  to  be  seen  walking  out  of  thèse  stones.  Two  men  one  day  saw  her, 

1.  A  wicker  shelf  or  perch,  fixed  against  the  wall  or  behind  the  door. 


Popular  Taies  of  Ireland.  183 

and  tried  to  get  near  her,  but  she  withdrew  between  two  stones  and 
got  out  of  their  sight. 

Tradition  speaks  however  of  many  White  Women,  Mnâ  Fionna,  and 
tells  that  they  were  out  one  night,  and  visited  the  house  of  a  certain 
woman,  as  in  the  foregoing  story,  where  they  were  only  got  out  by  her 
device  of  shouting  that  Suidheân-na-Mnâ-Finge  was  afire.  In  the  subsé- 
quent dialogue  the  Key  could  not  open  the  door  for  the  unearthly  visitors 
because  the  mistress  had  put  him  in  her  pocket.  The  Feet-Water  makes 
a  like  refusai  because  she  had  cast  him  three  yards  beyond  the threshold. 
The  longs  is  keeping  the  fireplace  and  dares  not  stir.  The  White  Wo- 
men départ,  crying  «  Donas  dûbhais  air  do  chomhairleach.  »  (Grief  and 
ill  luck  on  your  counsellor.) 

(Man  of  over  eighty  from  Kildorrery,  1874.) 

3.   GALWAY. 

Cnocdn-Bhaile-na-Gaoithe-thri-lasadh. 

Cnocdn-Bhaile-na-Gaoithe  and  Ratha-Bhaile-na-Gaoithe  are  near  Tobar- 
Bél-atha-na-nanam,  near  Oranmore.  In  a  house  hère  close  by  the  raths 
lived  a  woman  called  Brighid  Ni  Tuathail,  Anglice  Bridget  Toole.  One 
Friday  night  she  and  her  daughters  were  busy  preparing  frieze,  bréidin, 
for  the  Galway  market.  It  was  after  twelve,  and  the  wearied  girls  were 
for  going  to  bed.  The  mother,  however,  said  it  was  better  to  stay  up 
and  finish  the  work.  They  therefore  went  on  with  it  for  some  time,  when 
ail  on  a  sudden  two  women  came  in,  followed  by  two  more,  and  more 
after  them,  and  each  called  out  Tùirle  as  cdrla  domhsa  (A  wheel  and  a 
card  for  me!.  They  set  to  work,  and  soon  a  great  quantity  of  bréidin 
was  prepared. 

[Then  cornes  the  incident  of  the  woman  going  to  the  well  for  a  can  of 
water,  whither  she  is  followed  by  a  friend  of  hers  among  the  mnd  sidhe, 
who  instructs  her  what  to  do.]  The  woman  and  her  daughters,  when  the 
deceived  Good  People  returned  to  the  door,  heard  the  water-can  shivered 
to  pièces  outside  :  and  the  house-dog  was  found  next  morning  dead  on 
the  wall.  The  great  roll  of  bréidin,  the  fruit  of  the  strange  women's 
labour   was  taken  up  high  into  the  air,  and  let  down  again. 

Some  time  after,  Brighid  Ni  Tuathail  went  to  the  market  of  Galway  to 
sell  her  frieze.  A  man  she  had  never  seen  before  came  up  to  her  and  salu- 
ted  her  by  her  name.  «  Marach  dhuit,  Brighid  Ni  Tuathail;  an  é  bréi- 
din Bhaili-na-Gaoithe  ?  »  (Good  morrow  to  you,  Brighid  Ni  Tuathail; 
is  that  Baile-na-Gaoithe  frieze) .  Surprised  to  be  called  by  her  name  by  a 
man  she  never  saw,  and  still  more  to  hear  him  ask  after  the  frieze  made 


1 84  Popular  Taies  of  Ireland. 

at  her  house  under  such  strange  circumstances,  she  made  him  no  ans- 
wer;  for  she  had  no  désire  to  be  talking  about  the  affair.  Soon  after, 
however,  another  man  came  up,  and  he  too  asked,  An  é  bréidin  Bhaili- 
na-Gaoithe?  A  third  came,  who  asked,  «  How  much  do  you  charge  for 
«  it  ?  »  «  Two  thirteens  (the  old  money)  a  bandle  »,  she  answered.  The 
man  told  her  not  to  sell  it,  but  to  take  it  home,  and  while  she  kept  it 
she  would  hâve  luck.  She  obeyed  his  advice  ;  and  his  words  turned  out 
quite  true.  Every  thing  prospered  with  them  so  long  as  they  had  the 
roll  of  frieze. 

(Man  at  Oranmore,  1875.) 

4.  GALWAY. 

Crocdn-Chac'-Madaidh  ablaze. 
Localized  at  a  hillock  with  this  graceful  name  near  Comar  old  castle, 
near  Corroîin.  Tôirne  's  cdrla  damhsa  !  each  woman  cried;  and  when  ail 
the  flax  was  spun  they  wanted  more.  The  spinner's  staying  up  late  is 
supposed  to  hâve  interfered  with  the  diversions  of  the  sidhe  women. 
(Young  man  at  Tuam,  1875.) 

5.  CORK,    KERRY. 

It  happened  to  a  woman  who  lived  at  the  foot  af  the  famed  Lunatics'  Val- 
ley, Gleann-na-nGealt,  in  Kerry.  The  words  were  Td  Sllabh-na-mBan-Fionn1 
tri  theinne,  at  which  the  spinners  rushed  out  crying  M'  fhear  as  mo  chlann 
■je.  (My  husband  and  my  children  etc.).  The  woman  arranges  the  articles 
in  the  house  in  the  way  indicated  in  the  other  versions,  with  the  follo- 
wing  différences.  The  hair  which  people  eut  off  is,  in  Munster  at 
leasî,  stowed  away  under  the  door  lintels  etc.  ;  for  if  birds  should  get  at 
and  carry  it  away  you  would  suffer  from  headache.  Some  say  you  will 
corne  back  to  look  for  it  at  the  Last  Day.  This  hair  the  woman  was 
now  to  pull  out  and  throw  behind  the  fire.  The  bellows  is  also  introdu- 
ced  into  the  story.  The  spinning  women  call  upon  the  tongs,  the  bel- 
lows, the  broom,  etc.,  but  each  object  replies  Td  mé  sochair  (I  am 
easy) 2. 

(Young  man  from  Glanworth  (now  in  America,  20  march,  1879.) 

Three  printed  Irish  variations  of  this  story  are  known  to  the  editor. 

1.  There  is  a  hill  so  named  in  Kerry,  besides  the  well-known  mountain  near  Clonmel. 

2.  This  mention  of  the  tongs,  wheel,  broom,  feet-water,  recals  a  passage  in  the  Insti- 
tutes  of  Manu  which  may  help  us  to  connect  the  story  with  the  East  :  «  A  house  keeper 
has  five  places  of  slaughter  [or  where  small  living  créatures  may  be  slain]  ;  his  kitchen 
hearth,  his  grindstone,  his  broom,  his  pestle  and  mortar,  his  water  pot  etc.  »  (Institutes 
of  Hindu  Law,  éd.  Sir  W.  Jones.  Calcutta,  1796,  p.  60.) 


Popular  Taies  of  Ireland.  1 8  5 

i .  «  Black  Stairs  on  Fire,  »  an  imperfect  and  distorted  Wexford  ver- 
sion. Kennedy,  Legendary  Fictions  of  ihe  Irish  Celts  (London,  1866).  2. 
«  Crohan  Hill's  on  fire  !  »  Folk-Lore  of  the  County  Donegal  (Cornhill 
Magazine,  February,  1877).  3.  A  version  from  Tipperary,  more  valuabie 
than  any  ofthe  others,  in  the  Kilkenny  Archaeological  Society's  Journal. 

The  tradition  has  travelled  over  to  Argyll  and  adjacent  parts  of  the 
West  of  Scotland.  «  Dunvuilg  ra  îheinne.  »  Campbell,  West  Highland 
Taies  (Edinburgh,  1860,  II,  $2-53). 

The  White  Women  in  this  story  are  apparently  identical  wîth  the 
Dominae  Albae  of  Gulielmus  Alvernus,  and  their  queen,  Dame  Habonde, 
Domina  Abundia,  may  be  one  and  the  same  personage  with  the  Irish 
'Anu,  and  with  the  Bean  Finn  mentioned  above.  It  will  be  observed 
that  in  two  cases  the  legend  is associated  with  the  White  Womanox  Women, 
and  in  a  third  with  the  Lunatics'  Valley.  In  this  last  version  there  isan  al- 
lusion to  the  cutting  of  hair,  which  superstition  places,  with  many  other 
things,  under  the  rule  ofthe  Moon.  In  the  Tipperary  variation  the  wo- 
men are  horned.  Taking  thèse  various  points  into  account,  it  does  not 
seem  rash  to  see  in  thèse  White  Women,  Nymphae  Albae,  Dominae 
Nocturnae,  the  personified  moonbeams;  and  in  their  queen  (who  in 
mediaeval  legends  was  called  Habonde,  Herodias,  and  Dianaj  the  Moon  '. 

VI. 
GEROID  IARLA  AND  AINE  N'  CHLIAR. 

I.  LOCH  GUIRR2. 

This  lake,  ail  Munster  knows,  is  enchanted  ;  but  the  spell  passes  off 
it  once  in  every  seven  years.  The  lake  then,  to  whoever  has  the  luck  to 
behold  it,  appears  dry;  and  the  Tree  may  be  partly  seen  at  the 
bottom  of  it,  covered  with  a  Green  Cloth.  A  certain  bold  fellow  was  at 
the  spot  one  day  at  the  very  instant  when  the  spell  broke,  and  he  rode 
his  horse  towards  the  tree  and  snatched  away  the  Brat  'Uaine  that  cove- 
red it.  As  he  turned  his  horse,  and  fled  for  his  life,  the  Woman  who  sat 
on  the  watch,  knitting  under  the  cloth,  at  the  foot  ofthe  tree,  cried  out, 

Chûghat,  chûghat,  a  bhùaine  bhalbh! 

Marcach  6  Thir  na  mBan  Marbh 

A'  fûadach  an  bhruit  ûaine  dhom  bhathas. 

1 .  The  reader  may  be  reminded  of  her  ancient  connexion  with  mountains. 

Montium  custos  nemorumque,  virgo, 

Diva  triformis.  (Hor.  Carm.  III,  22.) 

2.  Loch  Gair,  IV.  Magg. 


1 86  Popular  Taies  of  Ireland. 

Awake,  awake,  thou  silent  tide  ! 
From  the  Dead  Women's  Land  a  horseman  rides, 
From  my  head  the  green  cloth  snatching. 
At  the  words  the  waters  rose  ;  and  so  fiercely  did  they  pursue  him 
that  as  he  gained  the  edge  of  the  lake  one  half  of  his  steed  was  swept 
away,  and  with  it  the  Brat  'Uaine,  which  he  was  drawing  after  him. 
Had  that  been  taken,  the  enchantment  was  ended  for  ever. 
(Old  woman  from  Askeaton,  24  april,  1879.) 

2.  TADHG  A  BHI   IM  LORGSA. 

There  is  another  old  tradition  about  this  lake.  Divided  from  it  only  by 
the  road  is  the  ancient  burial-ground  of  Grange.  It  used  to  be  found 
every  morning  that  the  graves  hère  were  ail  bored  with  holes,  and  as  it 
was  thought  that  possibly  this  was  the  work  of  dogs,  a  neighbouring 
gentleman  directed  two  of  his  men  to  go  to  the  place  provided  with 
guns,  and  watch  during  the  night.  To  the  amazement  of  thèse  men 
they  saw  a  great  eel  rise  from  the  lake,  and  coming  ashore,  roll  on  and 
on  over  the  ground  till  she  had  worked  herself  into  the  church-yard. 
Then  she  began  to  bury  her  snout  in  the  soil  over  a  grave,  and  was  fast 
making  her  way  into  it,  to  feed  on  the  dead  people,  when  the  men  fired 
and  hit  her.  When  they  came  up  they  found  her  lying  motionless,  and 
to  ail  seeming  dead  ;  and  in  this  state  they  carried  her  to  their  mas- 
ter's  place,  and  threw  her  down  in  a  corner  of  the  kitchen,  where  she 
lay  ail  the  next  day.  Now  on  the  night  following  the  moumful  cries  of 
another  eel  were  heard  about  the  lake,  and  some  of  the  men  who  had 
heard  them  came  into  the  Colonel's  kitchen,  and  there  began  to  tell 
what  they  had  heard.  «  Tadhg  a  bhf  im  lorgsa  !  »  said  the  eel  in  the 
corner,  raising  herself  up,  «  Tadhg  that  was  looking  for  me.  »  «  Im- 
«  thig  go  dtf  Thaidhg,  in  ainm  an  Diabhail,»  cried  one  of  the  astonished 
company,  «  Go  to  Tadhg,  in  the  name  of  the  Devil  ;  »  and  the  créature 
glided  through  the  door,  rolled  herself  towards  the  lake,  and  there  disap- 
peared. 

(Old  man  [M.  Whelan]  from  Inchinlaurence.  26  march,  1877.  The  nar- 
rator,  who  is  since  deceased,  had  heard  the  taie  from  old  people.) 

3- 

This  lake  is  however  most  celebrated  in  legend  as  the  dwelling  of 
Gerôid  'Iarla. 

Some  couple  of  Irish  miles  from  Loch  Guirr,  at  the  foot  of  the  ancient 
hill  of  Cnoc-'Aine,  and  close  by  the  brink  of  the  little  river  Camôg, 


Popular  Taies  of  Ireland.  187 

stands  the  square  tower  of  an  old  castle  ;  and  at  no  great  distance  off  is 
another  spot,  also  by  the  bank  of  the  river,  called  by  the  country 
people  the  Bonn,  or  foundation,  which  is  the  site  of  another  castle.  In 
thèse  two  castles,  according  to  the  tradition  of  the  place,  lived  long 
ago  a  famous  Earl  of  Desmond,  and  his  more  famous  enchanted 
son,  Geréid  'Iarla,  Earl  Gerald.  They  say  that  the  Earl  of  Desmond 
led  very  much  the  life  of  a  libertine,  and  that  walking  one  morning 
along  the  river's  edge  he  saw  a  beautiful  woman  seated  by  the  water, 
combing  out  her  long  hair  after  bathing.  Her  cloak  was  laid  behind  her 
on  the  grass,  and  knowing  that  if  he  had  but  possession  of  this  he 
would  hâve  her  in  his  power,  the  Earl  advanced  noiselessly  from  behind, 
and  seized  it  before  its  owner  was  aware  of  his  approach. 

The  beautiful  woman  was  'Aine-n'-Chh'ar  herself  ;  and  she  told  the 
Earl  that  he  never  could  hâve  had  his  will  with  her  had  he  not  seized  her 
cloak.  She  told  him  further  that  she  would  bear  him  a  son,  whom  he 
was  to  bring  up  with  ail  possible  care,  like  any  other  gentleman,  spa- 
ring  no  cost  on  his  éducation.  One  caution  however  she  gave  her  lover  : 
he  was  not  to  show  surprise  at  anything,  how  strange  soever,  his  son 
should  do.  When  the  usual  time  of  nature  was  accomplished  'Aine 
brought  one  day  to  the  Earl  his  infant  son;  and  the  father's  pride  was 
great  in  him,  then  and  after,  as  he  grew  up  from  year  to  year  to  man- 
hood.  Of  thèse  years  nothing  specially  strange  is  handed  down.  The 
young  earl  led  just  such  a  life  as  any  other  young  lord  of  his  day  ;  and 
he  excelled  in  the  accomplishments  of  his  âge  and  rank.  But  one  mémo- 
rable evening  it  happened  that  there  was  a  gathering  of  great  ladies  and 
gentlemen  at  the  castle  of  the  Earl  of  Desmond.  There  was  dancing, 
and  of  ail  the  ladies  none  could  vie  with  a  certain  one  among  the  guests. 
The  grâce  and  the  endurance  of  this  young  woman  were  however  bea- 
ten,  every  one  said,  by  those  of  the  young  Earl  Gerald  himself.  When 
the  dance  was  ended,  this  lady  engaged  him  in  another  contest,  for  while 
ail  were  seated  at  the  supper-table  she  suddenly  arose,  and  at  one  leap 
cleared  guests,  table,  dishes  and  ail,  and  then  leaped  back  again.  The 
old  Earl  of  Desmond  turned  to  his  son  and  said,  «  Can  you  do  anything 
«like  that?  »  «  No»,  said  Gerôid.  «  ;Well,  stand  up  and  try.  Don't 
«  let  yourself  be  beaten  by  a  woman.  »  Thus  commanded,  Ger6id  'Iarla 
rose  to  his  feet,  and  making  a  spring  from  where  he  stood,  leaped  right 
into  a  bottle,  and  then  leaped  out  again.  There  was  great  admiration  at 
this  feat  ;  and  with  the  rest  the  Earl  of  Desmond  looked  in  the  greatest 
astonishment  at  his  son,  saying  he  never  thought  he  had  such  power. 
«  Were  you  not  warned  »,  said  the  young  Earl,  «  never  to  show  won- 


1 88  Popular  Taies  of  Ireland. 

«  der  at  anything  I  might  do  ?  Now  you  hâve  forced  me  to  leave  you.  » 
He  turned  about  at  the  words,  and  walked  from  the  hall,  his  father  and 
others  following  him.  He  walked  out  on  the  brink  of  the  Camôg,  which 
almost  washes  the  base  of  the  castle,  and  they  saw  him  step  from  the 
bank  on  the  water.  Up  to  that  instant  he  had  the  shape  of  an  ordinary 
man,  but  when  he  touched  the  water  he  was  transformed  into  a  goose, 
and  in  that  form  away  he  swam  before  their  eyes.  Where  he  went  to 
was  an  island  in  Loch  Guirr,  and  from  this  he  has  his  name  of  Gé-an- 
Oiledin,  the  Goose  of  the  Island.  From  this  too  cornes  the  imprécation 
which  many  yet  use  in  that  cursing  county,  but  few  understand,  «  Im- 
«  iheacht-Gédh-an  Oiledin  ort  !  »  «  That  you  may  go  like  the  Goose  of 
«  the  Island.  » 

Though  he  no  longer  dwelt  in  the  castle  at  Knockainy  after  this,  it  is 
said  that  Gerôid  used  to  sometimes  visit  his  father  ;  that  when  the  old 
lord  was  drawing  near  his  end  he  made  his  will  in  favour  of  'Aine  and 
his  strange  child  ;  and  that  both  mother  and  son  came  to  the  castle  the 
night  before  his  death. 

After  the  death  of  the  Earl  o'  Desmond,  'Aine  long  continued  todwell 
on  Cnoc-'Aine  —  as  indeed  she  dwells  in  it  yet.  But  in  those  days  it 
was  not  such  a  rich  and  fertile  pièce  of  land  as  much  of  its  surface, 
where  clear  of  rock,  is  now.  Gerôid  came  one  day  to  visit  his  mother, 
and  looking  round  on  the  bare  soil  he  said,  Is  /ad'  6  cathadh  eôrna  inso, 
a  h' Aine  (It  is  long  since  barley  was  winnowed  hère,  'Aine).  Next  mor- 
ning  when  he  looked  at  the  hill  it  was  ail  planted  with  pease,  set  by 
his  mother  during  the  night. 

Another  time,  coming  from  Loch  Guirr  on  a  like  visit,  it  would  seem 
that,  though  he  was  of  the  water  himself,  he  was  yet  in  danger  of  his 
life  at  theford  of  Cnoc-'Aine.  »  Is  beag  ndr  bddhag  mé  san  dth-san  thair, 
he  said,  «  I  was  ail  but  drowned  in  yon  ford  to  the  east.  »  The  day 
following,  when  he  returned  to  the  ford,  behold,  'Aine  had  laid  down 
the  casdn,  the  set  of  massive  stepping-stones  by  the  aid  of  which  people 
now  cross  the  swollen  water  in  safety.  But  some  old  people  say  that  it 
was  not  'Aine,  but  another  enchanted  woman,  the  Cailleach  Bhiàrach  ', 
that  laid  thèse  stones. 


i.  The  first  word  means  a  hooded  woman.  Bïârack  (al.  Bérach,  Biorach)  probably 
means  «  horned  ».  The  Cailleach  Bhérach  seems,  like  'Anu,  to  be  the  Moon.  Like  the 
Bean  Fhinn,  she  has  given  her  name  to  mountains;  and  the  fine  well  at  Oranmore,  which 
runs  wine  every  seventh  year,  is  called  from  her,  Tobar-na-Cailllghe  Béaraighe.  Atâ 
tiobrad  ag  an  Easga,  «  There  is  a  well  at  the  Moon,  »  says  Find  in  the  Feis-Tlghe 
Chonâin  (p.  174).  She  appears  in  Cantire  tradition,  wherein  she  repairs  every  seventh 
year  to  a  certain  médicinal  well  to  renew  her  youth  (The  White  Wife  etc.,  by  Cuthbert 


Popular  Taies  of  Ireland.  189 

'Aine  is  sometimes  to  be  seen,  half  her  body  above  the  waters,  on 
the  bosom  of  Loch  Guirr,  combing  her  hair,  as  the  Earl  of  Desmond 
beheld  her  by  the  bank  of  the  Camôg.  The  commoner  account  is  that 
she  dwells  within  the  hill  which  bears  her  name,  and  on  which  she  has 
often  been  seen.  Every  Saint  John's  Night  the  men  used  to  gather  on  the 
hill  from  ail  quarters.  They  where  formed  in  ranks  by  an  old  man  called 
Quinlan,  whose  family  yet  (1876)  live  on  the  hill;  and  cliars,  bunches, 
that  is,  of  straw  and  hay  tied  upon  pôles,  and  lit,  were  carried  in  proces- 
sion round  the  hill  and  the  little  moaî  on  the  summit,  Mullach-Crocdin- 
Idmh-lé-leatf-an-Triâir  (the  hillock-top  near  the  grave  of  the  three). 
Afterwards  people  ran  through  the  cultivated  fields,  and  among  the 
cattle,  waving  thèse  cliars,  which  brought  luck  to  crops  and  beasts  for 
the  following  year.  There  was  this  about  the  night  of  the  cliars,  that  if 
you  came,  say,  from  some  neighbouring  village  to  join  in  the  sport  it 
was  necessary  that  on  getting  on  the  hill  you  should  look  at  the  moon, 
and  mark  what  her  position  was  in  regard  to  the  place  to  which  you 
had  to  return  :  otherwise  you  would  lose  your  way  when  the  cliars  were 
out,  and  you  had  to  get  back  home  in  the  darkness.  One  Saint  John's 
Night  it  happened  that  one  of  the  neighbours  lay  dead,  and  on  this 
account  the  usual  cliars  were  not  lit.  Not  lit,  I  should  say,  by  the 
hands  of  living  men  ;  for  that  night  such  a  procession  of  chars  marched 
round  Cnoc-'Aine  as  never  was  seen  before,  and  'Aine  herself  was  seen  in 
the  front,  directing  and  ordering  every  thing.  On  another  Saint  John's 
Night  a  number  of  girls  had  staid  late  on  the  hill,  watching  the  cliars 
and  joining  in  the  games.  Suddenly  'Aine  appeared  among  them,  «than- 
«  ked  them  for  the  honour  they  had  done  her  »,  but  said  that  now  she 
wished  them  to  go  home,  as  They  wanted  the  hill  to  themselves.  She  let 
them  understand  whom  she  meant  by  «  they  »,  for  calling  some  of  the 
girls  she  made  them  look  through  a  ring,  when  behold,  the  hill  appeared 

Bede.  London,  1865.  P.  124).  She  is  a  wonderful  reaper-carries,  that  is,  the  moonsickle. 
She  places  stepping-stones  etc.  in  the  waters;  and  the  floods,  it  is  said,  can  never  rise 
above  them,  —  a  character  which  recals  certain  attributes  of  Diana  : 
Hanc  tibi,  marmoreo  caesam  de  monte,  Diana, 
Regina  undarum,  nympha  decus  nemorum,  etc. 
(Given  as  from  Gruter  by  Tollius  in  his  curious  Fortuiata,  Amstelaedami,  1687,  p.  77.) 

Montium  domina  , 

Silvarumque  virentium, 
Saltuumque  reconditorum, 
Amniumque  sonantum. 

(Catulli  v.  505.) 
She  is  said  in  the  Lough  Cooter  neighbourhood,  Clare,  to  hâve  been,  like  Io  and  Bôinn, 
a  cow. 

The  identification  of  'Anu,  at  least,  with  the  moon  is  not  new.  See  the  papers  of 
Nicholas  O  Kearney  (Transs.  Kilk.  Arch.  Soc.  1852.  Transs.  Oss.  Soc.  1854)  where  the 
original  lore  is  as  curious  as  the  reasoning  is  loose. 


1 90  Popular  Taies  of  Ireland. 

crowded  with  people  before  invisible.  Another  time  she  came  one  night 
into  the  house  of  some  people  whose  friends  are  yet  living  at  one  end 
of  the  hill,  and  brought  them  a  sheep.  So  long  as  the  family  kept  this 
animal,  luck  remained  with  them,  and  when  they  parted  with  it,  luck 
abandoned  them. 

'Aine  is  spoken  of  as  «  the  best-hearted  woman  that  ever  lived1  »  ; 
and  the  oldest  families  about  Knockainy  are  proud  to  claim  descent  from 
her.  Thèse  Sliocht-' Aine  (descendants  of  'Aine)  include  the  OBriens, 
Dillanes,  Creeds,  Laffins,  0  Deas.  We  must  add  Fitzgeralds,  what  few 
remain  thereabouts. 

The  meadow-sweet,  or  queen-of-the-meadow 2,  is  thought  to  be 
'Aine's  plant,  and  to  owe  to  her  its  fragrant  odour. 

Of  her  son's  appearances  at  Loch  Guirr  there  are  many  legends. 
According  to  one,  which  differs  from  the  foregoing  account,  a  grand 
castle  stood  where  now  roll  the  waters  of  the  lake,  and  in  it  lived 
Gerôid  'Iarla  and  his  wife.  She  bore  him  three  children,  each  of  which 
was  taken  from  her  at  its  birth.  He  warned  her  not  to  lament  for  their 
loss  ;  but  when  the  third  infant  was  taken  from  her  she  could  not  res- 
train  her  tears.  When  the  enchanted  Earl  saw  her  weeping  he  drew 
out  his  handkerchief  and  placed  it  over  her  eyes.  That  instant  the  waters 
rose  over  the  castle  and  ail  in  it,  and  Gerôid  showed  his  wife  how  the 
tears  shed  from  her  eyes  had  destroyed  one  of  the  eyes  of  her  child. 
But  placing  his  handkerchief  to  the  infant's  eye,  it  became  as  sound  as 
before.  On  a  clear  day,  as  you  go  over  the  lake  in  a  boat,  you  can  see 
the  towers  and  windows  of  the  castle  far  down  in  the  water. 

A  man  was  once  going  to  the  fair  of  Hospital,  on  the  ninth  of  July, 
with  a  black  horse  which  he  intended  to  sell.  Near  Loch  Guirr  he  met  a 
gentleman  that  he  had  never  seen  before,  who  asked  him  what  he  would 
take  for  that  beast.  The  man  said  such  and  such  a  price,  and  the  stran- 
ger  told  him  he  would  give  him  that  money,  and  that  he  need  not  take 
the  trouble  of  going  on  to  the  fair.  The  purchaser  brought  the  country- 
man  into  some  large  house  near,  which  also  was  entirely  new  and 
strange  to  him,  and  there  he  showed  him  in  the  stable  five  other  horses, 
ail  grey.  The  newly-bought  black  horse  was  put  in  with  them,  so  that 


i .  So  Bryan  Merriman  calls  Aoibhill  of  Craigliath,  Croidhe  gan  aon  lochd. 

2.  Spiraea  ulmaria.  —  One  of  its  Irish  names  is  Airgiod-lûachra.  The  English  name, 
notwithstanding  the  opinion  of  Dr.  Prior  (Popular  Names  of  British  Plants,  s.  v.),  seems 
to  be  nothing  but  «  meadow-sweat  ».  Cf.  the  Welsh  name  of  the  same  plant,  Chwys 
Arthur  =  sudor  Arturi  (Welsh  Botanology,  by  Hugh  Davies,  London,  1813,  p.  180)  and 
the  Irish  name  of  the  St.  John's  Wort,  Allas  Mhuire  (sudor  Mariae);  W.  Chwys  Mair 
(Buttercups).  Meadow-sweet  is  called  in  Limerick  maid-sweet. 


Popular  Taies  of  Ireland.  191 

that  made  six.  Shortly  after  the  man  prepared  to  return  home,  and  asked 
the  gentleman  for  the  money.  The  buyer  however  now  offered  him  a 
smaller  sum,  pretending  to  believe  that  the  bargain  was  for  that  amount. 
The  countryman  stood  out  for  the  price  agreed  on  ;  the  other  still  main- 
tained  that  he  agreed  for  less.  At  last  he  told  the  man  to  go  to  the  stable 
and  take  his  horse  back  ;  he  vould  hâve  nothing  more  to  say  to  him. 
The  vendor  accordingly  went  to  the  stable,  but  what  was  his  bewilder- 
mentto  now  find  six  grey  horsesthere,  out  of  which  he  could  never  choose 
his  own,  Tears  came  into  the  poor  man's  eyes,  and  he  bitterly  reproa- 
ched  the  owner  of  the  grey  horses.  That  personage  had  only  wanted  to 
hâve  a  laugh  at  him  from  the  beginning,  and  he  at  last  brought  out  the 
man's  horse,  in  its  proper  colour,  and  sent  him  home,  glad  to  get  his 
property  safe  out  of  that  bedevilled  spot,  and  vowing  to  keep  out  of 
Gerôid  'Iarla's  way  for  the  future. 

In  another  story,  omitted  hère  for  brevity's  sake,  a  countryman  is 
shown  three  coïts  beneath  the  lake,  and  told  that  when  those  coïts  hâve 
grown  to  horses,  and  their  gold  shoes  are  worn  out,  Gerôid  'Iarla  shall 
corne  back  to  head  the  Irish. 

As  to  the  manner  of  Gerôid's  disappearance  from  the  earth,  one  story 
'which  must  also  be  hère  omitted  relates  that  some  men  of  the  Clerys, 
whose  enmity  he  had  incurred,  lay  in  wait  for  him  near  Loch  Guirr,  that 
they  saw  his  horse.  which  he  used  to  ride  furiously,  gallop  swiftly  by 
them,  but  the  Earl  was  not  to  be  seen  on  his  back,  and  has  never  been 
seen  since. 

Others  relate  that  the  sudden  disappearance  of  the  Earl  was  due  to 
the  same  woman  knitting  who  is  mentioned  above.  She  could  hâve 
saved  him  when  he  called  on  her,  but  she  said  «  Ni  tiucfad  an  ao'chor 
«  go  gcuirfead  an  biredn'  Idr  a  Mil.  l'il  not  corne  at  any  rate  till  I  put 
«  the  needle  in  the  back  of  the  stocking  »  (as  knitters  do  when  laying 
aside  their  work.  Ldr  a'  chûil,  «  middle  of  the  back  »  of  the  stocking). 
That  much  delay  ruined  him,  and  the  enchantment  came  on  him. 

Others  again  say  he  was  taken  up  into  the  clouds  of  heaven  '  ;  and 
there  is  a  rann  to  that  effect  remembered  by  old  people,  which  names 
the  three  enchanted  heroes  of  Munster  : 
Donn  Firinne  ;  as  Ribedrd  a   Chairn  ; 
As  Gerôid  'Iarla  a  chuaig  i  nealthaibh. 
Donn  Firinne  ;  and  R.obert  of  the  Mound  ; 
And  Gerald  the  Earl  that  evanished  in  the  clouds. 


1.  So 


Virgilius,  another  magician,  disappeared  at  last  in  a  storm. 


1 92  Popular  Taies  of  Ireland. 

i.  From  people  at  Knockainy  and  its  neighbourhood,  october,  1876. 

2.  Episode  of  Geroid  and  his  wife  from  old  woman  from  Kilfinnane, 
1 $  september,  1876. 

3.  Horses  épisode  from  old  man  from  Inchinlaurence  26  march,  1877. 

4.  Rann  from  old  man  from  Kildorrery  near  90  years  of  âge. 

Notes. 

1 .  «  Loch  Guirr.  »  This  legend  is  obviously  related  to  Mr.  Campbell's 
«  Sanntraigh  »  West  Highland  Taies,  II,  42-45),  where  the  rhyrae  is 
A  bhean  bhalbh  —  a  bhean  bhalbh 
A  thàinig  oirnn  a  tir  nan  sealg  ; 
Fhir  a  tha'n  uachdar  a'  bhruth  etc. 

Bûaine  (which  is  probably  a  corruption)  is  explained  to  mean  the  tide, 
the  waters  of  the  lake1.  «  Dead  Women  »  probably  means  mortal  women, 
like  marbu  dutaini,  «  shortlived  mortals,  »  in  the  legend  of  Condla  Câin 
(LU.  1 20).  The  Tree  in  the  lake,  at  whose  base  a  Woman  sits  knitting, 
seems  to  correspond  to  the  Eastern  world-  and  fire-orsoma-tree,  sprin- 
ging  out  of  a  lake,  the  identification  of  which  with  the  ash  Yggdrasill  is 
one  of  the  many  striking  features  of  Kuhn's  remarkable  book  (Die 
Herabkunft  des  Feuers  und  des  Gœttertranks,  pp.  124-133).  The  Irish 
woman  knitting,  who  is  clearly  connected  in  some  way  with  Gerôid's 
fate,  seems  to  answer  to  the  Norse  three  Fates,  Past,  Présent,  and 
Future,  (beings  who  appear  as  women  spinning)  whose  office  it  is  with 
water  from  the  well  of  the  Past  to  bedew  the  earth  and  keep  it  green 
and  fresh. 

The  tree  is  conceived  as  subterranean  (as  the  roots  of  Yggdrasill 
strike  down  to  the  lower  world)  ;  and  the  Green  Cloth  above  is  perhaps 
the  earth's  végétation.  The  editor  hopes  to  take  an  early  occasion  to 
treat  the  subject  more  at  length,  but  he  will  hère  briefly  indicate  one  or 
two  of  his  conclusions. 

a.  The  notion  of  a  world-tree  has  left  other  ancient  traces  in  Irish 
tradition.  As  in  the  Veda  two  birds  sit  on  the  top  of  the  imperishable 
açvattha,  one  eating  its  figs  and  the  other  looking  on  (apud  Kuhn,  op. 
cit.  127)  so  in  the  Dd  Bran  Flatha  Nime  (the  Two  Sorrows  of  the  King- 
dom  of  Heaven,   LU.   17)  Elias  appears  beneath  the  Tree  of  Life  in 

1.  Balbh  is  a  poetical  epithet  sometimes  found  applied  to  the  Boyne  (Bôinn);  and  in  its 
earliest  form  this  taie  was  perhaps  associated  with  that  legendary  well  overshadowed  by 
nine  hazels,  whence  the  Boyne  issued,  and  into  which  fell  the  red  nuts  of  knowledge  — 
apparently  another  analogue  of  the  world  fire-  and  soma-tree  and  the  waters  at  its  root. 
(Cf.  0  Curry,  M.  and  C.  II,  143-144;  Hardy,  Legends  and  Théories  of  the  Buddhists, 
London,  1866,  pp.  92,  93,  96;  and  vid.  infra.) 


Popular  Taies  of  Ireland.  195 

Paradise,  and  a  Gospel  in  hishand,  for  preaching  to  the  birds  upon  the 
Tree,  which  are  meanwhile  eating  itsberries.  «  Large  berries  now  those  : 
«  sweeter  than  ail  honey,  and  more  intoxicating  than  ail  wine.  » 

b.  This  same  tree  is  named  by  the  glossarist  on  the  F  élire  Oenguso  at 
the  20  april.  «  A  great  tree  that  was  in  the  Eastern  World,  and  the 
«  heathens  used  to  worship  it,  so  that  the  Christians  fasted  against  the 
«  saints  of  ail  Europe  that  the  tree  might  fall,  et  statim  cedidit  »  (sic)  ' 
(Leabhar  Breac,  facs.  86). 

c.  The  legend  of  a  Heaven-Tree  is  often  transferred  to  an  earthly  loca- 
lity.  An  instance  of  this  was  the  ever  green  tree  of  unknown  kind  which 
stood  at  a  well  before  the  temple  at  Upsala.  The  trees  ioften  ashes^  over 
Irish  holy  wells  had  apparently  a  like  pagan  origin  and  significance. 
The  belief  about  Saint  Brigit's  Oak  at  Kildare, 

that  Oak  of  Saint  Bride,  which  nor  Devil  nor  Dane, 
Nor  Saxon  nor  Dutchman  could  rend  from  her  fane, 
recals  Yggdrasill,  and  Virgil's  oak 

quae  quantum  vertice  ad  auras 
Aetherias,  tantum  radice  in  Tartara  tendit.  (Georg.  II,  291.) 
As  the  lizard  menaces  the  Iranian  haoma,  in  the  lake  Vouru  Kasha, 
near  the  tree  bearing  every  kind  of  seed,  and  as  serpents  guard  Yggdra- 
sill's  roots,  a  lizard  appears  at  footofthe  oak,  the  crest  of  the  Ui  Duinn, 
who  claim  Saint  Brigit  as  their  kinswoman. 

d.  In  this  conception  is  to  be  sought  the  key  to  the  meaning  of  the 
obscure  name  Beltene  iMay).  The  theory  that  the  first  élément  is  the 
name  of  an  old  solar-  or  fire-god  has  many  adhérents  yet,  not  by  any 
means  confined  to  the  class  of  the  superficial  and  half-educated.  As  hin- 
ted  above,  the  editor  has  hère  only  space  to  state  conclusions,  and  will 
leave  detailed  inquiry  for  another  occasion.  The  following  however 
wonld  seem  to  be  the  true  explanation. 

First,  the  Northern  antiquaries  seem  to  hâve  been  quite  accurate  in 
seeing  a  représentative  of  the  world-tree  in  the  May-tree,  or  May-pole, 
and  the  Christmas  tree.  It  will  be  noticed  that  the  F  élire  référence  occurs 
at  the  period  of  the  great  spring  solar  célébration.  The  usage  yet  survives 
in  Galway,  Donegal,  Westmeath  and  elsewhere  of  planting  a  May-Tree  or 
May-Bush  [Crann-Bealtaine,  Dos-Bealtaine)  on  the  dunghill  or  before  the 
farmhouse  door,  and  eventually  throwing  it  into  the  bonefire.  The  name 
of  the  festival,  Là  Beltene,  was  the  same  as  Là  Bile-tenidh  (or  Bele-tenidh) , 
Day  of  the  Fire-Tree,  and  came  from  the  bonefire  and  May-tree  usage  2. 

1.  Text  prinled,  Beitrœge  zur  Vergleichenden  Sprachforschung,  1871,  pp.  w-53. 

2.  Scott  calls  the  Highland  May-fires  the  Beltane-Tree  (Border  Minstrelsy). 


1 94  Popular  Taies  of  Ireland. 

ODonovan  had  the  explanation  of  Bealtaine  before  his  eyes  ;  for  the 
Four  Masters,  at  the  âge  of  the  World  3503  record  themythic  battle  of 
Bile-Tineadh,  and  in  a  note  that  deservedly  honoured  Celtic  scholar 
correctly  translates  Bile-Tineadh  «  the  ancient  Tree  of  the  Fixe  »,  and 
attempts  to  localize  the  battle  in  Meath.  The  battle  was  perhaps  nothing 
but  the  fight  at  May  between  Summer  and  Winter  which  is  represented 
by  a  mock  battle  on  Celtic  ground  on  May  Day  yet  (Train,  Histy.  of  the 
IsleofMan,  1 845 .  II.  118.  Waldron,  Description,  1 54).  Bêle,  belle,  Anglice, 
«  bellow-tree '  »,  is  a  parallel  form  to  bile,  as  is  noted  by  ODonovan, 
who  mentions  the  connexion  of  such  a  sacred  tree  in  the  popular 
rnind  with  fire.  «  They  believe  that  the  house  in  which  any  part  of  it 
«  should  be  burnt  would  soon  meet  the  same  fate.  »  (OD.  ad  OReilly 
s.  v.  Bile.)  With  Bile-tenidh  cf.  the  similar  compound  Craf-îine  =  Craebh 
teinidh,  which  occurs  as  an  ancient  proper  name. 

It  is  unnecessary  to  remind  Irish  scholars  of  the  numerous  références 
to  sacred  trees  which  occur  in  the  ancient  literature.  One  however  may 
be  cited  from  the  Leabhar  Breac,  which  would  go  to  show  that  each 
church  had  its  tree  — often,  no  doubt,  over  a  well.  «  ...  is  a  Mucraime 
an  iarthar  Connacht  ata  Daire  Echdroma,  ocus  ateither  bile  na  cille  don 
muig,  ocus  in  tan  tiagar  for  a  hiarrad  isin  doire  ni  fagubar  hi  ;  ocus  atcluin- 
ter  guth  in  chluig  ocus  in  sailmchedul  indsin  ocus  ni  fagubar  in  chellfessin.. .  » 
k  It  is  in  Mucraime  in  the  western  part  of  Connacht  that  Daire  Ech- 
ec droma  is  ;  and  the  tree  of  the  church  is  seen  from  the  open  country, 
«  and  when  one  goes  to  look  for  it  in  the  oak-wood  itisnot  found  ;  and 
«  the  sound  is  heard  there  of  the  bell  and  of  the  psalmchanting  and  the 
a  church  itself  is  not  found.  » 

(Note  on  the  Filin,  L.  B.  facs.  87.) 

2.  Tadhg  a  bhi  im  lorgsa.  Thèse  words  are  proverbial  in  the  south  of 
Ireland.  Some  interesting  variations  ifrom  Galway,  etc.)  are  omitted. 
The  notion  of  evil  créatures  feeding  on  the  dead  occurs  in  Eastern  sto- 
ries  (Arabian  Taies,  from  the  French  into  English  by  R.  Héron.  Edin- 
burgh.  1792.  Vol.  I.  pp.  240-241). 

3.  'Aine  /z'  Chliar.  'Aine,  'Anu  is  an  Irish  divinity  in  whom  lunar  cha- 
racteristics  are  easily  recognisable.  She  is  understood  to  be  surnamed 

1 .  And  sometimes  «  bell-tree  »,  a  name  which  seems  to  hâve  given  birth  to  later 
legends.  Cf.  the  tree  in  the  arms  of  Glasgow,  with  a  bell  hanging  from  its  bough,  a  bird 
on  its  top,  and  a  salmon  at  its  base.  This  salmon  (notwithstanding  the  Fish  and  Ring 
story)  seems  to  answer  to  the  Irish  salmon  of  knowledge  (Eô  Fesa)  at  the  foot  of  the 
hazels  in  the  well  mentioned  above.  (P.  192  n.) 


Popular  Taies  of  heland.  195 

n'  Chliar  from  the  wispa  lit  in  her  honour  ;  but  clîar  (which  seems  unk- 
nown  to  dictionaries  is  perhaps  corrupted  from  Cliach,  the  ancient 
name  of  the  territory  in  which  Cnoc-'Aine  is  situated.  The  reader  will 
hâve  noticed  the  significant  belief  about  the  necessity  for  observing  the 
moon  when  ascending  the  hill  on  Saint  John's  Night.  'Aine  hère  appears 
as  the  mermaid  love  of  the  Earl  of  Desmond,  and  as  the  ancestress  of 
certain  familles ,  like  the  Mélusine  of  French  tradition.  Her  association 
with  the  particular  hill  in  question  may  possibly  be  due  to  its  shape,  for 
it  seems  to  form  a  rough  crescent.  One  of  its  old  names  was  Canin 
Fearaidhe  iTranss.  Oss.  Socy.  1857.  P.  114,  note  4.  cf.  canin,  a 
sickle  .  ODonovan  however  makes  «  Carn  Fearadaigh  »  a  différent  hill 
(ad  OR.  s.  v.). 

Ribeird  a'  Chairn  is  one  of  the  Barrys,  enchanted  in  Cirn-Tighernaigh 
near  Fermoy.  He  is  the  subject  of  a  legend  admirably  told  by  Croker. 

Passing  to  the  Geroid  'larla  legend,  its  chief  éléments  seem  to  be  [a] 
his  birth  from  a  waterwoman,  who  has  been  allied  to  a  mortal  lover  ; 
(b  the  alliance  of  Gerôid,  himself  a  being  of  the  waters,  with  a  mortal 
wife  ;  (c)  the  young  earl's  leap  into  and  out  of  a  bottle  ;  [d  his  disap- 
pearance  as  a  goose  '  ;  e  his  disappearance  from  his  horse's  back,  or 
into  the  clouds  ;  (/)  the  horses  legend  ;  g.  his  présent  enchantment 
among  the  Sidhfir,  whence  he  is  to  return.  We  can  only  sélect  the  more 
noteworthy  of  thèse  features  for  remark  hère.  The  tradition  of  Geroid's 
origin  recals  classical  legends  of  the  birth  of  heroes  on  the  banks  of 
rivers  : 

ille  Aeneas  quem  Dardanio  Anchisae 

Aima  Venus  Phrygii  genuit  Simoentis  ad  undam  (Aeneid.  I.  617-6181, 
where  the  reader  may  be  referred  to  Heyne's  note. 

Of  the  many  stories  of  alliances  between  waterwomen  and  Christian 
men  we  may  sélect  a  typical  one  from  Vincent  of  Beauvais.  The  ori- 
ginal Latin  text  is  not  at  hand,  and  the  taie  may  be  presented  in 
the  French  of  De  Lancre  [Tableau  de  l'inconstance  des  mauuais  anges  et 
démons.  A  Paris,  mdcxiii).  «  Le  roy  Roger  régnant  en  Sicile,  vn  ieune 
homme  fort  bon  nageur  se  baignant  de  nuict  aux  rais  de  la  Lune  auec  plu- 
sieurs autres  ;  voyant  ce  luy  sembloit  quelqu'vn  qui  se  noyoit,  croyât 
que  ce  fust  de  ses  compagnons  il  court  après  pour  le  sauuer  :  et  comme 
il  eust  bien  auant  plongé  le  bras  dans  l'eau  pour  le  secourir,  il  trouue 
que  c'est  vne  femme  :  laquelle  ayant  empoignée  il  tire  hors  par  les 
cheueux  :  et  ne  pouvant  sur  l'heure  en  tirer  aucune  parole,  il  la  mené 

1.  A  goose  is  offered  in  sacrifice  to  the  Russian  water  spirit  (Ralston  R.  Popular 
Songs,  129). 


196  Popular  Taies  of  Ireland. 

en  son  logis,  et  la  trouuant  de  très-belle  forme,  il  s'en  amouracha  si  fort 
qu'il  l'espousa  publiquement,  et  en  eut  vn  bel  enfant.  De  là  à  quelque 
temps  vn  sien  compagnô  et  luy  estant  en  propos,  comme  il  luy  eust 
asseuré  que  c'estoit  vn  phantosme,  il  s'en  va  à  elle,  et  désirant  rompre 
son  silence,  il  luy  dict  fort  aigrement,  Que  si  elle  ne  vouloit  reueler  son 
origine  et  extraction,  qu'il  tueroit  leur  enfant  deuât  elle.  A  quoy  elle 
respondit  :  Ha  misérable,  tu  me  prives  de  ta  présence  me  contraignant 
de  parler,  car  si  tu  m'eusses  permis  de  garder  tousiours  le  silence  qui 
m'estoit  commandé,  i'eusse  demeuré  auec  toy  à  tout  iamais,  au  lieu  que 
maintenant  tu  me  perds  et  ne  me  verras  plus.  Ce  qu'ayant  dict,  soudain 
elle  disparut  et  s'esuanoùit  :  et  l'enfant  deuenu  grand,  et  aimant  à  nager 
comme  son  père,  s'estant  faict  considérer  à  plusieurs  qui  le  voyoiêt  nager 
au  mesme  endroict  que  sa  mère  fut  trouuee,  cette  mesme  femme  phan- 
tastique  parut,  qui  le  rauit  deuanttout  le  mode,  et  ne  se  vit  iamais  plus.  » 
Ger6id  betrays  his  supernatural  origin  by  his  power  of  leaping  into  a 
bottle,  as  in  a  taie  of  Indian  origin  the  démon  who  assumes  the  form 
of  the  minister's  son  diminishes  his  size  and  enters  a  jug,  a  feat  impos- 
sible to  the  real  son.  (Jùlg,  Hisiory  of  Ardshi-Bordshi  Khan  apud  De  Gu- 
bernatis,  Zoological  Mythology,  I,  136;  Sagas  from  the  Far  East,  260 '.) 

The  legend  of  Gerôid  'larla's  trick  upon  the  countryman  is  old,  as  is 
shown  by  a  letter  written  from  Limerick  in  august,  1640,  by  a  Mr. 
Holme  to  the  Archbishop  of  Armagh,  who  was  at  Oxford,  in  which  it  is 
related  as  fact.  Castleconnell  was  then  believed  to  be  haunted  by  «  the 
«  enchanted  Earl  of  Desmond  »  and  his  people  ^ODonovan  in  Irish 
Penny  Magazine,  1841,  p.  186).  The  story  is  also  associated  with  a 
moat  near  Letterkenny,  Donegal,  called  Marcach's  Stable,  and  was  no 
doubt  told  of  Marcach  [a  grandson  of  Manannân  mac  Lir)  when  Desmond 
and  Kildare  were  still  under  the  rule  of  chiefs  of  Irish  race2. 

The  historical  personage  around  whom  thèse  traditions  hâve  gathe- 
red  is  Garrett,  fourth  Earl  of  Desmond,  called  «  the  Poet  »  and 
«  the  Magician  ».  Irish  writers  praise  him  for  his  knowledge  of  the 
native  learning ,  and  his  bounty  to  its  professors  ;  and  he  is  the 
«  Gerroyd  erle  »  to  whom  were  attributed  some  of  the  poems  in  The 
Dean  of  Lismore's  Book  (Edinburgh,  1862,  pp.  xci,  xciv,  xcvi).  The 
Four  Masters  and  other  Irish  writers  record  his  death  in  the  ordinary 
course  of  nature,  after  the  victory  of  penance,  in  1 398  or  1 399.  A  lear- 


1.  There  is  also  a  joke  about  conjurera  in  England  pretending  to  jump  into  a  quart 
pot. 

2.  Bruodar,  who  wrote  in  the  seventeenth  century,  alludes  to  Gerôid  'Iarla  «  tnaith 
na  ccaoil-each,  Lord  of  the  slender  steeds  ». 


Popular  Taies  of  Ireland.  1 97 

ned  writer  however  in  the  Kerry  Magazine  for  1855,  who  would  seem 
to  hâve  had  access  to  family  papers,  agrées  better  with  popular  tradition 
in  stating  that  Earl  Gerald  «  disappeared  mysteriously  from  his  camp  or 
castle  »  of  the  Island  in  Kerry  in  1 397  'p.  125). 

There  appears  to  be  little  doubt  that  the  «  Island  »  referred  to  in  the 
name  Gé-an-Oiledin  is  the  Castle  of  the  Island,  and  that  the  legend  of 
the  disappearance  of  Gerôid  'Iarla  has  been  transferred  from  Kerry  to  the 
lake  in  the  neighbouring  county,  where,  according  to  ODonovan  (ad 
IVMM.  13981  Earl  Garrett  had  a  castle.  It  is  plainly  a  mistake  to 
say,  in  the  tradition  as  presented  above,  that  Gerôid  «  used  to  some- 
times  visit  his  father  »  after  his  transformation,  for  Imtheacht  Gédh-an- 
Oiledin  is  emphatically  Imtheacht  gan  casadh  go  brdth  —  to  go  and  never 
corne  back.  There  is  probably  some  connexion  in  tradition  of  the  car- 
rying  off  or  disappearance  of  Gerôid  —  who  came  from  the  waters  and 
went  back  to  them  —  with  the  fact  that  the  son  of  the  historical  earl  was 
also  drowned  in  the  Suir  (IVMM.  1 398.  1 399,  0  Dalyï. 

The  legend  or  myth  of  the  transformation  of  Garrett  of  Desmond, 
Gerôid  'Iarla,  and  his  return  to  the  watery  realm  of  his  people,  may  hâve 
foucd  its  way  into  Ireland  from  the  continent  of  Europe,  whence  his 
family  originally  came.  For  in  the  first  form  of  the  story  Garrett,  Gerôit, 
Gerald,  must  hâve  been  united  to  an  ordinary  woman,  obliged  to  leave 
her  through  her  disregard  of  a  certain  prohibition,  and  then  carried 
away  on  the  waters  in  the  shape  of  a  goose.  (In  some  printed  legends 
he  takes  the  form  of  a  huge  eel.ï  This  is  in  substance  the  story  of  the 
good  Gerhard  Schwan,  or  Gerhard  Gans,  Duke  of  Swabia,  Charlema- 
gne's  brother-in-law,  and  that  of  the  Svvan-Knight,  Helias,  Lohengrin. 
In  most  of  thèse  versions  of  the  legend  the  goose  is  replaced  by  a  swan, 
though  both  «  Gérard  Swan  »  and  «  Gérard  Goose  »  occur.  On  the 
Lower  Rhine  Gerhard  becomes  Gerret  iSimrock,  Mythol.  89 |.  There  is 
a  certain  significance  in  the  connexion  of  the  Swan-Knight  with  Swabia, 
since  genealogists  hâve  amused  themselves  by  tracingthe  descent  of  the 
Fitzgeralds,  to  whom  the  Gé-an-Oileâin  belonged,  the  Carews,  etc.  to  the 
ancient  lords  of  that  country.  One  would  look  for  some  traces  of  the 
story  of  'Aine  and  Gerôid  in  heraldry  ;  as  in  the  arms  of  the  houses  of 
Guelderland  ,  Cleves  and  Rheineck  the  swan  appears,  and  the  mermaid 
is  found  in  numerous  other  cases.  Nothing  of  the  sort  seems  to  be  extant 
in  the  case  of  the  Irish  family  ;  but  the  editor  has  found  traces  of  a  story 
of  one  of  its  members,  a  noted  duellist,  who  is  tricked  into  taking  off  his 
shoes  and  stockings  in  a  coffee-house  to  prove  that  the  Fitzgeralds  are  not 
web-footed.  Such  a  story  would  be  évidence,  and  the  présent  writer 
Rev.Celt.1V  14 


1 98  Popular  Taies  of  Ireland. 

would  be  grateful  for  a  référence  to  it.  There  is  a  term  glègeal  constan- 
tly  associated  with  the  name  at  présent,  («  Gearaltach  glégeal  »)  which  as 
it  stands  means  «  white  »,  «  bright  »,  «  fair  »,  but  which  one  is  temp- 
ted  to  regard  as  a  corruption  of  some  older  compound.  Can  it  hâve  con- 
tained  the  élément  gé  (a  goose)  '  ? 

The  legend  of  a  spellbound  chief  and  his  enchanted  band  awaiting 
the  hour  of  their  deliverance  to  sally  forth  to  battle  is  as  well-known 
in  Ireland  as  elsewhere.  Now  told  of  one  ofthe  Mac  Mathgamhnas,  now 
of  an  ODonchadha  ;  in  Cork,  of  Barry  of  Carn  Tighernaigh,  in  Galway, 
of  Cailpin  0  Galchobhair;  its  most  common  form  makes  the  chief  Gerôid 
'Iarla,  generally  an  Earl  of  Desmond,  occasionally  an  Earl  of  Kildare2. 
The  locality  is,  as  we  hâve,  seen,  Loch  Guirr,  or  Mulahether  fort,  or 
Kilkea  Castle,  or  the  rath  of  Mullaghmast.  In  Innishowen  Gerôid  'Iarla 
has  even  taken  the  place  of  ONéill  or  Marcach.  MM.  Kuhn  and  Schwartz 
are  without  doubt  right  in  understanding  the  battle  mentioned  in  such 
stories  as  the  war  between  the  Aesir  at  the  end  of  the  world.  «  Die 
«  grosse  Schlacht,  welche  einst  stattfinden  wird,  ist  der  beim  Weltunt 
«  ergang  eintretende  Kampf,  zu  welchem  Heimdallr  die  Gcetter  mit 
«  seinen  Giallarhorn  zusammenrufen  wird  »  (Norddeutscke  Sagen,  Leipzig, 
i  848,  p.  496) .  An  important  form  of  the  Irish  legend  places  the  enchant- 
aient in  Mullaghmast  (Kennedy,  Legendary  Fichons,  172-174),  which 
was  famous  in  popular  tradition  in  Camden's  time  as  the  future  scène 

of  the  final  war  :   «  As  for  the  Giants  dance as  also  of  that  most 

«  bloody  battell  which  shall  be  one  day  betweene  the  English  and  the 
«  Irish  at  Molleaghmast,  I  willingly  leave  unto  the  credulous  lovers  of 
«  fabulous  antiquity,  and  the  vaine  beleevers  of  prophesies.  For  my  pur- 
ce  pose  is  not  to  give  fond  taies  the  telling.  »  Holland's  Camden.  2  edit. 
1636,  p.  88).  Mythologists  hâve  again  been  apparently  right  in  refer- 
ring  the  German  legends  to  Odin  ;  and  Simrock  sees  in  Gerhard,  Ger- 
ret  etc.  one  ofthe  many  names  of  that  divinity.  Nor  is  évidence  wholly 
wanting  ofthe  existence  of  traditions  making  Gerhard  or  Gerold  of  Swabia 
—  Gerhard  Goose  or  Gerhard  Swan  —  the  hero  who,  when  the  spell 
is  broken,  shall  return  to  the  upper  world.  We  cannot  be  far  wrong 
in  the  conjecture  that  among  the  enchanted  warriors  at  the  old  castle  of 


1.  It  should  be  added  that  two  versions  of  the  Knight  of  the  Swan  story  hâve  been 
recently  (October,  1879)  found  by  the  editor  in  Westmeath.  One  is  closely  allied  to  the 
Flemish  popular  taie  Der  Ritter  mit  dem  Schwan  (D.  Sagg.  $40).  The  other  seems  to  be 
more  Celtic;  and  its  scène  is  partly  laid  in  Tir-na-h'Oige,  the  Land  of  Youth.  Ali  three 
stories  appear  to  be  related  to  the  ancient  taie  Oideadh  Chloinne  Lir,  the  Tragic  End  of 
the  Children  of  Ler. 

2.  A  modem  ballad  connects  the  tradition  with  Lord  Edward  Fitzgerald. 


Popular  Taies  of  Ireland.  1 99 

Gerolds-eck  was  originally  that  Duke  Gerold  who  fought  on  his  knee 
before  Charlemagne  at  Roncesvalles,  and  whose  valour  was  believed  to 
hâve  won  for  the  Swabians  the  right  to  take  their  place  in  the  van  of 
battle.  «  Geroldseck,  ein  altes  Schioss  im  Wasgau,  von  dem  man  vor 
«  Jahren  her  viel  Abenteuer  erzaehlen  hœren  :  dass  naemlich  die  uralten 
«  deutschen  Helden,  die  Kœnige  Ariovist,  Herman,  Wittechind,  der 
«  hùrnen  Siegfried  und  viele  andere  in  demselben  Schlosse  zu  gewisser 
«  Zeit  des  Jahres  gesehen  wùrden  ;  welche,  wann  die  Deutschen  in  den 
«  hœchsten  Ncethen  und  am  Untergang  sein  wùrden,  wieder  da  heraus 
«  und  mit  etlichen  alten  deutschen  Vœlkern  denselben  zu  Hilf  erscheinen 
«  sollten.  »  'Grimm,  Deutsche  Sagen,  21). 

There  seems  to  be  a  connexion  between  the  Gerhard  of  legend  and  a 
god  or  giant  of  the  underworld,  or  the  world  of  the  dead  Simrock,  Der 
Gute  Gerhard).  The  Eddie  giant  Geirœdhr  is  the  lord  of  subterranean 
treasure  ;  and  it  is  worthy  of  note  that  his  daughter  Giâlp  in  a  certain 
passage  has  the  power  of  causing  a  river  to  overflow  when  she  intends 
to  drown  Thor  '. 

The  editor  hopes  to  be  able  to  hereafter  obtain  a  less  imperfect  ver- 
sion of  this  story  than  that  hère  published.  In  another  fragment  the  Earl 
says  of  himself  «  Mise  mac  righ  SidheGallaibh  agus  m' ainm  Gearôid  'larla, 
«  I  am  the  Sidhe  prince  of  the  Gaill,  afïcl  my  name  is  Gerôid  'larla.  » 
This  can  only  hâve  been  his  answer  to  the  question  of  his  too  curious 
wife,  just  as  in  the  Lohengrin  taie.  Others,  while  making  Gearôid  mac 
Gearailt  Gerald  mac  Gerald;  the  Priom  Sidhe  na  Mûmhan  (chief  Sidhe  of 
Munster  give  him,  with  Donn  mac  Miledh  and  Riobairdde  Barra,  a  fourth 
companion,  Domhnall-na-ngeil-eich  a  Loch-Léin,  Domhnall  0  Donchadha 
of  the  white  steeds,  in  Killarney  Lake. 

David  Fitzgerald. 

Hammersmith.  London.  1879. 


The  editor  was  absent  from  home  when  the  first  proofs  of  the  fore- 
going  sheets  were  sent  to  him  for  revision.  His  corrections  arrived  too 
late  to  be  carried  out;  and  he  must  ask  the  indulgence  of  his  readers  for 
such  typographical  errors  as  they  may  find,  and  request  a  référence  to 

1 .  Cf.  also  the  passage  sup.  p.  188  where  Gerôid  'larla  says,  «  I  was  ail  but  drowned  » 
etc.,  with  legends  of  Odin  or  Thor  wading.  Since  the  above  was  written  a  Norwegian 
scholar  has  come  to  the  conclusion  that  the  Geirœdhr  of  the  Edda  is  no  other  than 
Geryon  ;  and  that  parts  of  the  Edda  exhibit  traces  of  the  influence  of  the  Apocalypse. 
Aftenbladet,  3  November. 


200  PopuUr  Taies  of  Ireland. 

the  following  Errata.   The  title  should  also  be  read  «  Irish  Popular 

Traditions  ». 

P.  174,  1.  8,  read  Sidheôgaidhe. 

P.  178,  1.  24,  instead  of  imdadi  —  read  imdha  eli. 

—  1.  25,  read  Destnumhain  and  suppress  the  brackets. 

—  1-34,  read  Skibbereen. 
P.  179,  1.  10,  read  glin. 


A  relie  of  the  Svvan-Knight  story  is  possibly  preserved  in  the  follow- 
ing English  child's  game-rhyme,  which  the  editor  has  not  met  with  in 
print.  lt  vvas  obtained  from  a  young  woman  from  Northamptonshire. 

A  number  of  little  girls  join  hands  and  form  a  ring.  «  They  ail  jump 
round  »,  and  sing  to  a  certain  air  : 

I  saw  a  ship  a  sailin', 
A  sailin'  on  the  sea, 
And  oh  it  was  laden 
With  pretty  things  for  me. 

There  were  comfits  in  the  cabin, 
And  apples  in  the  hold, 
The  sails  were  made  of  silk, 
And  the  masts  were  made  of  gold. 

Four  and  twenty  sailors, 
That  sat  upon  the  deck, 
Were  four  and  twenty  white  mice 
With  chains  about  their  necks. 

The  captain  was  a  Duck, 
With  a  packet  on  his  back, 
And  when  the  ship  began  to  move, 
The  captain  cried  Quack  !  Quack  ! 

The  game  ends  by  the  girls  following  one  of  their  number,  in  a  string, 
ail  quacking  like  ducks. 

Cailleach  Bhiàrach.  —  Lucian,  in  the  first  book  of  his  Vera  Historia, 
describes  a  wonderful  well  at  the  moon  :  jwcl  ;rr(v  xol  5XXo  Boupa  iv 
tcÏç  (iaaiAsioiç  è6eaa<£|Ai)v.  xdtowrpov  péYiorcov  néttac  j-'eo  opéaxoç  où 
ikévu  £x6sor.  àv  p,ev  ojv  kç  xb  9?£zp  xaT<z6fj  tiç,  ày.cùei  zâv-wv  twv 
r.xp  r,p.Tv  èv  ty]  y^î  AîYop-svwv  x.  t.  X. 

D.  F. 


L'AMITIÉ    D'AMIS   ET   D'AMILES. 


C'est  à  l'obligeance  de  M.  Llywarch  Reynolds,  de  Merthyr  Tydfil, 
que  nous  devons  de  pouvoir  publier  ici  la  version  galloise  d'une  des 
histoires  les  plus  répandues  du  moyen  âge,  Y  Amitié  d'Amis  et  d'Amiles 
(pour  conserver  à  ces  personnages  la  forme  française  de  leurs  noms'i. 
M.  Reynolds  avait  copié  ce  texte,  en  1870,  dans  le  célèbre  manuscrit 
gallois  d'Oxford  connu  sous  le  nom  de  Llyfr  Coch  ou  «  Livre  rouge  »  ! , 
dont  Lady  Guest  a  publié  les  plus  intéressants  Mabinogion2.  M.  Rey- 
nolds avait  copié  ce  texte  pour  le  mettre  à  la  disposition  de  son  ami, 
feu  Thomas  Stephens,  l'historien  de  la  littérature  galloise.  Stephens 
n'ayant  pas  utilisé  ce  texte,  M.  Reynolds,  qui  n'avait  pas  le  loisir  de  le 
publier,  a  bien  voulu  nous  donner  sa  copie.  Nos  lecteurs  joindront  leurs 
remerciements  aux  nôtres  pour  cette  gracieuse  libéralité  ;  et  nous  devons 
aussi  remercier  M.  Rhys  d'avoir  bien  voulu,  en  collationnant  avec  le 
manuscrit  les  épreuves  du  texte  gallois,  en  assurer  ainsi  la  parfaite  cor- 
rection. 

Nous  publions  ce  texte  en  respectant  scrupuleusement  son  ortho- 
graphe 5.  Nous  nous  sommes  borné  à  étendre  les  contractions,  et  quand 
nous  avons  cru  devoir  corriger  les  lapsus  calami  évidents  du  scribe, 
nous  avons  donné  au  bas  des  pages  les  termes  mêmes  du  manuscrit. 

1.  On  place  communément  au  xive  siècle  la  date  de  la  compilation  de  ce  manuscrit. 

2.  The  Mabinogion  ...  éd.  by  Lady  Guest.  London,  1849,  3  vol.  in-8. 

3.  Nous  avons  représenté  par  le  signe  6  la  forme  de  l'u  long  employé  concurremment 
avec  w.  Ce  signe,  imaginé  dans  la  seconde  moitié  du  x:ne  siècle,  céda  plus  tard  la 
place  à  w. 


202  L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles. 

Nous  avons  accompagné  le  texte  d'une  traduction  dont  les  prétentions 
sont  plus  littérales  que  littéraires.  Nous  avons  essayé  de  reproduire  le 
style  du  conteur  gallois,  style  d'une  simplicité  tout  enfantine,  où  les 
phrases  manquent  de  pondération  et  d'ordre,  où  la  pensée  du  lecteur 
doit  corriger  l'amphibologie  des  mots.  Nous  avons  même  dû  renoncer  à 
reproduire  l'accumulation  de  pronoms  personnels  explétifs  dont  abonde 
le  texte  gallois. 

Nous  n'avons  pas  à  étudier  ici  l'origine  et  les  destinées  de  l'histoire 
si  populaire  au  moyen  âge  d'Amis  et  d'Amiles1.  Parmi  les  versions  qu'on 
en  a  publiées,  notre  version  galloise  se  rattache  de  plus  près  à  la  ver- 
sion latine  qui  se  trouve  dans  un  manuscrit  du  xme  siècle  de  la  biblio- 
thèque de  Saint-Omer  et  qui  a  été  publiée  par  Mone,  et  à  la  version  en 
prose  française  de  la  même  époque  publiée  par  MM.  Moland  et  d'Héri- 
cault.  La  forme  de  certains  noms  dans  le  texte  gallois  indique  de  préfé- 
rence un  original  latin  :Lucam  pour  Lucques,  Clusas  pour  Cluses,  Desider 
pour  Didier,  et  surtout  Amie  d'Amicus  comme  nom  d'un  des  héros  de 
l'histoire.  Il  est  inutile  de  remarquer  quelques  différences  de  détail 2  ; 
dans  la  partie  proprement  romanesque  de  l'histoire,  ces  trois  récits  [latin 
de  Saint-Omer,  prose  française  de  M.  Moland  et  gallois)  se  suivent  de 
très  près.  Notre  texte  gallois  s'en  éloigne  davantage  quand  il  arrive  à  la 
guerre  contre  Didier  et  les  Lombards. 

La  langue  de  notre  texte  étant  celle  des  autres  Mabinogion  dont  Zeuss 
a  fait  la  grammaire,  nous  n'avons  que  peu  d'observations  à  faire  à  cet 
égard.  Nous  signalons  seulement  une  forme  qui  manque  dans  la  Gram- 
matica  Celtica.  C'est  col.  1 106  gwnaut  «  tu  faisais  »,  à  insérer  dans  Z.  2, 
p.  588,  1.  22.  —  Zeuss  aurait  dû  également  soit  dans  le  chapitre  du 


1 .  Sur  cette  légende,  voir  principalement  : 

Anzeigerfùr  Kunde  der  teutschen  Vorzeit  hrsgg.  von  Mone,  5e  année  (1836),  col.  14$, 
353  et  420. 

Li  Romans  des  Sept-Sages,  éd.  Keller,  1836,  p.  ccxxxi  et  suiv. 

Un  miracle  de  Nostre-Dame  d'Amis  et  d' A  mille  dans  Théâtre  français  au  moyen  âge, 
publié  par  Montmerqué  et  Francisque  Michel,   1839,  p.  216  et  suiv. 

Amis  et  Amiles,  hrsgg.  von  C.   Hoffmann,   18)2. 

Nouvelles  françoises  en  prose  du  XIIIe  siècle,  publ.  par  MM.  L.  Moland  et  C.  d'Héri- 
cault,  i8j6,  p.  xv  et  35. 

2.  Dans  notre  texte  gallois,  le  pape  s'appelle  Constantin  ;  —  il  baptise  les  enfants 
dans  l'église  de  Saint-Pierre  ;  —  le  discours  du  père  d'Amlyn  à  son  lit  de  mort  est 
plus  développé  et  forme  presque  un  sermon  ;  —  c'est  au  monastère  de  Saint-Germain 
(c.-à-d.  à  l'abbaye  de  Saint-Germain-des-Prés)  que  les  deux  héros  renouvellent  leur 
amitié  par  un  serment  solennel.  —  Charlemagne  promet  le  duché  de  Bourgogne  avec  la 
main  de  sa  fille,  et  après  le  combat  il  donne  au  mari  de  sa  fille  des  terres  en  Nor- 
mandie. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  205 

pronom  relatif,  soit  dans  celui  des  substantifs  pronominaux,  mentionner 
l'emploi  du  substantif  gwr  «  homme  »  et  gwreic  «  femme  »  comme  pro- 
nom relatif  «  lequel,  laquelle  ».  Cette  expression}' givra,  litt.  «l'homme 
qui  »,  est  si  bien  devenue  pronominale  que  dès  la  première  page  de 
notre  texte  (col.  1085)  nous  la  trouvons  appliquée  à  Dieu  même.  Cette 
formule  est  d'un  emploi  fréquent  dans  notre  texte.  Le  pluriel  y  gwyr 
est  également  employé  pour  «  lesquels  ».  L'expression  y  wreic,  litt. 
«la  femme  [qui]»  se  rencontre  dans  le  sens  de  «laquelle»    col.  1090). 

On  rencontre  quelques  mots  avec  une  demi-voyelle  adventice  que 
le  gallois  moderne  n'a  pas  gardée  :  ffuryf  'col.  1087);  amylder  (col. 
1087-8);  dedyf  (col.  1088);  d6fyr  (col.  1099  et  11 15),  hoedyl  (col. 
1 102)  ;  cwbyl  col.  1 107)  ;  tr6yadyl  (col.  1 1 10),  etc.  Par  contre,  notre 
texte  ne  présente  pas  cette  voyelle  dans  des  mots  où  l'orthographe 
moderne  l'a  introduite  \symdeist  icol.  1092Ï  ;  ymoglyt  (col.  1095  et 
1098).  —  Au  point  de  vue  phonétique  il  faut  encore  noter  daly  (col. 
1 109)  pour  dalu,  forme  ordinaire  qui  se  rencontre  quelques  lignes  plus 
bas,  et  yn  dyn  pour  an  dyn  (col.  1086). 

Grâce  à  cette  traduction,  l'histoire  d'Amlyn  et  Amie  devint  populaire 
en  Galles  et  les  bardes  des  xive  et  xve  siècles  y  font  de  fréquentes  allu- 
sions quand  ils  veulent  vanter  l'amitié  héroïque  de  deux  personnages. 

H.  G. 


204  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

«  Llyfr  Coch  »  (col.  1085). 

Yny  mod  h6nn  y  treythyr  o  gedymdeithyas  amlyn  ac  amie. 

Yn  yr  amser  ydoed  pepyn  hen  yn  vre/zhin  yngwlat  ffringa  y  ganet  mab 
i  uarchaôc  ardercha6c  bonhedic  or  almaen.  yny  kastell  aelwit  berigan 
oewreic  briaôt.  Ac  oacha6s  nat  oed  na  mab  na  merch  udunt  namyn 
h6nn6.  diruaôr  lewenyd  a  gymerassant.  ac  o  garyat  du6  y  g6r  a  rodas- 
sei  etiued  udunt.  ada6  aônaethant  dr6y  ovunet  y  du6  mynet  ar  mab  tu 
aruvein  y  gymryt  bedyd  ygan  ygwr  da  sant  aoed  bap  ynyr  amser  h6nn6. 
val  y  bei  well  tr6y  rat  achynnyd  all6ydyant  eu  mab.  Ac  ynyr  amser 
h6nn6  yd  ymdangosses  gweledigaeth  dr6y  yhun  yr  g6r  da  aoed  iarll  yn 
aluern  ae  wreic  yn  veichaôc.  Nyt  amgen  weledigaeth  a  dangosset  ida6. 
no  gwelet  pab  ruvein  yny  neuad  yn  aluern  yn  bedydyaô  i  meibyon  ac 
yn  eu  kadarnhau  dr6y  vedyd  escob.  A  gôedy  dihunaô  or  iarll.  dyvynnv 
aoruc  attaô  doethyon  ygyvoeth.  a  datkanu  udunt  y  vreudôyt.  ac  erchi 
y  dehongyl  6rth  na  wydyat  ef  beth  aarwydockaei  hynny.  Ac  yna  yro- 
des  du6  yspryt  asynh6yr  y  vn  or  doethyon  y  6rtheb  ida6  yny  wed 
honn.  Arglvvyd  iarll  heb  ef  byd  lawen.  kanys  or  beichogi  yssyd  yng- 
kroth  dy  wreic  y  genir  mab  ratlaôn  llôydyannus  clotuaôr.  avo  diaereb 
y  berffeithr6yd  ae  vuched  ae  vilôryaeth  dros  y  byt.  ar  mab  h6nn6 
arglôyd  heb  ef  aaberthy  di  ydu6.  ac  a  ey  ac  ef  parth  aruuein  y  gym- 
ryt bedyd  y  gan  y  g6r  da  yssyd  bab  val  y  bo  gôell.  a  ratla6n  allwyd- 
yannus  y  ansaôd  ohynny  allan.  Ac  yna  y  bu  la6en  yr  iarll  am  dehon- 
gyl y  vreudwyt  yn  y  wed  honno.  ac  am  y  kynghor  arodassei  y  g6r  da 
bu  (col.  1086)  cheda61  ida6.  ac  ympenn  yspeit  o  amser  y  ganet  mab 
yr  iarll.  ac  y  magôyt  dr6y  diruaôr  lewenyd.  A  g6edy  y  uagu  yny  oed 
m6y  no  d6y  vl6yd.  y  kychwynna6d  y  dat  ac  ef  a  niuer  ma6r  y  gyt  ac  ef 
o  varchogyon  ac  yssweinyeit  tu  aruuein.  Aphan  doethant  yr  dinas  ael- 
wit lucam.  y  dywetpwyt  udunt  bot  g6r  da  gôedy  kymryt  lletty  yny 
dref.  Ar  mab  teyrneidyaf  gyt  ac  ef  athebyckaf  yth  uab  ditheu  or  awel- 
sei  neb  eiryoet.  Nyt  amgen  oed  y  g6r  da  h6nn6  nor  marcha6c  o  gastell 
verigan  y  g6r  aoed  ynkynnal  tir  y  dan  vrenhin  ffreinc.  ae  uoned  or 
almaen.  A  gôedy  ymwelet  or  iarll  argôrda  hônnô.  adyuot  eu  meibyon 
rac  wyneb.  nyt  oed  yn  vyô  yn  dyn  awypei  wahan  y  rông  y  meibyon. 
nac  o  veint  nac  obryt  dyeithyr  ar  eu  dillat.  a  gôedy  gôybot  o  bop  vn 
onadunt  ystyr  amedwl  y  gilyd.  diruaôr  lewenyd  agymerassant  oachaôs 
yr  vn  neges  yd  oedynt  yn  mynet  oe  geissaô  nyt  amgen  noc  adolwyn  yr 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  205 

De  cette  façon  il  est  traité  de  l'amitié  d'Amlyn  et  Amie. 

Au  temps  qu'était  Pépin  l'ancien  roi  dans  le  pays  de  France  naquit  un 
fils  à  un  chevalier  élevé  et  noble  d'Allemagne,  de  sa  femme  légitime, 
dans  le  château  qui  s'appelait  Berigan.  Et  comme  ils  n'avaient  ni  fils 
ni  fille  que  celui-là,  ils  conçurent  une  grande  joie,  et  par  amour  de  Dieu 
qui  leur  avait  donné  un  héritier,  ils  promirent  par  un  vœu  à  Dieu  d'al- 
ler avec  leur  fils  à  Rome  pour  y  être  baptisé  par  le  noble  saint  homme 
qui  était  pape  en  ce  temps-là,  afin  qu'il  en  advînt  mieux  pour  le  bonheur, 
le  développement  et  la  prospérité  de  leur  fils. 

Et  en  ce  temps-là  il  parut  une  vision  en  son  sommeil  au  noble  homme 
qui  était  comte  en  Alvern  ;  et  sa  femme  était  enceinte.  La  vision  qui  lui 
apparut  n'était  autre  que  de  voir  le  pape  de  Rome  dans  le  palais  d'Al- 
vern  baptiser  des  enfants  et  les  fortifier  par  son  baptême  épiscopal. 
Après  que  le  comte  se  fut  réveillé,  il  appela  à  lui  les  sages  de  ses  états, 
et  il  leur  fit  connaître  son  rêve,  et  il  leur  en  demanda  l'explication,  car 
il  ne  savait  pas  ce  qu'il  signifiait.  Et  alors  Dieu  donna  esprit  et  sens  à 
un  des  sages  pour  lui  répondre  de  cette  façon  :  Seigneur  comte,  dit-il, 
réjouis-toi.  Car  du  faix  qui  est  dans  le  sein  de  ta  femme  naîtra  un  fils 
plein  de  grâce,  prospère  et  glorieux,  et  on  parlera  de  sa  perfection,  de 
sa  vie  et  de  sa  chevalerie  par  le  monde.  Ce  fils- là,  seigneur,  dit-il,  tu  le 
consacreras  à  Dieu,  et  tu  iras  avec  lui  à  Rome  pour  être  baptisé  par  le 
noble  homme  qui  est  pape  pour  qu'il  en  arrive  bien  ;  et  heureuse  et 
prospère  [sera]  la  situation  qui  en  sortira.  Et  alors  fut  joyeux  le  comte 
pour  l'explication  de  son  rêve  de  cette  sorte  et  pour  le  conseil  que  lui 
avait  donné  ce  noble  sage  homme. 

Et  au  bout  d'un  espace  de  temps  naquit  un  fils  au  comte,  et  il  fut 
élevé  avec  une  grande  joie.  Et  après  qu'il  eut  été  élevé  à  l'âge  de  plus 
de  deux  ans,  son  père  se  mit  en  route  pour  Rome  avec  lui,  et  un  grand 
nombre  avec  lui  de  chevaliers  et  de  damoiseaux.  Et  quand  ils  arrivèrent 
dans  une  ville  qui  s'appelait  Lucques,  on  leur  dit  qu'un  noble  homme 
avait  pris  logis  dans  l'endroit  :  et  avec  lui  le  fils  le  plus  seigneurial  et  le 
plus  ressemblant  au  tien  propre  qu'on  ait  vu  jamais.  Et  ce  noble  homme 
là  n'était  autre  que  le  chevalier  du  château  de  Berigan  qui  tenait  un  fief 
sous  le  roi  de  France  ;  et  sa  noblesse  était  d'Allemagne.  Et  après  que  le 
comte  et  ce  noble  homme-là  se  furent  vus,  et  que  leurs  enfants  furent 
mis  en  présence,  il  n'y  avait  pas  un  homme  en  vie  qui  sût  distinguer 
entre  les  enfants,  ni  pour  la  taille  ni  pour  l'apparence,  n'eût  été  aux 
vêtements.  Et  après  avoir  appris  l'un  de  l'autre  leurs  intentions  et  leurs 
projets,  ils  prirent  grande  joie  à  cause  de  la  même  affaire  qu'ils  étaient 
entrain  de  chercher,  c'est-à-dire  prier  le  pape  de  baptiser  leurs  fils.  Et 


2o6  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

pab  vedydyaô  eu  meibyon.  ac  ordyd  h6nn6  kytfford  uuant.  a  diruaôr 
gedymdeithyas  avu  y  ryngthunt  dr6y  gywir  garyat.  A  pha  beth  bynnac 
avei  o  garyat  y  r6ng  y  gôyrda  ti  awelut  gedymdeithyas  ryued  y  r6ng  y 
meibyon.  yn  gymeint  ac  na  mynnei  yrvn  onadunt  na  b6yta  nac  yvet  na 
chysgu  heb  y  gilyd.  A  pha  gyhyt  bynnac  y  buant  yn  kerdet  parth  aru- 
uein.  6ynt  adoethant  att  y  g6r  da  aoed  bab  aelwit  Gustennin  ac  a  dywe- 
dassant  wrthaô  val  hynn.  arglôyd  dat  yspryda61  yg6r  awdam  ni  y  vot 
yn  llywyaô  y  gristonogaeth  y  dan  du6  yn  lie  pedyr  ebostol.  y  mae  yma 
iarll  aluern.  a  marcha6c  arderchaôc  clotuaôr  o  gastell  berigan  ynyr 
almaen.  yn  adol6yn  yth  dadolyaeth  di.  (col.  1087)  bedydyaô  an  mei- 
byon ni.  arodi  dy  uendith  udunt.  dr6y  gymryt  y  gennym  ninheu  a  vyn- 
nych  oeur  ac  aryant  dros  dy  lafur.  Ac  yr  ymadrodyon  hynny  y  gôrtheba- 
6d  y  pab  udunt  yny  mod  h6nn.  Ych  r6yd  ewyllys  chwi  amgynnic  ych 
da  ymi  yssyd  gymeredic  ygennyfi.  a6ch  da  ch6itheu  hagen.  nys  myn- 
nafi.  o  achaôs  nat  reit  ym  6rtha6.  Yda  a  vynnasseôch  chwi  y  rodi  y  mi. 
rod6ch  y  aghenogyon  yr  karyat  du6.  yrei  yssyd  reit  udunt  6rtha6.  ar 
arch  a  archassaôch  chôitheu.  honno  ageffwch.  Sef  y6  hynny  bedydyaô 
a6ch  meibyon.  ac  ydodes  yn  en6  ar  vab  iarll  aluern.  amlyn.  ac  ar  vab  y 
marchaôc  o  berigan.  amyc.  ac  erchi  y  du6  rodi  rat  ac  yspryt  udunt  y 
wassanaethu  y  du6  yn  gywir.  yny  veynt  yn  kaffel  dros  eugwassanaeth 
y  du6  llewenyd  teyrnas  nef.  Ar  marchogyon  pennaf  owlat  ruuein  ada- 
lyassant  y  meibyon  6rth  vedyd.  A  gôedy  yr  pab  vedydyaô  eu  meibyon 
rodi  aônaeth  y  bob  vn  onadunt  ffiol  o  euruchweith  odidaôc  o  eur  ac 
oaryant.  amein  g6erthua6r  aoed  ar  y  fiolleu.  yn  vn  1H6  ac  yn  vn  veint 
ac  yn  un  eurychweith.  ac  nyt  oed  yn  vyô  yn  dyn  awypei  wahan  y  ryn- 
gthunt. rac  eutebyeket  or  ae  g6elei  ar  neilltu.  A  dywedut  awnaeth  eu 
tat  ysprydaôl  6rthunt  yny  fFuryf  honn.  Kymerôch  y  rod  honn  arglôy- 
di  veibyon  y  gan  a6ch  tat  ysprydaôl.  yn  dystolyaeth  tra  voch  vyô  ar 
a6ch  bedydyaô  yn  eglôys  pedyr  yn  ruuein.  A  gôedy  daruot  yr  gôyrda 
kaffel  eu  negesseu  yn  rôyd  ôrth  eu  heôyllys.  diolôch  awnaethant  yr  pab 
y  lavur  ae  anregyon  arodassei  yeu  meibyon.  a  thrôy  diruaôr  lewenyd 
y  kychwynnassant  parth  ac  eugôlat.  A  gôedy  kynnyd  mab  y  marchaôc 
archderchaôc  o  gastell  berigan.  ef  arodes  duô  idaô  am  (col.  1088) 
ylder  o  synhwyr  adoethineb.  adonyeu  yn  erbyn  y  uot  yn  dengmlwyd 
arhugeint  ual  y  gelwit  ef  ympob  gwlat  yn  eil  selyf  o  achaôsy  doethineb. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  207 

à  partir  de  ce  jour  ils  firent  route  ensemble  ;  et  une  grande  amitié  il  y 
eut  entre  eux  par  véritable  affection.  Et  quoiqu'il  y  eût  d'affection  entre 
les  nobles  hommes,  on  voyait  '  amitié  étonnante  entre  les  fils,  au  point 
qu'aucun  d'eux  ne  voulait  ni  manger  ni  boire  ni  dormir  sans  l'autre. 

Et  après  avoir  encore  quelque  temps  voyagé  du  côté  de  Rome,  ils 
vinrent  vers  le  noble  homme  qui  était  pape,  qui  s'appelait  Constantin,  et 
ils  lui  parlèrent  ainsi  :  Seigneur  père  spirituel  que  nous  savons  gouver- 
ner la  chrétienté  sous  Dieu  en  place  de  l'apôtre  Pierre,  voici  le  comte 
d'Alvern  chevalier  élevé  et  glorieux  du  château  de  Berigan.  en  Alle- 
magne, qui  prie  Ta  Paternité  de  baptiser  nos  fils,  et  de  leur  donner  ta 
bénédiction  ;  et  tu  prendras  de  nous  ce  que  tu  voudras  d'or  et  d'argent 
pour  ta  peine.  Et  à  ces  paroles  le  pape  leur  répondit  de  cette  façon  : 
Votre  bonne  volonté  à  m'offrir  vos  biens  m'est  très  agréable  ;  mais  de 
vos  biens  pourtant  je  ne  veux  pas,  car  je  n'ai  pas  besoin  de  cela.  Les 
biens  que  vous  vouliez  me  donner,  donnez-les  aux  pauvres  pour  l'amour 
de  Dieu  ;  eux  ils  en  ont  besoin,  et  la  requête  que  vous  m'adressiez, 
vous  l'obtiendrez,  c'est-à-dire  de  baptiser  vos  fils.  Et  il  donna  comme 
nom  au  fils  du  comte  d'Alvern  Amlyn  et  au  fils  du  comte  de  Berigan 
Amie  ;  et  de  prier  Dieu  de  leur  donner  grâce  et  esprit  pour  servir  Dieu 
en  vérité,  de  façon  qu'ils  obtinssent  par  le  service  de  Dieu  la  joie  du 
royaume  du  ciel.  Et  les  premiers  chevaliers  du  pays  de  Rome  tinrent  les 
enfants  au  baptême. 

Et  après  que  le  pape  eut  baptisé  leurs  fils,  il  donna  à  chacun  d'eux 
une  coupe,  œuvre  d'orfèvrerie,  ornée  d'or  et  d'argent  :  et  il  y  avait  des 
pierres  précieuses  sur  les  coupes  :  [elles  étaient]  d'une  même  couleur, 
d'une  même  grandeur,  et  d'une  même  orfèvrerie,  et  il  n'y  avait  personne 
en  vie  qui  sût  distinguer  entre  elles,  à  cause  de  leur  ressemblance,  de 
quelque  côté  qu'on  les  vit.  Et  leur  père  spirituel  leur  parla  de  cette 
façon  :  Acceptez  ce  présent,  seigneurs  fils,  de  votre  père  spirituel,  en 
témoignage,  aussi  longtemps  que  vous  vivrez,  de  votre  baptême  dans 
l'église  de  Pierre  à  Rome.  Et  après  que  les  nobles  hommes  eurent  fait 
leurs  affaires  librement  à  leur  gré,  ils  remercièrent  le  pape  pour  sa  peine 
et  pour  les  cadeaux  qu'il  avait  faits  à  leurs  fils.  Et  avec  une  très  grande 
joie,  ils  s'en  allèrent  devers  leur  pays. 

Et  après  qu'eut  grandi  le  fils  du  chevalier  élevé  de  Berigan,  Dieu  lui 
donna  quantité  de  sens  et  de  sagesse  et  de  dons,  comme  il  se  trouvait 
avoir  trente  ans,  au  point  qu'on  l'appelait  dans  tout  pays  un  second 
Salomon  à  cause  de  sa  sagesse.  Et  en  ce  temps-là  son  père  2  fut  malade 

1.  Liti.  «  tu  voyais  ». 

2.  Litt.  »  celui  qui  était  son  père  ». 


208  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

Ac  ynyr  amser  h6nr\6  y  clefycha6d  yg6r  aoed  dat  ida6  or  clevyt  y  bu 
uarô.  Ac  yny  wander  kynn  gôahanu  y  eneit  ae  gorff  y  gelwis  y  vab 
atta6.  Ac  y  kynghores  yny  wed  honn.  arglwyd  uab  heb  ef.  llyma  du6 
ymdôyn  i  attaô.  ac  yth  ada6  ditheu  heb  dat  kna6ta61  6rth  dy  ewyllys 
dy  hun.  wrth  hynny  arglwyd  uab  heb  ef  kymer  du6  yn  dat  itt.  ac  yn 
llywyaôdyr  arnat  y  g6r  ny  byd  mar6  vyth.  ag6na  ygymenedi6eu  achad6 
y  gynghoreu  yn  graff  yn  dy  gallon,  ac  yn  diannot  medylya  beth  ady- 
lyych  y  gad6.  Nyt  amgen  nor  de^geir  dedyf.  beth  adylyych  y  ochel. 
Nyt  amgen  no  phecha6t.  beth  a  dylyych  y  gredu.  nyt  amgen  nor  ffyd 
ar  gret  y  mae  yr  eglôys  gatholic  yny  dangos  yr  gristonogaeth.  Nyt  am 
gen  y6  hynny  no  bot  vn  du6  holl  gyfoetha6c.  a  bot  teir  person  y  tat  ar 
mab  ar  yspryt  glan.  a  geni  iessu  o  veir  wyry  kynn  esgor.  a  g6edy  esgor. 
A  chyuodi  Iessu  grist  o  veirô.  ac  esgynnv  ohona6  ar  nefoed.  ae  dyuot 
y  uarnu  dydbraôt  ar  vy6  ac  ar  veir6.  Medylya6  heuyt  a  dylyy  beth  a 
dylyych  y  obeithaô.  Nyt  amgen  noc  amlewenyd  teyrnas  nef  dr6y  wei- 
thredoed  da  oth  blegyt  dyhun.  ac  o  rat  yr  iessu  grist  dr6y  rym  y  di- 
odeifyeint  ar  y  groc.  Car  du6  ath  gymodogyon.  a  pha  beth  bynnac 
awnelych.  nac  adywettych  nac  a  vedylyych  medylya  am  dy  angeu. 
kanys  hynny  aeirch  yr  ysgrythur  lan.  yr  honn  adyweit  dr6y  eneu  selyf 
uab  dauyd.  Medylya  am  y  pyngkeu  diwethaf  ac  yn  dragyvvyda61  ny 
phechy.  Nyt  amgen  y6  hynny  no  phandel  angheu  (col.  1089)  y  wahanv 
dyeneit  ath  gorff.  y  byrir  y  corff  ryvygus  yr  pryuet.  areneit  y  boeneu 
uffern.  Ony  heydy  nef  oweithredoed  da  kynn  angeu.  ac  y  byd  reit  itt  dyd- 
bra6t  yggwyd  y  trillu  wrtheb  dros  dy  weithredoed.  Keis  heuyt  gynnal 
kedymdeithas  yn  gywir  a  mab  iarll  aluern.  o  herwyd  y6ch  gymryt  bedyd 
yn  vn  dyd  gan  bab  ruuein.  a  chaffel  rodyon  y  ganthaô.  ach  bot  yn 
gyndebyeket  o  bryt  a  gosged  a  meint.  ac  nat  oes  dyn  a  wypo  gwahan 
y  rynghoch  rac  a6ch  tebycket.  Agwedy  yr  g6rda  sant  kynghori  y  vab  y 
ny  wed  honno.  ef  agymerth  y  rinwedeu  a  berthynynt  ar  yr  eglwys. 
athalu  y  yspryt  yr  creawdyr.  Ae  gorff  agladwyt  dr6y  diruaôr  enryded 
yny  vanachlaôc  a  seilyassei  y  dat  kyn  noc  ef.  A  gwedy  mar6  y  gôrda 
ae  gladu  yn  lie  brenhinaôl.  y  kyfodassant  rei  dieflic  ysgymunllyt  oge- 
nedyl  y  gwas  ieuanc.  abot  yndrôc  6rtha6  awnaethant  ae  amherchi. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  209 

de  la  maladie  dont  il  mourut.  Et  dans  sa  faiblesse  avant  que  se  séparât 
son  âme  de  son  corps,  il  appela  son  fils  et  il  le  conseilla  de  cette  façon  : 
Seigneur  fils,  dit-il,  voici  que  Dieu  m'appelle  à  lui  et  qu'il  te  laisse  sans 
père  charnel  [pour  vivre]  selon  ta  propre  volonté.  Ainsi,  seigneur  fils, 
prends  Dieu  pour  père  ;  et  pour  gouverneur  celui  qui  ne  meurt  pas. 
Fais  ses  commandements  et  garde  ses  conseils  sûrement  dans  ton  cœur. 
Et  tout  d'abord  pense  ce  que  tu  dois  observer,  c'est-à-dire  le  péché,  ce 
que  tu  dois  croire,  c'est-à-dire  la  foi  et  la  croyance  que  l'église  catho- 
lique montre  à  la  chrétienté.  Et  cela  est  qu'il  y  a  un  Dieu  tout-puissant, 
et  qu'il  y  a  trois  personnes,  le  père,  le  fils  et  l'esprit  saint,  et  que  Jésus 
est  né  de  Marie,  vierge  avant  son  enfantement  et  après  son  enfantement, 
et  que  Jésus-Christ  s'est  levé  d'entre  les  morts,  et  qu'après  cela  il  est 
monté  aux  cieux,  et  qu'il  viendra  pour  juger,  le  jour  du  jugement,  les 
vivants  et  les  morts.  Tu  dois  encore  penser  qu'il  y  a  une  chose  que 
vous  devez  espérer,  c'est-à-dire  la  joie  du  royaume  du  ciel  par  les 
bonnes  œuvres  de  ton  propre  compte,  et  de  la  grâce  de  Jésus-Christ 
par  la  puissance  de  sa  passion  sur  la  croix.  Aime  Dieu  et  tes  semblables, 
et,  quoi  que  tu  fasses,  quoi  que  tu  dises,  quoi  que  tu  penses,  pense  à  ta 
mort.  Car  c'est  ce  que  demande  l'Écriture  sainte,  laquelle  parle  par  les 
livres  de  Salomon  et  de  David.  Pense  aux  derniers  points  et  évite  éter- 
nellement le  péché.  C'est-à-dire  lorsque  viendra  la  mort  pour  séparer 
ton  âme  et  ton  corps,  le  corps  présomptueux  est  donné  aux  vers  et  l'âme 
aux  peines  de  l'enfer,  à  moins  que  tu  n'ailles  au  ciel  par  tes  bonnes 
actions  d'avant  la  mort,  et  il  te  faudra  le  jour  du  jugement  en  présence 
des  trois  troupes  '  répondre  pour  tes  actions.  Cherche  encore  à  garder 
fidèlement  l'amitié  avec  le  fils  du  comte  d'Alvern,  parce  que  vous  avez 
reçu  le  baptême  le  même  jour  du  pape  de  Rome,  et  que  vous  en  avez 
reçu  des  présents  et  que  vous  vous  ressemblez  par  l'apparence,  la 
figure  et  la  taille,  et  qu'il  n'y  a  personne  qui  pourrait  distinguer  entre 
vous  deux  à  cause  de  votre  ressemblance. 

Et  après  que  le  noble  saint  homme  eut  conseillé  son  fils  de  cette 
façon,  il  reçut  les  sacrements  qui  appartiennent  à  l'Église,  et  il  rendit 
son  esprit  au  créateur,  et  son  corps  fut  enseveli  avec  grand  honneur 
dans  le  monastère  que  son  père  avait  fondé  avant  lui. 

1.  Nous  avions  d'abord  pensé  qu'il  s'agissait  ici  de  la  division  ordinaire  des  person- 
nages dans  la  scène  du  jugement  dernier,  les  élus  à  la  droite  de  Dieu,  les  réprouvés  à 
sa  gauche,  et,  entre  les  deux,  les  anges  faisant  le  service  d'ordre.  Mais  un  vers  d'Einion 
ap  Gwalchmai  (xnie  siècle)  semble  indiquer  une  conception  différente  :  Pan  ddel  rac 
lesu  trillu  trallawd  «  Lorsque  paraîtront  devant  Jésus  les  trois  troupes  misérables  »  (cité 
dans  le  Dict.  de  Richards,  s.  v.  Rhag).  L'épithète  «  misérables  »  exclut  les  anges  et  semble 
indiquer  une  division  en  trois  groupes  des  hommes  justiciables  du  jugement  dernier.  Est-ce 
une  allusion  au  Paradis,  au  Purgatoire  et  à  l'Enfer  qui  auront  chacun  leur  contingent  ? 


210  Kedymdeiîhyas  Amlyn  ac  Amie. 

Athrôy  eu  henvvired  ac  eu  hysgymundaôt  y  treissassant  y  g6as  ieuanc 
am  dref  y  dat  ae  gyuoeth.  ae  yru  yn  alltut  awnaethant  ida6.  ar  dra6s 
ybyd  y  gardotta.  Ae  yr  hynny  ydoed  ef  yn  karu  ba6p  o  honu/?t  6y  ac  yn 
erchi  y  du6  y  vadeu  udunt.  ac  ar  vyrder  kymeint  vu  ennwired  y  gene- 
dyl  yny  erbyn  ac  nas  gedynt  ef  y  gardotta  yny  gyuoeth  ehunan.  nac  evo 
nadyn  or  awypit  arnaô  y  garu.  Yna  y  doeth  cof  ida6  kynghoreu  y  dat.  ac  y 
dywaôt  6rth  y  deudeng  mrodyr  maeth.  aoed  yny  ganlyn  yn  yr  ansaôd 
honno.  ArgI6ydi  vrodyr  heb  ef.  enwired  vynghenedyl  ochwant  vynghy- 
uoeth  i  yssyd  yn  an  pellau  ni .  ac  yn  andehol  ong61at.  Keissôn  ninheu  vedy- 
lya6yr  Ideôon  deholiessu  grist  aeanurda6  aegrogiam  dref  y  dat.  G6erthu 
heuyt  o  veibyon  iago  badriarch  Joseph  eu  braôt  ae  dehol  oewlat.  a  throssi 
o  du6  pob  vn  or  deu  bôngk  hynny  ynglot  ac  enryded  (col.  1090)  udunt. 
Du6  heuyt  adyweitnadeuir  y  deyrnasnefonyt  tr6y  drallaôt  a  llauur.  wrth 
hynny  arglwydi  vrodyr  gobeith  y6  gennym  y  trossa  du6  hynn  ar  enryded 
a  lies  yninhev  etto.  kanys  y  neb  y  bo  tralla6t  arna6  yn  wirion  ac  ae  go- 
defo  yn  bôyllic.  ymae  du6  y  g6r  ny  dyweit  kelwyd  yn  ada6  ida6  teyr- 
nas  nef.  Wrth  hynny  arglwydi  vrodyr.  a6n  ragom  parth  a  llys  iarll 
aluern  vynghyfeillt  y  g6r  omtebic.  ny  phallaynn  odim  or  aarch6yf  ida6. 
Ac  ony  chaffôn  ni  lewenyd  y  gan  y  g6rda  h6nn6.  ni  aa6n  att  hildegard 
vrenhines  ffreinc.  y  wreic  yssyd  gynnefodic  kytdolurya6  ar  neb  y 
gôelo  gouit  arna6.  Ac  yna  y  kerdassant  raedunt  parth  achyuoeth  iarll 
aluern.  ag6edy  eu  dyuot  ovywn  y  gyuoeth  yr  iarll.  govyn  awnaethant 
y  fford  parth  ar  llys  yr  oed  yr  iarll  yndi.  Aphan  doethant  yno.  neurgy- 
chwynnyssei  yr  iarll  parth  ailys  amie  y  gyueillt.  g6edy  clybot  mar6  y 
g6r  da  aoed  dat  ida6.  Ag6edy  na  chafas  yr  iarll  amie  yny  lys  ehunan. 
diruaôr  dristit  agymerth  orachaôs  h6nn6.  a  medylyaô  aônaeth  nat  ym- 
choelei  vyth  draegevyn  y  wlat.  yny  gaffei  chwedleu  hysbys  y6rth  y 
gyueillt.  Ac  yna  ykerdaôd  ef  ar  dra6s  teyrnas  ffreinc  y  amovyn  amie  y 
gedymdeith.  A  gôedy  na  chavas  ynffreinc  dim  hyspyssrwyd  amdanaô. 
kerdet  racdaô  awnaeth  y  parth  ar  almaen  yblith  y  genedyl.  ac  ny  chauas 
yno  dim  o  hyspysrwyd  am  dana6.  Ac  ot  oed  va6r  llauur  amlyn  yn 
keissyaô  amie  uelly.  mwy  olawer  bei  gallei  oed  lauur  amie  yn  keissyaô 
amlyn.  heb  orffovvys.  Ac  ual  ydoed  amie  yn  keissyaô  amlyn.  ef  adoeth 
nossweith  parth  allys  g6r  da  ef  ae  gedymdeithyon.  ac  erchi  lletty  aw- 
naethant yr  du6.  allawen  vu  y  gôrda  6rthunt.  acharyat  g6yr  ty  adan- 
gosses  udunt.  a  pharch  gwesteion.  Agwedy  ankôyn  amovyn  (col.  1091) 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2  \  \ 

Et  après  que  le  noble  homme  fut  mort  et  enterré  en  lieu  royal,  se 
levèrent  de  mauvaises  et  diaboliques  gens  de  la  race  du  jeune  homme, 
et  ils  se  mirent  à  se  conduire  mal  avec  lui  et  à  l'injurier.  Et  par  leur 
déloyauté  et  leur  méchanceté,  ils  mirent  le  jeune  homme  hors  de  la  ville 
de  son  père  et  de  ses  possessions,  et  ils  le  chassèrent  à  l'étranger,  à  men- 
dier par  le  monde.  Et  pourtant  il  aimait  chacun  d'eux  et  il  demandait 
pardon  à  Dieu  pour  eux.  Et,  pour  abréger,  la  méchanceté  de  sa  race 
contre  lui  était  telle  qu'ils  ne  le  laissaient  pas  mendier  dans  ses  propres 
possessions,  ni  lui  ni  personne  qu'on  sût  l'aimer. 

Alors  lui  vinrent  à  l'esprit  les  conseils  de  son  père,  et  il  dit  à  ses 
douze  compagnons,  qui  le  suivaient  dans  cette  situation  :  Seigneurs 
compagnons,  dit-il,  la  déloyauté  de  ma  race  par  l'envie  qu'ils  ont  de  mes 
possessions  nous  chasse  et  nous  exile  de  notre  pays.  Cherchons  à  nous 
rappeler  les  Juifs  chassant  Jésus-Christ  et  l'outrageant  et  le  crucifiant,  et 
encore  les  enfants  du  patriarche  Jacob  vendant  Joseph  leur  frère  et  le  chas- 
sant de  son  pays,  et  Dieu  tournant  chacun  de  ces  deux  faits  en  gloire  et 
en  honneur.  Dieu  encore  dit  qu'on  n'arrive  au  royaume  du  ciel  que  par 
des  fatigues  et  de  la  peine.  D'après  cela,  seigneurs  compagnons,  j'ai 
l'espérance  que  Dieu  tournera  aussi  cela  en  honneur  et  en  avantage  ; 
car  à  celui  qui  a  de  véritables  peines  et  qui  les  souffre  avec  courage, 
Dieu,  qui  ne  dit  pas  de  mensonges,  lui  réserve  le  royaume  du  ciel. 
D'après  cela,  seigneurs  compagnons,  allons  devant  nous  du  côté  de  la 
cour  du  comte  d'Alvern,  mon  ami,  qui  me  ressemble  :  il  ne  nous  refusera 
rien  de  ce  que  je  lui  demanderai.  Et  si  nous  ne  trouvons  pas  joie  chez 
ce  noble  homme,  nous  irons  vers  Hildegarde,  reine  de  France,  laquelle 
a  usage  de  compatir  à  celui  sur  qui  elle  voit  du  malheur.  Et  alors  ils 
allèrent  devant  eux  du  côté  des  possessions  du  comte  d'Alvern. 

Et  après  être  venu  au  milieu  des  possessions  du  comte,  ils  deman- 
dèrent le  chemin  vers  la  cour  où  était  le  comte,  et  quand  ils  furent  là, 
le  comte  était  allé  vers  la  cour  d'Amie  son  ami,  après  avoir  appris  la 
mort  du  noble  homme  son  père,  et  comme  il  ne  trouva  pas  le  comte 
Amie  dans  sa  cour,  il  prit  une  grande  tristesse  à  cause  de  cela  :  et  il  se 
mit  à  penser  qu'il  ne  retournerait  plus  dans  son  pays,  s'il  n'avait  de  nou- 
velles sûres  sur  son  ami.  Et  alors  il  alla  à  travers  le  royaume  de  France 
pour  chercher  Amie  son  compagnon.  Et  comme  il  ne  trouvait  en  France 
aucune  nouvelle  de  lui,  il  se  mit  à  aller  devant  lui  du  côté  de  l'Alle- 
magne au  milieu  de  sa  nation  :  et  il  n'en  eut  là  aucune  nouvelle. 

Et  si  était  grande  la  peine  d'Amlyn  cherchant  Amie  de  cette  façon, 
plus  grande  encore,  s'il  était  possible,  était  la  peine  d'Amie  cherchant 
Amlyn  sans  cesse. 


2  1 2  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

awnaeth  y  gôr  da  ac  y6nt  beth  oed  eu  negesseu.  ac  oba  wlat  yd  hanoe- 
dynt.  aphale  ydeynt.  ac  yna  datkanu  ida6  y  ansa6d  or  dechreu  hyt  y 
diwed  aoruc  amie,  nyt  amgen  no  gôedy  mar6  y  dat.  y  digyvoethi  ae 
alltudaô  oe  genedyl  yn  gymeint  ac  na  diodefynt  idaô  gardotta  yny 
gyuoeth  ehun.  ae  vot  ynteu  yr6ng  dyd  a  nos  or  pan  vuassei  ardehol 
yn  keissyaw  iarll  aluern  y  gedymdeith.  y  g6r  ydoed  yngobeithyaô 
6rtha6  kaffel  g6aret  or  govit  aoed  arnaô.  A  g6edy  yr  g6r  da  clybot  y 
ansa6d.  kyt  doluryaô  ac  ef  aoruc.  ac  adnabot  ar  y  barableu  y  vot 
yndoeth  ac  yndonyaôc.  a  dywedut  6rtha6  awnaeth  ual  hynn.  Havnbenn 
teyrneid  heb  ef.  herwyd  vy  adnabot  i.  kael  ohonat  ti  ragor  odoethineb 
ada6n  rac  dyn  or  aweleis  i  ym  amser.  mi  arodaf  itt  vy  merch  yn  briaôt 
yr  honn  yssyd  yn  etiued  ymkyuoeth.  ath  vrodyr  maeth  awnaf  yn 
gyfoethogyon  o  dir  a  daear  ac  enryded.  val  na  bo  reit  udunt  dr6y  nerth 
du6  vn  goval.  A  llawen  vu  gan  amie  ae  gedymdeithyon  y  parableu  hynny. 
a  chytsynnyaô  a  wnaethant  '  am  y  briodas.  agôneuthur  neithyaôr  dr6y 
diruaôr  lewenyd.  agôedy  trigyaô  amie  ae  gedymdeithyon  gyt  aewreic 
vl6ydyn  a  hanner.  dywedut  aoruc  6rth  y  gedymdeithyon  ual  hynn. 
Argl6ydi  vrodyr  heb  ef.  ni  awnaetham  yr  hynn  nys  dylyem.  Sef  y6  hynny. 
llesgu  a  diogi  ynkeissyaô  amlyn.  y  g6as  adebygafi  y  vot  yn  gywirach  y 
garyat  noc  vn  g6reic  or  byt.  Ac  o  gyffredin  gy/jghor  ef  ae  gedymdei- 
thyon y  kymerth  kennat  y  chwegrôn  ae  wreic.  ac  ada6  ygyt  ae  wreic 
deu  oe  vrodyr  maeth.  acherdet  awnaeth  yntev  racdaô.  ac  ef  ae  wyth 
mrodyr  maeth. ynsweinyeit  idaô  ar  draôs  y  byt  parth  agwlat  i  ffringa  y 
geissyaô  amlyn.  ac  yna  y  kymerth  ganthaô  y  fiol  arodassei  gustennin 
bab  ida6  ydyd  y  kymerth  vedyd  y  ganthaô.  Ovyôn  (col.  1092)  hynny 
o  amser  a  theruyn  yd  oed  amlyn  yn  y  geissyaô  ynteu  trôy  diruaôr  lauur 
a  goual.  A  phan  doeth  parth  a  pharis  y  kyfaruu  bererin  ac  ef.  a  govyn 
awnaeth  idaô  awelsei  dim  y  ôrth  amie  uab  y  marchaôc  o  gastell  verigan 
neu  ae  clywsei.  nachyglef  kyffessaf  y  duô  heb  y  pererin.  ac  ny  6nn 
dim  y  ôrthaô.  ac  yna  y  rodes  amlyn  peis  yr  palmer2  yr  gwediaô  ganthaô. 
ac  yr  ymbil  a  duô  ar  seint  y  rôydhav  racdaô  y  geissaô  amie,  ac  amder- 
uynu  y  llauur  maôr  arnaô  yny  geissyaô  yr  ys  dôy  vlyned  ac  ychôanec. 
Ac  yna  ydoeth  amlyn  parth  allys  chyarlmaen  brenhin  ffreinc.  ac  ny 
chafas  ef  yno  dim  o  hyspysrwyd  am  danaô.  y  pererin  hagen  y  rodassit 
y  beis  idaô  a  gerdaôd  racdaô  hyt  am  bryt  gosper  ordyd  hônnô.  ac  yna 
y  kyfaruu  amie  ac  ef  ae  gedymdeithyon.  a  gôedy  kyfarch  gwellorpere- 


i.  Ms.  ar.aethant. 

2.  Le  gallois  emploie  ici  le  vieux  mot  anglais  palmer  «  pèlerin  »,  aujourd'hui  tombé 
en  désuétude. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2 1 3 

Et  comme  Amlyn  était  à  chercher  Amie,  il  vint  un  soir  à  la  cour  d'un 
noble  homme,  lui  et  ses  compagnons,  et  ils  lui  demandèrent  à  loger 
pour  Dieu.  Et  le  noble  homme  fut  courtois  envers  eux  et  il  leur  fit  avoir 
l'amitié  des  gens  de  la  maison  et  le  respect  des  hôtes.  Et  après  le  sou- 
per le  noble  homme  leur  demanda  quelles  étaient  leurs  affaires,  et  de 
quel  pays  ils  étaient  originaires  et  où  ils  allaient.  Et  alors  Amie  lui  fit 
connaître  son  histoire  du  commencement  jusqu'à  la  fin,  c'est-à-dire 
qu'après  la  mort  de  son  père  il  avait  été  dépouillé  de  ses  possessions  et 
exilé  par  sa  nation  au  point  qu'ils  ne  lui  permettaient  même  pas  de  men- 
dier dans  sa  propre  possession;  et  qu'il  était  jour  et  nuit,  depuis  son 
exil,  à  chercher  le  comte  d'Alvern  son  compagnon. 

Et  après  que  le  noble  homme  eut  écouté  cette  histoire,  il  eut  de  la 
sympathie  pour  lui,  et  il  reconnut  à  ses  paroles  qu'il  était  sage  et  bien 
doué,  et  il  lui  dit  comme  suit  :  0  chef  princier,  dit-il,  comme  je  recon- 
nais que  tu  as  excellence  de  sagesse  et  de  dons  sur  homme  que  j'aie  vu 
de  mon  temps,  je  te  donnerai  ma  fille  en  mariage,  laquelle  est  héritière 
de  mes  possessions,  et  je  ferai  tes  compagnons  riches  de  terres,  de  sol 
et  d'honneurs,  de  sorte  que  par  la  grâce  de  Dieu  ils  n'auront  pas  un 
souci.  Et  agréables  furent  ces  paroles  à  Amie  et  à  ses  compagnons.  Et 
ils  se  mirent  à  s'occuper  du  mariage  et  ils  firent  la  noce  avec  une  grande 
joie. 

Et  après  qu'Amie,  avec  ses  compagnons,  fut  resté  auprès  de  sa  femme 
un  an  et  demi,  il  parla  ainsi  à  ses  compagnons  :  Seigneurs  compagnons, 
dit-il,  nous  ne  faisons  pas  ce  que  nous  devons,  c'est-à-dire  nous  pares- 
sons et  nous  tardons  à  chercher  Amlyn,  à  qui  je  dois  être  plus  fidèle 
en  affection  qu'à  aucune  femme  du  monde.  Et  d'un  commun  avis  lui  et 
ses  compagnons  prirent  congé  de  son  beau-père  et  de  sa  femme  ;  et  il 
laissa  avec  sa  femme  deux  de  ses  compagnons.  Et  il  se  mit  à  marcher 
devant  lui,  lui  et  huit  de  ses  compagnons  comme  écuyers,  à  travers  le 
monde,  du  côté  du  pays  de  France  pour  chercher  Amlyn.  Et  là  il  prit 
avec  lui  la  coupe  que  le  pape  Constantin  lui  avait  donnée  quand  il  en 
avait  reçu  le  baptême. 

Au  même  temps  et  à  la  même  époque  Amlyn  était  à  le  chercher  avec 
grand'peine  et  fatigue.  Et  quand  il  vint  du  côté  de  Paris,  il  rencontra 
un  pèlerin.  Et  il  lui  demanda  s'il  avait  rien  vu  au  sujet  d'Amie,  fils  du 
chevalier  du  château  de  Berigan,  ou  s'il  en  avait  rien  entendu.  Je  n'en 
ai  rien  entendu,  je  le  confesse  à  Dieu,  dit  le  pèlerin,  et  je  ne  sais  rien 
sur  lui.  Et  alors  Amlyn  donna  un  manteau  au  pèlerin  pour  prier  pour 
lui,  et  pour  demander  à  Dieu  et  aux  saints  de  lui  rendre  plus  facile  la 
recherche  d'Amie  et  de  mettre  un  terme  à  la  grande  peine  qu'il  avait  à 


Rev.Celt.  IV 


'5 


2  14  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

rin  ida6.  kyuarch  g6ell  awnaeth  amie  ida6  ynteu.  a  dywedut.  Oe  awas 
du6  aglyweist  di  chwedyl  or  byt  fford  y  kerdeist  y6rth  amlyn  iarll 
aluern.  A  ryuedu  yn  ua6r  aoruc  y  palmer.  agovyn  ida6  paham  y 
gwattwarei  ef  was  du6  yngymeint  acheissya6,y  d6ylla6.  ynherwyd  itt 
heb  ef  arglôyd  govyn  ymi  y  bore  hedi6  yr  hynn  ydôyt  yny  ovyn  yr 
a6r  honn.  Hyspys  y6  gennyf  i  y  mae  tydi  y6  amlyn  iarll  aluern.  a  ryue- 
dach  gennyf  no  meint.  paham  y  symdeist  gwisgoed  a  meirch  a  chedym- 
deithyon  ac  arueu.  acheissyaô  gennyf  inheu  yr  hynn  ageisseist  hedi6  y 
bore  pan  rodeist  ym  y  beis  yssyd  ymdanaf  yr  gwedia6  gennyt.  Ac  yna 
y  dywa6t  amie  6rth  y  palmyr.  Arglwyd  balmer  heb  ef.  na  dickya  nyt 
mi  amlyn  y  g6r  adebygy  di.  namyn  amie  mab  y  marcha6c  o  gastell 
berigan.  (col.  1093)  y  g6r  nyt  ytti6  yn  gorffoôys  yny  geissyaô.  A  rodi 
aryant  awnaeth  ida6  yr  gwediaô  ganthaô  ual  y  bei  r6ydach  racdaô 
gaffel  y  neges.  Ac  yna  y  kynghores  y  palmer  ida6  kerdet  parth  a  pharis 
y  geissya6  amlyn  y  g6r  ydoed  yny  garu  yn  gymeint  ac  nat  oed  orffo- 
wys  ida6  yny  geissya6.  a  chymryt  y  fford  aoruc  ef  tu  apharis.  a  megys 
yd  oed  yn  dyuot  tu  ardref.  y  g6elei  y  my6n  gbeirglaôd  meillyona6c  ar 
lann  yr  avon  aelwir  sein,  niuer  tec  brenhina61  o  varchogyon  yn  kymryt 
eu  kinyaô.  Nyt  amgen  oed  y  marchogyon  hynny  noc  amlyn  ae  gedym- 
deithyon.  Ac  val  y  gôelas  amlyn  y  marchogyon  arua6c  yn  dyuot  tu  ac 
attaô.  eu  kyrchu  yn  llidiaéc  awnaeth.  odebygu  eu  bot  ynlladron  ac  yn 
herwyr.  ac  ual  y  gwelas  amie  ae  gedymdeithyon  y  niver  h6nn6  yn  eu 
kyrchu  yn  greulaôn.  dywedut  aoruc  6rth  y  gedymdeithyon.  Arglwydi 
vrodyr  maeth  oherwyd  a6ch  bot  yn  bara6t  eiryoet  hyt  hediw  y  diodef 
tralla6t  a  gouit  a  pherigyl  y  gyt  ami.  keissyôch  hediô  yn  wra61  dial 
a6ch  g6aet.  ac  ymlad  yn  wychyr  ar  g6yr  ny  welaf  dim  trugared 
ganthunt  parth  ac  attam.  Os  budugolyaeth  aryd  du6  yni  or  niuer  ma6r 
racko.  g6ahanreda6l  glot  agaff6n  dros  deyrnas  ffreinc.  ac  vrdas  ac  enry- 
ded  ynllys  y  brenhin  ragor  rac  agauas  neb  eiryoet.  a  g6edy  daruot  ida6 
rodi  y  ky/zghor  h6nn6  oe  gedymdeithyon.  gost6ng  helymeu  awnaethant. 
a  goll6ng  penneu  eu  meirch.  a  gost6ng  gôaewyr  o  bopparth.  Acymgyr- 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2  1  $ 

le  chercher  voilà  deux  ans  et  davantage.  Et  alors  vint  Amlyn  du  côté  de 
la  cour  de  Charlemagne,  roi  de  France,  et  il  ne  trouva  là  aucun  rensei- 
gnement sur  lui. 

Le  pèlerin  cependant  à  qui  il  avait  donné  le  manteau  marcha  devant 
lui  jusqu'au  moment  du  soir  de  ce  jour-là  ;  et  alors  il  rencontra  Amie  et 
ses  compagnons.  Et  après  beau  salut  du  pèlerin,  un  beau  salut  lui  fit 
Amie,  et  il  dit  :  Est-ce  que,  serviteur  de  Dieu,  tu  as  entendu  nouvelle 
au  monde,  sur  le  chemin  où  tu  as  été,  d'Amlyn  comte  d'Alvern  ?  Et  le 
pèlerin  s'étonna  grandement,  et  il  lui  demanda  comment  il  se  moquait 
de  lui,  serviteur  de  Dieu,  au  point  de  chercher  à  le  tromper.  Puisque, 
dit-il,  seigneur,  tu  m'as  demandé  ce  matin  même  ce  que  tu  me  demandes 
maintenant  :  il  est  clair  pour  moi  que  c'est  toi  qui  es  Amlyn,  comte 
d'Alvern.  Et  je  suis  plus  que  grandement  étonné  comme  tu  as  changé  de 
vêtements,  de  chevaux,  de  compagnons  et  d'armes.  Et  tu  me  demandes 
ce  que  tu  me  demandais  ce  matin  quand  tu  m'as  donné  ce  manteau  que 
j'ai  sur  moi,  pour  prier  pour  toi. 

Et  alors  Amie  dit  au  pèlerin  :  Seigneur  pèlerin,  dit-il,  ne  crois  pas 
que  je  sois  Amlyn  que  tu  penses,  mais  Amie,  fils  du  chevalier  du  châ- 
teau de  Berigan,  qui  suis  sans  cesse  à  le  chercher.  Et  il  lui  donna  de 
l'argent  pour  prier  pour  lui,  afin  qu'il  lui  fût  plus  facile  d'arriver  à  son 
but.  Et  alors  le  pèlerin  lui  conseilla  d'aller  du  côté  de  Paris  pour  cher- 
cher Amlyn,  celui  qu'il  aimait  au  point  qu'il  n'avait  pas  de  cesse  à  le 
chercher.  Et  il  prit  le  chemin  du  côté  de  Paris.  Et  comme  il  allait  du 
côté  de  la  ville,  il  vit  dans  un  pré  de  trèfle,  sur  le  bord  du  fleuve  qu'on 
appelle  Seine,  une  troupe  belle  et  royale  de  chevaliers  qui  prenaient 
leur  repas.  Ces  chevaliers  n'étaient  autres  qu'Amlyn  et  ses  compagnons. 
Et  comme  Amlyn  vit  des  chevaliers  armés  se  diriger  vers  lui,  il  se  mit  à 
les  charger  avec  ardeur,  pensant  que  c'étaient  des  voleurs  et  des  cou- 
reurs. Et  comme  Amie  vit  avec  ses  compagnons  cette  troupe  les  charger 
avec  acharnement,  il  dit  à  ses  compagnons  :  Seigneurs  compagnons, 
puisque  vous  avez  été  de  tout  temps  jusqu'à  aujourd'hui  prêts  à  suppor- 
ter les  peines,  les  fatigues  et  les  dangers  avec  moi,  cherchez  aujourd'hui 
virilement  à  venger  votre  sang  et  à  vous  battre  vaillamment  avec  ces 
hommes,  que  je  ne  vois  pas  vouloir  nous  faire  merci.  Si  Dieu  nous  donne 
victoire  sur  ce  grand  nombre  qui  est  devant  nous,  nous  aurons  une 
gloire  particulière  par  tout  le  royaume  de  France  et  distinctions  et  hon- 
neurs à  la  cour  du  roi  de  France,  tels  que  personne  n'en  a  eu  aupara- 
vant. 

Et  après  qu'il  eut  achevé  de  donner  ces  conseils  à  ses  compagnons, 
ils  abaissèrent  leurs  heaumes,  lâchèrent  les  têtes  de  leurs  chevaux,  et 


216  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

chu  yn  llidia6c.  hyt  nat  oed  i  neb  onadunt  awypei  yn  hyspys  p6y  a  orffei. 

A  g6edy  y  ba6p  o  honunt  torri  eu  gôaewar  yny  gilyd.  tynnv  cledyfeu 

awnaethant  ac  ymffust.  Du6  hagen  holl  (col.  1094)  gyvoethaôc  y  g6r 

aeill  llunyaethu  pob  peth  a  phop  karyat.  a  theruynu  pob  llauur.  aanuones 

goleuni  ysprydaôl  dr6y  rat  yn  eu  kallonneu  yn  gymeint  ac  adnabot  obop 

vn  onadunt  y  gilyd.  Ac  yndiannot  y  dywaét  mab  y  marchaôc  o  gastell 

berigan  6rth  amlyn  ae  gedymdeithyon.  Argl6ydi  uarchogyon  pa  rei  y6ch 

ch6i.  apha  glot  y6  y  niuer  kymeint  ac  ydyôch  ch6i  llad  amie  alltut.  y 

g6r  aoed  reidyach  ida6  groessa6  a  llewenyd  gôedyr  govit  ar  llauur  avu 

arna6  yn  keissyaô  amlyn  uab  iarll  aluern.  no  cheissya6  y  lad  yny  wed 

honn.  A  g6edy  clybot  o  amlyn  yr  ymadrodyon  hynny  diruaôr  dolur  a 

gymerth.  ac  adnabot  amie  y  gedymdeith.  a  dywedut  6rtha6  ual  hynn. 

Och  y  kywiraf  or  kedymdeithyon.  och  blodeu  y  marchogyon.  ponyt 

atwaenost  ti  amlyn  uab  iarll  aluern  y  g6r  yssyd  yn  g6ibya6  byt  ys  d6y 

ulyned  a  hanner  yth  geissyaô.  Ac  yna  y  disgynnassant  elldeu  yr  lla6r 

tr6y  oI16/zg  eu  dagreu  yn  hidleit.  amynet  d6yla6  mynôgyl.  Acolwyr  di- 

hewyt  eu  kallonneu  diol6ch  ydu6  awnaethant.  y  g6r  ny  at  yn  ryhir  ar 

gyfeilyorn  adidro  aymdiretto   ac  a  ymgeissyont  ymwelet  dr6y  garyat 

kywir.  Ac  yna  ydaethyant  y  gadarnhau  eu  kedymdeithyas.  aduundeb  y 

ryngthunt  dr6y  16  ac  aruoll  ym  manachloc  seint  iermin  uchbenn  yr 

alla6r  va6r  arcreiryeu  gôynnyaeithyat  aoedynt  yno.  na  phallei  neb  o 

honunt  y6  gilyd.  nac  ogaryat  nac  o  gynghor  nac  o  ganhorth6y  tra  vei 

vy6  herwyd  kyfya6nder  kyfreith  du6  o  bop  peth.  a  berthynei  ar  gedym- 

deithyas  gywir.  Ac  yna  yn  diohir  y  kerdassant  raedunt  parth  allys  chyarl- 

ymaen  brenhw  ffreinc.  Ac  yna  y  gôelit  (col.  1095)  deu  unbenn  deyrneid 

gyweirdoeth  ygyt  gôedy  y  du6  eu  kanhysgaedu  o  amryuaelyon  donyeu. 

ahaelyoni  adewred  a  phryt  adoethineb.  A  phan  doethant  yr  llys.  eu  her- 

bynnyeit  awnaeth  y  brenhzVz  udunt  ynenrydedus.  Ac  ot  oed  ua6r  eu  parch 

ac  eu  henryded  oblegyt  ybrenhin.  m6y  pei  gallei  oed  lauur  y  vrenhines 

yn  eu  hanrydedu  ac  yn  eu  perchi.  ac  ar  vyrder  nyt  oed  dyn  or  ae  g6e- 

lei  ny  bei  yn  eu  karu.  Ac  ar  vyrr  o  amser  y  g6naethp6yt  amlyn  yn 

ystiwart  llys  yr  brenhin.  ac  amie  yn  drysorôr  ida6.  Sef  g6assanaeth 

oed  h6nn6.  synnya6  ar  yeur  ae  aryant  ae  vein  g6erthua6r  ae  dlysseu. 

A  g6edy  eu  bot  yny  llys  teir  blyned  y  dywa6t  amie  6rth  amlyn  yny 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2 1 7 

abaissèrent  leurs  lances  de  toute  part.  Et  ils  se  chargèrent  avec  ardeur, 
si  bien  qu'il  n'y  avait  personne  parmi  eux  qui  sût  clairement  qui  l'em- 
porterait. Et  après  qu'ils  eurent  chacun  brisé  leurs  lances  contre  l'autre, 
ils  se  mirent  à  tirer  leurs  épées  et  à  se  frapper. 

Mais  Dieu  tout-puissant  qui  peut  régler  toute  chose  et  toute  amitié, 
et  terminer  toute  peine,  envoya  par  sa  grâce  une  lumière  spirituelle 
dans  leurs  cœurs,  si  bien  qu'ils  se  reconnurent  l'un  l'autre.  Et  sans 
retard  le  fils  du  chevalier  du  château  de  Berigan  dit  à  Amlyn  et  à  ses 
compagnons  :  Seigneurs  chevaliers,  qui  êtes-vous  et  quelle  gloire  y 
a-t-il  pour  une  troupe  comme  vous  êtes  de  tuer  Amie  l'exilé,  celui  à 
qui  vous  devriez  plutôt  bon  accueil  et  courtoisie,  après  la  peine  et  la 
fatigue  qu'il  a  eues  à  chercher  Amlyn  fils  du  comte  d'Alvern,  plutôt  que 
de  chercher  à  le  tuer  de  cette  façon?  Et  après  qu'Amlyn  eut  entendu  ces 
paroles,  il  eut  une  très  grande  douleur  et  il  reconnut  Amie  son  compa- 
gnon et  il  lui  dit  ainsi  :  0  le  plus  fidèle  des  compagnons,  ô  fleur  des 
chevaliers,  comment  n'as-tu  pas  reconnu  Amlyn,  fils  du  comte  d'Alvern, 
celui  qui  court  le  monde  depuis  deux  ans  et  demi  pour  te  chercher?  Et 
alors  ils  mirent  tous  deux  pied  à  terre  en  versant  des  larmes  en  abon- 
dance, et  ils  s'embrassèrent.  Et  du  profond  zèle  de  leurs  cœurs,  ils 
rendirent  grâce  à  Dieu,  qui  ne  laisse  pas  trop  longtemps  dans  l'erreur  et 
dans  le  mauvais  chemin  celui  qui  a  confiance  en  lui  et  ceux  qui  cherchent 
à  se  revoir  par  véritable  amitié. 

Et  alors  ils  allèrent  pour  fortifier  leur  amitié  et  leur  union  par  un  ser- 
ment et  un  contrat  dans  le  monastère  de  Saint-Germain  au-dessus  du 
grand  autel  sur  les  reliques  consacrées  qui  étaient  là,  qu'aucun  d'eux  ne 
manquerait  à  l'autre  ni  en  amitié  ni  en  conseil,  ni  en  assistance,  tant 
qu'il  vivrait,  suivant  la  justice  et  la  loi  de  Dieu,  en  toute  chose  qui  appar- 
tient à  la  véritable  amitié. 

Et  alors  sans  tarder  ils  allèrent  devant  eux  du  côté  de  la  cour  de 
Charlemagne,  roi  de  France.  Et  alors  on  vit  ensemble  deux  chefs  prin- 
ciers d'une  égale  sagesse  que  Dieu  avait  comblés  de  dons  innom- 
brables et  de  générosité  et  de  force  et  de  grâce  et  de  sagesse.  Et  quand 
ils  vinrent  à  la  cour,  le  roi  les  reçut  honorablement.  Et  si  était  grande 
leur  considération  et  leur  honneur  auprès  du  roi,  plus  grande  s'il  était 
possible  était  la  peine  que  la  reine  prenait  à  les  honorer  et  à  les  consi- 
dérer ;  et,  pour  abréger,  il  n'y  avait  homme  qui  les  vit  qui  ne  les  aimât. 
Et  en  peu  de  temps  Amlyn  fut  fait  sénéchal  de  la  cour  du  roi,  et  Amie 
trésorier  de  celui-ci.  C'est-à-dire  que  leur  service  était  tel,  prendre  soin 
de  l'or  et  de  l'argent  et  des  pierres  précieuses  et  des  joyaux. 

Et  après  avoir  été  à  la  cour  trois  ans  Amie  dit  à  Amlyn  de  cette  façon  : 


2 1 8  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

mod  h6nn.  Y  kywiraf  or  kedymdeithyon.  Ar  deôraf  or  marchogyon.  ar 
haelyaf  or  dynyon.  gan  dy  gennyat  ti.  reit  y6  ymi  vynet  y  ymwelet  am 
gôreic  briaôt.  yr  honn  nys  gweleis  yr  ys  teir  blyned.  a  phan  y  gallwyfi 
gyntaf  mi  a  deuaf  drachevyn  attat  ti.  ac  yma  y  trigy  ditheu  arglôyd 
gedymdeith.  a  cheissya6  yssyd  reit  itt  bot  yn  gall.  ac  ymoglyt  yn  wa- 
gela6c  rac  t6yll  ac  enwired  ardric  iarll  y  g6r  yssyd  la6n  o  gynghor 
vynt  6rthym  am  yr  urdas  ar  enryded  ymae  y  brenhin  yny  wneuthur 
ynn.  Acheissyaô  yssyd  reit  ytt  vot  yn  gall.  rac  rodi  dy  vryt  ath  ved61 
ath  garyat  cnaôtaôl  ar  verch  y  brenhin.  Ac  yna  y  dywa6t  amlyn  val 
hynn.  Y  kywiraf  or  kedymdeithyon  dr6y  nerth  du6  dy  gynghor  awnaf. 
amadol6yn  y6  ytti  yr  y  karyat  yssyd  rom.  dyvot  kyntaf  ac  y  gellych 
drachevyn.  ag6edy  y  amie  gaffel  kennyat  y  gan  y  brenhin  a  (col.  1096) 
g6yr  y  llys.  tr6y  dagreu  hidleit  o  bop  parth.  kychwyn  awnaeth  racdaô 
parth  ar  wlat  yd  oed  ywreic  bria6t  ae  vrodyr  maeth.  A  g6edy  riuedi  by- 
chan  odieuoed  or  amser  h6nn6  y  disgynna6d  karyat  merch  y  brenhin  yngy- 
meint  yn  amlyn  ac  nat  oed  gyg6n  vn  asg6rn  yn  y  gorff  ny  bei  la6n  oe 
charyat.  A  phan  gauas  kyfle  gyntaf  agori  y  gallon  idi  aoruc.  adangos 
y  karyat  aoed  ganthaô  tu  ac  attei.  Ac  yna  y  g6rtheba6d  hi  ida6  ef  ac 
ydywaôt  bot  yn  v6y  deg6m  y  charyat  hi  arna6  ef.  noe  garyat  ef  oll  ar 
nei  hi.  aphan  ga6ssant  gyfle  gyntaf  ac  amser  or  dyd  h6nn6allan.  dangos 
a6naethant  dr6y  duvndeb  gôeithret  bot  ynv6y  no  meint  y  karyat  o  bop 
parth.  neur  daroed  ida6  yna.  gadu  dros  gof  ac  ysgaelussaô  kynghoreu 
amie,  y  rei  ny  bu  les  ida6  eu  hebryuygu.  Annobeithya6  yr  hynny  hagen 
nys  gônaeth.  namyn  medylyaô  na  differth  y  santolyaeth  dauyd.  nae 
doethineb  selyf  heb  pechu.  y  deuwr  y  mae  du6  ynyr  ysgruthyr  yn  d6yn 
g6ahanreda61  dystolyaeth.  0  vy6n  hynny.  ardric  iarll  yg6r  aoed  lewe- 
nyd  gantha6  g6elet  gouit  adr6c  ar  bob  dyn.  ac  adristaei  pan  welei  y 
gytuarchogyon  ynkael  clôt  ac  urdas.  a  dywedut  awnaeth  ef  6rth  amlyn 
ual  hynn.  pony  wdost  di  arglwyd  iarll  y  amie  dy  gedymdeith  g6neuthur 
lledrat  ath6yll  ynghyueir  y  brenhin  am  yda  ac  na  cheiff  byth  bellach 
ymwelet  ac  ef.  ac  6rth  hynny  g6na6n  vi  athi  gedymdeithyas  tr6y  16 
achret  uchbenn  creireu.  ac  aruoll  yn  bot  yndi  ymada6  ogaryat  a  chywir- 
deb  o  hedi6  allan.  Ag6edy  ymrwymaô  ohonunt  yny  mod  (col.  1097) 
h6nn6.  ymdiret  awnaeth  amlyn  ida6  yn  gymeint  ac  adefyransaôdartro 
aoed  y  ryngtha6  a  merch  y  brenhin.  Ac  ual  yd  oed  amlyn  dydgweith  yn 
rodi  d6fyr  y  ymolchi  yr  brenhin  y  dywa6t  y  twyll6r  brader  gan  ardric 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2 1 9 

0  le  plus  fidèle  des  compagnons  et  le  plus  courageux  des  chevaliers  et 
le  plus  généreux  des  hommes,  avec  ta  permission,  il  me  faut  aller  pour 
revoir  ma  femme,  que  je  n'ai  vue  de  trois  ans.  Et  dès  que  je  le  pourrai 
je  reviendrai  vers  toi.  Et  toi  tu  resteras  ici,  seigneur  compagnon,  et  il  te 
faut  chercher  à  être  prudent,  et  te  garder  avec  circonspection  de  la 
tromperie  et  de  la  déloyauté  du  comte  Ardric  qui  est  plein  de  mauvaises 
intentions  contre  nous  à  cause  des  dignités  et  des  honneurs  que  le  roi  nous 
a  conférés.  Et  il  te  faut  chercher  à  être  prudent,  à  ne  pas  donner  ta  pen- 
sée et  ton  esprit  et  ton  affection  charnelle  à  la  fille  du  roi.  Et  alors 
Amlvn  dit  ainsi  :  0  le  plus  fidèle  des  compagnons,  par  la  grâce  de  Dieu, 
j'accomplirai  ton  conseil,  et  il  te  faut  penser,  par  l'amitié  qui  est  entre 
nous,  de  revenir  aussitôt  que  tu  le  pourras.  Et  après  qu'Amie  eut  pris 
congé  du  roi  et  de  toute  la  cour  avec  des  larmes  abondantes  de  tout 
côté,  il  alla  devant  lui  du  côté  du  pays  où  étaient  sa  femme  et  ses  compa- 
gnons. 

Et  après  un  petit  nombre  de  jours  de  ce  temps-là,  l'amour  de  la  fille 
du  roi  descendit  sur  Amlyn  au  point  qu'il  n'y  avait  jointure  ni  os  dans 
son  corps  qui  ne  fût  plein  d'amour.  Et  quand  il  en  trouva  occasion,  il 
lui  ouvrit  aussitôt  son  cœur,  et  lui  déclara  l'amour  qu'il  avait  pour  elle. 
Et  alors  elle  lui  répondit  et  lui  dit  que  l'amour  qu'elle  avait  pour  lui  était 
dix  fois  plus  grand  que  tout  l'amour  qu'il  avait  pour  elle.  Et  lorsqu'ils 
trouvèrent  pour  la  première  fois  occasion  et  temps  à  partir  de  ce  jour-là, 
ils  montrèrent  en  s'unissant  que  de  chaque  côté  leur  amour  était  plus 
grand  que  tout.  En  vérité  il  avait  négligé  de  garder  dans  sa  mémoire  et 
d'observer  les  conseils  d'Amie.  Il  n'eut  pas  avantage  à  les  oublier. 
Cependant  il  ne  désespéra  pas.  mais  il  pensa  que  sa  sainteté  ne  défendit 
pas  David  du  péché  ni  sa  sagesse  Salomon,  hommes  que  Dieu,  dans 
l'Écriture,  montre  en  perpétuel  témoignage. 

Alors  le  comte  Ardric  qui  se  réjouissait  de  voir  peine  et  mal  sur  cha- 
cun, et  qui  se  peinait  de  voir  ses  compagnons  chevaliers  obtenir  gloire 
et  honneur,  parla  à  Amlyn  ainsi  :  Comment  ne  sais-tu  pas,  seigneur 
comte,  qu'Amie  ton  compagnon  a  si  bien  trompé  et  volé  le  roi  qu'il  ne 
peut  jamais  plus  le  revoir  ?  Et  pour  cela,  faisons  toi  et  moi  une  amitié 
par  serment  et  foi  sur  les  reliques  et  jurons  que  dans  cette  amitié  nous 
nous  garderons  affection  et  fidélité  à  partir  d'aujourd'hui.  Et  après  qu'ils 
se  furent  unis  de  cette  façon,  Amlyn  se  confia  à  lui  au  point  de  lui  con- 
fesser l'histoire  et  l'intrigue  qui  existait  entre  lui  et  la  fille  du  roi. 

Et  comme  un  jour  Amlyn  était  à  donner  de  l'eau  pour  se  laver  au 
roi,  ce  traître  trompeur  d'Ardric  parla  au  roi  de  cette  façon  :  Seigneur 
roi,   n'accepte   pas   service   au  monde  du  traître   Amlyn  qui   a  fait 


220  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

ôrth  y  brenhin  yny  mod  h6nn.  Nachymer  argl6yd  vrenhin  wassanaeth  or 
byt  ygan  amlyn  vradôr.  yg6r  awnaeth  kewilyd  itt  ac  yth  teyrnas  agô- 
neuthur  dy  vnverch  o  vorwyn  yn  wreic.  Ac  yna  y  kymerth  amlyn  kewi- 
lyd ma6r.  ac  ovyn  yngymeint  ac  na  allei  dywedut.  a  syrthyaô  rac  bra6 
awnaeth.  Ag6edy  yr  brenhin  trugara6c  gôelet  hynny  ygyuodi  awnaeth. 
ac  erchi  idaô'yn  wra6l  ymdiheura6  os  gallei.  adangos  y  vot  yn  wirion. 
A  g6edy  y  gyuodi  y  dywa6t  6rth  y  brenhin.  Y  trugarockaf  or  bren- 
hined  y  g6r  yssyd  gynnefodic  ganthaô  dileu  enwired  a  chanmaôl  kywir- 
deb.  y  g6r  ny  ellir  y  drossi  y  6rth  gywirdeb.  nac  yr  ovyn  nac  yr  karu 
nac  yr  gobyr  nac  yr  g6erth.  mi  aadolygaf  yth  enryded  di  na  chretych 
ymadrodyon  ardric  brad6r.  namyn  gat  ym  oet  y  aros  vygkynghor  ual  y 
gallwyf  ym  gadarnhau  rac  dy  vromz  di  y  dangos  gôirioned  dr6y  rodi  vyng- 
corffyny  erbyn.  adangos  y  vot  yn  gelwyda6c  ynggwyd  dylys  athgyn- 
ghor  di.  Ac  oedi  aoruc  y  brenhin.  Ac  erchi  udunt  erbyn  pryt  na6n 
drannoeth  dangos  p6y  a  uei  ar  yr  ia6n.  Yd  oed  ygyt  ac  ardric  herbet 
iarll  yny  gaflmaôl.  Ac  yna  tristau  yn  ua6r  aoruc  amlyn  rac  hyt  yd  oed 
amie  y  gyueillt  yn  trigiaô.  y  g6r  y  kaffei  ef  gynghor  y  ganthaô  ympob 
govit.  Agôedy  gwelet  o  ildegart  vrenhines  nat  oed  neb  aymyrrei  ygyt 
ac  ef.  dyuot  awnaeth  att  y  brenhin.  ac  erchi  ida6  oet  dyd  teruynedic  y 
amlyn  y  aros  (col.  1098)  y  gynghor.  ac  ony  bei  bara6t  ynyr  oet  teruy- 
nedic 6rth  weledigaeth  y  brenhin  ae  gynghor.  na  chaffei  hi  vyth  dyuot 
y  vn  gwely  ar  brenhin  ohynny  allan.  ae  hadolôyn  a  gauas  hi  ynllawen. 
ac  yna  y  kerda6d  amlyn  yn  diannot  racdaô  y  geissyaô  y  gynghor.  ac 
megys  yd  oed  ynkerdet.  nachaf  amie  ae  gedymdeithyon  ynkyuaruot  ac 
ef.  ac  yn  mynet  parth  allys  y  brenhin.  Ac  ual  y  gwelas  amlyn  ef.  dis- 
gynnu  awnaeth.  a  gost6ng  ar  benn  y  lin  ac  erchi  na6d  ida6  athrugared. 
adatkanu  or  dechreu  hyt  y  diwed  y  gyfrangk  pawed  y  daroed  idaô  yn 
erbyn  y  gynghor  ef  traethu  merch  y  brenhin.  a  phawed  yd  oed  dyd 
teruynedic  y  ryngthunt  tr6y  eirya61  y  vrenhines.  ac  yna  tr6y  v6r6 
uchenedyeu  praff.  a  gell6ng  dagreuoed  hidleit  yd  erchis  amlyn  idaô 
vynet  ygyt  ac  ef  yr  coet  yr  oedynt  yn  seuyll  yny  ymyl.  ac  ada6  yno  eu 
kedymdeithyon.  A  g6edy  eu  dyuot  yno  y  dirgelôch  y  coet.  y  gerydu 
yn  va6r  awnaeth  amie  am  ysgaelussaô  y  gynghor.  ac  erchi  awnaeth 
idaô  newidyaô  gôisc  a  mardi  ac  ef  ual  y  gallei  ef  yn  gyntaf  peth  mynet 
tu  ae  lys  ef  att  y  wreic  briaôt.  Ac  ynteu  aaei  parth  allys  y  brenhin  y  gyn- 
hal  oet  y  dyd  aoed  y  ymlad  rôg  amlyn  ac  ardric  iarll.  a  thrôy  nerth  duô 
y  oruot.  Ac  yna  y  dywaôt  amlyn  ual  hynn.  Y  kywiraf  or  kedymdei- 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  221 

opprobre  à  toi  et  à  ton  royaume  et  qui  a  fait  ta  fille  femme  de  pucelle. 
Et  alors  Amlyn  prit  grand'honte  et  peur  au  point  qu'il  ne  pouvait  parler, 
et  il  tomba  de  terreur.  Et  quand  le  prince  compatissant  vit  cela,  il  le  fit 
se  relever  et  l'invita  à  se  défendre  courageusement  s'il  le  pouvait  et  à 
montrer  qu'il  était  loyal.  Et  après  s'être  relevé  il  dit  au  roi  :  0  le  plus 
compatissant  des  rois,  toi  qui  as  accoutumé  de  détruire  l'iniquité  et  de 
récompenser  la  justice,  toi  qu'on  ne  peut  détourner  de  la  justice,  ni  par 
crainte,  ni  par  affection,  ni  par  présents,  ni  par  argent,  j'en  prie  ta  sei- 
gneurie, ne  crois  pas  les  paroles  d'Ardric  le  traître,  mais  donne-moi 
temps  pour  attendre  mon  conseil,  pour  que  je  puisse  me  fortifier  devant 
toi  et  montrer  la  vérité  en  offrant  mon  corps  contre  lui  et  montrer  qu'il 
est  un  menteur  en  face  de  ta  cour  et  de  ton  conseil.  Et  le  roi  mit  un 
délai,  et  il  les  invita  à  montrer  l'après-midi  du  lendemain  qui  des  deux 
était  dans  son  droit. 

Ardric  avait  le  comte  Herbet  comme  répondant.  Et  alors  Amlyn  s'at- 
trista grandement  de  ce  qu'Amie  son  compagnon  demeurait  absent,  celui 
dont  il  obtenait  conseil  en  toute  peine.  Et  comme  la  reine  Hildegarde 
voyait  qu'il  n'avait  personne  qui  s'entremît  avec  lui,  elle  alla  trouver  le 
roi  et  lui  demanda  de  laisser  à  Amlyn  délai  et  terme  pour  obtenir  son 
conseil,  et  que  s'il  n'était  pas  prêt  dans  le  délai  fixé  à  paraître  devant  le 
roi  et  son  conseil,  elle  n'irait  plus  dans  le  lit  du  roi  à  partir  de  ce  jour. 
Elle  obtint  sa  prière  et  en  fut  joyeuse  ;  et  alors  Amlyn  alla  sans  tarder 
devant  lui  pour  chercher  son  conseil. 

Et  comme  il  était  en  chemin,  voilà  qu'il  rencontre  Amie  et  ses  compa- 
gnons qui  allaient  du  côté  de  la  cour  du  roi.  Et  comme  Amlyn  le  vit,  il 
descendit  de  cheval,  se  jeta  à  genoux  et  lui  demanda  pardon  et  pitié,  et 
il  lui  raconta  son  affaire  du  commencement  jusqu'à  la  fin,  comment  il 
lui  était  advenu  contre  son  conseil  d'agir  avec  la  fille  du  roi,  et  comment 
un  délai  leur  avait  été  fixé  par  l'intercession  de  la  reine.  Et  alors  en 
poussant  de  profonds  sanglots  et  en  versant  des  larmes  abondantes, 
Amlyn  le  pria  de  venir  avec  lui  dans  le  bois  sur  la  lisière  duquel  ils  se 
trouvaient,  et  de  laisser  là  leurs  compagnons.  Et  après  qu'ils  furent  venus 
dans  le  secret  du  bois,  Amie  se  mit  à  le  réprimander  grandement  pour 
avoir  enfreint  son  conseil  et  il  lui  dit  de  changer  avec  lui  de  vêtements 
et  de  cheval  pour  qu'il  pût  en  premier  lieu  aller  du  côté  de  sa  cour  vers 
sa  femme.  Et  lui,  il  irait  du  côté  de  la  cour  du  roi  pour  observer  le 
rendez-vous  du  jour  marqué  pour  le  combat  entre  Amlyn  et  le  comte 
Ardric  et  pour  l'emporter  par  la  grâce  de  Dieu.  Et  alors  Amlyn  parla 
ainsi  :  0  le  plus  fidèle  des  compagnons,  comment  irai-je  à  ta  cour, 
puisque  ne  me  connaissent  ni  ta  femme  ni  personne  de  ta  cour  ?  Va  devant 


222  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

thyon.  pa  ansa6d  ydafi  yth  lys  di  o  herwyd  nam  hatwaen  dy  wreic  na 
neb  oniuer  dy  lys.  Dos  ragot  heb  yr  amie,  ac  amovyn  am  vyng  gwreic 
am  tylôyth.  athi  ageffy  gyfarwydyt  yn  ha6d.  acheis  ymoglyt  yn  gywir 
na  wnelych  gewilyd  ym  am  vyng  gwreic.  Ac  yna  yd  ymwahanyssant. 
amieparîh  allys  y  brenhin  ynrith  amlyn.  ac  amlyn  tu  allys  amie  yn  rith 
amie.  (col.  1099)  Aphan  doeth  amlyn  tu  allys  amie,  dyuot  awnaeth  y 
wreic  yny  erbyn  dr6y  diruaôr  lewenyd.  athebygu  y  mae  y  g6r  pria6t 
oed  amyn/zv  mynet  dwylaô  mynôgyl  ida6.  ac  yd  erchis  ef  yr  arglôydes 
nas  kussanei.  oherwyd  nat  oed  hyfryt  ganthaw  yuedôl  am  adatkanyssit 
ida6  ar  yfford.  Ac  yr  hynny  erchi  aoruc  hi  ida6  ef  bot  ynhyfryt.  oher- 
wyd bot  yn  hyspys  genthi  y  deuei  dibendaôt  da  or  chwedyl  h6nn6.  Ar 
nos  honno  yd  aethant  y  gysgu  yr  vn  g6ely.  ac  ual  y  doethant  yr  gôely. 
ydodes  ef  ygledyf  yn  noeth  y  ryngthaô  ef  a  hi.  a  dywedut  6rthi.  o  nes- 
saei  hi  atta6  ef  yn  nés  no  hynny  ylladei  yphenn.  Ac  uelly  y  buant  beu- 
noeth  yny  doeth  kennat  amie  yn  dirybud  nossweith  attunt  yr  ystauell. 
y  edrych  pawed  yd  oedynt  yn  kad6  kywirdeb  ac  ef  am  y  wreic.  Chwed- 
yl amie  ynteu  ortu  arall  vu  ydyuot  yn  rith  amlyn  parth  allys  y  brenhin. 
erbyn  yr  oet  teruynedic  aoed  y  rydaô  ac  ardric.  a  diruaôr  lewenyd  agy- 
merth  y  vrenhines  pan  y  gwelas.  Ac  yna  ydoeth  ardric  guhud6r  att  y 
brenhin  ac  y  dywa6t  na  dylyei  y  vrenhines  vyth  dyuot  y  vn  wely  ar 
brenhin  am  duuna6  ohonei  ac  amlyn  am  y  merch.  Ac  yna  y  dywa6t 
amlyn  6rth  y  brenhin  yny  mod  h6nn.  Y  kyfya6naf  or  brenhined  yg6r 
yssyd  gynneuodic  ganthaô  ost6ng  enwired  kedyrn.  a  nerthau  a  chan- 
ma61  kywirdeb  tlodyon.  mi  adangossaf  ythenryded  di  vymot  i  hedi6 
ynbara6t  dr6y  nerth  du6  y  dangos  bot  ardric  yn  d6yll6r  kelwyda6c. 
ambot  i  arurenhines  ae  merch  yn  wirion  a  hynny  tr6y  ymlad  ac  ef.  Ac 
yna  y  dywaôt  y  brenhin  trugara6c  ual  hynn.  argl6yd  iarll  heb  ef  byd 
lawen  kanys  os  budugolyaeth  aryd  du6  ytti.  or  g6r  racko  ual  y  mae 
tebic  gennyfi.  Mi  arodaf  belisent  vy  merch  ynbria6t  itt.  athywyssogaeth 
byrgôynn  (col.  1100)  ygyt  ahi.  Ar  bore  drannoeth  y  gôisgassant  ym- 
danunt  arueu  tr6m  estronaôl.  Ac  y  doethant  raedunt  yr  maes.  yng  g6yd 
brenhin  ffreinc.  a  116yrwys  y  holl  deyrnas  o  veibyon  g6yrda  a  rianed.  y 
edrych  ar  yr  ymlad.  Ar  bore  ydyd  h6nn6  yd  aeth  y  vrenhines  hi  aria- 
ned  y  deyrnas  y  vanachlogoed  ac  eglôysseu.  y  adol6yn  ydu6  ar  seint 
dr6y  len6i  yr  alloryeu  o  offrymeu  abreinya61  rodyon  yr  bot  yn  nerth  y 
amlyn  iarll.  a  g6edy  y  amie  g6ybot  yn  hyspys  bot  y  marchaéc  yn  bara6t 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  223 

toi,  dit  Amie,  et  demande  ma  femme  et  mes  gens,  et  tu  feras  aisément 
l'expérience,  et  cherche  à  éviter  sincèrement  à  ne  pas  me  faire  d'op- 
probre relativement  à  ma  femme.  Et  alors  ils  se  séparèrent,  Amie  du 
côté  de  la  cour  du  roi  sous  la  forme  d'Amlyn,  et  Amlyn  vers  la  cour 
d'Amie  sous  la  forme  d'Amie. 

Et  quand  Amlyn  arriva  vers  la  cour  d'Amie,  sa  femme  vint  à  sa  ren- 
contre avec  une  très  grande  joie,  et  elle  pensait  que  c'était  son  mari  et 
elle  voulait  l'embrasser.  Et  il  pria  la  dame  de  ne  pas  l'embrasser,  parce 
que  son  esprit  n'était  pas  joyeux  de  ce  qu'on  lui  avait  appris  sur  le  che- 
min. Et  elle  lui  dit  d'être  joyeux  parce  qu'il  était  clair  pour  elle  qu'il 
arriverait  bonne  fin  de  cette  affaire.  Et  cette  nuit-là  ils  allèrent  coucher 
dans  un  même  lit,  et  comme  ils  allèrent  au  lit  il  mit  son  épée  nue  entre 
lui  et  elle,  et  il  lui  dit  que  s'il  s'approchait  d'elle  plus  près  que  cela,  il 
lui  couperait  la  tête.  Et  ainsi  étaient-ils  chaque  nuit  lorsque  vint  un  mes- 
sager d'Amie  d'une  façon  inattendue  une  nuit  dans  la  chambre  pour 
savoir  comment  il  lui  gardait  fidélité  relativement  à  sa  femme. 

L'histoire  d'Amie  de  l'autre  côté  fut  d'aller  sous  la  forme  d'Amlyn  vers 
la  cour  du  roi  au  temps  fixé  comme  terme  entre  lui  et  Ardric.  Et  très 
grande  joie  eut  la  reine  quand  elle  le  vit.  Et  alors  le  traître  Ardric  alla 
vers  le  roi  et  lui  dit  que  la  reine  ne  devait  plus  jamais  aller  dans  un 
même  lit  que  le  roi,  parce  qu'elle  s'était  entendue  avec  Amlyn  au  sujet  de 
sa  fille.  Et  alors  Amlyn  parla  au  roi  de  cette  manière  :  O  le  plus  juste 
des  rois,  toi  qui  es  accoutumé  de  briser  l'injustice  puissante,  et  de  forti- 
fier et  d'élever  l'honnêteté  des  malheureux,  je  montrerai  à  ta  seigneurie 
que  je  suis  prêt  aujourd'hui,  par  la  grâce  de  Dieu,  à  montrer  qu'Ardric  est 
un  traître  menteur,  et  que  la  reine  et  sa  fille  sont  innocentes,  et  cela,  en 
me  battant  avec  lui.  Et  alors  le  roi  miséricordieux  lui  parla  ainsi  :  Sei- 
gneur comte,  dit-il,  sois  joyeux,  car  si  Dieu  te  donne  la  victoire  sur  cet 
homme-là,  comme  il  est  vraisemblable  pour  moi,  je  te  donnerai  Belisent 
ma  fille  en  mariage,  et  la  principauté  de  Bourgogne  avec  elle. 

Et  le  lendemain  matin  ils  revêtirent  des  armes  lourdes  et  rares,  et  ils 
allèrent  dans  la  lice,  en  présence  du  roi  et  de  l'assemblée  de  tout  le 
royaume  formée  de  fils  des  gentilshommes  et  de  dames  pour  assister  au 
combat.  Et  le  matin  de  ce  jour-là  la  reine  et  les  dames  du  royaume 
allèrent  dans  les  monastères  et  les  églises  prier  Dieu  et  les  saints  en 
remplissant  les  autels  d'offrandes  et  de  dons  royaux  afin  que  cela  fût  une 
force  pour  le  comte  Amlyn. 

Et  quand  Amie  sut  clairement  que  le  chevalier  était  prêt  à  combattre 
avec  lui,  il  se  mit  à  réfléchir,  et  pensa  ainsi  dans  son  esprit  :  Malheur  à 
moi,  dit-il,  d'être  si  mauvais  chrétien  de  désirer  la  mort  de  cet  honnête 


224  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

y  ymlad  ac  ef.  medylyaô  awnaeth.  ac  ymadraôd  ac  ef  ehun  yny  ved61 
val  hynn.  Gwae  vyvi  heb  ef  vy  mot  i  yn  gyndr6c  cristaôn  a  chweny- 
chu  angheu  y  marcha6c  g6irion  racko.  os  myui  ae  llad  ef.  pawed  ygall- 
af  ymwelet  adu6  dyd  bra6t.  Os  ynteu  am  llad  ynheu.  vy  angklot  a 
gerda  ardraôs  y  byt  yn  dragywyd.  A  g6edy  y  medôl  h6nn6  y  dywa6t 
ef  6rth  ardric  iarll  yny  wed  honn.  arglwyd  iarll  heb  ef.  ysdr6c  a  gyn- 
ghor  y6  y  ti  chwenych  vy  angheu  yn  gymeint  ac  ydwyt  :  ath  rodi  ditheu 
dy  hunan  ym  perigyl  angheu.  namyn  os  vyndiheuraô  i  awney  di  val  y 
gelly  ar  vymperigyl  i  yn  haôd  or  kelwyd  a  dywedy  di.  mi  a  vydaf  gywir 
gedymdeith  yti  tra  v6yf  vy6.  Ac  yna  y  dywaôt  ardric  y  ennynedic  o 
lit  achyffro  6rtha6  ual  hynn.  Nath  gedymdeithyas  nath  garyat  nys  myn- 
naf.  namyn  provi  gôirioned  arnat  tr6y  d6yn  dy  benn  y  ar  dy  gorff.  ac 
yna  y  tynga6d  ardric  ryweithredu  o  hona6  ef  orth  verch  y  brenhin.  ac 
y  tynga6d  ynteu  bot  yn  gelwyd  hynny.  A  gôedy  hynny  ymgyrchu  aw- 
naethant  yn  llidya6c  ac  yn  awydus  ar  ymlad  ar  deu  uarch.  ac  erbyn/z 
pryt  anterth  or  dyd.  neur  daroed  y  amie  gael  y  uudugolyaeth  dr6y  lad 
penn  ardric.  (col.  1101)  Ac  yna  y  bu  drist  y  iarll  am  golli  ardric.  ac  y 
buwyt  lawen  o  bop  parth  am  dianc  y  mackwy  arall.  Ac  yna  y  rodes  y 
brenhin  y  verch  yn  bria6t  y  amie  yn  rith  amlyn.  a  llawer  o  dir  a  daear. 
ac  eur  ac  aryant  ygyt  a  hi.  achyuoeth  tec  arodes  udunt  yn  normandi 
arlann  y  mor.  ar  kastell  teckaf.  A  g6edy  goresgyn  o  hona6  y  dir  ae  dae- 
ar ae  da.  adolwyn  kennyat  yr  brenhin  awnaeth  am  wneuthur  y  neith- 
ya6r  a  chysgu  gyt  ae  wreic  yny  wypei  agaffei  vn  chwedyl  ovy6n  y 
vlwydyn  honno  y  6rth  amie  y  gedymdeith.  a  channyat  a  gauas  yn  lia— 
wen  y  gan  y  brenhin  ae  gynghor.  Ac  yna  yndiannot  y  kerdawd  racdaô 
aniuer  ma6r  y  gyt  ac  ef  arbennic  y  ymwelet  ac  amlyn.  A  phan  y  gôelas 
amlyn  ef  yn  dyuot  ar  niuer  h6nn6  ygyt  ac  ef.  ffo  awnaeth  o  tebygu 
daruot  llad  amie,  a  brathu  march  aovue  amie  yny  ol.  ac  erchi  ida6  na 
ffoei  o  herwyd  ida6  ef  kaffel  y  vudugolyaeth  o  ardric  iarll.  achael  merch 
y  brenhin  yn  briaôt  ida6  ynteu.  Ac  yna  y  doeth  amlyn  atta6  dr6y 
dirua6r  lewenyd.  adiol6ch  y  amie  y  lauur  ae  gywirdeb.  ac  aaeth  parth 
allys  brenhin  ffreinc.  Ac  yna  y  parattoet  neithyaôr  vrenhina61.  ac  y 
presswyla6d  gyt  ae  wreic  yny  kastell  yn  normandi  ar  lann  y  mor. 
agweithyeu  ereill  yn  aluern  yny  gyuoeth  ehun.  A  g6edy  yspeit  hir  o 
amser.  yd  anuones  du6  keing  o  glafri  ar  amie  megys  na  allei  gyfodi  or 
gwely.  kanys  y  mab  agaro  du6  ef  aenvyn  du6  trallaôt  agovit  arna6.  Ac 
ohynny  allan  kyn  gasset  vu  gan  obias  y  wreic  ef  ac  na  mynnei  gwelet 
golôc  arna6  yr  da  y  byt.  Ac  yn  vynych  keissyaô  aônaei  y  dagu.  ac  yna 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  22  s 

chevalier!  Si  c'est  moi  qui  le  tue,  de  quelle  façon  pourrai-je  me  rencon- 
trer avec  Dieu  le  jour  du  jugement  ?  Et  si  c'est  lui  qui  me  tue,  mon 
déshonneur  se  répandra  par  le  monde  pour  toujours.  Et  après  cette 
réflexion  il  parla  ainsi  au  comte  Ardric  :  Il  est  mal  que  tu  aies  le  dessein 
de  désirer  ma  mort  au  point  où  tu  la  désires,  et  de  te  mettre  toi-même 
en  péril  de  mort  :  car  si  tu  veux  m'innocenter,  comme  tu  le  peux  aisé- 
ment dans  mon  danger,  du  mensonge  que  tu  dis,  je  te  serai  compagnon 
fidèle  tant  que  je  vivrai.  Et  alors  Ardric,  enflammé  de  colère  et  d'émo- 
tion, lui  dit  ainsi  :  Ni  ton  compagnonnage  ni  ton  amitié  je  ne  désire, 
mais  prouver  la  vérité  contre  toi  en  séparant  ta  tête  de  ton  corps. 

Et  alors  Ardric  jura  qu'il  avait  abusé  de  la  fille  du  roi,  et  celui-ci  jura 
que  c'était  un  mensonge.  Et  alors  ils  s'élancèrent  avec  colère  et  impé- 
tuosité au  combat  sur  leurs  deux  chevaux,  et  vers  la  troisième  heure  du 
jour,  Amie  obtint  la  victoire  en  coupant  la  tête  d'Ardric. 

Et  alors  le  comte  fut  triste  de  perdre  Ardric,  et  on  fut  joyeux  de  toute 
part  devoir  échapper  l'autre  jeune  homme.  Et  alors  le  roi  donna  sa  fille 
en  mariage  à  Amie  sous  la  forme  d'Amlyn,  avec  beaucoup  de  terres  et 
de  pays,  et  de  l'or  et  de  l'argent.  Et  il  leur  donna  un  beau  territoire  en 
Normandie  sur  le  bord  de  la  mer,  et  le  plus  beau  château.  Et  après  avoir 
conquis  le  pays,  la  terre  et  les  biens,  il  demanda  au  roi  congé  pour  faire 
la  noce  et  coucher  avec  sa  femme,  jusqu'à  ce  qu'il  sût  s'il  pouvait  avoir 
nouvelle  en  cette  année  d'Amie  son  compagnon,  et  le  roi  lui  donna 
joyeusement  congé  et  conseil.  Et  il  partit  sans  tarder,  et  avec  lui  une 
troupe  nombreuse  et  choisie,  pour  aller  voir  Amlyn.  Et  quand  Amlyn  le 
vit  venir  avec  un  si  grand  nombre  avec  lui,  il  se  mit  à  fuir  pensant 
qu'Amie  avait  été  tué,  et  Amie  se  mit  à  éperonner  son  cheval  après  lui 
et  à  lui  dire  de  ne  pas  fuir,  puisqu'il  avait  obtenu  la  victoire  sur  le  comte 
Ardric,  et  qu'il  lui  avait  obtenu  la  fille  du  roi  en  mariage.  Et  alors 
Amlyn  vint  vers  lui  avec  une  grande  joie,  et  il  remercia  Amie  pour  son 
dévouement  et  sa  fidélité  et  il  se  dirigea  vers  la  cour  du  roi  de  France. 
Et  alors  fut  faite  la  noce  royale,  et  il  s'établit  avec  sa  femme  en  Nor- 
mandie sur  le  bord  de  la  mer  et  d'autres  fois  en  Alvern  dans  ses  pos- 
sessions. 

Et  après  un  long  espace  de  temps,  Dieu  envoya  une  attaque  de  lèpre 
sur  Amie,  de  sorte  qu'il  ne  pouvait  plus  se  lever  de  son  lit.  Car  l'homme 
que  Dieu  aime,  Dieu  lui  envoie  peine  et  tribulation.  Et  à  partir  de  ce 
moment  il  fut  tellement  haï  d'Obias  sa  femme  qu'elle  ne  voulait  plus  jeter 
un  regard  sur  lui  pour  tous  les  biens  du  monde,  et  souvent  elle  cherchait 
à  l'étrangler.  Et  alors  il  appela  vers  lui  Aron  et  Onvur  ses  serviteurs,  et 
il  leur  demanda  pour  l'amour  de  Dieu  de  l'emmener  de  là  loin  de  la  dia- 


226  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie, 

y  gelwis  ef  atta6  aron  ac  onvur  y  weissyon.  ac  erchi  udunt  yr  du6  y 
landwyaô  ef  odyno  y  6rth  (col.  1102)  y  dia61es  aoed  wreic  ida6.  a 
chymryt  yndi  arwybot  y  ffiol  arodassei  y  pab  ida6  ae  d6yn  parth  achas- 
tell  berigan  yny  lie  y  dylyei  ef  vot  yn  arglwyd.  A  phandoethant  ac  ef 
dr6y  diruaôr  lauur  parth  ar  kastell  y  kyfaruu  niuer  ac  6y  odieithyr  y 
kastell.  a  govyn  awnaethant  udunt  p6y  y  claf  ydoedynt  yny  doyn 
tu  ar  kastell.  Sef  y  dywedassant  6ynteu  y  mae  amie  eu  harglôyd  yd 
oedynt  yny  arwein  tu  ar  kastell  y  geissyaô  eu  trugared  am  gaffel 
lletty  ida6  yr  du6.  A  g6edy  clybot  yr  ymadrodyon  hynny  or  tylwyth 
aoed  wyr  ida6.  ac  adylyynt  vot  yn  uvyd  ida6.  maedu  y  g6eissyon 
awnaethant  yn  greulaôn.  ae  v6r6  ynteu  yn  amharchus  yr  lla6r  or 
kerbyt  yd  oed  ynda6.  ac  erchi  yr  gôeissyon  ual  y  kerynt  eu  hoedyl 
ada6  y  kyfoeth  ae  deruyneu  kyntaf  ac  y  gellynt.  neu  6ynteu  a 
vynnynt  var6  yn  diannot.  Ac  yna  yd  wyla6d  amie,  ac  y  dywaôt.  Du6 
hollgyuoethaôc  dat.  y  g6r  yssyd  pria6t  ida6  bot  yndrugaraôc.  a  chytdo- 
luryaô  aphob  govidyus.  gwna  vn  o  deupeth  ami.  ae  rodi  anghev  ym 
dr6y  drugared  ym  heneit.  ae  trugarhau  6rthyf  oford  arall  tr6y  vyndio- 
vudyaô.  Ac  yna  y  dywa6t  ef  6rth  y  weissyon  ac  yderchis  udunt  yr 
du6  y  arwein  ef  tu  aruvein  y  geissyaô  nerth  a  chyngor  ygan  y  gôr  da 
aoed  bab  ac  ae  bedydiassei  '  ef.  A  phann  doeth  y  ruvein  y  bu  lawen  kus- 
tennin  ar  marchogyon  o  lys  ruuein  ae  dalyassynt  6rth  vedyd.  tr6y  rodi 
tr6ydetida6  ae  weissyon  o  v6yt  adiaôt  adillat  yn  llawen.  A  g6edy  y  vot 
yno  teir  blyned  ynyr  ansaôd  esmwythaf  aallei.  Ac  yna  ydoeth  drycvyt 
anewyn  yngymmeint  ynggwlat  ruuein.  ac  nat  hanbôyllei  y  tat  or  mab 
nar  uam  or  (col.  1103)  verch  rac  newyn  athlodi.  Ac  yna  y  dywaôt 
aron  ac  onvur  6rtha6.  arglwyd  hyspys  y  g6dost  ti  yr  pan  vu  uar6  dy  dat 
hyt  hedi6.  nac  yr  ryuel  nac  yr  hedôch  yr  a  vu  arnam  oovut  na  phallys- 
sam  ni  yti  obop  ufylldaôt  agwassanaeth  or  aallassam.  weithyon  argl- 
6yd.  kymeint  y6  y  newyn  ar  noethi  arnam  ac  na  allôn  drigyaô  ygyt  a 
thi.  a  ninheu  a  ffo6n  rac  y  uarwolyaeth  honn  parth  ar  lie  y  kaffom  v6yt 
adiaôt  y  gynnal  yn  heneidyeu.  Ac  yna  y  disgyrmaôd  ryuerthin  owylaô 
ar  amie,  ac  y  dywa6t  6rthunt  ual  hynn.  Arglôydi  gedymdeithyon  heb  ef 
y  g6yr  yssyd  ia6nach  ymi  eugal6  yndateu  im  noc  yn  weissyon.  yr  y 
llafura  ga6ssa6ch  6rthyfi.  ac  yr  du6  y  g6r  yssyd  baraôt  ydalu  y  ba6p  y 
weithret  da.  adolwyn  y6  gennyf  y6ch  nam  adawoch  yma  yn  vnic.  namyn 
vy  arwein  parth  allys  amlyn  iarll.  athrugarhau  awnaethant  6rtha6.   ae 


i.  Ms.  bedyassei 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  227 

blesse  qu'il  avait  pour  femme,  et  de  prendre  avec  lui  comme  signe  la 
coupe  que  lui  avait  donnée  le  pape  et  de  le  mener  du  côté  du  château  de 
Berigan  où  il  devait  être  le  seigneur.  Et  quand  ils  vinrent  avec  lui  à 
grand'peine  vers  le  château,  ils  rencontrèrent  une  troupe  en  dehors  du 
château  qui  leur  demanda  qui  était  le  malade  qu'ils  portaient  vers  le  châ- 
teau. Et  ils  répondirent  que  c'était  Amie  leur  seigneur  qu'ils  conduisaient 
vers  le  château,  pour  demander  à  leur  compassion  de  lui  donner  logis 
pour  l'amour  de  Dieu.  Et  alors  cette  troupe  qui  était  ses  gens  et  qui 
devait  lui  être  obéissante,  après  avoir  entendu  ces  paroles,  se  mit  à  mal- 
traiter cruellement  ses  serviteurs,  et  à  le  jeter  lui-même  sans  respect  en 
bas  du  chariot  où  il  était.  Et  ils  dirent  aux  serviteurs  de  quitter,  s'ils 
tenaient  à  leur  vie,  le  pays  et  ses  frontières  le  plus  tôt  qu'ils  le  pourraient, 
à  moins  qu'ils  ne  voulussent  mourir  sans  tarder. 

Alors  Amie  pleura,  et  il  dit  :  Dieu,  Père  tout-puissant,  toi  qui  as  pour 
essence  d'être  miséricordieux  et  compatissant  pour  tout  être  qui  souffre, 
accorde-moi  une  de  ces  deux  choses,  de  me  donner  la  mort  en  ayant 
pitié  de  mon  âme,  ou  d'avoir  pitié  de  moi  d'une  autre  façon  en  mettant 
fin  à  mes  souffrances.  Et  alors  il  s'adressa  à  ses  serviteurs  et  il  les  pria 
pour  l'amour  de  Dieu  de  le  mener  vers  Rome  pour  chercher  force  et 
conseil  du  noble  homme  qui  était  pape  et  qui  l'avait  baptisé.  Et  quand  il 
vint  à  Rome,  Constantin  fut  joyeux,  et  aussi  les  chevaliers  de  la  cour  de 
Rome  qui  l'avaient  tenu  au  baptême,  et  il  donna  joyeusement  à  lui  et  à 
ses  serviteurs  toute  franchise  de  vivres,  de  boissons  et  de  vêtements. 

Et  après  qu'ils  étaient  restés  là  trois  ans,  dans  l'état  le  plus  tranquille 
qu'il  se  pouvait,  il  arriva  disette  et  famine  dans  le  pays  de  Rome  au 
point  que  ni  le  père  ne  s'occupait  de  son  fils,  ni  la  mère  de  sa  fille,  à 
cause  de  la  famine  et  de  la  misère.  Et  alors  Aron  et  Onvur  lui  dirent  : 
Seigneur,  tu  sais  clairement  que  depuis  que  ton  père  est  mort  jusqu'à 
aujourd'hui,  ni  en  guerre,  ni  en  paix,  pour  toute  la  peine  que  nous  avons 
eue,  nous  ne  t'avons  manqué  en  toute  obéissance  et  en  tout  service  que 
nous  pouvions.  Maintenant,  seigneur,  la  famine  et  le  besoin  nous  pres- 
sent tellement  que  nous  ne  pouvons  plus  rester  avec  toi.  Et  nous  nous 
enfuyons  de  cette  mortalité  vers  quelque  endroit  où  nous  trouverons  à 
manger  et  à  boire  pour  soutenir  nos  vies.  Alors  Amie  laissa  couler  un 
torrent  de  larmes  et  il  leur  parla  comme  suit  :  Seigneurs  compagnons, 
dit-il,  vous  qu'il  serait  plus  facile  à  moi  d'appeler  des  pères  que  des  ser- 
viteurs, pour  la  peine  que  vous  avez  prise  avec  moi,  pour  l'amour  de 
Dieu  qui  est  prêt  à  payer  à  chacun  ses  bonnes  œuvres,  je  vous  supplie 
que  vous  ne  m'abandonniez  pas  ici  seul,  mais  me  conduisiez  du  côté  de 


228  Kcdymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

Iand6ya6  parth  allys  amlyn.  A  phan  doethant  yr  porth.  ffustaô  eu  clap- 
peu  awnaethant  ual  y  g6naei  gleivyon  or  clevyt  gwahan.  Ac  ual  y 
kigleu  amlyn  6ynt  yny  porth.  erchi  aoruc  y  vn  or  yssweinyeit.  d6yn 
b6yt  yr  cleivyon.  a  llenwi  y  ffiol  aahvei  amlyn  ruuein  org6ingoreu  aoed 
yny  llys  ae  d6yn  udunt.  a  phandoeth  yr  ysswein  yr  porth.  ytynnaôd  y 
claf  oe  yscrap  yffiol  ynteu.  a  oed  debic  y  ffiol  yr  iarll  y  erbynyeit  y  diaôt 
yndi.  Aphan  doeth  yr  ysswein  yr  neuad  att  yr  arglwyd.  ac  y  dywaôt. 
Arglvvyd  heb  ef.  myn  y  kiwirdeb  a  dyngeis  i  ytt  pa  ny  bei  vot  ym  lla6  i. 
ruuein  dy  ffiol  di.  mi  adyng6n  yr  holl  seint  mae  hi  yssyd  ynllaô  rclaf  yn 
y  porth  oherwyd  nat  oes  yn  vy6  un  dyn  awypo  gôahan  y  ryngthuwt 
(col.  1104)  nac  o  veint  nac  oli6.  Ac  yna  yd  erchis  amlyn  yr  ysswein 
mynet  yn  ol  y  claf  ae  d6yn  attaô  ef.  A  phan  doeth.  govyn  awnaeth  yr 
iarll  ida6  oba  le  pan  hanoed.  a  ph6y  oed.  a  pha  le  y  ka6ssei  y  ffiol.  ac 
yna  y  dywa6t  yntev  y  hanvot  o  gastell  berigan  ynyr  almaen.  arodi  o 
gustennin  bab  ida6  y  ffiol  pan  y  bedydyassei.  am  hen6  pria6t  y6  amie, 
ac  yna  yd  adnabu  amlyn  y  mae  ef  oed  yg6r  aathoed  ymperigyl  angheu 
drosta6.  ac  a  baryssei  ida6  gael  merch  y  vrenhin  ffreincynbriaôt.  amy- 
net  aoruc  d6yla6  myn6gyl  ida6  dirua6r  lewenyd.  Ac  ot  oed  lawen 
amlyn  wrtha6.  seith  lawenach  pei  gallei  oed  yr  arglôydes.  tr6y  oll6ng  y 
dagreu  olewenyd.  ad6yn  ar  gof  awnaethant  py  enryded  py  urdas  aw- 
nathoed  udunt.  Ac  wedy  wylya6  llawer  o  lewenyd  o  bop  parth.  ag6- 
neuthur  g6ely  brenhina61  ida6  yn  vn  ystauell  ac  ef  aorugant.  ae  wahaôd 
dr6y  garyat  awnaethant  ida6  y  gymryt  kystal  tra  vei  vy6  o  v6yt  adiaôt 
adillat  dr6y  barch  ac  enryded  a  charyat  ef  ar  niuer  a  vynnei  y  gyt  ac 
ef.  ar  llys  ar  kyvoeth  6rth  y  ewyllys.  Ac  yno  y  trigya6d  ef  ae  devwas. 
A  megys  ydoed  nosweith  ef  ar  iarll  yn  kysgu  yn  yr  vn  gwely.  ar  argl- 
ôydes g6edy  mynet  yr  eglôys.  yd  anuones  du6  raphael  aghel  yal6  ar 
amie,  ac  y  dywedut  6rtha6  ual  hynn.  amie  awyt  ti  yn  kysgu.  Sef  aw- 
naeth ynteu.  tebygu  y  mae  amlyn  aoed  yngal6  arnaô.  adywedut  nac 
6yf  argl6yd  gyfeillt  heb  ef.  Ia6n  heb  yr  angel  y  g6rthebeist  o  herwyd 
y  du6  dy  wneuthur  yngyfeillt  yr  engylyon  or  nef.  ac  yn  eil  iob  a  thobi 
odef  y  amynedus  b6yllic  o  honat  tralla6t  agovit.  angel  ydu6  6yfi  yr  h6nn 
aelwir  raphael  yndyuot  y  dangos  medeginyaeth  itt  or  clefyt  yssyd  arnat. 
kanys  y  mae  du6  yn  trugarhau  6rthyt  tr6y  dy  (col.  1105)  wedieu 
kyfya6n.  Arch  ditheu  y  gennyfi  oblegyt  du6  y  amlyn  llad  y  deu  uab.  ac 
a  gwaet  y  veibyon  dy  olchi  di.  ac  uelly  ti  a  geffy  iechyt.  Ac  yna  y 
dywa6t  amie  6rth  yr  angel.  Nyt  ef  awnel  du6  llad  or  iarll  y  veibyon  yr 


L'amitié  d'Amis  et  cFAmiles.  229 

la  cour  du  comte  Amlyn.  Et  ils  eurent  pitié  de  lui,  et  ils  le  menèrent 
vers  la  cour  d'Amlyn. 

Et  quand  ils  arrivèrent  à  la  porte,  ils  se  mirent  à  frapper  leurs  clap- 
pettes,  comme  font  les  malades  de  la  lèpre.  Et  comme  Amlyn  les  enten- 
dit à  la  porte,  il  dit  à  un  de  ses  serviteurs  de  porter  de  la  nourriture 
aux  malades,  et  de  remplir  du  meilleur  vin  qui  était  dans  la  maison  la 
coupe  qu'Amlyn  appelait  la  Romaine,  et  de  la  leur  porter.  Et  quand  le 
page  vint  à  la  porte,  le  malade  tira  sa  coupe  de  sa  besace.  Et  semblable 
était  la  coupe  du  comte  dans  laquelle  on  lui  offrait  à  boire.  Et  quand  le 
page  revint  dans  la  salle  vers  son  seigneur,  il  lui  dit  :  Seigneur,  dit-il, 
par  la  fidélité  que  je  t'ai  jurée,  si  je  n'avais  dans  ma  main  ta  coupe 
romaine,  je  jurerais  par  tous  les  saints  que  c'est  celle  qui  est  entre  les 
mains  du  lépreux  à  la  porte  ;  car  il  n'y  a  personne  en  vie  qui  saurait  la 
différence  entre  elles  ni  pour  la  grandeur  ni  pour  la  couleur. 

Alors  Amlyn  dit  au  page  d'aller  vers  le  lépreux  et  de  le  lui  amener.  Et 
quand  il  vint,  le  comte  lui  demanda  d'où  il  était  originaire  et  qui  il  était 
et  où  il  avait  eu  la  coupe.  Et  alors  il  dit  qu'il  était  originaire  du  château 
de  Berigan  en  Allemagne  et  que  le  pape  Constantin  lui  avait  donné  la 
coupe  quand  il  l'avait  baptisé  et  que  son  propre  nom  était  Amie.  Et  alors 
Amlyn  reconnut  que  c'était  celui  qui  avait  été  en  danger  de  mort  pour 
lui,  et  qui  lui  avait  fait  obtenir  la  fille  du  roi  de  France  pour  femme,  et 
il  l'embrassa  avec  une  grande  joie.  Et  si  Amlyn  était  joyeux  de  cela,  plus 
joyeuse  s'il  était  possible  était  la  dame  qui  versait  des  larmes  de  joie,  et 
ils  se  remémorèrent  de  quels  honneurs  et  de  quelles  dignités  ils  avaient 
été  l'objet.  Et  après  qu'on  eut  pleuré  beaucoup  de  joie  des  deux  côtés,  ils 
lui  firent  faire  un  lit  royal  dans  la  même  chambre  qu'eux,  et  ils  l'invi- 
tèrent avec  affection  à  prendre,  tant  qu'il  serait  en  vie,  vivre,  boire  et 
vêtement  par  respect,  honneur  et  affection,  lui  et  tous  ceux  qu'il  voudrait 
avoir  avec  lui  ;  et  la  cour  et  le  pays  étaient  à  sa  volonté.  Et  là  il  resta 
lui  et  ses  deux  serviteurs. 

Et  comme  ils  étaient  une  nuit,  lui  et  le  comte,  couchés  dans  un  même 
lit  (et  la  dame  était  allée  à  l'église),  Dieu  envoya  l'ange  Raphaël  pour 
appeler  Amie  et  il  lui  parla  ainsi  :  Amie,  dors- tu?  Il  pensa  que  c'était 
Amlyn  qui  l'appelait,  et  il  répondit  :  Non,  seigneur  ami,  dit-il.  Tu  as 
bien  répondu,  dit  l'ange,  car  Dieu  te  fait  l'ami  des  anges  du  ciel,  et  un 
second  Job  et  un  second  Tobie  par  le  courage  sérieux  avec  lequel  tu 
supportes  peine  et  tribulation.  Je  suis  l'ange  de  Dieu  qui  s'appelle  Raphaël 
et  je  viens  pour  t'indiquer  un  remède  à  la  maladie  qui  est  sur  toi,  parce 
que  Dieu  prend  pitié  de  toi  par  tes  justes  prières.  Demande  de  par  moi 
au  nom  de  Dieu  à  Amlyn  de  tuer  ses  deux  fils,  et  de  te  laver  de  leur 
Rev.  Celt.  IV  t6 


230  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

iechyt  ym  corff  i.  Ac  yna  y  dywaôt  yr  angel.  Reit  y6  heb  ef  wneuthur  yr 
hynn  y  mae  du6  yny  orchymyn.  Ac  ar  hynny  y  diflanna6d  yr  angel.  Amlyn 
iarll  hagen  a  oed  yn  clybot  yr  ymadrodyon  megys  trôy  y  hun.  a  chymryt 
ovyn  ma6r  awnaeth.  a  gofyn  y  amie  p6y  ary  uuassei  yn  ymdidan  ac  ef. 
Arglwyd  heb  ef  ny  bu  neb.  namyn  mi  yn  g\vedia6.  ac  yn  ymbil  adu6  dros 
vympechodeu.  Nac  ef  yrof  a  du6  heb  yr  iarll  ef  a  vu  ry6  beth  yn  ymdidan 
athi.  ac  yn  gyflym  kyuodi  aoruc  yr  iarll.  yedrych  adaroed  y  neb  egori 
yr  ystauell.  A  g6edy  kaffel  yr  ystauell  yn  gaeat.  yna  yd  erchis  yr  iarll 
ida6  yr  y  gedymdeithyas  ar  karyat  aoed  y  ryngthunt  dywedut  ida6  p6y 
a  vuassei  yn  ymdidan  ac  ef.  Ac  yna  y  disgynnaôd  ryuerthin  o  wylaô  ar 
amie,  a  dywedut  6rth  yr  iarll  yny  mod  h6nn.  arglôyd  heb  ef  nyt  oes 
dim  anhaôs  gennyf  noe  dywedut  itt.  kanys  os  dywedaf  itt.  mi  a6nn  na 
chaf  na  charyat  na  chedymdeithyas  y  gennyt  vyth  ohynny  allan.  Dygaf 
ydu6  vyng  kyffes  heb  yr  iarll  beth  bynnac  a  dywettych  na  digyaf  6rthyt 
m6y  no  chynt.  —  Raphaël  angel  arglôyd  heb  ef  oblegyt  du6  adoeth 
attaf  y  erchi  ymi  péri  itti  llad  dy  deu  uab.  ac  agwaet  dy  veibyon  vyng 
golchi  ynheu.  a  dywedut  y  kaffôn  waret  or  clevyt  yssyd  arnaf  or  fford 
honno.  A  gôedy  clybot  or  iarll  yr  ymadraôd  h6nn6.  Ilidia6  yn  vaôr 
aoruc.  a  dywedut  6rth  amie.  Amie  heb  ef  pan  daethost  attafi  dr6y  dir- 
ua6r  lewenyd  yth  erbynneis.  vi  am  gôreic  am  niuer.  ac  yr  hynny  hyt 
hedi6.  (col.  1106)  vyntyhvyth  amda  auu  gynbarottet  itt  ac  y  minneu 
dr6y  enryded  a  pharch  a  charyat.  cam  awnaut  ti  bot  yn  gymeint  dy 
greulonder  ath  ennwired  di  yn  glaf  gwahan  ual  ydôyt.  ac  ystya6  dr6y 
dy  gehvyd  keissya6  llad  vym  meibyon.  athalu  dr6c  im  dros  vyn  da  am 
enryded  itt.  Ac  yna  tr6y  wyla6  y  dywa6t  amie.  Arglôyd  heb  ef  medylya 
y  mae  vyngkymell  awnaethost  i  dyôedut  hynn  itt.  Ac  6rth  hynny  yr 
du6  ac  yr  dy  uoned  yd  archaf  itt  nadickyych  6rthyf  yn  gymeint  am 
gyrru  oth  lys.  oherwyd  ny  6nn  pa  le  yd  af  om  gyrry.  ac  na  cheissyaf 
vinheu  ohediô  allan  vyth  yth  lys  dym  amgen  noc  y  reidus  arall.  Na 
yrraf  yrofi  adu6  heb  yr  iarll  tra  vych  vy6  kymeint  ac  aedeweis  i 
yti  mi  ae  kywiraf.  namyn  erchi  awnaf  itt  yr  y  vra6doryaeth  ysprydaôl  ' 
yssyd  y  rom.  ac  yr  yffyd  yssyd  itt  6rth  du6  dywedut  ymi  yn  digel- 
wyd  a  vu  ohir  dyuot  yr  angel  attat  yny  mod  y  dywedy  di.  arglôyd  heb 
yr  amie  herwyd  ual  ymae  g6ir  hynny  y  kaffôyf  waret  gan  du6  ym 
heneit.  ac  ym  corff  or  cleuyt  h6nn.  Ac  yna  y  disgynnaôd  wylaô  ar 


i.  It  looks  in  the  ms.  like  ysrrydaGl.  —  J.  ?.. 


V amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2  3 1 

sang  ;  et  ainsi  tu  obtiendras  santé.  Et  alors  Amie  dit  à  l'ange  :  Dieu  ne 
fera  pas  tuer  ses  fils  au  comte  pour  ma  santé  à  moi.  Et  l'ange  lui  répon- 
dit :  Il  faut,  dit-il,  faire  ce  que  Dieu  t'ordonne.  Et  après  cela  l'ange 
disparut. 

Le  comte  Amlyn  cependant  entendait  ces  paroles  comme  dans  un 
rêve,  et  il  prit  grand'peur,  et  il  demanda  à  Amie  qui  avait  été  en  con- 
versation avec  lui.  Seigneur,  dit-il,  il  n'y  avait  que  moi  qui  priais  et 
implorais  Dieu  pour  mes  péchés.  Non  !  par  moi  et  par  Dieu,  dit  le  comte, 
il  y  a  eu  quelqu'un  à  converser  avec  toi  ;  et  aussitôt  le  comte  se  releva 
pour  voir  s'il  était  arrivé  à  quelqu'un  d'ouvrir  la  chambre.  Et  après  avoir 
vu  que  la  chambre  était  fermée,  le  comte  lui  demanda  pour  l'affection  et 
l'amitié  qui  étaient  entre  eux  de  lui  dire  qui  avait  conversé  avec  lui.  Et 
alors  Amie  laissa  couler  un  torrent  de  larmes,  et  il  parla  ainsi  au  comte  : 
Seigneur,  dit-il,  il  n'est  pas  chose  plus  difficile  à  moi  que  de  te  le  dire, 
parce  que  si  je  te  le  dis,  je  sais  que  je  n'aurai  plus  ni  amitié  ni  affection 
de  toi  à  partir  de  ce  moment.  Je  donne  ma  foi  à  Dieu,  dit  le  comte,  que, 
quoi  que  tu  dises,  je  ne  t'en  voudrai  pas  plus  qu'auparavant.  Seigneur, 
dit-il,  l'ange  Raphaël  par  l'ordre  de  Dieu  est  venu  vers  moi  pour  me  dire 
de  te  faire  tuer  tes  deux  fils  et  de  me  laver  de  leur  sang,  et  il  a  dit  que 
de  cette  manière  j'obtiendrais  guérison  de  la  maladie  que  j'ai.  Après 
avoir  entendu  ce  discours  le  comte  s'irrita  grandement  et  dit  à  Amie  : 
Amie,  dit-il,  quand  tu  es  venu  à  moi,  je  t'ai  reçu  avec  une  grande  allé- 
gresse, moi,  ma  femme  et  mon  monde.  Et  depuis  ce  temps  jusqu'à 
aujourd'hui  mes  gens  et  mes  biens  ont  été  à  ton  service  aussi  bien  qu'au 
mien  par  estime  et  par  amitié.  Tu  as  mal  fait  d'avoir  tant  de  méchanceté 
et  de  déloyauté,  lépreux  comme  tu  es,  et  de  chercher  par  ton  mensonge 
à  tuer  mes  fils  et  à  me  rendre  le  mal  pour  le  bien  et  l'honneur  que  je 
t'ai  faits.  Et  alors  Amie  dit  en  pleurant  :  Seigneur,  dit-il,  pense  que  tu 
m'as  forcé  à  dire  cela.  Et  après  cela  au  nom  de  Dieu  et  de  ta  noblesse, 
je  te  supplie  de  ne  pas  t'irriter  contre  moi  au  point  de  me  chasser  de  ta 
cour,  parce  que  je  ne  saurai  pas  où  aller  si  tu  me  chasses,  et  à  partir  de 
ce  jour  je  ne  chercherai  plus  rien  autre  dans  ta  cour  que  les  choses 
nécessaires.  Je  ne  te  chasserai  pas,  par  moi  et  par  Dieu,  tant  que  tu  seras 
vivant,  autant  fidèle  que  je  me  suis  conservé  à  toi.  Mais  je  te  prie  par  la 
fraternité  spirituelle  qui  est  entre  nous  et  par  la  foi  que  tu  as  en  Dieu, 
de  me  dire  sans  détour  si  l'ange  est  bien  venu  à  toi  de  la  façon  que  tu 
dis.  Seigneur,  dit  Amie,  comme  ceci  est  vrai,  j'obtiendrais  de  Dieu  gué- 
rison de  cette  maladie  pour  mon  âme  et  pour  mon  corps.  Et  alors  les 
larmes  coulèrent  d'Amlyn,  et  il  se  mit  à  penser  et  à  se  parler  à  lui-même 
ainsi  :  si  celui-ci  a  été  prêt  à  souffrir  la  mort  pour  moi.  comment  moi 


2J2  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

amlyn  a  medylya6  aoruc.  adywedut  6rtha6  ehun  ual  hynn.  Os  y  g6r  racco 
a  vu  baraôt  y  odef  angheu  drossofi.  paham  na  ladaf  vinheu  vy  meibyon 
yr  y  garyat  ef.  Os  ef  a  vu  kynngywiret  a  chad6  116  ac  aruoll.  ae  vot  yn 
baraôt  y  odef  angheu  drossofi.  paham  na  bydaf  inheu  kyngywiret  yny 
gyueir  ynteu.  Medylyaô  heuyt  adylyafi  yr  vream  benn  ffyd  kaffel  clôt 
tragywydaôl  oachaôs  y  gywirdeb  ae  vfyllda6t  y  lad  y  vab  o  arch  yr 
angel.  Medylyaô  heuyt  adylyafymae  dr6y  ffyd  a  chywirdeb  herôyd  y 
dyweit  yr  yscruthur  lan  y  kafas  y  seint  teyrnas  nef.  Medylya6  heuyt  a 
dylyaf  bot  du6  yn  yr  yscruthur  lan  yn  dywedut  (col.  1 107)  beth  bynnac  a 
vynnych  di  y  wneuthur  oth  gymydaôc  it.  gwna  ditheu  ida6  ynteu.  A  gwedy 
medylyaô  ohona6  y  kywirdeb  ar  urdas  awnathoed  amie  ida6  kyrchu 
awnaeth  parth  ar  gwely  ydoed  y  veibyon  yn  kysgu  yndaô.  A  dywedut 
6rtha6  ehunan  ual  hynn.  p6y  a  gigleu  nac  a  welas  eiryoet  tat  a  ladei  y 
veibyon  oe  g6byl  vod.  0  hedi6  allan  ny  ellir  vyng  gal6  yntat  y6ch. 
namyn  yn  vurn6r  creulaôn.  ac  yn  gynll6yn6r  enwiraf  or  g6yr.  A  chan 
dagreu  eu  tat  yn  wylaô  y  gwlychaôd  eu  dillat  ac  eu  hwynebeu.  a  dyhu- 
na6  awnaethant  ac  edrych  yn  wyneb  eu  tat.  a  chwerthin  aoruc  yrhynaf 
onadunt.  nyt  oed  v6y  y  oet  no  theirblôyd.  arglôydi  ueibyon  a6ch6erthin 
adrossir  yn  wylya.  ac  a6ch  llewenyd  yn  dristit.  o  acha6s  bot  a6ch  creu- 
la6n  dat  yn  baraôt  ydangos  y  mae  nessaf  kymodaôc  y6ch  y6  angheu.  ac 
ar  y  geir  h6nn6  llad  eu  penneu  a6naeth.  ac  erbynneit  ev  gwaet  ymyôn 
ka6c  o  aryant  aoruc.  ac  ada6  eu  kyrff  yny  g6ely .  a  chy  weirya6  dillat  arnunt. 
ynvnansaôd  aphei  beynt  yn  kysgu.  a  dyuot  awnaeth  racda6yn  lie  ydoed 
amie,  agolchi  y  holl  gorff  awnaeth  o  wartha  y  benn  hyt  yngwadneu  y 
draet.  a  dywedut  ual  hynn.  Arglôyd  iessu  grist  y  g6r  yssyd  yn  erchi  y 
bop  dyn  bot  yn  drugaraôc  6rth  y  gilyd.  y  g6r  yssyd  vedeginyaeth  yr  clei- 
fyon.  ae  lleuuer  yr  deillyon.  a  llewenyd  yr  dynyon  trist.  yr  dy  dirua6r 
drugared.  lâcha  amie  vyng  kywir  gedymdeith  or  clevyt  yssyd  arna6.  y 
g6r  ny  russeis  i  ollông  gwaet  vymeibyon  yr  y  garyat  ef.  Ac  wedy  y  wedi 
honno  yn  diannot  y  bu  gyn  iachet  ef  ac  nat  oed  yn  vy6  yn  dyn  a  vei  iachach 
noc  ef.  ac  yna  y  bu  lewenyd  (col.  1108)  ma6r  yny  llys  dr6y  diol6ch  y 
du6  ny  phalla  vyth  yr  neb  aobeithyo  6rtha6  dr6y  gywirdeb.  Ac  arneit 
g6isca6  gôisc  vn  ry6  a  gôisc  y  iarll  awnaethpôyt  ymdanaô.  a  mynet 
parth  ar  eglôys  y  diolôch  y  du6  wneuthur  yrdunt  beth  kymeinta  hynny. 
ac  nyt  oed  yn  vy6  yn  dyn  awypei  wahan  y  r6ng  yr  iarll  ac  amie  rac  eu 
tebycket.  A  phan  doethant  parth  ar  egl6ys.  y  dechreuassant  clych  yr 
egl6ys  canu  ehunein.  Ag6edy  clybot  y  chwedyl  yny  dref  y  doeth  pob  dyn 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2  5  5 

ne  tuerais-je  pas  mes  fils  par  amitié  pour  lui  ?  S'il  a  été  assez  dévoué 
pour  garder  sa  parole  et  son  serment  et  pour  être  prêt  à  souffrir  la  mort 
pour  moi,  comment  moi  ne  serais-je  pas  aussi  dévoué  à  son  égard  ?  Je 
dois  aussi  considérer  qu'Abraham,  chef  de  la  foi,  a  obtenu  une  gloire 
immortelle  par  son  dévouement  et  son  obéissance  à  tuer  son  fils  sur 
l'ordre  de  l'ange.  Je  dois  aussi  penser  que  c'est  par  la  foi  et  le  dévoue- 
ment, selon  ce  que  dit  l'Écriture  sainte,  que  les  saints  ont  obtenu  le 
royaume  du  ciel.  Je  dois  aussi  penser  que  Dieu  dit  dans  l'Écriture  sainte: 
ce  que  tu  désires  que  ton  voisin  te  fasse,  fais-le,  toi,  à  lui-même.  Et 
après  avoir  pensé  au  dévouement  et  à  l'honneur  dont  il  était  redevable  à 
Amie,  il  se  dirigea  vers  le  lit  où  dormaient  ses  fils.  Et  il  se  parla  ainsi  à 
lui-même  :  Qui  a  jamais  ouï  ou  vu  un  père  qui  tuât  ses  fils  de  son 
plein  gré  ?  A  partir  d'aujourd'hui  on  ne  pourra  plus  m'appeler  votre 
père,  mais  votre  cruel  assassin,  et  un  traître  le  plus  perfide  des  hommes. 
Et  des  larmes  de  leur  père  qui  pleurait  furent  mouillés  leurs  vêtements 
et  leurs  visages  et  ils  se  réveillèrent  et  ils  regardèrent  leur  père  en  face  : 
et  l'aîné  d'entre  eux  se  mit  à  rire  ;  il  n'avait  pas  plus  de  trois  ans.  Sei- 
gneur fils,  votre  rire  se  tournera  en  pleurs  et  votre  joie  en  tristesse, 
parce  que  votre  cruel  père  est  sur  le  point  de  montrer  que  votre  plus 
prochain  voisin  est  la  mort.  Et  sur  cette  parole  il  coupa  leurs  têtes  et  il 
reçut  leur  sang  dans  un  bassin  d'argent.  Et  il  laissa  leurs  corps  dans  le 
lit,  et  il  arrangea  leurs  vêtements  de  telle  façon  que  s'ils  étaient  à  dor- 
mir. Et  il  alla  à  l'endroit  où  était  Amie  et  il  lava  tout  son  corps  depuis 
le  sommet  de  la  tête  jusqu'aux  plantes  des  pieds,  et  il  parla  ainsi  :  Sei- 
gneur Jésus-Christ,  toi  qui  demandes  à  chaque  homme  d'être  miséricor- 
dieux envers  son  semblable,  toi  qui  es  le  remède  du  malade  et  la  lumière 
des  aveugles,  et  la  joie  de  ceux  qui  sont  tristes,  au  nom  de  ta  très 
grande  miséricorde,  guéris  Amie  mon  sincère  ami  de  la  maladie  qu'il  a, 
lui  pour  l'amitié  duquel  je  n'ai  pas  hésité  à  verser  le  sang  de  mes  fils. 
Et  à  l'instant  après  cette  prière  il  fut  si  bien  guéri  qu'il  n'y  avait  pas 
homme  en  vie  qui  fût  plus  sain  que  lui. 

Et  alors  ce  fut  une  grande  joie  dans  la  cour  à  remercier  Dieu  qui 
n'éloigne  jamais  celui  qui  espère  en  lui  avec  sincérité.  Et  aussitôt  on  le 
revêtit  de  vêtements  de  la  même  espèce  que  ceux  du  comte,  et  on  alla 
devers  l'église  pour  remercier  Dieu  d'avoir  tant  fait  pour  eux.  Et  il 
n'y  avait  pas  homme  en  vie  qui  sût  la  différence  entre  le  comte  et  Amie 
à  cause  de  leur  ressemblance.  Et  quand  ils  vinrent  à  l'église,  les  cloches 
de  l'église  se  mirent  à  sonner  d'elles-mêmes.  Et  après  avoir  entendu 
cette  histoire,  chacun,  dans  l'endroit,  qui  le  pouvait,  allait  à  l'église 
pour  voir  le  miracle  que  Dieu  avait  fait  pour  le  jeune  homme.  Et  quand 


234  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

or  aallei  gerdet  parth  ar  egl6ys.  y  edrych  ar  y  gôynnyeith  adaroed  ydu6 
y  wneuthur  yr  y  was.  Aphan  welas  yr  iarlles  ylldeu  yndyuot  yr  eglwys.  ny 
wydyat  hi  or  byt  p6y  onadunt  oed  y  g6r  priaôt  hi.  Ac  yna  y  dywaôt  yr 
iarll.  miui  y6  amlyn  heb  ef.  allyma  amie  vyngkyfeillt  gwedy  kael  gwaret 
y  gan  du6.  arglôyd  heb  hi  yr  y  karyat  yssyd  y  rof  athi.  dywet  pa  vod  y 
kaffat  gôaret  y  amie,  arglôydes  heb  ef  diolch6n  y  du6  y  g6r  arodes  gwaret 
ida6.  ac  na  cheissyôn  ni  wybot  pa  ansa6d  vu  hynny.  A  g6edy  g6yla6 
llawer  or  dyd.  abot  yn  bryt  b6yt.  y  v6yta  yd  aethant  dr6y  dirua6r 
lewenyd.  ag6aha6d  pa6b  or  auynnei  v6yt  adia6t  ac  eur  ac  aryant 
agôisgoed.  a  diruaôr  lewenyd  aoed  yny  neuad.  a  phei  vôyhaf  vei  y 
llewenyd  awelei  yr  iarll.  môyhaf  y  tristaei  ynteu  am  angheu  y  veibyon. 
Ac  yna  yd  erchis  y  iarlles  duhunaô  y  meibyon  ac  eu  d6yn  yr  neuad. 
Yna  y  dywa6t  y  iarll.  arglôydes  gat  y  meibyon  y  gyscu  diga6n.  ac  ar  y 
geir  h6nn6  aaei  ef  yr  ystauell.  ac  awylei.  Aphan  doeth  parth  ar  g6ely 
yd  oed  y  deu  vab  yn  g6are.  a  chwerthin  awnaethant  ual  y  gôelsant 
eu  tat.  achreith  ar  vynôgyl  (col.  1109)  pob  un  onadunt  ual  edeu 
sidan  coch  yn  tystolyaeth  yr  g6yrth  awnaethoed  du6  yr  amie.  Ac  yna  y 
kymerth  yr  iarll  y  deu  uab  y  r6ng  y  d6yla6.  ac  y  duc  6ynt  yr  neuad 
att  eumam.  Ac  y  dywaôt  ualhynn  6rth  yr  iarlles.  Byd  lawen  arglwydes 
oachaôs  gôneuthur  o  du6  beth  kymeint  y  rom  achyuodi  an  meibyon  o 
veirô.  a  ladyssôn  i  hediô  y  bore  o  arch  raphael  angel  y  olchi  amie 
vyrcg  kyfeillt  ac  eu  gôaet.  ac  ual  y  kigleu  yr  iarlles  yr  ymadraôd  h6nn6. 
kerydu  yr  iarll  awnaeth  hi  yn  yn  v6y  no  meint  dr6y  oll6ng  dagreu.  am 
nas  rybudyassei  hi  y  daly  y  kaôc  y  erbynnyeit  gôaet  y  meibyon.  ac 
ual  y  gallei  hi  ae  d6yla6  ehunan  olchi  amie.  Arglôydes  heb  yr  iarll  oher- 
wyd  y  du6  gôneuthur  pyngkeu  kymeint  ahynn  y  rom  ni  nyt  a  pharableu 
gwac  y  dylyem  ni  y  diolôch  y  du6.  namyn  a  gôeithredoed  ffrwythlaôn 
y  dylyôn  dalu  y  du6  am  awnaeth  hedi6  ac  eiryoet  yrom.  Ac  yna  y  rodas- 
sant  ovunet  y  du6  gwassanaethu  du6  o  weithredoed  a  diweirdeb  o 
hynny  allan.  ac  uelly  y  g6naethant  tra  vuant  vy6.  ardyd  y  kafas  amie 
waret  orclefyt  aoed  arna6  y  bu  uar6  obias  y  wreic  o  angeu  deissyuyt. 
dr6y  y  chymryt  or  diefyl  ae  dôyn  y  uffern  yn  gorfforaôl.  Agôedy  rifedi 
bychan  o  dieuoed  or  amser  h6nn5  y  kerdaôt  amie  a  llu  ma6r  ganthaô  o 
varchogyon  a  phedyt  parth  a  chastell  berigan.  ac  y  bu  yn  ymlad  ar  kas- 
tell  yn  y  cafas.  A  gwedy  kaffel  y  kastell  a  budugolyaeth  ar  y  alon.  y 
rodes  madeueint  a  chymmot  y  ba6p  or  avuassynt  yny  erbyn.  ac  erchi 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2  $  5 

la  comtesse  les  vit  tous  deux  venir  à  l'église,  elle  ne  savait  au  monde 
lequel  des  deux  était  son  mari.  Et  alors  le  comte  dit  :  c'est  moi  qui 
suis  Amlyn,  dit-il,  et  voici  Amie  mon  ami  qui  a  obtenu  guérison  de  Dieu. 
Seigneur,  dit-elle,  par  l'affection  qu'il  y  a  entre  moi  et  toi,  dis-moi  de 
quelle  façon  guérison  a  été  obtenue  à  Amie.  Dame,  dit-il,  remercions 
Dieu  qui  lui  a  donné  guérison,  et  ne  cherchons  pas  à  savoir  de  quelle 
façon  fut  cela.  Et  après  avoir  passé  une  grande  partie  du  jour  en  fêtes, 
comme  il  était  l'heure  du  repas,  ils  allèrent  dîner  en  grande  allégresse, 
et  on  offrit  à  qui  le  voulait  vivre,  boire,  or,  argent  et  vêtements,  et  il  y 
avait  grande  joie  dans  la  salle. 

Et  plus  grande  était  la  joie  à  laquelle  assistait  le  comte,  plus  grande 
était  sa  tristesse  à  cause  de  la  mort  de  ses  fils.  Et  alors  la  comtesse 
demanda  qu'on  éveillât  ses  fils  et  qu'on  les  menât  dans  la  salle.  Alors  le 
comte  dit  :  Dame,  laisse  les  enfants  dormir  leur  content.  Et  sur  cette 
parole  il  alla  lui-même  dans  la  chambre  et  il  pleurait.  Et  quand  il  arriva 
au  lit,  les  deux  enfants  étaient  à  jouer,  et  ils  se  mirent  à  rire  en  voyant 
leur  père.  Et  autour  du  cou  chacun  d'eux  avait  comme  un  fil  de  soie 
rouge  en  témoignage  du  miracle  que  Dieu  avait  fait  à  Amie.  Et  alors  le 
comte  prit  ses  fils  entre  ses  bras,  et  il  les  mena  dans  la  salle  vers  leur 
mère.  Et  il  parla  ainsi  à  la  comtesse  :  Sois  joyeuse,  dame,  de  ce  que 
Dieu  a  fait  pour  nous  au  point  de  ressusciter  nos  enfants  des  morts.  Je 
les  avais  tués  aujourd'hui  ce  matin  par  ordre  de  l'ange  Raphaël  pour 
laver  Amie  mon  ami  de  leur  sang.  Et  comme  la  comtesse  entendit  ces 
paroles,  elle  se  mit  à  faire  des  reproches  au  comte  plus  que  grandement 
en  versant  des  larmes  de  ce  qu'il  ne  l'avait  pas  appelée  pour  tenir  le 
bassin  où  était  reçu  le  sang  de  ses  fils,  et  comme  elle  aurait  pu  elle- 
même  de  ses  mains  laver  Amie.  Dame,  dit  le  comte,  puisque  Dieu  a  fait 
de  si  grandes  choses  pour  nous,  ce  n'est  pas  avec  de  vaines  paroles  que 
nous  devons  le  remercier.  Mais  c'est  par  des  actes  efficaces  que  nous 
devons  payer  à  Dieu  ce  qu'il  a  fait  pour  nous  aujourd'hui  et  toujours,  et 
alors  ils  firent  vœu  à  DieU  de  le  servir  par  leurs  œuvres  et  leur  chasteté 
à  partir  de  ce  jour.  Et  ainsi  firent-ils  tant  qu'ils  furent  en  vie.  Et  le  jour 
qu'Amie  obtint  guérison  de  la  maladie  qu'il  avait,  Obias  sa  femme  mou- 
rut d'une  mort  soudaine  :  les  diables  la  prirent  et  l'emportèrent  corporel- 
lement  en  enfer. 

Et  après  un  petit  nombre  de  jours  de  ce  temps-là,  Amie,  et  avec  lui 
une  grande  armée  de  chevaliers  et  d'hommes  à  pied,  marcha  vers  le 
château  de  Berigan,  et  il  combattit  avec  le  château  jusqu'à  ce  qu'il  s'en 
emparât.  Et  après  avoir  pris  le  château  et  obtenu  la  victoire  sur  ses 
ennemis,  il  accorda  pardon  et  paix  à  chacun  de  ceux  qui  avaient  été 


2^6  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

aoruc  y  du6  y  vadeu  udunt.  ag6edy  kymot  ae  wyr  y  bu  yn  gôledychu 
yn  eu  plith  dr6y  hed6ch  yspeit  o  amser  ar  mab  hynaf  i  amlyn  y  gyt  ac 
ef.  ac  yn  yswein  ida6.  ac  o  hynny  allan  y  gwassa(col.  1110)  naethaôd 
ef  du6  dr6y  gywirdeb  tra  vu  vy6.  a  g6edy  kafFel  y  gyfoeth  a  iechyt 
corff  ac  eneit  achaffel  y  byt  6rth  y  ewyllys.  yd  anuones  adrian  bab  ym- 
penn  rifedi  bychan  o  dieuoed  or  amser  h6nn6  vn  or  kardinalyeit  att 
chyarlys  brenhin  ffreinc  yngkôyn  rac  desider  brenhin  16mbardi.  y  g6r 
aoed  yn  ymlad  ar  eglôys  ac  yny  dreissyaô  ynteu  am  y  wyr  ae  vreint. 
gôedy  gwahaôd  atta6  milyoed  o  sarassinnyeit  ac  Idewon  y  ymlad  ar 
cristonogyon.  ac  adolwyn  ida6  ynteu  herôyd  y  vot  ef  yn  vlodeu  yr  mar- 
chogyon  ar  brenhined.  ac  yn  gledyf  yr  gristonogaeth.  anuon  nerth  owyr 
a  meirch  gyt  ar  kardinal  ydial  ar  yr  ysgymmunyon  sarassinyeit.  ac  ar 
yr  ysgymun  vrenhin  aoed  yneu  kanmaôl  yr  amarch  ar  sarhaet  ydoedynt 
yny  wneuthur  yr  cristonogyon.  dros  vot  y  g6r  da  aoed  bab  yny  rydhau 
oc  eu  pechodeu.  y  neb  a  vynnei  oe  g6byl  vod  mynet  yr  lluyd  h6nn6.  a 
phan  doeth  y  kardinal  ar  negesseu  hynny  ganthaô.  ydoed  chyarlys  yny 
dref  aelwir  theodothyon.  a  g6edy  gôneuthur  or  g6r  da  aoed  gardinal 
aelwit  pedyr  y  negesseu  yn  drôyadyl.  yd  anuones  y  brenhin  trugara6c 
yn  diohir  llythyr  att  desider  vrenhin  lômbardi  y  erchi  ida6  o!16ng  oe 
oresgyn  ytir  ar  trefyd  adugassei  y  dreis  yar  y  gristonogaeth.  apheidya6 
aryuelu  ar  y  pab  dr6y  gymryt  y  ganthaô  pedeir  arhugeint  o  bunnoed 
eur.  Adim  nys  gwnaeth  desider  yr  llythyr  y  brenhin.  nac  yr  yrodyon. 
namyn  y  ysgaelussaô  ae  dirmygu  yn  gymeint  acheissyaô  llad  y  kenna- 
deu  adoethent  ar  llythyr  atta6.  agwedy  gôelet  or  brenhin1  trugaraôc 
nawaredei  ida6  medalhau  kallon  y  brenhin  creula6n  dr6y  dec  a  hegar- 
6ch.  kynnulla6  116yrwys  o  ieirll  a  barwneit  a  marchogyon.  ac  archesgyb 
ac  esgyb  ac  abadeu.  am  ben/z  lômbardi  (col.  1111)  Ac  yna  y  kymerth 
yr  anrydedus  dat  albin  escob  ass6 2.  y  g6r  aoed  wahanredaôl  glot  ida6 
dros  y  byt  oe  santolyaeth  aedoethineb  niuer  ma6r  o  lu  ffreinc  y  gyt  ac 
ef.  achyrchu  y  mynyd  aelwit  ffinen  5  y  lie  yd  oed  y  kastell  kadarnhaf 
ydoed  yr  ysgymunedic  vrenhin  yndaô.  ar  brenhin  or  tu  arall  yr  mynyd. 
aachuba6d  y  dinas  aelwit  clusas.  yny  lie  yd  oed  clo  achedernit  holl  16m- 
bardi.  ac  aymladaôd  ar  dref.  a  g6edy  clybot  o  desider  hynny.  Disgynnv 
aoruc  ohyt  nos  ambenn  y  kastell.  ae  lenwi  o  v6ytadia6tag6yr  a  meirch. 
athrigyaô  yno  awnaeth  ynteu  y  amdiffyn  y  gastell  yn  wraél.  A  thran- 

i.  Ms.  brinhin 

2.  assw  est  sous  la  plume  du  scribe  une  corruption,  d'origine  probablement  graphique, 
du  mot  anjou  qu'il  aura  trouvé  écrit  à] ou  ou  âgou.  On  peut  comparer  le  nom  d'homme 
français  Roger  écrit  Rosser  dans  l'histoire  de  Gruffudd  ab  Cynan  (Myvyrian  Archaiology 
of  Wales,  Gee's  éd.,  p.  728,  a). 

3.  Le  scribe  gallois  a  pris  pour  F  l'S  initial  de  Mons  Sinensis. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  237 

contre  lui,  et  il  demanda  à  Dieu  de  leur  pardonner.  Et  après  sa  paix 
avec  ses  gens  il  régna  au  milieu  d'eux  en  paix  un  espace  de  temps.  Et 
le  fils  aîné  d'Amlyn  était  avec  lui  et  était  son  page  ;  et  à  partir  de  ce 
moment  il  servit  Dieu  avec  fidélité  tant  qu'il  fut  en  vie. 

Et  après  qu'il  avait  obtenu  ses  terres  et  la  santé  du  corps  et  de  l'âme 
et  qu'il  avait  le  monde  à  sa  volonté,  le  pape  Adrien,  au  bout  d'un  petit 
nombre  de  jours  de  ce  temps-là,  envoya  un  des  cardinaux  vers  Charle- 
magne,  roi  de  France,  pour  se  plaindre  de  Didier,  roi  de  Lombardie, 
qui  combattait  contre  l'église,  et  qui  l'opprimait,  lui,  dans  ses  hommes 
et  dans  ses  privilèges,  après  avoir  fait  venir  des  milliers  de  Sarazins  et 
de  Juifs  pour  combattre  les  Chrétiens.  Et  il  le  priait,  puisqu'il  était  la 
fleur  des  chevaliers  et  des  rois  et  l'épée  de  la  chrétienté,  d'envoyer  une 
force  d'hommes  et  de  chevaux  avec  le  cardinal  pour  se  venger  de  ces 
Sarrazins  excommuniés,  et  pour  excommunier  le  roi  qui  leur  conseillait 
l'outrage  et  l'insulte  qu'ils  faisaient  aux  chrétiens;  et  parce  que  le  noble 
homme  qui  était  pape  relevait  de  ses  péchés  quiconque  voudrait  de  son 
plein  gré  aller  dans  cette  armée. 

Et  lorsque  le  cardinal  vint  avec  ce  message,  Charles  était  dans  la  ville 
qui  s'appelle  Thionville.  Et  après  que  le  noble  homme  qui  était  cardinal 
qu'on  appelait  Pierre  eut  fait  promptement  son  message,  le  roi  miséricor- 
dieux envoya  sans  tarder  une  lettre  à  Didier,  roi  de  Lombardie,  pour  lui 
demander  de  cesser  son  oppression  sur  la  terre  et  les  villes  qu'il  avait 
prises  par  force  de  sur  la  chrétienté,  et  de  cesser  de  faire  la  guerre  au 
pape,  en  recevant  de  lui  vingt-quatre  livres  d'or.  Et  Didier  ne  fit  rien  de 
la  lettre  du  roi,  non  plus  des  présents,  que  les  dédaigner  et  les  mépriser 
au  point  de  chercher  à  tuer  les  messagers  qui  étaient  venus  avec  la  lettre. 
Et  quand  le  roi  miséricordieux  vit  qu'il  ne  réussissait  pas  à  adoucir  le 
cœur  du  roi  cruel  par  la  paix  et  l'amitié,  il  convoqua  une  assemblée  de 
comtes,  et  de  barons,  et  de  chevaliers,  et  d'archevêques,  et  d'évêques, 
et  d'abbés  au  sujet  de  la  Lombardie. 

Et  alors  l'honorable  père  Albin,  évêque  d'Anjou,  qui  avait  une  grande 
gloire  par  le  monde  entier  pour  sa  sainteté  et  sa  sagesse,  prit  une  grande 
partie  de  l'armée  de  France  avec  lui  ;  il  se  dirigea  vers  le  mont  qu'on 
appelle  Cenis,  là  où  était  le  château  le  plus  fort,  et  le  roi  excommunié 
était  dedans.  Et  le  roi  de  l'autre  côté  de  la  montagne  occupa  la  ville 
qu'on  appelle  Cluses,  en  un  endroit  qui  était  le  nœud  et  la  force  de  toute 
la  Lombardie,  et  on  se  battit  avec  la  ville.  Et  après  qu'on  eut  appris  de 
Didier  qu'il  avait  pris  possession  du  château  pendant  la  nuit,  qu'il  l'avait 
rempli  de  vivres,  de  boissons,  d'hommes  et  de  chevaux,  et  qu'il  y  restait, 
lui,  pour  défendre  courageusement  le  château,  le   lendemain  matin, 


238  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

noeth  y  bore  g6edy  clybot  0  chyarlymaen  hynny.  ydanuones  kennadeu 
arbennic  att  desider  y  erchi  ida6  wneuthur  ia6n  dros  y  cam  awnathoed 
yr  eglwys  ar  gristonogaeth.  Ac  or  bu  ua6r  anmarch  y  kennadeu  kyntaf 
adathoedynt  ar  llythyreu  attaô.  m6y  ynda  vu  ar  y  kennadev  hynny. 
agôedy  g6elet  or  brenhin  nawaredei  ida6  ost6ng  ryvic  desider  nac  yr 
caryat  nac  yr  kedymdeithyas  nac  yr  kynnic  gôystlon  idaô.  Erchi  awnaeth 
ef  ydu6  rodi  nerth  ida6  ydial  y  draha  ae  sarhaet  ydoed  desider  yny 
wneuthur  yr  eglwys.  ar  nos  honno  am  ha/mer  nos  yd  anuones  du6  bra6 
ac  ovyn  ym  plith  llu  desider.  yn  gymeint  ac  nat  oed  yr  vn  onadunt  a 
arhoei  y  gilyd  yn  ffo.  namyn  ada6  eu  kastell  ac  eu  pebylleu.  ac  eu  heur 
ac  eu  haryant  ac  eu  meirch  y  ba6p  or  a  vynnei  eu  kymryt.  Ac  yna  y  ffoes 
desider  a  niuer  bychan  y  gyt  ac  ef  yr  dref  a  elwit  campania.  achadarn- 
hau  ydref  awnaethant  arnadunt  yn  ffeuedic  ac  ymlad  yn  wraôl.  a  gôedy 
gwelet  0  desider  na  allei  gad6  y  dref  arna6.  erchi  awnaeth  ef  y  vrenhin 
ffreinc  kyngreir  tra  vei  yn  gwisgaô  ym  dana6  ef  aelu.  y  rodi  kat  ar 
uaes  yr  brenhm.  a  hynny  a  vu  lawen  gan  chyarlymaen.  Acyna  y  gelwis 
attaô  y  lu.  ac  yd  erchis  (col.  1112)  y  amlyn  ac  amie  reoliy  lu.achwei- 
rya6  y  gadoed.  a  rybudya6  pa6b  y  vot  yn  bara6t  y  ymlad  a  desider.  ac 
y  dial  eu  gwaet  0  herwyd  nat  oed  le  y  kiliynt  odyna.  Yd  oed  hagen 
y  gyt  ac  ef  deudeckat  0  gadoed.  ac  ym  pob  kat  ohynny.  chwegwyr 
athrugeint  achwechant  achwemil.  owyr  a  meirch  heb  pedydkant.  nyt 
oed  ha6d  eu  rifa6  rac  eu  hamlet.  agwedy  y  baôp  onadunt  reoli  eu 
kadoed  ac  eu  dysgu.  Gost6ng  helymeu  aorugant  obop  parth.  ac  ym 
gyrchu  yn  llidia6c  dr6y  dodi  ga6r  ual  y  clywit  llawer  0  villtiryoed 
odyno  yn  egori  ac  yn  rwygaô  gan  y  g6yr  yn  annoc.  ar  meirch  yn 
gôeryru.  ar  peleidyr  yntorri.  ar  cledyfeu  yn  seinya6  ar  yr  helmeu.  ar 
brein  yn  greu  uch  benn  y  kalaned.  a  gôedy  eu  bot  teir  nos  a  thri  dieu 
heb  na  dia6t  yn  ymffust  yny  wed  honno.  heb  uot  yn  nés  y  vrenhin 
ffreinc  kael  y  vudugolyaeth.  dynessau  yny  wersyll  tu  ar  vrwydyr 
aoruc.  ac  amie  ygyt  ac  ef.  alleng  owyr  a  meirch  0  dewisswyr  y  gyt  ac 
6ynt.  ac  yna  0  newyd  yd  annoges  y  wyr  y  ymlad.  ac  erchi  awnaeth 
udunt  yr  karyat  y  g6r  a  diodefassei  angheu  dros  bopyl  adaf  gwneuthur 
vn  odeupeth.  ae  ymlad  yn  wychyr  dr6y  vot  yn  baraôt  y  odef  angheu  yr 
keissyaô  budugolyaeth.  ac  na  delynt  nés  no  hynny  yr  vrôydyr.  ony  bei 
gymeint  eu  karyat  ar  du6.  ac  eubot  yn  bara6t  y  odef  angheu  drostaô.  or 
bei  reit  udunt.  Medylyaô  arglwydi  vrodyr  adylyôch  pôybynnac  aodefo 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  2  59 

Charlemagne,  après  avoir  appris  cela,  envoya  des  messagers  extraordi- 
naires à  Didier  pour  lui  demander  de  réparer  le  tort  qu'il  avait  fait  à 
l'église  et  à  la  chrétienté.  Et  s'il  avait  été  fait  grand  déshonneur  aux  pre- 
miers messagers  qui  étaient  venus  le  trouver  avec  des  lettres,  plus  grand 
encore  fut-il  fait  à  ces  messagers-ci. 

Et  après  que  le  roi  vit  qu'il  ne  réussissait  pas  à  abaisser  la  présomp- 
tion de  Didier,  ni  par  l'affection,  ni  par  l'amitié,  ni  par  une  offre  d'otages, 
il  demanda  à  Dieu  de  lui  prêter  force  pour  venger  le  tort  et  l'outrage  que 
Didier  faisait  à  l'église.  Et  cette  nuit-là,  au  milieu  de  la  nuit,  Dieu 
envoya  panique  et  terreur  au  milieu  de  l'armée  de  Didier,  au  point  qu'il 
n'y  avait  pas  un  d'entre  eux  qui  arrêtât  son  compagnon  dans  sa  fuite  ; 
mais  ils  laissèrent  leur  château  et  leurs  tentes  et  leur  or  et  leur  argent  et 
leurs  chevaux,  à  qui  voulait  les  prendre.  Et  alors  s'enfuit  Didier,  et  un 
petit  nombre  avec  lui,  à  la  ville  qui  s'appelait  Campania,  et  ils  fortifièrent 
la  ville  de  façon  à  s'y  tenir,  et  ils  combattirent  courageusement.  Et  après 
que  Didier  vit  qu'il  ne  pouvait  garder  la  ville,  il  demanda  au  roi  de 
France  une  trêve  pendant  qu'il  serait  à  s'armer  lui  et  ses  troupes  pour 
donner  bataille  au  roi  en  campagne,  et  de  cela  fut  joyeux  Charlemagne; 
et  alors  il  appela  son  armée  et  il  demanda  à  Amlyn  et  Amie  de  disposer 
son  armée  et  d'entraîner  les  bataillons  et  d'engager  chacun  à  être  prêt  à 
se  battre  avec  Didier  et  à  venger  leur  sang  parce  qu'il  n'y  avait  pas 
d'endroit  où  ils  pussent  fuir  de  là.  Il  avait  cependant  avec  lui  douze 
bataillons  et  dans  chaque  bataillon  six  mille  six  cent  soixante-six  hommes 
et  chevaux  sans  les  troupes  à  pied  ;  il  n'était  pas  facile  de  les  compter 
à  cause  de  leur  grand  nombre.  Et  après  que  chacun  d'eux  eut  orga- 
nisé et  instruit  ses  bataillons,  ils  baissèrent  leurs  heaumes  de  toutes 
parts,  et  ils  se  chargèrent  avec  rage,  en  répandant  une  clameur  qui  fut 
entendue  à  beaucoup  de  lieues  de  là,  clameur  qui  sortait  et  qui  retentis- 
sait des  hommes  s'excitant  et  des  chevaux  hennissant  et  des  lances  se 
brisant  et  des  épées  résonnant  sur  des  heaumes  et  des  corbeaux  se  ras- 
semblant au-dessus  des  cadavres.  Et  après  être  resté  trois  jours  et  trois 
nuits  sans  [manger]  ni  boire  à  se  battre  de  cette  façon,  sans  que  le  roi 
de  France  fût  près  d'obtenir  la  victoire,  il  s'approcha  dans  le  camp  du 
côté  du  combat,  et  Amie  avec  lui,  et  une  troupe  d'hommes  et  de  che- 
vaux et  d'hommes  d'élite  avec  eux.  Et  là  de  nouveau  il  excita  ses 
hommes  au  combat  et  il  les  pria  pour  l'amour  de  celui  qui  avait  souffert 
la  mort  pour  la  race  d'Adam  de  faire  une  des  deux  choses  :  ou  de  com- 
battre dans  la  bataille  en  étant  prêt  à  souffrir  la  mort  pour  obtenir  la 
victoire  ou  qu'ils  ne  devaient  pas  s'approcher  davantage  de  la  bataille, 
si  leur  amour  pour  Dieu  et  leur  disposition  à  souffrir  la  mort  pour  lui 


240  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

angheu  yny  vr6ydyr  honn.  y  byd  yn  llewenyd  teyrnas  nef  kynn  oeri  y 
waet.  a  gôedy  kynghori  ywyr  aphregethu  udunt  yny  wed  honno.  yn 
diohir  amlyn  ac  amie  ual  deu  le6  newynaôc  ymplith  man  ysgrybyl.  a 
gyrehassant  ygat  yd  oed  desider  yndi.  ac  ae  tyllassant.  (col.  1113)  ac 
a  ladyssant  y  gôyr  ar  meirch  0  bop  parth  udunt  hyt  nat  oed  na  g6r  na 
march  alauassei  eu  haros.  A  g6edy  gôelet  odesider  y  deu  uack6y  yn 
gwasgaru  ygadoed.  ac  yn  gôare  yn  eu  plith  ual  bleidyeu  ymplith  s6rn 
0  deueit.  colli  y  gallon  awnaeth  ynteu  affo  ef  ar  meint  a  dihangyssei  oe 
niuer.  parth  ar  lie  aelwir  yr  a6r  honn  mar6olyaeth.  ac  aelwit  y  coet  tec. 
A  gôedy  y  dyuot  ef  yno  pregethu  aoruc  y  wyr  ac  eu  hannoc  y  gad6  y 
coet  arnadunt.  0  herwyd  nat  oed  gastell  na  lie  y  ffoynt  odyno  namyn 
h6nn6.  ar  nos  honno  y  bu  ef  ae  lu  yno  yn  gorffowys  heb  dim  orbôyt  0 
nyt  bara  adôfyr.  A  thrannoeth  y  bore  y  doeth  chyarlys  ae  lu  am  eu  penn. 
ac  yna  onewyd  y  bu  yr  ymlad  girat  marwaôl.  ac  y  lladwyt  milioed  0 
bop  tu.  ac  y  gyt  ar  rei  kyntaf  y  lias  amlyn  ac  amie,  y  g6yr  a  vu  well 
ganthunt  tr6y  odef  angheu  yr  karyat  du6.  amynet  yn  gedymdeithyon  y 
lewenyd  teyrnas  nef.  no  dianc  drachevyn  or  vr6ydyr  yr  byt  trallodus 
drachevyn.  a  godef  angheu  periglus  or  diwed  dr6y  wahanu  pob  vn  y6rth 
ygilyd.  ac  0  acha6s  na  mynnassant  wahanv  0  garyat  a  chywir  gedym- 
deithyas  yn  y  byt  yman.  yr  vn  y6rth  y  gilyd  onadunt.  y  g6ahodes  du6 
6ynt  atta6  y  lewenyd  teyrnas  nef  yn  yr  vn  amser.  ac  yn  yr  vn  a6r  or 
dyd  y  gyt  arseint  ar  engylyon  yngkyt  lewenyd.  ac  0  achaôs  y  lladua 
auu  yno  y  gelwir  y  lie  aelwit  gynt  y  koet  tec  yn  varwolyaeth  hyt 
hedi6.  agwedy  llad  canmôyaf  y  deulu  0  bop  parth.  y  ffoes  desider  ac 
ychydic  oelu  ygyt  ac  ef.  tu  ar  dref  aelwit  papi.  a  chyarlys  ae  lu  yn  eu 
hymlit.  ac  ual  y  doeth  yr  dref  eau  y  pyrth  awnaethpôyt  a  chadarnhau 
y  gaer.  ac  ymdiffyn  yn  wraôl.  Ac  yna  y  rodes  chyarlys  ovunet  na  chi- 
lyei  0  ymlad  ar  gaer.  yny  vei  vn  0  deupeth  ida6  aekael  y  vudugolyaeth. 
ae  ynteu  aodefei  angheu  yno.  (col.  1114)  A  gôedy  gossot  peiryanneu 
0  vlifieu  a  magneleu  yngkylch  y  gaer.  ymlad  awnaethant  yn  wraôl  ar 
kastell.  ac  amdiffyn  awnaeth  y  tylwyth  0  vy6n  yn  dilesc  pei  asgellynt. 
Ac  0  vy6n  hynny  0  amser  tra  vu  y  llu  yn  ymlad  ar  gaer  yd  anuones  y 


1 .  Cette  touchante  réflexion  du  narrateur  rappelle  un  sentiment  analogue  chez  un  poète 

de  notre  siècle  :  «  Ames  heureuses  —  A  qui  Dieu  fit  cette  faveur  —  De  partir  encore 

amoureuses,  —  De  vous  rejoindre  sur  le  seuil,  —  L'un  joyeux,  l'autre  à  peine  en  deuil, 
—  Et  de  finir  votre  misère  —  En  vous  embrassant  sur  la  terre  —  Pour  aller  aussitôt 
après  —  Là-haut  vous  aimer  à  jamais!....  »  A.  de  Musset,  Simone. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiies.  241 

n'allaient  pas  jusque-là  ;  il  leur  fallait  "choisir].  Seigneurs  compagnons, 
vous  devez  penser  que  celui  qui  souffrira  la  mort  dans  cette  bataille  aura 
la  joie  du  royaume  du  ciel  avant  que  son  sang  refroidisse.  Et  après  avoir 
conseillé  les  hommes  et  les  avoir  harangués  de  cette  façon,  sans  tarder 
Amlyn  et  Amie,  comme  deux  lions  affamés  au  milieu  de  bêtes  de  somme, 
se  dirigèrent  sur  le  bataillon  où  était  Didier,  et  ils  le  trouèrent  et  ils 
tuèrent  hommes  et  chevaux  de  tous  côtés  jusqu'à  ce  qu'il  n'y  eût  plus 
ni  homme  ni  cheval  qui  osât  les  attendre.  Et  lorsque  Didier  vit  les  deux 
jeunes  gens  disperser  les  bataillons  et  jouer  au  milieu  d'eux  comme  des 
loups  au  milieu  d'un  troupeau  de  moutons,  il  perdit  courage  et  il  se  mit 
à  fuir,  lui  et  quiconque  pouvait  s'échapper  de  sa  troupe,  du  côté  de 
l'endroit  qui  s'appelle  aujourd'hui  la  Mortalité,  et  qui  s'appelait  la  Belle 
Forêt. 

Et  après  être  arrivé  là  il  se  mit  à  haranguer  ses  hommes  et  à  les 
exhorter  à  garder  la  forêt,  parce  qu'il  n'y  avait  château  ni  lieu  où  ils 
pourraient  fuir  de  là,  si  ce  n'est  celui  où  ils  se  trouvaient.  Et  pendant 
cette  nuit  il  resta  là  lui  et  son  armée  sans  rien  avoir  de  vivres  ni  de 
pain  ni  d'eau.  Et  le  lendemain  matin  Charles  arriva  sur  eux  avec  son 
armée,  et  là  de  nouveau  eut  lieu  le  combat  terrible,  mortel.  Et  il  fut  tué 
des  milliers  de  chaque  côté.  Et  parmi  les  premiers  furent  tués  Amlyn  et 
Amie,  pour  lesquels  il  fut  meilleur  en  souffrant  la  mort  pour  l'amour  de 
Dieu  d'entrer  en  compagnons  dans  la  joie  du  royaume  du  ciel  que 
d'échapper  à  la  bataille  pour  rentrer  dans  ce  monde  troublé  et  de  souf- 
frir à  la  fin  une  mort  périlleuse  en  se  séparant  l'un  de  l'autre.  Et 
comme  par  affection  et  par  vraie  amitié,  ils  n'avaient  pas  voulu  se  sépa- 
rer l'un  de  l'autre  dans  cette  vie,  Dieu  les  invita  à  lui  dans  la  joie  du 
royaume  du  ciel,  en  un  même  moment,  et  à  la  même  heure  du  jour, 
avec  les  saints  et  les  anges  dans  la  joie  ' .  Et  à  cause  du  carnage  qui  eut 
lieu  là,  l'endroit  qui  s'appelait  auparavant  la  Belle  Forêt,  s'appelle  jus- 
qu'aujourd'hui la  Mortalité.  Et  après  que  fut  tuée  la  plus  grande  partie 
des  deux  armées  de  chaque  côté,  Didier  s'enfuit  et  quelques-uns  de  son 
armée  avec  lui  du  côté  de  la  ville  qui  s'appelle  Pavie.  Et  Charles  et  son 
armée  le  poursuivirent.  Et  quand  il  vint  à  la  ville,  on  ferma  les  portes 
et  on  fortifia  la  ville,  et  on  la  défendit  courageusement.  Et  alors  Charles 
fit  voeu  de  ne  pas  se  retirer  du  combat  contre  la  ville  jusqu'à  ce  qu'il  eût 
une  de  ces  deux  choses  :  ou  obtenir  la  victoire,  ou  souffrir  la  mort  là. 
Et  après  avoir  établi  des  machines  de  catapultes  et  de  béliers  autour  de 
la  ville,  ils  se  mirent  à  combattre  courageusement  contre  le  château,  et 
les  gens  qui  étaient  dedans  se  défendirent  le  plus  vivement  qu'ils  pou- 
vaient. Et  en  ce  moment  pendant  que  l'armée  était  à  combattre  contre 


242  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

brenhin  arderchaôc  yn  ol  hildegart  vrenhines  y  wreic  briaôt.  y  erchi  idi 
dyuot  atta6  gyntaf  ac  y  gallei  hi  ae  deu  vab.  Agôedy  eudyuot  y  rodes 
seint  albin  escob  ass6  y  g6r  adaroed  y  du6  y  ganysgaedu  0  santolyaeth. 
ac  amryuaelyon  donyeu  kynghor  yr  brenhin  ar  vrenhines  y  gladu  eu 
marchogyon  adaroed  eu  llad  yr  karyat  du6  yn  eu  reit.  ac  y  wneuthur 
urdas  ac  enryded  am  eu  kyrff.  ar  kynghor  h6nn6  a  vu  lawen  gan  y 
brenhin.  Ac  yna  y  g6naethp6yt  d6y  egl6ys.  vn  0  arch  chyarlys.  yr 
honn  a  gyssegrôyt  yn  enryded  y  seint  euseb  conffessor.  Ar  Hall  0  arch  y 
vrenhines.  yr  honn  agyssegrwyt  yn  enryded  y  bedyr  ebostol.  Ac  yna 
yd  anuonet  ynol  dwy  ysgrin  tu  amelan  yny  lie  yd  oed  yr  yscrineu 
teccaf  or  byt  y  dodi  kyrff  amlyn  ac  amie  yndunt.  ac  yn  vn  ohonunt  y 
cladwyt  amlyn  yn  yr  eglwys  adaroed  y  chyssegru  y  bedyr.  ac  yny 
Hall  y  clad6yt  corff  amie,  adaroed  y  chyssegru  y  seint  euseb.  ar  marcho- 
gyon ereill  ereill  '  a  gladwyt  herwyd  eu  breint  ac  eu  hurdas  yn  yr  eglôys- 
seu  hynny  dr6y  enryded  dirua6r.  A  phan  gyfodet  y  bore  drannoeth. 
neur  daroed  ydv6  dra6sgwydya6  corff  amlyn  or  yscrin.  ae  dodi  yn 
ysgrin  amie  gyt  a  chorff  amie  yn  eglwys  euseb  yn  yr  vn  ysgrin.  Ac  yr 
bot  y  deu  gorff  yn  yr  vn  ysgrin.  nyt  oed  gyfynghach  udunt  elldeu.  noc 
y  gorff  amie  ehunan  kyn  no  hynny.  Ac  yna  yd  adnabu  ba6p  yn  aml6c 
bot  du6  yndangos  vot  yr  eneidyeuyn  diymada6  yny  nef  oherwyd  namyn- 
nei  wahanu  eu  kyrff  yny  byt  h6nn  yman.  A  gwedy  gwelet  or  brenhin  y 
gwyrth  ar  gwynnyeith  adaroed  y  du  6-  (col.  1115)  y  wneuthur  yr  y  mer- 
thyri  hynny.  Gwneuthur  ar6yl  vrenhinaôl  awnaeth  ynteu.  a  gwassa- 
naeth  y  meir6  dros  eu  heneidyeu  deng  niwarna6t  arhugeint.  dr6y  rodi 
eur  ac  aryant  abôyt  adiaôt  adillat  y  ba6p  or  ae  mynnei  yr  karyat  du6.  a 
chanysgaedu  yr  eglwysseu  ynyrei  ydaroed  cladu  y  merthyri  hynny 
odeilyngda6t  abreint  athir  adaear.  a  thra  vu  y  brenhin  ar  niuer  arder- 
chockaf  or  llu  yng  kylch  y  neges  honno.  y  bu  y  rann  arall  or  llu  yn 
ymlad  ar  gaer.  Agôedy  eu  bot  uelly.  deudengmis  yn  ymlad  ar  gaer 
ouaes  idi.  yd  anuones  du6  ne6yn  a  marwolyaeth  ar  desider  ae  lu  yn 
gymeint  a  goruot  arnadunt  ymrodi  y  chyarlys  6rth  y  ewyllys.  agôedy 
caffel  ochyarlys  y  vudugolyaeth  a  gostông  y  wlat.  ad6yn  desider  vren- 
hin  yngkarchar  ablodeu  y  deyrnas  parth  affreinc  dr6y  ada6  kyfanhe- 
drôyd  ma6r  0  offeiryeit  ac  ysgolheigyon.  a  thir  a  renti  tragywydaôl 
udunt  yngôassanaethu  du6  ynyr  egl6ysseu  a  dywedassam  ni  uchot  dros 
yr  eneidyeu  adaroed  cladu  eu  kyrfyno.  yd  ymchoelaôd  chyarlys  tu  apha- 


i.  Sic. 


L'amitié  d'Amis  et  d'Amiles.  24$ 

la  ville,  le  puissant  roi  envoya  après  la  reine  Hildegarde  sa  femme,  pour 
lui  dire  de  venir  vers  lui  le  plus  tôt  qu'elle  pourrait,  elle  et  ses  deux 
fils.  Et  après  leur  arrivée,  saint  Albin,  évêque  d'Anjou,  que  Dieu  avait 
comblé  de  sainteté  et  de  dons  innombrables,  donna  conseil  au  roi  et  à  la 
reine  d'ensevelir  leurs  chevaliers  qui  avaient  été  tués  pour  l'amour  de 
Dieu  dans  leur  service,  et  de  faire  honneur  et  gloire  à  leurs  corps.  Et  le 
conseil  plut  au  roi.  Et  alors  on  fit  deux  églises,  une  par  l'ordre  de  Charles 
qui  fut  consacrée  en  l'honneur  de  saint  Eusèbe,  confesseur  ;  et  l'autre 
par  l'ordre  de  la  reine  qui  fut  consacrée  en  l'honneur  de  l'apôtre  Pierre. 
Et  alors  on  envoya  après  deux  châsses,  devers  Milan  où  étaient  les 
plus  belles  châsses  du  monde,  pour  y  mettre  les  corps  d'Amlyn  et  d'Amie. 
Et  dans  l'une  d'elles  on  ensevelit  Amlyn  dans  l'église  qui  était  consacrée 
à  Pierre,  et  dans  l'autre  on  ensevelit  le  corps  d'Amie  ^dans  l'église]  qui 
était  consacrée  à  saint  Eusèbe.  Et  les  autres  chevaliers  furent  ensevelis 
dans  ces  églises  avec  grand  honneur  suivant  leurs  privilèges  et  leur  rang. 
Et  quand  on  se  leva  le  lendemain  matin,  voilà  qu'il  était  arrivé  à  Dieu 
de  transporter  le  corps  d'Amlyn  de  sa  châsse  et  de  le  mettre  dans  la 
châsse  d'Amie,  avec  Amie  dans  l'église  d'Eusèbe  dans  une  même  chasse. 
Et  pour  être  les  deux  corps  dans  une  même  châsse,  la  châsse  n'était  pas 
plus  étroite  pour  eux  deux  qu'elle  n'était  auparavant  pour  le  corps  d'Am- 
lyn lui-même. 

Et  alors  chacun  reconnut  clairement  que  Dieu  montrait  que  leurs  âmes 
n'étaient  pas  séparées  dans  le  ciel,  puisqu'il  ne  voulait  pas  séparer  leurs 
corps  dans  ce  monde-ci.  Et  après  que  le  roi  vit  le  miracle  et  la  chose  mer- 
veilleuse que  Dieu  avait  faits  à  ces  martyrs,  il  fit  faire  des  funérailles 
royales  et  fit  faire  un  service  des  morts  pour  leurs  âmes  pendant  trente 
jours,  tout  en  donnant  de  l'or  et  de  l'argent  et  des  vivres  et  de  la  bois- 
son et  des  vêtements  à  quiconque  en  désirait,  pour  l'amour  de  Dieu,  et 
en  comblant  les  églises  dans  lesquelles  étaient  enterrés  ces  martyrs  de 
dignités,  de  privilèges,  de  terres  et  de  possessions.  Et  pendant  que  le 
roi  et  qu'une  puissante  partie  de  l'armée  étaient  à  s'occuper  de  cette 
affaire,  l'autre  partie  de  l'armée  combattait  contre  la  ville.  Et  après  être 
resté  à  combattre  contre  la  ville  de  la  campagne  avoisinante,  Dieu 
envoya  famine  et  mortalité  à  Didier  et  à  son  armée  au  point  qu'ils  furent 
forcés  de  se  rendre  à  Charles  à  sa  volonté.  Et  après  que  Charles  eut 
obtenu  la  victoire  et  soumis  le  pays  et  qu'il  eut  mené  le  roi  Didier  en 
prison  et  la  fleur  des  chevaliers  en  France,  en  laissant  des  établissements 
de  prêtres  et  de  clercs  et  à  ceux-ci  de  la  terre  et  des  rentes  perpétuelles 
pour  servir  Dieu  dans  les  églises  que  nous  avons  dites  plus  haut  pour  les 
âmes  de  ceux  dont  les  corps  y  étaient  ensevelis,  Charles  retourna  vers 


244  Kedymdeithyas  Amlyn  ac  Amie. 

ris  dr6y  diruaôr  lewenyd.  adiol6ch  y  du6  y  vudugolyaeth  a  rodassei  ida6. 
ar  g6yrth  ar  gôynnyeith  ydoed  yny  wneuthur.  ac  y  mae  hedi6  heuo  yr 
amlyn  ac  amie,  y  g6yr  auerthyrwyt  yr  karyat  du6.  Y  dryded  vlôydyn 
achweugeint  amil  oed  hynny  or  pan  gymerth  iessu  grist  gna6t  o  vru  wy- 
ry  yr  arglôydes  veir.  y  pedweryd  dyd  o  galan  ebrill.  yny  vlôydyn  y  bu 
uar6  seint  bernât  aoed  abat  yngkleros.  ar  volyant  ac  enryded  y  du6  ar 
egl6ys.  y  g6r  y  bo  bendigedic  y  en6  yn  dragywydaôl  poet  g6ir  amen. 
—  ac  velly  y  teruyna  kedymdeithyas  amlyn  ac  amie. 


Paris  en  grande  joie  et  il  remercia  Dieu  de  la  victoire  qu'il  lui  avait 
donnée  et  du  miracle  et  de  la  merveille  qu'il  avait  faits.  Et  il  est  aujour- 
d'hui avec  Amlyn  et  Amie,  qui  ont  été  martyrisés  pour  l'amour  de  Dieu. 
Ce  fut  l'an  mil  six-vingts  et  trois  après  que  Jésus-Christ  eut  pris  chair  dans 
le  sein  virginal  de  madame  Marie,  le  quatrième  jour  des  kalendes  d'avril 
dans  l'année  où  mourut  saint  Bernard  qui  était  abbé  de  Clairvaux,  pour 
la  gloire  et  l'honneur  de  Dieu  et  de  l'église  '.  Que  son  nom  soit  éternelle- 
ment béni.  Ainsi  soit-il  !  Amen  !  —  Ainsi  se  termine  l'amitié  d'Amlyn  et 
Amie. 


ADDENDA    ET    CORRIGENDA   AUX    PAGES    PRÉCÉDENTES. 

P.  202,  I.  i$,  ajouter:  theodothyon  pour  Thionville  (Theodothionis  villa). 

P.  204,  I.  31,  verigan  ou  berigan.  M.  Rhys  nous  assure  qu'il  est  fort  difficile 
de  distinguer  ces  deux  lettres  l'une  de  l'autre  dans  le  ms. 

P.  212,  I.  1,  au  lieu  de  y6nt  lire  6ynt 

P.  220,  1.  1 1,  au  lieu  de  bradGr  lire  vrad6r 

P.  224,  1.  10,  au  lieu  de  y  ennynedic  lire  yn  ennynedic 

P.  209,  ajouter  à  la  note  «  Cf.  Four  ancient  Books  of  Wales,  éd.  Skene,  1. 1, 
p.  507,  et  t.  II,  p.  9  et  329. 


1.  Le  scribe  gallois  a  pris  pour  la  date  de  la  mort  d'Amlyn  et  Amie  ce  qui  était  l'expli- 
cit  de  l'original,  probablement  latin,  qu'il  traduisait.  Encore  a-t-il  commis  une  erreur 
dans  la  lecture  de  la  date  qu'il  copiait  :  saint  Bernard  est  mort  en  11 55  et  non  en  1123. 


TIDINGS    OF    DOOMSDAY 

AN  EARLY-MIDDLE-IRISH  HOMILY. 


The  following  homily,  now  for  the  first  time  printed  ',  is  taken  from 
pp.  3 1-34  of  the  lithographie  facsimile  of  the  Lebor  na  huidre  'Book  of 
the  Dun  Cow',  a  ms.  of  the  early  part  of  the  twelfth  century,  preserved 
in  the  libraryofthe  Royal  Irish  Academy.  Its  value  is  threefold,  first,  as 
throwing  light  on  the  notions  of  themediaeval  Irish  as  to  the  other  world, 
secondly,  as  a  spécimen  of  a  little  known  homiletic  literature,  and, 
thirdly,  as  the  situs  of  a  large  number  of  rare  Middle-Irish  words  and 
forms.  Thus  in  paragraph  1,  comfolbthaide,  which  seems  a  mistake  for 
co-molbihaide  :  cf.  molbhthach  'praiseworthy' ;  5,  terbod  (=terpud,  Eger- 
ton  93,  fo.  i.  b.  1)  .1.  innarbad  no  deligud,  O'Dav.  12.  srdinfitir,  }d 
pi.  b-fut.  passive  of  the  verb  now  written  sraoinim.  14.  tôithenach, 
O'Reilly's  taoitheannach.  17.  congain  chride  :  cf.  O'Clery's  eaîla  .  1. 
ciamhaire,  congain  chroidhe,  aithrighe  no  déra.  20.  sirrechtaidib,  cf. 
O'Clery's  sirreacht  .  1 .  truagh  :  riches,  dat.  pi.  richessaib,  O.lr.richis 
(gl.  carbo)  Z2  273,  Corn,  regihten  gl.  pruna,  Br.  reguez,  Cath.  cicarach 
'ravenous',  cirriud,  cf.  cirr  'comb',  Rev.  celt.  I,  5  5.  aslom  an  an;.  \e^.  to 
me.  21.  brothgal  the  vapour  (gai)  of  burning  flesh  (broîh  .1.  feoil,  O'Cl.) 
22.  îesmalta,  cf.  coneiesed-side  do  tesmolîa  andaine  7  acomairbairtabith, 
LB.  21  ia  cin  la  drop'  O'R.  23,  tairthim  splendor?  also  in  tairthim 
flaiho  LU.  1 32  and  in  the  Félire,  prol.  166.  24.  tôichell  (do-fo-chell)  .1. 
imtheacht,  O'Cl.  dofoichlenn  an  innsi,  H.  2.  16,  col.  374  :  cf.  yiXsu- 
6oç,  callis.  25.  ammdin,  O'Reilly's  «  amhain  adv.  only,  alone  ».  The 
following  forms  are  noticeable  ;  the  dat.  sg.  spiruiu  in  para.  1  (perhaps 
a  mistake  for  spirut,  but  cf.  dia  mogha  manchuine,  Senchas  M6r,  II, 
22),  the  verbal  forms  îancabair,  tancaibair,  5,  9,  for  Old-Irish  tancaid 
'venistis',  for{f]acsabar-si,  18.  scérait  19,  3d  pi.  redupl.  fut.  act.  from 
scaraim.  doraga  adveniet  5,  13,  ragait  venient,  15,  16,  17,  18,  and  the 
secondary  forms  of  the  s-future  rosesed  (*ro-sech'sed)  2,  and  tairsed 
(*tairicsed)  24. 

W.  S. 

1 .  Two  short  extracts  were  published  in  my  édition  of  Adamnan's  Vision. 

Rev.  Celt.  IV  17 


246  Tidings  of  Doomsday. 

scéla  Idi  brdîha  inso  sis.,., 

1 .  Dia  dobennachad  nanésiidi  uli. 

2.  Tabrad  cach  ôen  dib  fôleith  amenmain  7  ainnithim  codichra  friscé- 
laib  Idi  brdtha  .  1 .  amalferfas  incomdiu  fdelti  frisnandemaibj  frisnafirénaib 
doaittreb  naflaiha  nemda.  ama\  ferfas  mzmurro  anfdelti  frisnapecthachaib  7 
frisnahanfirenaib  ocaninnarba  iniffernd. 

5.  ISu  cnst  mac  de  bi  slanicid  indule  domain  intresperso  na  deachta  uasli 
aschomsuthain  7  ascomfolbthaide  dondathair  7  donspirutu  ndern.  isse  rordid 
nascelasa  gair  bic  rianachésad  dofolsigud  natuaruscbdla  bias  do  féin  illô 
brdtha  conanôemaib  7  conafirénaib.  7  donertad  aapstal  7  adescipul  [j2a]. 
nachasragbad  torsi  diachessadsom.  arrofiîirsium  corochomacsig  amser 
achesta. 


4.  Mat  ha  mac  alphin  sùi  ebraidi  indara  fer  déc  rothog  isu  namuinterus 
incethramad  fer  roscrib  insoscela  comdeta  issé  roscrib  7  rolesaig  nascélaso 
lathi  bralha.  mar  rochûala  abélaib  amdgistrech  .1.  isu  cofarcaib  hicumne 
condeclais  conebairt  fônninnasa. 

5.  INtan  doraga  mac  de  7  duini  inôenpersaind.  cononôir  7  comiadamla. 
7  aille  aingil  malle  fris,  suidfid  intansin  forachathair  rigda  7  forsossad 
amiadamla.  7  tinolfiter  andsin  nahuli  duine  na  fiadnaisi  7  dogéna  andeli- 
gud  7  aterbod  iartain.  Ordaigfid  ém  anôemu  7  firénu  diadeis.  Ordaigfid 
immurro  napecdachu  7  nahanfirenu  di[a]clé.  ISandsin  atbéra  inri  dond- 
fairind  beti  diadeis.  Ticid  abennachtnachu  selbaid  flaith  mathar  rofuired 
dûib  othosuch  domain,  ûair  roba  ingorta  7  doratsaid  biad  dam.  Robd  ini- 
taid  7  doratsaid  dig  dam.  Robd  irrichtain  aies  tigi  diged  7  doratsaid  aigi- 
decht  dam.  Robd  cenetach  7  doratsaid  etach  dam.  Robd  ingalur  7  tancabair 
domtorroma.  Roba  icumriuch  7  tancaibair  domthûaslugud  7  domfortacht. 


6.  ISandsin  doberat  nafiréoin  infrecrasa  forincomdid.  Athigerna  for  iat 
cuin  atchoncammdrni  thu  ingorta  no  in  itaid  7  doratsam  biad  7  dig  dait. 


Tidings  of  Doomsday .  247 

TIDINGS  OF  DOOMSDAY,  THIS  BELOW. 

1 .  God  to  bless  the  hearers  ail  ! 

2.  Let  every  one  of  them  severally  give  his  mind  and  his  attention 
earnestly  unto  tidings  of  Doomsday,  to  wit,  how  the  Lord  will  welcome 
the  Saints  and  the  Righteous  to  inhabit  the  heavenly  kingdom,  but  how 
he  will  show  sternness  '  to  the  Sinful  and  to  the  Unrighteous  in  banishing 
them  into  hell. 

j.  Jésus  Christ,  son  of  David,  Saviour  of  ail  the  world,  the  third 
Person  of  the  high  Godhead,  who  is  co-eternal  and  equally  to  be  praised 
with  the  Father  and  with  the  Holy  Ghost,  he  it  is  that  told  thèse  tidings 
a  little  while  before  his  Passion,  to  set  forth  the  appearance  that  he  him- 
self  will  hâve  on  Doomsday,  with  his  Saints  and  with  his  Righteous 
ones,  and  to  strengthen  his  apostles  and  his  disciples,  so  that  sadness 
for  his  suffering  might  not  take  hold  of  them,  for  he  knew  that  the  time 
of  his  Passion  was  at  hand. 

4.  Matthew  son  of  Alpheus,  an  Hebrew  sage,  the  twelfth  man  whom 
Jésus  chose  into  his  household,  the  fourth  man  who  wrote  the  Gospel  of 
the  Lord,  he  it  is  that  wrote  and  revised  2  thèse  tidings  of  Doomsday, 
as  he  heard  (them)  from  the  lips  of  his  Master,  namely,  Jésus,  and  left 
them  in  remembrance  with  the  Church,  and  spake  in  this  wise. 

5.  When  the  Son  of  God  and  Man  in  one  Person  shall  corne  with 
honour  and  with  glory,  and  ail  his  angels  along  with  him,  then  will  he 
sit  on  his  throne  and  on  the  station  of  his  glory,  and  ail  the  human  beings 
will  be  collected  there  in  his  présence,  and  he  will  make  their  division  and 
their  séparation  thereafter.  He  will  set  in  order,  forsooth,  his  Saints  and 
his  Righteous  ones  on  his  right  hand  ;  but  the  sinful  and  the  unrighteous 
he  will  set  in  order  on  his  left.  It  is  then  that  the  King  will  say  to  those 
that  are  on  his  right,  a  Corne  ye,  oh  blessed  ones,  possess  my  Father's 
kingdom  that  hath  been  prepared  for  you  from  the  beginning  of  the 
world  !  For  I  was  in  hunger  and  ye  gave  me  food  :  I  was  in  thirst  and  ye 
gave  me  drink  :  I  was  in  need  of  a  guesthouse  and  ye  gave  me  hospita- 
lity:  I  was  without  raiment  and  ye  gave  me  raiment  :  I  was  in  sickness 
and  ye  came  to  watch  me  :  I  was  in  captivity  and  ye  came  to  loose  me 
and  to  help  me.  » 

6.  It  is  then  that  the  Righteous  will  give  this  answer  to  the  Lord  : 
«  Oh  Lord,  »  say  they,  «  when  saw  we  thee  in  hunger  or  in  thirst  and 

1.  Lit.  make  unwelcome. 

2.  Lit.  bettered. 


248  Tidings  of  Doomsday . 

Cuin  atchomiarcmdr  irrichtain  aies  tigi  âiged  no  cenetach  tû  7  doratsamar 
digidecht  7  étach  duit.  no  cuin  atconcamar  ingalur  no  icumriuch  thû  7 
tdncamdr  dotfis  scél  7  dotfuaslucud. 

7.  ISé  sco  immurro  frecra  dobéra  incomdiu  forsnafirénaib.  Cachtan  arse 
dorônsaith  maith  arnabochtaib  imanmumsa  isjoromsa  dorônsaid. 

8.  ISiat  sin  tra  se  hernaili  natrôcairi  ocennaigther  indflaith  nemda. 
ISiat  nasé  dorsi  glainïdi  triasatic  solsi  inbethad  suîhain  isindeclais.  ISiatsin 
nasé  cémend  iarsafrcscabat  na  ndim  7  najiréoin  dochom  nimi. 

9.  Atbéra  incomdiu  dana  cid  dondfairind  beti  diachli  innathesc  nacarb 
nadûathmarsa  .1.  donlucht  ndrochornaill  athoil  7  athimna.  7  ised  aibéva 
friu  ocacur  iniffern.  Scuchaid  dim  amallachtnachu  7  ercid  isin  tenid  suthain 
rofdired  dodiabul  7  diadrochmuinûr.  ùair  robd  ingorta  7  initaid  7  nithdrd- 
said  biad  no  dig  dam.  Robd  irrichtain  aies  tigi  diged  7  étaig  7  ni  thard- 
said  digidecht  no  étach  dam.  Robd  ingalur  7  icumriuch  7  ni  thancabair 
domfisscél  no  domthûaslucud. 


10.  ISandsin  doberat  nahecraibdig  infrecrasa  forincomdid.  Athigerna 
forsiat  cuin  atconnarcmdrni  ingorta.  no  initaid.  no  irrichtain  aies  tigi 
diged.  no  cen  étach.  no  ingalur  no  icumriuch.  7  nadersamar  timthirecht  7 
umallôit  duit. 

1 1.  ISandsin  dobéra  incomdiu  frecra  forrosom.  Cachtan  for  se  nadersaid 
maith  arnabochtaib  immanmaimsea  l  isforomsa  nader(n)said. 

12.  ISiatsin  ira  se  nechi  airegda  triasa  ninsaigther  iffernd.  Srdinfitir  tra 
iarsin  na  hanfiréoin  hipéin  iffirn  7  isintodevnam  suthain  ragait  /mmurro 
nandim  7  najiréoin  isinmbethaidh  suthain  doaittreb  nime  malle  fridia  cona 
ainglib  triabithu  sir. 

13.  [32  b]  Cesnaigther  isinscriptûir  ndim  can  asatarga  incomdiu  do 
fugiull  brdtha.  Ocus  cinnas  doraga  ocus  cia  aratarga. 

14.  Denim  tra  codemin2  doraga  incomdiu  do  fugiull  brdtha  mardemniges 
inrigfaith  dabid  mac  iese.  Innas  /mmurro  doraga  demnigid  infâith  cétna  7 
issed  atbeir.  Bid  follus  arse  doraga  incomdiu  dondfugiull  7  nibdtôithenach. 

1.  Facs.  immanmainsea 

2.  Facs.  codenim 


Tidings  of  Doomsday.  249 

gave  thee  food  and  drink  ?  when  saw  we  thee  in  need  of  a  guesthouse  or 
without  raiment,  and  gave  thee  hospitality  and  raiment?  or  when  saw 
we  thee  in  sickness  or  captivity  and  came  to  get  tidings  of  thee  and  to 
loose  thee  ? 

7.  This  then  is  the  answer  that  the  Lord  will  give  to  the  Righteous  : 
ce  Every  time,  »  saith  he,  «  that  ye  hâve  done  good  for  the  poor  in  my 
name,  it  is  for  me  ye  hâve  done  it.  » 

8.  Those  then  are  the  six  kinds  of  mercy  by  which  the  heavenly 
kingdom  is  bought.  They  are  the  six  glassen  doors  through  the  which 
cornes  the  light  of  eternal  life  into  the  Church.  Those  are  the  six  steps 
whereby  the  Saints  and  the  Righteous  ascend  to  Heaven. 

9.  Then  shall  the  Lord  give  also  unto  them  that  are  on  his  left  hand 
this  bitter,  awful  answer,  to  wit,  to  the  folk  that  hâve  not  fulfilled  his 
will  and  his  commande  and  it  is  this  that  he  shall  say  to  them,  casting  them 
into  hell  :  «  Départ  from  me,  oh  cursed  ones,  and  go  ye  into  the  ever- 
lasting  fire  that  hath  been  prepared  for  the  Devil  and  his  evil  household. 
For  I  was  in  hunger  and  in  thirst  and  ye  gave  me  not  food  or  drink  : 
I  was  in  need  of  a  guest-house  and  raiment  and  ye  gave  menothospitality 
or  raiment  :  1  was  in  sickness  and  captivity  and  ye  came  not  to  get  ti- 
dings of  me  or  to  loose  me.  » 

1 0.  It  is  then  that  the  impious  ones  shall  give  this  answer  to  the  Lord  : 
a  Oh  Lord,  »  say  they,  «  when  saw  we  (thee  in  hunger,  or  in  thirst, 
or  in  need  of  a  guest-house,  or  without  raiment,  or  in  sickness,  or  in 
captivity,  and  rendered  not  attendance  nor  lowly  service  unto  thee  ?  » 

11.  It  is  then  the  Lord  will  give  an  answer  to  them  :  a  Every  time  », 
saith  he,  «  that  ye  hâve  not  done  good  for  the  poor  in  my  name,  it  is 
for  me  ye  hâve  not  done  it.  » 

12.  Those  then  are  the  six  chief  things  through  the  which  hell  is 
attained.  Thereafter  then  the  unjust  shall  be  hurled  headlong  into  hell's 
pain  and  into  the  everlasting  punishment,  but  the  Saints  and  the  Righteous 
shall  go  into  the  life  everlasting  to  inhabit  heaven  along  with  God  and 
his  angels  for  ever  and  ever. 

15.  It  is  asked  in  the  holy  scripture  whence  it  is  that  the  Lord  will 
corne  to  the  judgment  of  Doom,  and  how  he  will  corne,  and  wherefore 
he  will  come. 

14.  From  Heaven,  then,  certainly  the  Lord  will  come  to  the  judg- 
ment of  Doom,  as  certifieth  the  royal  prophet  David  the  son  of  Jesse; 
but  how  he  will  come  certifieth  the  same  prophet,  and  it  is  this  that  he 
saith  :  «  It  is  manifest,  »  saith  he,  «  that  the  Lord  will  come  to  the 
judgment,  and  he  will  not  be  not  silent.  »  There  will  be  a  great  fire 


2  5  o  Tidings  of  Doomsday. 

Biaid  dam  tene  môr  arlassad  najiadnaisi  7  ainbthini  dermdr  imme  dicach 
leith.  ISaire  z'mmurro  doraga  incomdiu  donduugiull  dômes forinciniud  ndoenna 
eter  biu  7  marbu.  mar  atbeir  inrigfaiih  cetna.  Tinolfaiter  arse  muinter 
nime  7  ta/man  hifiadnaisi  inchomded  illô  brdtha. 

1$.  ISdemin  dana  condingniter  cethri  budni  don  chin[i)ud  dôenda  illô 
bratha.  Buden  ém  dib  dogentar  dômes  7  ragait  aithle  ammessa  dochom  péné 
7  tôder[na)ma.  Isfriuside atbéca  incomdiu  innaithesc  naduathmarso  ocanin- 
narba  uad.  Scuchaid  dim  amallachtnachu  isintenid  suthain  rojaired  dodia- 
bul  7  diadrochmuintir.  isiatsede  nacomallat  ognim  inmaith  gellait  obélaib. 
Ise  ainm  nafairnisin  isinscriptûir.  mali  non  ualde  .  1 .  uilc  nach  adbulolc. 


16.  Buden  aile  dib  nadingentar  dômes  acht  ragait  fôchetôir  cenmesrugud 
eûr  forro  dochom  niffrind.  7  pianfaiûr  iarsin  triabithu  nambetha  centro- 
caire  dé  diafortacht  drnithabratsom  smacht  no  recht  noriagail  ardenam  apec- 
caid  7  andualach  hifns.  acht  cach  olc  as  mô  rofétat  dosdrugud  dé  7  daine 
issed  dogniat.  Isé  ainm  na  budnisin.  mali  ualde  .1.  anasmesu  don  chin[i)ud 
dôenda. 

17.  Buden  aile  dib  dogentar  dômes  7  ragait  a  aithle  ammessa  dochum 
focraice.  ISiatsede  dogniat.  (/us  aithrige  ndichra  tria  chongain  cride.  7 
lesaigit  anulcu  remtechtacha  triasualchib  7  cdingnimaib.  7  dana  doberat 
almsana  bid  7  etaig  donabochtaib  inonoir  inchomded.  condichletsede  napccda 
dorônsat  riam.  connachcumnig  incomdiu  dôib  thall  nahulcu  dorônsat  (/us. 
Isfrisidi  atbéra  incomdiu  illô  bratha  icangairm  chuce  dochum  nime.  Tait 
innossa  abennachtnachu  doaitreib  naflatha  nemda.  Ise  dana  ainm  nabudnisin 
isinscriptuk  ndim.  boni  non  ualde  .1.  mathi  nach  adbolmaith. 


18.  Buden  aie  /mmurro  dib  nadingentar  dômes,  acht  ragait  fôchetôir  cen- 
mesrugud eûr  dochum  nimi.  7  focraici  fororda.  ISleosede  nach  leor  di  maith 
comallud  nach  nerailend  inscriptux  diada  forro  dodenam  coiuillet  trianasual- 
chib  7  trianacaindu...  féin  sin  .7  condénat  ni  asmé  dcmaith  andas  an  (er) 
ailter  forro  isnatimnaib  diadaib.  ISdôibsidc  d...  gellas  7  tairngires  isu  in 
mormaith  sco  n...  nistev  isintsoscéla  conebre  friu  ocanascin...  chuce  immôr- 
chomddil  Idi  brdtha  ùair  foracsabar  si...  sa  ar  isu  cach  maith  robôi  ocaib 
isintsdegul.  [tan)cabair  immuinterus[s)a  7  imchomaitecht[s)a.  Tditsi  innossa 
....  combethi  malle  frim  fordibrigsudib  déc  cen  m  ...  gud  foraib.  issibsi 
ocmes  inchiniuda  dôenna 


Tidings  of  Doomsday .  2  $  ! 

flaming  before  him  and  a  mighty  storm  around  him  on  every  side.  It  is 
for  this  that  the  Lord  will  come  to  the  judgment,  to  décide  on  thehuman 
race  both  living  and  dead,  as  saith  the  same  royal  prophet,  «  there  shall 
be  gathered  together,  »  saith  he,  «  the  household  of  heaven  and  earth  in 
the  présence  of  the  Lord  on  the  Day  of  Doom.  » 

15.  It  is  certain,  then,  that  there  will  be  made  four  troops  of  the 
human  race  on  the  Day  of  Doom.  Now  a  troop  of  them  shall  be  brought 
to  judgment  and  shall  go  after  their  doom  to  pain  and  punishment.  It  is 
to  them  the  Lord  shall  make  the  awful  answer  in  banishing  them  from 
him  :  «  Départ  from  me,  oh  cursed,  into  the  everlasting  fire  that  has  been 
prepared  for  the  Devil  and  for  hisevil  household.  »  It  is  thèse  that  do  not 
fulfil  by  deed  the  good  which  they  promise  by  lips.  This  is  the  name 
of  that  folk  in  the  scripture,  mali  non  valde,  that  is,  bad,  not  greatly  bad. 

16.  Another  troop  of  then  will  not  be  brought  to  judgment,  but  to 
Hell  they  will  go  at  once,  without  adjudication  at  ail  then,  and  they 
will  be  tortured  thereafter  through  âges  of  âges  without  God's  mercy  to 
help  them,  for  they  do  not  put  term,  or  law,  or  rule  on  committing  their 
sins  and  the  vices  hère,  but  every  evil  which  is  greatest  they  could  to 
outrage  God  and  men,  it  is  this  that  they  do.  This  is  the  name  of  that 
troop,  mali  valde,  that  is,  what  is  worst  of  the  human  race. 

17.  Another  troop  of  them  will  be  brought  to  judgment,  and  they 
will  go  after  their  judgment  unto  reward.  Thèse  are  they  that  hère  make 
earnest  repentance  through  grief  of  heart.  and  amend  their  former  evils 
through  virtues  and  fair  deeds,  and  then  they  give  alms  of  food  and  of 
raiment  to  the  poor  in  honour  of  the  Lord,  and  thèse  hide  the  sins  they 
hâve  before  committed,  and  the  Lord  remembers  not  for  them  there  the 
evils  they  did  hère.  It  is  to  thèse  that  the  Lord  will  say  on  Doomsday, 
caHing  them  to  Him  unto  heaven.  «  Come  now,  0  Blessed,  to  inhabit  the 
heavenly  kingdom  !  ».  This,  then,  is  the  naine  of  that  troop  in  the  holy 
scripture  boni  non  valde,  that  is,  'good  who  are  not  greatly  good'. 

18.  Another  troop  ofthem,  however,  will  not  be  brought  to  judgment, 
but  unto  heaven  an^  ail  golden  rewards  they  will  go  at  once  without 
adjudication  at  ail.  With  them  it  is  not  enough  of  good  to  fulfil  everything 
that  the  divine  scripture  enjoins  on  them  to  do,  so  that  they  abound 
through  their  own  virtues  and  through  their  fair...  and  they  do  more  of 
good  than  what  is  enjoined  on  them  in  the  divine  commands.  It  is  to 
them  ...  that  Jésus  pledges  and  prophecies  this  great  good  ...  in  the 
gospel,  that  he  will  say  to  them,  seeing  them  ....  to  him  in  the  great 
convention  of  Doomsday.  «  Since  ye  hâve  left  for  me  »,  saith  Jésus, 
«  every  good  thing  that  ye  had  in  the  world,  ye  hâve  come  into  my 


2  $  2  Tidings  of  Doomsday . 


19.  [p.  3  $à]  do  aiîreib  iffirnd  triabith  sir.  Ocus  ité  beti  iscoraib  7  illong- 
phortaib  diabml.  Ocus  scérait  friair fit iud  indomainseo  rocharsat.  Ocus  fri- 
gnûsib  muinîire  nime  .1.  nanaingel  7  nanôem  7  nafiren.  armbith  dôib  mile 
bliaâna.  itenid  bratha.  arisésin  ré  lathi  bratha  mar  innisït  trachtaireda 
nacanoni  nôimi. 

20.  Nibd  soinmech  tra  asét  napectachsin.  nifaigbet  dig  nabiad.  acht  sir- 
gorta  7  roiiu  7  rouacht.  ISedbertair  iarsin  do  taig  diabu'û  cofogur  derchdinîe 
cotromosnadaib  sirrechtaidib.  Bid  trûag  gdir  7  nûall  golfadach  7  éigmech. 
bron  7  basgaire.  natûath  pecdach  andsin  icatarroing  dochum  pêne  iffirnd.  acht 
bidhisin  inmaïl  aithrige  cen  greim  furri.  arnichluinfider  angudisium  andsin. 
ûair  narofoichlitar  arthus  céin  robdtdr  hifus  hicomaitreib  acorp  7  ananmand. 
Iadfaitk  andsin  triglais  napecthach  .1.  iadad  iffirn  tria  bith  sir  for  ru.  7 
ladad  asul  frisindomun  diotartsat  grdd  7  iadad  naflatha  nemda  friu.  Suid- 
fit  iarsin  sudi  nemthrôcar  forrichessaib  rothened  arbélaib  rig  na  cldini 
inglind  napian  airm  imbiat  dôib  todernama  tromma  .  1 .  bas  cenbetaid.  tene 
dorcha.  bethu  brànach  toirsech  salach  inglan.  airm  imbiat  ilchoin  géra  cica- 
ra[cha)  crôesmôra  clùaslethna  ingnecha  crobgéra  attôebaib.  Ocus  loscind 
géra  garba  ocimesorcain.  Ocus  nathracha  nemnecha  imlûatha  inchuaird 
cathrach  diabail.  Ocus  léomain  lonna  letarthacha.  Ocus  ilar  nandubdlâm 
7  nandublù achat,  airm  imbiat  éoin  etecha  ingnecha  dgmara  iarnaide.  Ocus 
brenlocha  ainbthencha  ûara  iffernaide.  Tenti  dorcha  oc  sirloscud.  Lecca  derca 
fochossaib.  Claidib  iccirriud.  Cait  icscripad  7  icdercad.  Demna  icpianad. 
Créchta  cenleges.  Lassar  cendibdud.  Gabailfortengthaib.  Tachtud  arbrdgtib. 
Bûadred  arcennaib.  Iachtad  7  gabail  argothaib.  Glassad  arbonnaib.  Airm 
imbia  fritdib  cachuilc  inpheist  irdairc  ûathmar  ilchennach  corubnib  riches 
rûad.  Ni  diatuarascbdil  .  1 .  cet  muinel  furri  7  cet  cend  forcach  muineol.  7 
coic  x.  fiacal  cachôen  chind.  cet  lam  furri.  7  cet  mbas  forcach  laim.  7  cet 
ningen  forcach  bais,  airm  imbethir  cenchoemu  cencardiu  initaid  inacorus 
irrouacht  irrothes.  inesbaid  cachmathiusa  7  hicomlaintius  cachuilc.  inôentaid 
esôentad  demna  7  muintiri  iffirn.  Biaid  dana  andsin  mairg  7  iachtad.  gol 
7  egmech.  cnet  7  grechach.  cachôenbeoil.  7  mallacht  cen  chumsanad  ona 
pecthachaib  foranapaid  .1.  fordiabul.  arisseà  dos[p.  ^b]beirsium  icfulang 
phéne  cach  olc  doronsat  triana  aslachsom.  Ocus  mallacht  dana.  ûadsom  fora- 
manchaib  imme.  1 .  forsnapecdachaib  arismoti  apiansom  fein  cach  olc  doronsat 
sum  triana  aslom  forro  ocaslach  cach  uilc. 


Tidings  of  Doomsday .  253 

household  and  into  my  fellowship.  Corne  ye  now that  ye  may  be 

along  with  me  on  twelve  thrones,  without  adjudication  on  you.  Ye  are 
judging  the  human  race  »... 

[Hère  a  leaf  seems  lost.) 

19.  ...  to  inhabit  Hell  for  ever.  And  it  is  they  who  shall  be  in  ]thej 
Devil's  tents  and  camps.  And  they  shall  separate  from  the  delight  of  this 
world  which  they  loved,  and  from  the  faces  of  Heaven's  household,  that 
is,  of  the  Angels  and  of  the  Saints  and  of  the  Righteous,  after  they  hâve 
been  a  thousand  years  in  the  fire  of  Doom.  For  that  is  the  length  of 
Doomsday  as  the  commentators  on  the  holy  canon  déclare. 

20.  Not  happy  then  will  be  the  road  of  those  sinners  :  they  get  not 
drink  nor  food,  but  constant  hunger,  and  great  thirst,  and  great  cold. 

It  is  they  that  will  be  brought  thereafter  to  the  Devil's  house,  with 
noise  of  despair,  with  heavy  yearning  sighs.  Sad  are  the  cry  and  shout, 
wailingand  screaming,  woeand  handbeating,  of  those  sinfulpeoplethere, 
at  the  dragging  of  them  to  Hell's  torture.  But  that  will  be  sadness  of 
repentance  without  profit  thereon,  for  there  their  prayer  will  not  be  heard. 
For  they  prepared  not  at  first  while  they  were  hère  in  possession  both  of 
their  bodies  and  their  soûls.  Then  will  be  shut  the  sinners'  three  locks, 
to  wit,  shutting  of  Hell  for  ever  on  them,  and  shutting  of  their  eyes  on 
the  world  to  which  they  gave  love,  and  shutting  of  the  heavenly  king- 
dom  on  them.  Thereafter  they  will  sit  a  merciless  seat  on  glowing  coals 
of  great  fire  before  the  king  of  evil  in  the  Glen  of  tortures,  wherein  they 
shall  hâve  heavy  punishments,  to  wit,  death  without  life  :  dark  fire  : 
life  woeful,  sad,  foui,  unclean  :  a  place  wherein  shall  be  many  dogskeen, 
greedy,  gluttonous,  broad-eared,  longclawed,  sharppawed,  beside 
them.  And  toads,  keen,  rough,  destroying  one  another.  And  adders  poiso- 
nous,  very  swift,  around  the  Devil's  city.  And  lions  fierce,  rending. 
And  many  in  their  dark  mass  and  in  their  dark  light.  A  place  wherein 
shall  be  birds  hideous  ?  ,  taloned,  fearful,  made  of  iron.  And  stinking 
lochs,  stormy,  cold,  hellish.  Fires  dark,  ever  burning.  Red  flags  under 
feet.  Swords  maiming.  Cats  scratching  and  furrowing.  Fiends  torturing. 
Wounds  without  healing.  Flame  without  quenching.  Gag  on  tongues. 
Strangling  on  throats,  Vexing  on  heads.  Yelling  and  gagging  on  voices. 
Fettering  on  soles.  A  place  wherein  beside  every  evil  shall  be  the  Mons- 
ter,  conspicuous,  awful,  manyheaded,  with  crowds  of  red  glowing  coals. 
Somewhat  of  his  description,  to  wit  :  a  hundred  necks  upon  him  and  a 
hundred  heads  on  each  neck.  andfive  hundred  teeth  in  each  head.  A  hun- 
dred hands  upon  him.  and  a  hundred  palms  on  each  hand,  and  a  hundred 
nails  on  every  palm.  A  place  wherein  existence  is  without  lovingness, 


2  j  4  Tidings  of  Doomsday . 


2 1 .  ISadûathmar  /mmurro  7  isgranna  incarcarsin  dorigni  incomdiu  do 
diabul  conademnaib  .  1 .  iffern.  ISisel  tra  7  isdomain  asudigud.  ar  ciano- 
léicthe  cloch  mulin  imbelaib  iffirn.  nimô  indd  hicind  mili  bliadna  rose- 
sed  aichtur.  Ude  anma  dana  iartecht  acurp  frire  trichât  bliadna  oûachtur 
coaichtur.  mar  as  chetfaid  diarailib  ISdaingen  ahimtimchell  nacarcrachsin. 
ISaigthech  uamnach.  gaibthech  golfartach.  Isdorcha  dubgranna  achrôes. 
ISall  dothimarcain  cach  anmaphiantair.  Isbréo doloscud.  Is[s)raigelldoesor- 
gain.  Isfdebur  do  athchumma.  isadaig  doerdallud.  Is  dethach  domuchad. 
Iscroch  dophianad.  ISclaideb  do  digail.  h  arm  uathmar  doguin  7  doletrad. 
Isburiud  pian.  Isrubne  todernam.  Jsbadud  isplagud.  Is(s)rainiud.  isbrûd. 
islinud.  istragud.  isdôd.  isléod.  isloscud.  is[s)lucud.  isard,  isisel.  isroûar. 
is  rothe.  iscumung  isfarsiung.  ismôr  bréni  abrothgaile. 


22.  Cid  tra  acht  diacurta  nech  isecht  naesaib.  7  combeth  mile  bliadna 
incach  dis  dib  nimb  anda  ôenmad  rand  fichet  olc  niffirnd  noinnisfed.  Acht 
itlat  sin  chena  primthesmalta  iffirn  conaphianaib .  Ni  ma  chin  fovtalmain 
cid  drdrigi  indomain  oturcbdil  cofuniud  nobeth  acci.  diambd  hadba  indadba 
sin  7  diambia  icciniud  aittreib  nacarcrachsin. 


23.  Gairmebtair  immurro  cosomiad.  cononôir.  conairmitin.  nandim  7  na- 
firéoin  rochomailset  timna  '  inchomded  7  aforcetul.  isinbethaid  suthain  for- 
deis  de  triabith  sir  .  1 .  lucht  na  censa  7  nahalgini.  nadeirci  7  natrocairi  7 
cachcdingnima  ar  chena.  lucht  agi  7  athrigi  7  fedba  irescha  ardia.  Isand- 

1.  Facs.  timma 


Tidings  of  Doomsday.  2  )  $ 

without  friendship,  in  thirst,  in  hunger,  in  great  cold,  in  great  heat,  in 
want  of  every  good  thing  and  in  fulness  of  every  evil  thing,  in  union  with 
the  disunion  of  the  fiends  and  the  household  of  Hell.  Then  will  be  there 
woe  and  lamentation,  wail  and  crying,  groan  and  scream  of  every  mouth, 
and  a  curse  without  resting  from  the  sinners  on  their  Abbot,  to  wit,  on 
the  Devil,  for  he  it  is  that  puts  them  in  endurance  of  punishment  for  every 
evil  they  did  through  his  temptation,  and  a  curse,  too,  from  him  on 
monks  about  him,  to  wit,  on  the  sinners,  since  the  greater  is  his  own 
punishment  for  every  evil  they  did  through  his  séduction  ofthem,  inciting 
every  evil. 

21.  Awful,  in  sooth,  and  hideous  is  that  prison  which  the  Lord  has 
made  for  the  Devil  with  his  fiends,  to  wit,  Hell.  Low,  now,  and  deep  is 
its  place.  For  though  a  millstone  were  cast  into  Hell's  mouth,  notsooner 
than  at  the  end  of  a  thousand  years  would  it  reach  the  bottom.  The 
soul's  journey,  now,  after  coming  from  the  body,  (is)  for  a  space  of  thirty 
years  from  top  to  bottom  thereof,  as  is  the  opinion  of  certain  persons. 
Strong  is  that  prison's  surrounding  :  it  is  full  of  fear,  dread,  danger,  lamen- 
tation (?).  Dark,  black,  hideous  is  its  open  mouth.  Itisarockforchastening 
every  soûl  that  is  tortured.  It  is  a  flame  for  burning.  It  is  a  scourge  for 
smiting.  It  is  an  edge  for  maiming.  It  is  a  night  for  blinding.  It  is  a  fog  for 
smothering.  It  is  a  cross  for  torturing.  It  is  a  sword  for  vengeance.  It  is 
an  awful  weapon  for  slaying  and  for  cutting.  It  is  a  roaring  (?)  of  tortu- 
res. It  is  a  crowd  of  punishments.  It  is  a  drowning,  it  is  a  plaguing.  It 
is  a  breaking  :  it  is  a  bruising,  it  is  a  pollution,  it  is  an  exhaustion,  it  is  a 
consuming,  it  is  a  hacking,  it  is  a  burning,  it  is  a  swallowing:  it  is  high, 
it  is  low,  it  is  very  cold  :  it  is  very  hot,  it  is  narrow,  it  is  wide  :  great 
is  the  stench  of  the  steam  of  its  (burning)  flesh. 

22.  Now  though  one  should  be  put  in  seven  âges  and  though  there 
should  be  a  thousand  years  in  each  âge  of  them,  not  more  than  the  one 
and  twentieth  part  of  Hell's  evils  would  he  relate.  But  those  are  the  chief 
détails  of  Hell  with  its  tortures.  Beside  it  even  the  high  kingdoms  of  the 
world,  from  sunrise  to  sunset,  were  not  greater  than  a  drop  on  (the) 
earth  if  thy  dwelling  were  that  dwelling  and  if  thou  wert  appointing 
the  habitation  of  that  prison. 

23.  But  the  Saints  and  the  Righteous,  who  hâve  fulfilled  the  commands 
of  the  Lord  and  histeaching,  will  be  called  to  glory,  to  honour,  to  véné- 
ration, into  the  eternal  Life  on  God's  right  hand,  for  ever  and  ever,  to 
wit,  the  folk  of  gentleness  and  tenderness,  of  charity  and  of  mercy,  and 
of  every  fair  deed  besides,  a  folk  of  virginity  and  pénitence,  and  widows 
faithful  for  God's  sake.  Then  shall  there  be  a  great  noise  and  mighty 


2  5  6  Tidings  of  Doomsday . 

sin  bias  tairm  adbul  7  fogur  dermar  nananmand  nglan  iccéimnigud  fordeis 
anrig  7  atigernai  issinflaith  nemda  ïnggradaïb  rig  nimi  7  talman  7  iffwn. 
Air  m  ifil  intsoilsi  dorôisce  cachsoilsi.  cach  tairthim.  ce[n)terbrûd.  ccndor- 
chataid.  Beihu  suthain  cenbas.  nuall  faelii  centorsi.  Slanti  cengalar.  ôetiu 
cen  seniataid.  sid  cendebaid.  saime  cendôinmige.  saire  cen  saethar  cen  snim. 
cen  ocorus  bid  no  etaig  no  cotulta.  ndimi  cen  ais  cen  ercra.  Oentu  solusta 
aingel.  Airera  parduis.  Fledugud  centurbrûd  etev  noingradaib  aingel  7 
noemthuath  richid  7  nôemairechtaib  inrig  rouasail.  7  eter  ndemilachtaib 
spirtdldaib  nimi.  7  eirochta  giène.  hi  flaith  aird  âasail  adamraigthi.  chdim 
choir  chumthaigihi.  môir  min  milidi.  sair  sdim  sorchaide.  imbrugib  richid. 
[j4a]  isostaib  dibnib.  hi  cathdirib  ôrdaib.  illepthaib  glainidib  hisostaib 
argdidib.  isudigfidQr  cachôcnduine  arammiad  7  ardliged  7  arasognim 
fodein. 


24.  ISdiasncdi  immurrofarsingej  lethet  naflaîha  nemda.  ar  intén  aslua- 
thiu  lùamain  forbith  nithairseà  dé  toichell  richid  otossuch  domain  coa- 
dered. 

25.  ISadbul dam. asuthaige 7  asolsi.  achaime  7  achobsaide nacathrachsin. 
Asdmi  7  asomilsi.  Afostacht  alogmaire.  arrédi  arruthnigthi.  aglaine  agrdd- 
maire.  agile  aceôlmaire.  andimi  aniamglaine.  ahaille  a  hailgine.  a  hardi  a 
hetrocta.  a  hordan  ahairmitiu.  a  Idnsid  a  lânôentu.  niîûalaing  îrd  nach 
ndùil  inchétmad  rand  do  tuarascbail  maihiusa  na  cathrachsin  dinnisin.  acht 
ammdin  isferr  inbecansa  dib  dinnisin  indd  beith  hitast. 


26.  Mogenair  /mraurro  bias  coude garliud.  7  condegnimaib  7  berthair  do 
aittreib  nacathrachsin  illo  brcitha.  dr  blaid  tria  bithu  cen  chrich  cenforcend 
inôcntaid  nahecailsi  nemda  7  talman.  inôentaid  ûasalathrach  7  fddi  apstal  7 
descipul  isu  crist.  nôem  7  nôcmog  indomain,  aingel  7  archaingel  incomded. 
isinnôentaid  as  uasliu  cach  nôentaid.  innoentaid  nanôem  trinoti  ùasli  athar 
7  maie  7  spirta  ndim. 


Tidings  of  Doomsday .  257 

sound  of  the  pure  soûls  stepping  on  the  right  hand  of  their  King  and 
their  Lord  in  the  heavenly  Kingdom,  in  ranks  of  the  Kingofheaven 
and  earth  and  hell.  A  place  wherein  is  the  Light  that  excels  every  light, 
every  splendour,  without  interruption,  without  darkness.  Life  eternal 
without  death  :  clamour  of  joy  without  sorrow  :  health  without  sickness: 
youth  without  old  âge  :  peace  without  quarrel  :  rest  without  adversity  : 
freedom  without  labour,  without  fatigue,  without  need  of  food  or  rai- 
ment  or  sleep  :  holiness  without  âge,  without  decay  :  radiant  unity  of 
angels  :  delights  of  paradise  :  feasting  without  interruption  among  nine 
ranks  of  angels  and  of  holy  folks  of  heaven  and  holy  assemblies  of  the 
most  noble  King,  and  among  holy,  spiritual  hues  of  heaven  and  bright- 
ness  of  sun  in  a  kingdom  high,  noble,  admirable,  lovable,  just,  ador- 
ned,  great,  smooth,  honeyed,  free,  restful,  radiant  :  in  plains  of  heaven, 
in  delightful  stations,  in  golden  chairs,  in  glassen  beds,  in  silvern  sta- 
tions wherein  every  one  shall  be  placed  according  to  his  own  honour 
and  right  and  welldoing. 

24.  But  indescribable  are  the  amplitude  and  width  of  the  heavenly 
kingdom.  For  the  bird  that  is  swiftest  of  flight  upon  earth,  for  him  the 
journey  of  the  kingdom  would  not  end  ^though  he  flew)  from  the  world's 
beginning  until  the  end  thereof. 

25.  Vast,  then,  are  this  fruitfulness  and  the  light,  theloveableness  and 
the  stability  of  that  City  :  its  rest  and  its  sweetness,  its  security,  its  pre- 
ciousness,  its  smoothness,  its  dazzlingness,  its  purity,  its  lovesomeness, 
its  whiteness,  its  melodiousness,  its  holiness,  its  bright  purity,  itsbeauty, 
its  mildness,  its  height,  its  splendour,  its  dignity,  its  venerableness,  its 
plenteous  peace,  its  plenteous  unity.  Yea,  not  fit  is  any  créature  to  set 
forth  the  hundredth  part  of  the  description  of  the  goodness  of  that  City, 
but  still  it  is  better  to  relate  this  little  of  them  than  to  be  in  silence. 

26.  Happily  born,  in  sooth,  was  he  who  shall  abide  with  deservin- 
gness  and  with  good  deeds  and  who  shall  be  taken  to  dwell  in  that  City 
at  doomsday  !  For  he  shall  abide  through  âges  without  limit,  without 
end,  in  the  unity  of  the  Church  of  heaven  and  earth,  in  the  unity  of  the 
patriarchs  and  prophets,  apostles  and  disciples  of  Jésus  Christ,  of  the 
saints  and  holy  virgins  of  the  world,  of  the  angels  and  archangels  of  the 
Lord,  in  the  unity  that  is  higher  than  any  unity,  the  unity  of  the  high, 
holy  Trinity,  Father  and  Son  and  Holy  Ghost. 


CORNICA'. 


IV.  —  THE  FRAGMENTS  OF  A  DRAMA in  Add.  Ch.  19,491,  Mus.  Brit. 

The  following  fragments  were  discovered  by  Mr.  Henry  Jenner,  on 
the  back  of  a  Latin  charter,  in  the  British  Muséum,  and  published  in  the 
Athenaeum  for  ist  Dec.  1877.  As  Mr.  Jenner's  readings  seemed  to  be, 
in  some  cases,  clearly  wrong,  I  procured,  through  the  Rev.  Canon  Wil- 
liams of  Rhydycroesau,  a  photograph  of  the  original,  and,  though  the 
first  four  lines  are  very  faint,  I  think  the  following  text  is  fairly  trust  - 
worthy.  In  language  thèse  fragments  resemble  the  dramas  published  by 
Mr.  Edwin  Norris  and  the  poem  of  the  Passion,  published  by  myself. 
The  handwriting  is  said  by  Mr.  Jenner  to  be  'cire.  1400'.  The  infected 
à  (Welsh  dd)  and  sometimes  th  are  in  the  ms.  represented  by  a  character 
like  the  long  German  z.  For  this  I  hâve  had  to  use  z. 

1  Golsovv  (?)  ty  cowez 
byz  na  borz  mez 
dyyskyn  ha  powes 
4  ha  zymo  dus  nés 
mar  cozes  ze  les 

ha  zys  y  rof  mowes 
ha  fest  vnan  dek 
8  gènes  mar  a  plek 
ha  tanha  y 
kymmerry  zoz  wrek 
sconye  zys  ny  vek 
12       ha  ty  a  vyz  hy 

hy  a  vyz  gwreg  ty  da 
zys  ze  synsych  [sic.  leg.  synsy) 

1.  See  Revue  Celtique,  III,  p.  85. 


Cornica.  259 

pur  wyr  a  lauara 
16      ha  govyn  worty 

lemmen  yz  torn  my  as  re 

ha  war  en  greyz  my  an  te 

nag  vsy  far 
20  an  barz  ma  ze  pons  tamar 

my  ad  pes  '  worty  byz  da 

ag  ol  ze  voz  hy  a  wra 

rag  flog  yw  ha  gensy  doz 
24  ha  gany  ze  gafus  y  boz 

kenes  mes  zymmo  ymmyug 

eug  alemma  ha  fystynyug 

dallaz  a  var  infrez  dar  war 
28  oun  na  porzo 

ef  emsettye  worzesy 

kam  na  vezo 

mar  az  herg  zys  gui  neb  tra 
$2  lauar  ze  sy  byz  ny  venna 

lauar  zozo  gwra  mar  mennyz 

awos  a  gallo  na  wra  tra  vyz 

in  vrna  yz  sens  ze  vos  meystres 
36  hedyr  vywy  hag  arluzes 

ras  0  ganso  re  nofferen 
Cuites  yw  ha  deboner 
zys  dregyn  ny  wra 
40  mar  an  kefyz  in  danger 
sensé  fast  indella. 

Translation. 

Hearken,  thou  comrade, 
Be  not  ashamed. 
Alight  and  rest, 
4  And  draw  nearer  to  me. 

If  thou  knowest  thine  advantage 


1 .  Ms.  ad  my  ad  pes 


260  Cornica. 

1  will  give  thee  a  maiden 
And  one  very  fair. 
8  If  she  pleases  thee 
Go,  take  her. 
Take  her  for  thy  wife. 
She  will  not  say  thee  nay, 
1 2  And  thou  shalt  hâve  her. 
She  will  be  a  good  housewife 
To  thee  to  hold. 
Right  truly  I  say 
16  Go  thou,  ask  of  her. 

Now  into  thy  hand  I  give  her, 
And,  by  the  faith  (?),  I  swear  it 
It  is  not  far 

20  On  this  side  to  Tamar  bridge. 
I  pray  thee  be  good  to  her, 
And  ail  thy  pleasure  she  will  do, 
For  she  is  a  child  and  therewithal  sweet, 

24  to  find  her  désire. 

Though  it  be  a  shame  to  me,  kiss  ye, 
Go  ye  hence  and  hasten. 

[The  remaining  speeches  are  addressed  to  the  lady  :] 

Begin  early 

28.  That  he  hâve  no  fear. 
To  set  himself  against  thee 
Would  not  be  a  step. 
If  he  commands  thee  to  do  any  thing 
32  Say  to  thyself  'Never  will  I  (do  it)'. 

Say  to  him  «.  I  will  do  (it)  if  thou  wishest.  » 
Though  he  could,  he  will  do  nothing. 
In  that  hour  hold  thyself  to  be  mistress 
36  And  lady,  as  long  as  thou  livest. 

Grâce  was  with  him,  by  the  mass  ! 
Courteous  is  he  and  gentle. 
He  will  not  do  evils  to  thee. 
40  If  thou  wilt  hâve  him  in  'thy)  power 
Hold  him  fast  thus. 


Cornica.  261 

Notes. 
Line  1 .  Golsow  'Mr.  Jenner  has  golsoug;  but  I  can  see  no  g  in  the  photo- 
graphi  =goslou  0.  1365  =  gosleuw  D  496,  2d  sg.  imperat.  of  gol- 
sow as  to  hear  :   so  in  Cr.  636  :  golsow,  golsou,  Eva.  The  Br. 
sezlou  may  be  cognate. 

2.  borz  a  mutation  of  porîh  2a  sg.  imperat.  of  porihy  portare  (W.  porthi): 

mez  for  meth  s.  shame,  Br.  mezz  'honte'  Cath. 

3.  dyyskyn  (Jenner  :  dy  yskyn)  'descend';  cf.   dyyskennes  descendat 

0.  2029.  Br.  disquenn  Cath. 

4.  dus  2d  sg.  imperat.  of  dos.  nés  nearer. 

$.  cozes  'scires'  a  mutation  of  gozes,  gozjes,  written  goîhfes  0  1 5,  2d  sg. 

2dy  près,  of  gothfos  (vid-butii,  W.  gwybod,  Br.  gouzout. 
8.  ha  2d  sg.  imperat.  of  aj  eo.  So  in  P.  34,  4  :  ha  nawra  na  moy  pegha 

go,  sin  no  more.  Root  AG.  tanha-y  for  tanna  (pi.  tannegh,   Mer. 

960)  with  the  suffixed  pron.  y  for  hy.  The  usual  form  of  the  2d 

sg.  imperat.  of  this  verb  is  tan. 

1 1.  sconye  —  sconya  0.  1238,  to  refuse,  to  deny:  the  form  vek  must  be 

a  mutation  of  bek  or  mek  —  both  unknown  to  me. 

12.  ty  a  vyz,  better  ty  afyth,  tu  habebis,  P.  1 36,  3. 

17.  yz  torn  tor  yth  dorn,  0.  1455  :  yth  torn  sens  the  honan  'in  thy  hand 

hold  (it)  thyself.  my  as  re  (Jenner  :  my  of  re)  'I  will  give  her'  \rey 
to  give).  In  my  as  re  R.  675  the  s  means  'them'. 

18.  te  3d  sg.  fut.  of  toy,  W.  tyngu,  Ir.  tongad  =  do-fongad,  where  fong- 

=  e>/..  in  ¥t'j'/yj.x'..  [L  Schmidt,  Kuhn's  Zeitschrift  XXIV.  218, 

note).  For  my  an  te  (also  in  P.  85 1,  1880,  R.  3491  Mr.  Jenner  gives 

us  iuyance. 
23.  doz,  perhaps  a  loan  from  the  Fr.  doux. 
25.  ymmyug  2a  pi.  imperat.    of  amme  to  kiss.   Cf.  am  kiss,  0.  1769, 

ymmy  thou  shalt  kiss,  0.  1764.  The  Br.  afa  seems  cognate,  and 

both  may  be  loans  from  amare. 

28.  For  oun  na  porzo  lit.  'that  he  bear  not  fear'.  Mr.  Jenner  has  onnana 

(?)  por  zo.  Cf.  na  berthewgh  own  a  henna  'do  not  bear  fear  of  that'. 
0.  2508.  na  porth  own  vyth  0.  1467. 

29.  worzesy  for  worîhes  sy  =  worîhys  gy  R.  1728,  Welsh  wrthyt  ti. 

31.  herg  for  ergh,   ]d  sg.   fut.   of  argha  =  W.  erchi.  So  why  a  ergh  ye 

shall  command,  P.  170.  Hère  g  is  written  forg/z  \fh)  as  in  fystynyug, 

ymmyug  25. 
36.  hedyr  vywy  (Mr.  Jenner  :  hedyf  vy  wy)  =  hedre  vywy  0.  243,  where 

vywy  is  a  mutation  of  bywy,  bewy,  2d  sg.  conjunctive   of  bewe 

'vivere'. 

Rev.  Celt.  IV  !8 


2  62  Cornica. 

37.  re  nofferen  for  ren  offeren,  where  ren  (=  ran  Mer.  399)  is  the  prep. 

re  (Z.2  666)  with  the  article,  and  offeren  (=  offerenn,  Cath.)  is  a 

loan  from  the  Latin  offerendum. 

39.  dregyn  (Mr.  Jenner,  dregyn)  pi.  oi  drok.  So  in  Mer.  11 10,  drgge/z 

4005,  drega/i  4139. 

40.  danger  'power'  :  so  in  Mer.  3483. 

41.  sensé  =  sens  +  e  a  suffixed  pronoun. 

V.  —  CORNISH  PHRASES. 

The  follovving  twenty  five  phrases  are  found  in  Borde's  Introduction  oj 
Knowledge,  1 542 ,  the  first  book  of  which  was  edited  by  Mr.  F.  J.  Fur- 
nivall,  for  the  Early  English  Text  Society,  in  1870.  The  phrases  are  given 
at  pp.  124,  12$  of  Mr.  Furnivall's  édition,  from  which  I  hâve  reprinted 
them  exactly,  adding  after  rnost  of  the  phrases  what  I  take  to  hâve  been 
meant  by  Borde  or  his  Cornish  informant. 

1  God  morow  to  you,  syr  ! 
Borde  :       Dar  day  dew  a  why,  serra  ! 
Read  :        Da-deth  de  why,  serra. 

2  God  spede  you,  mayde  ! 
Borde  :       Dar  zona  de  why  math-tath  ! 
Read  :        Dorsona  de  why  mathtath. 

3  You  be  welcome,  good  wyfe  ! 
Borde  :       Welcom  a  whe  gwra  da  ! 
Read  :        Welcom  oh  why  gwrac  da. 

4  I  do  thanke  you,  syr. 
Borde  :       Dar  dala  de  why,  syra. 
Read  :        Dur  dala  de  why,  syra. 

5  How  do  you  fare  ? 
Borde  :       Vata  lew  genar  why  ? 
Read  :         Vatel  ew  genoh  why  ? 

6  Well,  God  thanke  you,  good  master! 
Borde  :       Da  dar  dala  de  why,  master  da. 
Read  :        Da,  dur  dala  de  why,  master  da. 

7  Hostes,  hâve  you  any  good  meate  ? 
Borde  :       Hostes,  eus  bones  de  why  / 

Read  :  Hostes,  eus  boues  [==  bôs]  mas  de  why  i 

8  Yes,  syr,  I  hâve  enowghe. 
Borde  :  Eus,  sarra,  grâce  a  dew. 
Read  :  Eus,  serra,  grâce  à  dieu. 


Cornica.  265 

9  Giue  me  some  meate,  good  hostes! 
Borde  :       Rewh  bones  de  vy,  hostes  da! 
Read  :        Rewh  boues  [==  bôs]  de  vy,  hostes  da. 

10  Mayde,  giue  me  bread  and  drinke  ! 
Borde  :       Mathtath,  eus  me  barow  ha  dewas! 
Read  :        Mathtath,  eus  me  bara  hadewaz. 

1 1  Wife,  bringe  me  a  quarte  of  wine! 
Borde  :       Cwrac,  drewh  quart  gwin  de  vy  ! 

12  Woman,  bringe  me  some  fishe  ! 
Borde  :       Benen,  drewh  pyscos  de  vif 

1 3  Mayde,  brynge  me  egges  and  butter! 
Borde  :       Mathtath  drewgh  me  eyo  hag  a  manyn  de  vi! 
Read  :        Mathtath,  drewgh  oyow  hag  amanyn  de  vi. 

14  Syr,  much  good  do  it  you  ! 
Borde  :       Syrra,  betha  why  lowe  weny  cke  ! 
Read  :        Syrra,  bethoh  why  lowenek. 

1 5  Hostes,  what  shal  I  paye  ? 
Borde  :       Hostes,  prendra  we  pay  ? 
Read  :        Hostes,  prendrama  paya  ? 

16  Syr  your  rekenyng  is  .v.  pens. 
Borde  :  Syrra,  iges  rechen  eu  pymp  in  ar 
Read  :        Syrra,  âges  recken  eu  pymp  dynar. 

17  How  many  myles  is  it  [hence]  to  london  ? 
Borde  :       Pes  myll  der  eus  a  lemma  de  Londres  ? 
Read  :        Pes  mylder  eus  alemma  de  Londres  ? 

18  Syr,  it  is  thre  houndred  myle. 
Borde  :       Syrra,  tray  kans  myle  dere. 
Read  :        Syrra,  try  kans  mylder. 

19  God  be  with  you,  good  hostes  ! 
Borde  :       Bena  tewgena  a  why  hostes  da  ! 
Read  :        Bennatew  genoh  why ,  hostes  da  ! 

20  God  gyve  you  a  good  nyght  ! 
Borde  :       Dew  rebera  vos  da  de  why  ! 
Read  :        Dew  rebertha  nos  da  de  why! 

2 1  God  send  you  wel  to  fare  ! 
Borde  :       Dew  reth  euenna  thee  why  fare  eta  ! 
Read  :        Dew  reth  ewna  the  why  faria  etta. 

22  God  be  wyth  you  ! 
Borde  :       Dew  gêna  why  ! 

23  I  pray  you,  commend  me  to  ail  good  felowes. 


264  Cornica. 

Borde  :       Meesdesyer,  why  commende  me  the  olde  matas  da. 
Read  :        Me  as  desyr  why,  commend  me  the  oll  matas  da. 

24  Syr,  I  wyl  do  your  commaundement. 
Borde  :       Syrra,  me  euydengewel  âges  commaundement  why. 
Read  :        Syrra,  me  a  vydn  gewel  [=  gâl]  âges  commandement  why. 

2  $   God  be  with  you  ! 
Borde  :       Dew  gêna  why  ! 

Notes. 

1 .  da-deth  pronounced  dâ-dê. 

2.  dorsona  =  du-re-sona,   may  God  sain!   Rev.  celt.  III,  85.  mathtath 

for  maghteth. 

3.  oh  why,  Mid.  Corn,  ough  why. 

4.  durdala  =  du-re-tala  ''may  God  repay  !'  Rev.  celt.  III,  85. 
$.  Vaîel  Mid.  Corn,  fatel  =pad-del. 

7,  8.  eus  'is',  'there  is'.  In  10  eus  me  seems  'let  me  hâve'. 

13.  amanyn  butter,  Old  Corn,   amenen,  emenin.  Br.  amanen,  Ir.  imb, 

Lat.  unguen. 

14.  lowenek  =.  W.  llawenog  glad,  joyful,  bethoh  why  be  ye. 

1 5.  pendrama  'quid  faciam'  Mer.  678  (=  pa-en-tra-graf-ma). 

19.  bennatew  =  bennath  dew  'benedictio  dei'. 

20.  rebertha=  re-pertha  'portet'. 

2 1 .  ewna  from  ewne  to  make  straight,  adjust.  etta  for  yn  ta  well. 
24.  vydn  a  mutation  of  mydn,  late  Cornish  for  mynn. 

2  5 .  gêna  for  genoh,  genogh. 


VI.  —  POLI,  POLY. 

In  the  Cornish  drama  called  Beunans  Meriasek  (London,  Trùbner,  1872) 
the  word  poly  occurs  at  pp.  78,  80,  82,  84,  86,  always  after  Episcopus. 
I  thought  it  was  a  mistake  for  the  Istrian  town  Pola,  the  seat  of  a 
bishopric,  and  translated  it  accordingly.  I  now  see  that  poly  is  the  Old 
Cornish  poli,  which  glosses  provincia  Z.2  1077,  anc^  tnat  ((  Episcopus 
poly  «  means  a  provincial  bishop.  Poli  'the/?  is  quite  clear  in  the  ms.) 
must  be  a  loan  from  the  French  palis  (paulis  in  D'Aubigné  cited  by 
Littré),  which  itself  cornes  from  the  low  Latin  pâlicium.  The  «  Pale  » 
(the  English  province  in  Ireland)  will  occur  to  every  one. 

W.  S. 


MÉLANGES. 


SIRONA. 

NOTE    COMPLÉMENTAIRE. 

Depuis  que  j'ai  envoyé  à  la  Revue  quelques  considérations  sur  Sirona, 
des  renseignements  inattendus  m'ont  permis  de  corriger  des  fautes  de 
transcription,  de  discuter  une  attribution  douteuse  et  de  mettre  sous  les 
yeux  du  lecteur  un  texte  oublié. 

I. 

Le  n>  4  de  ma  nomenclature,  p.  1 33,  porte  non  pas  MARIANVS, 
comme  l'indiquait  Brambach,  à  qui  je  l'avais  emprunté,  mais  MARCIA- 
NUS,  ainsi  qu'on  peut  s'en  assurer  en  consultant,  au  musée  de  Saint- 
Germain,  la  précieuse  collection  de  moulages  qui  s'y  développe  chaque 
jour. 

Le  n°  1 0,  que  je  ne  connaissais  que  par  le  Bulletin  monumental,  a  été 
examiné  sur  place  par  un  savant  épigraphiste,  M.  R.  Mowat,  qui  y  lit  : 

NVM-AVG-DE  |  SIRONA'CA/////  |  MAGIVSLVLIB  |  VS'I/M. 

Le  premier  éditeur,  M.  de  Caumont,  avait  remplacé  MAGIVSIA  par 
MAGIVSA  et  LIB  par  SIBI  qui  n'avait  aucun  sens. 

IL 

M.  Sansas,  dans  un  travail  posthume  récemment  publié1,  avait 
reconnu  le  nom  de  Sirona  sur  un  autel  quadrangulaire,  plus  large  que 
profond,  avec  niches  et  figures.  Ce  monument  a  été  brisé  par  le  milieu  ; 
la  partie  supérieure  seule  en  a  été  retrouvée  ;  elle  est  fort  détériorée. 

l.  Note  sur  les  fouilles  exécutées  à  Bordeaux  de  1863  à  1876,  Société  archéologique 
de  Bordeaux,  t.  V,  p.  175  et  176. 


266  Sirona. 

Parmi  les  figures  dont  le  buste  se  détache  dans  les  niches,  on  ne  dis- 
tingue nettement  que  Mercure  encore  reconnaissable  aux  ailes  de  sa  tête 
et  à  son  caducée.  Ce  dieu  occupe  la  quatrième  face.  L'inscription  de  la 
première  face  se  compose  d'une  dédicace  et  des  dénominations  d'un 
consacrant  ;  elle  se  développe  en  deux  lignes  sur  le  bandeau  de  l'enta- 
blement et  sur  la  frise  ;  les  frises  des  trois  autres  faces  laissent  voir  éga- 
lement des  noms  de  consacrants,  mais  leur  entablement  ayant  été  plus 
ou  moins  détruit,  on  ignore  si  leurs  bandeaux  portaient  des  dédicaces. 
Les  inscriptions  se  lisent  ainsi  : 

l°  ////ONAÉ  M-SVLP1CIVS  PRIMVLVS 

TVRIASSONESIS  SEVIRAL-D-S-P-F-C- 
2°  SVLPICIA  PHOEBE-F- 

3°  SVLPICIACENSORINA-F- 

4°  SVLPICIVS  SACVRO-F" 

Le  principal  personnage  de  la  famille  qui  avait  élevé  le  monument, 
Sulpicius  Primulus,  était  originaire  du  municipe  de  Turiasso  et  ancien 
sévir.  M.  Sansas,  dont  les  lectures  étaient  ordinairement  justes,  n'avait 
distingué  ni  l'ethnique,  ni  le  titre  de  sévirai  ;  ces  deux  mots  ont  été  réta- 
blis par  M.  Reinhold  Dezeimeris,  qui  prépare  un  mémoire  dans  lequel 
l'autel  de  Bordeaux  sera  incidemment  étudié.  Maintenant,  est-ce  bien 
Sirona  qui  est  mentionnée,  comme  le  pensait  M.  Sansas,  sur  la  face 
principale?  M.  Dezeimeris  en  doute  et  propose  Dirona,  fontaine  de  Bur- 
digala  rangée  par  Ausone  au  rang  des  déesses  ' ,  ou  mieux  encore  Bel- 
lona,  à  qui  conviendrait  peut-être  la  figure  très  mutilée  qui  occupe  la 
première  niche.  Il  y  a,  il  est  vrai,  ainsi  que  je  l'ai  dit  dans  mon  premier 
article,  bien  d'autres  divinités  indigènes  ou  romaines  dont  les  noms  sont 
terminés  en  ona,  mais  les  divinités  indigènes,  celles  qui  sont  invoquées 
dans  les  provinces,  ne  sortent  pas  pour  la  plupart  de  leur  pays  d'origine2; 
il  en  est  de  même  des  divinités  secondaires  de  Rome,  dont  les  autels, 
rares  en  Italie,  se  rencontrent  encore  moins  au  delà  des  Alpes.  On  peut 
donc  supposer  qu'aucune  de  ces  divinités  n'était  mentionnée  dans  la  dédi- 
cace de  Sulpicius.  Le  champ  des  hypothèses  ainsi  réduit,  on  n'a  plus  à 
choisir,  sans  parler  de  Divona  qui  n'a  jamais  figuré  dans  une  inscription, 
qu'entre  Epona  qu'on  rencontre  un  peu  partout,  Bellona  proposée  par 
M.  Dezeimeris,  et  Sirona  mise  en  avant  par  M.  Sansas.  Mais  Epona 
semble  être  hors  de  cause,  car  elle  est  représentée  d'ordinaire  à  cheval  ou 

i.  Les  villes  célèbres,  XIX. 

2.  Les  divinités  topiques  des  provinces,  telles  que  Damona,  Jalona,  Nemetona,  Rittona, 
Sentona,  etc.,  n'ont  été  pour  la  plupart  rencontrées  qu'une  seule  fois. 


Sirona.  267 

avec  un  cheval  près  d'elle,  ce  que  le  dispositif  de  la  niche  ne  paraît  pas 
pouvoir  comporter.  Restent  donc  Bellona  et  Sirona.  Mais,  si  l'on  doit 
objecter  à  M.  Dezeimeris  que  les  autels  de  Bellona  sont  fort  rares,  en 
dehors  de  Rome  où  son  culte  avait  des  fanatiques,  et  qu'ils  ne  sont 
généralement  élevés  que  par  des  hommes  appartenant  à  l'armée,  il  est 
une  remarque  qui  vient  jusqu'à  un  certain  point  à  l'appui  de  son  opi- 
nion. Sulpicius  Primulus  était  en  effet  d'une  ville  renommée,  comme  sa 
voisine  Bilbilis,  pour  la  fabrication  du  fer  et  des  armes1.  On  a  retrouvé 
à  Bordeaux  Tépitaphe  d'un  Bilbilitain.  Il  ne  serait  donc  pas  impossible 
de  croire  que  l'habitant  de  Turiasso  était  venu  également  s'établir  dans 
le  grand  emporium  voisin  de  l'Espagne  pour  y  vendre  les  produits  de  sa 
ville  natale  ;  or  Bellona  semble  de  nature  à  avoir  été  invoquée,  dans  un 
intérêt  professionnel,  par  un  marchand  d'armes,  plutôt  que  Sirona. 

III. 

Une  excellente  table  des  annales  de  la  Société  des  antiquaires  du  Rhin, 
à  Bonn,  m'a  fait  retrouver  un  texte  que  j'avais  négligé  et  dont  on  doit 
la  connaissance  à  M.  Becker,  de  Francfort2  : 

SIRONAE  |  C-IVLIVS  RESTITVTVS  |  C-  TEMP-D-S'P. 

L'inscription  se  lit  sur  un  cube  de  grès  exhumé  en  1867  à  Wiesbade, 
avec  une  brique  de  la  légion  XXIIa  PR.  P.  F.  et  des  conduits  dont  quel- 
ques-uns portent  en  estampille  :  LEG-XIIII-GEM-MAR-VIC.  Déjà,  en 
1874,  le  même  point  avait  fourni  un  vœu  à  Apollon  Toutiorix,  consacré 
par  un  centurion  de  la  légion  Vlla  Gemina.  Du  tracé  des  substructions, 
qui  semblent  appartenir  à  un  édifice  religieux,  et  des  découvertes  qui  y 
ont  été  faites,  M.  Becker  a  conclu  qu'il  y  avait  eu  à  Wiesbade  un  temple 
en  l'honneur  d'Apollon  Toutiorix  et  de  Sirona  et  que  ce  temple  avait 
été  élevé  par  les  légions  romaines.  Si  donc  Apollon,  dans  les  monuments 
qui  nous  occupent,  est  surnommé  non  seulement  Grannus  1,  mais  Tou- 

1.  Pline,  XXXIV,  ch.  xli,  3.  —  Martial,  epig.  L.  I.  c.  jo. 

2.  Jahrbùch.  des  Vereins  von  Alterthumsfreunden  im  Rheinlande,  t.  XLIV  et  XLV, 
1868,  p.  63-65. 

3.  D'après  l'auteur  anglais  dont  l'opinion  est  reproduite  par  M.  Alfred  Maury, 
Grannus  viendrait  de  l'irlandais  Grian,  chaleur  ;  cette  étymologie  n'est  pas  admise  par 
tous  les  philologues.  M.  d'Arbois  de  Jubainville  considère  l'étymologie  de  Grannus  comme 
n'étant  pas  encore  trouvée.  On  peut  ajouter  qu'il  n'est  pas  certain  que  les  noms  propres 
qui  se  rencontrent  sous  l'empire  dans  les  inscriptions  des  deux  Germanies  dérivent 
exclusivement  du  celtique.  Il  y  avait,  dès  le  temps  de  César,  bien  des  Germains  mêlés 
aux  anciens  habitants  des  bords  du  Rhin  ;  en  outre,  les  légions  chargées  de  défendre  les 
confins  étaient  loin  d'être  exclusivement  composées  de  Gaulois  et  l'on  sait  qu'elles  étaient 
appuyées  par  de  nombreuses  cohortes  auxiliaires  recrutées  dans  toutes  tes  parties  du 
monde  romain,  en  Orient  comme  en  Occident. 


268  Geroid  'larla. 

tiorix  ' ,  on  est  fondé  à  repousser  la  théorie  qui  s'appuie  sur  le  premier 
de  ces  surnoms  pour  limiter  le  rôle  du  dieu  dans  son  association  avec 
Sirona.  D'autre  part,  l'Apollon  au  culte  duquel  les  légions  tout  entières 
se  seraient  associées  et  dont  les  fidèles  comptaient  des  deux  côtés  du 
Rhin  des  légionnaires  et  des  vétérans 2,  devait,  lors  même  que  ses  attri- 
buts ne  nous  l'apprendraient  pas,  être  un  Apollon  romain  ou  tout  au 
moins  romanisé,  encore  bien  qu'il  ait  été  associé  à  une  divinité  qui  paraît 
indigène.  Les  hypothèses  de  M.  Becker  tendent  donc  à  confirmer  ma 
manière  de  voir  au  sujet  du  mythe  d'Apollon  et  de  Sirona. 

Ch.  Robert. 


GEROID    'IARLA 

Addiiional  Notes. 

In  the  following  additional  notes  on  the  Gerôid  'larla  legend,  which 
the  editor  has  been  able  to  prépare  since  the  paper  was  committed  to 
type,  some  wider  analogies  are  briefly  examined. 

The  taie  is  probably  connected  with  myths  of  ancient  Indiaandancient 
Greece,  and  one  of  its  oldest  forms  is  the  Garuda,  or  Garudas.  This 
fabulous  being,  half  man,  half  bird,  appears  in  the  Vedas,  the  Mahdbhd- 
rata,  and  the  Rdmdyana.  His  bird  nature  partakes  of  that  of  the  eagle, 
kite,  or  crâne.  The  wars  of  Garuda,  or  the  Garudas,  with  the  Nagas, 
or  water  serpents,  seem  the  parallelofthe  warofthe  Crânes  (garanoi)  and 
the  Pygmies,  and  ofthe  fabled  enmitiesof  Crânes  and  Frogs*.  Thestory, 
as  told  in  the  Mahdbhdrata,  of  the  birth  of  Garuda  and  his  twin  brother 
from  an  egg  recals  the  taie  of  the  swan-born  and  egg-born  sons  of  Leda, 
the  Dioskuroi.  In  other  points  the  nature  of  Garuda  approximates  to  that 
of  the  swan,  which  bird  alternâtes  wijh  the  crâne  in  versions  of  the 
seventh  story  of  the  First  Book  of  the  Pantschatantra.  Garuda  is  the 
father  and  king  of  the  divine  birds  (Suparna)  ;  and  it  is  very  important 
that  thèse  hâve  their  abode  in  the  underworld  (Lassen,  I.  786).  It  may 

1.  Les  celtistes  sont  d'accord  pour  reconnaître  dans  Toutiorix  le  «  chef  de  la  cité  ». 

2.  La  XXIIe  légion  qui  aurait,  suivant  M.  Becker,  contribué  à  l'érection  du  temple  de 
Wiesbade  et  dont  un  vétéran  (voir  le  n°  <  de  ma  nomenclature)  avait  dédié  en  Wur- 
temberg une  aedes  et  des  signa  à  Apollon  et  à  Sirona,  est  restée  pendant  presque  tout 
l'empire  dans  les  confins  germaniques  ;  il  n'en  a  pas  été  de  même  de  la  XI  Va  Gemina. 
La  Vlla  Gemina  a  appartenu  à  la  Pannonie,  puis  à  l'Espagne.  (Voir  P.  Charles  Robert, 
Coup  d'œil  général  sur  les  légions  romaines,  in-40,  1867.) 

3.  Cf.  also  Garuda  and  the  dwarf  hermits  (De  Gubernatis,  Z.  M.,  Il,  95). 


Geroid  'Iarla.  269 

be  mère  coïncidence  that  Garuda,  in  his  contests  with  the  Nagas,  has, 
like  Ger6id  'Iarla,  the  power  of  diminishing  his  size  at  will  (Mahâbhâ- 
rata,  éd.  Fauche,  I.  1496). 

Students  of  the  Swan-Knight  legend  hâve  frequently  recognised  the 
fact  that  it  is  from  the  other  world  that  the  mysterious  stranger,  Lohen- 
grin,  Helias,  Salvius,  arrives.  Ger6id  'Iarla  is  directly  connected  with 
the  same  world  of  the  dead.  He  is  a  king  among  the  Sidhfir;  is  bound 
(according  to  another  legend)  to  an  enchanted  pillar  in  Loch  Guirr;  and 
from  the  other  world  is  to  arise,  according  to  a  Munster  prophecy,  moun- 
ted  on  a  black  steed  with  white  face  —  each  ciar  ceannainn  —  to  join  in 
the  final  war,  «  and  avenge  the  blood  shed  on  Sunday  eve  at  Aughrim.  » 
Gérard  and  Gerôid  are  related  to  the  classical  Charon,  the  ferryman  of 
the  underworld,  and  still  more  to  the  Charos  of  modem  Greek  supersti- 
tion. As  Gerôid  'Iarla  is  associated  with  the  underworld  tree,  so  the 
pathetic  Neohellenic  songs  published  by  Schmidt  often  mention  Charos, 
the  bitter  Death-God,  in  connexion  with  an  infernal  tree,  garden,  or 
tower  (Griechische  Maerchen ,  Sagen  und  Volkslleder.  Leipzig,  1877. 
Nos.  22,  23,  24) '.  Geroid  marries  an  ordinary  mortal  woman,  and 
a  marriage  is  in  some  way  connected  with  many  of  the  German  Gerhard 
legends  —  even  that  of  Archbishop  Gebhard  (or  Gerhard)  of  Cologne, 
who  so  far  forgot  his  order  as  to  marry,  and  whose  image  at  Lechenich 
has  always  been  black,  let  it  be  painted  white  ever  so  often  (Wolf,  D. 
Maerchen,  189).  Charos  also,  as  would  seem,  marries  a  mortal  (Schmidt, 
n°  21,  p.  165),  and  like  Gerôid  he  carries  off  children  to  the  shades 
(Ib.  Nos.  23,  24,  39).  The  young  Irish  earl's  wonderful  leap  against 
that  of  the  lady  at  the  supper-party  answers  to  the  leap  by  which  Charos 
vanquishes  the  widow's  son  at  the  marriage  (op.  cit.  p.  163),  only  that 
Charos  seizes  the  beaten  youth  by  the  hair,  and  drags  him  off  to  the 
grave.  The  boat  feature  is  perhaps  not  wholly  absent  from  the  Ger6id 
'Iarla  legend  ;  for  there  was  a  prophecy  that  the  last  of  the  Seaforths  — 
a  Scottish  family,  whose  name  was  Mackenzie,  but  who  alleged  a  des- 
cent  from  the  Fitzgeralds  —  should  go  back  to  Ireland  in  a  black  boat 
(Celtic  Mag.  II.  276).  Charos's  boat  and  sail  are  black  (Schmidt,  177) 
—  like  the  ships  of  the  Phaiakians.  Nor  is  the  feature  of  the  transfor- 
mation wanting  to  complète  this  parallelism  of  Charon  with  Garuda, 

1 .  The  notion  of  such  a  tree  was  familiar  to  the  ancient  mind,  and  occurs  in  Virgil's 

famous  description  of  Aeneas's  infernal  journey  : 

In  medio  ramos  annosaqae  brachia  pandit 

Ulmus  opaca,  ingens,  etc.  (Aen.  VI,  282-283.) 

The  Mohammedans  hâve  a  Sakkum  tree  in  Hell ,   the  fruits  of  which  they  say  are  the 

devils'  heads  (C.  G.  Pfander,  Remarks  on  the  Nature  of  Muhammadanism.  Calcutta,  1840, 

p.  32). 


270  Geroid  'Iarla. 

Gerhard  or  Gerôid,  for  in  some  Neohellenic  legends  Charos  appears  as  a 
black  bird  (Preller,  G.  Myth.  I,  673). 

Space  will  not  allow  of  an  examination  of  other  related  myths,  the 
griffin,  hippogriff,  and  sphinx,  ail  which,  like  the  swan,  are  found  con- 
nected  in  ancient  art  with  the  underworld.  It  is  worth  notice  that  in  a 
gem  described  by  Rathgeber  the  griffin  is  represented  with  a  snake 
wound  round  his  foot  [Gottheiten  der  Aioler,  Gotha,  1861,  p.  399).  Swans 
and  dragons  are  also  at  war.  The  griffin  is  half  eagle,  halflion,  and 
X«pwv  is  used  for  both  «  eagle  »  and  «  lion  ». 

Neither  can  we  do  more  than  allude  to  other  analogies  of  the  legend 
under  considération.  It  seems,  for  example,  though  in  a  vague  and  con- 
fused  form,  to  be  the  basis  of  Coleridge's  Ancient  Mariner.  At  least  the 
mariner's  glittering  eyes  curiously  recal  Charon  («  from  his  bright  fierce 
eyes,  »  L.  and  Scott,  s.  v.)  ;  and  the  mention  of  the  marriage,the  death 
of  the  water-bird,  and  the  ship  of  the  dead  seem  to  hâve  ail  like  signi- 
ficance. 

The  reader  has  noted  a  certain  resemblance  running  through  the 
names  Garuda,  Charon,  Gérard,  griffin,  garanos.  We  are  not  of  course 
called  upon  to  make  out  a  real  etymological  connexion  between  ail  thèse 
words,  but  it  can  hardly  be  doubted  that  the  similarity  of  form  has 
affected  the  development  and  the  dissémination  of  the  several  myths. 
The  name  Gerhard  itself  was  possibly  regarded  as  formed,  not  from  gêr, 
a  spear,  but,  like  Eber-hard,  Leon-hard,  Bern-hard,  from  the  name  of  an 
animal  —  perhaps  geier,  the  vulture.  It  is  significant  that  the  geier  is  a 
bird  ominous  of  death  (Nork,  Myth.  der  Volksagen,  383). 

Cassel,  in  his  learned  little  work,  Der  Schwan  in  Sage  und  Leben  (Ber- 
lin, 1861),  justly  remarks  that  thèse  Swan-  and  Goose-legends  relate  to 
the  founding  of  leading  families.  The  chief  instance  is  the  tradition  of 
the  origin  of  the  house  of  Bouillon.  Another  is  that  of  «  das  Geschlecht 
derer  Gans  »  of  Putlitz  in  Altmark,  who  sprang  from  Count  Gerhard 
of  Mansfeld,  an  ail  but  solitary  survivor  of  the  knights  engaged  in 
the  bloody  fight  of  Welpholz  (an.  1 11 5)  '.  In  several  cases  the  legend 
turns  on  the  rise  of  a  line  from  a  point  when  it  was  ail  but  eut  off.  Such 
is  the  legend  of  Tomds-an-'Apa  (Thomas  of  the  Monkey)  which  relates 
the  préservation  of  the  infant  heir  when  the  rest  of  his  house  fell  at  Cal- 
lan,  and  by  which  the  Kildare  Fitzgeralds  account  for  the  ape  in  their 
arms2.  In  speaking  of  the  probable  immédiate  source  from  which  the 

1.  Temme,  Die  Volksagen  der  Altmark,  Berlin,  1839  (p.  65). 

2.  In  the  original  form  of  the  taie  the  monkey  must  hâve  been  the  direct  préserver  of 
the  infant  heir. 


Geroid  'Iarla.  17  \ 

Swan-Knight  story  spread  through  western  Europe  it  is  necessary  to 
say  a  word  about  a  matter  which  cannot  claim  any  particular  gênerai 
interest  for  its  own  sake,  the  origin,  namely,  of  a  family  with  whom  the 
legend  is  connected.  The  Irish  Fitzgeralds  claimed  kinship  with  the 
Florentine  Gherardini,  and  the  latter  with  them.  An  origin  has  also  been 
sought  for  both  in  the  blood  of  Etruria  or  Rome.  That  theory,  however 
flattering  to  family  pride,  must  surely  be  abandoned,  for  the  name 
Gérard  is  clearly  Teutonic  ;  and  though  Irish  antiquaries  hâve  not  yet 
shown  sufficient  research  to  be  able  to  clearly  connect  the  houses  of 
Desmond  and  Kildare  with  Germany,  yet  there  seems  to  be  fair  pre- 
sumptive  évidence  of  this  connexion.  The  name  Gerhard,  Gero,  Gebhard, 
Geroid,  Gerwalt,  goes  back,  it  would  seem,  to  a  certain  Gerhard  (a 
Salian  Frank,  some  say)  to  whom  Charlemagne  entrusted  the  guard  of 
the  Lahngau.  The  home  of  the  Swan-  or  Goose-legend  was  probably 
not  far  from  Geroldseck,  near  which  was  Schwanau,  and  the  streams 
111  or  Alsa,  Else,  Use,  a  name  always  associated  with  the  legend.  The 
names  Werner  or  Warin,  Uto  or  Otto,  Gerhard,  ail  associated  with 
the  Fitzgeralds,  are  fréquent  in  the  pedigrees  of  the  Salian-Weiblingen 
families.  There  is  reason  to  think  also  that  the  families  of  Nassau  and 
Eppstein  were  akin  to  the  Irish  house.  The  arms  of  Geroldseck,  of 
Nassau,  of  some  of  the  Florentine  Gherardini,  and  of  the  Giraldi,  are 
substantially  the  same,  a  lion  rampant.  The  Irish  family  hâve  a  différent 
coat,  a  saltire,  which  however  appears  as  the  coat  of  Mehrenberg,  on 
the  shield  of  Nassau,  and  as  that  of  the  Girolami.  No  adéquate  expia- 
nation  has  yet  been  offered  on  the  following  points  : 

1.  Did  the  Fitzgeralds  corne  to  England,  and  Ireland,  from 
Florence  ?  2.  Where  did  they  get  their  arms  ?  And  what  does  the  Flo- 
rentine Gamurrini  mean  by  the  statement  that  they  «  ne  nome,  ne  inse- 
«  gna  hanno  mutato  degli  antichi  Gherardini  di  Fiorenza  »  {Istoria 
genealogica  délie  famiglie  nobili  Toscane  et  Umbre.  In  Fiorenza,  1671.  II. 
1 12)  ?  The  Italian  house  bore  a  rampant  lion,  or  three  bars.  3.  How 
came  the  Desmond  and  Kildare  houses  by  their  badges  of  the  Boar  and 
the  Monkey  ?  On  the  latter  point  we  will  offer  two  suggestions  to  the 
reader,  in  default  of  something  better.  The  castles  along  the  Rhine  etc.  are 
called,  as  is  well  known,  by  names  formed  with  stein  :  Eber-stein,  Fal- 
kenstein,  Epp-stein,  Bern-stein.  The  same  thingoccurs  in  Ireland,  where 
the  castles  of  the  foreign  barons  are  called  Cloch  (stone).  Thus  Cloch- 
Gleanna,  the  Knight  of  Glynn's  castle,  Cloch-Locha-' Uachtair ,  the  castle 
(«  stone  »)  of  Lough  Oughter.  Now  the  German  names  are  frequently 
derived  from  animais,  —  Bern-stein,  Eber-stein,  Wolf-stein,  —  and 


272  Geroid  'larla. 

tradition  may  hâve  seen  a  similar  élément  in  Epp-stein,  and  in  Epp-o, 
the  name  of  the  founder  of  the  Epp-stein  line.  That  line  frequently  con- 
tains  the  names  Eber-hard,  Ger-hard,  which  we  hâve  seen  reason  to 
connect  with  animais;  and  as  the  Guelphs  had  a  legend  which  explained 
their  name  as  Whelps,  the  name  Eppo  may  hâve  been  thought  to  hâve 
something  to  do  with  the  old  high  german  affo,  an  ape  [*apfo],  ang. 
saxon  apa,  welsh  epa.  If  this  conjecture  could  be  established  the  boar 
and  monkey  would  be  mythical  progenitors,  protectors,  or  totems  of  the 
respective  races.  Secondly ,  Charlemagne,  by  some  accounts,  made  Gerhard 
duke  of  Ardena  (Cassel  xvi).  We  know  not  whether  there  can  be  any 
possible  connexion  of  the  Desmond  Boar  with  the  cognisance  of  ihe 
lords  of  the  Ardennes,  the  Rouge  Sanglier1. 

Passing  to  the  mythological  basis  of  the  legend,  we  haveto  point  out, 
first,  that  the  place  occupied  by  Charon  in  some  of  Schmidt's  stories  is 
occupied  in  others  by  the  sun-god  Helios  (op.  cit.  105,  106).  Helios's 
golden  boat,  again,  is  very  like  the  boat  of  Helias,  though  the  connexion 
of  the  names  is  doubtful.  The  solar  explanation,  which  has  been  made 
of  late  the  vehicle  of  many  absurdities,  seems,  nevertheless,  to  be  clearly 
applicable  hère.  The  similarity  of  the  account  of  the  birthof  Garuda  and 
his  brother  to  the  story  of  the  birth  of  Leda's  twins  from  the  egg,  and 
the  analogy  of  the  Swan  Knight  taie,  hâve  been  noticed  by  De  Guber- 
natis  fil  1 8 5 j,  318).  Now  the  twins  born  of  Leda  are  nothing  but  Lato- 
na's  twins,  Polydeukes  and  Helen  (another  form  of  Selene)  answering 
to  Apollo  and  Diana,  the  sun  and  the  moon.  In  the  Mahdbkdrata  Garu- 
da's  birth,  his  almost  immédiate  growth  to  great  size  and  strength,  his 
loud  cry,  furious  race,  and  flaming  aspect,  certainly  strongly  suggest 
the  inspired  writer's  description  of  the  sun,  «  tanquam  sponsus  proce- 
dens  de  thalamo  suo  ;  exsultavit  ut  gigas  ad  currendam  viam  ;  »  and  not 
less  the  words  of  the  modem  poet, 

Die  Sonne  toennt  nach  alter  Weise 

In  Bruder-Sphaeren  Wett-Gesang, 

Und  ihre  vorgeschriebne  Reise 

Vollendet  sie  mit  Donnergang. 
It  may  be  remembered  that  Kyknos,  a  near  relation  of  Phaethon  — 
the  personified  solar  heat  —  weeps  for  him  till  he  is  changed  into  a 
swan.  It  seems  then  that  the  bird  in  thèse  cases  is  the  same  which  Aes- 

1.  In  the  Westmeath  version  of  the  Swan-Children  romance,  a  certain  enchanted  swine 
plays  a  leading  part  as  the  protectress  of  the  children.  Cf.  the  Kildare  monkey  story. 
Note  also  the  legend  of  the  founding  of  Eppenstein  (Schreiber)  ;  where  Eppo's  bride, 
Bertha,  and  her  «  consecrated  net  »  answer  to  'Aine  and  her  cochailin  draidheacta. 


Geroid  'Iarla.  273 

chylus  calls  the  «  bird  of  Zeus  »  [Suppliants,  198),  which  Indian  literature 
knows  as  «  the  beautiful  bird  which  flies  in  the  firmament,  »  and 
«  Indra's  bird  »  —  the  sun.  The  sea  or  river  on  which  he  swimsis  that 
of  the  sky,  or  of  the  underworld. 

Charon  in  Etruscan  représentations  has  often  negro  features.  Charos, 
as  we  hâve  seen,  is  a  black  bird,  or  navigates  a  black  vessel  with  black 
sail,  or  he  is  a  black  man,  and  rides,  like  Gerôid  'Iarla,  a  black  horse 
(Schmidt,  p.  160).  A  trace  of  the  same  idea  perhaps  survives  in  the 
legend  of  Archbishop  Gebhard  and  his  black  statue,  referred  to  above. 
From  thèse  and  other  features  it  seems  clear  that  the  solar  bird  in  ail 
thèse  myths  is  the  sun  who  seemed  to  descend  at  night  into  the  lands  of 
darkness  (hence  old  myths  Connecting  him  with  the  Aethiopians,  Preller 
G.  M.  I.  353)  '  ;  one  and  the  same  with  the  swan  which  in  the  Kale- 
wala  swims  on  the  black  waters  of  the  infernal  stream  (Apud  Cassel,  xn). 
The  swan  and  goose  in  thèse  legends  are  often  connected  with  darkness 
and  death.  In  children's  rhymes  the  swan  is  spoken  of  as  going  to 
England  —  in  myth,  a  land  of  darkness  and  the  dead  (ibid.,  38,  39).  A 
goose  spirit  swims  on  the  Use  (Proehle,  Unterharzische  Sagen,  p.  100). 
A  ghostly  white  swan  draws  a  man  and  his  boat  to  an  island  in  a 
legend  from  Mark  (Z.  f.  D.  Mythol.  III.  46).  A  swan-woman  and  her 
castle  sink  into  the  Teufelsee,  like  Gerôid  and  his  castle  (Cassel_,  9). 
The  leap  which  appears  in  the  Charos  and  Gerôid  legends  does  not  occur, 
so  far  as  we  know,  in  connexion  with  Garuda.  Garuda,  however,  is 
Vishnu's  bird  ;  and  one  is  reminded  of  Vishnu's  three  (apparently  solar) 
strides  ;  and  also  of  «  the  three  high  leaps  and  the  three  south  leaps  » 
which  Cu-Chulaind  made  on  the  Slfghe-Midlûachra  (Seirglige  Choncu- 
lainn  éd.  0  Curry,  122). 

To  what  has  been  offered  above  upon  the  probable  origin  of  the 
Gerôid  'Iarla  tradition  should  be  added  that  the  Florentine  Gherardini 
had  their  castles  in  the  Val  d'Else;  andthat  the  name  Lotteringo  (Lohen- 
grin)  occurs  among  them.  Traces  of  the  legend  may  be  perhaps  discerned 
in  the  following  names  :  Schwanau,  ///,  Elz,  Gans-pach  (Gans-bach), 
Epfen-dorf,  ail  near  Geroldseck  ;  Eber-bach,  Asch-a/e/z-burg  (?)  ;  Epp- 
stein,  Eppen-slein  ;  Gérard-mer  (in  Vosges,  near  Remiremont). 

II. 

A  version  of  the  Gerôid  'Iarla  legend  localized  at  Castle-Island  in 
Kerry  makes  three  of  the  Fitzgeralds  fly  away  as  wild  geese,  at  the  fatal 

'•  ...  Titan  médium  quo  tempore  ducit 

Sub  nostra  tellure  diem  (Lucan.  6,  570). 


274  Geroid  'Iarla. 

moment,  neverto  return.  This  circumstance,  and  the  identity  of  geese, 
swans,  crânes  etc.  in  thèse  legends,  suggest  that  in  the  cycle  of  myths 
referred  to  above  \ve  may  find  something  to  throw  light  on  the  well- 
known  Gallic  représentation  found  under  the  choir  of  the  cathedral  church 
of  Paris,  the  TARVOS  TRIGARANVS,  or  bull  with  three  crânes  on  his 
back.  In  the  first  place  that  représentation  should  hâve  something  to  do 
with  the  very  ancient  cosmogonie  fable  —  Egyptian,  Persian  and  Chi- 
nese  —  according  to  which  the  World-Egg,  swimming  about  the  sea, 
floated  to  a  rock,  and  lay  there.  The  Bull  came,  and  broke  its  shell 
with  his  horns  :  forth  came  the  world  and  ail  therein,  and  the  Bull  ani- 
mated  men  with  his  breath  (Vollmer,  Mythologie,  s.  v.  Urstier).  Various 
interprétations  are  no  doubt  applicable  to  différent  bull-myths.  The 
manfaced  bull,  represented  on  gems,  on  whose  back  rides  a  woman 
presenting  him  drink,  is  probably  a  Sea-  or  River-Bull  with  a  River- 
Nymph.  The  original  of  the  myth  of  Europa  seems  to  be  the  Babylonian 
moon-goddess  Istar,  depicted  on  seals  as  carried  by  the  Bull.  The 
slaying  of  the  Mithraic  Bull  represented,  according  to  Statius,  the  domi- 
nation of  the  Sun  over  the  Moon.  Corning,  however,  to  the  spécial 
country  in  point,  it  is  plain  that  the  Bull  was  a  prominent  figure  in 
Gallic  mythology,  perhaps  figured  in  some  forgotten  legend  of  the  origin 
ofthe  Gauls.  The  Cimbri,  Ambrones,  and  Teutones,  the  host  which 
menaced  Rome  with  destruction  in  the  consulate  of  Marius,  swore  «  by 
a  brazen  bull  ».  The  Merovingian  kings  deduced  their  descent  from  a 
bull  which  came  out  of  the  sea.  Besides  the  Tarvos  Trigaranus,  Gallic 
bronzes  exhibit  (Juppiter)  Dolichenius  and  Mercurius  each  standing  on 
a  bull    D.  Martin,  Religion  des  Gaulois,  I,  407,  442,  455). 

In  the  majority  of  thèse  cases  the  Bull  would  seem  to  be,  in  his 
origin,  an  embodiment  ofthe  bellowing  Thunder1;  and  the  correspon- 
ding  female  divinity,  —  Io,  Istar,  etc.,  —  is  primarily  the  Moon  or 
Moon-Cow.  The  Gallic  Bull  is  perhaps  one  and  the  same  with  the  bull 
of  Cûroi  mac  Dâire  —  Tarbh  Conrui  —  which  is  famed  in  Irish  tradition 
yet.  «  Géim  Tairbh  Conru'  san  aer  »  («  the  roaring  of  Cûroi's  Bull  in  the 
air  »)  is  said  of  his  bellowing  ;  and  he  is  said  to  émerge  from  various 
rivers  and  various  lakes  (e.  g.  Loch-Mic-Aicéid,  Lough  Hackett,  in  the 
county  of  Galway).  No  doubt  he  has  relations  1.  to  the  F indbennach  and 
Donn-Chuailnge  of  the  Tain  ;  2.  to  the  Ychain  Bannog  who  draw  the 
Afanc  from  the  lake  in  Welsh  traditions.  Cf.  also  the  «  Damh  Dili,  the 
«  third  wonder  of  Glenn  Dallâin.  Out  ofthe  same  lake  came  his  father, 

1.  Or  of  Darkness,  from  which  the  Gauls  sprang  (ab  Dite  Pâtre).  Caes.  Comm.  VI,  18. 


Geroid  'Iarla.  275 

«  copulavitque  cum  a  cow  of  the  cows  of  the  brughaidh  near  the  church, 
«  so  that  he  begot  the  Ox  [Damhj  of  it.  »  (See  original  Irish  apud  OD. 
ad  OR.,  s.  v.  Dam  dili.) 

In  the  breaking  of  the  World-Eggby  the  Thunder-Bull,  and  the  géné- 
ration of  the  Sun  and  Moon-Polydeukes  and  Helen  —  bytheThunder-God 
Zeus  in  swan  shape,  we  seem  to  see  ideas  which  are  illustrated  by  the 
living  superstition  that  «  Swans  are  always  hatched  during  a  thunder- 
«  storm  »  (Noies  and  Queries,  II.  510).  And  as  the  crânes,  in  the  repré- 
sentation under  considération,  may  be  taken  as  mythologically  identical 
with  swans,  we  are  thus  able  to  connect  both  the  Bull  and  the  Crânes 
with  that  élément  which  we  know  was  the  object  of  suprême  adoration 
in  ancient  Gaul,  as  in  ancient  Ireland  and  ancient  Germany  etc.  —  the 
Thunder,  deified  as  Taranis1,  as  Crom,  as  the  hammer-bearing  Dis 
Pater,  as  Thor  or  Thunor,  and  Perkun. 

It  seems  not  wholly  impossible  that  in  the  Tarvos  Trigaranus  some 
allusion  may  hâve  been  imagined  to  Gaul  itself  and  its  three  divisions 
(«  Gallia  est  omnis  divisa  in  partes  très  »,  etc.  CI.  Caesaris  Comm.  I). 
An  odd  coïncidence  may  be  noted  in  modem  English  caricature.  During 
the  Napoleonic  war  English  mugs  were  made  representing  a  human- 
faced  bull  with  a  Jack-daw  on  his  back  looking  across  the  Channel  in 
défiance  at  the  Gallic  Cock  [Notes  and  Queries,  6  March  1880,  p.  189). 

The  Crane-Dance,  cited  by  Dom  Martin,  performed  by  Theseus  and 
his  companions  at  Delos  before  Apollo's  altar,  in  thanks  for  the  victory 
gained  over  the  Cretan  Minotaur,  should  properly  be  mentioned  hère.  Cf. 
the  English  Duck-Song  and  game  printed  above  ;  and  also  the  «  Frog- 
«  Dance  »  which  survives  among  school  boys  in  England. 

The  incident  of  the  weeping  of  Ger6id's  wife,  and  his  restoration  of 
sight  to  his  child,  seems  related  to  the  conception  of  the  sun  as  «  Iovis 
«  oculus  »,  «  Odin's  eye  »,  «  Varuna's  eye  »  (Preller,  I.  3  52)  ;  to  that 
of  Charon  as  «  bright-eyed  »  ;  and  to  the  fable  of  the  weeping  Sun- 
Swan  Kyknos.  Probably  certain  superstitious  cures  of  eye  disorders  by 
herbs  etc.  gathered  on  the  eve  of  St.  John's  Day,  —  a  solar  festival  — 
must  be  explained  in  the  same  way. 

Professor  De  Gubernatis  justly  remarks,  «  When  the  hero...  becomes 
«  an  aquatic  bird. .  »  is  drawn  by  a  swan,  or  rides  upon  it,  it  means 
«  that  heis  traversing  the  sea  of  death  »  (Z.  Myth.  II.  316).  Dr.  Dennys, 
who  is  unaware  of  Western  parallels,  writes  as  follows  of  Chinese 
beliefs.  «  A  number  of  curious  practices  connected  with  burial  and  mour- 

1.  Cf.  Etterun,  a  British  idol  named  in  certain  Irish  tracts  cited  by  Pétrie  (Tara  Hill). 


276  Geroid  'larla. 

«  ning  are  without  doubt  purely  Chinese.  Thus,  on  the  sixtieth  day  after 
«  death,  the  family  place  on  a  table  a  number  of  plates  containing  offe- 
«  rings  of  food  etc.  accompanied  by  the  never-absent  incense.  Besides 
«  thèse  they  place  on  the  table  a  wash-bowl  full  of  water  in  which  is 
«  floating  half  a  duck's  egg.  A  paper  and  bamboo  duck,  astride  of  which  is 
«  a  paper  human  image,  is  then  placed  on  the  water  beside  it.  The  image 
«  personifies  the  deceased,  the  duck  his  means  of  transport  and  the  egg-shell 

«  a  boat A  yet  more  inexplicable  practice  is  that  of  placing  a  paper 

«  image  of  the  departed  in  a  wheeled  sedan-chair  of  similar  material, 

«  to  which  is  attached  a  paper  crâne Ranged  in  front  of  the  crâne  are 

«  numerous  articles  of  dress,  money  etc.  (ail  of  course  in  paper),  and  in 
«  some  way  the  crâne  is  supposed  to  convey  both  the  spirit  of  the  deceased 
«  and  the  goods  on  their  onward  passage.  »  (Folk-Lore  of  China,  1876, 
p.  24). 

In  thèse  notes  we  hâve  not  attempted  an  inquiry  into  the  question 
how  much  of  the  Swan-Knight  taie  may  hâve  been  borrowed  from 
sources  directly  Celtic.  It  has  often  been  conjectured  that  the  élément 
El-  in  Else,  Helias  etc.  is  the  Celtic  word  ela,  a  swan.  The  legend  assu- 
mes interesting  forms  in  Sweden,  and  other  Northern  countries  ;  and  in 
each  case  the  same  élément  occurs  in  the  names.  This  would  suggest 
that  the  Northmen  may  hâve  brought  back  the  taie  with  them  from 
Ireland  and  other  Celtic  lands.  In  many  legends  a  Ring  is  associated 
with  the  Swan.  It  appears  in  the  arms  of  the  Counts  of  Habsburg  Lau- 
fenburg,  of  the  Lords  of  Crequi  and  Plesse,  and  in  the  badges  of  the 
numerous  Swan  Orders  (Cassel,  op.  cit.,  32)  :  it  may  even  explain  the 
meaning  of  the  obscure  badge  of  the  Order  of  the  Eléphant,  instituted 
by  Christian  I.  of  Denmark.  At  least  it  is  worth  noting  that  the  swan  is 
primarily  a  solar  bird.  Now  the  ring  of  light  which  précèdes  the  sun's 
risir.g  is  at  this  hour  called  in  Ireland  fdinne  an  lae  (annulus  diei).  Can  it 
be  that  in  thèse  Celtic  words,  ela  «  swan  »,  fdinne,  «  ring  »,  we  must 
seek  the  explanation  of  the  origin  of  the  Eléphant  Order?  The  royal 
shield  of  Denmark,  which  is  surrounded  by  the  Eléphant  collar,  includes 
also  the  collared  swan  of  Stormar. 

D.  F. 


Les  langues  celtiques  dans  les  Iles  Britanniques  et  en  France.       27"; 


LES  LANGUES  CELTIQUES  DANS  LES  ILES  BRITANNIQUES  ET 

EN  FRANCE. 

D'après  le  travail  de  M.  Ravenstein  publié  par  le  Journal  of  the  statis- 
tical  Society,  voici  comment  sont  répartis  les  celtisants  dans  le  Royaume- 
Uni  de  Grande-Bretagne  et  d'Irlande. 

Irlande. 

i°  Dans  les  comtés  où  les  Gaels  sont  en  majorité,  l'irlandais  est  parlé 
par  343,297  individus 

20  Dans  les  autres  comtés  par  474,277 

3°  Dans  la  Grande-Bretagne  par  50,000 

Total  des  Irlandais  qui  se  servent  de  dialectes  cel- 
tiques 867,574 

Ile  de  Man. 

Celtisants  12,534 

Pays  de  Galles. 

i°  Dans  les  comtés  où  ceux  qui  parlent  le  gallois  sont  en  majorité,  le 
gallois  est  parlé  par  887,870  individus 

20  Dans  les  autres  comtés  par  46,660 

30  Dans  le  reste  de  la  Grande-Bretagne  par  62,000 

Total  des  Gallois  qui  se  servent  de  leur  langue  ma- 
ternelle 996,530 

Ecosse. 

i°  Dans  les  comtés  où  les  Gaëls  dominent,  la  langue  gaélique  est  par- 


lée par 

20  Dans  les  autres  comtés  par 

3°  En  Irlande  (Antrim)  par 

40  En  Angleterre  et  dans  le  pays  de  Galles  par 

Total  des  Écossais  qui  se  servent  du  gaélique 


242,207  individus 
58,746 
301 
8,000 


309,254 

Ce  qui  pour  la  totalité  du  Royaume-Uni  donne  2,185,892  celtisants, 
soit  1/7  de  la  population  totale. 

Si  l'on  veut  déterminer  le  nombre  de  ceux  qui  se  servent  exclusive- 
ment des  dialectes  celtiques  et  de  ceux  qui  comprennent  les  deux  langues, 
on  obtient  le  tableau  suivant  : 


Irlande 
Ile  de  Man 
Pays  de  Galles 
Ecosse 


'  Individus  qui  ne 
comprennent  que  les 
dialectes  celtiques. 


103,560 

190 

304,1 10 

48,873 


456,7?? 


2°  Qui  comprennent 
l'anglais  et  le  cel- 
tique. 


1,729,160 


Total  de  ceux  qui  se 
servent  de  dialectes 
celtiques. 


867,574 

12,534 
996,530 
309,254 


Rev.  Celt.  IV 


2,185,892 
'9 


278      Les  langues  celtiques  dans  les  Iles  Britanniques  et  en  France. 

Pour  la  France,  il  n'existe  pas  de  travail  aussi  complet  et  aussi  sérieu- 
sement fait  que  celui  de  M.  Ravenstein;  il  est  à  désirer  que  lors  du 
prochain  recensement  cette  lacune  soit  comblée,  et  que  les  feuilles  de 
recensement  pour  les  départements  où  la  langue  bretonne  est  en  usage, 
aient  :  i°  une  colonne  où  l'on  indique  les  personnes  qui  ne  comprennent 
que  le  breton;  20  une  colonne  où  l'on  indique  celles  qui  comprennent 
les  deux  langues;  30  une  colonne  où  l'on  indique  celles  qui  savent  lire 
et  écrire  en  breton. 

En  attendant  ce  travail  complet,  je  vais  essayer  de  dresser  pour  la 
Bretagne  un  tableau  analogue  à  celui  que  je  viens  de  faire  pour  l'Angle- 
terre d'après  les  travaux  de  M.  Ravenstein.  Les  chiffres  que  je  cite  pour 
la  Bretagne,  et  qui  sont  empruntés  à  deux  articles  que  j'ai  publiés  l'un 
dans  les  Bulletins  de  la  Société  d'anthropologie,  année  1878,  l'autre 
ici  même  (voir  plus  haut,  p.  1 28),  ne  sont  que  probables,  et  entre  eux  et 
la  réalité  il  y  a  sans  doute  des  différences  de  plusieurs  milliers. 

Bretagne. 


Côtes-du-Nord 
Finistère 
Morbihan 
Loire-Inférieure 


Si  l'on  ajoute  à  ces  chiffres  celui  des  bretonnants  des  colonies  de  Tré- 
lazéet  du  Havre,  on  arrive  à  un  chiffre  de  bretonnants  qui  peut  aller  de 
1,230,000  à  1,240,000.  Si  l'on  adopte  le  premier  chiffre,  on  peut  dres- 
ser le  tableau  suivant  des  celtisants  qui  habitent  l'Europe. 


Angleterre 
France 


Le  nombre  des  celtisants  en  Europe  peut  être  évalué  en  chiffres  ronds 
à  trois  millions  et  demi. 

Paul  SÉB1LL0T. 


1°    Individus    qui    ne 
comprennent  que  le 
breton. 

2°  Qui  comprennent 
le  français   et   le 
breton. 

Total 

de  ceux  qui  se  servent 

du  breton. 

21 5,000 
379,000 

174,000 
200 

I 50,000 

2  1  1,000 

162,000 

1,000 

302,000 

590,000 

336,000 

1,200 

768,200 

524,000 

1,229,200 

Individus  parlant  seu- 
lement  un    dialecte 
celtique. 

Parlant 

le  celtique  et  une 

autre  langue. 

Total  des  individus  qui 
comprennent  les  dia- 
lectes celtiques. 

456,735 
768,000 

1,829,158 
524,000 

2,285,893 
1 ,230,000 

',224,735 

2,353>1$8 

3,5ï5-893 

BIBLIOGRAPHIE. 


De  quelques  publications  d'outre-Pyrénées. 

La  renaissance  des  études  archéologiques  en  Espagne  et  en  Portugal 
doit  beaucoup  à  M.  Hùbner,  non  seulement  par  ses  Inscriptiones  Hispa- 
nis  Latins  (qui  forment  le  t.  II  du  Corpus  de  Berlin),  mais  aussi  par  son 
influence  sur  les  savants  de  la  péninsule  ibérique  que  son  exemple  excite 
et  que  sa  critique  souvent  dirige.  En  même  temps  le  savant  de  Berlin  ne 
cesse,  dans  des  articles  soit  originaux,  soit  critiques,  de  faire  connaître 
le  mouvement  archéologique  d'outre-Pyrénées. 

Une  récente  brochure  de  M.  H.  raconte  les  fouilles  de  Citania  et  en 
donne  les  résultats  scientifiques '.  Citania  est  le  nom  ^d'origine  problé- 
matique) d'une  montagne  dans  la  Serra  de  Falperra,  dans  la  province  de 
Minho,  nord  du  Portugal.  D'après  la  tradition  populaire,  il  avait  existé 
dans  le  pays  une  ville  aujourd'hui  disparue.  On  l'a  retrouvée  il  y  a  quel- 
ques années  sur  cette  montagne  de  Citania  dont  la  nature  avait  fait  une 
sorte  de  presqu'île,  c'est-à-dire  un  lieu  facile  à  défendre.  Les  fouilles 
dirigées  par  un  archéologue  zélé  et  compétent,  M.  Sarmento,  ont  fait 
retrouver  des  murs  d'enceinte,  larges  de  deux  mètres,  et  de  construction 
cyclopéenne,  des  rues  pavées,  des  huttes  circulaires,  des  fragments 
architectoniques,  des  pierres  avec  ornements,  quelques  fragments  épi- 
graphiques  mais  dont  il  ne  sort  aucune  lumière  historique) ,  des  frag- 
ments de  poterie,  et  quelques  monnaies  (malheureusement  la  plus  impor- 
tante a  été  aussitôt  perdue  que  trouvée).  —  Notons  aussi  que  sur  les 
rochers  du  plateau  on  a  constaté  des  signes  circulaires  analogues  à  ceux 
que  l'on  a  déjà  remarqués  dans  beaucoup  de  pays  et  notamment  en 
Ecosse.  —  La  conclusion  de  M.  H.  est  qu'on  a  dans  Citania  un  oppidum 

i.  Citania;  Altherthùmer  in  Portugal,  von  E.  Hùbner,  43  p.  in-8.  Berlin,  Weidmann, 
1880,  extrait  du  t.  XV  de  l'Hermès.  —  Cette  brochure  forme  comme  une  seconde  édition 
de  la  monographie  consacrée  par  M.  H.  aux  ruines  de  Citania.  Ce  premier  travail  avait 
été  traduit  en  portugais  avec  notes  et  additions  par  M.  Joaquin  de  Vasconcellos  ;  traduc- 
tion qui  forme  le  je  fasc.  d'une  revue  publiée  à  Porto  par  M.  J.  de  V.  sous  le  titre 
d'Archeologia  Artistica. 


280  Bibliographie. 

de  l'époque  anté-romaine,  qui  a  survécu  un  certain  temps  à  la  conquête, 
modifié  dans  ses  usages  par  l'influence  de  l'industrie  et  de  la  civilisation 
des  vainqueurs,  mais  qui  a  commencé  à  se  dépeupler  dès  le  temps  d'Au- 
guste, alors  que  la  population  abandonnait  ses  nids  d'aigle  pour  les 
villes  romaines.  L'absence  de  gravures  qui  représentent  les  monuments 
rend  plus  difficile  la  lecture  du  travail  de  M.  H.  :  l'auteur  en  promet 
pour  une  publication  postérieure.  Les  monuments  les  plus  importants 
ont  été  représentés  dans  la  revue  madrilène  La  Academia  de  1877. 

L'un  d'eux,  la  Pedra  fermosa  ou  «  belle  pierre»  où  l'on  voit,  formant 
bordure,  une  ornementation  en  spirale,  qui  rappelle  de  loin  des  S  et  des 
C  entrelacés,  est  figuré  dans  une  brochure  de  M.  Sarmento,  l'heureux 
explorateur  de  Citania,  brochure  publiée  à  l'occasion  du  précédent  tra- 
vail de  M.  Hùbner  sur  le  même  sujet  '.  M.  Hùbner  a  rendu  aux  services 
et  au  mérite  de  M.  Sarmento  un  hommage  auquel  nous  sommes  heureux 
de  nous  associer.  Mais  ce  ne  sera  pas  sans  exprimer  le  regret  que  les 
savants  d'outre-Pyrénées  croient  licite  de  fabriquer  des  étymologies  cel- 
tiques avec  le  dictionnaire  irlandais  d'O'Reilly.  Nous  avons  à  cela  plu- 
sieurs raisons  :  i°  Il  y  a  dans  O'Reilly  des  mots  forgés,  qui  n'ont  jamais 
existé.  20  Les  mots  y  sont  donnés  sous  leur  forme  moderne.  }°  Pour 
transporter  un  mot  d'irlandais  en  ancien  celtique,  il  faut  tenir  compte 
des  lois  phonétiques  de  la  famille  celtique  tout  entière.  Aussi  est-il 
impossible  d'admettre  que  le  mot  airg,  que  M.  Sarmento  croit  lire 
dans  un  monogramme  assez  compliqué,  soit  le  génitif  d'un  mot  arg 
«  prince  »  qu'il  a  trouvé  dans  O'Reilly.  Il  est  contraire  à  toute  vraisem- 
blance de  supposer  que  les  génitifs  à  flexion  interne  aient  existé  à  une 
époque  aussi  ancienne. 

La  même  erreur  capitale  est  au  fond  d'une  dissertation  publiée  par  un 
jésuite  espagnol,  ingénieux  historien,  le  R.  P.  Fita2.  Le  titre  Restes  de 
la  déclinaison  celtique  et  celtibérique  dans  quelques  inscriptions  espagnoles 
annonce  une  grande  découverte,  mais  ce  n'est  qu'illusion.  Le  P.  Fita 
compare  les  noms  et  les  formes  des  inscriptions  hispano-latines  avec 
les  mots  et  les  formes  de  l'irlandais  et  du  gallois  :  il  suppose  que  les 
phénomènes  des  langues  neo-celtiques  se  sont  passés  dans  l'ancien  cel- 
tique d'Espagne.  C'est  dire  qu'il  ne  se  rend  pas  compte  que  ces  formes 
néo-celtiques  sont  le  résultat  de  longs  siècles  d'usure,  et  que  la  flexion 


1.  Observacoes  a  Catania  do  Snr.  Doctor  Emilio  Hùbner.  Porto,  1879,  46  p.  in-8  et 
2  planches. 

2.  Restos  de  la  Declinacion  céltica  y  celtibérica  en  algunas  lapidas  Espanolas  por  el 
P.  Fidel  Fita,  S.  J.,  Madrid,  Maroto,  1878,  172  p.  in-8. 


Bibliographie.  281 

interne,  par  exemple,  est  sortie  de  la  flexion  externe  sous  l'influence  de 
l'accent  tonique.  A  priori,  il  est  invraisemblable  que  le  celtique  d'Espagne 
ait  vécu  assez  vite  pour  précéder  les  autres  langues  celtiques  de  mille 
ans  dans  ce  travail  de  décomposition.  Cela  est  également  invraisemblable 
a  posteriori,  puisqu'on  ne  trouve  rien  de  semblable  dans  le  celtique  de 
Gaule.  Le  grave  défaut  de  la  méthode  du  P.  Fita  est  justement  de  négli- 
ger les  formes  gauloises  qui  sont  à  peu  près  du  même  âge  que  les  formes 
obscures  des  inscriptions  d'Espagne  et  qui  lui  auraient  fourni  un  inter- 
médiaire entre  l'Espagne  et  les  Iles  Britanniques. 

Un  exemple  fera  mieux  voir  le  caractère  aventureux  des  hypothèses 
du  P.  Fita.  Il  trouve  dans  une  inscription  la  formule  VIF  p.  171.  Pour 
lui  c'est  la  forme  correspondante  au  breton  et  au  gallois  mab,  au  gaé- 
lique mac.  Il  explique  Vi  pour  Va  par  l'exemple  du  pi.  bret.  mipien  et  du 
génitif  irlandais  mie,  —  le  V  initial  pour  M  par  une  mutation  analogue  — 
et  l'F  pour  P  par  l'influence  des  colonies  grecques  établies  dans  la  région 
où  l'on  a  trouvé  cette  inscription.  Laissant  ce  dernier  point,  qui  échappe 
à  toute  discussion  scientifique  par  l'absence  de  faits  du  même  ordre,  il  est 
aisé  de  constater  que  Vi  pour  Va  dans  mipien  et  mie  est  un  phénomène  récent. 
Le  génitif  irlandais  mie  est  pour  l'anc.  irl.  maie,  lui-même  pour  *maqi, 
forme  probablement  contemporaine  des  inscriptions  latines  d'Espagne  ; 
—  le  pluriel  breton  mipien  est  pour  meib-ien,  double  pluriel  formé  avec 
le  suffixe  ien  à  l'époque  où  la  langue  avait  perdu  conscience  de  l'ori- 
gine de  meib.  Meib  qui  existe  sous  cette  forme  en  gallois,  est  en  effet 
un  pluriel  à  flexion  interne,  contracté  d'un  pluriel  à  flexion  externe 
*mabi  ou  *mapi.  —  C'est  peut-être  le  radical  de  ce  nom  qui  se  ren- 
contre dans  le  nom  gaulois  MAPILII  connu  par  une  marque  de  potier 
(Schuermans  n°  3253). 

Le  R.  P.  Fita  dit  très  justement  que  dans  l'étude  des  antiquités  cel- 
tiques de  l'Espagne,  il  faut  remplacer  les  systèmes  a  priori  par  la  claire 
lumière  de  la  méthode  expérimentale  :  «  En  vez  de  sistemas  a  priori  que 
conducen  â  resultados  histôricos  y  etnolôgicos  tan  exagerados  y  apuestos 
como  los  de  Humboldt  y  Lemiére  :  lo  que  importa  sobre  todo  es  no  dar 
paso  alguno  que  no  lleve  por  delante  la  clara  luz  del  método  expérimental, 
6  el  criterio  despreocupado  que  se  funda  sôlidamente  en  la  verdad  de 
los  hechos  »  p.  19-20  .  Cela  est  fort  bien  dit,  mais  faire  de  la  linguis- 
tique sans  tenir  compte  des  lois  phonétiques  propres  à  chaque  dialecte 
et  à  chaque  époque  n'est  pas  appliquer  la  méthode  expérimentale.  Le 
R.  P.  Fita  s'en  apercevra  lui-même  en  poussant  plus  loin  ses  études  de 
linguistique.  Il  est  aisé  de  voir  que  cette  dissertation  est  l'essai  d'un 
débutant,  mais  d'un  débutant  à  l'esprit  trop  large  et  trop  pénétrant  pour 


282  Bibliographie. 

ne  pas  se  corriger  lui-même.  Nous  attendons  le  R.  P.  Fita  après  son 

voyage  à  Damas. 

La  dissertation  de  M.  Jacques  Costa  sur  l'organisation  des  Celtibères  ■ 
est  aussi  déparée  par  des  étymologies  erronées.  M.  C.  accepte  les  éty- 
mologies  du  P.  Fita  et  en  tire  des  conséquences  historiques  :  il  en 
donne  aussi  de  son  cru,  en  tirant  de  cette  source  impure  d'O'Reilly. 
Ainsi  il  en  a  extrait  (p.  9),  après  bien  d'autres,  hélas!  ce  mot  ibh,  aibh 
«  tribu  »  qui  n'existe  pas  et  qu'on  pourrait  croire  disparu  de  l'arsenal  des 
étymologistes  après  la  note  que  M.  Wh.  Stokes  a  communiquée  aux 
Lectures  de  M.  Max  Mùller  [La  science  du  langage,  sixième  leçon,  note). 
M.  C,  du  reste,  a  tiré  des  faits  intéressants  des  inscriptions  latines 
d'Espagne  publiées  par  M.  Hùbner.  —  Il  nous  dit  dans  une  note  (p.  34) 
que  l'emblème  de  la  race  celtique  était  «  la  encina  »;  il  ne  s'agit  pas  du 
dieu  Encina  dont  il  a  été  question  plus  haut  (p.  1 12);  encina  veut  dire 
«  chêne  »  en  espagnol.  H.  G. 


La  Haute-Savoie  avant  les  Romains,  par  Louis  Revon,  bibliothé- 
caire et  conservateur  du  musée  d'Annecy.  Paris,  Champion,  1878, 
63  p.  gr.  in-40  sur  2  col.  avec  184  vignettes.  —  Prix  :  10  fr. 

Sous  une  forme  simple,  claire  et  modeste,  M.  R.  a  dressé  un  inven- 
taire fort  intéressant  des  antiquités  et  découvertes  faites  dans  la  Haute- 
Savoie.  Il  traite  successivement  des  objets  suivants  :  grottes  et  abris,  — 
monuments  mégalithiques,  —  âge  de  la  pierre,  —  stations  lacustres,  — 
fonderies,  —  âge  du  bronze,  —  sépultures,  —  oppida  ou  refuges,  — 
numismatique  gauloise,  —  mythologie  gauloise  et  légendes.  —  Un  grand 
nombre  de  dessins  représentent  les  monuments  et  instruments  dont  il 
est  question.  La  Haute-Savoie  est  pauvre  en  dolmens  ;  on  n'en  compte 
que  cinq  ou  six,  et  il  paraît  que  la  Savoie  est  plus  pauvre  encore.  Plu- 
sieurs monuments  ou  accidents  naturels  portent  là,  comme  dans  le  reste 
de  la  France,  le  nom  de  Gargantua.  M.  R.  a  rapporté  quelques  histoires 
de  fées  relatives  aux  pierres,  mais  il  ne  parle  pas  de  pratiques  supersti- 
tieuses dont  elles  soient  l'objet  :  les  archéologues  négligent  un  peu  ce 
côté  de  la  question.  M.  R.  parle  (p.  5$)  d'un  rocher  que  «  les  chartes 
du  xive  et  du  xve  siècle  appellent  peulvanum  quod  dicetur  Margena.  » 
Nous  serions  curieux  d'avoir  une  indication  précise  de  ces  textes  :  car 
l'emploi  du  mot  peulvan  nous  étonne  à  cette  époque  et  dans  cette  région. 

1.  Organizacion  politica,  civil  y  religiosa  de  los  Celtiberos  por  Joaquin  Costa,  Doctor 
en  Derecho  civil  etc.  Madrid,  Montoya,  1879,  47  p.  in-8. 


Bibliographie.  28$ 

—  M.  R.  donne  une  bibliographie  détaillée  des  travaux  dont  chacun  de 
ces  monuments  a  déjà  été  l'objet.  Son  répertoire  est  à  tous  égards  inté- 
ressant et  utile. 

H.  G. 


Recherches  archéologiques  sur  les  colonies  phéniciennes  éta- 
blies sur  le  littoral  de  la  Celtoligurie,  par  l'abbé  J.-J.-L.  Barges. 
Paris,  Leroux,  1878.  In-8°,  160  pages.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

En  1845,  on  découvrit  à  Marseille  une  inscription  phénicienne  du 
plus  haut  intérêt  :  c'était  le  tarif  des  sacrifices  d'un  temple  de  Baal. 
M.  l'abbé  Barges,  qui  fut  un  des  premiers  à  l'étudier,  crut  y  voir  la 
preuve  de  l'existence  à  Marseille  d'une  colonie  phénicienne  antérieure  à 
l'arrivée  des  Phocéens;  et,  depuis  lors,  il  n'a  cessé  de  défendre  cette 
thèse.  C'est  elle  qu'il  reprend  aujourd'hui,  en  étendant  ses  recherches  à 
tout  le  littoral  de  la  Gaule  méridionale. 

L'existence  de  comptoirs  phéniciens  sur  les  bords  du  golfe  de  Lion 
n'a  rien  que  de  très  vraisemblable.  Les  Phéniciens  avaient  des  établisse- 
ments sur  presque  tous  les  points  du  littoral  de  la  Méditerranée,  en 
Grèce,  à  Malte,  en  Sicile,  en  Sardaigne,  en  Corse,  en  Italie;  ils  devaient 
en  avoir  aussi  en  Gaule.  Le  danger  est  d'aller  trop  vite,  et  de  voir  les 
Phéniciens  partout,  comme  on  a  fait  dans  le  temps  pour  les  Celtes  et 
pour  les  Étrusques. 

M.  l'abbé  Barges  passe  en  revue  dix  ou  douze  noms  :  Pyrene  ou  Illi- 
beris,  Ruscino,  Narbonne,  Heraclea  Viennensis,  laCrau,  Nîmes.  Heraclea 
Caccabaria,  Alonis,  Monaco,  Portus  Herculianicus  et  Marseille.  Il 
cherche  à  en  établir  l'origine  phénicienne,  soit  par  la  tradition,  soit  par 
l'étymologie,  soit  par  des  monuments. 

Laissons  de  côté  Narbonne,  que  rien  absolument  n'autorise  à  mettre 
au  rang  des  colonies  phéniciennes.  Une  première  catégorie  comprend 
des  villes  qui  n'ont  rien  de  phénicien,  mais  dont  la  légende  rattache  les 
origines  aux  pérégrinations  d'Hercule.  On  admet  en  général  que  cet 
Hercule  est  Melqart,  l'Hercule  tyrien  ;  ses  aventures  sont  la  forme  mytho- 
logique que  la  légende  a  donnée  aux  migrations  des  Phéniciens.  Illibéris, 
l'ancienne  Pyrene,  au  pied  des  Pyrénées,  rentre  dans  cette  première 
catégorie.  Le  serpent  dont  accouche  Pyrene,  la  fille  du  roi  des  Bebryces, 
amoureuse  d'Hercule,  nous  ramène  à  un  ordre  d'idées  familier  aux 
peuples  sémitiques.  La  plaine  de  la  Crau,  cette  mer  de  cailloux  qui  s'étend 
derrière  l'étang  de  Berre,  est  le  théâtre  d"un  mythe  de  la  même  famille. 
C'est  là  qu'Hercule,  étant  arrêté  dans  sa  marche  par  les  fils  de  Neptune, 


284  Bibliographie. 

Albion  et  Bergion,  le  ciel  vint  à  son  secours,  et  écrasa  ses  ennemis  sous 
une  pluie  de  pierres;  mais  c'est  aller  bien  loin  que  de  compter  ces 
endroits,  sur  la  foi  d'une  légende  aussi  vague,  au  nombre  des  établisse- 
ments phéniciens. 

Une  autre  série  de  villes  comprend  celles  dont  le  nom  semble  dénoter 
une  origine  phénicienne.  Ce  sont  tout  d'abord  les  Heraclea,  les  Portus 
Herculis,  en  général,  toutes  les  villes,  si  fréquentes  sur  le  littoral  de  la 
Méditerranée,  dans  lesquelles  entre  le  nom  d'Hercule.  On  en  compte 
quatre  entre  la  frontière  italienne  et  l'embouchure  du  Rhône  :  Monaco 
(Portas  Herculis  Monœc'v  ;  un  peu  plus  à  l'est,  un  autre  Portus  Herculis 
\VHerculianicus  Portus  de  l'Itinéraire  maritime  que  Ptolémée  distingue 
du  précédent  ;  puis,  en  allant  vers  l'ouest,  Heraclea  Caccabaria,  à  la 
pointe  Cavalaire,et  l'Heraclea  Viennensis,  sur  la  rive  droite  de  la  grande 
embouchure  du  Rhône.  Nous  avons  là  un  degré  de  probabilité  bien  plus 
considérable,  parce  que  ces  noms  nous  attestent  l'existence  du  culte 
d'Hercule,  c'est-à-dire  de  Melqart,  et  viennent  donner  un  point  d'appui 
à  la  tradition.  Mais,  là  encore,  il  ne  faut  user  de  l'étymologie  qu'avec 
une  grande  circonspection. 

L'origine  phénicienne  de  Monaco  ne  laisse  guère  de  place  au  doute. 
Il  y  avait  là  un  fort  et  un  temple  d'Hercule,  Strabon  le  mentionne 
expressément  (/îepbv  'Hpay.Xécuç  Movor/.o'j  y.aXcu[xévou,  1.  IV,  p.  201- 
202).  L'aspect  des  lieux  répond  fort  bien  à  l'idée  que  l'on  doit  se  faire 
des  comptoirs  phéniciens  :  un  petit  golfe,  protégé  par  un  promontoire, 
sur  lequel  s'élevait  la  chapelle  de  Melqart. 

L'explication  du  mot  Monceci ,  qui  a  donné  Monaco ,  est  plus 
incertaine.  On  le  rattache,  en  général,  à  un  mot  grec  Môvotxoç,  et  on 
traduit  «  qui  n'a  qu'un  seul  temple  »,  ou  bien  :  «  qu'on  adore  seul  dans 
son  temple  ».  Il  vaudrait  mieux  n'avoir  qu'une  seule  explication,  qui  fût 
entièrement  satisfaisante.  Sans  doute,  Melqart  n'avait  qu'un  grand  sanc- 
tuaire, celui  de  Tyr,  mais  cela  n'empêchait  pas  les  Phéniciens  de  lui  élever 
des  chapelles  dans  tous  les  lieux  où  ils  abordaient.  Monaco  ne  se  distin- 
guait pas  à  cet  égard  de  tous  les  autres  sanctuaires  de  Melqart.  Serait-ce 
le  dieu  qu'on  adore  seul  dans  son  temple  ?  C'est  là  encore  une  idée  plus 
grecque  que  sémitique.  Or  la  forme  ^lovor/.c'j  doit  cacher  un  nom  étran- 
ger. Mcvcixoç  n'est  pas  d'une  formation  bien  régulière  au  point  de  vue 
de  la  grammaire  grecque.  Le  mot  n'est  d'ailleurs  jamais  employé  qu'au 
génitif,  comme  un  nom  indéclinable. 

Qui  sait  si  ce  ne  serait  pas  la  simple  transcription  du  vocable  du  dieu 
et  si  le  grec  yii/y.v.z:  ne  serait  pas  un  essai  d'étymologie  a  posteriori  ? 
C'est  l'idée  qui  est  venue  à  M.  Barges.  Nous  n'osons  dire  qu'il  ait  réussi 


Bibliographie.  285 

à  la  rendre  acceptable,  et  que  son  Hercule  Menouah.  «  Hercule  qui  donne 
du  repos,  »  vaille  mieux,  vaille  même  autant  que  les  anciennes  explica- 
tions. Ce  qui  nous  arrête,  ce  n'est  pas  le  changement  du  h  et  en  kappa; 
la  langue  phénicienne  en  offre,  quoi  qu'on  en  ait  dit,  plus  d'un 
exemple  certain,  on  les  a  cités  ailleurs;  mais  c'est  que  cette  étymologie 
ne  repose  sur  rien. 

Heraclea  Caccabaria  paraît  être  aussi  d'origine  phénicienne.  Le  mot 
Caccabaria  rappelle  de  très  près  l'ancien  nom  de  Carthage,  Caccabe. 
Mais  Caccabaria  veut-il  dire  «  la  tête  de  lion  »,  caccab  ari?  M.  l'abbé 
Barges  nous  permettra  d'être  moins  affirmatif  que  lui  sur  ce  point  ; 
d'autant  qu'à  côté  de  cette  étymologie  sémitique,  il  en  est  une  autre, 
qui  pourrait  ne  pas  paraître  moins  naturelle  à  certains  esprits,  et  qui 
ferait  venir  Caccabaria  du  grec  v.r/.v.iîr, ,  en  latin  caccabus,  «  vase, 
poterie  ». 

Nous  éprouvons  moins  d'hésitation  en  présence  à'Alonis,  qui  était 
située  non  loin  d'Heraclea,  à  la  pointe  des  Gourdons.  Voilà  un  nom  qui 
a  certainement  une  physionomie  sémitique.  Il  reparait,  sous  la  forme 
'ÀAwvai,  sur  la  côte  d'Espagne.  Toutefois,  de  même  que  pour  Heraclea 
Caccabaria,  il  est  possible  que  la  ressemblance  soit  trompeuse,  et  que 
nous  soyons  en  présence  d'un  nom  grec. 

Enfin,  à  l'autre  extrémité  du  golfe,  Ruscino  nous  offre  un  nom  franche- 
ment phénicien,  punique  même.  On  le  retrouve,  sous  la  forme  Ruscinona, 
sur  la  côte  d'Afrique,  entre  Hippo  Zaritas  et  Utique.  Mais  nous  ne 
pouvons,  ici  encore,  adopter  l'étymologie  qu'en  donne  M.  l'abbé  Barges: 
Ros  hinno,  «  la  capitale  du  golfe  ».  Ros  ne  signifie  jamais,  dans  l'ono- 
mastique ancienne,  la  capitale,  mais  le  cap  ;  c'est  le  Raz  de  l'arabe 
moderne.  Il  se  peut  d'ailleurs  que  nous  n'ayons  pas  affaire  à  une  ancienne 
colonie  phénicienne,  mais  à  une  colonie  de  Carthage,  qui  aurait  emprunté 
son  nom  à  Ruscinona. 

On  voit  combien  de  doutes  soulèvent  toutes  ces  identifications.  Pour 
leur  donner  de  la  consistance,  il  faudrait  des  monuments  ou  des  inscrip- 
tions. Par  malheur,  ils  nous  font  presque  entièrement  défaut  pour  tout 
le  midi  de  la  Gaule.  Nous  craignons  que  ceux  qu'invoque  M.  l'abbé 
Barges,  au  lieu  d'entraîner  la  conviction,  n'inspirent  à  certains  esprits 
des  doutes  sur  les  résultats  des  études  sémitiques. 

Tous  appartiennent  à  Marseille,  sauf  un,  qui  est  des  environs  de 
Nîmes,  et  dont  il  nous  faut  dire  présentement  quelques  mots. 

Les  Phéniciens  ont-ils  pénétré  dans  l'intérieur  des  terres  ?  Cela  est 
fort  douteux.  Il  est  vrai  qu'on  a  voulu  les  retrouver  à  Alesia,  et  jusque 
dans  les  Vosges.  M.  l'abbé  Barges  nous  prévient  qu'il  n'ira  pas  aussi 


286  Bibliographie. 

loin;  il  fait  bien.  Il  s'arrête  à  Nîmes.  Là  encore  nous  retrouvons  Hercule. 
Son  histoire  même,  s'il  faut  en  croire  Ammien  Marcellin  (XV,  9,  6),  était 
consignée  par  écrit  sur  les  monuments  de  cette  ville  :  quos  etiam  nos 
legimus  in  monumenîis  eorum  incisum.  Ces  inscriptions,  il  n'est  pas  besoin 
de  le  dire,  sont  perdues;  et  peut-être,  si  nous  les  avions,  y  lirions-nous 
tout  autre  chose  qu'Ammien  Marcellin.  Celle  que  reproduit  M.  l'abbé 
Barges  a  été  trouvée  à  Vaison,  et  est  conservée  au  musée  d'Avignon  ; 
elle  est  grecque,  et  mentionne  la  dédicace  d'un  temple  à  la  déesse 
BHAHCAMIC.  Le  nom  du  donateur  est  gaulois. 

M.  l'abbé  Barges  en  rapproche,  non  sans  raison,  la  Minerva  Belisama 
qui  figure  à  diverses  reprises  sur  des  inscriptions  de  Gaule,  et  il  y  croit 
retrouver  le  nom  de  la  grande  déesse  asiatique  Baalat  Samaïm,  «  la 
reine  des  deux  ».  Il  faut  reconnaître  que  les  éléments  répondent 
assez  bien  à  ceux  du  nom  de  la  déesse  phénicienne.  Cette  identifi- 
cation s'était  déjà  présentée  à  l'esprit  de  Selden  dont  le  jugement  était 
très  sévère.  On  n'a  encore  trouvé  sur  aucune  inscription  le  nom  de  la 
déesse  ;  mais  on  sait,  par  celui  du  dieu  correspondant,  quel  il  devait 
être.  Ce  dernier  se  lit  en  tête  de  la  grande  inscription  d'Oum-el-Aouamid; 
c'est  Baal-Samaïm,  «  le  roi  des  cieux  ».  On  y  reconnaît  sans  peine  le 
fJeEX<ja{i.if)V  de  Sanchoniathon,  le  Baalsamen  du  Pœnulus.  Belesamis  ne 
correspond  pas  rigoureusement  à  Baalat  Samaim.  Pourtant,  la  transcrip- 
tion est  moins  incorrecte  que  beaucoup  de  celles  que  nous  a  léguées 
l'antiquité. 

Nous  n'osons  toutefois,  en  l'absence  d'autres  preuves,  la  donner  pour 
certaine.  Surtout,  nous  garderions-nous  de  conclure  de  l'existence  d'un 
temple  de  la  déesse  Belisama  à  Nîmes,  à  l'origine  phénicienne  de  la 
ville.  L'inscription  est  de  date  récente  ;  et  le  culte  de  Belisama  a  pu  être 
introduit  à  Nîmes,  sans  que  les  fondateurs  de  la  ville  aient  été  des  Phé- 
niciens. A  elle  seule,  cette  inscription  ne  prouve  rien,  non  plus  que  le 
petit  autel  dédié  à  Jupiter  Heliopolitanus  et  Nemausus,  qui  est  conservé 
dans  la  maison  carrée  à  Nîmes. 

Tous  les  autres  monuments  proviennent  de  Marseille.  Les  deux  pre- 
miers planches  I  et  II)  sont  perdus.  Nous  ne  les  connaissons  que  par  le 
dessin  et  la  description  qu'en  a  donnés  au  siècle  dernier  un  archéologue 
de  Marseille,  Grosson.  L'un  est  un  petit  édicule,  entouré  de  niches  de 
tous  les  côtés,  et  que  supporte  un  monstre  à  tête  de  taureau  ;  dans  une 
des  niches  est  assise  une  petite  idole,  les  bras  levés.  Une  inscription 
court  le  long  de  la  corniche,  puis  change  de  direction  et  remonte  verti- 
calement, en  suivant  l'arête  principale  du  monument.  Grosson  était  très 
réservé  à  son  endroit  :  «  La  bizarrerie  de  la  construction  de  ce  monu- 


Bibliographie.  287 

«  ment,  dit-il,  ne  donne  qu'une  idée  confuse  de  l'usage  auquel  il  devait 
«  être  destiné  ;  un  édifice  et  des  caractères  singuliers  laissent  à  désirer 
«  leur  interprétation.  »  Il  ajoute  pourtant  que  ce  pourrait  bien  être  du 
phénicien.  Mais  on  sait  ce  que  l'on  entendait  par  phénicien  à  son  époque. 
C'est  ce  mot  sans  doute  qui  a  engagé  M.  l'abbé  Barges  dans  l'expli- 
cation qu'il  en  a  donnée,  car  il  faut  avouer  que  l'inscription  n'a,  pour 
un  esprit  non  prévenu,  rien  de  phénicien.  M.  l'abbé  Barges  la  lit  de  la 
façon  suivante  :  l'Baal  Melqart  mizbeah  iehosuah,  «  à  Baal  Melqart,  autel 
delà  victoire  ».  On  pourrait  y  lire  n'importe  quelle  autre  légende  avec 
la  même  facilité.  Il  n'y  a  ni  Baal,  ni  Melqart,  ni  Mizbeah,  ni  Jehosuah. 
S'il  fallait  y  voir  une  écriture  sémitique,  et  peut-être  Grosson  a-t-il  eu 
raison  sur  ce  point,  on  aimerait  mieux  y  voir  du  palmyrénien,  ou  du 
syriaque,  ou  même  de  l'arabe  ;  il  y  a  entre  les  lettres  des  ligatures  qui 
rappellent  les  alphabets  sémitiques  de  basse  époque.  Mais  l'architecture 
du  monument  déroute  entièrement;  elle  rappelle  plutôt  ces  pastiches 
que  le  moyen  âge  a  produits  en  si  grand  nombre. 

Il  en  est  de  même  d'un  second  monument  planche  II:  également 
publié  par  Grosson.  C'est  un  autel  supporté  par  un  lion  et  un  sphinx. 
Sans  doute,  rien  n'est  plus  fréquent,  dans  l'antiquité,  que  de  voir  des 
autels  entre  des  lions.  La  côte  de  Phénicie,  Byblos,  l'ile  de  Chypre  en 
fournissent  de  nombreux  exemples.  Mais  la  disposition  est  autre.  Ici 
encore  l'aspect  du  monument  n'est  pas  encourageant  et  nous  impose 
une  grande  réserve. 

Les  antiquités  encore  actuellement  existantes  sont  :  i°  47  stèles  qu'on 
a  découvertes  lorsqu'on  a  fait  la  rue  Impériale  ;  20  le  tarif  des  sacrifices. 
Les  stèles  reproduisent  toutes,  sauf  une,  le  même  thème.  Une  niche  avec 
un  petit  banc  sur  lequel  est  assise  une  femme,  vêtue  d'une  longue  robe. 
Le  tout  est  à  peine  dégrossi.  M.  l'abbé  Barges  donne  comme  certaine 
leur  provenance  phénicienne.  En  tous  cas  elles  ne  rappellent  en  rien 
les  ex-voto  phéniciens  connus  jusqu'à  ce  jour.  Il  est  d'ailleurs  difficile 
de  se  prononcer  à  distance  sur  des  monuments  aussi  grossiers,  et  dont 
la  reproduction  laisse  peut-être  à  désirer.  M.  Conze,  qui  les  avait  déjà 
publiés  à  YArchœologische  Zeitung  en  1866,  en  a  donné  des  reproductions 
qui  s'écartent  beaucoup  de  celles  de  M.  l'abbé  Barges.  Le  jugement  qu'il 
en  porte  n'est  pas  moins  différent.  Personne,  d'après  lui,  n'hésitera  à  y 
reconnaître  la  main  d'un  artiste  de  basse  époque  romaine.  Ce  sont  des 
monuments  qui  rappellent  l'art  grec  d'Asie-Mineure  et  plus  spécialement 
les  stèles,  trouvées  dans  le  temple  de  Milet,  qui  sont  aujourd'hui  au 
British  Muséum.  Sur  ce  point,  d'ailleurs,  M.  Conze  ne  fait  que  suivre 
l'opinion  précédemment  émise  par  M.  de  Longpérier  devant  l'Académie 


288  Bibliographie. 

des  inscriptions.  D'après  M.  de  Longpérier,  nous  aurions  là  l'image  de  la 

grande  Diane  de  Marseille,  qui  avait  son  temple  à  Notre-Dame  de  la 

Garde. 

Un  seul  de  ces  monuments  s'écarte  du  type  ordinaire.  Il  représente 
un  personnage  non  pas  assis,  mais  debout,  et  les  bras  levés.  Là,  il  est 
vrai,  nous  avons  affaire  à  un  type  qui  n'est  pas  ordinaire  en  Grèce  ;  pour 
le  retrouver,  dit  M.  Conze  lui-même,  il  faut  remonter  jusqu'aux  plus 
anciens  monuments  de  l'art  grec.  Au  contraire,  il  est  d'un  usage  cons- 
tant sur  les  monuments  carthaginois,  même  de  basse  époque.  Mais  là 
encore  on  peut  voir  combien  il  faut  user  de  prudence.  D'après  M.  Bar- 
ges, c'est  un  homme  vêtu  d'une  espèce  de  juste-au-corps  ;  d'après 
M.  Conze,  c'est  une  femme,  qui  porte  la  robe  retroussée  par  devant  jus- 
qu'à la  ceinture.  L'attitude  de  ce  personnage  ne  suffit  pas,  à  nos  yeux, 
pour  le  faire  décorer  du  nom  de  Baal-Ammon ,  et  pour  faire  attribuer 
tout  cet  ensemble  de  monuments  aux  Phéniciens,  surtout  quand  des 
hommes  dont  l'autorité  fait  loi  en  archéologie  considèrent  ces  monuments 
comme  grecs. 

Il  n'y  a  donc,  dans  tout  le  midi  de  la  France,  qu'un  seul  monument 
dont  l'origine  phénicienne  soit  hors  de  doute,  c'est  le  tarif  des  sacrifices 
de  Marseille. 

Voilà  un  monument  capital,  qui  a  tous  les  caractères  de  l'authenticité. 
Malheureusement,  sa  provenance  est  moins  certaine  ;  et.  ce  qui  la  rend 
douteuse,  c'est  l'importance  de  ce  texte  et  sa  ressemblance  extrême  avec 
trois  ou  quatre  inscriptions  de  la  même  catégorie  qui  proviennent  de 
Carthage.  La  table  des  sacrifices  de  Marseille  est  la  sœur  des  tarifs 
presque  identiques  qu'on  a  trouvés  sur  l'emplacement  de  Carthage.  Les 
formules  et  les  prescriptions  sont  les  mêmes,  l'écriture  est  la  même. 

Il  y  a  là  un  problème  qui  n'est  pas  encore  entièrement  résolu  ;  mais 
ce  qu'on  peut  affirmer  avec  une  entière  certitude,  c'est  que  cette 
inscription  n'est  pas  antérieure  à  l'arrivée  des  Phocéens.  Elle  n'est 
certainement  pas  plus  ancienne  que  le  111e  siècle  avant  J.-C;  peut-être 
est-elle  plus  récente.  Si  donc  elle  est  réellement  de  Marseille,  il  faut 
admettre  que  les  Phéniciens  y  ont  eu,  sous  la  domination  grecque, 
une  colonie  et  un  temple.  Mais  nous  sommes  bien  loin  de  la  thèse  de 
M.  l'abbé  Barges. 

La  preuve  la  plus  solide  de  l'existence  d'une  colonie  carthaginoise  à 
Marseille  est  peut-être  encore  celle  qui  résulte  du  passage  de  Thucydide 
que  M.  l'abbé  Barges  a  pris  pour  devise  de  son  volume  :  <I>or/.asTç  — 
MaaaakicN  c*.y.içcv7sç,  Ka:-/r(sovbuç  èv£y.(ov  vau(Jux)(oGvTeç  (Bell.  Pelop. 
I,  13).  Ce  passage  prouve  que  les  Carthaginois  avaient  des  prétentions 


Bibliographie.  289 

sur  la  côte  dont  les  Phocéens  s'étaient  emparés.  Un  fait  semble  confir- 
mer cette  hypothèse  ;  c'est  que  toutes  ces  localités  d'origine  phénicienne 
que  nous  avons  passées  en  revue,  Monaco,  Alonis,  Ruscino,  sont  appe- 
lées des  villes  des  Massaliotes.  Les  Massaliotes  grecs  entretenaient  donc 
des  relations  suivies  avec  ces  comptoirs  phéniciens;  ces  comptoirs  étaient 
même  jusqu'à  un  certain  point  sous  leur  dépendance.  Cela  permet  de 
supposer  qu'à  Marseille  aussi  les  Carthaginois  avaient  des  intérêts,  et 
partant  une  colonie. 

En  résumé  :  on  ne  possède  pas  un  seul  monument  qui  atteste  la  pré- 
sence des  Phéniciens  à  Marseille  avant  l'arrivée  des  Phocéens.  Cela 
n'aurait  rien  d'étonnant;  les  monuments  phéniciens  de  cette  époque  sont 
extrêmement  rares.  On  attache  souvent  à  tort  une  idée  d'antiquité  exa- 
gérée aux  inscriptions  phéniciennes  ;  la  plupart  de  celles  que  nous  possé- 
dons sont  des  derniers  siècles  avant  l'ère  chrétienne  ;  bien  peu  remontent 
au  delà  du  ve.  Aucun  auteur  ancien  ne  connaît  cette  colonie  ;  c'est  ce 
qu'on  peut  dire  de  plus  grave  contre  son  existence.  Marseille  n'a  fourni 
qu'une  seule  inscription,  et  elle  est  de  l'époque  grecque,  si  tant  est  qu'il 
faille  la  considérer  comme  venant  de  Gaule.  En  trouvera-t-on  d'autres  ? 
Il  faut  l'espérer.  Si  on  pouvait  déblayer  tout  le  sol  à  une  profondeur  de 
vingt  mètres,  on  découvrirait  des  trésors  d'antiquités;  mais  ce  travail, 
difficile  au  milieu  de  ruines  abandonnées,  devient  impossible  dans  un 
pays  où  le  sol  vaut  de  l'argent,  et  il  faut  attendre  les  découvertes  du 

hasard  des  démolitions. 

Philippe  Berger. 


Les  Potiers  allobroges.  Méthodes  des  sciences  naturelles  appliquées 
à  l'archéologie,  par  Gabriel  de  Mortillet.  Annecy,  1879,  in-4°; 
37  pages,  2  planches. 

Le  musée  de  Saint-Germain,  grâce  à  l'obligeante  intervention  de 
M.  l'abbé  Cérès,  s'est  enrichi  de  tout  le  produit  des  premières  fouilles 
de  Bannassac.  M.  de  Mortillet  a  étudié  avec  soin  les  sigles  imprimés  sur 
ces  poteries  et  en  a  dressé  un  catalogue  qui  forme  la  première  partie  de 
son  mémoire.  Viennent  ensuite  des  considérations  générales  sur  les 
formes  et  les  signatures  des  bols  dits  samiens,  une  monographie  des 
produits  du  briquetier  Clarianus,  et  enfin  une  étude  tout  à  fait  spéciale 
des  vases  en  terre  grise  portant  sous  le  fond  une  marque  circulaire  en 
relief,  vases  auxquels  l'auteur  donne  le  nom  de  poteries  allobroges. 

Je  ne  puis  me  défendre  de  relever  une  assertion  inscrite  en  tête  de  ce 
travail.  L'auteur  paraît  croire  que  l'archéologie  serait  restée  fort  arriérée 


290  Bibliographie. 

si  les  études  préhistoriques  n'étaient  pas  venues  lui  tracer  une  nouvelle 
voie  en  remplaçant  la  vieille  routine  par  les  méthodes  rigoureuses  et 
précises  des  sciences  naturelles.  C'est  une  manière  de  voir  qu'il  m'est 
impossible  de  partager.  Il  y  a  longtemps  que  des  méthodes  précises  sont 
appliquées  à  l'archéologie  et  à  l'histoire.  Les  bénédictins  n'ont  pas 
attendu  le  mouvement  actuel  pour  recueillir  des  chartes  et  en  tirer  leurs 
admirables  livres  remplis  d'une  critique  si  sûre,  et  quand  les  grands 
épigraphistes  des  xvie,  xvne  et  xvme  siècles  réunissaient  et  classaient 
patiemment  les  textes  lapidaires  rendus  à  la  lumière,  ils  n'avaient  pas  eu 
besoin  pour  adopter  ces  méthodes  d'assister  à  la  naissance  de  l'école 
préhistorique. 

Je  demande  à  faire  une  autre  observation  au  sujet  des  termes  proposés 
pour  distinguer  les  époques  auxquelles  se  rapportent  les  produits  céra- 
miques de  la  Gaule  romaine.  Evidemment  l'auteur  voulait  choisir  des 
termes  sur  lesquels  tout  le  monde  se  trouverait  d'accord  :  je  crois  qu'il 
n'a  pas  réussi.  La  raison  mise  en  avant  pour  expliquer  l'expression 
époque  lugdunienne  est,  selon  moi,  insuffisante.  Quant  à  l'expression 
époque  champ  dolienne,  outre  que  le  second  mot  est  inexactement  formé, 
car  on  le  fait  dériver  de  champs-dolants,  il  est  au  moins  fâcheux  de 
l'employer  quand  il  s'agit  du  ive  siècle,  puisque  le  nom  de  lieu  dit  Champ- 
dolent  ou  Champ-dolant  ne  se  rencontre  pas  avant  le  xme.  Du  reste, 
l'auteur  fera  bien  de  revoir,  pour  une  prochaine  édition,  le  paragraphe 
qui  contient  l'exposé  de  cette  division,  car  il  contient  une  grosse  hérésie 
impossible  à  expliquer  autrement  que  par  une  évidente  distraction. 

M.  de  Mortillet  n'a  pas  abordé  l'étude  de  la  transcription  des  marques 
de  potier,  mais  il  a  réuni  des  éléments  suffisants  pour  la  tenter.  Il  me 
permettra  de  lui  soumettre  à  ce  sujet  quelques  réflexions  ;  j'y  ajou- 
terai des  indications  relatives  à  plusieurs  exemplaires  qui  lui  sont  restés 
inconnus. 

P.  8  et  10.  PERRIMM.  — On  a  trouvé  en  Angleterre  une  poterie 
portant  PERTVLM1,  qui  paraît  être  une  mauvaise  lecture  de  la 
même  marque.  Le  musée  britannique  possède  :  PERRVSF,  Perrus f[ecit) . 
Il  me  semble  donc  vraisemblable  qu'il  faut  lire  ici  Perri  m(anu),  la  der- 
nière lettre  restant  inexpliquée  ;  ou  Perri  man(u)  en  considérant  le  dernier 
caractère  (M)  comme  un  monogramme  de  AN.  L'exemplaire  de  Windisch 
que  M.  Mommsen  a  publié  avec  la  mention  «  lectio  certa  est  »  porte 
PERRIMN  qui  se  prêterait  mieux  à  ma  lecture  :  Perri  m[a\n[u). 

P.  9.  FIVL1AEM.   L'exemplaire  cité  par  Tudot  et  portant  OFIV- 

1.  The  Journal  of  the  British  Archaeological  association,  vol.  Vil,  p.  100. 


Bibliographie.  291 

LIAEM  doit  se  lire  certainement  :  of(ficina)  Juli[i)  Aem[iliani) .  Il  est 
probable  que  la  lettre  initiale  n'a  pas  été  imprimée  suffisamment  pour 
être  reconnue  sur  l'exemplaire  du  musée  de  Saint-Germain. 

P.  13  et  1$.  RVIRIO.  Je  pense  qu'il  s'agit  ici  du  vase  trouvé  rue 
Gay-Lussac  en  1868,  dont  les  reliefs  représentaient  un  homme  nu  sur 
un  socle,  deux  sangliers,  un  cheval,  un  chasseur  tenant  une  lance. 
M.  Damour  a  découvert  à  Brou  ',  en  1870,  un  fragment  de  vase  sem- 
blable avec  la  marque  RVTRIO  très  visible. 

P.  18.  L-GELLI 

L-SEMPR 

Les  marques  publiées  par  Fabroni,  Riccio  et  Gozzadini  n'ont  rien  de 
commun  avec  celle-ci  dont  j'ai  vu  une  variante  à  Clermont-Ferrand  chez 
M.  Grange.  Sur  cette  variante  les  noms  ne  sont  pas  dans  le  même 
ordre  : 

L-SEMPR 
L-GELLI 

En  outre  dans  SEMPR,  les  lettres  M  et  P  sont  conjuguées.  Il  faut 
lire  :  L[ucii)  Sempr(onii),  L(ucii)  Gelli[i).  Ce  sont  deux  fabricants  associés. 

P.  19  et  20.  CLARIANVMADA.  C'est,  je  pense,  cette  marque  qui  a 
suggéré  à  M.  de  Mortillet  la  pensée  que  «  Clarianus  s'était  adjoint  des 
membres  de  sa  famille  ou  des  associés,  comme  Numadus  et  A.  Decius.  »  Je 
ne  vois  pas  clairement  par  quelle  opération  on  peut  arriver  à  former  le 
mot  Numadus  avec  les  éléments  que  présente  cette  empreinte  et,  en 
outre,  à  faire  de  ce  Numadus  l'associé  de  Clarianus.  Clarianus  était  un 
esclave  et  par  conséquent  n'avait  pas  de  famille.  Quant  à  A(ulus)  Decius 
Alpinus,  ce  n'était  pas  son  collaborateur,  c'était  son  maître.  C'est  ce 
que  démontre  de  la  façon  la  plus  évidente  la  brique  qui  porte 
CLARIANVS 
A-DECI- ALPIN 
marque  qu'il  faut  traduire  :  Clarianus  (esclave)  d'Aulus  Decius  Alpinus. 
C'est  absolument  certain  ;  il  suffit  d'avoir  l'habitude  des  empreintes  sur 
briques  trouvées  à  Rome  pour  en  être  convaincu.  J'ai  eu  l'occasion,  dans 
une  récente  brochure,  de  citer  des  faits  analogues  en  m'occupant  des 
esclaves  qui  dirigeaient  les  briqueteries  de  la  famille  Domitia2.  Dans 
CLARIANVMADA  les  trois  dernières  lettres  sont  les  initiales  des  trois 
noms  du  propriétaire  de  la  fabrique,  A(ulus)  D[ecius)  A{lpinus).  Artaud  et 

i.  L.  Damour,  Les  fouilles  de  Brou  en  1870,  p.  14  et  pi.  I,  n°  35. 
2.  Sur  quelques  briques  romaines  du  Louvre  (lettre  à  M.  le  directeur  de  l'école  fran- 
çaise de  Rome),  Paris,  1880. 


292  Bibliographie. 

M.  de  Boissieu  ont  fait,  pour  expliquer  ces  trois  lettres,  les  plus  éton- 
nantes suppositions'. 

P.  24.  CATISIVS'F.  Il  est  nécessaire  d'ajouter  à  la  liste  qui  accom- 
pagne cette  marque  que  toutes  les  empreintes  de  C/ATISIVS  SABI- 
NVS  sont  placées  sur  les  lèvres  de  jattes  ou  de  terrines  en  poterie  blanche, 
et  non  pas  en  poterie  noire  comme  l'empreinte  de  Vienne.  Dès  l'année 
1820,  M.  le  baron  Chaudruc  de  Crazannes  avait  signalé  une  signature 
de  CATISIVS  SABINVS  sur  un  vase  de  terre  cuite  du  cabinet  de  M.  de 
Saint-Amans,  à  Agen2. 

P.  24.  CIVLSFE  (les  lettres  V  et  L  sont  conjuguées).  La  lecture 
CILVS  est  inadmissible  et  ne  repose  sur  aucune  base.  Il  faut  la  rejeter. 
On  pourrait  la  comprendre,  sans  toutefois  l'accepter,  si  L  lié  avec  V 
était  ouvert  du  côté  de  I,  mais  c'est  le  contraire  qui  a  lieu  :  l'ouver- 
ture de  L  est  tournée  du  côté  de  S.  Il  devient  donc  certain  qu'on  a 
sous  les  yeux  l'abréviation  très  répandue  en  Gaule  du  gentilicium 
WLnus .  Dans  le  plus  grand  nombre  de  cas,  ce  gentilicium  est  précédé 
du  prénom  C(aïus)  :  la  marque  de  Vienne  en  offre  un  nouvel  exemple. 
La  lettre  S  qui  précède  l'abréviation  du  mot  FE(cif)  est  la  lettre  initiale 
du  cognomen  du  potier.  Les  surnoms  commençant  par  la  lettre  S  sont 
trop  nombreux  pour  qu'il  soit  possible  d'interpréter  ce  sigle  avec  certi- 
tude ;  cependant  il  est  bon  de  remarquer  que  si  ce  potier  se  contentait 
d'indiquer  son  cognomen  par  une  seule  lettre,  c'est  qu'il  était  très  connu 
à  Vienne  et  qu'il  suffisait  d'une  lettre  pour  le  désigner.  Or  parmi  les 
fabricants  de  poterie  noire,  celui  dont  les  produits  sont  le  plus  répandus 
à  Vienne  est  SEVVO .  ainsi  qu'on  peut  le  constater  sur  l'excellent 
tableau  dressé  par  M.  de  Mortillet.  Toutes  les  marques  de  C(aîus) 
Juliusi  S.  proviennent  aussi  de  Vienne.  J'en  conclus  qu'on  peut  proposer 
la  lecture  C  mus)  Jul(jus)  S  evvo\  [?]  fe^cif),  en  faisant  cependant  suivre  le 
cognomen  du  signe  de  l'incertitude.  La  comparaison  attentive  des  monu- 
ments qui  portent  la  signature  de  Sevvo  et  de  ceux  qui  portent  la  marque 
que  nous  étudions  pourrait  seule  faire  avancer  la  question.  Prière  aux 
archéologues  et  conservateurs  de  musées  qui  possèdent  des  poteries  avec 
ces  différentes  marques  de  vouloir  bien  les  examiner  et  les  comparer. 

P.  35.  FEBRI5CVS.  C'est  évidemment  une  mauvaise  lecture  pour 
PRISCVSFE;  l'inscription  étant  circulaire,  M.  Comarmond  n'a  pas  su 
trouver  le  commencement.  Je  ne  vois  pas  pourquoi  on  hésiterait  à  classer 
cet  exemplaire  avec  les  autres  marques  de  Prisais. 


1.  Voir  Boissieu,  Inscriptions  antiques  de  ia  ville  de  Lyon,  p.  437. 

2.  Mémoire  sur  quelques  antiquités  de  la  ville  d'Agen,  p.  13. 


Bibliographie.  293 

P.  37.  Je  puis  ajouter  quelques  documents  au  tableau  déjà  très  inté- 
ressant dressé  par  l'auteur  : 

1.  [«v]VO-FECIT.  Légende  circulaire  en  relief  autour  d'un 
groupe  de  petits  globules  sous  le  fond  d'un  débris  de  vase  en  terre 
noire.  Musée  d'Arles. 

2.  PRISCVSFE.  Légende  circulaire  en  relief,  sous  le  fond  d'un 
vase  en  terre  noire.  Musée  d'Arles. 

3.  QVINTVS-F-.  Légende  circulaire  en  relief  sous  le  fond  d'un 
vase  en  terre  noire  ;  chaque  lettre  est  surmontée  d'un  petit  globule. 
Musée  d'Arles. 

4.  NOSTER-F.  Légende  circulaire  en  relief  sous  le  fond  d'un  vase 
en  terre  noire,  appartenant  au  R.  P.  Thédenat,  de  l'Oratoire,  direc- 
teur du  collège  de  Juilly.  Provient  de  Feurs. 

5.  SEV.O-FEC.  Légende  circulaire.  Fouilles  de  Brou  en  1870  '. 
Les  trois  marques  du  musée  d'Arles  proviennent  de  la  collection  Jac- 

quemin.  Il  n'est  donc  pas  certain  qu'elles  aient  été  trouvées  dans  la 
localité  ;  elles  peuvent  avoir  été  achetées  ailleurs  par  cet  amateur.  Mais 
la  marque  de  Brou  découverte  par  M.  Damour  prouve  que  ces  poteries 
grises  à  marques  circulaires  et  en  relief  sous  le  fond  ont  pénétré 
au  nord-est  jusqu'à  ce  point  (p.  33).  En  somme,  pour  ce  qu1 
concerne  les  poteries  en  question,  M.  de  Mortillet  a  réuni  de  très  bons 
documents  et  en  a  tiré  des  conclusions  auxquelles  je  m'associe  pleine- 
ment. Ces  poteries  ont  été  fabriquées  dans  le  pays  même  où  on  les  ren- 
contre et  cette  fabrication  a  eu  lieu  dès  les  premiers  temps  de  l'occupa- 
tion romaine.  J'ajouterai  même  un  argument  purement  épigraphique  pour 
appuyer  la  dernière  de  ces  conclusions  ;  cet  argument  ne  s'applique  du 
reste  qu'à  une  marque  déterminée.  Sur  la  pi.  II,  fig.  1 1,  est  dessinée 
une  empreinte  de  PRISCVS  F  ;  la  forme  des  caractères  de  la  légende 
permet  de  la  faire  remonter  aux  temps  de  la  République. 

Une  dernière  observation  en  terminant  au  sujet  de  Q/uintus)  Verrius 
Achillaeus  :  Mascuriscus  était  non  seulement  le  gérant  de  la  fabrique, 
mais  l'esclave  d'Achillaeus,  et  la  marque 

QVERRI  ACHILLAEI 

MASCVRICVSFEC 
doit  se  transcrire  :  QÇuinti)  Verri'ij  Achillaei  Mascuricus  (servus)  fec(it). 

Ant.    HÉRON    DE   VlLLEFOSSE. 


1.  Voir  la  brochure  de  M.  L.  Damour,  pi.  I,  n"  37. 

Rev.Celt.  IV  20 


294  Bibliographie. 

Old  Celtic  Romances,  translatée!  from  the  Gaelic  by  P.  W.  Joyce,  LL. 
D.,  T.  C.  D.;  M.  R.  I.  A.  London,  Kegan  Paul  and  Co,  1879, 
xx-420  p.  pet.  in-8. 

Ce  charmant  volume  nous  paraît  destiné  à  rendre  à  la  littérature  irlan- 
daise le  service  que  les  Mabinogion  de  Lady  Guest  ont  rendu  à  la  littéra- 
ture galloise.  En  effet,  il  fera  connaître  au  public  tous  les  jours  plus 
nombreux  qui  s'intéresse  à  la  littérature  héroïque  et  légendaire,  non  pas 
toutes  les  anciennes  légendes  de  l'Irlande  ce  qui  serait  une  tâche 
immense!/,  mais  quelques-unes  d'entre  elles,  choisies  parmi  les  plus 
intéressantes  et  les  plus  caractéristiques.  Outre  l'attrait  que  présentent  la 
fable  et  les  incidents  du  récit,  ces  légendes  ont  aussi  le  mérite  de  nous 
arriver  souvent  sous  une  forme  ancienne,  datée,  dès  le  xne  siècle  avec  le 
Leabhar  nu  h-Uidhri,  par  les  mss.  qui  les  renferment. 

Un  certain  nombre  de  ces  légendes  ont  déjà  été  publiées,  mais,  comme 
le  remarque  justement  M.  J.,  dans  des  recueils  spéciaux,  peu  connus  en 
dehors  du  petit  monde  des  celtistes,  et  dans  des  traductions  littérales 
qui  étonnent  et  rebutent  le  lecteur  ordinaire.  M.  J.  les  présente  au 
grand  public  sous  une  forme  qui  lui  permette  de  les  apprécier,  c.-à-d. 
sous  une  forme  littéraire,  donnant  l'esprit  du  récit  sans  s'astreindre  à  en 
reproduire  les  phrases,  rétablissant  parfois  l'ordre  logique  des  incidents 
quand  il  est  interverti  par  un  narrateur  inexpérimenté  et  empruntant 
l'aide  de  la  poésie  pour  rendre  avec  charme  les  passages  rhythmés  de 
l'original. 

La  parfaite  connaissance  que  M.  J.  a  de  la  langue  irlandaise  et  qu'il  a 
montrée,  entre  autres  publications,  par  ses  remarquables  études  sur  les 
noms  de  lieux  en  Irlande  (cf.  Rev.  celt.,  I,  160,  et  II,  500),  lui  a  permis 
de  traiter  ce  sujet  d'une  façon  indépendante  des  textes  déjà  publiés  et 
traduits.  Il  l'a  montré  en  traduisant  directement  sur  les  mss.  un  des  plus 
curieux  récits  de  son  volume,  le  voyage  de  Maildun,  donné  d'une  façon 
fragmentaire  dans  le  Leabhar  na  h-Uidhri  et  d'une  façon  complète  dans 
le  ms.  de  Lecan.  Il  a  également  traduit  sur  des  mss.  l'histoire  du  palais 
enchanté  des  Frênes  et  celle  du  Garçon  Paresseux.  Les  mss.  d'où 
sont  tirées  ces  deux  dernières  histoires  sont  modernes  :  mais  on  sait  que 
le  cycle  héroïque  et  légendaire  de  l'ancienne  Irlande  s'est  conservé  sous 
forme  orale  jusqu'à  notre  époque  même. 

Les  autres  récits  de  ce  volume,  comme  l'histoire  des  enfants  de  Lir, 
celle  des  enfants  de  Turenn,  etc.,  étaient  déjà  connus  des  celtistes  ;  mais 
ceux-là  même  les  reliront  avec  plaisir  dans  l'agréable  rédaction  de  M.  J. 
«  J'ai,  dit  M.  J.,  essayé  de  raconter  ces  histoires  comme  j'imagine  que 


Bibliographie.  295 

les  vieux  shanachies  conteurs  les  auraient  dites  s'ils  avaient  parlé  anglais 
au  lieu  de  gaélique.  »  Ainsi  présentée,  cette  romanesque  et  féerique 
littérature  se  lit  avec  autant  de  plaisir  qu'un  volume  de  contes,   -  et  en 

effet  ce  sont  des  contes. 

H.  G. 


British  Goblins  :  Welsh  Folk-Lore,  Fairy  Mythology,  Legends, 
and  Traditions.  By  Wirt  Sikes,  United  States  Consul  for  Wales. 
With  Illustrations  by  J.  H.  Thomas,  xvi-412  p.  in-8.  Londres,  Samp- 
son  Low,  1880.  —  Prix  18  sh.  (22  fr.  50). 

Les  superstitions,  traditions  et  usages  populaires  ont  perdu  beaucoup 
de  terrain  en  Galles  dans  le  courant  de  ce  siècle,  mais  pourtant  sans  dis- 
paraître. La  respeciability  les  cache  plus  qu'elle  ne  les  détruit,  et  dès 
qu'un  Gallois  observateur,  exempt  de  préjugés,  a  voulu  observer  et  noter 
ce  qu'il  voyait,  il  a  recueilli  des  faits  intéressants.  Plusieurs  collections 
de  ce  genre  ont  déjà  été  publiées,  mais  elles  sont  aujourd'hui  à  peu  près 
introuvables  :  peu  facilement  accessibles,  quoique  pour  d'autres  raisons, 
sont  les  articles  disséminés  sur  ce  sujet  dans  les  revues  galloises. 

Un  Américain  établi  à  Cardiff  comme  consul  des  États-Unis  pour  le 
pays  de  Galles,  M.  Wirt  Sikes,  s'est  intéressé  à  ce  sujet.  Il  a  réuni  ce 
qu'il  avait  lu  sur  ces  questions,  il  a  complété  ses  lectures  par  des 
recherches  personnelles,  et  le  résultat  de  son  travail  est  un  livre  qui  se 
lit  avec  plaisir,  et  qui  donne  une  bonne  idée  de  l'ensemble  des  traditions 
et  des  usages  traditionnels  du  pays  de  Galles. 

L'ouvrage  de  M.  S.  est  divisé  en  quatre  parties  :  I  les  fées,  II  les 
esprits,  III  les  coutumes,  IV  les  superstitions.  Les  deux  premières  occu- 
pent plus  de  la  moitié  du  volume.  On  regrette  que  la  dernière  partie  ne 
soit  pas  développée  à  l'égal  des  autres,  et  que  M.  S.  se  soit  borné  à 
certaines  classes  de  superstitions  :  il  eût  pu  l'augmenter,  même  en 
n'usant  que  de  faits  déjà  publiés.  Toute  une  mine  lui  a  échappé,  ce  sont 
les  notes  et  articles  publiés  il  y  a  vingt  ans  dans  le  Bryihon,  sous  le  titre 
de  Lien  y  Werin,  mot  ingénieusement  inventé  pour  traduire  le  mot  anglais 
Folk-lore. 

M.  S.  indique  presque  toujours  ses  sources.  Dans  quelques  cas  pour- 
tant (p.  ex.  p.  50,  $3,  62,  70,  76,  etc.),  il  néglige  de  dire  si  les  his- 
toires qu'il  rencontre  ont  été  recueillies  par  lui-même  comme  celles 
mentionnées  p.  92,  123,  etc.1,  ou  par  un  des  écrivains  qu'il  a  mis  à 
contribution.  L'utilité  de  ce  renseignement  serait  de  nous  dire  si  les 
histoires  et  par  conséquent  les  superstitions  qui  en  font  l'objet  sont  con- 


296  Bibliographie. 

temporaines  ou  déjà  anciennes.  —  La  critique  de  M.  S.  est  généralement 
sûre;  aussi  avons-nous  été  étonné  de  lui  voir  donner  place,  parmi  les 
faits  de  traditions  populaires,  aux  farces  druidiques  (p.  276-296)  imagi- 
nées par  cet  illuminé  qui  s'appelle  Myfyr  Morganwg,  et  qui  s'intitule 
«  archi-druide  de  l'ile  de  Bretagne  ». 

Les  ministres  protestants  et  principalement  dissidents  qui  régnent 
aujourd'hui  sur  les  âmes  des  Gallois  ont  fait  tout  leur  possible  pour 
détruire  la  tradition  et  les  usages  du  vieux  temps,  et  quand  ils  ne  le 
pouvaient,  ils  ont  fait  le  silence  autour  de  ces  restes  du  paganisme. 
Aussi  avons-nous  vu  avec  un  malin  plaisir  dans  le  livre  de  M.  S.  les  tours 
que  les  esprits  ont  joués  à  plusieurs  d'entre  eux,  notamment  l'histoire  du 
ministre  Baptiste  mis  en  fuite  par  un  bwbach,  sorte  de  lutin  familier 

(P-  3  0- 

Quelques  illustrations,  dues  au  crayon  de  M.  J.  H.  Thomas,  repré- 
sentent d'une  façon  assez  humouristique  des  scènes  fantastiques  racon- 
tées par  l'auteur.  Quelques  illustrations  sont  données  comme  faites 
«  d'après  d'anciennes  gravures  ».  Pourquoi  M.  S.  ne  dit-il  pas  qu'elles 
sont  prises  dans  le  vieil  ouvrage  de  Peter  Roberts  ? 

M.  S.  cite  quelquefois,  en  manière  de  comparaison,  des  superstitions 
yankees,  où  l'on  voit  bien  que  l'esprit  utilitaire  de  la  nation  américaine 
ne  détruit  pas  la  croyance  au  surnaturel. 

En  somme,  le  livre  de  M.  Wirt  Sikes  est  d'une  lecture  aussi  agréable 
qu'instructive  ;  il  comble  une  lacune  dans  la  littérature  du  Folk-Lore. 
Nous  nous  félicitons  que  les  hasards  de  la  carrière  diplomatique  aient 
amené  en  Galles  un  écrivain  doué  de  tant  de  sympathie  pour  les  tradi- 
tions celtiques. 

H.  G. 

Anciens  évêchés  de  Bretagne  :  évêché  de  Saint-Brieuc,  histoire  et 
documents  par  MM.  Geslin  de  Bourgogne  et  Anatole  de  Barthé- 
lémy. Saint-Brieuc,  F.  Guyon,  1855-1878,  6  vol.  in-8",  et  atlas- 
album  de  1  3  pi. 

Ces  six  volumes  qui  ont  paru  de  loin  en  loin  forment  une  étude 
complète  de  l'ancien  diocèse  de  Saint-Brieuc  au  triple  point  de  vue  ecclé- 
siastique, civil  et  féodal.  Il  est  évident  que  les  auteurs  avaient  rêvé, 
dans  le  principe,  de  s'occuper  des  autres  évéchés  bretons,  par  exemple 
de  Dol,  de  Tréguier  et  de  Saint-Malo,  mais  ils  avaient  trop  présumé  de 
leur  zèle  et  de  leur  bonne  volonté  ;  le  diocèse  de  Saint-Brieuc  leur  a 
fourni  une  telle  masse  de  documents  que  l'étude  de  ceux-ci  a  absorbé  la 
vie  de  l'un  d'eux. 


Bibliographie.  297 

C'est  qu'aussi  ils  voulaient  toucher  à  une  foule  de  points  passés 
sous  silence  par  les  bénédictins  qui  furent  les  premiers  historiens  de 
la  Bretagne  ;  espérons  que  l'œuvre  de  MM.  Geslin  de  Bourgogne  et  de 
Barthélémy  sera  continuée  un  jour.  Ils  ont  singulièrement  facilité  le  tra- 
vail de  leurs  successeurs  en  traitant  à  fond  plusieurs  questions  d'intérêt 
général. 

Tout  en  rappelant  le  jugement  porté  par  M.  d'Arbois  de  Jubainville 
sur  les  tomes  I  à  IV  de  cet  ouvrage  [Rev.  celt.,  III,  289),  nous  indique- 
rons brièvement  le  plan  suivi  par  les  auteurs. 

Les  deux  premiers  volumes  sont  consacrés  aux  évêques  de  Saint- 
Brieuc,  au  chapitre  cathédral,  aux  paroisses,  aux  communautés,  à  l'ad- 
ministration civile,  aux  grands  événements  politiques  du  diocèse  et  de  la 
ville  épiscopale.  Le  troisième  et  le  quatrième  volume  traitent  de  l'histoire 
monastique,  de  l'état  des  personnes  et  des  choses  en  Bretagne  pendant 
le  moyen  âge.  Les  deux  derniers  volumes,  qui  viennent  de  paraître, 
comprennent  l'histoire  des  fiefs  du  diocèse  et  des  ordres  religieux  et 
militaires. 

Ce  qui  donne  un  intérêt  hors  ligne  à  cet  ouvrage,  c'est  la  publication 
de  plusieurs  centaines  de  chartes  et  de  documents  inédits  qui  ajoutent 
une  riche  collection  de  textes  à  ceux  que  D.  Lobineau  et  D.  Morice  avaient 
précédemment  fait  connaître.  Les  auteurs  en  ont  profité  pour  élaborer 
une  étude,  non  encore  tentée,  sur  l'état  agricole,  industriel,  commercial 
de  la  province,  mais  il  y  a  encore  largement  à  glaner  après  eux.  Les 
savants  qui  s'occupent  d'onomastique  et  de  géographie  ancienne,  pour 
ne  citer  qu'un  exemple,  ne  manqueront  pas  d'y  avoir  souvent  recours. 

Ajoutons  qu'au  point  de  vue  archéologique,  MM.  G.  de  B.  et  de  B. 
n'ont  rien  négligé  pour  instruire  leur  lecteur  dans  un  style  qui  ne  le 
fatigue  pas  et  revêt  parfois  une  forme  assez  originale. 


Fantômes  bretons,  —  contes,  légendes  et  nouvelles,  par  E.  du  Laurens 
de  la  Barre,  i  vol.  in-12  de  253  pages.  Paris,  C.  Dillet,  1879.  ~~ 
Prix  :  3  fr. 

M.  Du  Laurens  de  la  Barre  avait  déjà  publié,  antérieurement  aux 
Fantômes  bretons,  des  Veillées  de  l'Armor,  légendes  bretonnes,  1  vol., 
en  1857,  et  Sous  le  Chaume,  récits  de  Bretagne,  1  vol.,   1865. 

Ces  trois  volumes  sont  conçus  à  peu  près  dans  le  même  esprit  et  selon 
la  même  méthode,  c'est-à-dire  avec  plus  d'imagination  et  de  fantaisie 
que  de  critique.  Je  me  rappelle  pourtant  avoir  lu  dans  les  Veillées  de 
l'Armor,  je  crois,  deux  ou  trois  récits,  le  Bassin  d'or,  entre  autres,  où 


298  Bibliographie. 

la  version  du  conteur  populaire  avait  dû  être  suivie  avec  une  fidélité  au 

moins  relative. 

M.  Du  Laurens  de  la  Barre  est  de  l'école  de  M.  de  la  Villemarqué. 
Comme  l'auteur  du  Barzaz-Breiz,  pour  les  chants,  il  arrange,  modifie  et 
décore  les  contes  et  les  légendes  des  paysans  bretons,  retranchant, 
ajoutant,  interpolant,  faisant  disparaître  tout  ce  qui  choque  le  goût  ou  la 
morale  et  visant  constamment  à  une  moralité  finale,  ce  dont  les  véritables 
récits  du  peuple  n'ont  ordinairement  aucun  souci.  La  moindre  tradition 
orale  qui  se  formule,  dans  la  bouche  du  pâtre  ou  du  mendiant  breton, 
en  quelques  phrases  bien  simples  et  qui  tiendraient  dans  une  seule  page, 
s'allonge  et  prend  chez  lui  des  développements  inattendus.  Je  le  soup- 
çonne, par  exemple,  d'avoir  mis  beaucoup  du  sien  dans  Trémeur  ou 
l'homme  sans  tête,  page  157,  et  dans  la  légende  du  DourdufT,  page  9. 
Il  emploie  volontiers  le  style  et  la  rhétorique  de  l'école  romantique  de 
1850,  quand  il  parle  de  fantômes,  du  diable  et  des  mœurs  féodales.  Une 
chose  qui  m'a  frappé,  dans  ce  livre,  c'est  que  les  contes  mythologiques, 
qui  sont  de  beaucoup  les  plus  nombreux,  dans  l'ancien  évêché  de  Tré- 
guier ,  tiennent  une  place  relativement  restreinte  dans  les  contes  et 
les  légendes  de  M.  Du  Laurens  de  la  Barre,  recueillis  pour  la  plupart  sur 
les  limites  du  pays  de  Léon  et  de  la  Cornouaille. 

Le  nom  d'Igilt,  que  l'auteur  donne  à  la  fille  du  seigneur  du  Dourduff, 
m'a  aussi  étonné  ;  ce  nom  n'est,  en  effet,  ni  breton  ni  irlandais,  et  je  ne 
pense  pas  que  M.  Du  Laurens  de  la  Barre  l'ait  rencontré  nulle  part  dans 
le  Finistère  ;  il  a  plutôt  une  tournure  germanique  ou  Scandinave. 

Le  volume  des  Fantômes  bretons  est  très  mélangé.  J'y  trouve  cinq 
contes,  en  y  comprenant  les  Poires  d'or,  page  113,  donné  sous  le  titre 
de  récit,  trois  légendes,  une  ballade  fantastique,  quatre  récits  d'impres- 
sions de  voyage  et  treize  petites  pièces  de  vers,  dont  neuf  sonnets. 

M.  Du  Laurens  de  la  Barre  conte  facilement  d'ordinaire,  agréable- 
ment et  avec  esprit,  trop  d'esprit  peut-être.  Je  ne  lui  ferai  d'autre 
reproche  que  de  manquer  parfois  de  la  simplicité  et  de  la  bonhomie  qui 
sont  le  principal  attrait  des  récits  vraiment  populaires.  Je  voudrais  le 
voir  réunir  en  un  seul  volume  ses  trois  recueils  des  Fantômes  bretons,  de 
Sous  le  Chaume  et  des  Veillées  de  l'Armor,  en  négligeant  les  parties  trop 
personnelles,  comme  les  impressions  de  voyage  et  les  poésies. 

F.-M.  Luzel. 


Bibliographie.  299 

Emgann  Kergidu  ha  traou-all  c'hoarvezet  e  Breiz-Izel  epad  dispac'h 
1793,  gant  Lan  Inisan,  belek...  Brest,  Lefournier.  2  vol.  in-8°,  313 
et  325  p.,  1877-78. 

Ces  épisodes  de  la  révolution  en  Bretagne  sont  attachants  en  eux- 
mêmes,  et  racontés  dans  un  style  qui  leur  prête  de  nouveaux  charmes. 
Le  brezonek  iac'h,  le  vrai  génie  breton  vit  et  respire  d'un  bout  à  l'autre 
de  l'ouvrage.  Le  dialecte  suivi  par  l'auteur  reproduit  avec  une  remar- 
quable exactitude  et  dans  toute  son  ampleur  majestueuse  le  langage  géné- 
ralement parlé  en  Léon.  Il  me  semble  cependant  obéir  à  une  prononcia- 
tion restreinte  et  due  à  l'influence  cornouaillaise,  quand  il  écrit  ezoum, 
izoum,  pour  ezom,  «  besoin  ».  Parfois  aussi  il  admet  des  mots  français  fort 
inutiles,  tels  que  jamez,  «  jamais  ». 

Bien  que  plus  étudié  que  les  autres  dialectes,  le  léonnais  ne  manque 
pas  de  faits  grammaticaux  et  d'expressions  à  recueillir.  Ainsi  l'emploi  de 
l'infinitif  au  lieu  de  l'impératif  y  est  très  étendu,  comme  en  petit  Tré- 
guier  :  digeri,  t.  II,  p.  165,  «  ouvrez  »  ;  staga  heman,  159,  «  attachez- 
le  »  ;  et  même  au  passé  :  beza  digaset  ganeoc'h,  t.  I,  170  «  [il  fallait  en 
apporter  avec  vous  ». 

Pour  le  vocabulaire,  je  citerai  efeeruz,  t.  I,  14,  «  curieux  »,  pron. 
efèruz  cf.  fr.  affairé?'  d'où  le  verbe  mond  da  efèruza,  «  aller  faire  son 
curieux  chez  les  autres)  ».  Ces  mots  sont  plus  nobles  que  leurs  syno- 
nymes konoc'huz,  konoc'hal,  également  usités  en  Léon.  —  Dremm  dilavet, 
49,  (f  visage  détrempé  ».  Ce  mot  dremm  vieillit,  mais  n'est  pas  inusité, 
comme  le  pense  M.  Troude.  On  le  trouve  encore,  t.  I  p.  39,  et  t.  II 
p.  22,  employé  concurremment  avec  son  trop  heureux  rival  bisach, 
bisaich.  Cf.  kerkoulz  dremm,  «  aussi  bon  visage,  »  Gwerziou  Breiz-Izel, 
t.  II,  p.  1 32. 

Emile  Ernault. 


Annaïk,  poésies  bretonnes  par  M.  N.  Quellien.  avec  une  lettre-pré- 
face par  M.  Ernest  Renan.  Un  vol.  in-12.  Paris,  Fischbacher,  1880. 

Nous  voyons  avec  plaisir  par  l'apparition  de  ce  charmant  volume  que 
la  poésie  bretonne  ne  meurt  pas  et  qu'il  se  rencontre  encore  quelques 
âmes  délicates  pour  chanter  leur  peine  dans  la  langue  de  leurs  aïeux. 
M.  Quellien  est  de  Tréguier  et  il  écrit  dans  ce  dialecte.  Afin  que  son 
œuvre  puisse  atteindre  un  public  plus  étendu,  il  a  publié  ses  poésies 
avec  une  traduction  française.  Son  volume  se  présente  avec  une  lettre 


300  Bibliographie. 

de  son  compatriote  M.  Renan,  lettre  qu'on  nous  saura  gré  de  repro- 
duire ici  : 

«  Cher  compatriote, 
«  Ainsi  grâce  à  vous,  notre  cher  pays  de  Tréguier  aura  son  poète  ;  et 
les  chants  que  vous  avez  au  coeur,  c'est  dans  notre  vieille  langue  bre- 
tonne que  vous  voulez  les  dire  d'abord.  Vous  avez  bien  raison.  La  poé- 
sie est  chose  du  passé  ;  il  est  des  temps  où  mieux  valent  les  morts  que 
les  vivants,  et  ceux  qui  ont  un  pied  dans  la  tombe  que  ceux  qui  naissent. 
Un  idiome  a  toujours  assez  vécu,  quand  il  a  été  aimé  et  que  de  bonnes 
études  philologiques  ont  fixé  son  image  pour  la  science,  comme  un  fait 
désormais  indestructible  de  l'histoire  de  l'humanité.  Les  poètes  et  les 
philologues  m'apparaissent  comme  les  embaumeurs  des  langues.  Leur 
approche  paraît  de  funèbre  augure  ;  mais  ils  conservent  pour  l'éternité. 
Chantez  donc,  cher  monsieur  Quellien,  chantez  harmonieusement,  dans 
notre  antique  dialecte  celtique,  pour  qu'un  jour  on  dise  de  lui  :  «  Il  dis- 
parut, selon  la  loi  de  toute  chose  ;  mais,  comme  il  eut  de  doux  accents 
avant  de  mourir  ! 

Votre  affectionné, 

E.  Renan.  » 

C'est  le  cas  de  citer  aussi  un  charmant  tercet  que  M.  Quellien  reçut 
un  jour  de  M.  de  la  Villemarqué  en  réponse  à  une  de  ses  poésies.  Il  y  a 
un  jeu  de  mots  sur  le  nom  de  M.  Quellien,  qui  signifie  «  mouche  »  en 

breton. 

Ha  Kelien  ouz  oc'h  a  rét  ? 

Kelien  morse  ne  moc'h  bét  ; 

Gwénanen  ne  lavrann  ket  ! 

Quellien  (mouche)  est-ce  votre  nom  ?  —  Mouche ,  jamais  vous 
n'avez  été  ;  —  Abeille,  je  ne  dis  pas  non  ! 


Le  culte  des  Matrae  dans  la  cité  des  Voconces  d'après  les  monuments 
épigraphiques,  par  M.  Florian  Vallentin.  32  p.  in-8°.  Paris,  Champion, 
1880. 

Les  inscriptions  votives  aux  Mères  du  pays  des  Voconces  ont  fourni  à  M.  V. 
l'occasion  d'une  savante  et  ingénieuse  dissertation  sur  ces  divinités  dont  il  avait 
déjà  parlé  ici  même  (voir  plus  haut,  p.  27).  Sa  conclusion  est  «  que  le  mot 
Malrœ  est  un  terme  générique  qui  embrasse  les  diverses  divinités  du  sexe  féminin 
dont  les  Gaulois  faisaient  leurs  esprits  protecteurs  et  dont  ils  peuplaient  les 
eaux  et  la  campagne  ». 


Bibliographie.  301 

Études  de  philologie  et  linguistique  aveyronnaises  par  D.    J. 

Durand  (de  Gros  .  102  p.  in-8.  Paris,  Maisonneuve,  1879.  Prix  :  2  fr. 

Ce  travail  a  trait  principalement  aux  noms  d'homme  et  de  lieu  dans  l'Aveyron. 
Il  nous  parait  fait  avec  méthode  :  l'auteur  a  pris  pour  point  de  départ  les 
grammaires  de  Zeuss  et  de  Diez.  L'élément  celtique  y  est  réduit  à  fort  peu  de 
chose,  et  on  pourrait  le  diminuer  encore.  Ainsi  M.  D.  (p.  6)  rattache,  mais 
comme  hypothèse,  le  nom  d'homme  Catusse  du  nom  gaulois  Catussa.  Mais  le  t 
du  gaulois  Catussa  aurait  disparu  comme  dans  Charges  de  Caturiges  et  Chaource 
de  Catussia. 

Loch  Etive  and  the  Sons  ofUsnach  with  illustrations,  London, 
Macmillan,  1879.  xj-376  p.  in-8. 

Livre  assez  étrange,  composé  de  dialogues  entre  différentes  personnes  qui 
font  ensemble  un  voyage  à  Loch  Etive  et  qui  causent  en  chemin  de  l'ancienne 
littérature  irlandaise  et  de  ses  rapports  avec  l'Ecosse. 

Au  moment  de  mettre  sous  presse,  nous  recevons  le  premier  fascicule  de  la 

Bibliographie  générale  des  Gaules,  répertoire  systématique  et 
alphabétique  des  ouvrages,  mémoires  et  notices  concernant  l'histoire,  la  topogra- 
phie, la  religion,  les  antiquités  et  le  langage  de  la  Gaule  jusqu'à  la  fin  du 
Ve  siècle,  par  M.  Ch.-Ém.  Ruelle,  bibliothécaire  à  la  bibliothèque  Sainte- 
Geneviève,  etc.,  ouvrage  honoré  d'une  médaille  de  l'Académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres,  xj-208  p.  gr.  in-8'. 

Nous  avions  déjà,  par  avance,  annoncé  cet  ouvrage  (cf.  Rev.  celt.,  II,  433, 
et  III,  147).  Il  comprendra  quatre  fascicules  qui  paraîtront  de  six  mois  en 
six  mois. 

Nous  en  rendrons  un  compte  détaillé  lorsqu'il  sera  achevé.  Pour  aujourd'hui, 
contentons-nous  de  dire  que  le  répertoire  de  M.  Ruelle  comprend  «  les  publi- 
cations faites  depuis  l'origine  de  l'imprimerie  jusqu'en  1870  inclusivement  »  et 
qu'il  se  compose  de  deux  parties  :  «  i°  un  catalogue  méthodique,  où  les  matières 
indiquées  sommairement  sont  disposées  de  façon  à  former,  suivant  le  cas,  des 
groupes  systématiques  ou  topographiques  ;  20  un  catalogue  alphabétique  donnant 
sous  le  nom  de  chaque  auteur  le  détail,  aussi  complet  que  possible,  de  ceux 
de  ses  travaux  qui  se  rapportent  à  nos  origines.  » 

Le  prix  de  l'ouvrage  complet  est  de  30  fr.;  on  souscrit  chez  l'auteur,  1,  rue 
de  Lille,  à  Paris,  et  aux  librairies  Dumoulin,  Champion  et  Firmin-Didot. 


CHRONIQUE 


La  Revue  épigraphique  du  midi  de  la  France.  —  Un  musée  gallo-romain  à 
Dornach  (Alsace).  —  Un  ancien  poème  français  sur  sainte  Nonne.  —  La 
poésie  à  la  Société  Celtique.  —  Une  poésie  de  M.  Milin.  —  Les  Causeries 
Bretonnes  de  M.  Le  Bos.  —  La  bibliothèque  galloise  de  M.  Robert  Jones. 
—  La  discorde  chez  les  celtophiles  de  Gratz.  —  Un  recueil  de  contes  de  la 
Haute-Bretagne.  —  Les  nouvelles  commissions  archéologiques. 


La  Revue  épigraphique  du  midi  de  la  France  qui  paraît  depuis  janvier  1878 
en  fascicules  minces,  mais  pleins  de  choses,  fait  le  plus  grand  honneur  et  à  son 
directeur,  M.  Allmer,  correspondant  de  l'Institut,  et  à  l'éditeur  de  province, 
M.  Savigné,  qui  en  supporte  généreusement  les  frais.  Le  midi  de  la  Gaule  est 
particulièrement  riche  en  monuments  romains,  et  la  matière  manque  d'autant 
moins  que  M.  Allmer  ne  se  borne  pas  à  publier  les  inscriptions  nouvelles  que  le 
hasard  fait  découvrir,  mais  qu'il  donne  une  édition  fidèle  et  exacte  de  celles  qui 
avaient  été  inexactement  publiées.  L'épigraphie  gallo-romaine  fournit  de  pré- 
cieux monuments  à  la  philologie  celtique  par  les  noms  d'hommes  et  de  divinités 
que  contiennent  les  inscriptions.  Aussi  convient-il  de  remercier  ici  MM.  Allmer 
et  Savigné  pour  leur  très  utile  entreprise. 


Si  la  précieuse  collection  d'antiquités  gallo-romaines  de  la  bibliothèque  de 
Strasbourg  a  péri  dans  le  bombardement  de  cette  ville  par  les  Allemands  en 
1870,  une  autre  collection  qui  n'est  pas  sans  importance  était  en  lieu  de  sûreté, 
c'est  celle  de  M.  Engel-Dollfus,  à  Dornach,  près  de  Mulhouse.  Les  antiquités 
autrefois  recueillies  par  le  Dr  Schnceringer,  de  Brumath  (Bas-Rhin),  ont  été 
fondues  dans  la  collection  de  Dornach.  M.  Engel-Dollfus  a  également  acquis  la 
collection  formée  par  M.  Napoléon  Niklès,   pharmacien  à  Beufeld  (Bas-Rhin). 

M.  Engel-Dollfus  a  fait  exécuter  une  magnifique  photographie  des  prin- 
cipaux monuments  figurés  de  sa  collection,  et  nous  le  remercions  d'avoir 
bien  voulu  nous  en  envoyer  un  exemplaire.  Nous  y  avons  remarqué  une  très 
belle  série  de  Mercures,  notamment  ceux  dont  Brambach  a  publié  les  inscrip- 
tions dans  son  Recueil  des  inscriptions  du  Rhin  sous  les  nos  1845,  1848-52, 
1854,  1855.  Il  peut  intéresser  les  archéologues  de  savoir  que  les  monuments  dont 


Chronique.  303 

Brambach  dit  «  possidet  Schnœringer  »  sont  maintenant  dans  la  collection  de 
M.  Engel-Dollfus  à  Dornach.  Nous  y  avons  remarqué  aussi  un  fragment  d'un 
groupe  représentant  un  cavalier  qui  terrasse  un  anguipède,  groupe  qui  appartient 
à  une  famille  de  monuments  étudiés  par  M.  Prost  (Revue  Archéologique  de  janvier 
et  février  1879)  à  l'occasion  de  la  découverte  de  Merten. 

Ce  musée  est  logé  dans  une  salle  de  l'édifice  que  M.  Engel-Dollfus  a  fait 
élever  à  ses  frais  et  qui  sert  à  la  fois  de  bibliothèque  populaire  et  de  lieu  de 
réunion  et  de  conférences  pour  les  habitants  de  Dornach.  Grâce  à  cette  géné- 
reuse initiative,  la  petite  commune  de  Dornach  n'a  rien  à  envier  à  sa  grande 
voisine  Mulhouse  pour  ce  qui  peut  répandre  l'instruction,  les  jouissances  de 
l'esprit.  Des  collections  scientifiques  d'une  utilité  plus  pratique  et  plus  locale 
s'ajoutent  au  musée  d'antiquités. 

Pour  être  certain  que  le  musée  archéologique  qu'il  a  formé  avec  tant  de  zèle 
lui  survive,  M.  Engel-Dollfus  vient  d'en  faire  don  à  la  ville  de  Mulhouse. 


On  a  découvert  dans  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Trêves,  employés  dans 
la  reliure  d'un  volume,  deux  morceaux  de  parchemin  qui  contiennent  un  frag- 
ment d'ancienne  poésie  française.  Le  nombre  des  vers  est  de  78,  en  strophes  de 
six  vers.  Il  y  est  question  d'un  homme,  d'une  femme  et  d'un  enfant.  L'homme 
va  trouver  le  Saint-Père  qui  l'envoie  en  Terre-Sainte  pour  faire  pénitence.  Quand 
il  revient,  sa  femme  a  accouché  en  son  absence  et  près  du  rocher  où  il  la  laissa 
il  trouve  un  enfant  jouant  sur  le  sable. 

Ce  fragment  a  été  publié  par  M.  Max  Keuffer,  professeur  à  la  Realschule  de 
Trêves,  dans  le  volume  publié  en  l'honneurdu  congrès  des  philologues  allemands 
qui  s'est  tenu  en  1879  à  Trêves  •.  M.  Keuffer  a  accompagné  ce  fragment  d'un 
commentaire  philologique  très  soigné,  et  il  suppose  que  l'auteur  de  ce  poème 
mutilé  est  Richard  Cœur-de-Lion.  Mais  ce  qui  nous  intéresse  est  le  sujet  même 
du  poème.  M.  Keuffer  pense,  et  avec  une  grande  vraisemblance,  que  ce  frag- 
ment appartient  à  une  histoire  rimée  de  sainte  Nonne  et  de  saint  David  son 
fils.  L'homme  est  le  roi  Cereticus  qui  fait  ce  pèlerinage  par  pénitence,  parce 
qu'il  a  abusé  de  sainte  Nonne.  Ce  fragment  ne  correspond  pas  à  un  passage 
précis  du  mystère  breton  de  la  vie  de  sainte  Nonne,  mais  il  appartient  à  ce 
cycle.  Cette  identification  fait  grand  honneur  à  la  perspicacité  de  M.  Max 
Keuffer. 


La  Société  Celtique  (cf.  p.  12$)  a  continué  ses  dîners  mensuels  pendant  l'hiver 
1879-80.  Des  poésies  bretonnes  y  ont  été  lues.  Nous  publions  la  suivante,  dont 

1.  Festschrift   zur   Begrûssung  der   XXXIV   Versammlung  deutscher   Philologen  und 
Schulmaenner.  Trier,  Lintz,  1879,  p.  147-183. 


}04  Chronique. 

l'auteur  est  M.  J.  Loth,  parce  qu'elle  est  écrite  phonétiquement  dans  le  dialecte 
de  l'auteur  et  qu'elle  offre  ainsi  un  intérêt  de  plus  aux  philologues.  M.  Loth 
est  de  Guéméné-sur-Scorff  (Morbihan),  c'est-à-dire  d'une  zone  où  l'on  parle 
un  vannetais  modifié  par  la  proximité  de  la  Cornouaille. 

I. 
E  Brèh-izél  peb-inon  wï  mignon  'n  è  or  zant  : 
E  peb  droug,  peb  melkoni,  doc'hton  enim  gwestlam. 

2. 
Gweh-erèl  n'èm  ke'  te  glac'h  zent  bro-Gall  pé  ko  Rom  : 
Hiriw  oll  e  wèm  galwet  Job  pé  Pèr  pé  Jerom. 

h 

Liessoc'h  neoac'h  a  han  zant  splan  e  kurun  on  bro 
Ewit  ne  bar  a  steren  tal  en  oabl  tro-ha-tro. 

4- 
Meid  pe  greskam  peurvuian  or  zant  Brèh  e  chuéjam; 
Tudal,  Malow  pé  Kadow,  Gwénolé  pé  Ronan. 

<>■ 

Goèharzé  wid  er  patron  :  hon  zént  zo  tostoc'h  d'im  : 
Hè  entent  gwèll  on  iez  :  ni  nouyam  ke'  latin. 

6. 
Chuéjet  e  d'ein  me  hani;  larein  ke'  toc'h  i  han, 
Ged  aon  n'èm  discleriekèc'h  d'en  otro  bèlyan. 

7- 
Kanet  enes  er  Itèrèk  e  réd  dré  on  c'hér  ni 
Ha  desket  enes  d'en  oll  han  i  dousék  Mari. 

8. 
Alaz,  marw  e  pell  dohom,  pell  bras  doc'h  er  Scorwék, 
Pell  zo  ma  dime'  Mari,  ancoèheit  er  c'hloèrek. 

9- 

M  tir  dan-mé  de  out  pinwik,  me  lakei  i  skeuden 
E  mein  kalet  Ker santon  dreist  mammen  en  awen. 

10. 

Pe  wèn-mé  melkoniet,  pé  pemes  keu  d'em  bro, 
I  spered  e  zo  genein  ag  e  za  ar  me  zro. 

1 1. 
N'esche'  pèll  haoal  oe  d'ein  in  gwelèn  glaharet, 
A  meh  de  houlen  get-on  pèrèk  oè  ken  chiffet. 

12. 

Lennet  e  pes,  eme-mé,  Annaïk  Kelien 
Ag  er  c'houn  a  Variék  newéa  o  anken 

Pell-zo  ma  lahet  en  tan  :  losk  er  ledu,  'me-yon  : 
Karanté  mem  bro  ém-kén  intana  me  halon. 


Chronique.  30$ 

«4- 

Pe  zelan-mé  dré  Paris,  a  bep  tu  e  welan 
Brediahow  a  bep  korn  Gall,  pep  iez  e  glawan. 

Alaz,  er  Vrèhis  ém-kén,  èl  berped  er  C'heltet 
E  chom  dizunvaniet,  hép  brediac'h  e  bet. 

16.  . 
Pe  gwiiant  er  vro,  zioac'h,  hè  ancoeha  Arvor, 
Er  vam-goc'h  e  chom  duhonî  dilézeî  tal  er  mor. 

17- 
Meid,  kembro,  'me-mé  doc'htu,  boud  ez  inon  neoac'h, 
Ag  e  zo  meurbe'  brudet,  'n  Aoal  han  er  vrediac'h. 

18. 
Didrouze'  t'ein,  eme-yon  :  pe  gomzér  brohonek, 
Oc'h  pén  'n  anter  anehè  en  im  lak  te  hoarhet. 

19. 
A  betrè  er  Normanet  èll  comz  doc'h  Bretonet  ? 
A  briz  er  jist,  malrezen,  pé  a  briz  er  c'hezek. 

20. 

—  Tawe\  tad,  ne  chiffe''  ket  :  or  vrediac'h  zo  zawet 
Léc'h  ne  ho  meit  Bretoned,  pé  marse,  Gwihèlet. 

21. 
Kèlted  kalonek  ém-kén  a  goèd  pé  a  galon. 

—  Han  pén-sturier  er  vrediac'h,  eme  er  Barz?  —  Renan. 

22. 
Neze  splanas  drem  er  Barz  :  «  Ne  glaskan  ke'  pelloc'h. 
Mil  benoèc'h  d'en  oll  breder  :  me  skient  e  ho  genoc'h.  » 

Le  signe  w  a  la  valeur  d'un  u  consonne  (u  français).  Les  e  non  accentués  se 
prononcent  e  muet. 

Dans  les  formes  en  ow,  ow  =  aou. 
Ou  et  u  comme  en  français. 
Ch  suivi  de  t  se  prononce  hic. 


En  Basse-Bretagne,  chacun  de  nous  a  pour  ami  un  saint  :  en  tout  mal,  tout 
chagrin,  c'est  à  lui  que  nous  nous  vouons. 

2. 

Autrefois  nous  n'allions  pas  chercher  les  saints  du  pays  de  France  ou  de 
Rome  :  aujourd'hui  nous  nous  appelons  tous  Joseph,  Pierre  ou  Jérôme. 

3- 
Et  cependant  plus  de  noms  de  saints  brillent  dans  la  couronne  de  notre  pays 
que  n'étincellent  d'étoiles  au  front  du  firmament. 


$o6  Chronique. 

4- 
Mais  quand  nous  grandissons,  c'est  un  saint  de  Bretagne  que  nous  choisis- 
sons :  Tugdual,  Malo  ou  Kado,  Gwénolé  ou  Ronan. 

S- 
Tant  pis  pour  le  patron  :  nos  saints  sont  plus  près  de  nous;  ils  comprennent 
mieux  notre  langage  :  nous,  nous  ne  savons  pas  le  latin. 

6. 
Moi  aussi,  j'ai   choisi  le  mien  ;  je  ne  vous  dirai  pas  son  nom,  de  peur  que 
vous  n'alliez  me  dénoncer  aux  messieurs  prêtres. 

7- 

Il  a  chanté  la  petite  rivière  qui  court  à  travers  notre  village  ;  il  a  appris  à 
tous  le  nom  de  sa  douce  Marie. 

8. 

Hélas,   il  est  mort  loin  de  nous,  loin  de  son  petit  Scorff;  Marie  est  mariée 
depuis  longtemps  et  a  oublié  son  clerc. 

9- 
Si  je  deviens  jamais  riche,  je  placerai  son  image  en  dur  granit  de  Kersanton 
par  dessus  la  source  de  la  rivière. 

10. 

Lorsque  je  suis  affligé  ou  que  j'ai  regret  à  mon  pays,  son  esprit  est  avec  moi 
et  m'assiste. 

1 1 . 

Il  n'y  a  pas  longtemps,  il  me  sembla  le  voir  affligé,  et  moi  de  lui  demander 
pourquoi. 

12. 

«  Vous  avez  peut-être  lu,  dis-je,  l'Annaïk  de  Quellien,  et  le  souvenir  de 
Marie  a  renouvelé  votre  chagrin.  » 

■3- 

—  Le  feu  est  mort  depuis  longtemps,  laisse  la  cendre,  dit-il  :  l'amour  de 
mon  pays  seul  enflamme  mon  cœur. 

14- 
Lorsque  je  regarde  à  travers  Paris,  de  tous  côtés  je  vois  des  sociétés  de 
tous  les  coins  de  la- France,  j'entends  tous  les  dialectes. 

Hélas,   les  Bretons  seuls,   comme  toujours  les  Celtes,  restent  désunis,  sans 
union  fraternelle. 

[6. 

Lorsqu'ils  quittent  le  pays,  ils  oublient  Armor,  la  vieille  mère  déchue,  là-bas, 
sur  les  bords  de  l'Océan. 

'7- 

—  Mais,  compatriote,  lui  dis-je,  il  y  en  aune  cependant  et  qui  fait  du  bruit: 
son  nom  est  la  Pomme. 

18. 

—  Ne  m'en  parle  pas,  répondit-il  ;  lorsqu'on  y  parle  breton,  plus  de  la  moitié 
de  la  société  se  met  à  rire. 


Chronique.  307 

'9- 
De  quoi  peut  parler  un  Normand  à  un  Breton  ?  Du  prix  du  cidre,  peut-être, 

ou  du  prix  des  chevaux. 

20. 

—  Tais-toi,  père,  ne  sois  pas  si  affligé  :  une  société  de  frères  s'est  formée, 
où  il  n'y  aura  que  des  Bretons  ou,  encore,  des  Gaëls. 

21. 
Des  Celtes  fervents  seulement  de  sang  ou  de  cœur.  —  Le  nom  du  président 

de  la  société?  —  Renan. 

22. 

Alors  le  visage  du  barde  s'éclaira  :  «  Je  n'en  demande  pas  davantage  :  mille 

bénédictions  à  tous  les  frères  :  mon  esprit  sera  avec  vous.  » 


A  l'occasion  de  la  famine  qui  a  désolé  cet  hiver  les  campagnes  d'Irlande,  un 
des  poètes  les  plus  distingués  de  la  Bretagne,  M.  G.  Milin,  a  publié  dans  un 
journal  de  Brest  (Y Océan  du  3  mars  ;88o)  une  poésie  que  nos  lecteurs  d'Irlande 
et  de  Bretagne  nous  sauront  également  gré  de  reproduire  : 

AR  CERNEZ  ENN  IRLAND 
Ton  kanîik  :  Va  Doue,  leun  a  drugarez. 

DISKAN 

Truezuz  eo  ar  c'hlemmou  a  zao  dreist  kroz  ar  mor, 
Klemmou  tadou  ha  mammou,  bugale  an  Arvor  ! 
Daoust  ha  n'ho  c'hlevit-hu  ket  dre  'n  avel  0  c'hervel, 
OcVz  ho  kervel,  Bretouned,  d'ho  rekour  kent  mervel  ? 

Pion  ho  kalv,  tud  kalounek?  Gant  an  tarz  e  diroll, 
Hag  eul  lestr  oc' h  ho  kerrek  ave  0  vont  da  goll, 
Pe  eur  vag  pesketerien,  hep  stur  na  roenv  e-bed, 
E-kreiz  an  denvalïjen,  a  ve  eat  d'ar  goeled  ? 

Nan,  gwasoc'h  kalz  eo  a  zo  :  tud  eurvro  holla-bez 
Eur  vro  gaer  evel  hor  bro,  enn-hi  tud  hep  danvez, 
Tud  paour  ha  tud  a  galoun,  tud  vad  ha  kristenien, 
Dare  da  vervel  gant  naoun,  a  c'houlen  aluzen. 

N'ema  ket  pell  ar  vro-ze  diouz  hor  bro,  Bretouned, 
Hon  aojou-ni  bep  mare  gant  ho  mor  zo  skoet, 
Hag  hon  tadou  gwechall-goz,  mignouned  ha  kerent, 
A  zo  eat  d'ar  Baradoz  diwar  galoun  ho  zent. 

Euz  a  vro  an  Irlanded  eo  bet  skignet  e  Breiz, 
Evel  goulaouen  ar  bed,  sklerijen  gaer  ar  feiz  ; 
Euz  a  vro  an  Irlanded,  n'euz  ket  a-veac'h  dek  vloaz, 
P'edomp  0  vervel  flastret,  hor  beuz  bet  harp  ha  skoaz. 


308  Chronique. 

Bezomp  d'hon  tro  kalounek,  diskoueiomp,  Breîouned, 
El  omp-ni  tud  anaoudek  kever  an  Irlanded  ; 
Pell  a  10  enn  dienei,  ma  ne  varvonî  brema, 
E  \arvint  gant  ar  gernei,  abari  nemeur  ama. 

Enn  ho  ziei  n'eui  eskenn,  bod  keuneud  d'ober  tan, 
Gant  an  naoun,  ar  ienien,  e  krenont  brai  ha  bian  ; 
Tadou,  mammou,  bugale,  10  ho  dillad  truillou, 
Ar  re  10  evit  baie,  a  10  evel  spesou. 

Ouspenn  an  naoun  10  c'houero  ;  ho  c'halounou  a  rann 
Pa  welont  a-zirai-ho  ho  lud  e-kreiz  pep  poan  ; 
An  tad  la  da  glask  eul  lec'h  distro  evlt  mervel, 
Ar  vamm  zo  penn  he  bron  sec'h  e  genou  he  bugel. 

Mervell  a  rank  gant  an  naoun,  mervel  gant  an  enkrei, 
E  kichen  dor  an  Zaoïoun,  dor  an  dud  digernei, 
An  Irlanded  kristenien,  laeret  ho  bro,  tud  keiz  ! 
Laeret  bara  ho  c'houeien...,  n'eo  bet  laeret  ho  feiz. 

Bretouned,  d'an  Irlanded  ro'it  buan  hag  affo  ! 
Naounegez  ne  c'hortoi  ket,  an  naoun  a  10  garo. 
Aluzen  ar  garantez  a  domm  ar  c'halounou, 
A  bella  pep  dlenez,  a  don  nerz  ar  poaniou. 

Bretouned  d'an  Irlanded,  ho  preudeur  peorien  geiz, 
Ho  kerent,  ho  mignouned  drear  galoun,  ar  feiz, 
Enn  hano  Doue,  hor  Zalver,  evit  en  em  vaga, 
Roïtdiwar  ho  tiouer  arc'hani  da  gaout  bara. 

Bretouned  d'an  Irlanded,  ho  preudeur  kristenien, 
Tieïen,  martoloded,  roït  holl  aluzen, 
Ha  diwar-n-hoc'h  ho  bennoz  a  zistroio  a-bell, 
Gwalennou  Doue  10  tost,  gwall  amier,  gwall  avel. 

LA  FAMINE  EN  IRLANDE. 

Des  cris  lamentables  retentissent  dominant  le  bruit  des  flots,  les  sanglots  de 
pères,  mères,  enfants,  s'élèvent  de  la  côte  !  A  travers  le  mugissement  de  l'orage 
n'entendez-vous  pas  appeler,  vous  appeler,  Bretons,  au  secours,  dans  l'agonie? 

Qui  donc  vous  appelle,  hommes  de  cœur  ?  Sous  la  fureur  des  vagues,  un 
vaisseau  courrait-il  se  briser  contre  les  écueils,  ou  une  barque  de  pêcheurs  sans 
gouvernail,  sans  avirons,  aurait-elle  sombré  dans  les  horreurs  de  la  nuit? 

Non,  non,  le  sinistre  est  encore  plus  affreux,  un  peuple  tout  entier,  un  pays 
beau  comme  le  vôtre,  des  hommes  infortunés,  gens  pauvres,  au  cœur  vaillant, 
une  nation  généreuse  et  chrétienne,  pressurée  par  la  famine,  vous  demande 
l'aumône. 

Ce  pays  n'est  pas  éloigné  de  l'Armorique;  Bretons,  nos  rivages  et  les  siens 
sont,  chaque  marée,  baignés  par  la  même  mer.  Jadis  nos  aïeux  et  leurs  aïeux, 


Chronique.  309 

parents  et  amis,  sont  entrés  au  Paradis  en  mourant  sur  le  cœur  des  saints 
d'Irlande. 

Du  pays  d'Irlande  sur  la  Bretagne  s'est  levé,  comme  un  astre  sur  le  monde, 
la  brillante  lumière  de  la  foi  ;  du  pays  d'Irlande,  il  y  a  moins  de  dix  ans,  quand 
nous  étions  écrasés,  mourants,  nous  avons  reçu  assistance  et  confort. 

Soyons  à  notre  tour  des  hommes  de  cœur,  montrons-nous,  Bretons,  recon- 
naissants envers  les  Irlandais  :  depuis  longtemps  dans  la  misère,  ceux  qui  n'ex- 
pirent à  cette  heure  mourront  par  la  famine  d'ici  à  peu  de  temps. 

Dans  leurs  demeures,  pas  un  morceau,  rien  pour  se  chauffer  :  de  faim  et  de 
froid  ils  grelottent,  grands  et  petits  ;  pères,  mères,  enfants  ne  sont  couverts 
que  de  haillons,  et  ceux  qui  tiennent  debout  ressemblent  à  des  fantômes. 

Outre  la  faim  cruelle,  la  douleur  déchire  leur  cœur  quand  ils  voient  devant 
eux  leurs  plus  chers  torturés  par  les  souffrances  ;  le  père  s'enfuit  et  cherche  un 
endroit  pour  expirer  à  l'écart,  et  la  mère  aux  lèvres  de  son  enfant  présente  une 
coupe  épuisée. 

Ils  doivent  mourir  de  faim,  ils  doivent  mourir  d'angoisses  à  la  porte  de  l'An- 
glais, à  la  porte  de  gens  sans  entrailles,  ces  Irlandais  catholiques  dont  les  champs 
ont  été  usurpés,  ces  infortunés  à  qui  l'on  a  ravi  le  pain  de  leurs  sueurs...,  mais 
leur  foi,  jamais. 

Bretons,  aux  Irlandais  donnez  sans  retard,  donnez  à  l'instant!  car  la  faim 
n'attend  pas,  la  faim  est  cruelle  ;  l'aumône  de  la  charité  réchauffe  les  cœurs, 
éloigne  la  misère,  adoucit  l'amertume  des  douleurs. 

Bretons,  aux  Irlandais,  vos  frères  pauvres  infortunés,  vos  parents,  vos  amis 
par  le  cœur  et  la  foi,  pour  Dieu,  pour  notre  Sauveur,  donnez  une  aumône  pour 
se  sustenter;  donnez  de  votre  pauvreté  un  sou  pour  avoir  du  pain. 

Bretons,  aux  Irlandais,  vos  frères  en  Jésus-Christ,  donnez,  laboureurs,  don- 
nez, marins,  une  aumône,  et  leurs  bénédictions  chasseront  loin  de  vos  têtes  les 
fléaux  menaçants  de  Dieu,  les  mauvaises  saisons,  les  tempêtes. 


La  Revue  a  parlé  précédemment  (t.  III,  p.  494)  des  Causeries  bretonnes  de 
M.  Le  Bos.  Cet  auteur  vient  de  lancer  un  prospectus  d'une  seconde  partie  de 
cet  ouvrage.  «  La  deuxième  livraison  des  Causeries  bretonnes,  dit-il,  beaucoup 
plus  importante  que  la  première,  est  sous  presse  en  ce  moment.  La  marche 
adoptée  pour  cet  ouvrage  est  bien  simple.  On  croirait  lire  un  feuilleton  à  la 
portée  de  tout  le  monde.  »  M.  Le  Bos  annonce  en  outre  qu'il  reconstituera  la 
langue  primitive  à  l'aide  du  breton.  «  Les  savants  de  nos  jours  n'y  ont  rien 
compris  jusqu'à  présent.  Nos  académiciens,  MM.  Littré,  Renan,  Jules  Simon, 
Hersart  de  la  Villemarqué,  n'y  ont  vu  que  du  feu.  »  Ce  prospectus  contient  le 
portrait  photographique  de  l'auteur,  pensif  et  le  menton  dans  sa  main  droite, 
avec  cette  inscription  au-dessous  :  Eugène  Le  Bos  dans  ses  réflexions  sur  la  langue 
primitive.  —  M.  Le  Bos,  19,  rue  Clauzel,  à  Paris,  envoie  libéralement  ce  pros- 
pectus à  toutes  les  personnes  qui  le  lui  demandent. 

Rev.  Celt.  IV  2  1 


310  Chronique. 

La  riche  bibliothèque  galloise  de  feu  M.  Robert  Jones  (cf.  p.  132)  a  été 
acquise  par  la  ville  de  Swansea,  où  elle  formera  une  sorte  de  Bibliothèque 
nationale.  A  cet  égard,  il  est  malheureux  qu'on  ait  négligé  de  mettre  dans  cette 
bibliothèque  et  qu'on  ait  laissé  vendre  aux  enchères  avec  les  livres  de  littérature 
de  M.  R.Jones  un  certain  nombre  d'ouvrages  irlandais  ou  gaéliques  fort  impor- 
tants, ou  même  des  livres  qui,  comme  le  dictionnaire  comique  de  M.  R.  Wil- 
liams, ont  leur  place  marquée  dans  une  bibliothèque  de  philologie  galloise. 


Il  s'est  fondé  à  Gratz,  en  Styrie  (Autriche),  une  Société  Anthropologique. 
On  nous  écrit  que  dans  ses  premières  séances  cette  Société  s'est  occupée  des 
origines  celtiques  et  des  noms  de  lieu  celtiques,  mais  que  la  discussion  a  été  si 
animée  et  si  orageuse  qu'un  des  membres  a  donné  sa  démission.  La  Société  de 
Gratz  devrait  prendre  pour  devise  :  Paix  sur  la  terre  aux  étymologistes  de  bonne 
volonté  ! 


Il  vient  de  paraître  à  la  librairie  Charpentier  un  recueil  de  contes  populaires 
de  la  Haute-Bretagne  de  M.  Paul  Sébillot  (xij-360  p.  in-12;  prix  :  3  fr.  50). 
Nous  en  rendrons  compte  dans  notre  prochain  numéro. 


La  Commission  de  la  topographie  des  Gaules  fondée  en  1858  par  l'empereur 
Napoléon  III  à  l'effet  d'étudier  la  géographie,  l'histoire  et  l'archéologie  natio- 
nale jusqu'à  l'avènement  de  Charlemagne  (voir  notre  article,  t.  II,  p.  504-6) 
vient  d'être  dissoute.  Elle  a  fait  place  à  une  autre  commission  qui  continue  la 
même  œuvre  sous  un  autre  nom,  et  avec  l'adjonction  de  quelques  nouveaux 
érudits.  Voici  en  quels  termes  la  naissance  de  cette  commission  est  annoncée 
dans  le  Journal  officiel  du  2  février  1880  : 

«  Par  un  arrêté  en  date  du  20  janvier,  une  commission  a  été  instituée  par  le 
ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts,  sous  le  titre  de  :  Commis- 
sion de  géographie  historique  de  l'ancienne  France. 

«  Cette  commission  aura  pour  mission  d'achever  les  travaux  commencés  par 
la  commission  de  la  topographie  des  Gaules  :  les  cartes  de  la  Gaule  indépen- 
dante, de  la  Gaule  soit  sous  la  domination  romaine,  soit  à  l'époque  franque  et 
téodale,  les  cartes  spéciales  indiquant  la  position  des  monuments  mégalithiques, 
les  découvertes  de  monnaies  gauloises,  les  bornes  milliaires,  les  diverses  couches 
ethniques  qui  ont  contribué  à  la  formation  de  la  nationalité  française.  Elle  devra 
aussi  terminer  le  catalogue  général  des  monnaies  gauloises  et  donner,  d'après 
les  nombreux  documents  recueillis,  une  édition  de  la  Notice  des  provinces  et  des 
cités  de  la  Gaule. 


Chronique.  3 1 1 

0  La  Commission  de  géographie  historique  de  l'ancienne  France  fera,  avec  le 
concours  des  correspondants  du  comité,  des  archivistes  et  des  instituteurs,  un 
relevé  de  tous  les  noms  de  lieux-dits  figurant  au  plan  cadastral  de  chaque  com- 
mune ;  elle  dressera  un  inventaire  des  pouillés,  pour  préparer  ultérieurement  un 
Corpus  général  des  pouillés  de  France,  et  recueillera  les  textes  itinéraires  du 
moyen  âge,  ainsi  que  les  dictons  relatifs  aux  régions,  aux  villes,  aux  vil- 
lages, etc. 

«  Elle  devra,  en  un  mot,  centraliser  tout  ce  qui  peut  toucher  à  la  topogra- 
phie historique  de  la  France  depuis  les  temps  les  plus  reculés  jusqu'en  1789. 

«  Sont  nommés  membres  de  cette  commission  : 

«  Président  :  M.  Henri  Martin,  membre  de  l'Académie  française,  sénateur. — 
Vice-président  :  M.  Léon  Renier,  membre  de  l'Institut.  — Secrétaires  :  MM.  Ana- 
tole de  Barthélémy,  membre  du  comité  des  travaux  historiques  ;  Alexandre 
Bertrand,  directeur  du  Musée  national  de  Saint-Germain. 

1  Membres:  MM.  Alfred  Maury,Ch.  Robert,  E.  Desjardins,  membres  de  l'Ins- 
titut ;  Aug.  Longnon,  répétiteur  de  géographie  historique  à  l'École  pratique 
des  hautes  études  ;  Ant.  Héron  de  Villefosse,  attaché  à  la  conservation  des 
monuments  antiques  au  musée  du  Louvre  ;  Hamy  (le  docteur),  aide-naturaliste 
au  muséum  d'histoire  naturelle  ;  G.  de  La  Noë,  chef  de  bataillon  du  génie, 
commandant  de  la  brigade  topographique  ;  E.  Muret,  bibliothécaire  au  cabinet 
des  médailles  de  la  Bibliothèque  nationale.  » 

Presque  au  même  moment,  le  ministre  de  l'instruction  publique,  sur  la  demande 
du  sous-secrétaire  d'état  chargé  des  beaux-arts,  créait  une  sous-commission  des 
monuments  historiques,  chargée  de  dresser  l'inventaire  des  monuments  mégali- 
thiques et  des  blocs  erratiques  de  la  France  et  de  l'Algérie.  Voici  en  quels  termes 
les  journaux  ont  annoncé  ce  fait  : 

«  Par  arrêté  du  ministre  de  l'instruction  publique,  une  sous-commission  des 
monuments  historiques  est  chargée  de  dresser  l'inventaire  des  monuments 
mégalithiques  et  des  blocs  erratiques  de  la  France  et  de  l'Algérie. 

«  Cette  sous-commission  est  composée  ainsi  qu'il  suit  : 

«  Président:  M.  Henri  Martin,  sénateur,  membre  de  la  commission  des  mo- 
numents historiques. 

«  Vice-présidents  :  MM.  Daubrée,  directeur  de  l'école  des  mines  ;  deMortillet, 
conservateur-adjoint  du  musée  de  Saint-Germain,  membre  de  la  commission  des 
monuments  historiques. 

«  Membres  :  MM.  Broca,  professeur  de  l'École  de  médecine,  secrétaire  général 
de  la  Société  d'anthropologie;  Cartaillac,  directeur  de  la  Revue  des  matériaux 
pour  l'histoire  de  l'homme,  à  Toulouse;  Chantre,  sous-directeur  du  musée  d'his- 
toire naturelle  de  Lyon  ;  Faisan,  géologue,  demeurant  à  Collonge-au-Mont- 
d'Or  (Rhône);  Leguay,  architecte,  membre  de  la  société  d'anthropologie; 
Pomel,  sénateur  de  l'Algérie  ;  Trutat,  conservateur  du  musée  d'histoire  natu- 
relle de  Toulouse  ;  Salmon,  archéologue,  membre  de  la  société  d'anthropologie; 
du  Sommerard,  directeur  du  musée  des  Thermes  et  de  l'hôtel  de Cluny,  membre 
de  la  commission  des  monuments  historiques. 


j  1 2  Chronique. 

«  Secrétaire  :  M.  Viollet-le-Duc,  chef  de  bureau  et  secrétaire  de  la  commission 
des  monuments  historiques. 

«Secrétaires-adjoints  :  MM.  Lucien  Pâté,  sous-chef  de  bureau,  secrétaire- 
adjoint  de  la  commission  des  monuments  historiques  ;  Demanget,  sous-chef  de 
bureau,  archiviste  et  2e  secrétaire-adjoint  de  la  commission  des  monuments 
historiques.  » 

Au  premier  abord,  il  semblait  que  la  sous-commission  des  monuments  mégali- 
thiques était  chargée  de  reprendre,  pour  une  partie  du  moins,  les  travaux  de 
l'ancienne  Commission  de  la  topographie  des  Gaules.  Pour  faire  disparaître  cette 
équivoque,  «  M.  le  ministre  de  l'instruction  publique  et  des  beaux-arts,  désirant 
que  les  travaux  de  la  commission  de  géographie  historique  de  l'ancienne  France 
et  ceux  de  la  sous-commission  de  l'inventaire  des  monuments  mégalithiques  et 
des  blocs  erratiques  de  France  et  d'Algérie  concourent  au  même  but,  en  utilisant 
pour  la  science  les  recherches  spéciales  de  chacune  d'elles,  a  nommé  M.  A.  de 
Barthélémy  membre  de  la  seconde,  afin  de  faciliter  les  communications  réci- 
proques des  deux  commissions.  » 

Ainsi  donc  la  Commission  de  géographie  historique,  commission  permanente, 
continuera  le  Dictionnaire  d'archéologie  celtique  sur  le  plan  suivi  dans  le  tome  I  ; 
la  sous- commission  des  monuments  mégalithiques,  essentiellement  temporaire, 
s'occupera  exclusivement  d'établir  la  statistique  complète  de  ces  monuments  et 
de  désigner  à  l'attention  du  gouvernement  ceux  qui  par  leur  importance  méritent 
d'être  conservés  et  protégés  contre  toute  tentative  de  destruction. 

H.  G. 


NÉCROLOGIE. 

Nos  lecteurs  n'ont  pas  oublié  la  liste  des  noms  supposés  gaulois  des  inscrip- 
tions latines  que  le  général  Creuly  a  donnée  au  précédent  volume  de  notre 
Revue.  L'absence  d'un  Corpus  des  inscriptions  gallo-romaines  rend  cette  liste 
d'autant  plus  précieuse  parce  qu'elle  fait  connaître  des  noms  conservés  dans  ces 
inscriptions.  Cette  liste  a  été  la  dernière  œuvre  du  général  Creuly  :  et  nous 
pouvons  dire  aujourd'hui  que  le  mauvais  état  de  sa  santé  défaillante  ne  lui  avait 
pas  permis  de  corriger  les  épreuves  de  la  seconde  partie;  c'est  ce  qui  explique 
l'absence  de  références  pour  quelques  noms  de  la  liste.  —  Nous  reproduisons 
ci-après  la  notice  nécrologique  que  lui  a  consacrée  le  Polybiblion  : 

«  M.  Casimir  Creuly,  né  à  Cherbourg  le  14  novembre  1795,  est  décédé  à 
Paris  le  14  juin  1879.  Il  était  commandeur  de  la  Légion  d'honneur,  officier  de 
2e  classe  de  Charles  III,  officier  de  l'instruction  publique  et  général  de  brigade. 
Entré  à  l'École  polytechnique  en  1813,  le  général  Creuly  sortit,  après  de  bril- 
lantes études,  dans  l'arme  du  génie;  il  fut  chargé  de  missions  importantes,  par- 
ticulièrement au  Sénégal,  et  conquit  en  Algérie,  à  la  suite  de  plusieurs  expédi- 
tions, les  grades  de  lieutenant-colonel,  de  colonel  et  de  général  de  brigade  ;  il 
avait,  en  1823,  pris  part  à  la  campagne  d'Espagne. 


Nécrologie.  3  1 3 

«  A  dater  de  1857,  époque  à  laquelle  il  entra  dans  le  cadre  de  réserve, 
M.  Creuly  se  livra  avec  ardeur  à  l'étude  de  l'histoire,  de  l'archéologie,  de  la 
géographie  et  de  l'épigraphie  antique  ;  le  goût  de  l'épigraphie  lui  avait  été  ins- 
piré pendant  son  séjour  en  Afrique,  où,  malgré  ses  occupations  multipliées,  il 
avait  recueilli  de  précieuses  et  nombreuses  notes.  Il  appartenait  à  la  Société  des 
Antiquaires  de  France  dont  il  fut  président,  et  à  la  Commission  de  la  topogra- 
phie des  Gaules  à  titre  de  vice-président.  —  Voici  les  principales  publications 
qu'il  a  laissées  :  Les  Quinquégentiens  et  les  Babares,  anciens  peuples  d'Afrique  ;  — 
Copie  rectifiée  du  militaire  de  Tongres  ;  —  Les  descendants  immédiats  d'Eporédorix  ; 
—  Quelques  difficultés  du  deuxième  livre  des  Commentaires  de  César,  étudiées  sur  le 
terrain  ;  —  Etudes  sur  les  musées  de  Beaune  et  de  Dijon  ;  —  Quatre  inscriptions 
funéraires  de  l'époque  mérovingienne  ;  —  Un  nouveau  pagus  gallo-romain;  —  La 
carte  des  Gaules  :  examen  des  observations  auxquelles  elle  a  donné  lieu  ;  —  Gué 
antique  dans  le  lit  de  la  Mayenne  ;  —  Estampille  du  dolium  du  musée  d'Alger  ;  — 
Sur  une  inscription  antique  trouvée  à  Vieux  en  1 864  ;  —  Note  sur  l'authenticité  du 
nom  de  famille  Jallius  ;  —  Inscriptions  récemment  découvertes  en  Algérie;  —  Etude 
sur  l'Aquitaine  des  Romains  ;  —  Inscription  funéraire  de  Tarbes.  Tous  ces  travaux 
ont  paru  dans  la  Revue  archéologique.  M.  Creuly  a  donné,  en  outre,  un  travail 
sur  Uxellodunum,  dans  la  Revue  des  sociétés  savantes  ; —  un  mémoire  sur  l'Inscrip- 
tion de  Torigny,  dans  les  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France;  —  un 
Catalogue  des  noms  propres,  présumés  gaulois,  dans  la  Revue  Celtique.  —  Enfin,  il 
avait  entrepris  la  traduction  des  Commentaires  de  César  ;  on  regrette  qu'il  n'ait 
paru  que  le  premier  volume  de  cet  excellent  ouvrage  (en  collaboration  avec 
M.  Al.  Bertrand),  1  vol.  in-8,  Paris,  Didier).  » 

—  L'œuvre  de  la  mort  est  plus  triste  encore  quand  elle  frappe,  non  plus  un 
homme  chargé  d'années  comme  le  général  Creuly,  dont  la  vie  a  été  active  et 
féconde  presque  jusqu'à  son  dernier  jour,  mais  de  jeunes  hommes  qui  dispa- 
raissent sans  avoir  pu  réaliser  la  promesse  de  leur  talent.  Tel  a  été  le  cas  de 
notre  excellent  ami  M.  Charles  de  Gaulle,  né  le  31  janvier  1837,  mort  à 
Paris  le  i"  janvier  1880.  M.  Charles  de  Gaulle  avait  été  frappé  de  paralysie 
presque  au  sortir  de  l'adolescence.  Ce  triste  état  ne  l'avait  pourtant  pas  empê- 
ché de  s'adonner  à  l'étude  et  son  goût  l'avait  porté  vers  les  langues  celtiques  ; 
sans  quitter  Paris  où  son  infirmité  précoce  le  tenait  cloué  sur  son  fauteuil,  il 
avait  appris  le  breton  au  point  d'en  faire  sa  seconde  langue  maternelle.  Il  a 
même  écrit  plusieurs  poésies  bretonnes  ;  la  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée  en  a 
donné  une  dans  son  numéro  de  mai  1864;  les  poètes  bretons  le  regardaient 
comme  un  des  leurs  et  le  traitaient  en  confrère,  et  l'on  peut  voir  dans  leurs 
œuvres  plus  d'une  pièce  dédiée  à  celui  qui,  jouant  sur  un  nom  prédestiné  aux 
études  celtiques,  avait  pris  le  spirituel  nom  de  plume  Barz  Bro  C'hall  «  le 
barde  du  pays  de  Gaule  ».  M.  Charles  de  Gaulle  avait  acquis  du  gallois  une 
connaissance  presque  aussi  étendue  qui  étonnait  les  Gallois  dont  il  recevait  la 
visite  à  Paris. 

En  1864  il  avait  publié  dans  la  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée  une  série  d'ar- 


$14  Nécrologie. 

ticles  qui  ont  été  réunis  en  une  forte  brochure  sous  ce  titre  :  Les  Celtes  au 
XIXe  sikle  ;  appel  aux  représentants  actuels  de  la  race  celtique  (64  p.  in-8). 
M.  Charles  de  Gaulle  rêvait  la  résurrection  des  langues  celtiques  comme 
langues  littéraires  et  nationales,  et  l'union  des  peuples  celtiques  en  une  sorte 
de  fédération  morale.  Aussi  a-t-il  pris  une  part  active  à  la  préparation  du  con- 
grès celtique  international  qui  se  tint  à  Saint-Brieuc  en  1867.  Il  est  inutile  de 
dire  ici  les  nombreuses  causes  pour  lesquelles  de  semblables  projets  devaient 
rester  le  rêve  et  l'illusion  de  quelques  généreux  esprits. 

C'est  seulement  dans  un  domaine  moins  étendu  que  ce  mouvement  de  renais- 
sance pouvait  se  produire.  Il  se  manifesta  en  Bretagne  par  la  fondation  du  jour- 
nal breton  Feiz  ha  Breiz  et  par  l'établissement  d'une  sorte  de  société  des  poètes 
bretons  sous  le  nom  de  Breuriez  Breiz  «  Confrérie  de  Bretagne  »  avec  le  nom 
illustre  de  M.  de  la  Villemarqué  à  sa  tête.  A  vrai  dire,  nous  ne  croyons  pas 
que  cette  société  ait  jamais  fait  autre  chose  que  provoquer  l'éclosion  de 
poésies,  que  les  membres  du  cercle  se  dédiaient  et  se  lisaient  les  uns  aux  autres. 
Ce  n'était  pas,  comme  l'avait  espéré  M.  Charles  de  Gaulle  qui  fut  secrétaire  de 
cette  société,  un  foyer  de  lumières  pour  la  Bretagne,  l'aurore  d'une  nouvelle  litté- 
rature celtique,  c'était  plutôt  un  modeste  feu  de  Vestales.  Il  s'éteignit  pourtant; 
des  bardes  qui  devaient  l'entretenir,  les  uns  moururent,  les  autres  se  brouillèrent, 
et  la  Breuriez  Breiz  n'est  plus  depuis  longtemps  qu'un  souvenir  ! 

A  ce  propos,  on  ne  nous  saura  pas  mauvais  gré  de  reproduire  ici  quelques 
vers  bretons  de  notre  ami.  Nous  les  empruntons  à  la  pièce  mentionnée  plus  haut 
et  qui  était  dédiée  aux  poètes  de  Bretagne  : 

Ann  hini  a  reaz  ar  zon-man, 
A  reer  a-vro-c'hall  anezhan  ; 
Hogen  breizad  eo  a  galon  : 
Roït  d'ezhan  eunn  hano  gwirion. 
—  He  gorf  e  Bro  C'hall  'zo  dalc'het  ; 
He  spered  a  vad  n'ema  ket, 
Nizal  'ra  trezek  Breiz-Izel 
Bemdeiz,  bemnoz,  a  denn  askel. 

Celui  qui  a  fait  cette  chanson  —  S'appelle  de  Gaulle;  —  Mais  il  est  de  Bre- 
tagne par  le  cœur  ;  —  Donnez-lui  le  nom  qu'il  mérite.  —  Son  corps  est  retenu 
en  Gaule;  —  Mais  certes  son  esprit  ne  l'est  pas  ;  —  Il  vole  vers  la  Basse- 
Bretagne  —  Tous  les  jours,  toutes  les  nuits,  à  tire  d'ailes. 

C'est  au  moment  de  l'épanouissement  de  la  Breuriez  Breiz  que  M.  Charles  de 
Gaulle  publiait  dans  la  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée  (n°  d'octobre  1865)  un 
article  sur  le  mouvement  de  renaissance  de  la  littérature  bretonne  où  il  donnait 
aux  écrivains  bretons  des  conseils  très  sages  sur  l'orthographe  de  leur  langue. 
Il  le  complétait  l'année  suivante  (n°  d'août  1866,  p.  89-103)  par  une  revue  des 
plus  récentes  productions  de  la  littérature  bretonne,  principalement  dans  le 
domaine  de  la  poésie1. 

1 .  C'est  M.  Ch.  de  Gaulle  qui  se  chargea  de  mettre  en  breton  la  bulle  lneffabilis,  lorsque 


Nécrologie.  }i$ 

A  ce  moment  déjà  se  ralentit  l'activité  littéraire  de  M.  Charles  de  Gaulle.  Il 
n'écrivit  plus  dès  lors  que  de  rares  articles,  la  plupart  fort  courts  :  faisons  une 
exception  pourtant  pour  son  étude  sur  l'Epilogue  à  l'Art  chrétien  de  M.  Rio,  qui 
parut  encore  dans  la  Revue  de  Bretagne  et  de  Vendée  de  1872  1.  Raconter  la 
vie  et  les  œuvres  de  M.  Rio,  c'était  pour  notre  ami  raconter  une  page  de 
l'histoire  de  Bretagne  qui  lui  était  chère,  de  la  Bretagne  catholique  et  royaliste 
du  commencement  de  ce  siècle.  Dans  cet  article  même  il  nous  dit  que  c'est  la 
lecture  de  La  petite  Chouannerie  de  M.  Rio  qui  lui  donna,  encore  écolier,  l'amour 
de  la  Bretagne  et  le  désir  d'apprendre  le  breton.  Citons  encore  l'article  que 
M.  Charles  de  Gaulle  écrivit  ici  même  (t.  II,  p.  265)  sur  un  supplément  aux 
Dictionnaires  bretons.  Ce  furent,  croyons-nous,  les  dernières  lignes  sorties  de 
sa  plume.  Son  infirmité  faisait  chaque  année  de  nouveaux  progrès  :  tout  en 
gardant  la  lucidité  d'esprit  qui  ne  l'a  pas  quitté  jusqu'à  sa  dernière  heure, 
tout  en  suivant  avec  amour  le  progrès  des  études  celtiques  et  la  destinée 
des  peuples  néo-celtiques,  la  force  lui  manquait  déjà  pour  produire  et  pour 
faire  œuvre  d'écrivain.  Il  faisait  des  projets,  mais  il  ne  pouvait  les  réaliser.  Par 
les  rares  qualités  de  son  esprit,  par  sa  facilité  d'assimilation,  par  la  finesse  et 
la  perspicacité  de  son  jugement,  il  eût  été,  si  la  force  et  la  santé  ne  lui  avaient 
fait  défaut,  un  de  ceux  qui  auraient  fait  le  plus  honneur  aux  études  celtiques 
en  France,  comme  il  avait  été  un  des  premiers  à  s'y  consacrer. 

Bien  que  nous  ne  devions  apprécier  que  l'œuvre  scientifique  chez  ceux  dont 
nous  dressons  ici  la  liste  nécrologique,  déjà  bien  longue  hélas  !  on  nous  per- 
mettra de  dire  un  mot  de  plus  sur  celui  qui  était  pour  nous  un  ami  et  souvent 
un  conseil.  Le  charme  de  ses  relations,  la  sûreté  de  son  amitié,  la  douceur  de 
son  caractère,  le  courage  chrétien  avec  lequel  il  supportait  son  infirmité  et  ses 
souffrances,  laisseront  une  impression  ineffaçable  à  ceux  qui  ont  eu  le  privilège 
de  connaître  de  près  Charles  de  Gaulle  et  d'apprécier  à  sa  juste  valeur  cette 
âme  d'élite. 

—  M.  l'abbé  Henry,  né  le  14  décembre  1803  à  Mellac  (Finistère),  mort  le 
12  février  1880  à  Quimperlé.  M.  l'abbé  Henry  était  regardé  comme  un  des 
plus  fins  connaisseurs  et  des  meilleurs  écrivains  de  la  langue  bretonne.  Voici  la 
liste  de  ses  principaux  ouvrages  que  nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  Audran, 
de  Quimperlé  : 

i°  Eunn  Dibab  Toniou  evit  kanaouennou  santel  ha  gwersiou  Breiz-izel  lakeat  war 
Gan-Pleumenset  gand  an  aotrou  Iann-Wilhou  Herry,  belek.  ESant-Briec,  in-8°, 
Prudhomme,  1842. 

20  Buez  hor  zalver  Jesuz-Krist  great  gant  komzou  ar  pevar  avieler.  E  Kemperlé, 
Moulet  é  ti  Guffanti-Breton,  1858. 

30  Kantikou  eskopti  Kemper  ha  Léon.  Choaztt  ha  renket  dre  ghemenn  ann  aotrou  n 

l'abbé  Sire,  du  séminaire  de  Saint-Sulpice,  imagina  d'envoyer  au  pape  Pie  IX  la  traduc- 
tion en  300  langues  et  dialectes  de  la  bulle  qui  proclamait  le  dogme  de  Plmmaculée- 
Conception. 

1.  Le  tirage  à  part  forme  une  brochure  de  38  pages  in-8'. 


5 1 6  Nécrologie. 

eskop  R.  N.  Sergent,  Quimperlé,  Th.  Clairet,  1864  (c'est  une  2e  édition  d'un 
recueil  publié  à  Saint-Brieuc  en  1842  sous  le  titre  de  Kanaouennou  Santel  dilen- 
net  ha  rcizct  evit  escopti  Kemper\.  A  la  suite  de  l'édition  de  1864  on  trouve  Eunn 
dibab  Ton'iou  (1842)  avec  supplément  (Kresk)  de  1864. 

4°  Buez  an  duk  a  Vourdel  Herri  V.  Kemperlé,  Moulet  e  ty  Th.  Clairet,  1872. 

L'abbé  Henry  a  de  plus  publié  en  1849  à  Quimperlé,  chez  Guffanti-Breton, 
une  traduction  de  la  Genèse,  et  en  1861,  dans  la  même  ville,  chez  Clairet,  une 
traduction  de  l'Exode,  l'une  et  l'autre  en  breton. 

—  On  annonce  aussi  la  mort,  à  Dublin,  de  M.  Joseph  O'Longan,  scribe 
irlandais  attaché  aux  travaux  de  l'Académie  royale  d'Irlande,  et  l'auteur  des 
fac-similés  du  Leabhar  na  h-Uidhri,  et  du  Leabhar-Breac  publiés  par  cette  Aca- 
démie. 

—  M.  François  Stark,  bibliothécaire  de  l'École  polytechnique  de  Vienne, 
né  à  Kruman,  en  Bohême,  le  17  janvier  1818,  mort  à  Vienne  le  27  mars  1880. 
M.  Stark  était  connu  des  philologues  par  un  livre  qu'il  publia  en  1868  sur  les 
noms  familiers  des  anciens  Germains  (Die  Kosenamen  der  Germanen) .  Vers  la  même 
époque,  il  avait  publié  dans  les  comptes-rendus  de  l'Académie  de  Vienne,  sous 
le  titre  de  Keltische  Forschungen,  une  série  d'études  sur  les  noms  celtiques  con- 
tenus dans  le  Verbrùderungsbuch  de  Saint-Pierre  de  Salzbourg  et  dans  le  Codex 
traditionum  ccclcsiœ  Ravennatensis.  Dès  lors  il  s'enfonça  dans  ses  études  onomas- 
tiques  avec  une  telle  ardeur  et  un  tel  acharnement  au  travail  que  sa  santé  y 
succomba  et  qu'il  fut  atteint  en  1876  d'une  maladie  cérébrale.  Il  se  survécut 
quatre  ans.  —  Le  maître  de  l'onomastique  gauloise,  Gluck,  est  aussi  mort  pré- 
maturément, et  d'une  névrose  amenée  par  l'étude.  L'onomastique  celtique  serait- 
elle  donc  l'antre  de  Trophonius? 

H.  G. 


P.  181, 
P.  188, 

P.  189, 


P.  190, 
P.  196, 


POPULAR  TALES  OF  IRELAND. 

FURTHER    ERRATA. 

.  1 6,  read  :  faid  fi'ge 
.  $  from  the  bottom,  read  :  Oranmore 
ast  line,  read  :  certain 
foot-note,  1.  1,  read  :  reaper 
.  6,  read  :  Tollius  ...  Fortuita  ...  Amstelodami. 
.il,  read  :  Catulli,  XXXII. 
ast  line,  read  :  lore 

.  4  from  the  bottom,  read  :  «  meadow-sweat  »  or  «  maid-sweat  ». 
.  24,  read  :  Earl 


Le  gérant  :  F.  VTEWEG. 


Imprimerie  Daupeley-Gouverneur,  à  Nogent-le-Rotrou. 


MONNAIE   GAULOISE    INÉDITE 


DE  LUCTÉRIUS.  CHEF  CADURQUE. 


Note  lue  à  la  séance  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres 
du  9  Juillet  1880. 

La  monnaie  gauloise  que  j'ai  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie 
n'est  connue  jusqu'à  ce  jour  que  par  deux  exemplaires.  L'un  faisait 
partie  d'un  trésor  de  4,000  pièces  environ,  contenues  dans  un  vase  en 
terre,  découvert  en  1879  dans  la  commune  de  Cuzance  (Lot]  ;  l'autre 
exemplaire  fut  acheté  à  Toulouse  par  M.  Feuardent  qui  le  conserva  sans 
se  rendre  compte  de  sa  date  ni  de  l'attribution  que  l'on  pouvait  en  faire. 


Ces  deux  pièces,  en  argent,  sont  identiques  bien  que  sorties  de  coins 
différents  ;  au  droit,  elles  portent,  dans  le  champ  entouré  d'un  grenetis, 
le  mot  LVXTIIRIOS1,  gravé  horizontalement  entre  deux  étoiles  à  cinq 
pointes  ;  au  revers,  une  croix  cantonnée  de  quatre  symboles  que  je  ne 
puis  assimiler  qu'à  des  sceptres  fleuronnés. 

Le  style  de  ces  deniers,  qui  pèsent  en  moyenne  1  gr.  34,  la  présence 
d'une  légende  en  caractères  latins  permettent  de  leur  assigner  une  date 

1.  La  forme  de  la  lettre  romaine  R  est  facile  à  distinguer,  sur  l'original,  malgré  l'état 
fruste  de  cette  partie  de  la  pièce. 

Rev.  Celt.  IV  2  2 


3 1 8  Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius. 

voisine  du  milieu  du  premier  siècle  avant  l'ère  chrétienne.  En  dehors  de 
ces  deux  indices  qui  sont  généralement  employés  dans  la  classification 
chronologique  des  monnaies  gauloises,  il  y  en  a  un  troisième,  particulier 
aux  pièces  qui  nous  occupent  en  ce  moment,  qui  vient  corroborer  les 
deux  premiers  :  je  veux  parler  de  la  présence  d'une  légende  inscrite  dans 
le  champ  ;  ce  fait  n'a  pas  encore  été  signalé  dans  la  numismatique 
antique  de  notre  pays. 

Les  légendes  gravées  horizontalement  dans  le  champ  de  la  monnaie  et 
servant  de  types  se  retrouvent  en  Bretagne  ;  les  numismatistes  anglais 
pensent  que  cette  habitude  date  du  dernier  quart  du  premier  siècle  avant 
l'ère  chrétienne  ■  ;  nous  ne  pouvons  pas  supposer  un  instant  qu'une 
monnaie,  qui  appartient,  ainsi  que  nous  le  verrons  plus  loin,  au  sud  de 
la  Gaule,  soit  une  imitation  empruntée  au  monnayage  breton.  Il  faut  donc 
chercher  ailleurs,  dans  des  conditions  plus  probables,  le  prototype  qui  a 
servi  aux  monnayers  en  cette  circonstance.  Je  n'ai  pas  besoin  d'insister 
ici  sur  la  propension  qu'avaient  les  Gaulois  à  chercher  à  l'étranger  les 
modèles  à  imiter  pour  leur  numéraire. 

Or,  ce  prototype,  qui  fut  aussi  très  probablement  celui  des  monnaies 
bretonnes,  je  le  trouve  tout  simplement  dans  la  monnaie  romaine.  Pen- 
dant le  dernier  quart  du  premier  siècle,  nous  y  voyons  en  effet  s'établir 
l'usage  de  tracer  des  légendes  horizontales,  parfois  accompagnant  un 
type,  parfois  figurant  seules  dans  le  champ  ;  je  citerai,  par  exemple,  dans 
l'ordre  chronologique,  les  deniers  suivants  : 

IMP  CAESAR         ALBINV         M  -AGRIPPA  COS         COS  ITER  ET 
DIVI-F  BRVTIF  DESIG  TER-DESIG 

M-SILANVS-AVG 
Q-PRO-COS 

Toutes  ces  monnaies,  que  l'on  trouve  dans  les  planches  du  recueil  de 
M.  Cohen,  classées  aux  familles  Julia,  Postumia,  Vipsania,  ont  été  frappées 
entre  l'an  46  et  l'an  20  avant  J.-C.2. 

Si  le  rapprochement  que  je  propose  ici  est  admis,  il  aura  pour  double 
conséquence  de  dater  approximativement  la  monnaie  de  LVXTIIRIOS 
et  l'apparition  des  légendes  horizontales  sur  les  monnaies  de  la  Bre- 
tagne. 

Examinons  maintenant  les  données  que  nous  fournit  l'étude  attentive 
du  denier  trouvé  à  Cuzance. 

1.  J.  Evans,  The  coins  of  the  ancient  Britons. 

2.  H.  Cohen,  Description  générale  des  monnaies  de  la  République  romaine,  pi.  XXI, 
29  et  30,  XXIV,  19,  XXV,  10,  XLII,  1,  2  et  j. 


Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius.  3 1 9 

Le  nom  de  Lucterius  était  déjà  connu  dans  la  numismatique  gauloise  ; 
il  est  gravé  sur  une  pièce  de  bronze,  très  rare,  reproduite  dans  la  Revue 
numismatique  à  l'appui  d'un  mémoire  du  baron  Chaudruc  de  Crazannes  '  ; 
cet  archéologue  en  avait  eu  un  très  bel  exemplaire  trouvé  alors  à  Cos 
(Tarn-et-Garonne)  ;  il  rappelle,  à  cette  occasion,  que  La  Saussaye  avait 
attribué  au  même  personnage  un  denier  en  argent  portant  la  légende 
LVCT,  mais  cette  lecture  était  inexacte  ;  des  exemplaires  mieux  conservés 
ont  permis  de  lire  LVCCIOS  sur  ces  monnaies  qui  appartiennent  aux 
Pictons  et  aux  Pétrocores.  La  description  de  Crazannes  est,  d'ailleurs, 
bien  moins  exacte  que  celle  que  nous  trouvons  dans  le  Catalogue  de 
Duchalais,  p.  14,  d'après  l'exemplaire  du  Cabinet  de  France  mal 
déchiffré  par  Mionnet  (t.  I,  p.  91).  Je  crois  devoir  donner  ici  une  gra- 
vure exacte  de  cette  pièce  curieuse  dont  je  connais  deux  autres  exem- 
plaires, l'un  au  Musée  de  Rouen  2,  l'autre  au  Musée  de  Saint-Germain, 
provenant  du  département  du  Lot  : 


LVXTIIPIOS.  Tête  nue,  imberbe,  à  droite. 

R/  :  cheval  libre,  marchant  à  droite  ;  au-dessus,  un  sceptre  ou 
enseigne  militaire  dont  le  sommet  est  formé  d'un  globule  entre  trois 
points. 

Ici,  nous  sommes  en  présence  d'une  monnaie  de  style  arverne  ;  la 
forme  de  la  légende  diffère  de  celle  du  denier  en  ce  que  le  R  latin  est 
remplacé  par  un  P  grec.  Ces  deux  observations  suffisent  pour  conclure 
que  les  deux  pièces  ne  sont  pas  tout  à  fait  contemporaines  ;  ajoutons 
que  le  revers  du  denier  a  été  disposé  de  manière  à  rappeler  le  type 
cruciforme ,  dégénérescence  de  celui  de  Rhoda ,  en  Ibérie ,  qui , 
pendant  plusieurs  siècles,  parut  sur  les  drachmes  et  les  deniers  frappés 
dans  le  sud-ouest  de  la  Gaule.  La  monnaie  de  bronze  a  été  émise  sous 
l'influence  des  Arvernes  ;  la  pièce  d'argent  se  rattache  au  monnayage 
méridional;  toutes  deux  se  retrouvent  sur  le  territoire  des  Cadurques. 

La  monnaie  en  bronze  a  été  attribuée  avec  raison,  je  crois,  à  Luctère, 
chef  des  Cadurques,  par  les  numismatistes  qui  en  ont  parlé  jusqu'à  ce 

1.  Revue  numismatique  française,  1845,  p.  333. 

2.  Ed.  Lambert.  Essai  sur  la  numismatique  gauloise  du  nord-ouest  de  la  France, 
1"  partie,  p.  144,  pi.  X,  n5  11. 


^  20  Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius. 

jour;  examinons  ce  que  l'histoire  nous  a  appris  sur  ce  personnage  et 

voyons- si  la  numismatique  ne  vient  pas  compléter  les  textes  classiques. 

Nous  ne  connaissons  Luctère  que  par  quelques  passages  de  César  ; 
Orose,  qui  écrivait  au  commencement  du  ve  siècle,  n'ajoute  rien  aux 
témoignages  de  l'auteur  des  Commentaires  et  de  ses  continuateurs  ;  il  s'est 
contenté  de  les  résumer. 

Lorsque  Vercingétorix  se  mit  à  la  tète  de  la  faction  arverne  qui  vou- 
lait la  guerre,  lorsqu'il  eut  réussi  à  se  faire  reconnaître  chef  par  ses 
concitoyens,  il  arriva  assez  promptement,  par  la  persuasion  et  la  menace, 
à  se  former  une  armée  ;  celle-ci  fut  divisée  en  deux  corps.  Vercingétorix 
prit  en  personne  le  commandement  de  l'un  et  se  dirigea  sur  le  territoire 
des  Bituriges.  Il  confia  l'autre  corps  au  cadurque  Luctère,  connu  par 
son  caractère  audacieux,  avec  la  mission  d'opérer  chez  les  Rutènes  ; 
Luctère  gagna  ceux-ci  à  la  cause  des  Arvernes,  reçut  des  otages  des 
Nitiobriges  ainsi  que  des  Gabales,  et,  se  trouvant  à  la  tête  de  forces 
singulièrement  augmentées,  menaça  Narbonne. 

César,  apprenant  qu'un  mouvement  important  des  peuples  situés  entre 
la  Loire  et  l'Allier,  la  Dordogne  et  les  limites  occidentales  des  Nitiobriges, 
menaçait  la  Province,  ne  songe  plus  qu'à  défendre  celle-ci,  se  réservant 
d'aller  ensuite  attaquer  les  Arvernes  chez  eux;  il  vient  à  Narbonne,  place 
des  garnisons  chez  les  Rutènes  Provinciaux,  les  Volkes  Arécomiques, 
les  Tolosates,  et  concentre  des  troupes  sur  le  territoire  des  Helviens, 
limitrophe  de  celui  des  Arvernes.  En  présence  de  ces  dispositions  straté- 
giques rapidement  prises,  Luctère  s'arrête  et  rétrograde. 

Ceci  se  passait  l'an  52  avant  J.-C;  le  nom  de  Luctère  ne  paraît 
plus  dans  les  Commentaires  avant  les  événements  qui  se  terminèrent  par 
la  reddition  d'Uxellodunum. 

Cependant  il  semble  évident  que,  puisqu'il  ne  figure  pas  au  nombre 
des  chefs  gaulois  qui  sont  mentionnés  dans  la  défense  d'Alise,  Luctère 
était  resté  dans  son  pays  ;  ce  fut  lui  sans  doute  qui  commanda  les 
Cadurques  et  les  Rutènes  réunis  que  Vercingétorix,  confirmé  par  l'as- 
semblée de  Bibracte  dans  son  titre  de  général  en  chef,  lança  sur  le  terri- 
toire des  Volkes  Arécomiques  ' . 

Luctère  reparaît  à  la  suite  de  la  tentative  de  Dumnacus,  chef  des 
Andes  ou  Andecaves,  contre  les  Romains  et  Duratius,  chef  des  Pictons, 
leur  allié.  Parmi  les  auxiliaires  de  Dumnacus  se  trouvait  Drappès,  origi- 
naire du  pays  des  Sénons  ;  c'était  un  chef  de  bandes  qui  s'était  formé 
une  armée  d'un  ramassis  de  gens  sans  aveu.  Après  la  défaite  de  Dum- 

I.  César,  De  bell.  Gall.,  vil,  5  et  7. 


Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius.  321 

nacus,  Drappès,  comme  plus  tard  les  capitaines  des  Grandes  Compa- 
gnies, réunit  5,000  fuyards  et,  cherchant  fortune,  se  dirige  vers  le 
midi  avec  la  pensée  de  rejoindre  Luctère  qui  songeait  encore  à  attaquer 
de  nouveau  la  Province.  Caninius  se  met  à  sa  poursuite  avec  deux 
légions  et  le  force,  pour  se  défendre,  à  s'arrêter  sur  le  territoire 
cadurque.  C'est  alors  que  Drappès  et  Luctère,  agissant  de  concert, 
choisissent  Uxellodunum  pour  base  d'opérations  ;  seulement,  comme  le 
siège  d'Alise  leur  avait  ouvert  les  yeux  sur  le  danger  de  laisser  bloquer 
des  forces  trop  nombreuses  dans  une  place,  ils  laissent  dans  l'oppidum 
une  garnison  suffisante  pour  le  défendre  et  tiennent  la  campagne  afin 
d'approvisionner  la  place  et  d'inquiéter  les  assaillants.  Caninius  mit  en 
fuite  le  corps  de  Luctère  et  s'empara  des  positions  de  Drappès.  Je  n'ai 
pas  à  entrer  ici  dans  les  détails  de  l'investissement  et  de  la  capitulation 
d'Uxellodunum  ;  notons  seulement  que  César  vint  en  personne  terminer 
cette  expédition,  que  Drappès,  fait  prisonnier,  se  laissa  mourir  de  faim, 
que  Luctère,  réfugié  chez  les  Arvernes,  fut  livré  au  vainqueur  par 
Epasnact  '. 

Pour  moi,  comme  pour  tous  mes  devanciers,  la  monnaie  de  bronze 
dont  j'ai  parlé  plus  haut,  de  style  arverne,  a  été  frappée  par  Luctère, 
alors  lieutenant  de  Vercingétorix,  entre  le  moment  où  celui-ci  prit  la 
direction  de  la  guerre  nationale  et  la  capitulation  d'Uxellodunum. 

J'ai  déjà  exposé  les  motifs  qui  me  font  considérer  le  denier  d'argent 
comme  postérieur  de  quelques  années  à  la  monnaie  de  bronze  ;  que 
penser  alors  du  nom  de  Luctère  qui  est  gravé  au  droit  ? 

Je  suis  convaincu  que  Luctère  a  survécu  à  la  capitulation  d'Uxello- 
dunum. Hirtius,  qui  n'oublie  pas  de  noter  en  passant  la  mort  de  Drappès, 
ne  fait  aucune  allusion  au  sort  du  chef  cadurque  livré  à  César  ;  néan- 
moins, nous  avons  vu  que,  pendant  la  campagne  de  Gaule,  il  avait  joué 
un  rôle  important  ;  il  avait  été  le  premier  lieutenant  de  Vercingétorix  ; 
il  avait  menacé  à  plusieurs  reprises  la  Province  ;  il  semble  que  son  sup- 
plice ou  sa  mort  violente  auraient  été  relatés.  Est-il  trop  hardi,  en 
présence  de  ces  faits ,  de  croire  que  Luctère  fut  au  nombre  de  ces 
principes  que  César  s'empressa  de  se  concilier  pour  assurer  la  tranquillité 
de  la  Gaule  pendant  qu'il  serait  au-delà  des  Alpes  ?  «  Itaque  honorifice 
civitates  appellando,  principes  maximis  praemiis  adficiendo2.  » 

Cette  conjecture  acquiert  un  caractère  sérieux  de  probabilité  quand 
on  voit,  dans  la  première  moitié  du  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne, 


1.  /bz'd.,  VIII.  30  à  44. 

2.  César,  De  bell.  Gall..  VIII.  49. 


3 22  Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius. 

paraître  une  famille  dont  les  membres  portent  le  nom  de  Luctère,  occu- 
pant dans  la  cité  des  Cadurques  un  rang  élevé  ;  on  peut  affirmer  que 
cette  famille  était  alors  la  plus  considérable,  puisque  l'un  de  ses  membres, 
après  avoir  passé  par  tous  les  honneurs  de  sa  ville,  était  arrivé  jusqu'à  la 
dignité  de  prêtre  de  Rome  et  d'Auguste  à  Lyon  ;  il  n'est  pas  inutile  de 
rappeler  ici  le  texte  de  l'inscription  '  : 

M-LVCTER 
LVCTERII  SENE 
CIANI-F-LEONI 
OMNIBVS-HO 
NORIBVS-IN  PA 
TRIA-FVNCTO 
SACERD-ARAE 
AVG-INTER-CON 
FLVENT-ARAR 
ET  RHODANI 
CIVITASCAD 
OB-MERIT-EIVS 

x  pvbl-posvit* 

Si  Luctère,  comme  Duratius,  comme  Julius  Togirix,  comme  Gaius 
Julius  Caledomapatis,  tous  trois  connus  par  des  monnaies,  gouverna  ses 
concitoyens  après  leur  soumission  aux  Romains,  le  denier  de  Cuzance 
aurait  été  frappé  entre  l'an  50  et  Pan  27  (av.  J.-C),  date  de  l'organi- 
sation administrative  de  la  Gaule  à  l'assemblée  de  Narbonne  ;  de  l'an  27 
avant  J.-C.  à  l'an  $0  de  l'ère  chrétienne,  nous  comptons  77  années,  en 
calculant  d'après  les  dates  les  plus  extrêmes  cette  période  qui  repré- 
sente deux  générations.  Celles-ci  peuvent  être  représentées  par  Lucterius 
Senecianus,  père  de  M.  Lucterius  Léo,  fils  et  petit-fils  du  défenseur 
d'Uxellodunum. 

En  terminant,  je  crois  opportun  de  dire  quelques  mots  sur  les  nom- 
breuses monnaies  gauloises,  plus  de  4,000,  au  milieu  desquelles  le 
denier  de  Luctère  figurait  comme  unité.  Elles  appartiennent  toutes  à  la 
série  des  monnaies  dites  à  la   croix  ;   quelques-unes ,   c'est   le   petit 

1.  Champollion-Figeac,  Nouvelles  recherches  sur  la  ville  gauloise  d'Uxellodunum,  Paris. 
1820,  p.  105.  —  Lacoste,  Hist.  manuscrite  du  Quercy.  —  Épigraphie  des  Cadurci  par 
M.  Kadurk,  Cahors,  1877,  p.  7.  Cette  pierre  a  été  trouvée,  dit-on.  auprès  de  Saint- 
Georges,  au  bord  d'une  voie  romaine,  dans  un  cimetière  appelé  le  Trépadou  ;  elle  fut  trans- 
portée dans  l'église  de  Pern  par  le  propriétaire  du  château,  où  elle  était  encore  en  1816, 
et  depuis  à  l'hôtel  de  la  préfecture  de  Cahors. 

2.  A  la  seconde  ligne,  les  lettres  NE  sont  liées;  la  dixième  ligne  est  terminée  par  une 
feuille. 


Monnaie  gauloise  inédite  de  Lucterius.  3  2  3 

nombre,  sont  représentées  par  des  types  décrits  et  gravés  sous  les 
noS  11,  15,  17  et  18  dans  le  savant  travail  de  M.  Ch.  Robert,  d'après 
des  exemplaires  isolés  recueillis  dans  diverses  découvertes  '  ;  le  plus 
grand  nombre  présente  une  singularité  que  je  ne  dois  pas  passer  sous 
silence. 

Notons  tout  d'abord  que  les  pesées  des  plus  anciennes  monnaies  attri- 
buées aux  Volkes  Tectosages  et  aux  Tolosates  varient  entre  3  gr.  62  et 
3  gr.  22  pour  les  drachmes,  et  0,45  et  0,30  pour  les  fractions  division- 
naires. Les  monnaies  de  Cuzance  pèsent  en  moyenne  1,20  et  1,29; 
elles  se  rapprochent  donc  singulièrement  du  denier  de  Luctère  et 
appartiennent  à  un  système  monétaire  particulier  et  d'époque  assez 
récente. 

Ces  pièces  ont  un  revers  très  nettement  gravé  ;  c'est  une  croix  can- 
tonnée de  symboles  variés  :  hache,  rouelle,  croissant,  etc.;  le  droit  est 
toujours  fruste,  écrasé,  ne  présentant  que  des  linéaments  informes,  des 
traces  d'empreintes  tantôt  en  relief,  tantôt  incuses  ;  sur  quelques-unes, 
il  semble  que  l'on  ait  pensé  à  représenter  un  rameau  à  plusieurs 
branches2.  Tout  d'abord  je  crus  que  j'avais  sous  les  yeux  les  produits 
d'une  opération  ayant  pour  but  de  frapper  de  nouveaux  types  sur  des 
pièces  démonétisées,  mais,  après  avoir  consulté  des  hommes  du  métier, 
je  dus  renoncer  à  cette  hypothèse.  L'explication  la  plus  satisfaisante  jus- 
qu'à ce  jour  est  celle  de  M.  Léon  Lacroix,  numismatiste  à  Agen,  qui  a 
pu  étudier  de  son  côté  un  certain  nombre  des  monnaies  de  Cuzance  ; 
suivant  lui,  les  lingots,  aplatis  au  marteau  sur  l'enclume,  auraient  reçu  les 
empreintes  des  reliefs  et  des  creux  dont  la  surface  même  de  l'enclume  était 
couverte  :  de  là  proviendrait  la  confusion  des  types  du  droit. 

En  admettant  cette  explication,  nous  sommes  en  présence  d'un  mon- 
nayage fait  à  la  hâte,  sans  aucune  précaution  autre  que  celle  de  l'exac- 
titude du  poids  ;  la  grande  quantité  de  pièces  réunies  ensemble  présentant 
les  mêmes  caractères  distinctifs  ne  peut  s'expliquer  que  de  deux  manières  : 
ou  une  émission  faite  à  l'occasion  de  quelque  révolte,  ou,  et  je  penche 
vers  cette  conjecture,  une  fabrication  clandestine  destinée  à  répandre 
une  masse  de  ces  pièces  à  la  croix  qui  couraient  depuis  quelques  siècles 
dans  le  sud-ouest  de  la  Gaule. 

Anatole  de  Barthélémy. 


1.  Le  n°  18,  particulièrement,  provenant  de  Capdenac,  a  une  grande  analogie  avec 
certaines  pièces  de  Cuzance,  mais  il  pèse  3  gr.  17,  ce  qui  en  fait  une  drachme,  apparte- 
nant à  un  système  monétaire  différent  et  plus  ancien. 

2.  Il  ne  faut  pas  oublier  que  le  rameau  est  un  type  fréquent  dans  la  péninsule  ibérique. 


OLD-BRETON    GLOSSES 


PREFACE. 


Two  sets  of  Old-Breton  glosses  are  generally  known  :  one,  those  in 
the  Bodleian  Eutychius,  printed  as  Old-Welsh  in  pages  1052-1054  of 
the  second  édition  of  the  Grammatica  Celtica  ;  the  other,  those  in  the 
Luxemburg  fragments  of  the  Hisperica  Famina,  printed,  also  as  Old- 
Welsh,  in  pages  106  3- 106  5  of  the  same  book,  and,  with  corrections  by 
Professor  Rhys,  in  the  Revue  Celtique,  tome  I,  pages  348-350.  Thèse 
glosses  must  be  Welsh,  Cornish.  or  Breton.  That  they  are  not  Welsh, 
has,  I  think,  been  proved  by  Mr.  Bradshaw,  who  points  out,  inter  alia, 
that  forms  like  doguo-misur. ,  do-guo-hintiliat,  do-uo-hinuom,  do-guo-renn- 
iam,  do-uo-louse,  cannot  be  Welsh,  in  which  language  similar  compounds 
begin  with  di-guo,  dygua  =  dyo.  That  they  are  not  Cornish  is  rendered 
probable  by  the  occurrence  in  didanuud  (gl.  elicioi  of  the  compound 
préposition  didan  (=  di  -\-  tan),  for  which  in  Middle-Cornish  we  hâve 
always  either  yn-dan  or  a-than,  and  by  the  absence  of  the  Anglo-Saxon 
signs  for  the  sounds  th  and  w.  It  follows,  then,  that  they  are  Breton  ; 
and  thèse  arguments  are  re-inforced  by  palaeographical  considérations 
and  by  the  gênerai  agreement  of  the  forms  occurring  in  the  glosses  above 
referred  to  with  those  in  the  glosses  now  printed,  which  are  incontesta- 
bly  Breton. 

The  mss.  from  which  the  following  glosses  are  taken  are  six  in  num- 
ber,  namely  : 

1.  The  Berne  codex  167,  containing  scholia  on  Vergil  and  fifty-seven 
Old-Breton  glosses.  This  is  described,  as  folio ws,  by  Professor  Her- 
mann  Hagen  '  : 

1.  At  pp.  600,  691  of  his  book  entitled  Scholia  Bernensia  ad  Vergilii  Bucolica  atque 
Georgica.  edidit  emendauit  praefatus  est  Hermannus  Hagen.  Commentatio  ex  supplé- 
ments annalium  philologicorum  seorsum  typis  exscripta.  Lipsiae,  in  aedibus  B.  G.  Teub- 
neri,  MDCCCLXVIt. 


Old-Breton  Glosses.  525 

«  Codicem  Bernensem  167  (C)  saec.  IX-X...  eadem  sed  non  omnia 
codicis  B  scholia  continere  iam  erat  notum...  Continentur  autem  eo 
codice...  haec  :  fol.  I  r° —  I  v°  cum  figura  astronomica  quaedam  ex 
Isidori  de  rerum  natura  libro  excerpta  ;  f.  I  v°  —  III  v'  titulo  INCIPIT 
ARGUMENTUM  IN  VIR.  de  Vergilii  uita  scriptisque  nonnulla  medii 
excogitamenta...;  f.  III  v°  INCIPIT  CARMEN  OCTAVIANI  CAESARIS 
DE  VIRGILIO...  Manu  recentiore  subscriptum  nomen  'Richardus,'  lec- 
toris  scilicet...;  f.  IV  r°  —  V  v°  INCIPT.  EXPST.  SERVII.  GRAM. 
IN  BVCOL1C.  IN  LIBRIS  GEORG.  ATQUE  AENEIDUM  Seruii  praef. 
in  Bucol.  Georg.  Aen..  Secuntur;  f.  V  v°  uersus  uitae  interpolatae... 
Sequitur  VITA  VERGILII  POETAE...;  f.  VI  r°  decem  uersus...  Indea 
fol.  VI  V  fol.  XX  r°  Vergilii  Bucolica,  INCIPIT  DRAMATICON  :  MIC- 
TON.  MELIB.TITVR.,cumscholiisBernensibus;f.  XX r°— f.XXXIII  v° 
Georgica  cum  schol.  Bern.  Sequitur  inde  usque  ad  finem  Vergilii  Aeneis 

Codicem  in  Britannia  uel  Scotia  scriptum  esse  testantur  glossae 

haud  paucae  Iro-Celticae,  quas  ad  uirorum  doctorum,  quibus  talia  sunt 
curae,  usum  sub  uno  omnes  conspectu  iuvat  proponere.  » 

Mistak.es  such  as  'frigora  .i.  guascotou,'  'fuscus  .i.  daliu,'  'tribuli 
spine  labet  .i.  gloiatou'  and  'obnixus  .i.  utgurthconetï  seem  to  shew  that 
the  glosses  in  this  codex  were  transcribed  from  another  ms.  by  an  igno- 
rant or  careless  copyist. 

2.  A  copy  of  Amalarius  De  divinis  officiis ,  written  laccording  to 
Mr.  Bradshaw)  A.  D.  9^2,  apparently  at  Landevennec.  It  afterwards 
passed  over  to  Canterbury  and  is  now  in  the  library  of  Corpus  Christi 
Collège,  Cambridge,  No.  192. 

3,4,  $,6.  Four  copies  of  the  Collatio  Canonum.  a  work  apparently 
compiled  in  Brittany  at  the  beginning  of  the  eighth  century.  Thèse  mss., 
says  Mr.  Bradshaw,  range  from  the  ninth,  or  ninth-tenth,  to  the  eleventh 
century.  Ail  four  hâve  Old-Breton  glosses  and  must  hâve  passed  out  of 
Brittany  during  the  Norman  désolation  of  the  country,  —  one  to  Corbey 
in  Picardy,  now  in  Paris  ;  one  to  Glastonbury,  now  at  Oxford  ;  one  to 
Canterbury,  now  in  the  British  Muséum  ;  and  one  to  Fécamp  in  Nor- 
mandy,  now  also  in  Paris. 

Thefirst  copy,  now  in  the  Bibliothèque  nationale  ms.  lat.  12021)  is, 
according  to  Mr.  Bradshaw,  written  by  a  man  named  Arbedoc  by  leave 
of  his  Abbot  Haelhucar.  It  contains  three  Irish  phrases  '  among  some 


1 .  *  Hec  est  poena  magi  uel  uotiui  mali  si  credulus  id  demergach  uel  preconis  uel 
cohabitatoris  uel  heretici.  »  Hère  «  id  »  stands  for  «  id  est  »,  and  demergach  is  perhaps 
to  be  equated  with  dibergach  in  ahh-dibcrgaig  «  renegades  »  ?  Fis  Ad. 

A  man  has  to  fast  on  <  panibus  qui  efficiuntur  de  tertia  parte  coaid  siir  throscho.  » 


j  26  Old-Breton  Glosses. 

extracts  '  de  disputatione  hibernensis  senodi.'  It  has  also  the  canons  of 
Adamnân,  described  (from  misreading  the  Irish  n  as  r)  as  'canones 
addamnari  uel  addominari.' 

At  the  top  of  one  of  the  pages  of  the  second  copy  (bibl.  Bodl.,  ms. 
Hatton,  42)  occurs  the  address  'matguoret  benedic  rnihi,'  a  nantie  which 
seems  to  point  to  Brittany,  while  one  of  the  probationes  pennae  in  the 
margin  serves,  in  Mr.  Bradshaw's  opinion,  to  connect  this  copy  with  the 
Luxemburg  fragments  of  the  Hisperica  Famina. 

The  third  copy,  which  has  been  greatly  injured  by  the  fire  of  173 1, 
is  the  Cotton  ms.  Otho  E.  xiij.  The  scribe  glosses  'quidam  patricius'  by 
'tiranus,'  which  reminds  one  of  the  tiranni  or  machtierns  of  the  Redon 
cartulary. 

The  fourth  copy  (Bibliothèque  nationale,  ms.  lat.  3182)  is,  says 
Mr.  Bradshaw,  the  latest  of  ail  the  mss.,  but  even  this  cannot  be  later 
than  1 100. 

For  the  fifty-seven  Berne  glosses  I  am  indebted  to  Professor  Sophus 
Bugge  of  Christiania.  He  accompanied  them  by  a  commentary  in  Ger- 
man,  and,  except  as  regards  nos  3,  5,  11,  12,  23,  28,  29,  33,  37,  38, 
44,  47,  48,  53,  my  notes  on  thèse  glosses  are  little  but  a  translation  of 
his.  He  also  afterwards  sent  me  a  new  collation  of  the  Berne  glosses 
made  by  Professor  Hagen,  which  furnishes  one  additional  gloss  (uen- 
trem  .i.  far  and  corrections  of  six  of  the  others  as  printed  in  the  Scholia 
Bernensia.  The  restof  the  glosses  now  published  I  owe  to  the  kindness 
of  Mr.  Bradshaw,  who  sent  them  to  me,  in  January  1877,  witn  a  sug- 
gestion that  I  should  comment  upon  them.  In  so  doing  I  hâve  been 
greatly  aided  by  the  remarks  contained  in  a  letter  from  Professor  Bugge 
dated  the  i6th  September  1879. 

W.  S. 

Simla,  2istOctober  1879. 


Hère  we  should  read  coid  sirthrosctho  «  of  the  food  of  a  longfasting  (troscud)  ». 

A  man  has  to  live  as  a  commutation  for  a  year's  penance  so  much  time  «  fordobor- 
fiit,  »  besides  having  to  say  so  many  extra  ps'alms  a  day.  This  should  be  for  doborphit 
a  on  water-diet  »  :  «  in  pane  et  aqua  »  is  the  usual  phrase. 


Old-Breîon  Glosses.  327 

OLD-BRETON  GLOSSES. 

I. — THE  BERNE  GLOSSES. 

E.  II.  8  frigora  id  est  guascotou.  18  ligustra  .i.  melgabr.  30  hibiscum 
.i.  elestr.  47  uiolas  .i.  uileou.  III  5$  quandoquidera  .i.  annaor.  IV  23 
conabula  .i.  mabcauuelou.  47  fusis  .i.  aguirtitou.  VII  42  Rusco  .i.  eihin. 
VIII  34  supercilium  .i.  guorail.  X  19  opilio  .i.  ousor.  38  fuscus  .i.  daliu. 
41  Serta  .i.  couarcou. 

G.  I.  44  pu  tris  .i.  bue.  153  labet  .i.  gloiatou.  166  uannus  .i.  cauel. 
173  tilia  .i.  limncollin.  178  cylindro  .i.  acronnmain.  201  lembum  .i.  cau- 
bal.  262  obtusi  .i.  /ruc/z.  266  fiscina  .i.  ser  uel  ces*.  308  Auritos  .i.  sco- 
barnocion.  309  Stupea  .i.  iscartholion.  323  foedam  .i.  daureth.  363  fulice 
.i.  guilannou.  364  ardea  .i.  corrid.  388  cornix  .i.  cornigl.  392  putres  .i. 
bodo/z. 

G.  II  391  proscenia  .i.  racloriou.  389  Oscilla  .i.  luscou.  394  lances  .i. 
discou.  413  rusci  .i.  ethin.  449  tiliae  .i.  limncollou. 

G.  III  100  notabis  .i.  agnosces  uel  signabis  .i.  ercentbidite.  148  musca 
uolitans  .i.  attanoc  .i.  clehurin.  406  sérum  .i.  meid  \ie\cosmid.  564  pabule 
.i.  huilai. 

G.  IV  120  Intiba  .i.  cocitou.  122  uentrem  .i.  tar.  131  uerbenas  .i. 
ueruencou.  168  Fucos  .i.  satron  uel  guo/zz.  388  ceruleus  .i.  duglas. 

Aen.  I  726  laquearibus  .i.  aninou  uel  acepriou. 

Aen.  II  29  manus  .i.  bodin.  85  cassum  .i.  ihepcorlm.  i8opatrias  .i. 
broolion.  236  canabina  .i.  coarcholion.  236  lapsus  .i.  libiriou  uq\  stloit- 
prenou.  646  iactura  pr/ft'ri. 

Aen.  III  20  auspicibus  .i.  doromantorion.  22  tumulus  .i.  azoe/z.  31  len- 
tum  limn.  92  cortina  .i.  esceilenn.  158  idem  uenturos  .i.  nionuret.  289 
transtris  .i.  libiriou.  $49  antemnarum  deleiou. 

Aen.  IV  131  plagae  .i.  guinodroitou.  uenabula  guinuclou.  332  obnixus 
.i.  uîgurthconeti. 

II.  —  GLOSSES  IN  AMALARIUS. 

Corpus  Christi  Collège,  No.    192. 

uicarius  amsauaîh.  segnitia  blinder,  habilis  camadas.  nihilominus  nihil 
minus  sic  quoque  [in  marg.]  .i.  non  minus,  nahulei  uel  int  coucant. 

III.  —  GLOSSES  IN  THE  COLLATIO  CANONUM,  IST  COPY. 

Bibliothèque  nationale,  Ms.  Lat.  1  202 1 . 
inopportunius  enter ajoh.  se  ingerit  heuanemdoguo.  turpi  lucrum  douretit 


}28  Old-Breton  Glosses. 

amgruit.  aeditui  id  costadalt.  accommodata  dehlouetic.  fastu  amuoet. 
piacula  .i.  abscenia  .i.  caul.  istriones  .i.  guanorion.  phitonistarum  .i. 
torleberieti.  agipam  gulceî.  uos  fascinauit  ar  uuo  art  hui. 

IV.  —  GLOSSES  IN  THE  COLLATIO  CANONUM,  2ND  COPY. 

Bibl.  Bodl.  Ms.  Hatton,  42. 

ultro  .i.  aiul.  ambit  aruanta.  incaenis  inuanetou.  antropas  (leg.  andro- 
nas)  dadluo.  acitamenta  clou,  fenus  .i.  endlim. 

V.  —  GLOSSES  IN  THE  COLLATIO  CANONUM,    $RD  COPY. 

Mus.  Britt.  Cotton  Ms.  Otho  E.  XIII. 

andronas  A.dadlou.  scurilis  .i.  guaan.  nepta  .i.  nith.  gomor  mod.  cli- 
matibus  Rannou.  uorticem  montis  .i.  cunrunt.  passae  .i.  admet,  controuer- 
siam  controliath.  agipam  .i.  latic.  defer  .i.  gutric.  ferula  .i.  aaltïn.  hirsu- 
tis  aceruission.  beluina  rabies  cunnaret  boestol.  curiae  dadlou.  strutionem 
.i.  trot,  noctuam  .i.  couann.  larum  .i.  tracl.  attacus  deuo  ::  a.  epimachus 
biunrun. 

VI.  —  GLOSSES  IN  THE  COLLATIO  CANONUM,  4TH  COPY. 

Bibliothèque  nationale,  Ms.  Lat.  3182. 
graciles  saltrocion.  probum  guohethe.  bouello  buorth. 


COMMENTARY. 

I.  —  THE  BERNE  GLOSSES. 

1.  guascotou.  The  context  is 

Nunc  etiam  pecudes  umbras,  et  frigora  captant. 
guascotou  must  gloss  umbras,  not  (as  the  glossographer  says)  frigora.  It 
is  the  plural  of  guascot,  now  gwasked  'abri/  W.  gwascawt,  now  gwasgod, 
'shelter,'  0.  Ir.  foscad  Z.2  1028,  now  f os gad  'shadow,'  'shelter.'  In  the 
modem  Bret.  gwaskaden  war  al  bar  'a  lunar  éclipse,'  lit.  'a  shadow  over 
the  moon/  the  meaning  of  umbra  is  retained.  From  gua-,  by  régressive 
assimilation  for  guo-,  Ir.  /o-,  &ro,  and  scot,  Mid.-Br.  squeut,  Corn,  scod, 
0.  Ir.  scdth.  Compare  &w5o*ioç,  as  Mod.-W.  cysgod  is  analogous  to  s6a- 
y.'.cç.  The  plural  ending  -ou  seems  hère  to  be  original,  for  that  scot  was 
an  u-stem  is  probable  from  Goth.  skadu-s. 

2.  melgabr  (gl.  ligustra).  In  the  Berne  scholia  to  Ecl.  II  18  'ligustra' 
is  explained  by  'flores  papauerum.'  Mel  is  therefore  =  Corn,  mill  (gl. 


Old-Breton  Glosses.  $29 

papauer)  Z.2  1076.  Compare  also  0.  W.  mellhionou  (gl.  uiolas),  Corn. 
mel-hyonen  'vigila.'  As  to  ga.br  it  must  be  the  Mid.  Br.  gaffr  'capra,' 
Corn,  gauar,  W.  gafr,  O.  Ir.  gabor,  Gaulish  gabro-,  which  is  cognate 
with  0.  Ir.  gaibiu  =  habeo  as  caper  is  cognate  with  capio.  Mel-gabr  thus 
means  fpapaver  caprae,'  and  is  an  improper  compound  like  Penn-ohen 
'caputboum,'  Z.2  126,  W.  costad-alt  infra  No.  75,  ryî-ychen  'vadum 
boum,'  'Oxford,'  Penn-ichenn  Z.2  125,  ial-cen,  etc. 

3.  é/«?r  (gl.  hibiscum  'wild  parsnip  ?'  'mallow  ?')  now  élesir  'iris,' 
elesirenn  'gladiolus'  Cath.,  Corn,  strail  elesîer  (gl.  mattal  Z.2  1079,  e/es- 
?renn  (gl.  carex)  Z.2  1076,  W.  elestr  'flag,' fleur-de-lis,'  'iris,'  Ir.  ailesiar. 
elestar,  f-elestar,  s-oilesîar  (gl.  gladiolum)  Ir.  Gl.  No.  795.  Probably 
cognate  with  àX'.s[j.a  'waterplantain.'  Ducange  has alestrare,  alistrarei.  e. 
humectare. 

4.  uileou  (gl.  uiolas),  a  loanword. 

5.  annaor  (gl.  quandoquidem).  Prof.  Bugge  compares  the  Corn,  an 
ur  R.  882,  and  Mod.  Ir.  anûair  'when'  :  this  is  the  Mid.  Ir.  inûair 
^Three  Fragments,  122I,  the  0.  Ir.  inn-ûair  (Isésin  tra  in  cocholl  rofar 
âed  for  a  gilla  innâair  ut,  LL.  2  i4-b.  1  )  '.  The  Old  Breton  ann  for  enn 
is  the  definite  article,  and  aor  (W.  awr)  is  for  or  borrowed  from  hôra, 
just  as  caul,  infra  No.  78,  is  for  cïïl,  borrowed  from,  or  cognate  with, 
culpa. 

6.  mabcauuelou  (gl.  conabula  i.e.  cunabula).  A  compound  of  mab 
'child',  0.  W.  map,  Ir.  macc,  and  cauuelou,  better  cauuellou,  pi.  of  cauell 
(gl.  uannus)  infra  No.  15,  cauell  'berseau  a  gésir  enfants,'  cauell  da 
quempret  pesquet  'nassa,'  Cath.,  Corn,  cawal,  W.  cawell  'corbis,'Z.2  819, 
A.  S.  cawl,  ceawl  'basket.'  Ail  borrowed  from  the  Romance  cauuelia, 
which  occurs  in  the  Cassel  glosses. 

7.  aguïrthou  (gl.  fusis).  Hère  a  is  the  préposition  (W.  ac\,  which  is 
used  to  express  the  ablative,  as  in  a  cronnmain,  a  ninou,  a  cepriou,  a 
ceruission,  a  muoet,  a  aliin,  and  guirtitou  is  the  pi.  of  gueriit,  now  gwerzid, 
Corn,  gurîhit,  W.  gwerthyd  'spindle,'  'axis,'  Ir.  fersaid.  AU,  apparently, 
from  a  groundform  *verîtati,  root  VERT,  whence  also  Ch.  Slav.  vreteno 
and  Mod.  High  German  wirîel. 

8.  ethin  (gl.  rusco).  So  ethin  (gl.  rusci)  infra  No.  3 1 .  This  is  =  Corn. 
eythinen  (gl.  ramnus)  Z.2  1077,  W.  eithin  'furze,'  'gorse,'  Ir.  aittenn. 
Prof.  Bugge  compares,  doubtfully,  Ch.  Slav.  ostïniï  'stachel,'  Lith. 
akzstinas. 

1 .  «  Now  that  is  the  cowl  which  Aed  asked  of  his  gillie  then.  »  The  corresponding 
Welsh  adverb  is  yr  awr  :  a  honno  ae  gweircheidw  wy  yr  awr  y  kandeiryocont  «  and  that 
one  guards  them  when  they  rave,  »  Y  Seint  Créai,  éd.  R.  Williams,  p.  418. 


330  Old-Breton  Glosses. 

9.  guorail  (gl.  supercilium).  From  guor  'super,'  Z.2  905,  and  ail  = 
0.  W.  ail  'brow,'  Kuhn's  Beitr.  VII,  390,  398,  now  ael. 

10.  ousor  (gl.  opilio)  =  Mid.  W.  heussawr  'pastor,'  now  heusor,  Z.2 
830.  Compare  Mod.  W.  heus-leuen  'sheeplouse,'  heuso  'to  protect,'  'to 
shield.'  The  stemword,  according  to  Prof.  Bugge,  seems  Lat.  hapsum 
'vellus  lanae'  Gl.  Isid.  cited  by  Diez,  Etym.  Wœrterb.  4te  Ausg.  s.  512, 
s.  v.  aus,  which  in  the  Mod.  Provençal  means  'fleece,'  0.  Fr.  heus  de 
mouton.  For  the  change  of  meaning  Prof.  Bugge  compares  Skr.  mesha 
'fleece'  and  'sheep.' 

1 1 .  daliu  (gl.  fuscus).  This  is  an  obvious  mistake  for  duliu,  a  com- 
pound  of  du  =  Ir.  dub  'black'  (cf.  du-glas,  gl.  ceruleus  infra  No.  41) 
and  lin  'color.'  So  liou  (gl.  neuum)  Lux.,  Corn.  Bret.  disliu  (gl.  disco- 
lor),  W.  disliw,  Corn,  unliu  (gl.  unicolor)  :  W.  lia  (gl.  gratia)  :  Lat. 
livor  ;  and  cf.  Apollini  Livio,  Orelli  2021,  Livius,  Z.2  109. 

12.  couarcou  (gl.  serta)  seems  compounded  of  cou-  for  cov-,  com-,  Z.2 
902,  and  arcou  pi.  of  arc  for  arch,  which  I  take  to  hâve  lost initial/?,  and 
to  be  cognate  with  Skr.  praçna  'geflecht,'  'geflochtenes  korb,'  BR. 
T:\evM.  plico,  plecto.  Compare  coarchol  No.  46  infra. 

13.  bue  (gl.  putris),  pi.  bocion  (gl.  putres)  infra  No.  27.  The  ms.  has 
putris  .i.  bue  .i.  mollis.  This  is  now  written  bouc  'mou,'  'tendre,'  'déli- 
cat.' It  is  the  Mid.  Ir.  boc  (gl.  tener),  compar.  buigi  (gl.  mollior),  boc- 
glas,  Tain  Bô  Frâich,  Mod.  Ir.  bog  'soft/'moist,'  vfhence  bogach  'marsh' 
and  the  English  loanword  bog.  If,  as  is  possible,  the  b  hère  is  from  gv, 
we  might  compare  AS.  eweecan,  cwacian,  though  the  Teutonicc  in  inlaut 
does  not  correspond  with  the  Celtic  final  c. 

14.  gloiatou.  The  ms.  has  in  the  margin,  opposite  Georg.  I  1  $3,  Tri- 
buli  spine  labet  .i.  gloiatou.  The  context  is 

Lappaeque  tribulique  interque  nitentia  culta 

Infelix  lolium. 
Hère  the  copyist  has  obviously  blundered,  for  'labet'  should  be  'lappae' 
and  gloiatou  can  only  refer  to  'nitentia.'  Compare  0.  W.  gloiu,  now 
gloyw,  gloew,  'limpidus,'  'lucidus,'  Kuhn's  Beitr.  IV  411,  0.  Ir.  glé, 
Z.2  57,  105.  For  the  suffixef.  ung-coffat  *■  co-utennus,' cleizyat  'mantinus' 
i.  e.  scaeva,  -guilai  'hilaris,'  girat  'lamentabilis,'  Z.2  842. 

1 5.  cofinus  uel  cauell  (gl.  uannus).  See  above,  No.  6. 

16.  limncollin  (gl.  tilia),  pi.  limncollou  (gl.  tiliae),  infra  No.  32.  Thèse 
are  compounds  oilimn  (gl.  lentum),  infra  No.  50  =  W.  llyfn  'smooth,' 
Ir.  slemon  (slemna  gl.  levia  Z.2  776),  slemain  'lubricus'  (ex  'slibna, 
*slibni)  and  coll-in,  coll  (ex  ¥cosla)  =  W.  collen,  coll  'hazel,'  Z.2  791, 
Kuhn's  Beitr.  VII  396. 


Old-Breton  Glosses.  351 

17.  a  cronnmain  (gl.  cylindro).  Hère  a  is  the  préposition  already  noti- 
ced  (No.  7),  and  cronnmain,  a  compound  of  cronn  'round,'  0.  Br.  cron 
(gl.  tornatili)  Lux.,  0.  W.  crunn,  Kuhn's  Beitr.  Vil  391,  0.  Ir.  cruind, 
and  main  'stone,'  now  maen,  Corn,  men,  W.  maen,  Kuhn's  Beitr.  IV  404. 

18.  caubal  (gl.  lembum).  Borrowed  from  the  Latin  caupulus,  like  W. 
ceubal  'ferry-boat,'  'skiff'  (0.  W.  coupalva  'ferry  place',  Lib.  Landav. 
p.  142),  Old-Northumbrian  cuople  'navicula,'  and  Scotch  coble  'a  small 
fishing-boat.' 

19.  iruch  (gl.  obtusi).  Borrowed  from  the  Latin  truncus,  like  Mid.  W. 
truch,  Kuhn's  Beitr.  IV  423,  now  trwch.  The  Mod.  Br.  trouc'h  is  used 
only  as  a  substantive,  meaning  'coupe.'  The  Corn,  trech  glosses  truncus, 
Z.2  1077. 

20.  ser  uel  sest  (gl.  fiscina,  'a  small  basket  of  wickerwork,'  'a  mea- 
sure  for  milk').  Hère  I  think  ser  must  be  borrowed  from  the  Latin  séria 
'jar.'  Possibly,  however,  it  is  a  mistake  of  the  scribe  for  per  'bassin' 
'chaudron'  =  W.  pair,  Ir.  coire  ex  *kvapria.  The  other  word  cest,  now 
kest,  'corbeille,'  'panier,'  is,  like  W.  cest  'a  narrow-mouthed  basket,' 
borrowed  from  Lat.  cista.There  is  a  W.  cist  in  Y  Seint  Greal  99.  It  is 
also  found,  spelt  kist,  in  Salesbury's  Dictionary,  A.  D.  1 547. 

21.  scobarnocion  (gl.  auritos),  pi.  of  scobarnoc  'auritus'  =  now  skouar- 
nec  'hare,'  Corn,  scouarnoc  (gl.  lepus),  W.  ysgyfarnog,  and  (if  it  be 
genuine)  O'Reilly's  sciberneog.  The  stemwordis  scovarn,  Mid.  Br.  scouam 
'ear,'  now  skoarn,  (Corn,  scouarn  (gl.  auris),  scovern,  scoforn,  Mid.  W. 
eskeuarn,  now  ysgyfarn.  Thèse  words  hâve  nothing  to  do  (as  Prof.  Win- 
disch,  Kuhn's  Zeitschrift  XXI  429,  supposes)  with  the  root  sku  'schauen' 
or  the  Gr.  y.oï,  ebwùet.  They  are  apparently,  as  Prof.  Bugge  sug- 
gests,  loans  from  the  Latin  caverna.  For  the  meaning  he  compares  Pliny 
N.  H.  XI  50,  1  :  'cavernas  habere  aurium  loco.'  The  s  is  prosthetic,  as 
in  sclacc  =  Fr.  'glace,'  sclaer  =  Fr.  'clair.'  For  the  0  he  compares 
Port,  covo  'hollow,'  cova  'hole,'  and  other  words  in  Schuchardt's  Voca- 
lismus  I  178.  For  the  b  of  scobarnoc  he  compares  Bret.  bénin,  bilen, 
bisaig,  beronic,  rambre. 

22.  iscartholion  (gl.  stupea).  Plural  of  an  adj.  iscarthol,  formed  like 
broolion,  coarcholion  (infra  Nos.  45,  46).  The  substantive  iscarth  is  = 
W.  ysgarth  'offscouring,'  'excrétion,'  0.  Ir.  escart  gl.  peripsema,  i.  e. 
nepi(|tt)(Aa)  Z.2  800,  Mid.  Ir.  escart  (gl.  scupa,  leg.  stuppa),  Ir.  Gl.  No. 
254.  From  the  prefix  is,  W.  es-,  ys-,  Z.2  904,  Ir.  es-  and  carth  now 
karz  'raclure,'  'ordures,'  W.  carth  'hemp,'  'tow,'  'oakum.' 

23.  daureth  (gl.  foedam).  The  context  is  «  Et  fœdam  glomerant  tem- 
pestatem  imbribus  atris.  »  This  is  obviously  cognate  with  douretit  infra 


532  Old-Breton  Glosses. 

No.  64  and  possibly  with  the  0.  W.  dâfraud  in  the  phrase  dâfraud  atuis 
Juvencus,  pp.  2,  18,  Kuhn's  Beitr.  IV  390,  VII  412,  where  atuis  is 
perhaps  the  0.  Ir.  athiss  'opprobrium.'  I  conjecture  that  it  stands  for 
"drauâd,  dravâja,  a  derivative  from  the  root  dru,  whence  also  the  Welsh 
drewi  'olere,'  'foetere,'  Rhys,  Rev.  Celt.  i.  368. 

24.  guilannou  (gl.  fulice  i.  e.  fulicae  'coots'),  pi.  of  guilann  =  Mid. 
Br.  goelann  'ulula'  Cath.,  now  gwélan,  goélan,  gollan,  Corn,  guilan  (gl. 
alcedo)  =  Ir.foilenn,  Z.2  778.  Ail  from  a  root  meaning  to  wail,  M.  Br. 
goelaff,  now  gwéla  (W.  gwylaw,  gwylo  is  of  doubtful  authenticity).  The 
words  under  notice  hâve  furnished  two  of  the  rare  Celtic  loanwords  in 
English  and  French,  namely,  Eng.  gull  and  Fr.  goéland. 

25.  corcid  (gl.  ardea),  Mid.  Br.  quercheiz,  Cath.,  now  kerc'heiz,  Corn. 
cherh.it  i.  e.  kerhith,  W.  crychydd.  If  corcid  is  not  a  scribe's  mistake  for 
cerchid,  the  e,  y  in  the  forms  just  cited  must  hâve  sprung  from  0,  and 
Professor  Bugge  may  be  right  in  comparing  the  Gr.  vwpvwpaç,  Fick?, 
141.  The  0.  H.  G.  hreigir,  N.  H.  G.  reiher  A.  S.  hrâgra,  0.  N.  hegr. 
(for  hreigri)  may  possibly  be  cognate. 

26.  cornigl  gl.  cornix).  A  loan  from  Lat.  cornicula.  One  would  hâve 
expected  cornicl  as  articl  from  articulus,  Z.2  817. 

27.  bocion  (gl.  putres).  See  above,  No.  13. 

28  racloriou  (gl.  proscenia),  pi.  of  raclaur  'proscenium/  a  compound 
of  the  prep.  rac  'before,'  Corn,  rak,  rag,  W.  rac,  Z.2  677,  678,  679, 
now  rhag  (Skr.  prâk,  Ebel),  and  laur  (gl.  solum)  Z.2  1054,  Mid.  Br. 
laur,  Buhez  Mabden,  280,  leur  'aère,'  'aéra'  Cath.,  now  leur  'sol,' 
'aire/  Corn,  lor  (gl.  pavimentum  vel  solum),  W.  llawr,  Ir.  Idr.  Thèse 
words  hâve  ail  probably  lost  initial  p,  and  are  identical  with  A.  S.  flôr, 
Eng.  floor,  N.  H.  G. /?ur. 

29.  luscou  (gl.  oscilla).  The  context  is 

tibique 
Oscilla  ex  alta  suspendunt  mollia  pinu.  (G.  2,  389), 

and  hère,  of  course,  oscilla  is  the  pi.  of  oscillum,  the  littlemasks  of  Bac- 
chus  hung  up  in  vineyards.  But  the  glossographer  obviously  took  it  to 
be  the  pi.  of  oscillum  'a  swing  /  for  luscou  is  the  pi.  of  lusc,  which  is 
cognate  with  the  modem  luska  'osciller/  luskelladur  'oscillation/  Mid. 
Br.  quej-lusqui  'remuer/  'tressaillir'  Poèmes  Bretons,  204.  The  Corn. 
lesk  'a  cradle/  Lhuyd,  Arch.  Brit.  53,  s.  v.  cunabula,  69  s.  v.  incuna- 
bula,  is  perhaps  cognate.  The  Irish  Huska1  and  'leinv-lusca,'  which 
Lhuyd  also  quotes,  are  to  me  unknown.  But  the  Ir.  luascad  'a  rocking/ 
luascach  'waving/  luascan  'cradle'  may  be  cognate.  Chevallet  connects 


Old-Breîon  Glosses.  333 

the  Fr.  locher  with  thèse  words.  But  Littré  prefers  Diez's  etymology 
from  MHG.  liïcke  'loose1.' 

30.  discou  'gl.  lances),  pi.  of  dise,  borrowed  from  disons.  Hence  also 
Ir.  lesc  (gl.  lanx  Sg.  20a,  AS.  dise  'dix  ,  Engl.  dish.  From  the  diminu- 
tive  disculus  cornes  W.  discl  igl.  lance)  Juvencus,  p.  59,  Mid.  W.  dysgyl, 
Y  Seint  Greal  144. 

31.  ethin  [gl.  rusci).  The  ms.  has  'Exiguum  rus  rusci  id.  inculti  agri 
ruse  ethin.  See  above,  No.  8. 

32.  limncollou   gl.  tiliae  .  See  above.  No.  16. 

33.  ercentbidiîe  (gl.  notabis  .i.  agnosces  uel  signabis).  Hère  er-  is  the 
particle  found  in  em-er-bedaf,  but  generally  written  ar,  Corn,  ar-,  er-, 
yr,  W.  ar-  Z2  900  :  cent  another  prefix  from  canî  Z.2  901  ==  v.y-i  ;  and 
bidite  is  =  the  Corn,  bythyth  feris,'  Z.2  5  56,  W.  bydy,  with  suffixed  te 
ofthepron.  of  the  2d  sg.  Z.2  370,  507.  The  corresponding  verb  in 
Welsh  is  arganfot  Z.2  574.  907,  arganuoî,  Y  Seint  Greal  272,  now 
arganfod  'to  behold/  'to  discover,'  *to  perceive.'  The  Irish  cognate 
seems  cétbuith,  cétbuid  'sentire/  'sensus,'  Z.2  992,  =  W.  canfod. 

34.  atianoc  .i.  clehurin  gl.  musca  uolitans  .  Hère  aitanoc is  for  atanoc, 
pi.  aianocion  gl.  alligeris  in  the  Luxemburg  glosses.  The  cognate  Welsh 
adjectives  are  adnog,  adeiniog  'winged/  both  derived  from  jfa/z'penna,' 
pi.  ataned,  an  older  form  of  which,  etn  (=  Ir.  en  .  is  preserved  in  the 
gloss  etn-coilhaam  'gl.  aspicio  Eutych.  6  b.  Thèse  words  hâve  ail  lost 
initial  p  and  are  connected  with  ~i-z\j.r.  and  other  words  treated  by 
Curtius  G.  E.  No.  214.  clehurin  is  the  Mid.  W.  cleheren  'tabanus,'  now 
clyryn,  cleren  'fly.'  Salesbury  has  also  kreyren  'a  brese'  and  kryeren  'a 
gad  flye.' 

3$.  meid  uel  cosmid  (gl.  sérum).  Hère  meid  is  =  Corn,  meiîh  Lhuyd, 
Arch.  Br.  149e,  2892  ,  W.  maidd,  Ir.  medg  'whey,'  and  cos-mid  is  W. 
caws  maidd  'whey-curds  :'  cos,  now  kaouz,  W.  caws  'cheese,'  cosyn  'a 
cheese,'  Ir.  edise,  are  ail  borrowed  from  the  Latin  câseus. 

36.  huital  uel  uerrucae  gl.  pabule  i.  e.  papulae  ,  the  collective  to 
*huitalenn,  W.  chwydalenn  'blister.'  The  Mid.  Br.  huedaff  now  c'houéda, 
and  W.  chwydu  'to  vomit/  are  cognate.  So,  as  Prof.  Bugge  remarks. 
Lat.  vomica  is  cognate  with  vomo. 

37.  cocitou  [gl.  intiba  .  Notwithstanding  the  différence  of  meaning 
between  cicuta  and  intybum,  this  should,  I  think,  be  cecitou  (gl.  intyba  , 
where  cecitou.  is  the  pi.  of  cecit,  now  kegid,  borrowed,  like  W.  cegid, 

1 .  I  am  indebted  to  M.  Loth  for  the  following  note  :  «  Le  mot  usité  dans  le  dialecte 
de  Vannes  pour  dire  'bercer'  est  huchellat  qui  nous  reporte  à  uscellat  [=  oscillare  ,  les 
Vannetais  prononçant  se  devant  e  et  i  ch  (à  la  française).  » 


Rev.  Celt.  IV 


23 


3$4  Old-Breton  Glosses. 

Corn,  kegaz,  from  the  Latin  cicïïta.  The  scholia  Bernensia  hâve  «  Intuba 
quod  intus  cava  sint  quasi  tuba  ».  The  stalks  of  the  cicuta  or  hemlock 
are  hollow  :  see  Lucr.  5,  1 382,  Verg.  E.  2,  36.  Professor  Bugge  prefers 
to  connect  cocitou  with  W.  cccys  'plants  with  hollow  stalks,'  [whence 
Eng.  Icex  /]  ceccysen  'canna/  Davies,  and  cêg  'throat'  =  Ir.  scôig.  But 
this  last  seems  the  Br.  chouc,  'on  lit  scouc  dans  un  ancien  ms.'  (Le  Pel- 
letier) ' . 

38.  tar  (gl.  uentrem).  This  gloss  stands  over  the  word  'nec' in  the 
Une  Cresceret  in  uentrem  cucumis,  nec  sera  comantem.  It  must  refer  to 
'uentrem'  and  is  =  the  Ir.  tarr,  Mid.  Br.  torr,  Corn,  and  W.  tor  :  it 
reoccurs,  spelt  tor,  infra,  No.  71. 

39.  ueruencou  (gl.  uerbenas).  A  loanword  from  Lat.  verbena.  The  c  is 
perhaps  to  be  compared  with  the  g  of  the  Corn,  tivul-g-ou,  Z.2  847. 

40.  satron  uel  guohi  (gl.  fucos).  Hère  satron  is  the  collective  of  the 
singulative  satronenn,  Mid.  Br.  sardonenn  'bourdon,'  'assillus/  'fuscus' 
(leg.  fucus)  Cath.,  now  sardonenn  'frelon,'  'taon'.  The  Cornish  sudronenn 
(gl.  fucus)  should  apparently  be  sadronenn. 

guohi.  The  singulative  of  this  is  *guohienn  =  Corn,  guhien  (gl.  vespa). 
The  Lat.  vespa,  Ch.  Slav.  vosa,  O.  Pruss.  wobse,  Lith.  vapsà  seem 
cognate  :  cf.  uher  in  Corn,  gurîh-uher  =  vesper. 

41.  duglas  (gl.  ceruleus)  is,  like  W.  dulas,  Ir.  dubglass,  a  compound  of 
du,  Ir.  dub  (=  "dugva,  dunkel)  and  glas  'viridis'  (gl.  glaucum)  Lux. 
cognate  mlhglastum,  Kuhn's  Beitr.  IV  398,  VII  389. 

42.  aninou  uel  acepriou  (gl.  laquearibus) .  The  context  (Aen.  I  726)  is 

dépendent  lychni  laquearibus  aureis 
Incensi. 

As  to  the  prep.  a  before  the  ablative,  see  No.  7,  supra.  Ninou  is  the 
pi.  of  nin  =  W.  nen  'ceiling,'  'vault/  'roof,'  'the  heaven.'  nen  îuy 
'toppe  of  a  house,'  (Salesbury).  Corn,  nen-brenn  (gl.  laquear),  Bret.  nein 
'sommet,'  ''faîte,'  'âme/  'comble.'  There  is  an  Irish  nion  (leg.  nin), 
which  O'Reilly  explains  by  'Heaven,  the  expanse  or  firmament',  and 
which  he  exemplifies  by  ' Patîraicc fri  heasgnamli  Ninne'  (leg.  nine)  'Patrick 
when  ascending  to  heaven.'  This  may  be  the  Irish  cognate. 

cepriou  (=  cepriou  gl.  tignae,  Luxemburg  Gl.)  is  the  pi.  of  cepr,  Mid. 
Br.  quepr,  'chevron',  now  kébr  m.,  Corn,  keber  (gl.  tignum),  W.  cebr, 
from  Med.  Lat.  caprio,  a  derivative  from  caper,  as  Fr.  chevron  = 
caprionem. 

43.  bodin  (gl.  manus).  The  context  (Aen.  II  29)  is 

1.  Poèmes  bretons,  p.  181,  s.  v.  chouc.  Salesbury  has  kegiden  ne  kegyssen  'keckes.' 


Old- Breton  Glosses.  3  3  5 

Hic  Dolopum  manus,  hic  saevus  tendebat  Achilles, 
Compare  bodin  (gl.  phalangem)  Lux.  pi.  bodiniou  (gl.  phalanges),  Mid. 
W.  bydin,  Z.2  90,  Ir.  buiden,  Kuhn's  Beitr.  II  174.  Root  bhadh. 
44.-/  hepcorim  (gl.  cassum).  The  context  fAen.  II  85)  is 

nunc  cassum  lumine  lugent. 
Hère  i,  for  in,  is  the  préposition,  later  en,  and  hepcorim  is  an  abstract 
substantive,  formed  like  diprim  Z.2  821,  molim,  etc.  and  =  Mod.  W. 
hebgori  'to  dispense  with,'  'to  put  aside,'  'to  omit.'  It  is  compounded  of 
hep,  the  préposition  meaning  'without,'  Z.2  679,  W.  heb,  Ir.  sech,  Lat. 
secus,  compar.  sequius,  and  corim  —  Ir.  cor  'to  put,'  'to  cast.' 

45.  broolion  (gl.  patrias),  pi.  of  brool,  a  deriv.  from  bro  ■==■  W.  fcro 
'land/  'brogae  Galli  jgrum  dicunt'  Z.2  207  :  0.  Ir.  mrug  =  0.  N.  mô'/i, 
Zend  merezu  and  cognate  also  with  Lat.  margo  and  Goth.  marka. 

46 .  coarcholion  (gl.  canabina).  The  ms.  has  uincula  .i.  canabina  .i. 
coarcholion.  This  is  the  pi.  of  coarchol,  a  derivative  from  coarch  now 
[in  Vannes]  koarc'h,  kouarc'h,  Corn,  kûer,  W.  cywarch  'hemp,'  'flax.' 

47.  liberiou  uel  stloiiprenou.  Prof.  Hagen  says  that  this  gloss  is  on  the 
margin  v.  2  36  of  the  second  book  of  the  Aeneid  over  the  words  «  Lapsus 
siue  rotunda  ligna  quae  rôtis  subponuntur.  »  The  context  is 

235.  Accingunt  omnes  operi,  pedibusque  rotarum 
Subjiciunt  lapsus. 

'They  put  the  runnings  of  wheels  under  its  feet  ;' 
and  to  the  rollers  over  which  Sinon's  horse  was  dragged  into  Troy  the 
glossographer  doubtless  refers.  As  to  libiriou,  pi.  of  libir,  I  think  the 
second  i  is  an  irrational  vowel  and  that  libir  should  be  equated  with  the 
Mod.  W.  llyfr,  which  occurs  in  the  phrase  llyfr  car  'that  part  of  a  drag 
which  is  on  the  ground.'  It  is  just  possible  that  Gr.  cA'.cpcç,  0.  H.  G. 
sleffar  may  be  connected  with  this  llyfr. 

In  stloitprenou,  we  hâve  a  compound  of  stloit  for  sloid  (A.  S.  slidan, 
Eng.  to  slide,  O.  Norse  sledhi  'schlitten,  Fick?  III  359)  and  prennou  pi. 
oî  prenn,  Corn,  prenn  (gl.  lignum),  Ir.  crann,  Lat.  quernus.  Our  stloit, 
like  the  Ir.  slaod  'sledge,'  W.  ysled,  Corn,  slodyys,  0.  2318,  appears 
to  be  a  loan-word.  From  stloit  descend  the  modem  stlej  'rampement,' 
stleja  'ramper,'  stlej  et,  stlej  uz,  the  final  f  becoming  the  lingual  sonant 
spirant,  as  in  ruejou  infra  No.  56,  egenn,  nigal,  and  pinigen. 

For  the  intercalation  of  t  betwenn  s  and  /,  cf.  s-t-labez  'ordure,' 
s-t-laon  'anguille',  W.  slywen  'schlange'. 

48.  pritiri  (gl.  iactura).  The  context  is  'facilis  iactura  sepulcri,'  'the 
loss  of  a  tomb  will  fall  on  me  lightly  ;'  over  iactura  is  written  'dampnum 
vel  pritiri  .i.  proiectio  mea  in  sepulchro'.  The  glossographer  seems  to 


5  36  Old-Breton  Glosses. 

hâve  regarded  Lictura  as  possibly  meaning  'considération'  (cf.  iactantem 
pectore  curas,  Aen.  I,  227).  For  pritiri  is  the  modem  pridiri  'soin,' 
'souci,'  'sollicitude,'  Mod,  W.pryderi  'anxiety,'  'deep  thought:'  cf.  0. 
W.  preteram  (gl.  perpendo). 

49.  doromantorion  ''gl.  auspicibus  .i.  considerantibus).  Hère  do  is  the 
Bret.  and  Corn,  form  of  the  préposition  =  W.  di,  Ir.  du,  do,  and 
romantorion  the  pi.  of  *romantor,  which  Prof.  Bugge  equates  with  the 
Lat.  praemonitor.  The  ro  (W.  rhy-,  Lat.  pro)  hère  corresponds  with  Lat. 
prae-j  as  in  W.  rhy-farnu  'to  prejudge,'  'prae-judicare.' 

50.  cnoch  (gl.  tumulus).  This  is  the  Mid.-Br.  knech,  quenech,  quene- 
chenn,  now  kréac'h  'montée,'  'tertre,'  'petite  montagne/  W.  cnwc 
'hump,'  'hillock,'  Ir.  cnocc.  Zeuss  connects  the  last  mentioned  word  with 
W.  cwnwg  'summitas,  culmen,'  erchyniad  'elevatio,'  cwn  'summitas,' 
'altitudo,'  and  the  names  Cuno-bilinus,  Cuno-tamus,  Cuno-maglus, 
Maglo-cunus,  'Ap-xuvia  (5pr)),  Hercynia  silva,  Her-cuniates ,  G.  C.2 
praef.  vij.  92,  10 1. 

5 1 .  Umn  (gl.  lentum).  See  above,  Nos.  16,  32,  and  compare  gur-limnn 
(gl.  delinitiy,  Orléans  ms. 

52.  esceilenn  (gl.  cortina).  The  Latin  word  means  the  round  slab  on 
which  the  Pythia  sat.  But  hère,  as  in  the  Old  Welsh  gloss  lenn  (gl.  cor- 
tina) Mart.  Cap.  Kuhn's  Beitr.  vij  409,  cortina  is  understood  to  be  a 
'curtain'  (kvelum  ex  pelle',,  and  esceil-enn  is  a  singulative  form,  cognate 
with  the  Mid.  Ir.  scàil  'shade,'  'phantom'  and  the  modem  Gaelic  scdil 
'veil,'  'curtain.'  For  the  prosthetice,  so  rare  in  Breton,  compare  E-sco- 
marc  and  ester,  Rev.  celtique,  III,  409. 

5  3.  nionuret.  The  context  is 
.     .     idem  uenturos  (.i.  nos)  tollemus  in  astra  nepotes. 

'We  it  is  that  will  raise  to  the  stars  the  descendants  that  shall  corne 
after  y  ou.' 

Hère  ni  is  'we,'  Z.2  369,  on  is  the  possessive  pron.  of  the  first  person 
pi.  Z.2  383,  and  uret  may  be  an  abstract  noun,  a  mistake  for,  or  a  cor- 
ruption of,  unet,  W.  unyd,  meaning,  as  a  substantive,  'unitas,'  or,  as  an 
adverb,  'as  one,'  'like,'  'the  same  as.'  Compare  the  Mod.  Bret.  phrase 
ni  hon  unan  'nous  mêmes.'  Another  conjecture  is  that  uret  is  derived 
from  ur  =  the  Irish  infixed  pronoun  or  '  :  that  they  hâve  each  lost  n  in 

1.  The  following  examples  will  suffice  :  con-or-tinoltar  (gl.  locemur)  L.  H.  38  (Goid. 
là  éd.  64.  where  it  is  wrongly  explained)  :  ragmuidne  at  degaid  isin  muir  con-or-baiter 
and  «  we  will  go  after  thee  into  the  sea,  so  that  we  may  be  drowned  there,  »  H.  2.  16, 
col.  371  :  After  the  partides  no  and  ro  :  nor-forraig  do  gleo  garb  glè  ror-briss  is  ror- 
buaidre,  LL.  50  b.  1.  Compounded  with  the  prep.  do  :  no-dar-be-ne  .i.  biaid  linne, 
«  we   shall  hâve,  »  O'Cl.    Gl.   The  corresponding  form  of  the  2d  pers.  pi.  bor,  bar  is 


Old-Breton  Glosses.  $37 

anlaut  (like  Br.  effou,  azr,  Ormant  :  Ir.  ace,  dru  ex  *naghran,  eas,  eascu, 
Uaclwngbail,  uimir)  ;  and  that  they  may  accordingly  represent  an  Old 
Celtic  no-r,  just  as  the  Ir.  bor,  bar,  far  'you,'  for-n,  bor-n,  far-n  'your' 
may  stand,  respectively,  for  vo-r  and  vor-n.  The  most  probable  hypothe- 
sis  is  that  the  copyist  has  misread  the  n  of  unet  as  r. 

54.  libiriou  (gl.  transtris).  Prof.  Bugge  thinks  that  the  glossographer 
may  hâve  regarded  transtra  as  meaning  «  quaecunque  tigna  in  piano 
transversum  posita.  »  It  has  also  been  conjectured,  with  some  probabi- 
lity,  that  libiriou  is  a  mistake  for  dibiriou  pi.  of  dibir,  now  dibr,  Corn. 
diber  (gl.  sella),  W.  dibyr.  Possibly,  too,  it  may  be  a  mistake  for  libir- 
nou  =  the  Ir.  liberna  'galleys',  which  occurs  in  LB.  119  b,  and  is  a 
loan  from  the  Latin  liburna. 

$5.  deleiou  (gl.  antemnaruml.  Plural  of  dele,  now  délez  'vergue  ou 
antenne,'  'hors  de  Léon  délé,'  Legon.,  Corn,  dele  (gl.  antempna)  Z.2 
1070,  Ir.  deil  'rod/  Goid.2  176,  del,  Corm.  s.  v.  Caindelbra. 

56.  guinodroitou  (gl.  plagae).  A  compound  of  guinod,  borrowed  from 
Lat.  venatus  (as  Mid.  Br.  guiznezl,  guinhezl,  Mod.  Br.  gwénaer,  gwinaer 
from  Lat.  venaîor)  and  of  roitou,  Mid.  Br.  roedou  Z.2  98,  287,  now 
rouejou,  pi.  of  roit,  roet  Cath.,  Corn,  ruid  fgl.  rethe),  Mid.  Corn,  ros, 
D.  54,  W.  rhwyd,  ail  borrowed  from  Lat.  rite. 

$7.  guinuclou  .i.  lanceae  uenatrices  (gl.  uenabula),  pi.  of  guinucl, 
from  the  same  root  as  guinod,  No.  56.  But  the  suffix  -ucla  is  Celtic  and 
is  found  also  in  W.  mynwgl  'collum/  Z.2  820  =  Ir.  muinél. 

58.  utgurtheoneti.  (gl.  obnixus  .i.  perdurans  .i.  contra  nisus)  ;  the 
context  is 

Ille  Iovis  monitis  immota  tenebat 
Lumina,  et  obnixus  curam  sub  corde  premebat. 
This  seems  a  mistake  for  utgurthconeîic,  the  part.  prêt.  pass.  (hère  used 
with  an  active  meaning)  of  a  verb  *ut-gurthconam,  compounded  with 
two  prépositions  ut  for  ud,  Ir.  ud  (in  ucu  ex  ud-gu),  od,  Z.  2  878,  885, 
Skr.  ud,  in  Gr.  Scxepoç  ex  uo-xepe-.  Goth.  ûî,  0.  H.  G.  ùz,  N.  H.  G. 
aus,  and  gurth  Z.2  682,  905,  0.  W.  gurt,  Z.2  1057  =  Ir.  fort,  frith  Z.2 
87$,  Lat.  versus.  As  to  conam  Prof.  Bugge  puts  it  with  the  W.  cynu 
'surgere,'  erchynu  'elevare/  'exaltare,'  Z.2  92,  895.  It  seems  to  occurs 
in  anguoeonam  (gl.  lacto  ',  not  'vigilo,'  as  printed  in  Z.2  1054).  Astothe 

exemplified  in  Rev.  Celtique  III,  9$  :  do-bor-fieba,  LU.  15  a,  ro-bor-fieba,  84  a,  ro-bar- 
cured  84  b,  ar-nach-bar-accaister  85  a,  do-for-fuc,  ro-bar-bia,  LL.  197,  a.  2,  do-bar- 
beraid,  LL.  46,  b.  2,  ro-bar-tinoil  LB.  8  a,  do-bar-ruachtadar,  Leb.  Buide  Lecain, 
col.  647,  to  which  may  be  added  ro-far-cruthaigfe,  LB.  184  a.  b,  ro-bar-diminigsebar, 
LB.  184  b. 

1.  Lactare.  deficere  in  pondère.    -  Ducânge. 


338  Old-Breton  Glosses. 

termination  in  etic  (the  regular  form  in  Old  Welsh,  now  edig);  cf.  deh- 

louetic  infra  No.  67  and  the  pi.  craseticion  <gl.  spisis,  leg.  spissis)  in  Lux. 

II.  —  GLOSSES  IN  AMALARIUS. 

59.  amsauath  (gl.  uicarius).  The  context  is  :  «  quasi  ergo  ante  iudi- 
cem  sic  ante  sacerdotem  quia  uicarius  Xti.  dni.  [Christi  Domini]  est.  » 

The  root  of  this  word  seems  sta  ^Curtius,  No.  216),  whence  stam  (Ir. 
se  ssam)  sam,  sav  now  sao  'posture  d'un  corps  qui  est  debout,  élevé.'  The 
termination  -ath  for  -at  as  in  lagat  'oculus,'  Z.2  839  :  the  prefix  ant- 
hère signifying  variety  or  interchange,,  as  in  W.am-liw,  am-ryw,  am-gen, 
Z.2  897.  M.  Loth  says  that  «  amzaw  s'emploie  encore  dans  le  bas-van- 
netais  dans  le  sens  de  capable  de.  » 

60.  blinder  (gl.  segnitia)  =  Mid.  W.  blinder  'fatigatio,'  Z.2  829  :  a 
derivative  from  blin  'fatigatus,  'lassus,'  'defessus/  which  Prof.  Bugge 
regards  as  a  participle  pass.  in  na  (Kuhn's  Beitr.  VII  67)  =  Skr.  glana 
'erschôpft,'  'fordone.'  For  the  formation  by  der  cf.  breinder  'putredo/ 
berrder  'brevitas,'  etc.  Z.2  829. 

61.  camadas  (gl.  habilis).  The  context  is  :  «  qui  secundum  uerba 
sancti  Gregorii  semet  ipsum  metitur  ipse  habilis  est.  »  This  is  the  0.  W. 
cimadas  (gl.  par),  Kuhn's  Beitr.  Vil  390,  now  cyfaddas,  the  Ir.  comadas 
'fitting,'  'meet/  Z.2  994,  from  corn-  and  adas,  W.  addas. 

62.  Non  minus  nahulei  uel  int  coucant  (gl.  Nihilominus)  in  caeteris 
operibus  quantum  segregetur.  In  nahulei  =  the  nahu  seems  now  naou  in 
naouac'h  'néanmoins,'  where  na  is  the  négative;  but  I  cannot  ex- 
plain  the  -hu.  The  lei  (like  liai  in  W.  nid  m-llai),  Corn,  le,  Ir.  laigiu 
is  =  £Ai(7<TG>v.  The  adverb  int  coucant  is  Mid.  Br.  cougant  'certainement,' 
Poèmes  Bretons  du  Moyen  Age,  3,  248,  266,  279.  W.  yn  geugant,  ceugant 
'certo,  certus,'  addew  yn  geugant  'certo  promittere,'  ar  peth  yn  angheu- 
gant  '  re  incertâ  et  dubiâ/  ceugant  yw  angaw  'certa  est  mors,'  Davies. 
The  prefix  int  =ent,  No.  63,  is  =  the  Greek  èni  'like,'  in  àv^îouXoç, 
àvcfôeoç,  (JcvïCtomç.  In  Welsh  and  Cornish  it  assumes  the  form  in,  yn, 
Z.2  615. 

III.  —  COLLATIO  CANONUM,    FIRST  COPY  . 

63.  enterafoh  (gl.  inopportunius). 

64.  heuanemdoguo  (gl.  se  ingeritj . 

The  context  is  :  «  sic  is  qui  ultro  ambit  uel  inopportunius  se  ingerit 
procul  dubio  est  repellendus.  » 

In  the  former  gloss,  enterafoh  must  be  an  adverb  in  the  comparative 
degree,  translating  'inopportunius,'  just  as  W.  yn  gallach  Z.2  298,  is 


Old-Breton  Glosses.  339 

the  équivalent  of  'fortius'  :  the  positive  {ent-eraf,  teraf?)  is  obscure  to 
me.  Possibly  teraf  stands  for  taerab  cf.  W.  araf  =  Arabus  Z.2  83  yt 
cognate,  with  the  Mod.  Bret.  téar  'vif,  prompt,  impétueux.'  W.  taer, 
which  Bugge  equates  with  0.  Bactr.  tighra  'keen.' 

In  heuan  em-d,  \ve  hâve,  first,  ev  the  Mid.  Br.  ejf,  Z.2  372,  now  hen, 
0.  W.  em,  Skr.  ama,  and  then  an-em  the  Mid.  Br.  en-em  in  d-en-em 
diffen  'ad  sedefendendum,'  M.  J.  179  a,  where  émis  the  common  prefix 
used  to  form  reflexive  verbs,  Z.2  899. 

doguo  is  either  for  dogou,  later  dougo,  the  3d  sg.  près,  conjunctive 
of  dougaf  —  to  be  compared  with  early  Wesh  forms  in  -wy  and  oe 
like  guledichuy  'dominetur,'  cothwy  i.  e.  coddwy  'laedat,'  dlgonwy  'faciat,' 
carwy  'amet,'  rodwy  'det,'  syllwy  'videat,'  catwy  'servet,'  and  creddoe 
'credat'  (Evander  Evans  in  Arch.  Cambr.  April  1873,  p.  1 48  ,  or  the 
beginning  of  some  verb  compounded  with  the  two  prépositions  do  and 
guo,  like  doguomisuram,  doguorenniam  Z.2  907.  If  the  latter  conjecture 
be  right,  we  may  perhaps  supply  the  wanting  letters  thus  :  doguodouc, 
where  doue  is  the  third  sg.  près,  indic.  act.  of  the  verb  dougaf  'porto,' 
Z.2  583  :  cf.  dodocetic  igl.  inlatam)  Lux.  64. 

65.  douretit  amgruit  (gl.  turpi  lucrum'i.  The  context  is  :  «  diaconos... 
non  multo  uino  deditos  non  turpi  lucrum  sectantes  »  and  the  Breton 
words  appear  to  mean  'baseness  of  gain.' 

As  to  douretit  —  the  ms.  has  dour&it  —  it  seems  an  abstract  noun 
formed  from  theadj.  douret  =  daureth  (gl.  foedam^,  see  No.  23.  As  to 
amgruit,  it  is  perhaps  =  emgruit  gl.  questionem  in  the  Orléans  ms.  where 
the  glosser  seems  to  hâve  mistaken  questionem  for  quaestum. 

66.  id  costadalt  (gl.  aeditui  aeclesiarum/  ;  hère  id  stands  for  lid  est,' 
and  costad-alt  is  an  improper  compound  like  mel-gabr  supra,  No.  2)  of 
costad,  a  loan  from  Lat.  custos,  custodis,  and  ait  =  Ir.  ait  À.  teach 
'house/  O'Dav.  54,  whence  ailtire  A.  saor  denma  tighi,  ibid.  Prof.  Bugge 
compares  the  Med.  Latin  custos  ecclesiae  =  aedituus,  also  custos  basili- 
cae,  sacrarii,  altaris  (Du  Cange),  0.  Fr.  coustre  "sacristain/ OHG.  custor, 
NHG.  kiïster. 

67.  dehlouetic  (gl.  accommodata).  The  context  is  :  «  uox  lectorum 
simplex  est  et  clara  pronuntiationis  genus  (uel  generi)  accommodata.  » 
Vicomte  de  la  Yillemarqué  suggests  that  this  gloss  may  be  =  W.  delwe- 
dig,  prêt.  part.  pass.  of  delwi  'to  form,'  'to  fashion,'  a  denomina- 
tive  from  delw  "figura,'  'forma,'  (0.  W.  delu  gl.  numismatis  Juv.  80),  Ir. 
delb.  This  leaves  the  h  (for  ch?)  unexplained.  I  butthink  weshould  read 
dech-louetic,  and  compare  with  the  latter  élément  of  this  compound  the 
Orléans  gloss  doguolouit  (gl.  redegit)  and  the  Luxemburg  douolouse  (gl. 


340  Old-Breton  Glosses. 

depromis).  The  dech  may  possibly  be  a  compound  préposition  =  de 

+  ach. 

68.  amuoet  (gl.  fastu).  The  context  is  :  «  multi  clericorum  ieiunant 
fastu  superbie  ex  propriis  suis  nihil  largientes  egenis.  »  Hère  a  is  the 
préposition  used  to  express  the  ablative  (No.  7)  and  muoet  for  mouet  is 
=  the  Ir.  miad  (gl.  fastus)  Sg.  106b.  This  is  cognate  with  \).zXooq  and 
the  other  derivatives  from  the  root  smi  given  by  Curtius  G.  E.  No.  463. 
For  the  development  of  meaning  cf.  OHG.  huoh  'hohn'  from  the  root 
kak  'cachinnari.' 

69.  abscenia  .i.  caul  (gl.  piacula).  The  context  is  :  «  propter  piacula 
regum.  »  Hère  abscenia  is  for  obscena  and  caul  is  =  col  (gl.  nefariam 
rem)  Orl.  ms.,  W.  cwl  "'culpa,'  'peccatum/  Ir.  col,  gen.  in  chuil  (gl. 
piaculi)  Ml.  cited  by  Muratori,  Antt.  Ital.  III.  col.  871  —  au  being 
written  for  U,  as  ao  in  ann-aor,  supra,  No.  5,  is  written  for  5. 

70.  guanorion  (gl.  istriones).  The  context  is  :  «  impudicos  et  istriones 
non  nutrire.  »  Pi.  of  guanor  'histrio,'  'scurra/  a  derivative  from  giuian 
(gl.  scurilis)  infra,  No.  81,  which  seems  identical  with  W.  gwann  'debi- 
lis,'  Ir.  fann,  Lat.  vânus  from  *vac-nus.  Compare  the  W.  dyn  gor-wag 
'scurra.' 

71.  torleberieti  (gl.  phitonistarum,  leg.  pythonistarum).  The  context  is  : 
«  magorum  et  phitonistarum  et  augoriarum  superstitionibus  non  inten- 
dere.  »  This  is  a  compound  of  tor,  better  ton  'venter'  Cath.,  Corn,  tor 
(gl.  venter),  W.  tor,  Ir.  tarr  (cf.  tar,  supra,  No.  58)  and  leberieti,  pi. 
of  leberiet  =  W.  llafariad  'an  uttering,'  'a.  speaking.'  Compare  darleber 
(gl.  phitonicus)  and  dorguid  (gl.  pithonicus)  in  the  Orléans  ms.  For  the 
termination  in  -iat  see  Z.2  840.  The  meaning  of  the  gloss  is  thus  'ventri- 
loquisms.'  Compare  the  Mod.  W.  bol-lafariaeth. 

72.  gulcet  (gl.  agipam).  The  context  is  :  «  Episcopo  liceat  commen- 
dare  uestimentum  quo  utitur  et  agipam  et  taxam.  )>  This  is  the  Mid.  Br. 
golchet  (golchet  da  gouruez  'coete  de  lit,'  Cath.)  0.  W.  cilchet,  pi.  ir  cil- 
chctou  (gl.  vêla)  Z.2  1056,  0.  Corn,  cilcet  (gl.  tapiseta,  gl.  stratorium) 
Z.2  1063,  Ir.  colcaid,  Z.2  802,  ail  borrowed  from  Lat.  culcita.  For  the 
weakening  of  c  to  g  in  anlaut  cf.  gant,  gueffret  and  gourai. 

73.  ar  uuo  art  hui  (gl.  uos  fascinauit).  Hère  ar  uuo  art  (leg.  aruuoart) 
stands  for  ar-guo-garth,  a  t-  preterite  to  be  compared  with  the  0.  Ir. 
ad-ob-ra-gart  (gl.  uos  fascinauit)  Z.2  455.  The  root  is  GAR,  whence 
YY]p6w  and  other  words  collected  by  Curtius,  G.  E.  No.  133.  For 
the  infection  of  the  g  cf.  bu-orth  infra  No.  101,  and  the  examples  in 
Z.2  202,  103.  For  the  development  of  meaning  cf.  757;?  (root  GU), 
incantare,  Curtius,  G.  E.,  No.  642,  and  Corn,  vur-cheniat  (gl.  incantator). 


Old-Breton  Glosses.  341 

The  Irish  verb  ar-fo-imim  'recipio'  is  similarly  compounded  with  the  pré- 
positions ar  and  fo  =  guo  —  b-o. 

hui  is  the  pers.  pronoun  of  the  2nd  pi.  Mid.  Br.  huy,  now  c'houi,  Z.2 
371,  Corn,  why,  O.  W.  hui,  Mid.  W.  chwi.  From  *svî,  lr.  si,  sib,  = 
'si-svi-. 

IV.  —  COLLATIO  CANONUM;   SECOND  COPY. 

74.  aiul  (gl.  ultro).  This  adverb  is  formed  from  the  prep.  a,  supra 
No.  8,  and  the  subst.  M,  Mid.  Br.  youll,  M.  ioa,  eoll  :  am  eoll  'à  ma 
volonté/  Cath.,  now  ioul,  Corn,  awell,  awel,  'désire/  W.  ewyll,  ex 
*avilla.  Root  AV,  whence  Lat.  avidus,  avarus,  avère,  and  possibly  (as 
Siegfried  thought)  the  Irish  deolid  'gratia/  indeolid  (gl.  gratis). 

75.  araanta  :  the  context  is  :  «  Sic  is  qui  ultro  ambit  uel  inopportu- 
nes se  ingerit  procul  dubio  repellendus.  »  Mr.  Bradshaw  says,  «  The 
word  aruanîa  (I  am  not  quite  satisfied  about  the  second  letten  is  written 
in  the  margin  opposite  the  line  beginning  inopportunius.  Does  it  refer 
to  ingerit  ?  There  is  no  referring  mark.  »  I  conjecture  that  aruanta  is  a 
gloss  on  'ambit'  and  corresponds  with  the  'cupit'  by  which  'ambit'  is 
glossed  in  ms.  lat.  12021.  It  is  compounded  with  the  prep.  ar,  Z.2  900, 
and  the  -uanta  may  possibly  be  for  huanta,  the  $rd  sg.  près,  indic.  act. 
of  a  verb  cognate  with  W.  chwannawc  'desiderans/  Z.2  153,  W.  chwen- 
nychu  'desiderare/  chwant  =  lr.  sanî  'desiderium'  andO.  Br.  couhuanto- 
lion  gl.  andrivenereis  i.  e.  cupidi  (if  this  be  the  right  reading  of  the 
Luxemburg  gloss .  For  the  third  sg.  in  -a,  see  Mid.  W.  kanhatta, 
tsruyna  and  other  forms  cited  Z.2  508,  to  which  may  be  added  penitra 
(gl.  tractât)  and  the  folio wing  collected  by  the  late  Professor  Evander 
Evans  '  :  doluria  'dolebit/  eheia  'convolabit/  cerda  'procedet  /  thèse 
from  the  oldest  copy  of  the  Laws  :  guada  'dénies/  palla  kfails/  gnâa 
'does:'  thèse  from  Cynddelw  :  puylla  'considers/  treidia  'pénétrâtes/ 
bryssya  'hastens/  atveilya  'decays  ;'  and  yd  aa  'goes'  from  Llywarch 
Hen. 

76.  inuanetou  (gl.  incaenis).  The  context  is  :  «  non  oportet  sacer- 
dotes  uel  clericos  quibuscumque  spectaculis  incaenis  aut  nuptiis  inte- 
resse, »  whence  it  would  seems  (according  to  Mr.  Bradshaw)  that  the 
Latin  word  intended  was  'encaeniis/  which  mustmean  'secular  festivals.' 
Hère  inuanetou  (if  this  be  the  right  reading)  is  the  pi.  of  inuanet.  The 
in  seems  the  prep.  in-  used  as  a  prefix,  Z.2  905,  but  infecting  as  in  Mod. 


1.  Studies  in  Cymric   Philology.  No.  II,  in  Archaeologia  Cambrensis ,  April    1873, 
p.  147. 


342  Old-Breton  Glosses. 

W.  infer  =  Ir.  inbher  'influxus.'  The  -uanet  (from  baneî?  manet?l  is  obs- 
cure to  me.  Is  Ir.  banessa  'gl.  nuptiae)  cognate  ?  or  is  the  uninfected 
form  manet  cognate  with  Lat.  men-sa,  as  banquet  with  banc  ('c'est  ainsi 
qu'en  Allemand  tafel  possède  à  la  fois  le  sens  de  table  et  celui  de  festin,' 
Brachet)  ?  Or,  lastly,  should  we  read  in  uaretou  (gl.  in  cenis)  and  regard 
uaretou  as  the  pi.  of  uar-et,  a  compound  of  uar  'evening'  (Corn,  uher, 
uer,  uar,  W.  ucher)  and  et  'a  meal'  =  Mid.  Br.  eth  'corn/  W.  yd,  Ir. 
ith  =  Skr.  pitu  ?  It  is  to  be  hoped  that  a  new  collation  of  the  ms.  will 
justify  this  suggestion,  which  is  due  to  Prof.  Bugge. 

77.  dadluo  gl.  antropas}.  The  context  is  :  «  Clericus  per  plateas  et 
antropas  nisi  certa  necessitate  non  ambulet.  »  Hère  'antropas'  is  rnis- 
written  for  'andronas,'  ace,  pi.  of  andron.  'Festo  et  aliquot  scriptoribus 
Latinis  Andron,  compitum,  locus  publicus  ubi  viri,  ci  ôvîpeç,  invicem 
confabulantur,'  Ducange.  Dadluo  \=  dadlou,  infra,  No.  80)  is  the  pi.  of 
dadl  (ms.  dadlt)  (gl.  curia),  dadl  (gl.  concio)  Eutych.  3b,  8a;  0.  W. 
daîl  (gl.  foroi,  daîlocou  gl.  foray  Z.2  1055,  lr.  dâl  'curia,'  'forum,' 
Corn,  datheluur  (gl.  concionaton.  The  plural  ending  -uo  is  for  -ou,  as  in 
muoet  supra,  No.  68,  and  in  0.  W.  crummanhuo  (gl.  scropibus).  An 
older  Breton  form  datol  (for  datL  is  preserved  in  the  verb  datolaham  (gl. 
legOi  Eutych.  5b. 

78.  clou  (gl.  acitamenta^ .  The  context  is  :  «  unus  uendidit  acitamenta 
eius  in  oblationem  ecclesiae  dei.  »  The  gloss  stands  over  the  space  bet- 
wenn  'acitamenta'  and  'eius.'  I  cannot  explain  it.  Prof.  Bugge  conjec- 
tures that  clou  is  for  chou  pi.  of  clo  =  clavus  (W.  cloeu  'clavi,'  Z.2  28$) 
and  that  acitamenta  is  for  acutamenta  [acutus  'nail,'  Ital.  aguto,  Placi- 
dus  XXI  91  éd.  Deuerling.j  The  story  is  about  the  two  sons  of  an 
artifex. 

79.  endlim  igl.  fenus).  Mid.  W.  ennill,  Y  Seint  Greal,  42,  196,  now 
ynnill  'lucrum,'  'quaestus/  'emolumentum,'  Ir.  indile  i.  tormach  'in- 
crease,'  H.  3.  18,  p.  71,  col.  1,  and  see  Cormac,  p.  96.  In  Irish  indile 
or  innile  also  meant  'cattle  :'  techit  ass  fochétoir  in  innile  7  in  bûachaill, 
LU.  26a.  For  the  termination  of  endlim,  cf.  diprim,  erchim,  molim,  Z.2 
821,  stlinnim,  Kuhn's  Beitr.  IV.  392  and  supra  corim  No.  44,  and  guo- 
monim  (gl.  pulliceri),  Orléans  ms. 

V.  —  COLLATIO  CANONUM,  THIRD  COPY. 

80.  dadlou  (gl.  andronas).  See  above,  No.  77. 

81.  guaan  (gl.  scurilis).  See  above,  No.  70. 

82.  nith  (gl.  nepta).  The  context  is  :  «  Clerici  cum  matre  uel  thia 


Old-Breton  Glosses.  343 

filiaque  uel  sorore  nepta  tantum  uiuant.  »  Hère  nith  'neptis  ex  fratre  uel 
sorore,'  is  Mid.  Br.  nyz,  Cath.,  Corn,  noit  'gl.  neptis),  W.  nith,  0.  Ir. 
necht  (gl.  neptis)  Z.2  68. 

83.  mod  (gl.  gomor.  The  context  is  :  «  Sciendum  quantum  est  pon- 
dus primitiarum  .i.  gomor.  »  Hère  gomor  isthe  Hebrew  homer  or  chômer, 
a  measure  for  things  dry.  and  mod,  like  Mod.  W.  môdd,  is  borrowed 
from  the  Latin  modus.  The  Ir.  muide  lchurn,'  W.  buddai,  and  Mod.  Br. 
méz  seem  from  modius,  Fr.  muïd. 

84.  ra/z/zozx  (gl.  climatibus  .  So  in  Lux.  wz/zou  (gl.  patrimonia).  Pi. 
of  rann  'pars,'  Cath.,  W.  rhann,  Ir.  rann.  Hence  nz/z/zd/n  'gl.  partion 
Eutych.  4. 

85.  cunrunî  (gl.  uorticem  montis). 

86.  cZtzWr"  gl.  passae  . 

The  context  is  :  «  cumque  dauid  transiet  paululum  uorticem  montis 
apparuit  ei  siba  ...  cum  duobus  asinis  qui  honorati  [sic]  erant  ccus  pani- 
bus  et  .c.  alligaturis  uuae  passae.  » 

Hère  cunrunt  seems  a  compound  of  cun  (W.  ov/z'altitudo,'  'summitas/ 
Z.2  92)  and  runt  for  rzz/zd  now  ro/zd  'rotundus/  ni  being  for  /zd,  as  in 
cantoell,  confuntaff,  respontas,  etc. 

admet  is  =  W.  addfed  'maturus,'  Mid.  Br.  azff,  Rev.  Celt.  i.  399, 
Corn,  arvez,  Ir.  abaidh  ex  ad-vati,  ad-mati  ,  from  the  prefix  ad,  Z.2 
897,  and  met,  which  is  either  ex  mati  and  connected  with  Lat.  mat-urus, 
Mat-uta,  matu-tinus,  or  (as  Prof.  Bugge  thinks  cognate  with  Old  Welsh 
metetic  freaped/  et-met  "retonde/  Mod.  Br.  médi,  midi,  just  as  the 
English  ripe  is  cognate  with  reap. 

87.  controliaht  gl.  controuersiam).  The  context  is  :  a  De  iurgatori- 
bus  quod  per  controuersiam  cuncta  faciunt  incerta.  »  Hère  controliaht 
(for  controliacht,  -iact,  or  for  coniroliath  :  cf.  W.  dranoehî,  Laws  2,  1, 
27  is  a  derivative  from  'control,  Mid.  Br.  contrel,  borrowed  from  Lat. 
contrârius,  whence  also  Mid.  W.  y  kythreul  'the  Devil,'  Y  Seint  Greal 
75,  kythreul,  Z.2  819,  now  cythrawl,  as  in  gsvynt  cyîhrawl  'a  contrary 
wind.' 

88.  latic  (gl.  agipam).  The  context  is  :  «  commendare  uestimentum 
quo  utitur  et  agipam  [  ]  taxam.  »  Hère  latic  is  the  équivalent  of 
gulcet,  No.  72  supra.  It  must  be  a  loan  from  lôdix  'a  counterpane.'  Hence 
also  the  Ir.  bit  [lôit?)  in  dia  bit  find  'two  white  blankets'  Cormac  iMac 
Firbis'  copy  s.  v.  cermnas.  The  a  of  latic,  says  Mr.  Bradshaw,  may  be 
0,  but  there  is  a  little  hole  which  just  destroys  the  letter.  For  Br.  a  =ô, 
cf.  costad,  No.  66. 

89.  gutric  (gl.  defer  .  The  context  is  :   «  Si  debitor  inrogandus  uel 


544  Old-Breton  Glosses. 

exigendus  defer.  »  The  margin  has  ::  ffer.  probably  the remains ofdiffer. 
Compare  the  Orléans  gloss  guotric  Igl.  difen  and  the  0.  W.  nouinn- 
guotricusegeticion  'nine  delays,'  Mid.  W.  godrigyaw  'to  tarry/  Y  Seint 
Greal,  227,  Mod.  W.  godrig  'mora,'  from  guo  and  trie  [trigo  'morari') 
cognate  with,  or  borrowed  from,  Lat.  tricari  'to  make  difficultés/  to 
trifle/  tricae  'hindrances,'  bricks,'  Prov.  trie.  Hence  also  the  Mid.  Br. 
îrig  in  the  phrase  hep  trig  'sans  tromperie.' 

90.  aaltin  fgl.  ferula;.  The  context  is  :  «  nec  ferula  curare  meditetur 
quisque  quod  gladio  percutiendum.  »  Hère  a  is  the  prep.  usedto  indicate 
the  ablative  as  in  Nos.  7,  17,  41)  and  alun,  Mid.  Br.  autenn  now  aâten 
'rasoir/  'couteau'  is  the  0.  Corn,  elinn  'gl.  nouacula)  Z.2  1062,  W. 
ellyn,  0.  Ir.  altain  .1.  scian  bearrtha,  O'Dav.  54,  amal  in  n-altain  n-dith 
(gl.  sicut  rasorium  acuturni  Ml.  col.  301.  The  glossographer  hère,  as 
elsewhere  Nos.  29,  $2),  is  inexact  in  his  renderings. 

91.  aceruission  fgl.  hirsutis). 

92.  cunnaret  boestol  gl.  beluina  rabiesi.  The  context  is  :  «  alios  hir- 
sutis serra  dentibus  attriuit  :  alios  armato  ferro  insulcans  ungula  sparsit  : 
alios  beluina  rabies  morsibus  detruncando  comminuit.  » 

In  aceruission  a  isthe  préposition  used  to  indicate  the  ablative  (No.  j, 
supra"),  and  ceruission  stands  for  geruission,  pi.  oi  geruiss  the  g  being  pro- 
vected  owing  to  the  influence  of  the  lost  c  of  a,  which  is  still  found  in 
the  Luxemburg  gloss  ac-i  r\-riminiou.  So  in  the  Mod.  Br.  dék  kad  'ten 
hares'  -gad)  and  the  Cornish  drok-coleth  from  drok  +  goleth.  With  the 
geruiss  thus  obtained  cf.  W.  genvin  'asper,'  'rigidus/  a  derivative  from 
garw  'asper,'  M.  Br.  garu,  Cath.,  now  garô,  Corn,  garow,  Ir.  garb. 
For  the  termination  in  -iss  cf.  the  W.  adjective  dilis,  dylis  now  dylys 
'certus,'  'securus/  [Ir.  dites),  Z.2  834. 

cunnaret  is  —  W.  cyndaredd  'rabies,'  the  final  t  being  written  forinfec- 
ted  d  as  perhaps  in  muoet  supra,  No.  68,  and  the  d  in  inlaut  assimilated  as 
in  the  Mid.  Br.  connar  'rage,'  Cath.,  whence  conniryee  'rabidus'=  Corn. 
con[n)erioc  fgl.  rabidus),  Mid.  W.  kandeiryawc,  Y  Seint  Greal,  301,  418, 
now  cyndeiriog  '.  Thèse  words  must  ail  corne  from  some  Old  Celtic  cun- 
dara-s  meaning  'hound-madness/  'hydrophobia.'  For  the  nasal  infection 
of  d  see  Z.  2  1 18,  205,  207,  901. 

boestol  in  an  adj.  formed  from  boest  borrowed  from  Lat.  bêstia,  whence 
also  W.  bwyst  ifil),  Ir.  béist. 

1 .  I  may  take  this  opportunity  of  pointing  out  that  the  Cornish  di-scoruunait  (gl. 
rabies)  Z.-  1072,  is  to  be  explained  by  référence  to  the  Br.  curun  «  thunder  »  = 
xepauv6ç  for  trxepauvoç,  Curtius  G.  E.  694,  just  as  the  Cornish  folter-guske  (gl.  frene- 
ticus)  is  to  be  explained  by  the  Br.  foullr,  Fr.  fouldre,  «  fulgur  ».  Compare  the  Greek 
ê|i6pôvTT)Toç,  xepotuvo6X»)ç,  and  the  Latin  attonitus. 


Old-Breton  Glosses.  34$ 

93.  dadlou  (gl.  curiae).  See  above,  No.  77. 

94.  /ro/  (gl.  strutionem). 

95.  couann  (gl.  noctuam). 

96.  frac/  —  fI  think  noUrad/  says  Mr.  Bradshaw/  —  (gl.  larum). 
The  context  is  :  «  Haec  sunt  que  de  auibus  comedere  non  debetis 

[see  Leviticusxi.  1 5]  strutionem  et  noctuam  et  larum.  »  The  first  of  thèse 
birdnames  trot,  like  Corn,  troet,  Ir.  struth,  seems  borrowed  from  struthio 
or  Prov.  estrut.  (W.  ostruth  is,  like  Fr.  autruche  from  avis-struthïo  and 
the  Mid.  Br.  lotrucc,  Cath.  is  borrowed  from  Fr.  l'ostruce,  now  l'au- 
truche.) 

couann  is  now  kaouen  or  kaouan  'hibou,'  'orfraie  :'  cf.  Med.  Lat. 
cauannus,  cauanus,  Ducange,  and  many  other  words  cited  by  Diez, 
Ètym.  Wœrterbuch,  s.  v.  choe. 

tracl  I  cannot  explain,  except  as  borrowed  from  trochilus,  a  kind  of 
wren.  Is  trad  be  the  true  reading,  compare  W.  trod-wen  la  stare'  (Sales- 
bury) . 

97.  deuo  :  :  :  a  (gl.  attacus).  This  I  cannot  explain. 

98.  biunrun  (gl.  epimachus),  the  ôtpio^aXoç  of  the  LXX,  a  kind  of 
grasshopper. 

The  context  is  :  «  comedere  debetis  ...  attacus  atque  epimachus  ac 
locusta  »  ...  [Leviticus  vi.  22].  For  biunrun  we  should  certainly  read 
(according  to  Prof.  Bugge's  conjecture)  bianran,  a  compound  of  bian 
for  bihan  =  W.  bychan  '  'little'  and  ran  borrowed  from  rana,  which  in 
German  dialects  (Grimm,  Deutsches  Wœrterbuch,  s.  v.  Frosch)  is  called 
grashùpfer. 

Mr.  Bradshaw  has  lately  given  me  two  more  glosses  from  this  codex, 
viz.  bann  (gl.  canora)  and  buuoorth  (gl.  bobello).  The  former  seems  = 
Ir.  bind,  the  latter  is  =  buorth  infra  N°.  1 0 1 . 

VI.  —  COLLATIO  CANONUM,  FOURTH    COPY. 

99.  saltrocion  (gl.  graciles).  The  context  is  :  «  Sunt  aliae  pénitentes 

1 .  The  Irish  cognate  is  becc  (W.  bach),  which  Prof.  Bugge,  with  much  probability, 
regards  as  a  very  old  loan  from  the  vulgar  Latin  piccus  «  spitz,  »  whence  also  Ital. 
piccolo,  Sp.  pequeno  «  little  ».  Other  instances  of  b  for  p  in  Celtic  loanwords  are  Ir. 
biâil,  W.  bwyell  «  hatchet  »  from  pialla  Diez  II  914,  Ir.  b'i  from  pix,  Ir.  bôc  from 
pacem,  Br.  baradoes  from  paradisus.  Rhys  puts  becc,  bach  with  (Tfiixpôç  (Rev.  celt.  II. 
189)  and  seeks  a  trace  of  an  earlier  anlaut  zb  (from  sm)  «  in  the  fact  that  in  North 
Wales  bach  forms  a  remarkable  exception  to  the  initial  mutation  of  féminine  adjectives. 
Thus  geneth  bach  fa  little  girl,  »  ajon  bach  a  a  small  river,  »  not  fach,  as  might  be 
expected  according  to  the  gênerai  rule.  »  Bugge  justly  observes  that  îhis  peculiarity  is 
explained  by  his  assumption  that  bach  originally  began  with  p. 


346  Old-Breton  Glosses. 

quae  sic  uiuere  uolunt  .  uitiosae  .  garrulae  .  uagae  .  fabulosae  .  graciles 

nihil  commodi  praebentes  aliis.  » 

The  word  glossed  must  be  'uitiosae,'  not  'graciles,'  for  saltrocion  is 
the  pi.  of  an  adj.  saltroc,  derived  from  saltr,  now  saotr  'saleté/  'corrup- 
tion,' a  loan  like  Fr.  sale\  from  the  OHG.  salo  trùbe.  The  0.  Corn. 
halou  (gl.  stercora;  Z.2  1063,  and  W.  halawg,  Ir.  salach,  0.  Bret.  haloc 
(gl.  lugubri,  ueste,  Orléans  ras.),  seem  cognate  with  salo. 

100.  guohethe  (gl.  probum,  var.  lec.  pravum).  Thecontextis  :  «  Patri- 
cius.  Non  oportet  iudices  tam  ueloces  esse  in  iudicio  donec  sciant  quod 
probum  fiât,  quod  dictum  est.  Noli  iudex  esse  cito.  »  For  'probum'  we 
should  perhaps  read  'probrum/  guohethe  seems  the  mod.  gwasa  'pessi- 
mus,'  the  irregular  superlative  of  drouk,  Corn,  guetha,  D.  1 130,  gueze, 
P.  196,  2,  W.  gwaethaf  :  cf.  Mid.  W.  gwaeihau  'to  make  worse',  Y 
Seint  Greal,  141.  The  insertion  of  h  between  the  éléments  ofthe  diph- 
thong  oe  for  oa  (cf.  goazhat  'empirer/  Cath.y  is  curious  ;  we  find  it  also  in 
Corn,  bahell  'securis,'  =  W.  bwyell,  bahet  (gl.  aper)  =  W.  baedd  'boar/ 
and  chaen  rit)  =  W.  cain-  and  in  the  W.  luthahelo  [Rhys,  Lectures, 
2d  éd.,  p.  2]2)  and  tranoheth  'trans  noctem/  'mane,'  Laws  2,  1,  27. 
The  loss  of  the  final  m  is  remarkable  ;  a  similar  loss  is  noticeable  in  the 
Old-Cornish  ms.  Bodl.  572  (the  glosses  in  which  are  printed  in  Zeuss2 
1060-63  as  Old-Welsfr ,  where  we  find  dowomïsura  mi  (gl.  compen- 
sabo)  '. 

1 0 1 .  buorth  igl.  bouello;.  Thecontextis:  «  canis  pecccrum  quodcum- 
que  mali  fecerit  in  bouello  uel  in  pascuis  »  (his  owner  is  to  make  good 
the  damage  .  Bovellum  idem  quod  bovile,  in  Canonibus  Hibern.  lib.  5 1 , 
cap.  $,  Du  Cange.  Our  buorth  would  therefore  mean  a  'cowyard/  and  is 
compounded  of  bu,  Ir.  bo  =  bos,  [îouç  and  gorth  now garz  'haie/  'clos/ 
Corn,  gorth,  garth  in  Imvorth,  lowarth  =  M.  Br.  lïorz,  W.  lluarth  'gar- 
den/  pi.  luird  (gl.  hortii,  Ir.  gort  =  '/ip-rcc,  'hortus.'  The  Welsh  équi- 
valent of  our  buorth  is  buarth,  which  Pughe  explains  »  a  cow-yard  or 
inclosure  where  cows  are  turned  to  be  milked  ;  a  place  to  fold  cattle  ;  a 
fold,  »  and  which  he  illustrâtes  by  the  adage  gwell  buarth  hysb  nag  un 
gwag  «  a  dry  dairy  is  better  than  an  empty  one.  » 

With  this  proverb  the  présent  essay  may  fitly  close,  for  though  arid 
to  most  readers,  it  is,  thanks  to  Professor  Hagen  and  Mr.  Bradshaw, 
full  of  new  material  for  Celtic  philology. 

1 .  For  this  gloss,  hitherto  unprinted,  I  am  indebted  to  Mr.  Bradshaw.  I  hâve  had  to 
represent  by  w  the  Anglo-Saxon  form  of  that  letter.  Other  Old  Cornish  glosses,  hitherto 
unprinted,  in  the  same  codex,  are  cennen  (gl.  membra  na^  oui)  and  gemmou  (gl.  saphero 
et  exsmaragdo).  A  new  Old-Breton  gloss  from  the  Luxemburg  codex  is  luson  (gl.  trami- 
tem),  Mr.  Bradshaw  equates  this  with  the  W.  llyson  pi.  oïllws  «  track  ». 


Old-Breion  Glosses. 


347 


INDEX. 


a  prep.  cum  abl.7, 17,42,  68,90,91.       cosmid  35. 

admet  86.  costadalt  66. 

ail  9.  cos  3$. 

a-iul  74.  couann  95. 

ait  66.  couarc  12. 

altin  90.  coucant  62. 

amgruit  65.  cronn  17. 

amsauath  59.  cronnmain  17. 

an-  64.  cunnaret  92. 

annaor  5.  cunrunt  8$. 

aor  5.  dadl  77,  80,  93. 

ar  73,  75.  daureth  23. 

Arbedoc  ij.  dehlouetic  67. 

aruanta  75.  dele  5  5. 

aruuoart  73.  deuo  :  :  :  a  97. 

attanoc  34.  dise  30. 

bann  98.  do  49. 

bianran  98.  douretit  65. 

bidite  33.  du  1 1,  41. 

blinder  60.  duglas  41. 

bodin  43.  duliu  1 1. 

boestol  92.  elestr  3. 

bro,  brool  45.  emdoguo  64. 

bue  13,  pi.  bocion  27.  en  64. 

buorth,  buuoorth  98,  101.  endlim  79. 

camadas  61.  ent  62. 

caubal  18.  enterafeh  63 . 

caul  69.  ercentbidite  33. 

cauuel,  cauel  6,  1$.  esceilenn  52. 

cepr  42.  et  (?)  76. 

cest  20.  ethin  8,  3 1 . 

clehurin  34.  gabr  2. 

clo  78.  geruiss  91 . 

enoch  50.  glas  41 . 

coarchol  46.  gloiat  14. 

cocit  (cecit  ?)  37.  gorth  101. 

coll,  collin  16,  32.  guaan  81. 

conam  58.  guanor  70. 

controliaht  87.  guascot  1. 

corcid  25.  guilann  24. 

corim  44.  guinodroit  56. 

cornigl  26.  guinucl  57. 


548 

guirtit  7. 
gulcet  72. 
guo  1,  73. 
guohi  40. 
guohethe  100. 
guorail  9. 
gurth  58. 

gutric  89. 

Haelhucar  ij. 

haloc  99. 

hepcorim  44- 

hev  64. 

hui  73. 

huital  36. 

i,  in  44^  76- 
int  62  =  ent  64. 
inuanet  (?)  76. 
iscarthol  22. 
iul  74. 

latic  (lotie?)  88. 
laur  28. 
leberiet  71. 

lei  62. 

lenn  52. 

libir  4.7,  54. 

limn  Jl. 

limncollin  16,  32. 

liu  11. 

louetic(?)  67. 

lusc  29. 

luson  100  note. 

mab  6. 

mab-cauuel  6. 

main  17. 

Matguoret  ij. 


Old-Breton  Glosses. 

meid  j$. 

melgabr  2. 

mod  83. 

muoet  68. 

nahu  62. 

ni  $3. 

nin  42. 

nith  82. 

on  53. 

ousor  10. 

prenn  47. 

priteri  48. 

raclaur  28. 

ran  98. 

rann  84. 

roit  $6. 

romantor  49. 

runt  8$. 

saltroc  99. 

satron  40. 

scobarnoc  21. 

ser  20. 

stloitprenn  47. 

tar  38. 

teraf  63. 

torleberiet  7 1 . 

trael  (trad?)  96. 

trot  94. 

truch  19. 

uar-et  (?)  76. 

ueruen  39. 

uileou  4. 

uret  (unet  ?)  $3. 

utgurtheonetic  58. 


O'CLERY'S  IRISH  GLOSSARY. 


The  présent  édition  of  O'Clery's  Irish  Glossary  was  begun  by  Dr.  Eduard 
Mùller,  who  is  nowengaged  upon  the  ArchaeoIogicalSurvey  of  Ceylon.  Onleaving 
England  Dr.  Mùller  gave  me  his  notes,  complète  as  far  as  the  word  fotha.  In 
this  part  of  the  work  I  havemade  such  changes  and  additions  as  seemed  désirable; 
for  the  remainder  I  am  wholly  responsible.  O'Clery's  spelling  is  not  always 
consistent  ;  he  seems  to  hâve  generally  printed  the  words  just  as  hefound  them, 
without  reducing  them  to  one  uniform  System  of  orthography.  In  a  few  places 
where  this  want  of  uniformity  might  cause  unnecessary  trouble  in  consulting 
the  Glossary,  I  hâve  ventured  to  change  the  spelling  of  some  words,  giving 
O'Clery's  form,  where  it  differed,  in  a  bracket.  In  other  cases  I  hâve  shifted  a 
few  words  so  as  to  bring  them  into  stricter  alphabetical  order.  So  much  change 
seemed  justifiable,  as  thèse  inconsistencies  were  probably  mère  oversights,  and 
their  rétention  could  serve  no  useful  purpose. 

O'Clery's  Glossary  was  incorporated  by  Edward  Lhuyd  into  the  Irish  Dic- 
tionary  which  forms  part  of  his  Archaeologia  Britannica.  Lhuyd  leaves  many 
examples  untranslated,  and  in  this  I  hâve  been  frequently  forced  to  follow 
him.  The  illustrations  within  brackets  hâve  been  drawn  from  such  ms.  and 
printed  matter  as  was  accessible  to  me.  I  had  hoped  to  hâve  been  able  to 
exhaust  ail  the  sources  mentioned  by  O'Clery  in  his  préface,  but  I  can  claim 
to  hâve  done  this  only  in  the  case  of  the  Book  of  Hymns  and  of  the  Tripartite 
Life  of  S.  Patrick,  one  copy  of  which  is  in  the  British  Muséum. 

I  hâve  made  free  use  of  Mr.  Stokes's  books,  and  especially  of  the  translation 
of  Cormac's  Glossary,  where  several  of  O'Clery's  définitions  are  quoted  and 
translated. 

Arthur  W.  K.  Miller. 
Rev.Celt.1V  24 


$$o  O'Clery's  Irish  Glossary. 


ABBREVIATIONS. 


Beitr. ,  Beitraege  zur  vergl.  Sprachforschung,  etc. 

Br.  h.,  Broccân's  hymn  (in  Goidelica). 

Colm.  h.,  Colmân's  hymn  (in  Goidelica). 

Corm.,  Cormac's  Glossary,  in  Stokes's  Thrcc  Irish  Glossaries,  1862. 

Corm.  Tr.,  Cormac's  Glossary,  transiated.  Calcutta,  1868. 

F.  h.,  Fiacc's  hymn  (in  Goidelica). 

Fél.,  Félire  Oengusso  (quoted  from  Lehar  Brecc). 

Goid.,  Goidelica.  2d  édition,  1872. 

Lh.,  Lhuyd's  Archaeologia  Britannica. 

LU.,  Lebar  na  huidre. 

O'Conn.,  Peter  O'Connell's  Irish  Dictionary,  ms.  Eg.  84,  85  (Brit.  Mus.). 

O'Dav.,  O'Davoren's  Irish  Glossary,  in  Three  Irish  Glossaries. 

O'Don.  Suppl.,  Supplément  to  O'Reilly's  Irish  Dictionary. 

O'R.,  O'Reilly's  Irish  Dictionary. 

Rev.  celt.,  Revue  celtique. 

Sanct.  h.,  Sanctâin's  hymn  (in  Goidelica). 

Trip.  Eg.,  Tripartite  Life  of  St.  Patrick,  ms.  Eg.  93  (Brit.  Mus.). 

Z.,Zeuss's  Grammatica  Celtica,  2d  édition,  1871. 


Note.  Owing  to  the  want  of  proper  type,  capital  A  has  been  left  unaccented 
in  headings.  For  the  same  reason  the  dotted  /  and  s  are  represented  by  fh  and 
sh  in  the  Roman  type.  This  is  of  the  less  conséquence,  as  fh  and  sh  are  occa- 
sionally  used  in  the  original  édition  of  the  Glossary. 


FOCLOIR  NO  SANASAN 

NU  A 

in  a  minighîhear  câil  eigin  dfoclaibh 

cruaidhe  na  gaoidheilge,  ar  na  sgrïobhadh  ar  urd  aibghiîre  le  brathair 

bochd  îuata  dord  S.  Fronsias 

MICHE  UL  0  CLEIRIGH, 

a  gcolâisde  na  mbrathar  ndreannach 

a  Lobhâin. 

AR  NA  CHUR  A  GCLO  MAILLE  RE  HUGHDARDHAS,  1 643 . 

Dom  Thighearna 
ro  onôrach  7  domcharaid 
Baothghalach  Mhac 
Aodhagdin,  easbac  Ailfinn. 
Agso  chuguibh  (a  thighearna)  dioghlaim  bheag  dfoclaibh  cruaidhe  ar 
dteangtha  duthchais  ar  na  ccruinniughadh  as  morân  do  sheinleabhraibh  ar 
nduithche  agas  ar  na  miniughadh  do  reir  tuigsi  agas  ghluaise  na  bpriomh- 
ughdar  do  bhl  inar  nduthaigh  san  aimsir  dheigheanuigh  1er  bhe  an  miniugh- 
adh na  seanghdoidheilge. 

A    NEW 

VOCABULARY  OR  GLOSSARY, 

In  which  are  explained  some  difïïcult  words  of  Gaelic, 
written  in  alphabetical   order,  by  the  poor  brother  of  the  order  of 

S.  Francis, 

MICHAEL  O'CLERY, 

of  the  Collège  of  the  Irish  brethren, 

at  Louvain. 

PRINTED    WITH     AUTHORITY,      1643. 

TO   MY   MUCH   HONOURED    LORD   AND   FRIEND 

BAOTHGHALACH  MAC  EGAN, 
Bishop  of  Elphin. 
Hère,  my  lord,  is  a  sraall  gleaning  of  hard  words  of  our  native  ton- 
gue,  collected  from  many  of  the  old  books  of  our  country,  and  explained 
according  to  the  knowiedge  and  interprétation  of  the  chief  authors  who 
hâve  been  in  our  country  of  late,  who  hâve  devoted  themselves  to  the 
interprétation  of  the  old  GaeliQ. 


3  $2  O'Clery's  Irish  Glossary. 

Ni  fhacamar  dar  nduthaigh  môrdn  dar  bhiomchuibhdhe  an  dioghluimsi 
dfurdil  ar  tus  ina  sibhse.  Agas  ni  tre  amhdin  ar  naibid  do  bheith  ionann 
[cuis  dobadk  lôr  ar  chor  eile  do  tharroing  ar  dtola  oraibhsi  seach  chdch 
eile)  do  ghluais  sinn  dochum  patrûin  do  dhéunamh  dhdoibh  don  leabhrdnso; 
acht  na  cheann  sin  agas  go  spisialta  tre  bhar  mbdidh  feln  agas  dûthchas  bhar 
ccinidh  leis  an  gceirdsi,  agas  fôs  go  bfuil  fear  comhanma  agas  coimhchinidh 
dhdoib  Baothghalach  ruadh  mhac  Aodhagdin,  ar  na  ddoinibh  as  prinn- 
siopalta  leanmdoid  a  miniughadh  na  bfocal  ar  a  ttrachdthar  sa  leabhrdnsa. 

Mar  sin  glacaidh  chugaibh  o  thoil  mhaith  an  beagthabartas  so,  ni  ndr 
mhian  linn,  acht  amhdin  beagan  eoluis  do  thabhairt  don  aos  ainbfhis  a 
seinteanguidh  a  mathar  ;  agas  an  tdos  ealadhna  do  bhrosdadh  do  chum  a 
ionnsamhla  eile  so  do  dhéunamh  ni  as  fear r  agas  ni  as  lionmhuire. 
As  Lobhdin  .28.  Octob.  anno  1643. 
Bhar  searbhfhogantaidh  bochd  dileas  féin 
an  br  :  Michéul  0  cleirigh. 

Don 
Leugthoir. 
Biodh  fios  cheithre  neitheadh  ag  an  leughthoir  1er  ab  mian  an  beag  shao- 


We  hâve  not  found  in  our  country  many  to  whora  it  was  fitting  to 
offer  this  gleaning  before  yourself.  And  it  is  not  only  the  fact  of  our 
habit  being  the  same,  a  reason  which  otherwise  would  suffice  to  direct 
our  wishes  to  you,  that  has  induced  us  to  make  you  the  patron  of  this 
book,  but  also  and  especially  the  hereditary  practice  of  this  profession  by 
your  family,  and  moreover  that  a  namesake  and  kinsman  of  yours, 
Baothghalach  ruadh  Mac  Egan,  is  of  those  whom  we  chiefly  follow  in 
the  interprétation  of  the  words  which  are  treated  of  in  this  book. 

Accept  then  kindly  this  little  offering,  for  our  désire  is  only  to  give  a 
little  knowledge  to  those  who  are  ignorant  of  their  ancient  mother-ton- 
gue,  and  also  to  incite  the  learned  to  make  another  such  work,  better 
and  fuller. 

Louvain,  28  Octob.  1643. 

Your  poor  affectionate  servant, 

Brother  Michael  O'Clery. 

TO  THE  READER. 
The  reader  who  wishes  to  read  this  little  work  must  know  four 
things.   First,  we  hâve  not  put  down  any  word  of  interprétation  or 


O'Clery 's  Iris  h  Glossary.  3  5  5 

thar  so  sios  do  leughadh.  An  céid  ni,  nâr  chuireamar  en  fhocal  ann  so  sios 
do  mhiniughadh,  no  do  ghluais  ar  fhoclaibh  cruaidhe  ar  dteangtha  mathar- 
dha  acht  ni  focail  do  chualamar  féin  da  miniùghadh,  no  fuaramar  ag 
cdch  eile  iar  na  miniùghadh  ona  maighistribh  do  ba  foirîille  agas  dobadh 
foghlamîha  an  eoias  chrâais  na  gdoidhilge  in  ar  laithibh  féin. 

As  diobh  sin  go  sonnradhach  Baothghalach  ruadh  mhac  Aodhagâin, 
Torna  ua  mdolchonaire ,  Maoileachlainn  modardha  ua  mdoilchonaire, 
agas  Lughaidh  na  cleirigh.  Giodh  sâoi  oirdheirc  gach  duine  dhiobh  sin,  as 
è  Baothghalach  as  mô  do  leanamar  do  bhrigh  gurab  uadha  as  mo  do 
ghlacamar  fein  agas  fuaramar  ag  cdch  eile  miniùghadh  na  bfocal,  ar  a 
dtrachimdoid,  sgriobhtha  agas  fos  gurbhô  sdoi  oirdheirc  dearscaighthe  é  san 
cceirdsi  mar  as  follas  san  teisd  tug  an  tsdoi  reumhrditte  eile  Lughaidh  ua 
cleirigh  air  iar  na  ég  amhail  atd  sna  rannaibhsi  : 

Athairne  athair  na  hdoi, 
Dalldn  Forgaill  an  fpriomhshdoi, 
Do  mheas  rem  cheile  nir  cheart, 
Neidhe  ro  feas,  Feircheirt. 
Seanchais  diamhra,  dlighthe  ar  sean, 
Béurla  foirtche  na  bfileadh, 


gloss  on  the  difficult  words  of  our  mother-tongue,  except  such  words  as 
we  hâve  ourselves  heard  interpreted,  or  hâve  found  explained  by  the 
ablest  and  most  learned  masters  of  the  knowledge  of  the  difficulty  of 
the  Gaelic  in  our  own  days,  Of  thèse  especially  are  Baothghalach  ruadh 
Mac  Egan,  Torna  O'Mulconry,  Malachy  modardha  O'Mulconry,  and 
Lugaidh  O'Clery.  Although  each  one  of  thèse  was  a  distinguished  scho- 
lar,  it  is  Baothghalach  whom  we  hâve  chiefly  followed,  because  it 
is  from  him  that  we  hâve  ourselves  received  and  hâve  found  with  ail 
others  the  interprétation  of  the  words  of  which  we  treat,  and  also 
because  he  was  a  distinguished  and  remarkable  scholar  in  this  profession, 
as  is  clear  in  the  testimony  which  that  other  aforesaid  scholar  Lugaidh 
O'Clery  bore  of  him  after  his  death,  as  it  is  in  thèse  verses  : 

Athairne,  father  of  learning, 

Dallân  Forgaill,  the  chief  scholar, 

To  compare  with  my  companion  would  be  unjust, 

Neide  the  learned,  Feircertne. 

Obscure  history,  laws  of  our  ancients, 

The  dark  language  ofthe  poets. 


354  O'Clery's  Irish  Glossary. 

Do  bhi  an  éin  mheidh  gar  naithnidh, 
Cil  an  éïrnidh  an  ionnaithmhigh,  etc. 

As  aithnidh  dhuinn  sdoithe  maithe  san  cceirdsi  agas  fôs  san  aimsir  dhei- 
ghcanaigh  mar  atd  Seaan  ua  Mdolchonaire  priomhoïde  sgoile  na  druinge  a 
dubhramar  cheana  agas  fhear  neireann  a  seanchas,  ina  aimsir  féin,  agas 
Flann  mhac  Cairbre  mheic  Aodhagain  mhaireas  fôs,  agas  drong  eile  nach 
dirmhim  ;  acht  do  bhrigh  nach  dtarla  na  leabhair  ar  a  ndearnadar  miniu- 
ghadh  aguinn  don  tdoibhsi  don  fairrge  in  a  bfuilmid  ar  deoraidheachd  kaîh 
amuigh  do  bheagdn  nir  bhéidir  linn  a  ccédfadha  do  leanmhain  achd  a 
mbeagân. 

An  dara  ni  biodh  a  fhios  agad  gurab  iad  na  leabhair  chruaidhe  ar  ar 
chuirsead  na  sean  ughdair  gluais  mhinighthe  agas  as  ar  ghlacamar  na 
focailsi  sios  maille  re  mlniughadh  na  druinge  réumhrdite  dobhi  ag  teagasg 
go  deigheanach,  Amhra  Coluim  chille,  Agallaimh  an  da  Shuadh,  Feilire  na 
ndomh,  Feilire  i  ghormdin,  Leabhar  iomann,  Sanasdn,  Bheatha  Phatruic, 
Seinscreaptra  meamruim  agas  seinleabhar  paipéir  ina  bfrith  môrdn  dfo- 
claibh  cruaidhe  gona  miniughadh,  Foras  focal  agas  Deirbhshiur  don  Eagna 
an  éigsi  agas  urmhor  an  leabhrdin  o  sin  amach  do  réir  na  gluaise  do  gla- 
cadh  on  Mbdoîhghalach  réumhraiie. 

«  He  in  a  word  to  our  knowledge, 

«  Had  the  power  to  explain  and  analyze  »       (O'Curry). 

There  are  known  to  us  good  scholars  in  this  art  and  even  in  the 
later  time,  as  John  O'Mulconry ,  the  chief  historian  of  those  whom 
we  hâve  mentioned,  and  of  the  men  of  Ireland,  in  his  own  time,  and 
Flann,  son  of  Cairbre  Mac  Egan,  who  still  lives,  and  others  whom  I  do 
not  mention  ;  but  because  we  hâve  on  this  side  of  the  sea  where  we  are 
in  exile  only  a  few  of  the  books  on  which  they  made  interprétations,  we 
hâve  been  able  to  follow  them  but  little. 

Secondly,  you  must  know  that  the  following  are  the  difficult  books 
which  the  old  authors  hâve  glossed,  and  from  which  we  hâve  taken 
thèse  words  together  with  the  interprétation  of  the  aforesaid  persons 
who  hâve  taught  lately  :  The  Elegy  on  Colum  Chille,  the  Dialogue  of 
the  two  Sages,  the  Festilogy  of  the  Saints,  the  Festilogy  of  O'Gorman, 
the  Book  of  Hymns,  Sanasdn  (little  glossary),  Life  of  Patrick,  old 
manuscripts  on  vellum  and  an  old  paper  book  in  which  many  difficult 
words  with  their  interprétation  were  found,  Foras  Focal  and  the 
Deirbhshiur  don  Eagna  an  'Eigsi,  and  a  great  part  of  the  book  according 
to  the  gloss  received  from  the  aforesaid  Baothghalach. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  $  5  5 

An  îreas  ni  biodh  a  fhios  ag  an  leughthôir  nar  mhian  linn  ag  triait  an 
bheag  shâothairsi,  acht  cdil  éigin  sholais  do  thabairt  don  aos  6g  agas  don 
aos  ainbfis  agas  antdos  ealadhna  agas  eolais  do  bhrosdadh  agus  do  griosadh 
do  chum  a  ionnshamhla  elle  so  do  dhéunamh  ni  as  fearr  agas  ni  as  lionm- 
haire.  As  uime  nar  leanamar  go  fada  ar  mhordn  dona  hilchiallaibh  chui- 
rid  an  taos  ealadhna  an  iomad  da  bfu.il  dfoclaibh  ann  so,  agas  do  leigeamar 
dhinn  fos  bunadhas  iomad  da  bfuil  ann  so  dfoclaibh  dfoillsiughadh,  do 
bhrigh  gurab  leis  an  dos  ealadhna  go  sonnradhach  as  mo  bheanas  agas  nach 
bfuil  riachtanas  ag  cdch  go  coitcheann  leis  mar  atd  aca  leis  na  seinleabhraibh 
do  thuiccsin  agas  do  léughadh. 

An  ceaîhramhadh  ni  biodh  a  fhios  ag  an  dos  ôg  agas  ag  an  dos  ainbfis 
lerab  mian  na  seinleabhair  do  léughadh  [ni  nach  bfuil  na  aincheas  ar  eol- 
chaibh  ar  îiire)  gurab  annamh  bhios  coimhéd  aca  ar  chaol  re  leaihan,  no 
ar  leathan  re  ccaol  do  sgriobhadh,  agas  ar  firthearc  cuirid  uaihadh  ar  na 
connsainibh  mar  atd,  bh,  ch,  dh,  fh,  etc.  agas  f 6s  as  annamh  chuirid  sin- 
eadh  fada  ar  jhoclaibh.  Sgriobhthar  go  minic  cuid  dona  consainibh  ar  son 
a  cheile,  mar  ata  c,  ar  son  g,  agas  t,  ar  son  d.  Ag  so  samhail  na  bfocal 
tre  sa  dtuigfdhear  sin.  Ar  son  an  fhocailsi  clog,  ionann  agas  cloc,  agad, 
acat,  beag,  beac,  codladh,  cotladh,  ard,  art,  etc.  Cuirthear  fôs  go  minic 
ae,  ar  son  ao,  agas  ai  ar  son  aoi.  agas  f  6s  oi  ar  son  aoi.  Sompla  airsin 


Thirdly,  the  reader  must  know  that  in  setting  aboutthis  little  work  we 
wished  only  to  give  a  little  light  to  the  young  and  ignorant,  and  to 
incite  and  stir  up  older  and  educated  persons  to  make  another  such 
work,  better  and  fuller.  And  we  hâve  not  followed  at  length  many  of 
the  various  meanings  which  scholars  give  to  many  of  the  words,  and 
we  hâve  also  omitted  to  give  the  etymology  of  many  of  the  words , 
because  it  is  particularly  to  scholars  that  it  belongs,  and  that  people  in 
gênerai  hâve  not  the  same  necessity  as  they  to  understand  and  read 
ancient  books. 

Fourthly,  the  young  and  ignorant  who  wish  to  read  the  old  books,  (a 
thing  which  is  not  difficult  for  the  educated  of  our  country),  must  know 
that  they  rarely  guard  against  writing  slender  with  broad,  or  broad 
with  slender,  and  that  they  very  rarely  put  the  aspirate  upon  the  conso- 
nants,  as  bh,  ch,  dh,  fh,  etc„  and  also  that  they  seldom  put  the  long 
accent  on  vowels.  Some  of  the  consonants  are  often  written  one  for 
another,  as  c  for  g,  and  /  for  d.  Hère  are  examples  of  words  by  which 
this  will  be  understood  :  clog  the  same  as  cloc  ;  agad,  acat  :  beag,  beac  : 
codladh,  cotladh  :  ard,  art,  etc.  Also  ae  is  often  put  for  ao,  and  ai  for 


3  $6  O'Clery's  Irish  Glossary. 

mar  sgriobhîhar  go  minic  aedh  ionann  agas  aodh,  agas  cael  as  ionann 
agas  caol.  Agas  bôi  agas  fôs  bai  as  lonann  agas  bdoi.  Sgriobhîhar  go  minic 
E  ar  son  A  sna  seinleabhraibh,  mar  aîa  die,  as  ionann  agas  dia_,  cie  as 
ionann  agas  cia,  etc.  Sgriobhîhar  go  minic  I  ar  son  A,  mar  aîa  so  dochu- 
aidh,  as  ionann  agas  dichuaidh.  Sgriobhîhar  go  coiicheann  a,  o,  u  ar  son 
acheile  a  ndeireadh  focail  mar  aîa  sompla,  somplo,  somplu,  ceardcha, 
ceardcho,  ceardchu,  etc. 


âoi  and  also  oi  for  aoi.  For  example  aed,  is  often  written  for  aodh,  and 
cael  is  the  same  as  caol.  And  bôi  and  also  bai  is  the  same  as  bdoi.  E  is 
often  written  instead  of  A  in  the  old  books,  as  die,  which  is  the  same 
dia,  cie  which  is  the  same  as  cia,  eic.  I  is  often  written  instead  of  A,  as 
dochualdh.  a,  o,  u  are  commonly  written  one  for  another  at  the  end  of  a 
word,  as  îompla,  iomplo,  iomplu,  ceardcha,  ceardcha,  ceardcho,  ceard- 
chu, eic. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  —  357 


A. 

a  .i.  ard  nô  cnoc  'height  or  hill'. 

a  .i.  carr  no  carbad  'car  or  chariot'. 

ab  .i.  tighearna  'lord'. 

aba  .i.  adhbhar  'cause'. 

abhail  7  abhailt  .i.  bas  'death'  dearbhadh  ar  sin  an  anado  abhail  libh 

maraidh  an  fhala  ôà  thoidhidh. 
abairt  .i.  ealadha  no  bés  'knowledge  or  custom'.  As  1  abairt  do  ni  .i. 

as  i  ealadha  do  ni. 
abhraid  .i.  fabhradha  'eyebrows'.  abhraid  dhubhdhaimh  .i.  fabhradha 

amhail  daol  'eyebrows  like  (as  black  asi  a  beetle'. 
ac  .i.  diûltadh  'déniai'. 

acaidheadha  .i.  aittreabhtaigh  nô  tionôntaighe  'inhabitants  or  tenants'. 
acar  .i.  aichear.  7  aichear  .i.  gér.  'sharp'. 
acladh  no  aclaidh  .i.  iasgaireachd  -fishing.  [do  acclaid,  adclais,  Trip. 

Eg-  93>  5  a  1.]' 
aclaidhe  .i.  min  nô  séimh  'smooth  or  gentle'. 
acmac  .i.  timcealladh.  do  acmac  .i.  dothiomchomhacmac  .i.   dothim- 

chealladh  lto  surround'. 
acmhaing  .i.  ârach  no  cumhachda  'strength,  power'. 
acobhar  .i.  saint  'désire'. 

acomhal  .i.  coimhcheangal  no  cruinniughadh  'union  or  assembly'. 
acor  .i.  saint,  amhail  atâ  isin  Amhradh  'désire  ;  as  it  is  in  the  Amra'  : 
Madh  acor  latsa 
thanam  gomadh  gilithear  géisi 
ni  rochosna  neach  oile 
ni  dot  ana  dar  théisi. 
acht  .i.  conntabhairt,  amhail  atâ,  atraigh  an  giolla  gan  acht  'doubt.  as, 

the  boy  rose  up  without  hésitation'. 
acht  .i.  tabhairt  'to  give'. 
acht  .i.  agas  'and'. 

acht  .i.  corp,  amhail  atâ  isin  Amhradh  ag  moladh  Choluim  Chille  : 
acht  go  sâothraibh  ar  sheirc  nDé 
acht  go  nâoine  is  go  nôighe 
fri  fighlibh  roshin  a  acht 
rorir  gach  dân  ar  dhiadhacht. 
'body  ;  as  it  is  in  the  Amra  praising  Colum  Cille  : 


3  $8  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  — 

A  body  with  labours  for  the  love  of  God,  * 

A  body  with  fasting  and  with  virginity 

In  vigils  he  extended  (?)  his  body  J 

He  gave  up  every  gift  for  godliness. 
achta  .i.  tiomâin  'to  drive'. 
adh  .i.  dligeadh  'law  [Beitr.  VIII,  330]'. 
adhabhair  .i.  sûgradh  'diversion'. 
adhailg  .i.  mian  'désire'. 

adhailgne  .i.  dligheadh,  ailghean  n<5  min  'gentleness'. 
adhall  .i.  truailleadh  no  peacadh  'pollution,  sin\ 
adhamhraighthear  .i.  beannaighthear  'he  is  blessed'. 
adhas  .i.  maith.  'good'  bidh  adhas  dhuit  .i.  budh  maiîh  dhuit. 
adhbhal  .i.  môr  'great'. 

adhbhal  .i.  athlamh  no  ésgaidh  'quick,  active  [Isadbul  .i.  isathlum  ut 
est,    Isadbul  acobair,  etc.   Fél.  July  28.  Three   Irish  Glossaries, 

P-  13$]'- 
adhbhann  tri'reach  .i.  purt  no  céol  asa  ttuighthear  thri  ni  'a  tune  or 
music  from  which  three  things  are  understood,'  .i.  geanntraighe, 
golltraighi,  sûantraighe  [Gentraigi  A.  îreidi  imefuilnge  gen,  «  three 
things  which  cause  cheerfulness,  »  Corm.  Tr.  p.  90.  —  Golltraigi 
.i.  adhband  trirecb  imefuilnge  gol  »  «  a  melodious  (?)  strain  which 
causes  weeping  »  id.  p.  89  and  see  O'Curry,  M.  and  C.  III  220- 

223].' 
adhbchlos  .i.  âoibhneas  'pleasure'. 

adhbchlosach  .i.  lân  do  ghlôir  dhiomhâoin  'full  of  vain  glory'. 
adhbo  .i.  abach  .i.  earfhuagra  'warning'. 
adhbudh  .i.  adhbchlos  nô  âoibhneas  'pleasure' 
adheitchidhe  .i.  grânna  'hateful'. 
adhfhlaith  .i.  flaith  dlightheach  'lawful  chief. 
adhghair  .i.  gairidheachd  dlightheach  no  maith  dlightheach  'convenience 

O'Conn. 
adhlaic  .i.  mian  'désire  [robo  ad.la.ia  dô,  Trip.  Eg.  93,  3b  2]'. 
adhlann  .i.  lâoch  'hero'. 
adhlaochdha  .i.  inlâochda  'heroic'. 
adhma  .i.  eolach  'wise'. 
adhnacal  ['burial']  .i.  adh,  dligheadh  7  cal  coimhéd.  7  nai  .i.  duine  .i. 

coimhéd  dlightheach  an  duine  'i.  e.  adh,  «  law,  »  cal  «  keeping  » 

and  duine  «  man  »,  i.  e.  the  lawful  keeping  of  the  man.  [So  Corm. 

Tr.  p.  1 5]'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  —  359 

adhnacht  [was  buried]  .i.  on  adhnacal  'from  adhnacal  to  bury  [The 

preterite  passive,  Wind.  Gr.,  p.  83]'. 
adh^adh  .i.  lasad  'to  kindle'. 
adhnaoi  .i.  âosda  'aged'. 
adhrae  .i.  diultadh  'déniai'. 
adudh  .i.  teine  chreasa  'a  circle-fire,'  Lh. 
ae  .i.  âon  'one'.  dagach  ae  .i.  da  gach  âon  duine. 
aedh  .i.  suil  'eye\ 

afraigidh  .i.  éirghi'dh,  amhail  atâ  isin  rann  : 
Maith  ar  mana  fearr  ar  bfeacht. 
neart  céd  curadh  in  ar  gcorp. 
afraighidh  suas  dénaidheachd, 
foirrghfdh  an  tréd  imon  tore. 

'arise  ye,  as  it  is  in  the  verse  : 

Good  our  cause,  better  our  expédition, 

the  strengh  of  a  hundred  heroes  in  our  body. 

Rise  up,  accomplish  valour,  slay  the  herd  with  the  boar 

[Quoted  rather  differently  in  Four  Mast.,  A.  D.  866]. 
agh  .i.  bô  'cow'. 
agh  .i.  cath  'battle'. 

agh  .i.  eagla  'fear',  aghaim  .i.  eaglaighim  kI  fear\ 
agh  .i.  cur  'put  thou'.  aghaid  .i.  cuirid  lput  ye'. 
aghaid  .i.  âonaighid  no  bfd  go  subhach  'they  rejoice,  or  are  happy'  [so 

Fél.  Sep.  4  and  O'Dav.  p.  50]. 
aghda  .i.  cathaightheach  'warlike'. 
ai  no  aoi  .i.  eala  'knowledge'. 
ai  no  aoi  .i.  sealbh  'a  herd'. 
ai  no  aoi  .i.  cuis  nocaingean  'cause'. 
ai  no  aoi  .i.  éigsi  no  éolcha  'knowledge  or  learning'. 
ai  no  aoi  .i.  caora  'sheep'. 
aibh  no  aoibh  .i.  cosmhaileas  'resemblance'. 
aibhéis  .i.  muir  'sea'. 

aicdhe  .i.  cumhdach  'structure',  Beitr.  VIII,  332. 
aicdhe  .  comhall  'keeping'. 

aicdhe  mheanman  .i.  doréir  meanman  'according  to  the  mind'. 
aice  .i.  treabh  'tribe'. 
aice  .i.  oileamhain  'nourishment'. 
aice  .i.  ucca,  togha,  no  mian  'choice  or  désire'. 
aice  .i.  in  aice  'near'.  Acall  ar  aice  Teamhair  .i.  in  aice  Teamhrach  atâ 


?6o  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  — 

Acall,  no  do  cithear  Acall  as  Teamhraigh  'Acall  is  near  Teamhair, 

or  Acall  is  seen  from  Teamhair'. 
aichear  .i,  feargach,  gér,  no  fâobhrach  'angry,  sharp'. 
aiccillne  .i.  <5glachas  "servitude'. 

aidhbhean  .i.  adhbha  dhfona,  no  teughdhais  dhiona  'abode'. 
aidhbhean  .i.  imchian  nô  fada  'far  or  long'. 
aidhbhean  .i.  olc,  no  deoraidh  'evil'. 
aidhbriudh  .i.  cronughadh  'reproof. 
aidhbsi  .i.  ainm  céoil  no  crônâin  do  nithi  in  Eirinn  a  nallûd  'a  name  of 

music  that  was  made  in  Erin  formerly'. 
aidhbhsin  .i.  taidhbsin  'appearance'. 
aidhcleadh  .i.  aidhceall  no  urchtfid  'hurt,  injury'. 
aideach  no  aoideach  .i.  lolgach  no  bà  bhainne  'a  milch-cow'. 
aidide  .i.  umhla  'humility'. 
aididin  .i.  umhla  'humility. 

aidhme  .i.  uradh  trealamh,  uirnis  no  culaidh  'dress'. 
aidhne  .i.  aos.  mar  atâ  aidhne  na  Bôramha ,  7  aidhne  an  dinnsean- 

chais  'âge,  as,  the  âge  of  the  cow-tribute,  and  the  âge  of  the  Dinn- 

senchas'. 
aighe  .i.  sail,  no  gabhal  'beam'. 
aighe  .i.  calma  'strong'.    Iosa   ionmhain  âighe,  etc.  'Jésus,  beloved, 

strong'. 
aighe  .i.  cnoc  'hill'  fuil  damh  aithne  âighe  .i.  atâ  agam  aithne  an  chnuicsi 

'I  hâve  knowledge  of  this  hill'. 
aigén  .i.  fairrge  'sea'. 

aighréire  .i.  aighe  réire  .i.  breitheamh  'chief  of  judgment,  a  judge'. 
ail  .i.  iarraidh  'entreaty'. 
ail  .i.  cloch  'stone'. 
ail  .i.  athais  'insuit'. 
ail  .i.  nâireach  'scandai'. 
ail  .i.  arm  'weapon'. 
ail  aobhta  .i.  ail  aithbhe  .i.  cloch  frith  an  trâigh  'a  stone  against  the 

foot'. 
ailcne  .i.  clocha  'stones'. 
aileach  .i.  ail  each,  ôir  is  eich  tuccsad  a  ailbheach  .i.  a  chlocha  M.  e. 

ail  «  stone  »,  each,  «  horse  »'. 
ailghean  .i.  min  'gentle  (Fis  Ad.  LU.  27.8  2)'. 
ailgheas  .i.  mianghas  no  fonn  'désire,  ardour'. 
ailim  .i.  aitchim  no  guidhim  'I  beg,  or  pray  ■ailme,  «  we  pray,  »  Colm. 

h.  9]'. 


O'Clery's  lrish  Glossary.  —  A.  —  361 

aill  .i.  cluin  'heard  [Aill  .i.  cluinti,  ut  est,  aill  mo  coirpri  dû  .i.  farsan 

À.  faillsigh  nocluinti,  O'Dav.  47]'. 
aill  .i.  feacht  'a  time,  turn  [Aill  .i.  aonfecht,  «  once  »  O'Dav.  48]. 
aill  .i.  uasal  'noble'. 

aille  .i.  moladh  'praise  [do  Crisî  canaid  aille.  Fél.  Apr.  26]'. 
ailleann  .i.  ailann  .i.  clochann  'heap  of  stones'. 
ailliath  léo  .i.  glaodh  léomhain  'the  roar  of  a  lion'. 
aillsi  .i.  faillighe  'carelessness'. 
ailt  .i.  ûasal  'noble'. 
ailt  .i.  teagh  'house'. 
ailtire  .i.  sâor  dhéunmha  tighe  'a  builder  [lit.   «  a  workman  who 

raakes  a  house.  »  Cf.  fer  dénma  bairgine  (gl.  pistor  i.  e.  vir  faciendi 

panis)  Z.  486'.] 
aimeann  no  aoimeann  .i.  âoibhinne  'pleasant'. 
ain  .i.  tâin  'plunder'. 

ainbhcheallach  .i.  ainmin  nd  garbh  'ungentle  or  rough'. 
ainbheach  .i.  déura  iomdha  no  fearthain  'many  tears,  or  rain[cf.  argairt 

lathe  dnbige  coercha  formedôn  rede  «  She  herded  on  a  day  of  rain 

sheep  amid  a  plain  »  Br.  h.  33]'. 
ainbheach  .i.  iomdha  a  subhâilchibh  'abounding  in  virtues  [Sabina  taer 

ainbech,  Fél.  July  20]'. 
ainbhle  .i.  ainféile  no  olcas  'penury  or  badness'. 
aincheas  .i.  conntabhairt  'doubt,  difficulty', 
ainceoil  .i.  uilc  orra  'evils  on  them'. 
ainching  .i.  anraidh  no  lâoch  'champion  or  hero'. 
aindear  .i.  bean  'woman'. 

aindi'arraigh  .i.  feargach  'angry  [Rofég  Paîraic  iarsin  coandiarid  «  Pa- 
trick then  looked  angrily  ».  Trip.  Eg.  93.  3. a. 2.]'. 
aindreannda  .i.  ainmin  'ungentle'. 
aine  .i.  âineas  'delight'. 

aine  .i.  airfideadh  'music  [Lucia  conaine  (.i.  conairfitiud)  Fél.  Feb.  6]. 
aine  .i.  ai  an  no  âoi  an  .i.  ealadha  mhaith  nô  fios  maith  'good  science 

or  good  knowledge'. 
aine  .i.  lûas  no  déine  'quickness  or  eagerness'. 
aineach  .i.  marcaigheacht  each  'horsemanship'. 
ainbféile  .i.  amhnâire  'shamelessness'. 
ainbféitheach  .i.  ainéolach  'ignorant'. 
aingcis  .i.  mallachd  'curse'. 

aingeal  .i.  grfanda,  solasda,  no  fâoilidh  'sunny,  light,  or  glad'. 
ainiodhan  .i.  neamhghlan  'impure  [iodhan  .i.  glan,  infra]. 


162  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  - 

ainninne  .i.  fearg  'anger'. 

ainle  .i.  âlainn  a  11  'i.  e.  «beautiful  his  colour  ».  [âlain  a  II  Fél.  Jun.  20]'. 

ainleacht  .i.  âilghine  no  mine  'gentleness'. 

ainmhéid  .i.  iongnadh  Svonder'. 

ainniomh  .i.  fâsach  'désert'. 

air  .i.  éirigh  'arise'. 

airbhe  .i.  ainm  aisde  'the  name  of  a  poem'. 

airbhe  .i.  asna  'rib'. 

airbheart  .i.  tuigsi  no  ciall  'understanding,  intellect'. 

airbheart  .i.  treoir  'strength'. 

airbheart  bith  .i  beatha  * lïfe  [cf.  airbert  biuth  (vesci,  frui,  uti,  degere) 

ocairbirt  biuth  coirp  Cr.  (fruentes  corpore  Christi)  Z.  918.  rann  aile 

do  airbirt  bith  (alia  pars  ad  fruendum)  Z.  358]'. 
airbhir  .i.  ualach  bheireas  duine  idir  a  dhâ  lâimh  'a  load  that  a  man 

carries  between  his  two  hands.  [Airber  .i.  fritt  anair  munabire  (no 

nombere)  iter  àô  di  lâim,  etc.  «  to  the  east  (in  front)  of  thee  thou 

bearest  it  between  thy  two  arms  »  Corm.  4.  'Tr.  9]'. 
airbhre  .i.  sluagh  larmy'. 
airc  .i.  docamhal  'difficult'. 
airchealladh  .i.  goid  'theft'. 
aircheann  .i.  firchinnte  'certain'. 
aircheann  tire  .i.  imeal  tire  no  tâobh  tire  'boundary  of  a  country,  or 

side  of  a  country'. 
airchealtrach  .i.  agh  no  ailid,  do  bhrigh  go  bfircheilionn  a  lâogh  'a  hind'. 
airchis  .i.  éccâoine  'complaint'. 

airchiside  a  ghuin  .i.  éccâoinidh  se  a  ghuin  'he  complains  of  his  wound'. 
airchlithear  '[i.  e.  «  he  is  carried  off  »]  .i.  on  oirchill,  from  oirchill 

«  to  carry  off  »'. 
airctheach  .i.  inntleachdach  no  ealadhnach  'intelligent  or  learned'. 
airdbheadh  .i.  aird  eibe.  i.  teasgadh  nô  gearradh  'cutting'. 
airdhe  .i.  sighin  no  comhardha  'sign\ 
aire  .i.  ainm  coitcheann  gach  grâdha  flatha  attuaith  'a  gênerai  name  for 

every  grade  of  chiefs  among  the  people'. 
aire  .i.  cora  éisg  'a  fishing  weir. 
aireacc  .i.  inntleacht  'cleverness. 
aireanach  .i.  tosach  'beginning'. 
airear  .i.  cuan  •harbour'. 
airear  .i.  sâsadh  'satiety'. 
airear  .i.  biadh  'food'  gan  airear  a  do  acobhar.  measair  choimsi  choir 

without  food  to  his  désire'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  —  363 

airear  .i.  âoibhinn  'pleasant'. 
airél  .i.  leabaidh  'bed'. 

airri  .i.  ri'  fiadaigh  .i.  n'gh  fhianaidh  'a  hunting  king'. 
airide  dala  .i.  ceann  no  airchinneach  dâla  'head  of  chief  of  an  assembly'. 
airidin  .i.  gabhâil  'taking  [airitin  receptio.  Z.  214]'. 
airigh  .i.  tôisigh,  uasail  no  uachdarâin  'noble  chiefs  or  rulers'. 
airilleadh  .i.  dligeadh  'law'.  is  âirilleadh  .i.  as  dlightheach  dathairne 

'is  right  for  Athairne'. 
airiltean  .i.  bés.  'custom'.  la  feabhas  an  âiriltean  .i.  la  feabhas  am  bés 

'with  the  excellence  of  their  custom'. 
airis  .i.  aithinne  'firebrand'. 
airisin  catha  .i.  coinne  chatha  'order  of  battle'. 
airle  .i.  comhairle  'advice'  airlethfimne  na  hdga  .i.  do  ghéunam  leath- 

nugadh  no  comhairliughad  ar  na  lâochaib.  'We  will  give  advice  to 

the  heroes'. 
airm  .i.  ionadh  'place',  airm  imeartha  an  chatha  'the  place  where  the 

battle  is  fought'  .i.  imearta  an  catha  in  gach  airm  .i.  ingach  ionadh. 
airmheadh  .i.  meadh  thomhais  'a  balance'. 
airmeart  .i.  geis  'obligation'. 
airmghein  .i.  amhraghein  .i.  gein  mhaith  'good  birth'  amhra  .i.  maith 

'good'. 
airmid  .i.  onôir  'honour'. 
airmid  .i.  geis  'obligation'. 
airmide  .i.  geis  'obligation'. 
airmidin  .i.  on6ir  'honour'. 
airne  .i.  fuireachras  oidhche  'night  watch'. 
airsaire  fodhla  .i.  ait  ambi  gâir  fan  roinn  'a  place  where  thereis  shou- 

ting'. 
airrsci  .i.  méidhe  'neck'. 
airthnemh  .i.  cloch  eimhir  frisa  bfâobhraighthear  arma   mileadh   no 

lâoch  'a  whet-stone,  on  which  a  soldier's  or  hero's  arms  are  shar- 

pened'. 
aïs  .i.  cnoc  'hill'. 
aïs  .i.  deoin  'wish'. 
aisc  .i.  imdheargadh  'reproof . 
aisc  .i.  foghail  'plunder'. 
aith  .i.  ger  no  luath  'sharp  or  quick'. 

aithbe  .i.  trâghadh,  no  laghdughadh  mara  'the  ebb  of  the  tide'. 
aithcheas  .i.  bean  an  lâoich  'wife  of  the  hero'. 
aithcheasa  .i  aithchiosaidhe  .i.  meirdreacha  'harlots'. 


364  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  — 

aitchim  .i.  iarraim  no  athchuingim  'I  ask'. 
.   aithe  .i.  dioghail  'revenge  [robo  adlaicc  dô  a  aithi  do  Pairaic  ani  dorigne 

fri  a  fer  comîha,  etc.  «  he  wished  to  revenge  on  Patrick  what  he 

had  done  to  his  companion  »,  etc.  Trip.  Eg.  3  b.  2.] 
aitheach  .i.  namha  âith,  7  ni  hainm  acht  do  dheagh  lâoch  'a  keen 

enemy  :  and  only  a  name  for  a  brave  hero.  So  Corm.  p.  4'. 
aitheach  .i.  crâin.  aitheach  ag  iarraidh  cullaigh,  etc.  a  sow.  a  sow  see- 

king  a  boar,  etc.' 
aitheadh,  .i.  élûdh  'deserting,  O'Conn. 
aitheallach  .i.  athsuidhiughadh  'translation'. 
aitheann  .i.  âith  teinn  :  dir  as  gér   teinn  isidhe  '[furze.  —  Aittend  .i. 

aith  theand,  acht  is  âith  is  teand  «  because  it  is  sharp  and  lacera- 

ting.  »  Corm.  p.  4.  Tr.  p.  8.]\ 
aithghein  .i.  samhail  'like'. 
aithis  .i.  dioghlais  'abuse.  O'R.' 

aithiubhar  .i.  dfbirt  no  ionnarbhadh  'banishment,  exile'. 
aithle  .i.  seanbhrat  'an  old  cloak.  Aithle  A.  athfhola  [asméssa  hi  oldds 

fola,  it  is  vvorse  than  a  cloak.  »  Corm.  p.  3]'. 
aithmheas  .i.  traghadh  'ebb'. 
aithneach  .i.  traisgeadhach  khoarded  up'. 
aithrinn  .i.  rinn  âith  .i.  teanga  gér  no  faobhrach  'a  sharp  point,  i.  e.  a 

sharp  or  keen  tongue'. 
aithrinne  .i.  lâog,  ôir  as  âith  no  gér  é  ris  na  rinnibh  .i.  ris  na  sinea- 

dhaib  'a  calf  ;  because  it  is  quick  or  sharp  against  the  points,  i.  e. 

against  the  teats.' 
al  .i.  oileamhain  'nourishment'. 
al  gach  ongtha  .i.  eagal  gach  athghonta.  [Al  .i.  eccail  no  tlaïth  ut  est  al 

gach  hongtha  .i.  is  tlaith  inti  dia  tabair  olc.  O'Dav.  p.  52.] 
aladh  .i.  breac  'speckled'.  [Alad  .i.   il  a  dath  «  many  his  colours  » 

Corm.  Tr.  p.  14.  —  Alad  .i.  exsamail  «  various  »  O'Dav.  p.  48.] 
aladh  .i.  gliocas  'cleverness'.  tré  âlaidh  a  urlabhra  'through  the  clever- 

ness  of  his  speech'. 
all  .i.  oïl.  oll  .i.  m6r  'great'. 
all  .i.  srian  'bridle'. 
allabhair  .i.  mac  alla  ''écho'. 
allabhar  .i.  oll  arbhar  .i.  sluagh  môr,  6ir  as  ionann  arbhar  7  sluagh 

7  as  ionann  oll  7  môr.  'a  great  army  :  because  arbhar  and  sluagh 

(army)  are  the  same,  and  oll  and  môr  (great)  are  the  same. 
alladh  .i.  oirdhearcas  'famé'. 
allaidh  .i.  ailfiodh.  dir  as  ionann  al  7  oileamhain,  7  as  ionan  fiodh  7 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  —  36$ 

coill.  gonadh  de  sin  adearar  madadh  allaidh  .i.  tré  na  oileamhain  a 
bfiodh  'because  al  and  oileamhain  nourishmenti  are  the  same  and 
fiodh  and  coill  'wood.  are  the  same  :  so  that  thence  is  said  madadh 
allaidh  (a  wild  dog)  i.  e.  through  his  being  brought-up  in  a  wood. 
[Cendaid  .i.  cen  fid  .i.  is  cenfhîd  roalt.  no  is  cendais  na  imtéit  fofhid 
na  fà  dithrub.  cui  .i.  contrarius  est  allaid  .i.  ail  fid  .i.  allair  ifhid 
7  andilhrub  «  without  a  wood  i.  e.  without  a  wood  he  was  nur- 
tured  ;  or  he  is  gentle  as  he  does  not  go  into  wood  or  wilderness  : 
cui  contrarius  est  allaid  i.  e.  ail  fid  .i.  he  is  nurtured  in  wood  and 
in  wilderness».  Corm.  p.  12.  Tr.  p.  38]. 

allmhuir  .i.  fri  muir  anall.  'from  beyond  sea'. 

allrén  .i.  ar  an  rian  thail.  n'an  .i.  slighe  '[a  foreign  voyage,  journey, 
or  expédition,  O'R.]  on  the  way  yonder.  rian  i.  e.  way'. 

allsmainn  .i.  m6r  shnadhmanna  'large  knots'. 

alt  .i.  leim  'a  leap'. 

alt  .i.  leithéid  'breadth'.  in  ait  an  ionaidhsi.  .i.  a  leithéid  an  ionaidhse 
'the  breadth  of  this  place'. 

amh  .i.  olc  'evil'. 

amh  .i.  diultadh  'refusai'. 

amall  .i.  tadhall  'a  visiî'. 

amhar  .i.  ceol  'music'. 

amharc  .i.  locht  'fault'. 

amhlabhar  .i.  balbh  'dumb'. 

amhnas  .i.  doilidh,  nô  amhnâireach  'shameless  [amnas  occurs  in  the 
Hymns,  where  Stokes  translates  it  «  hard  »  :  in  macc  amnas  «  the 
hard  youth  »,  Br.  h.  35.  erchor  amnas  «  a  hard  fall,  «  Sanct. 
h.  13]'. 

amhra  .i.  dorcha  'dark'. 

amhra  .i.  maith  'good'. 

amhra  .i.  aisling  'vision'. 

amhradh  .i.  marbh  câoineadh  •mourning'. 

an  .i.  uisge  'water'. 

an  .i  anacal  'protection'. 

an  .i.  sdâbha  no  soidheach  'vessel,  cup'. 

an  .i.  uasal  'noble'. 

an  .i.  ésgaidh  nô  luath  'active  or  quick'. 

an  .i.  âineas  no  âoibhneas  no  ailne,  no  fôs  âoibhinn  no  âlainn  'joy  or 
delight  or  beauty,  or  also  charming  or  beautiful'. 

ana  .i.  sonas  no  saidhbhrios  'prosperity  or  wealth'. 

anach  .i.  nighe  'washing'. 

Rev.Celt.lV  2  5 


3  66  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  — 

anacht  .i.  anacal  'protection'.  Colm.  h.  22. 

anaic  .i.  guin  'wound'. 

anaichill  .i.  anaicilleach  no  neamh-anaclach  'restless'. 

anairt  .i.  mâoth  no  min  'soft  or  gentle'. 

anaithnidh  .i.  droch  aithneach  ;  7  fôs  duine  ar  nach  bi  aithne  'inhos- 

pitable,  and  also  a  man  without  acquaintance'. 
anamhthaigh  .i.  anbâthadh  'stormy'. 
anann  .i.  Eireann  'Ireland'. 
anbhal  .i.  anbfôill  .i.  romhôr  'very  great'. 
anbhobhracht  .i.  ainm  do  dhuine  sheargas  0  ghalar  ionnas  nach  bi  sésûr 

ina  churp.  bracht  .i.  béoil  no  sésûr  no  siigh  'a  name  for  a  man  who 

is  wasting  with  disease,  so  that  there  is  no  fat  in  his  body'.  bracht 

i.  e.  fat  or  juice.  So  Corm.  p.  3. 
anbhôd  .i.  béd  nach  côir,  nô  éccôir  'a  deed  which  is  not  just\ 
andach  .i.  fearg  'anger'.  Fél.  Prol.  237. 
andach  .i.  olc  'evil'. 
andagh  .i.  olc  no  peacadh  'evil  or  sin'. 
aneadargnaidh  .i.  anaitheanta  'unknown'. 
annfocal  .i.  gnath  fhocal  'proverb'. 
anbhf6tt  .i.  ainbfios  'ignorance',  fôd  .i.  fios  'knowledge'. 
anga  .i.  inge  .i.  acht  ;i.  e.  inge,  but'. 
angbhaidh  .i.  peacadh  'sin'. 
angbhaidh  .i.  cruaidh  an  gaisgeadh  'brave'. 
angclu  .i.  gaisgeadhach  maith  'valour'. 
anghlonn  .i.  gâbhadh  'danger'. 
angnata  .i.  câirdhe  'friendship'. 
anmaoin  .i.  miosgais  'hatred'. 
ann6id  .i.  eaglas  'church'. 
anrô  .i.  iomarcaigh  'excess'. 
annsearg  .i.  as  doilidh  a  sheargh  'painful  his  state'.  [Andseirg  .i.  andsa  a 

sheirc  «difficult  or  painful  is  his  state  »  Corm.  Tr.  p.  2.] 
aodh  .i.  teine  'fire'. 
aoide  .i.  6ige  'youth'. 
aoil  .i.  bel  'mouth'. 
aoileanda  .i.  âlainn  'beautiful'. 
aoin  .i.  lûachair  'a  rush'. 
aoinim  .i.  troisgim  'I  fast'. 

aon  .i.  oirdheirc  'illustrious'.  bà  hâon  .i.  bâ  hôirdheirc. 
aon  .i.  ûathadh  'few'. 
aonach  .i.  âineach  .i.  ait  ambi  marcaigheacht  go  hân,  no  go  hâoibhinn 


O'Clery's  Irish  Clossary.  —  A.  —  367 

'a  place  in  which  there  is  horsemanship  nobly  (dri)  or  beautifully'. 

aos  éta  .i.  dâoine  àosda  'aged  men'. 

aoth  .i.  mionn  'oath'. 

aprainn  .i.  olc  'evil'. 

aprainn  .i.  truagh  'wretched'.  dioghal  aprainne  'a  revenge  of  wret- 
chedness'.  [Digal  .i.  nemgal  .i.  anad  gai  caich  diandentar  digal 
aprainde ,  «  the  crying  ceases  of  every  one  for  whom  is  wrought 
revenge  of  wretchedness.  »  Corm.  p.  15.  Tr.  p.  52.] 

ar  .i.  treabhadh  'dwelling'. 

ara  .i.  giolla  'servant'. 

ara  .i.  iomramh  'rowip.g'. 

arach  .i.  achadh  an  air  no  antreabhtha  'a  ploughed  field',  O'Conn. 

arach  .i.  crôchar  'bier\  imârach  .i.  fa  chrôchar. 

aracar  .i.  iomramh  'rowing'. 

arr  .i.  fiadh  'hind'. 

arr  .i.  dealbh  'image'. 

aradh  .i.  dréimire  'ladder'.  ba  hàradh  .i.  ba  dréimire  *(she)  was  a  ladder 
[Amra  arad  dothuatai'o  doascnam  flatha  maie  maire,  «  a  marvellous 
ladder  for  pagans  to  visit  (the)  kingdoms  of  Mary's  Son.  »  Br. 
h.  12]'. 

aradh  .i.  rith  no  rfadh  fri  hard  'running  or  descending  headlong'. 

aradhain  uïlc  .i.  droichdhiol.  fuair  an  ghég  àradhain  uile,  etc.  'insuit, 
hard  usage,  etc.'  O'Conn. 

arc  .i.  corp  'body'.  fâ  ârc  .i.  fâ  chorp. 

archeana  .i.  ô  sin  amach  'henceforth'. 

archoin  .i.  coin  dâsachtacha  'mad  dogs'. 

archu  .i.  cû  bhios  ceangailti  'a  dog  that  is  chained'. 

ard  .i.  uasal  'noble'. 

ardharc  .i.  suaitheantas  'ensign'. 

ardrach  .i.  airdrf  no  ardfhollas,  no  oirdheirc  'suprême  king,  or  very 
famous  or  conspicuous'. 

arg  .i.  bainne.  no  braon  bhios  ag  sileadh  tre  iomadh  fleachaidh  'a  drop 
which  drops  through  much  rain'. 

arg  .i.  laoch  'hero'. 

arg  .i.  ordhairc.  on  abartharaircheadal  .i.  argcheadal  .i.  moladhordhairc 
no  aircheadal  oirdheirc  'famous,  whence  is  said  aircheadal  i.  e. 
argcheadal  i.  e.  a  famous  praising  or  panegyrical  poem.  [Arg  din 
airdhairc,  unde  dicitur  airchedul  .i.  argcetul  À.  cedul  orrdhairc  ara 
menée  conchanair  «  a  poem  famous  from  the  frequency  with  which  it 
is  sung  in  concert  >*.  Corm.  p.  2,  Tr.  p.  4"/. 


368  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  - 

argad  no  airgead  .i.  céd  'silver'. 

arghaire  .i.  bacâil,  no  crosadh  'staff  or  crozier'. 

arghairt  .i.  ro  ionghair  .i.  onionghaire  'heherded  [Airgairî  lathe  dnbige 

coercha  formedôn  réde  «  She  herded  on  a  day  of  rain  sheep  amid  a 

plain  ».  Br.  h.  j$]'. 
argdha  .i.  laochdha  'heroic'. 
armainn  .i.  oiticcigh  'officers'. 
armuinntear  .i.  âirmidhear  no   beannaighthear   'he  is  honoured  or 

blessed'.  Fél.  May  6. 
arnaidh  .i.  urnaidhm,  no  ceangal  'girdle'. 
art  .i.  uasal  'noble'. 

art  .i.  cloch.  'stone',  airténe  .i.  mionchlocha  'pebbles'. 
arthraighis  .i.  médaighis  'thou  hast  considered'. 
as  .i.  bainne  'milk'. 
asa  .i.  brôga  'shoes'. 

asadh  .i.  adhannadh  no  lasadh.  'to  kindle'.  don  tene  ba  trén  asadh,  etc. 
asaidh  .i.  fosaidh  'to  stay'. 

ascaith  .i.  scâl  no  lâoch  'a  hero  [ascaid  .i.  scdil  Corm.  p.  i]\ 
ascnam  .i.  tiagam  Met  us  corne  [ascnam  anasdilsiu  (.i.  tiagam  co  arndiles) 

Fél.  Prol.  262]'. 
aslach  .i.  furâileamh  'incitement'. 

aslonnadh  .i.  atach  no  aisnéis  no  innisin  'telling,  relating'.  Fél.  July  9. 
asnadh  .i.  osnadh  'groan'. 
asnasach  .i.  snoidheadôir  'a  hewer  of  wood'. 
astal  .i.  slis,  no  ga  leabhair  'lance  or  long  spear'. 
astas  .i.  ga  'spear'. 
assuith  an  grian  .i.  dof  hosaigheastair  no  do  fhosaidh,  no  do  chomnaidh 

an  ghrian  <the  sun  sets'. 
asuidheadh  .i.  do  adhnadh  no  do  lasadh  'to  kindle'. 
at  .i.  laith,  7  laith  .i.  leamhneachd  no  bainne  'milk'. 
atach  ndroichbhérla  .i.  bheith  an  chainnteach  'an  ill-spoken  clown'. 
athach  .i.  tamall  'a  little  while'. 
athach  .i.  tonna  'waves'. 

athach  gaoithe  .i.  sidean  gaoithe  'a  storm  of  wind'. 
athach  da  dearbhbhrathar  .i.  farraidh  dâ  dearbhbhrathar  'a  request  of 

two  brothers'. 
athaigh  .i.  focaidhe  'farmers'. 
athaigh  mbig  .i.  gaisgeadhaig  bheaga  'little  warriors'. 
athaile  .i.  âudhalle,  nearnheisdeachd  no  cluasdall  'deafness'. 
athal  .i.  audhall  .i.  bodhar  'deaf . 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  A.  —  369 

athargaibh  .i.  iomaireag  ait  .i.  cathughadh  gér  'sharp  fighting'. 
athbhach  .i.  ionnsaighidh  'to  attack'. 
athbhach  .i.  neart  'strength'. 
athbhach  .i  aithearrach  na  huairesin  '«  a  change  or  différence  of  time  » 

O'R.'. 
athbhadh  .i.  ath  fhâs  peine  'a  renewal  of  suffering'. 
athchomharc  .i.  fiarfaigheadh  'to  ask'.  Trip.  Eg.  10  a.  1'. 
ath  féne  .i.  âth  ulltach  'the  Ultonian  ford  [Ath-feine,  at  Ioraras,  the 

name  of  a  ford  on  a  stream  near  Ories  or  Oris,    Westmeath. 

IV  Mast.  A.  D.  n6o]\ 
athgabhail  .i.  creach  'plunder'. 

athgabhail  .i.  crô  aighe  '  «wealth,  riches...  effects  retaken  »,  O'Conn'. 
athgabhail  .i.  âoi  ghabhâil  no  adha  ghabhâil  .i.  gabhâil  dhlightheach 

'lawful  seizure'. 
athghn6dh  catha  .i.   athghnddhughadh  no   aithgniomhughadh   catha 

'renewal  of  battle'. 
athlamh  .i.  ésgaidh  'active'. 
athnamh  .i.  édâil  'wealth'. 
athréos  .i.  leasughadh  'correction'. 
atruicc  .i.  do  éirigh  'he  arose'. 
audhacht  .i.  uath  fheacht  .i.  antan  téid  duine  fri  feacht  nûatha  .i.  bas 

'when  a  man  goes  on  a  journey  of  the  grave  i.  e.  death  [«  A  dying 

testament  »,  Corm.  Tr.  p.  5]'. 
aurghais  .i.  ergna  no  guidhe  uasal  'a  noble  prayer'.  Fél.  Nov.  1 3. 
axal  .i.  aingeal  'an  angel  [Amra  C.  C,  éd.  Crowe,  p.  34]'. 

B. 

ba  .i.  maith  'good'.  Fél.  Nov.  13. 

ba  .i.  bas  'death'. 

bablôir  .i.  fear  môrghlôrach.  bldr  .i.  guth  no  glor  'a  very  clamorous 

man.  blôr,  voice  or  speech.  Corm.  Tr.  p.  19'. 
bach  .i.  ionnsaighidh  'to  attack'. 
bach  .i.  briseadh  'to  break'. 
bach  .i.  meisge  'drunkenness'. 
bachall  .i.  bearradh  'to  eut'. 

bacat  .i.  brâighe  'neck  [Baicead  .i.  braige,  Diiil  Laithne,  Goid.  75]'. 
bad  maith  dhuinn  .i.  bithear  go  maith  frinn  fmay  it  be  well  to  us'. 
badhb  .i.  feannôg  'scald-crow'. 
badhb  .i.  tûath  thire  'a  district  :  «  lordship  or  manor  »,  O'Conn'. 


370  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  B.  — 

bagh  .i.  briathar  'a  word'. 

bagh  .i.  cath  'battle  [bdg,  Fél.  Ep.  361.  baigeÇ\.  catha)  Fél.  Sept.  13]'. 

bagha  .i.  geallaim  'I  promise'. 

bagach  .i.  cathach  'military.  Fél.  Mch.  8'. 

baghaim  .i.  geallaim  'I  promise'. 

baichsead  .i.  dobheansad  'they  struck'. 

baidhe  no  baoidhe  .i.  bàoidheamhleacht  no  faidigheacht  'patience'. 

baighe  .i.  catha  'battles'.  [v.  sup.,  Bagh.] 

baighim  .i.  brfathraighim  'I  speak'. 

baighle  .i.  laogh  allaidh,  mar  atâ  isin  rann  : 

atchonnarc  braicheamh  7  bru,  7  baighle  eatorru, 
sochaide  do  dhéch  an  magh  7  bréich  ag  a  mharbhadh. 
'a  fawn  ;  as  it  is  in  the  stanza  :  I  saw  a  stag  and  a  hind  and  a  fawn 
between  them;  a  multitude  went  out,  and  a  wolf  killing  them.' 

baillén  .i.  deoch  'a  drink'.  [LL.  200  a. 

BAiLLÉiNE.i.  ballâmi'n  beag  'a  small  bubble'. 

bairche  .i.  trén  no  laidir  'strong'. 

bairréin  .i.  barraidhe  no  taobhâin  'rafters'. 

bairneach  .i.  feargach  'angry'. 

baiscmhall  .i.  cruinnmheal  'an  assemblage'. 

baiscne  .i.  bile  'a  tree'. 

baiseal  .i.  diomas  'pride'. 

balc  .i.  trén,  neartmhar,  no  môr  'strong,  powerful,  or  great  [baie  A. 
trén,  Fél.  Jan.  13.  balcu  .i.  tressiu,  «  stronger  »,  Fél.  Jan.  4]'. 

balg  .i.  bearna  'chasm'. 

ban  .i.  fi'rinne  'truth'. 

ban  .i.  umha  'brass'. 

bann  .i.  gach  cumhsgugadh  'every  journeying'. 

bann  .i.  liathrôid  'a  bail  [Bann  À.  liaîrald,  Corm.  Tr.  28]'. 

bann  .i.  dligheadh  'law'. 

bann  .i.  bas  'death'. 

bann  .i.  gnfomh  'deed'. 

bannach  .i.  gniomhach  'active'.  Fél.  Jan.  12. 

bannach  .i.  sionnach  *a  fox'. 

banghal  .i.  gail  no  gaisgeadh  mnâ  'courage  or  valour  of  a  woman'. 

baos  .i.  drûis  'lust'. 

baothbhla  .i.  bâothbhaile  'a  city  of  lust  [Bla  .i.  balle,  inf.]'. 

bar  .i.  mac  'a  son'. 

bar  .i.  sâoi  'a  sage  [Bar  .i.  sai,  Corm.  Tr.,  p.  28]'. 

bara  .i.  triall  'a  journey'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  B.  —  371 

bara  .i.  fearg  'anger'. 

baradh  -i.  bas  'death  [Barad  .i.  bas,  Corm.,  p.  7]'. 
barann  .i.  béim  'ablow'. 
barc  .i.  long  'a  ship'. 

barc  .i.  bâ  ârc  .i.  fâ  chorp  'under  a  body'.  arc  .i.  corp.  larc\.  e.  body'. 
barc  .i.  iomad  'abundance'. 
barr  .i.  bn'uin  .i.  cathbharr  'a  helmet'. 
barr  .i.  crfoch  'end'. 
barr  .i.  grûag  'hair'. 
barrchas  .i.  casghrûagach  'curly  haired'. 
barn  .i.  reachtaire  .i.  aire  no  breitheamh  an  reachta  'a  lawgiver  i.  e.  a 

judge  of  the  law'. 
basc  .i.  dearg  'red.  [Base  .i.  cechnderg,  Corm.,  p.  7]'. 
basc  .i.  cruinn  'round'. 
bath  .i.  bas,  nô  marbhadh  'death'. 
bath  .i.  muir  'sea'. 
bathat  .i.  atâ  aige  'he  has'. 
bé  .i.  bean  'woman  [Brigit  be  biihmaith,  etc.  «  Brigit,  excellent  woman, 

etc.  •»  Ult.  h.  1.  and  cf.  Corm.  Tr.,  p.  25.  Be  net  .i.  badb  .i.  be  ben 

ocus  net,  cath,  ocus  olca  diblinaib,  etc.]'. 
beabhais  no  adbath  .i.  fuair  bas  "he  died  [Bebais,  Fél.  Prol.  9  5 ,  Feb.  1 87. 
béd  .i.  gniomh  'deed'. 
beagfhola  .i.  luath  beag  iittle  worth.  [Bec-Fola  occurs  as  a  woman's 

name  in  the  taie  of  the  Tochmarc  Bec-Fola.  O'Curry  renders  the 

name  «  Woman  of  the  small  dowry  ».  Lect.  p.  283]'. 
beanaid  no  forbhanaid  .i.  criochnaighid  'they  finish'. 
bean  .i.  béim  'ablow'. 
bean  .i.  buail,  beanaim  .i.  buailim  'strike.  beanaim,  I  strike  [ben  do  chlocc, 

«  strike  thy  bell  ».  Trip.  Eg.  93.  7.  a.  2]'. 
beannach  .i.  gabhal  'a  fork'. 
beannchobhra  .i.  beanna  'horns'. 
beara  .i.  sleagha  'spears'. 
bearr  .i.  gairid  'short'. 
bearradh  .i.  grûag  'hair'. 
bearg  .i.  dibheargach  'a  robber'. 
bearg  .i.  laoch  'a  hero'. 

bearg  .i.  fearg  'anger  [cf.  la  berga  .i.  la  fergacha.  Fél.  Prol.  41]'. 
beart  .i.  rug.  'he  brought'.  beart  go  Criost  cléir  mbuadha,  tri  chéd 

molbhthach  mfle.  'He  brought  to  Christ  the  company  of  Victory, 

threehundred  thousand  praiseworthy  persons'.  Fél.  June  2. 


$7-2  O'Clery's  Jrish  Glossary.  —  B.  — 

beartar  .i.  urcharthar.  as  é  mo  cheannsa  céda  beartar  ar  Conaire  .i.  da 
dtiubharthar  urchar  artiïs  'is  thrown.  It  is  my  head  that  is  the  first 
that  is  thrown,  says  Conaire'. 
beartrach  .i.  fithcheall  no  clar  imirthe  'chessboard'. 
beathra  .i.  uisge.  water'. 
béim  .i.  bûain  'eut'. 
béim  .i.  céim  'a  step'. 
béim  .i.  égnach  no  toibhéim  (a  reproach'. 
béim  .i.  cinneadh  'a  decree'. 
beirt  .i.  cumhdach  'shelter'. 
beithkamhain  .i.  beich  'bées'. 
beolach  .i.  lâoch  beodha  'an  active  warrior'. 
beo  .i.  ceathra  no  airnéis  'cattle'. 
bés  .i.  cios  'tribute'. 
béscna  .i.  sith  'peace'. 
béscna  .i.  gach  tir  no  gach  talamh  imbid  bérladha.   atbath  in  gach 

béscna,  etc. 
bi  .i.  béo  'living'  gach  bi  biathadh  .i.  caithfidh  gach  béo  a  bhiothadh 

'every  living  thing  will  consume  its  food'. 
bjach  .i.  bail  fearrdha.  amhail  adubhradh  : 

Dà  dti  ceallach  don  bhanna, 

gona  triochaid  céd  ime 

giallfaidh  cidh  leabhar  a  bhiach 

Ceallach  lîath  locha  cime. 

'membrum  virile,  as  was  said  : 

If  Ceallach  should  corne  to  the  Bann, 
With  his  thirty  hundred  about  him 
He  should  submit,  though  long  his  buch, 
Ceallach  the  grey,  of  Loch  Cime. 
[Translated  by  O'Donovan,  Four  Mast.  A.  D.  701]'. 

bi'ail  .i.  tûagh  'axe'. 

bian  .i.  croiceann  'skin'. 

bhi  as  .i.  ghonfas  'he  that  shall  wound'.  bud  môrglonnach  bhi  as  .i. 

budh  moirghniomhach  ghonfas  tû  'he  will  be  a  valiant  man  that  shall 

wound  thee'. 
bibhsa  .i.  bûain  'eut'. 
bil  .i.  maith  'good'. 
bil  .i.  bel  'mouth'. 
bille  .i.  bochd,  mar  ta,  faighdheach,  truagh,  lobhar,  no  beag.  Criost  ni 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  B.  —  37} 

hatach  mbille,  etc.  .i.  ni  guidheboichd,  lobhair,  thruaigh,  etc.  Crist 
do  guidhe,  gonadh  uadhsin  adeirthear  billiân  .i.  soidheach  beag  oir 
as  ionann  ian  acus  soidheach  'poor,  as,  wretched,  misérable,  mean 
or  small  :  Christ,  not  a  small  request,  etc.  [Fél.  Aug.  8]  thence  is 
said  billian,  a  small  vessel,  for  ian  is  the  same  as  soidheach  vessel)'. 

biolgada  .i.  râmha  iomramha  'oars  for  rowing'. 

bior  .i.  tiobra  no  tobar  'a  well'. 

bior  .i.  uisge  'water'. 

bioror  [water-cress]  .i.  imeal  uisge.  oir  as  ionann  bior  7  uisge  7  as 
ionann  or  7  imeal  'brink  of  water  :  for  bior  and  uisge  water  are 
the  same,  and  or  and  imeal  Ibrink;  are  the  same.  [Birr.  .i.  bir 
tipra  no  sruth.  hor  .i.  mong  (hair)  biror  din  mong  thiprat  no  srothai. 
Corm.  p.  6.  This  word  is  now  biolar,  in  which  form  it  is  met  with 
in  several  place-names  ;  e.  g.  Aghaviller  (Achadh-bhioLir,  called  by 
the  Four  Masters  Achadh-biorair)  Askinviller  [Easc  an  bhiolair).  See 
Joyce,  Irish  Names  of  Places,  I,  68,  II,  325]'. 

biorrdhae  .i.  uisgeamhail  'watery'. 

birid  .i.  crâin  .i.  mue  bheiriotais  'sow  .i.  e.  a  breeding  pig.  [Berit  .i. 
berith.  .i.  brithit.  Corm.  p.  7.  Tr.  p.  21]"'. 

birrae  .i.  magh  uisge.  oir  as  ionann  bir  7  uisge,  ionann  fôs  râe  7  magh 
'a  plain  of  water  :  for  bir  and  uisge  (water)  are  the  same;  the  same 
also  are  râe  and  magh  'plain  '. 

bîth  .i.  guin  a  wound'. 

bithe  .i.  bannda  'féminine'. 

bla  .i.  baile  <town\ 

bla  .i.  bruinne  'womb'. 

bla  .i.  slân  'healthy'. 

bla  .i.  fairrge  'sea'. 

bla  .i.  faithehe  'field'. 

bla  .i.  gâir  'a  shout'. 

bla  i.  buidhe  'yellow'. 

bladh  .i.  clû  'famé'. 

bladh  .i.  rann  no  cuid  do  ni  'part  of  a  thing'. 

bladh  baiseach  .i.  biseach  blaidhe  'increase  of  famé'. 

blaodh  .i.  gâir  'a  shout'. 

blath  .i.  moladh  'praise'. 

blinn  .i.  seile  dhuine  mhairbh  -spittle  of  a  dead  man  [Blind  .i.  saile 
mairb,  etc.  Corm.  p.  7.  Blind  .i.  saile,  0'  Dav.  p.  62''. 

blinn  .i.  snâithe  ruisg  mairbh  'thread  of  a  dead  man's  eye  [Corm.  Tr. 
p.  -aif. 


374  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  b.  — 

bloach  .i.  miol  m6r  no  bleidh  mhi'olmhara  'whale'. 

bloc  .i.  cruinn  'round'. 

blôr  .i.  guth  no  gl6r  'voice,  or  speech  [Corm.  Tr.  p.  19.  s.  v.  bablôir]'. 

blosc  .i.  sochraidh,  osccailte,  léir  no  solas  'manifest,  évident,  clear,  or 

light'. 
blosc  .i.  cruinniughadh  'assemblage'. 
bluch  .i.  saill  'fat'. 

bobas  no  adbobas  .i.  do  obas  '«  I  balked,  failed,  refused  »  O'Co/in'. 
bochna  .i.  muir  no  fairge  'sea'. 
bochôide  .i.  boill.  écsamhla  bhios  ar  sgiathaibh  'unequal  bosses  which 

are  on  shields'. 
bocht  .i.  briseadh  'to  break',  conbocht  .i.  dobhris  'he  broke'. 
bocht  .i.  buain  'eut'. 
bôd  .i.  erball  "taiP.  téid  an  fear  thart  arahail  téid  abhôd  tar  chat.  'The 

man  goes  beyond  you,  as  its  tail  goes  beyond  a  cat'. 
boirche  .i.  borr  âgh,  no  agh  môr  'an  elk,  or  buffalo.  O'R.'. 
boiscell  .i.  eilit  no  agh  'fawn'. 
boiscell  .i.  geilt  'a  wild  man'. 
bol  .i.  éigsi  no  eicceas  'poetry,  or  a  poet'. 
bolg  .i.  tiagh  leathair  'a  leather  pouch'. 
bolgan  .i.  buillscén  no  meadhôn  'centre  or  middle'. 
borr  .i.  môrdhacht,  di'omas,  méid  mheanman  7  fôs  môirmheanmnach, 

etc.  'pride,  insolence,  magnanimity,  and  also  magnanimous'. 
borrthoradh  .i.  morthoradh  'large  produce'. 
bott  .i.  teine  'fire'. 

bothach  .i.  seisceann  no  cuirreach  'a  marsh'. 
bra  no  brai  .i.  mala  'eyebrow'  di  bhra  dhubha  .i.  da  mhalaigh  dhubha 

'two  black  eyebrows'. 
brac  .i.  lâmh  'hand  [Corm.  Tr.  p.  27]'. 
bracht  .i.  sugh  no  sésur  'juice'. 
braccaille  .i.  muinchille.  ionann  brac  7  lamh,  7  cail  iononn  7  coimhéd 

'glove  :  brac  and  Idmh  ihand)  are  the  same,  and  cail  is  the  same  as 

coimhéd  (a  case'i  [So  Corm.  p.  6]\ 
braicheamh  .i.  damh  allaidh  'wild  deer'. 
braine  no  broine  .i.  tus.  braine  na  luinge  7  broine  na  buidhne,  etc. 

'front.  The  front  of  the  ship,  and  the  front  of  the  host,  etc. 
braineach  .i.  iomadach  'many'. 
braithbheartach  .i.  môrbhuilleach,  no  môirbhriathrach  'very  violent,  or 

very  talkative'. 
bran  .i.  fiach  'a  raven'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  B.  —  575 

brann  .i.  athainne  teineadh  'a  firebrand'. 
bran  dubh  .i.  fiach  dubh  'a  black  raven'. 
braonach  .i.  brônach  ldropping\ 
bras  .i.  brég  'a  lie'. 

brath  .i.  briad  .i.  fuigheall.  7  fuigheall  on  mbreithir  brath  'a  relie'. 
brath  .i.  milleadh  'destruction'. 
bratdubhluasgach  .i.  bratdubh  ar  luasgadh  no  ariomluaghail  'a  black 

cloak  for  walking'. 
breachtan  .i.  cruithneacht,  7  fos  im  ûr  'wheat  and  also  fresh  butter'. 
breagha  tea  .i.  Teamhair  bhreagh  'Tara  the  beautiful'. 
breaghna  .i.  bôinn  'the  Boyne'. 
breas  .i.  ri  'a  king'.  breas  tocha  .i.  as  é  ri  as  annsa  leamé  wheisaking 

who  is  dear  to  me. 
breas  .i.  môr  'great'. 

breas  .i.  gach  greadhan  no  gach  glor  'every  creaking  or  every  noise'. 
breasda  .i.  priomhdha,  no  beodha,  no  suilbhir  'original  or  lively  or 

éloquent  [comor  buidin  brestai,  Fél.  July  19.  —  Corm.  Tr.  p.  25/. 
breath  .i.  bunaidh  .i.  as  bunâiteach  a  bhreath  'décision.  His  judgment 

is  décisive'. 
breath  .i.  tugadh  'was  given'. 
breathnas  .i.  dealg.  6  bhratnasc  tig,  oir  as  ionann  nasc  7  ceangal 

'brooeh.  It  cornes  from  bratnasc;  for  nasc  and  ceangal  arethesame'. 
bréch  .i.  cû  allaidh  'a  wolf. 
breife  .i.  ionga,  no  poil  'finger-nail,  or  hole'. 
breifneach  .i.  pollach.  gur  bh6  brefneach  a  ceann  uile  'fullof  holes.  So 

that  his  whole  head  was  full  of  holes'. 
breisi  no  teibrisi  .i.  sileadh  dér,  no  uisge  'dropping  of  tears  or  water. 

Corm.  Tr.  p.  26'. 
breisim  .i.  gâir  ca  shout\ 
bréo  .i.  teine  no  lasair  'fire  or  flame  [breo  .i.  lassar,  Fél.  Apr.  15.  — 

breo  baises  gente  «  a  flame  that  baptized  gentiles  »,  of  St.  Patrick: 

Ninine's  Prayer,  3.  Goid.  p.  132]'. 
br{  no  bri'gh  .i.  briathar  'a  word'. 
brî  .i.  magh,  no  enoe,  no  tulach  'a  plain  or  hill'. 
brj  .i.  gach  ni'  as  fogas  duit  'everything  that  is  near  to  thee'. 
brian  .i.   briathar.  râidhis  an  bhean  mâr  do  bhrian  fnu  .i.  adubhairt 

môrân  do  bhriathraibh  riu  'a  word.  The  woman  said  many  words 

to  them'. 
brjanna  .i.  barânta  'a  warrant'. 
brianna  .i.  mfreanna  no  greamanna  'parts'. 


576  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  B.  — 

briathar  .i.  bûaidh'  victory'.  fâgbhaim  ort  briathar  7  buaidh  ar  Colum 

Cille  re  Domhnall  mhac  Aodha.  '1  leave  thee  the  victory,  said  Colum 

Cille  to  Domnall  mac  Aodha'. 
brigh  .i.  neart,  feart,  no  miorbhal  'power  or  miracle'. 
brinn  .i.  brionnglôide  'a  vision'. 
briocht  .i.  drâoidheacht  'witchcraft'. 

briocht  .i.  dath,  li  no  taithneamh  'colour,  complexion  or  brightness'. 
brioghach  .i.  feartach'  'efficacions'. 
brioghach  .i.  neartmhar  'powerfuF. 
brionn  .i.  brég  fa  lie'. 
briseadh  .i.  guin  'to  wound'. 
brô  .i.  iomad  'abundance'. 
brôg  .i.  brônach  'sorrowful'. 
brogadh  .i.  biseach  'increase'. 
broghain  .i.  iomarcaigh  no  éccôir  'excess'. 
broghdha  .i.  iomarcach  'excessive'. 
brôn  .i.  trosgadh  'fasting'. 

bronnadh  .i.  milleadh  no  caitheamh  'to  destroy,  or  to  consume'. 
broth  acus  bruith  .i.  feoïl .  ô  nabarthar  ean  bhruith  no  anbhruith  .i.  uisge 

feola  'flesh  :  whence  is  said  eanbhruith  or  anbhruith  i.  e.  water  of 

flesh  (i.  e.  broth)'. 
brothairne  .i.  fionnfadh,  ruainne,  no  ribe  'hair  [Trip.  Life,  Eg.  93, 

7.  a.  2.  brodirne,  Three  Ir.  Hom.  p.  30,  «  a  single  hair  »  Stokes]'. 
brothlach  .i.  poil,  no  ionadh  in  a  mbearbhthar  feoil  a  ttalmhain  'a  hole 

or  place  in  which  flesh  is  boiled  in  the  ground'. 
bru  .i.  eilid,  no  agh  allaidh  'a  fawn'. 
brûach  .i.  bru  mhôr.  fear  brûach,  etc.   '  big  bellied.  a  big  bellied 

man  etc.' 
bruachdha  .i.  broghdha  .i.  céimnightheach  'walking'. 
bruachdha  .i.  broghdha,  no  mûr. 
brugh  .i.  baile  'a  palace'. 
brugh  .i.  trosgadh  'to  fast'. 
brûighe  .i.  fearainn  'districts'. 
bruin  .i.  coire  'a  caldron'. 
bruinneach  .i.  mathair,  dobhrigh  go  mbiathann  nâoidheana  ar  abruinne 

no  ar  a  cighibh  'a  mother;  because  she  nourishes  infants  on  her 

breast  [arinni  biathas  ndidenu  for  a  bruindib,  Corm.  p.  7]'. 
bruithne  .i.  bruithneoir  .i.  fear  bhios  ag  bearbhadh  no  ag  leaghadh  ôir 

no  airgid  no  motal,  etc.  'a  man  who  boils  or  melts  gold  or  silver 

or  métal'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  B.  —  377 

bruth  .i.  câor  ôir  no  iarainn.  cloidheamh  seacht  mbrotha  .i.  seacht 

gcâor  'a  mass  of  gold  or  iron.  a  sword  of  seven  bruîhs'  [Trip.  Life 

Eg.  93,  5-  b.  1]. 
buabhall  .i.  beanna  no  adharca  'horns'. 
buadhall  .i.  ail  buadhach  no  halla  buadach  'all-victorious\ 
buadharg  .i.  lâoch  buadhach  'a  victorious  hero'. 
buadharguth  .i.  guth  buaidhirthe  'shout  of  victory'. 
buadhchas  .i.  buadhachas  'power'. 
buadhlainn  .i.  breitheamhain  'judge'. 
buafadh  .i.  neimh  .  as  uaidhe  sin  adeirthear  Aonghas  gai  buaifeach,  ôir 

do  bhi  ga  aige  ara  raibhe  neimh  'poison.  Thence  is  said  Aongus  Gai- 

buaifeach,  because  he  had  a  spear  on  which  was  poison'. 
buafadh  .i.  bagarthach  'threatening'. 

bual  .i.  uisge  'water  [cotorchair  im  buaill,  Trip.  Life,  Eg.  93,  9.  a.  1]'. 
bualadh  .i.  leigheas  'remedy'. 
buar  .i.  ba  'cows'. 
bûarach  .i.  bo  7  ârach  .i.  ceangal  bhios  ar  bhoin  'i.  e.  bô  'cow)  and 

ârach  ispancel.  a  spancel  which  is  on  a  cow'. 
buarach  .i.  bô  éirghe  .i  moch  mhaidean  'i.  e.  bô  (cow)  eirghe  (risingï  i.  e. 

early  morning'. 
bubtadh  .i.  bagar  '  a  threat'. 
budh  .i.  bioth  no  sâoghal  'life'. 
bugh  .i.  briseadh  'to  break'. 
bugha  .i.  bo  mue,  mar  atâ  luibh  gorm  no  glas  ris  a  samhailtear  sûile 

bhios  gorm  no  glas  'i.  e.  bo  mue,  as  it  is  a  blue  or  green  plant  with 

which  are  compared  eyes  that  are  blue  or  green'. 
buich  .i.  briseadh  'to  break'. 
buinnire  no  lucht  na  mbuinneadh  .i.  eachlacha  no  giolladha  turais 

'horsemen  or  travelling  servants'. 
bûirreadhach  .i.  borrâgach  .i.  môrchathach,  oir  ionann  agh  7  cath, 

7  as  ionann  borr  7  môr  'warlike  :  for  agh  and  cath  (battle  are  the 

same,  and  borr  and  môr  (great)  are  the  same\ 
buite  .i.  teine  'fire'. 
buitelach  .i.  teine  mhôr  'a  great  fire'. 
bûrach  thrî  bfeindeadh  .i.  borràgh  tri  bfeinneadh,  no  thri  laoch  ''the 

exploits  of  three  soldiers,  or  of  three  heroes'. 

C. 

cabar  .i.  coimhcheangal  'union'. 


17%  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  C.  — 

cachain  no  rochachain  .i.  dorighne  'he  did'. 

ca  chan  duit  .i.  câ  tharbha  dhuit  'what  good  to  thee?' 

cacht  .i.  cumhal  'a  bondmaid'. 

cacht  .i.  trosgadh  'to  fast'. 

cadhal  no  codhal  .i.  croiceann  'skin'. 

cadhla  .i.  gabhar  'goat'. 

cadhla  .i.  câomh  no  âlainn  'beautiful'.  Fél.,  Dec.  9. 

cadhla  .i.  câolân  'a  gut,  O'R.' 

cadhla  .i.  catalacdha  no  catoiliocdha  'catholic'. 

caemh  .i.  fleadh  no  féusda  'feast'. 

caghaidh  .i.  côir  no  dlightheach  'just,  or  lawful'. 

cai  no  caoi  .i.  cûach.  Dognidfs  câi  cuchaireachd  ar  beannaibh  na  mbô 
.i.  dognidfs  cuachaireachd  ar  adharcaibh  na  mbô  'a  cuckoo.  The 
cuckoos  uttered  their  cry  on  the  horns  of  the  cows'. 

cai  no  caoi  .i.  slighe  no  conair  lway  or  path'  [ancha,  Fél.  June  10]. 

cai  no  ca  .i.  teach  'a  house'.  Dearbhadh  airsin  mar  a  deirthear  creascha 
ris  an  teagh  ina  raibhe  Muire  oidhche  gheine  Iosa,  etc.  'Creascha  is 
said  for  the  house  in  which  Mary  was  the  night  Jésus  was  born 
\_Cresca  A.  tech  cumang,  a  narrow  house.  Corm.  Tr.  p.  46]'. 

caibhdean  .i.  buidhean  'troop'. 

caibhne  .i.  bâidh  'friendsip'. 

caidh  .i.  glân  'pure  «  holy  »  Corm.  Tr.  p.  46.  câid  À.  uasaV.  O'Dav. 
p.  66. 

caidh  .i.  geanmnaidh  'chaste  [Fél.  Jan.  4.  Bas  caid  i.i.  nasal.  Aquilinï]'. 

caidhlidhe  .i.  croicnidhe  'skinning'.  ô  chadhal  .i.  0  chroiceann  tig  'It 
cornes  from  cadhal,  a  skin'. 

cail  .i.  sleagh  'a  spear'. 

cailbhe  .i.  bel  'a  mouth'. 

cailc  .i.  sgiath  'a  shield\ 

cailfhearb  .i.  buachaill  no  gabha,  oir  as  ionann  fearb  7  bolg,  7 
ionann  fearb  7  bô;  as  ionann  cail  7  coimhéd  'a  cowherd  or  smith  : 
for  fearb  and  bolg  ^bagl  are  the  same,  and  fearb  and  bô  (cow)  are 
the  same  :  cail  and  coimhéd  keepingi  are  the  same'. 

cailte  no  caillte  .i.  cruas  'hardness'. 

caimean  .i.  câinte  'a  satirist'. 

caimper  .i.  comhlainnteach  no  fear  comhlainn  la  champion'. 

caimper  .i.  fear  morchomhlainn,  amhail  dhearbhas  an  file  isin  rann  'a 
champion  :  as  the  poet  says  in  the  verse  :  Ni  sain  Caimper  is  einirt, 
etc.  ionann  sin  re  a  radha,  7  ni  hionann  fear  morchomlainn  7 
duine  lag  no  neamhneartmhar,  that  is  to  say   «  not  the  same  is 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  c.  —  379 

a  warlike  man  and  a  feeble  or  powerless  man.   »  [Caimper  A. 
comlainntech.  Corm.  Tr.  47]'. 

caimse  .i.  léine  'a  shirt  [camisia]'. 

caingeal  .i.  cliath  'a  saddle'. 

cainse  no  caoinse  .i.  âghaidh  'face  [Cf.  Cuinsi  .i.  drech  (a  face)  Corm. 
Tr.  47]'. 

caircheach  .i.  fionnfadhach  'hairy'. 

caircheas  .i.  cor  casta  'a  ringlet'. 

cairde  .i.  sfth  no  cairdeas  'peace  or  affection'. 

caireamhain  .i.  grésaighthe  'shoemakers'. 

cairighim  .i.  cronaighim  (l  reprove  [Trip.  Life.  Eg.  93.  5.  a.  1]'. 

cairin  .i.  feoil  gan  tsaill  'flesh  without  fat'. 

cairneach  .i.  sagart.  on  chorôin  bhios  isa  chionn  adheirthior.  amhail 
budh  ionann  acus  corôineach  'a  priest.  He  is  so  called  from  the 
crown  that  is  on  his  head  :  so  it  is  the  same  as  corôinedch\ 

cais  .i.  sûil  'eye\ 

cais  .i.  mioscais  no  fuath.  Dorad  eithiar  cais  do  Dhia  .i.  tug  deamhan 
mioscais  do  Dhi'a.  7  amhail  adeir  an  rann  :  Mac  beag  atâ  sa  thfr 
thuaidh,  ag  curaidh  isin  Craobhruaidh,  cidh  âlainn  a  chul  cas  cain 
môr  a  chais  aga  leasmhathair  .i.  mor  a  mhiosgais  'hatred.  The 
démon  bore  hatred  to  God,  and  as  the  verse  says  :  A  little  lad  who 
is  in  the  north  country,  a  hero  in  the  Red  Branch,  though  beauti- 
ful  his great  his  hatred  with  his  stepmother'. 

cais  .i.  grâdh.  doréir  an  rainnse  :  caisi  mioscais  caisi  searc.  doréir  na 
leabhar  laincheart  :  rosgâoil  neart  na  dtromshluagh  dhe.  dias  dan 
comhdual  caisi  'love  :  according  to  the  verse  :  caisi  «  hatred  », 
caisi  «  love  »'  etc. 

Caisiol  .i.  ciosail  .i.  ail  an  chiosa  .i.  cloch  gus  a  dtugthaoi  cios  'i.  e. 
ciosail  i.  e.  the  rock  of  tribute  i.  e.  the  stone  to  which  the  tribute 
was  brought'. 

caisleoir  .i.  fear  dhéunmha  caisiol  'a  man  who  makes  a  caisiol'. 

caithfir  .i.  fir  cathardha  'fighting  men'. 

caitit  no  cartait  .i.  dealg  ar  a  gcuirthear  cos  'an  awl,  0,Conn\ 

caitte  .i.  cionnas  'how?' 

caittiughadh  caich  .i.  dénamh  forarbhâis  do  chach  no  ag  a  gcur  a 
ndimbrigh  'to  obtain  a  victory  over  every  one,  or  to  bring  them 
into  contempt'. 

cal  .i.  codladh  no  suan  'sleep'. 

Caladh  .i.  cruaidh  'hard  [nirbuchalad  (.i.  nirbugand)  Br.  h.  8]'. 
caladh  .i.  cuan  'harbour'. 


j8o  O'C/ery's  Irish  Glossary.  —  C.  — 

caladhbuaile  .i.  buaile  chruaidh. 

calbh  .i.  ceann  mhaol  no  maoilcheannach  'a  bald  head,  or  bald-headed'. 

calgard  .i,  dfreach.  ard  amhail  cholg  .i.  amhail  chloidhim  'straight.  ard 

like  colg  (a  sword)'. 
callaire  .i.  bollsaire  no  fear  garma  'a  crier'. 
callait   i.  gairm  no  gliocas  'a  shout,  or  cleverness'. 
cam  .i.  comhlann  'battle'. 
can  .i.  tan  no  ûair  'when  ?' 
cana  .i.  cuilén  'a  little  dog'.  O'Dav.  p.  70. 
canna  .i.  cûfhionna  [cûfhionna  'white  dogs'j    .i.   leadhmann,  mar  atâ 

beathadhach  beag  bhios  a  bfionnfadh  an  édaigh  'a  moth,  as  it  is  a 

little  animal  which  is  in  the  hair  of  cloth'. 
caoga  no  caogad  .i.  deich  acus  da  fhichiod  'two  score  and  ten'. 
caoille  .i.  fearann  'land'. 
caoimhtheacht  .i.  coimhidheacht  'protection'. 

caois  .i.  caoi  sâsaidhno  céis  .i.  on  muic  '«  a  farrow,  ayoungpig»  O'R.' 
caol  .i.  cail  .i.  gairm  'a  shout'. 
caomh  .i.  beag  'small'. 
caomha  .i.  eolaidh  no  uaisle  'nobility'. 
caomhaigh  no  rochaomhaigh  .i.  do  chomhôghaidh  .i.  dochoimhiomlâ'- 

naidh.  oir  a  deirthear  mar  so.  fear  rochaomhaidh  na  cleasa,g?c.  'he 

fulfilled;  for  it  is  said  thus  :  a  man  accomplished  the  feats'. 
caomhdha  .i.  filidheachd  'poetry'. 
caomhloisi  .i.  caomhlasair  'a  fine  flame'. 
caomhna  .i.  caraid  'a  friend'. 
caomhna  .i.  comairce  'protection'.  Fél.  Mch.  13. 
caomhtha  .i.  caoimhtheachais  ''association'. 
caor  .i.  cainneal  'a  candie'. 
car  .i.  brise  ffrail'. 
carbh  .i.  long  lship'. 
cardais  .i.  cuiris  'thou  didst  put'. 
carn  .i.  cûigeadh  la  fifth  part'. 
carna  .i.  feoil  'flesh'. 

carnail  cuinn  .i.  carn  cloch  Cuinn  'Conn's  stone-cairn'. 
carnfadhach  .i.  carsân  'hoarseness'. 
carr  .i.  sleagh  la  spear'. 
carrmhogal  .i.  carbunculus  'a  carbuncle'. 
cartoit  .i.  craibhdheach  'pious'. 
casair  .i.  teine  ghealain  'a  glimmering  light  from  old  rotten  timber  in 

the  dark'.  O'R. 


O'Clery's  îrish  Glossary.  —  C.  —  381 

casair  .i.  cioth  'a  shower'. 
casair  .i.  dealg  'a  brooch'. 
casan  gealairgid  i.  dealg  'a  brooch'. 
casarnach  .i.  saighnén  'lightning'. 
casla  .i.  casl6  .i.  olann  chas  'i.  e.  caslô,  curled  wool'. 
cataidh  .i.  eneaclann  no  uaisle  'honour,  ornobility'. 
cathais  .i.  fuire  no  fuireachras  'watching'. 
cathlabhar  .i.  do  labhradh  accath  'a  military  speech',  O'Corin. 
cathlac  .i.  catalaicdhe  'catholic'.    [Cathlaic  .i.   cathalacda,   Fél.  Aug. 

28.] 
caubar  .i.  seinén  no  énsean  'an  old  bird  [Caubar  .i.  cubearr  .i.  en  iach. 

Corm.  Tr.  p.  47.  Cupar  [caubar  B)  .i.  senén  Corm.  p.  13]'. 
ce  .i.  talamh  'earth'. 
ce  .i.  ceile  'a  companion,  wife'. 
ceachaing  .i.  doching,  no  dochémnigh  'he  walked  or  stepped  [Fél.  Mch. 

20,  May  22]'. 
ceachair  .i.  lathach  'dirt'. 
ceachardha  .i.  salach  'dirty'. 
ceachladh  .i.  ciorrbhadh  'mutilating'. 
ceachladar  no  rocheachladar  .i.  dothochladar  'they  dug'. 
cead  .i.  béim  'a  blow'  fochéidbrigh  .i.  fobhrigh  bhéimnigh  'under  a  strong 

blow\ 
ceadach  [cédach]   .i.   beimneach,  no  béimeannach  'striking,  dealing 

blows'. 
ceadach  [cédach]  .i.  brat.  cédach  chriomhthainn,  etc.  'a  cloak  [Thecedacli 

criomhîhainn  «  a  beautiful  cloak,  embroidered  with  gold  »  is  men- 

tioned  Four  Mast.  A.  D.  9]'. 
ceadaidh  [cedaidh]  .i.  suidhe  'sitting'. 
ceadal  .i.  cantain  no  innisin  'story,  narration'. 
ceadas  [cédas]  .i.  ar  tus  <at  first'. 

ceadludh  [cédludh]  .i.  tosach  no  mi'ochomhall  cbeginning'. 
ceadluth  [cédluth]  .i.  cédluthghâire  lthe  first  shout'. 
ceadudh  [cédudh]  .i.  leaba  'a  bed'. 
ceal  .1.  ceilt  'concealment'. 
ceal  .i.  neamh  'heaven'. 
ceal  .i.  bas  'death'. 

ceallach  .i.  cogadh  no  imreasain  'war  or  conflict'. 
cealt  .i.  édach  'dress'. 
cealtair  .i.  adhbhar  'cause'. 

cealtair  .i.  ga  'a  spear'  dîcealtair  .i.  crann  ga  'shaft  of  a  spear  [celtra 
Rev.Celî.lV  26 


382  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  c  — 

catha  .i.  gae.  unde  dicitur  diceltair  .i.  cr and  gae,  etc.  Corm.,  p.  24. 

s.  v.  Gain.]' 
ceannach  .i.  connradh  'contract'. 
ceannais  .i.  fosaidh  on  cheann  .i.  comhnaightheach  on  cheann  'staying 

from  the  head  [Cendais  (bridle?)  .i.  fosaid  on  cind  é  «  staying 

from  the  head  it  is  ».  Corm.  Tr.  43.  ceannas  À.  srian  (a  bridle) 
O'Dav.  70]'. 
ceannaithe  '[«  a  last  bequest  »,  Stokes]  .i.  ceann  laithe  .i.  luis  do 

beanadh  as  an  bfocal  so  ceannlaithe,  the  /  has  been  elided  from  this 

word  ceannlaithe.  [So  Corm.  Tr.  p.  47.]' 
ceanndail  [lice]  .i.  eallach  na  gceann  'animais  of  heads'. 
ceang  do  rôi  .i.  chéimnigheas  cath,  no  téid  a  geath  'he  goes  to  battle'. 
ceanntar  .i.  céd.  o  centum  tainicc,  'it  came  from  centum.  ceanntar 

chluasta  .i.  céd  cluasta  'a  hundred  ears\ 
cear  .i.  cur  'putting'  focear  a  fheart  .i.  docuireadh  a  fheart  no  a  lighe 

adhnacail  'he  made  his  grave'. 
ceara  .i.  dearg  'red'. 
ceara  .i.  crû  no  fuil  'blood'. 
cearb  .i.  airgead  'silver'. 
cearb  .i.  teasgadh  no  gearradh  'cutting'. 
cearb  .i.  ciorrbhadh  no  gearradh. 
cearbhall  [a  man's  name]  .i.  cur  cathach.  bail  on  ni  as  bellum  .i.  cath 

'a  hero  of  battle.  bail  from  bellum'. 
cearball  .i.  cirre  bel  .i.  ar  a  chirrae,  no  ar  a  bheith  ainmheach  'i.  e. 

cirre  (lameness,  maiming)  bel  (mouth)  from  his  lameness,  or  from 

his  being  maimed'. 
cearmnas  .i.  brég  no  mealladh  'lie  or  fraud'. 
cearn  .i.  buaidh  'victory'. 
cearn  .i.  fear  'a  man'. 
cearn  .i.  caitheamh  'eating'. 
cearr  .i.  ciorrbhadh  no  gearradh  'cutting'. 
cearrbhach  .i.  creach  'plunder'. 
ceart  .i.  beag  'small'.  Ceart  a  chlocha  .i.  beag  a  chlocha  'small  his 

stones'. 
ceas  .i.  tuirsi  no  dobrôn  'fatigue  or  sadness'. 
ceas  no  adceas  .i.  dochonneas  'was  seen.  [Prêt,  pass.,  quoted  Beitr., 

VII,  J9J. 
ceasg  .i.  fiarfaighim  'I  ask'. 
ceathardha  .i.  ceathra  neithe  'four  things'. 
ceathra  .i.  âirnéis  'cattle'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  c.  —  38$ 

ceathracha  t\6  ceathrachad  .i.  dô  fhichead  'two  score'. 

cécht  .i.  cumhacht  'power  [cécht  din  ainm  da  cach  cumachta,  Corm., 
p.  16,  s.  v.  Diancécht]'. 

cédghein  .i.  céd  ghuin  'first  wound\  is  uadh  cédghein  a  laighnibh.  etc. 

céide  .i.  conair  no  aonach  'path,  or  fair'. 

céide  .i.  faithche  'a  green'. 

céide  .i.  tuiach  'hill'. 

céideamhain  .i.  bealtaine  'Mayday'. 

céile  .i.  6glâ"ch  'a  youth'. 

ceileabhradh  .i.  comhrâdh  no  comhchaint  'dialogue,  conférence'. 

céin  go  dtarrastair  .i.  no  go  dtarla  'until  he  came'. 

céin  motha  .i.  leath  amuigh  no  a  bfhégmhuis  'except'. 

céin  mhair  .i.  moghénar  ir_mongenair,  thrice  happy,  0'D.  Gr.  p.  327]'. 

ceirdchrûi  .i.  ceird  imdeargtha  no  ceird  bhâsaighthe  'a  bloody  trade'. 

ceird  thosaigh  .i.  ceird  dhraoidheachda  'an  eminent  trade,  O'Conn'. 

ceirt  .i.  abhall  'an  apple'. 

ceis  .i.  sleagh  'a  spear'. 

ceis  .i.  on  cheasacht  'from  ceasacht,  grumbling'. 

cél.  .i.  bel  'a  mouth'. 

cél  .i.  faisdîne  'prophecy'. 

cenel  .i.  clann  'tribe'. 

ceo  .i.  bainne  'milk'. 

ceo  .i.  agas  'and'. 

ceobach  .i.  ceo  meisge  'vapour  of  drunkenness'.  bach  .i.  meisge  'drun- 
kenness'. 

cernine  .i.  miasabeaga  no  clair  bheaga.  amhail  adubhairt  an  file  Cairbre 
mac  Eathna  :  gan  coït  for  crib  ceirnine  .i.  gan  biadh  go  luath  ar 
mheisinibh  no  ar  chlâirinibh  'small  dishes,  or  small  tables,  as  the 
poet  Cairbre  mac  Eathna  said  :  Without  food  quickly  on  dishes,  or 
on  tables.  [Cen  coït  ar  crdib  cernine,  etc.  L.  U.  p.  8.  a.  24.  — 
Corm.  Tr.  p.  37]'. 

chaidche  .i.  go  hoidhche  amhail  adeir  an  Muimhneach.  câ  rabhadhais 
la  choidhche  .i.  ca  hionadh  ina  rabhadhais  ar  feadh  an  lâoi  gonuige 
an  oidhche  'until  night;  as  the  Munsterman  says  :  In  what  place 
hast  thou  been  during  the  day  until  the  night  ?  [Ba  tair  coldce  ina- 
gort,  etc.  It  was  dry  until  night  in  her  garden,  Br.  h.  30]'. 

cheana  no  archeana  .i.  o  sin  amach  'henceforth'. 

chuicce  .i.  gonuige.  budh  fada  chuige  .i.  budh  fada  gonuige  sin  'until  : 
it  will  be  long  ère  that'. 

ci  .i.  caoi  no  gui.  amhail  adubhairt  Ailill  Olom  :  a  mhacàin  na  ci  .i.  a 


384  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  c.  — 

mhacain  nadein  caoi,  etc.  'lamentation.  As  Ailell  said;   Ah  child 
lament  not  !' 

c'ia  .i.  fear  'man'  mochia  .i.  mo  fhear  'my  husband'.  Rosgaoil  go  comhlâir 
mochi'a,  ar  reilg  Odhrâin  airdia  .i.  do  sgaoil  go  comhshocair  'he 
gently  unbound  the  body  of  my  husband  at  Relg  Odrain  of  the  Su- 
prême. O'Conn'. 

ci'a  baoi  dhe  .i.  gibé  dobhi  dhe  'whatever  about  him  or  it\  O'Conn. 

ciabsa  .i.  ge  do  bhi  mé  'though  I  was'. 

ci'ach  .i.  ceo  'fog'. 

cîad  no  adci'ad  .i.  caoinfid  'they  will  lament'. 

ci'ad  no  ad  c!ad  .i.  do  chid  'they  see'. 

ciallathar  .i.  cudramaighthear,  no  comhthromaighthear  '«  let  there  be 
equality  ».  O'ft.' 

cîamhaire  .i.  on  tuirsi  'weariness'. 

cian  .i.  fada  'far'. 

cîar  .i.  dubh  'black'. 

cîb  .i.  lâmh  no  glac  'hand,  or  fist'. 

ciCH  .i.  eu  'a  dog'. 

cichis  .i.  acâoinis  'he  lamented'.  As  Cuchulainn  mo  chéilese,  ni  chichis 
crithir  fhola  .i.  ni  égcaoineann  braoin  fhola  bhios  coimhdhearg  re 
crithir  no  re  drithlinn.  He  did  not  lament  drops  of  blood  as  red  as 
sparks  of  fire. 

ciCHSiTHEARnoFOCiCHSiTHEAR  .i.  ceimnighfithear  no  gluaisfidhear  'ibitur 
[A  redupl.  S-future  passive.  Beitr.  VII.  65]'. 

cim  .i.  brâon.  'a  drop',  os  muir  cimeardha,  etc. 

cim  .i.  airgead  'silver.  Corm.,  p.  12'. 

cimidh  .i.  brâigh  'a  prisoner.  Cimbith,  a  captive,  Corm.  Tr.  p.  32.  — 
cimbid  (captivus)  Z.  193]'. 

cing  .i.  céimnigh  no  siubhail  'he  walked'. 

cingeadh  .i.  calma  'strong\ 

cingtheacht  .i.  calmacht  'strength  [do  chingîhecht  (.i.  do  chalmacht) 
Fél.  Prol.  241]'. 

cinnmhiola  .i.  pioctuiri  no  dealbha,  oir  as  ainm  cinnmhiola  da  gach 
uile  rionnaidheachd  no  dhualaigheachd  'pictures  or  images  :  for 
cinnmhiola  is  a  name  for  every  sculpture  or  engraving'. 

cinnteagal  .i.  brat  do  gnfthear  do  chillchéis  .i.  do  céslach,  mar  atâ 
drocholann  bhios  ar  chésânaibh  na  gcâorach  'a  cloak  which  is  made 
of  coarse  wool,  for  it  is  bad  wool  which  is  on  the  flanks  of  sheep'. 

ci'ocar  .i.  cû  acorach  'a  hungry  dog'. 

ciocardha  .i.  conchardha,  no  amhail  choin  'doglike'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  C   —  385 

ciochlaidhim  .i.  claochloidhim  'I  change'. 
cioght  .i.  rionnaidhe  'an  engraver'. 
ciol  .i.  claon  'oblique  [cil  .i.  clœn,  Corm,  p.  13]'. 
ciol  .i.  bas  'death'. 
ciolarn  .i.  soidheach  'a  vessel  [cilornd  cormma,  a  jug  of  aie,  Trip.  Eg. 

93,  7.  b.  1]». 
ciombal  .i.  clog,  ôn  bfocal  laidne  chiombalum  'a  bell  ;  from  the  Latin 

word  cymbalum'. 
cionta  comhraite  .i.  cionta  as  a  riocht  'a  verbal  insuit',  O'Conn. 
ciorghal  .i.  gai  lâmh  .i.  gaisgeadh  lâmh,  'manual  valour'.  O'Conn. 
ciormhaire  .i.  fiicaire  'a  fuller'  [L.U.  30.  b.  28,  tr.  k  clothmakers  »  by 

Stokes\ 
cios  .i.  peacadh  'sin'. 
ci'osachtach  .i.  salach  'dirty'. 
ci'osal  .i.  ci'os  oileamhna  'wages  for  nursing,  O'R'. 
cirbsire  .i.  fear  dheunma  leanna  .i.  cervisiarius  '[a  brewer]  a  man  who 

makes  béer'  i.  e.  cervisiarius. 
ci'sél  .i.  fseal  eidir  da  thuinn  'a  hollow  between  two  waves'. 
ciuchaing  .i.  do  cheachaing  .i.  docheimnigh  no  do  ghluais  'he  went'. 
ciuchlathar  .i.  on  chloisdin  'from  cloisdin   to  hear)'  conciuchlathar  do 

chaingean  -i.  cloisfidhear  no  cluinfidhear  do  chûis  'thy  cause  shall 

be  heard'. 
cîura  no  fochiura  cach  .i.  ceannochaid  cach  'every  one  will  buy'. 
claidhe  .i.  tochailt  'digging  [Trip.  Eg.  93,  13.  a.  i]\ 
claimhseach  .i.  bean  chlamh  'a  sick  woman'. 
clairiudh  .i.  roinn  'division'. 
clannadh  .i.  sâthadh  'pushing'. 
clanntar  .i.  adnaicthear  no  cuirthear  'he  is  buried'.  In  Achadh  Caoin 

clanntar  Nathf  creadhal  cruimhthear  .i.  docuireadh  an  sagart  craibh- 

theach  in  Achadh  Câoin.  In  Achadh  Càoin  is  buried  Nathi  the  pious 

priest  [In  achud  cain  clantar  [i.  adnaïcîher)  nahii  credal  cruimther, 

Fél.  Aug.  9]. 
claraineach  .i.  duine  ag  a  mbhi  a  agaidh  na  haonchlé.r  gan  sroin  'a 

man  who  face  is  like  a  table  without  anose  [bennachais  inciirainech , 

etc.  «  she  blessed  the  table-faced  man  »,  Br.  h.  42]'. 
clas  .i.  claisceadal,  no  ceol  no  canntaireachd   'music  or  singing  [clais 

«  a  choir  ?  «  Corm.  Tr.  p.  35]'. 
clé  .i.  clâon  'oblique'. 

clé  .i.  olc  'evil'  clé  mhana  .i.  olc,  urchoid  no  adgall  'evil  or  mischief. 
cleatharséd  .i.  loilgheach  no  bô bhainne  'a  milch-cow.  Corm.  Tr.  p.  29'. 


386  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  c.  — 

cleathard  .i.  clothard  no  clûard  'famé,  O'R'. 

cleathchur    .i.    crâobha    coibhneasa    no  gega  comhghâoil   'related 

branches'. 
cleathramh  .i.  clâoine  'injustice. 
cleith  .i.  ceilt  'concealment', 

cléithe  .i.  uachdar  tighe,  tulcha  no  cnuic  'top  of  a  house  or  of  a  hill'. 
clî  .i.  comharba  "successor'. 
cl'i  .i.  cleath  'a  stake\ 
cliabach  .i.  eu  allaidh  'a  wolf . 
clichidh  .i.  tionoilidh  .  clichidh  a  fhén  .i.  tionoilidh  a  Ulta  'assemble 

ye,  Ulstermen!'. 
clith  .i.  dluîth  no  fir  'close,  or  true'. 
clô  .i.  tairrnge  'a  nail'.  Cred  acht  goin,  chlô  tré  chridhe,  doigh  as  ma 

le  millfidhe. 
clochar  .i.  coimhthionol  'assembly.  Fél.  Aug.  1$'. 
clôdh  .i.  ionntodh,  claochlodh  'change'. 
cloithearr  .i.  gaisgeadhach  clûach  'a  famous  hero'. 
cloth  .i.  clu  'famé',  transi.  «  famous  »3  Br.  h.  69. 
clotha  no  roclotha  .i.  do  clos  no  do  cualas  'was  heard'. 
clothar  .i.  toghaidhe  no  toghtha  'chosen'. 
cluais  .i.  cloisdin  'hearing'. 

cluiche  .i.  comhrac  'conflict'.  cluithe  .i.  imirt  no  sûgradh  'playing'. 
cluimhealta  .i.  badhbh  no  feannôg  'royston-crow. 
clûmhaidhe  .i.  conaigh  'gentle'. 
cnadarbharca  .i.  longa  'ships'. 
cnarradha  .i.  longa  'ships\ 

cn6bog  .i.  bog  oirdheirc  'generous'.  gnô  .i.  oirdheirc  'famous'. 
cnômhoidh  no  dochnômhoidh  .i.  dobhris  amhail  chnâoi  'it  broke  like 

decay'. 
coach  .i.  ruathar  'onset.  Corm.  Tr.  p.  46'. 
coard  .i.  brughâidh  'a  farmer'.  coairde  .i.  brughada  'farmers'. 
cobh  .i.  buaidh  'victory'.  cobhthach  .i.  buadhach  'victorious'. 
cobhach  .i.  cios  'trihute'. 
cobhair  .i.  comhorgain  'plunder'. 
cobhan  .i.  comhfhân  'a  church'  O'Conn. 
cobhludh  .i.  comhliîth  'activity'. 
cobhra  .i.  comhshuilbhire,  'mirth'. 
cobhra  .i.  sgiath  'shield'. 

cobhthach  .i.  fear  dhligheas  fiacha  'a  creditor,  O'R'. 
cobhthach  .i.  buadhach  'victorious  [so  supra,  s.  v.  Cobh]'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  C.  —  387 

coca  .i.  curach  no  cocbhâd  'a  boat'. 

coca  .i.  côcaire  'a  cook\ 

cocar  .i.  coimheagar  'perfect'. 

cocdhurn  .i.  sgiath  'a  shield'. 

cochma  .i.  comhchuma  'equality'. 

cocroth  *i.  sgiath  'a  shield'. 

cocuasta.  i.  eadarfholamh,  dir  as  ionann  coca  7  t'as  no  folamh  'inter- 
space  :  for  coca  is  the  saine  as/is  or  folamh  lerapty). 

coda  no  adcoda  .i.  dlighidh  'he  obtains.  Z.  882'. 

codach  7  cadach  .i.  caradradh  'affection'. 

codad  .i.  sliabh  -mountain'. 

codal  .i.  comhdhâl  no  cairde  'meeting  or  friendship'. 

coemh  no  caomh  .i.  beag  'small'. 

coemh  .i.  coimhéimh  .i.  coimhésgaidh  'swift'  éimh  .i.  ésgaidh,  ullamh 
no  luath  'active,  ready,  or  quick'. 

cogaidh  no  cagaidh  .i.  côir  no  dlightheach.  Buain  ghuirt  riasi'n  bhus 
abaidh,  cair  an  cagaidh,  a  ri  rinn,  etc.  .i.  fiarfaighim  a  ri  na  reann 
an  dlightheach  an  gort  do  buain  roimh  a  bheith  abaidh  'just  or  law- 
ful.  I  ask,  king  of  the  stars,  whether  it  is  lawful  to  mow  a  field 
before  it  is  ripe'. 

cogaras  .i.  siothchâin.  adcoda  sochla  cogaras  .i.  dlighidh  an  duine  ar 
a  mbf  dû  siothchâin  dfaghâil.  'peace.  A  man  who  has  famé  ought 
to  find  peace'. 

cogoirsi  .i.  coimheagar,  uasal  no  iomlin  'perfect.  noble  or  complète'. 

coibhche  .i.  ceannach.  Tulach  na  coibhche  in  âonach  Tailtean  .i.  tulach 
an  cheannaigh  'buying.  —  The  Hill  of  Buying  at  the  Fair  of  Tail- 
tean. Corm.  Tr.  p.  48'. 

coibchiogh  .i.  fiachach  'liable  to  fine',  O'Don. 

coibhdean  .i.  coimhfheadhan  .i.  buidhean  'a  troop'. 

coibhlige  .i.  lânamhnas  'marriage'. 

coïc  .i.  rûn  'secret  [So  Corm.  p.  ia]\ 

coichme  .i.  ballân  'a  cup'  coichmine  .i.  ballâin  bheaga  'small  cups'. 

coigealta  .i.  comhrâdh  'discourse'. 

coigeart  .i.  fiarfaighidh  'he  asks'. 

coigeart  .i.  breitheamhnas  kjudgment'. 

coigeas  .i.  côig  éisi  .i.  côig  slighthe,  'five  ways'  dir  as  ionann  éis  7 
slighe  'for  éis  and  slighe  (way;  are  the  same'. 

coigill  .i.  smuaineadh  no  rûn  'thought,  or  a  secret'. 

coigle  .i.  rûn  'secret'. 

coigle  .i.  compân  'companion'. 


3 88  O'Clery's  irish  Glossary.  —  G.  — 

coigne  .i.  ga  "a  spear'. 

coigcreach  .i.  coimhchreach  'equal  plunder'.  ni  fhuil  isin  choicchreich 

.i.  isin  choimhchreich. 
coigrinn  .i.  côig  reanna  ;five  points'. 
coilleadh  .i.  caochadh  'blinding'. 
coimde  .i.  dabhach  'a  vat'  coimde  ag  tionsaidin  .i.   dabhach  ag  sileadh 

'a  vat  leaking'. 
coimde  .i.  gnath  'custom'. 

coimdhe  .i.  caoimh  Dhi'a  'i.  e.  caoimh  (gentle)  Dhia  (God)\ 
coimdhe  .i.  ainm  da  gach  tighearna  'a  name  for  every  lord'. 
coimeasda  .i.  coimtheiste  .i.  coimhshileadh  neithe  'a  simultaneous  drop- 
ping  of  things'. 
coimhghne  [synchronism]  .i.  caoimheagna  gheana  nan  eolach  .i.  fios  gach 

n'gh  darghabh  a  gcomhaimsir  re  roile  'knowledge  of  every  king 

who  was  contemporaneous  with  another   So  Corm.  Tr.  p.  46']. 
coimhshleachtadh  .i.  coimhghearradh  'simultaneous  cutting'. 
coinchinn  .i.  inchinn  'brains'. 
coindealg  .i  comprôid  no  tagra  'debate  or  dispute'. 
coindealg  .i.  comhairle  'advice'.  So  For,  Foc,  L.  L.  395.  a. 
coindiuir  .i.  coimhdhfreach  .  is  coindfuir  an  coimdhe  .i.  is  coimhdhi- 

reach,  etc.  'becoming  .  proper  [comiuir  (.i.  comdiriuchy  Fél.  Prol. 

229]'. 
coindreach  .i.  cosg  'hindrance'. 

coindreach  .i.  caoindiorghadh  no  diorghadh  go  caoin  'directing  aright'. 
coindreagar  .i.  do  chomraic  .  coindreagar  an  cath  .i.  dochomhraic  an 

cath  .  'battle  is  engaged'. 
coin  fhodhairne  .i.  dobharchoin,  no  madaidh  uisge  'otters'. 
côinne  .i.  bean  'a  woman'. 

coinreachta  .i.  reachta  con  'laws  relating  to  dogs'. 
côire  .i.  coimhré  lthe  same  time'. 
coirrcheann  ciogail   i.  coirrcheann  ghabhas  fa  gcuairt  'the  pôle  or 

centre  {coirrcheann)  of  a  circle  (ciogal);  also  the  nave  of  a  wheel, 

OXonn.  [ciogal,  a  cycle,  spindle,  O'Conn.']'. 
coirrdheabhaidh  .i.  do  niodh  deabhaidh  le  na  charr  .i.  lé  na  shleigh 

'he  fights  with  carr,  i.  e.  spears'. 
coisteacht  .i.  eisteacht  'listening'. 

colamna  fearbh  .i.  cuilmeana  fearbh  .i.  croicne  bô  i.  e.  skins  of  cows'. 
colbha  .i.  condalbha  no  connailbhe  .i.  bâidh  'favour'.  Fél.  Ep.  74. 
colcach  no  colcaidh  .i.  leaba  la  bed'. 
colg  .i.  cloidheamh  'a  sword'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  C.  —  389 

coll  .i.  ceann  'a  head' 

coll  .i.  milleadh  .  rocolladh  .i.  domilleadh  'spoiling'. 

collach  no  rônchollach  .i.  colann  reamhâr  ('having)  much  flesh'. 

colma  .i.  cruas  'hardness'. 

colt  .i.  biadh  'food'. 

comagh  .i.  briseadh  'breaking'. 

comann  .i.  comunion  no  commaoineacha  "communion'. 

comart  no  as  comort  .i.  ro  ort  no  do  marbhadh  'he  killed'. 

combach  .i.  coimhbriseadh  'breaking'. 

comh  .i.  coimhéd   'keeping  (subst.)'  comhadh  .i.  coimhédadh  kkeeping 

(verb)\ 
comhacmac  .i.  coimhthimcheall  'circuit'. 
comhaille  .i.  at  bronn,  amhail  adubhairt  Brogân  ag  moladh  Brighde  : 

Sénais  an  chailligh  chomhaill  .i.  dobheannaigh  an  gcailligh  ag  a 

raibhe  comhaille  .i.  at  bronn  'pregnancy.  As  Brôgân  said  praising 

Brigit  :  She  blessed  the  pregnant  nun.  Br.  h.  .59'. 
comhairc,  .i.  caismeart  'uproar'. 
comhaithcheas  .i.  comharsanachd  'neighbourhood'. 
comhal  .i.  calma  'strong'. 
comhal  no  accomhal  .i.  coimhcheangal  'assembly,  union  [rochomarleicc 

iarom  in  ri  a  ingin  [À.  Cinnu]  do  ocomul  do  Crist,  The  king  after- 

wards  consented  thathis  daughter  should  be  united  to  Christ.  Trip. 

Eg   93,  n.  b.  2]'. 
comhal  gle  .i.  coimhcheangal  a  ngléo  'joining  in  battle'. 
comhdhas  .i.  comhadhas  no  coimhdhlightheach,  ôir  as  ionann  adh  7 

dligheadh  'suitable  or  lawful,  for  adh  and  dligheadh  (law)  are  the  same'. 
comhghabail  ordain  .i.  comhchongbhàil  ordain,  no  onôra  'adhérence  to 

order  or  honour',  O'Conn. 
comhghaill  .i.  comhgâoil  'relationship':  a  Mâoilseachlainn  mheic  Domh- 

naill,  do  chloinn  inghine  comhgaill  .i.  comhghâoil,  etc. 
comhghnas  .i.  comhghnaoi  uais  no  uasal  'noble'. 
comhlair  .i.  comhshocair.  Dosgaoil  go  comhlâir  .i.  comshocair  'quiet  : 

he  went  away  quietly'. 
comhsaighidh  .i.  comhf hosaighidh,  no  comhnaighidh  .  comhsaighid  bhar 

meic,  etc.  'living  together'. 
commaim  .i.  bean  'wife  [rnârn,  a  yoke]'. 
commairce  .i.  comhmarcaigheachd  'riding  in  company'. 
commor  .i.  sron  'nose'. 
condûala  .i.  câoinndualaigheacht  no  rionnaidheachtchâoin'embroidery, 

sculpture'. 


$9°  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  c.  - 

congainchneas  .i.  cneas  no  cumcna'mha  'a  coat  of  mail'. 

conghal  .i.  comhghail  no  comhghaisgeadh  'valour'. 

congbhail  .i.  aras  no  baile  'a  habitation,  town\ 

congraim  .i.  culaidh  'clothing'. 

congraim  .i.  glés  no  gliocas  'wit'. 

conn  .i.  ciall  'sensé'. 

connail  .i.  cn'onna  'wise'. 

connail  .i.  câoindeiliughadh  no  dealughadh  ca"oin  'mutual  séparation, 

O'Conn'. 
connaircle  .i.  bog  'gentle'.  Connairchle  fri  fann  .i.  go  bog  re  duine 

fann,  no  lag  'gentle  to  a  weak  man'.  Connircle,  LU.  27.  a.  6. 
connalt  .i.  teach  Cuinn  .i.  Teamhair  Bhreagh  'Conn's  House  i.  e.  Tara'. 
connaoi  .i.  coimhédaidh  no  cumhdaighidh  'keeping  or  protecting'. 
conntairismhe  .i.  baile  puirt  bhios  ag  ri  'a  town  which  belongs  to  a 

king'. 
consintear  .i.  choiséntar  'is  saved,  protected,  0,Conn\ 
copar  .i.  comprâid  'comparison'. 
cor  .i.  ceol  'music'. 
cor  .i.  cuairt  'court'. 
cor  .i.  urchor  'a  cast'. 
cor  .i.  urraidh  téid  an  urradhas  ca  surety'. 
côra  .i.  si'othcâin  'peace'. 

côraidh  .i.  fear  mérghaisgidh  'a  very  valiant  man'. 
corb  .i.  carbad  'a  chariot'. 
corbadh  .i.  caitheamh  .  corbadh  an  talmhan,  etc.  'consuming.  [A  cast 

or  throw,  Lh.]\ 
corc  .i.  clann  'children'. 

corcran  .i.  pota  'a  pot'  corcrân  criata  .i.  pota  cn'adh  'an  earthen  pot'. 
cosaigh  .i.  teagaisg  .  cosaigh  do  mhac  .i.   teagaisg  do  mhac  'instruct 

thy  son'. 
cosair  .i.  leabaidh  'a  bed'. 
cosg  .i.  teagasg  'instruction'. 
cosnamh  .i.  comhsndmh  'swimming  together'. 
cosnamh  .i.  cogadh  'war'. 
coth  .i.  biadh  'food'. 
cothadh  .i.  caomhna  'a  friend'. 
cottud  .i.  sliabh  'a  mountain'. 
craibhdhigh  '[religious  persons']  .i.  crédhiobhdhaigh  .i.  luchd  dhiobh- 

dhaidh,  no  mharbhaidh  a  dtola  collnaidhe  'people  who  subdue  or 

kill  their  carnal  desires', 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  C.  —  391 

crann  caingil  .i.  crann  cliath  .i.  cliath  isin  crann  eidir  làochaibh  7 

cleirchibh  'a  beam-hurdle  i.  e.  a  hurdle  in  the  beam  betvveen  lay- 

men  and  clerics  [This  is  taken  from  Cormac's  Glossary  :  Tr.  p.  46. 

—  The  word  occurs  in  the  Fis  Ad.,  LU.  28.  b.  4,  where  Stokes 

renders  it  «  chancel-rail.  »  Again  :  forsna  cranna  caïngïlsïn  «  on 

the  rails  of  thàt  chancel  »  ib.  28.  b.  8]'. 
crann  dordan  .i.  crônân  7  dordân  'i.  e.  a.  humming  and  murmuring 

Sound.  See  O'Curry,  M.  and  C,  iii.  376. 
cras  .i.  cum  no  corp  'form,  or  body'. 
creach  .i.  siuagh  'army'. 
creach  .i.  tonn  'wave\ 
créach  .i.  caoch  'blind'. 
creadhal  .i.  crâibhdheach  'pious  [credal  Trip.  Eg.  93,  15.  b.  2,  Fél. 

Apr.  4]'. 
creadhla  .i.  cléircheachd  'clergy'. 
creamhnuall  .i.  coirmnuall  .i.  nuallno  caint  corma  no  leanna  'noise  of 

aie  or  béer.  «  Noise  of  people  carousing  »  O'R'. 
crean  .i.  ceannach  'purchase'. 
créas  .i.  cur  'put  thou'  .  do  creasadh  .i.  dochuireadh  'has  been  put 

[focress  .i.  rolaad,  Br.  h.  72,  79]. 
créas  .i.  cumhang  'narrow.  creascha  .i.  teach  cumhang,   a   narrow 

house'. 
creath  .i.  âoi  no  ealadha  'knowledge'. 
creatar  .i.  creidmheach  'pious'  nir  bh6  creatar  .i.  nîr  bh6  creidmheach 

he  vvas  not  pious  [nibo  cretair,  Fél.  Prol.  1 14]'. 
creatar  .i.  teach  martra  nô  ina  mbid  taise  nâomhtha  la  house  in  which 

relies  of  saints  are'. 
creatar  .i.  coisreachta  'consecrated  [bert  Benén  entra  di  6  Patrice,  B. 

took  the  consecrated  éléments  to  her  from  P.  Trip.  Eg.,  16.  a.  1, 

in  Corm.  Tr.  p.  31]'. 
creatar  .i.  cruthaightheoir.  Criost  ar  gereatar  .i.  ar  geruthaightheoir 

'  creator.  Christ  our  Creator'. 
créchthach  .i.  peacthach  'sinful'. 
crédh  .i.  crédhumha,  mar  atâ  miotal  as  cosmhail  ris  an  umha  'brass  .  it 

is  a  métal  which  is  like  copper'. 
creithir  .i.  cupa  no  copân  no  soidheach  asa  nibhthear  deoch  'a  cup  or 

vessel  out  of  which  a  drink  is  drunk'  .  do  daileadh  fim  a  creithir  .i. 

deoch  a  cupa  'drink  was  distributed  in  a  cup.  Corm.  Tr.  p.  46'. 
crésean  .i.  creadhal,  no  craibhtheach  'pious'. 


39^  O'Clery's  Irish  Gbssary.  —  C.  — 

crésean  .i.  sean  achre  'i.  e.  old  his  faith'  [cresen,  Fél.  Feb.  4,  Apr.  27 

cresin  .i.  craibhtech  .i.  sen  acre,  etc.  O'Dav.  p.  66]'. 
criathrach  .i.  fâsach  'deserted. 

crib  .i.  deithneas,  no  luas  'swiftness  [crib  .i.  luath,  swift,  O'Dav.  63]'. 
crinbhriathrach  .i.  briscbhriathrach  'quick-spoken,  0,Conn\ 
crinnear  .i.  tuitim  (l  fall  [arnabe  forcrindither  Fél.  Prol.  297  :  quoted 

by  O'Dav.  p.  65  s.  v.  crinner  À.  tuitim]'. 
cri'ol  .i.  cofra  ca  chest  [dobert  dillat  icriol,  Br.  h.  84]'. 
criomhthann  .i.  sionnach  'a  fox'. 
crionmon  .i.  cnuasach  'a  collection',  O'Conn. 
criosdall  no  criosdaill  .i.  iris  bhios  as  ni  'a  suspender',  O'Conn. 
crithidh  .i.  cridheaglach  'terrified'. 
crithide  .i.  adhbhar  eagla  'a  cause  of  terror'. 
crithre  .i.  drithleanna  teineadh  no  splangca  'sparks  of  fire'. 
crîun  .i.  mac  tire  'a  wolf. 
cr6  .i.  bas  'death'. 
cr6  .i.  clann  'children'.  Dîchu  go  lion  crô  .i.  go  lion  clann,  etc.  'Dichu 

with  ail  his  children'. 
croan  .i.  cronughadh  no  crodhachd  'rebukingor  valour.  Fél.  Prol.  49'. 
crùch  .i.  dearg  'red'. 
crochar  .i.  corp  'body'. 

croimsgiath,  no  cuairsgiath  .i.  sgiath  cham  la  curved  shield'. 
cromrosg  .i.  gormrosg  .i.  sdile  gorma  no  glasa  'blue  or  grey  eyes'. 
cron  .i.  cronughadh  'rebuking'. 
cr6n  .i.  dearg  'red'. 
crointseile  .i.  graintseile  .i.  seile  liath  .  grant  .i.  liath,  glas  no  righin 

'phlegm;i.  e.  grey  spittle.  grant,  grey,greenor  tough.Corm.Tr.36'. 
croisfhighill  .i.   urnaighthe  no  faire  do  ni'  duine  ar  a  ghluinibh  7  a 

lâmha  sinte  a  gcrois  'prayers  or  vigil  that  a  man  performs  on  his 

knees,  and  his  hands  joined  in  a  cross'. 
crû  .i.  fuil  'blood'. 

crûachbhas  .i.  deargbhas  'a  bloody  deâth'. 
crufheachta  no  cruideachta  .i.  badhb  no  feannôg  'a  carrion-crow, 

Corm.  Tr.  39'. 
cruideata  .i.  cruaidh  no  criadh  .  'hard'.  do  chalbh  re  cloich  cruideata 

.i.  do  cheann  re  cloich  chriadh  no  chruaidh  'thy  head  against  a  hard 

stone'. 
cruim  .i.  toirneach  'thunder'. 
cruimhgheala  .i.  cruimh  ar  ghile  'a  worm  for  brightness  i.  e.  as  bright 

as  a  glow-worm'. 


O'Clery's  lrish  Glossary.  —  C.  —  393 

cruimthear  .i.  sagart  no  craibhtheach  'a  priest'. 
cruinnioch  .i.  drûchd.  nim  cruinnioc  a  ngion  goa  .i.  brion  do  dhruchd 

am  beol  na  fairrge  'dew.  —  a  dew-drop  in  the  mouth  of  the  sea. 

[quoted  infra  s.  v.  Nim]'. 
cruisich  .i.  ceol  'music'. 
cruith  .i.  glic  no  beodha  'clever  or  lively  [cruith  .i.  cailg,  no  glic  no 

crodœ  subtle,  or  cunning,  or  brave.  Corm.  Tr.  p.  48]. 
cûa  .i.  féoil  'flesh'.  sleagh  chûa  rinne  .i.  sleagh  fheolmhar. 
cuac  .i.  cumhac  no  cumhang  'narrow'. 
ciiACCA  .i.  fâs  no  folamh  'empty'. 
cûadh  .i.  innisin  'narration'.  Cûadh  do  bhaos  .i.  sgél  dinnisin  do  dhuine 

bhaoth  'a  story  for  a  foolish  man'. 
cuallachd  .i.  cuideachta  'followers'. 
cûana  .i.  buidhne  'hosts'. 
cûanna  .i.  cnoc  'a  hill'. 
cûar  .i.  cam  'crooked'. 

cûar  cumaisg  .i.  ni  fa  gcuairt  no  cruinn  'something  round'. 
cuas  no  adcûas  .i.  do  hinniseadh  'was  told'. 
cuasachtach  .i.  casachtach  fa  cough'. 
cûa  uinne  .i.  cnâ  câocha.  cûa  .i.  cnû.  uinne  .i.  câoch  'blind  nuts.  cûa, 

nuts  :  uinne,  blind'. 
cubhachail  .i.  leabaidh  'a  bed  [cubiculum]'. 
cubhal  .i.  aibid  'habit,  monkish  dress'.  achd  énfhlaith  ri  atâ  a  gcubhail 

.i.  atâ  in  aibfd'. 
cubhas  .i.  crann  'a  tree'. 

cubet  .i.  cuidbheadh  no  magadh  'mocking,  jeering'. 
cucht  .i.  gné  'form'. 
cuclaidhe  .i.  comhnaidhe  'a  résidence'. 

cucclaidhe  .i.  cumhacc  shlighe  no  shlighe  no  slighe  chumhang  'a  nar- 
row way'. 
cû  cnamha  .i.  snasân  'vermin,  a  louse',  O'Conn. 
cudh  no  cuth  .i.  ceann  'a  head'. 
cudaim  .i.  tuitim  'I  fall'.  Cudaim  antslébhe  .i.  tuitim  an  tsléibhe  mar  atâ 

maidhm  sléibhe  'fall  of  the  mountain,  as  it  is  éruption  of  a  mountain'. 
cudal  .i.  saoth  no  olc  .  bâ  cudal  .i.  bâ  saoth,  no  bâ  holc  'trouble,  or 

evil'. 
cudhnôdh  .i.  deithneas  no  deithbhir  'swiftness,  haste'. 
cudrama  .i.  iomlân,  comhthrom  'complète,  as  heavy  as'. 
cuib  .i.  cupa,  no  copân  'cup'. 
cuibh  .i.  cû  'a  dog'. 


394  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  C.  — 

cuil  .i.  olc  no  toirmisgthe.  As  cuil  do  radais  dhamh  .i.  as  ni  toirmisgthe 

no  olc  tugais  damh  'evil,  or  forbidden.  —  It  is  an  evil  or  forbidden 

thing  that  thou  hast  given  to  me'. 
cuilche  .i.  brat,  no  cochall  'a  cloak  or  mantle'  .   cuilche  fliuch  thoram 

choidche  'a  wet  cloak  upon  me  to-night  [cuilche  fliuch  imbi,  «  a  wet 

quilt  around  him  »  F.  h.  $i]. 
cuilceach  .i.  brat  'a  cloak'. 

cuilleasga  .i.  fleasga  cuill  no  slaitine  cuill  'hazel-rods'. 
cuilt  .i.  leabaidh  'a  bed'. 
cuime  .i.  cruas  'hardness'. 
cuingdis  .i.  do  chongbhaidi's  'they  kept'.  Cuingdi's  dligheadh  andâlaibh  .i. 

do  chongbhaidis  dligheadh  in  oireachtaibh.  'They  kept  the  law  in 

the  assemblies'. 
cuinghidh  .i.  iarraidh  'to  ask'. 

cuirbeachta  no  cuirbheachta  .i.  ingne  en  'claws  of  birds\ 
cuird  .i.  ceird  'artizans'. 
cuird  .i.  cûirt  'court'. 
cuire  .i.  buidhean  'a  host'. 

cuireathar  no  do  cuireathar  .i.  tarla  'it  happened'. 
cuirrél  .i.  cur  'to  put'  réil  no  soilléir  'brightness'.  Cfor  churréil  .i.  cior 

ar  araibhe  cur  réil  no  soilléir  'a  combon  whichthere  is  brightness'. 
cuiscle  .i.  cuis  chleithe  .i.  cuis  chéilte  'a  secret  affair'. 
cûisleannach  .i.  feadanach  no  fear  feadâin  'a  piper'. 
cuiteach  .i.  di'ultadh  'refusai'. 
cuitigh  no  dochuitigh  .i.  do  mhionnaigh  'he  swore'. 
cul  .i.  carbad  'a  chariot,  do  îhreig  a  chula  .i.  a  chairpthe.  he  abando- 

ned  his  chariots'. 
culmhaire  .i.  sâor  dhéunmha  carbaid,  no  cairptheoir  'a  man  who  makes 

chariots'. 
cuma  dhuit  .i.  ni  meisde  dhuit  'indiffèrent  to  thee'. 
cumal  .i.  éraic  'a  fine'. 
cumhach  .i.  cumhachta  'strength'. 
cumhang  .i.  neart  no  cumhachta  'strength  or  power'  .i.  nir  chumhang  air 

.i.  nir  bhô  chumhachtach  é.  'He  was  not  powerful'. 
cumhsgal  .i.  gluasachd  no  corrughadh  .as  cumhsgal  cairrge,  etc.  'move- 

ment  or  activity'. 
cumhsgughadh  .i.  gluasacht  no  athrughadh  'movement,  or  change'. 
cunn  .i.  corp  'a  body'. 
cunna  .i.  connailbhe  no  càirdeas  'love'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  —  $9$ 

cunghas  .i.  coimhghniomh.  Cunghus  dhâ  dhearbhbhrathar  .i.  coimh- 

ghniomh  'coopération.  —  Coopération  of  two  brothers'. 
cupar  .i.  coimpert  no  geineamhain  'conception'. 
curach  .i.  corp  'a  body'. 
curcais  .i.  boigshimhi'n  'a  bulrush'. 
curcais  .i.  folt  'hair'.  Slabhradh  airgid  go  gcurcaisibh  .i.  go  bfoltaibh 

'a  silverchain  with  hairs'. 
cursôn  .i.  sâoi  'a  sage'. 
cust  .i.  croiceann  'a  hide'. 
custal  .i.  trusdâladh  'trussing'. 
cuth  .i.  ceann  La  head'. 


D. 


da  .i.  maith  'good'. 
dae  .i.  duine  'man'. 
dae  no  dûa  .i.  cloidhe  ârd,  no  mûr  ard,   'a  high  rampart,  or  high 

wall'. 
dae  .i.  teach  'a  house'  rioghdhae  .i.  leach  rioghdha  'a  palace'. 
dae  .i.  lâmh  .  droshin  a  dhâe  .i.  6  do  shin  a  lâmh  'a  hand.  —  When  he 

stretched  out  his  hand'. 
dagh  .i.  maith  'good'. 
daghar  .i.  gâoth  'wind'. 

daif  .i.  deoch  'drink'  ro  61  a  dhaif  .i.  do  ibh  a  dhigh  'he  drank  his  drink'. 
daigh  .i.  tug  'he  gave'. 

daigh   .i.  teine  'fire'  go  ndaighthibh   .i.   go  dteinntibh  'with  fires'. 
daigheadh  .i.  eadh  maith   .i.   aga  mhaith.  do  bheirim  daigheadh  don 

ghâoith  .i.  do  bheirim  aga  mhaith  don  ghâoith,  etc.  'a  good  time, 

or  opportunity'. 
daighidh  .i.  losgadh  'burning'. 
dail  .i.  roinn  'parts'. 
daimh  .i.  domus  .i.  teagh  'a  house'. 
daimh  .i.  déoin  'consent'  dia  daimh  .i.  dia  dhéoin. 
daimhli'ag  .i.  eaglas  .  fri  huili  innan  daimhliagandeas,  etc.  'achurch.  — 

At  ail  the  churches  in  the  south'. 
dairbhre  .i.  dair  kan  oak'. 
dairt  .i.  colbthach  'a  heifer'. 

daith  .i.  ésgaidh,  no  tapaidh  no  luath  'active  or  sudden  or  quick'. 
daithe  .i.  do  dhioghail  'to  avenge'. 
daitean  .i.  oide  'a  guardian,  foster-father'. 


396  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  — 

dal  .i.  rann  .  amhail  adearar  dal  araidhe  7  dal  riadha  'a  division  :  as 
is  said  Dal  Araidhe  and  Riada's  division'. 

dala  .i.  mionna  'oaths'. 

dalbh  .i.  brég  'a  lie'. 

dalbhdha  .i.  doilbhthi  .i.  draoidheachd  'i.  e.  witchcraft'. 

damhdhatar  .i.  dof huilngeadar  'they  endured'. 

damh  ndartaidhe  .i.  colbthach  fhireann  'a  maie  calf  (bullock)'. 

damhna  .i.  adhbhar  'cause'. 

damnadh  .i.  ceangal  'a  tie'. 

dan  airgid  .i.  maoin  no  aisgidh  airgid  'a  gift  of  silver'. 

dant  .i.  mir  no  greim  'a  morsel'. 

daon  .i.  duchtaigh  .  an  cnoc  dâon  forra  .i.  duchdaigh  orra  'rose  upon 
them'. 

darriogha  .i.  6s  rioghaibh  'over  kings'. 

dart  .i.  dâir  .  gur  dhart  bhoin  .i.  go  ndearna  bô  do  dhâir  '«  that  he 
bulled  a  cow  »,  O'Conn'. 

data  .i.  dathamhail  'pleasant'. 

dathadh  .i.  tiodhlacadh  'giving'. 

deacair  .i.  iongnadh  'wonder'. 

deach  .i.  fearr  'better'  ba  dheach  .i.  ba  fearr. 

deachair  .i.  dealughadh  .  ar  nach  deachradh  .i.  nach  dealâigheadh 
'séparation'. 

deachair  .i.  leanmhain  'to  follow'.  —  Ris  gan  a  dhuain  na  dheachair  .i. 
sgél  gan  a  dhuain  in  a  leanmhain.  'A  story  without  its  song  follow- 
ing  it'. 

deachair  .i.  dearsgughadh  .  'shining'  dealbh  an  chruim  dôr  do  dhea- 
chair .i.  do  dheachair  .i.  do  dearsgaich,  etc.. 

deachra  .i.  dealaghthe  'separated'. 

deachradh  .i.  déine,  fearg  no  dibheirge  'véhémence,  anger,  or  indi- 
gnation'. 

deachta  .i.  dinge  'thunder'. 

deacmaic  .i.  docamhlach  no  doilidh  'difficult'. 

deacmaing  .i.  iongnadh  'a  wonder'. 

dead  .i.  dual  'belonging  to'. 

deadhail  .i.  sgaoileadh  no  dealughadh  'separating'. 

deadhoil  .i.  maidean  .  6  dhédhûal  tig  .i.  dual  do  16  7  dual  doidhchi 
'twilight.  It  cornes  from  dédhual  i.  e.  dû  al  ;belonging)  to  day  and 
belonging  to  night.  [So  Corm.  p.   1$.  s.  v.  Dedol]'. 

deaghdhair  .i.  luath  'quick'. 

deaghnad  .i.  réodh  no  sioc  'frost'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  —  597 

de  aith  .i.  gâoth  'wind\ 

deala  .i.  diultadh,  no  doicheall  'refusai'. 

deala  .i.  sine,  no  ballân  'a  teat,  or  milkpail  [Deal  .i.  sine  bô,  Corm. 
p.  15]. 

deala  .i.  gâol,  no  cairdeas  'love  or  friendship'. 

dealghnaidhe  .i.  ain  ndlightheach  'unjust'.  nocha  cleireach  dealgnaidhe 
.i.  ain  ndlightheach. 

deanas  .i.  tamall  'space  of  time'. 

deann  .i.  li,  no  dath  'colour'  .  deann  céideamhain  .i.  If  no  céo  amhail 
chéo  bealtaine  .  oir  as  ionann  céideamhain  7  bealtaine  'colour  or 
fog  like  the  fog  of  May-day  :  for  céideamhain  and  bealtaine  are  the 
same'. 

dear  .i.  inghean  'daughter'. 

dear  .i.  diultadh  'refusai'. 

dear  [an  intensive  prefix.  Z.  864]  .i.  adhbhal  no  môr  .  dearmhâr  .i. 
adhbhal  mhôr  'very  great'. 

dearbh  .i.  cuinnéog  no  ballân  'a  milkpail,  or  a  churn'.  mhôsa  re  hô  na 
dearbha  -i.  mo  cluassa  re  clûais  na  cuinnéoige,  etc.  'my  ear  against 
the  ear  (handle)  of  the  churn'  dearbh  loma  .i.  ballân  bainne  .  oir 
as  ionann  loim  no  luim  7  bainne  amhail  as  ionann  dearbh  7  cuin- 
néog no  ballân  'a  churn  :  for  loim  or  luim  is  the  same  as  bainne 
(milky),  as  dearbh  and  cuinnéog  (milkpail)  or  ballân  (churn)  are  the 
same.  Corm.  Tr.  p.  58.' 

dearbharasc  .i.  seinbhriathar  no  seanfhocal  'an  old  saying,  a  proverb. 
[Trip.  Eg.  $.  a.  1.  Cf.  drasg  ainm  breithre,  inf.  s.  v.  Ionnrosg.]' 

dearc  .i.  uagh,  no  ûaimh  'a  grave,  or  cave'. 

dearc  .i.  suil  lan  eye'. 

dearsaigh  .i.  dûsachth  'awake  !'  amhail  adubhairt  Torna  Eigeas,  no  a 
mhac  ag  moladh  Néill  an  dalta.  A  dhéid  gheala  a  bhéoil  deirg.  nâd 
condearsaigh  fo  choimfheirg  .i.  nar  dhuisigh  fa  fheirg.  'As  Torna 
Eigeas  said,  or  his  son,  praising  Niall  their  fosterchild  :  Ah  white 
teeth,  ah  red  lips,  awake  not  in  anger  !' 

deascaidh  .i.  deireadh  'end,  dregs'.  [Descaid  'lees'  Corm.  Tr.  p.  59.] 

déchasa  .i.  féchsa  'behold  !'. 

dechédfaidh  .i.  cogadh  <war'. 

dechealt  .i.  brat  'a  cloak  [Decelt  .i.  brat  7  leine,  Corm.  Tr.  p.  47.  s.  v. 
Celt'. 

dédhbhal  .i.  dearôil  no  bocht  'wretched,  or  poor.  [Nidedbel  À.  nideroil. 
Fél.  Jan.  25.]' 

dedhel  .i.  lâogh  bô  'a  cow's  calf'.  [So  Corm.  Tr.  p.  61.] 

Rev.Cdt.  IV  27 


398  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  — 

dédla  .i.  dâna  'bold  [detla  (.i.  âana)  Fél.  Prol.  242.]' 

defhordal  .i.  seachrân  mdr.  ôir  as  ionann  fordal  7  seachrân  'a  great 

error:  for  fordal  and  seachrân  (error)  are  the  same'. 
deibheadh  .i.  deithneas  'haste'. 

deibheadh  .i.  deabhaidh  no  cathugadh  'conflict  or  fighting'. 
deicsin  .i.  faicsin  'to  see'. 
déide  .i.  umhla  'humble'. 
déidhe  .i.  dâ  ni'  .  amhail  a  dubhradh:  an  dédhe,  rorannadh  ag  ros  léighe 

.i.  andâ  ni'  do  rannadh  ag  ros  léighe,  etc.   'two  things;  as  was 

said  :  the  the  two  things  that  were  divided  at  Ros  Léighe  [Déde, 

Z.  51 1.  —  dorairgert  dan  Patraic  an  deidisin,  «  Patrick  then  promi- 

sed  thèse  two  things  ».  Trip.  Eg.  1 1 .  b.  2]'. 
deil  .i.  slat  'a  rod'. 

deilbh  .i.  maiseach  .i.  nî  deilbh  leis  .i.  ni  maiseach  leis  'gracefuP. 
deilceadh  .i.  olc,  no  doilidh  'evil,  or  sad'. 
deileang  .i.  mue  da  bhliadhan  'a  pig  of  two  years'. 
deileas  .i.  doicheall  wchurlishness'. 
deilethorc  .i.  tore  da  bhliadhan  'a  boar  of  two  years'. 
deillidh  .i.  luighe,  no  leanmhain  'following'.  deillidh  a  meanma  fair  .i. 

doluigh  no  do  lean,  etc. 
deillidris  .i.  dealaighid  ris  'they  adhère  to  him'. 
deilm  .i.  iomad  no  obann  no  crioth  no  foghar  no  torann,  etc.  amhail  atâ 

isin  rann  so  :  Easbhaidh  Choluim  ar  chloinn  Chuinn,  ag  sin  an 

deilm  dhiofhulaing,  etc.  'abundance,  or  sudden,  or  trembling,  or 

thunder,  as  it  is  in  this  verse  etc.  [Deilm  .i.  foghur  no  crith  no  gair, 

etc.  O'Dav.  p.  75.] 
deil  muice  .i.  mue  da  bhliadhan  'a  pig  of  two  years'. 
deilltre  .i.  dee  drâoidheachda  'gods  of  druidism.  Idolatry,  O'Conn. 
deimhe  .i.  dorchadas  oidhche  'the  darkness  of  night  [Deme  ,i.  teime  . 

deme  din  for  dorchi  naidchi,  Corm.  p.  16]'. 
deimhe  .i.  di'dean  'shelter'  go  ndeimheadh  .i.  go  ndidneadh. 
deimhne  do  laoidh  .i.  deimhnigh  so  it  lâoidh. 
dein  .i.  glan  'pure'. 
dheinmheach  .i.  diomhâoin  'idle'  .i.  ni'r  bhobair  dhuine  dheinmheich  .i. 

dhuine  dhiomhaoin  'There  is  no  profit  in  an  idle  man'. 
deinmne  .i.  luath  no  deithbhireach  'swift  or  hasty.  Corm.  Tr.  p.  ji\ 
déirghe  .i.  dérach,  no  nochtadh  'spoiling  or  stripping'. 
déirghe  .i.  fâgbhâil.  Déirghe  Eireann  .i.  fâgbhâil,  etc.  'to  leave.  —  To 

leave  Ireland'. 
deirgheine  .i.  do  righne  'he  did'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  —  ?99 

deirginnleadh  .i.  inneall  dearg  '[lénti  condercirtluid,  LU.  $$  a.  17,  tr. 

«  Kilts  with  red  interweavings  »,  O'Curry,  M.  and  C.  III.  157]'. 
deirgli  .i.  ceannach  'purchase'. 
deirmide  .i.  df  airmide  .i.  mio  onofr  'dishonour'. 
deirrid  .i.  diamhair,  no  seicréid  'secret  [hi  magin  deirrit,  Trip.  Eg.  9. 

a.  1,  17.  a.  1]'. 
deisidh  .i.  do  shuidh  'he  sat'  deisidh  ina  fharradh  'he  sat  in  his  pré- 
sence' .i.  do  shuidh  ina  fhochair. 
deisidh  occa  .i.  do  cinneadh  léo  'it  was  decided  by  them'. 
deithbhir  .i.  dlightheach  'lawful'. 
deithide  .i.  friochnamh  no  cûram  'care'. 
deochair  .i.  eidirdheiliughadh  'distinguishing'. 
déodhamh  .i.  do  dhéoin  dé  'by  the  will  of  God\ 
deoghbhaire  .i.  giolla  copain  'cupbearer'. 
deoigh,  déigh,  daigh  .i.  ar  son,  no  do  bhri'gh  'because'. 
deolaidh  .i.  grâ"sa  'charitable'. 

déolcha  .i.  di  olcha  .i.  adhbhal  61  .i.  61  m6r  'great  drinking'. 
deolchaire  .i.  tiodhlaicthe  'gifts  [deolchair,  a  gift  :  deolchaire,  libera- 

lity,  O'Conn.]'. 
déoraidh  .i.  trén  no  lâidir  'strong'. 
déoraidh  .i.  easurra  'a  robber'. 
dés  .i.  fearann  'land'. 

dés  druimneach  .i.  amhail  druimne  dés  'hilly  land'. 
dése  .i.  buidhne  'hosts\ 
dét  .i.  tomhaltas  no  bi'adh  'food'. 
dia  .i.  la  'a  day.  [Die  .i.  laîhi,  Corm.  p.  15.]' 
diabail  .i.  df  âoibhil  .i.  gan  tene  'without  fire'. 
diabladh  .i.  dûbladh  'doubling'. 
diamhain  .i.  df  ainimh  .i.  neamhainmheach  'without  blemish,  Corm. 

Tr.  62'. 
diamhain  .i.  mâoin  dhiadha  'godly  wealth'. 
diamhair  .i.  df  mhôr  .i.  adhbhal  mhôr  'very  great'. 
diamladh  .i.  didean  no  folach  'shelter'. 
diamlughadh  .i.  duaithnioghadh  no  dorchughadh  'disguising  or  darke- 

ning'. 
diardain  .i.  fearg  no  gairbhe  'anger  or  roughness'  fear  diardain  .i.  fear 

garbh  no  feargach  'a  rough  or  angry  man'. 
dibeall  .i.  sean  no  âosta  'old,  or  aged'. 
dibeoil  .i.  balbh  'dumb'. 
di'bhe  .i.  deala,  dfultadh  no  doicheall  'refusai,  déniai,  or  churlishness'. 


400  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  — 

di'bhe  .i.  tart  'thirst'. 

di'chealtair  .i.  crann  ga  'shaft  of  a  spear  [already  given  sup.  under 

Cealtair  .i.  ga]'. 
di'chealtair  .i.  fé  fiadha  [Fedh  or  Fe  fiadh  'supernatural  disguise',  O'D., 

Suppl.]  no  duaithniughadh,  oir  ceilidh  an  té  ara  mbf;  'because  it 

conceals  (ceilidh)  him  on  whom  it  is\  [do  dechaid  dicheltair  tairsiu 

condrardraig  fer  dib,  Trip.  Eg.  3.  b.  1.  'garment  of  invisibility', 

Hennessy.] 
dicheann  .i.  duine  gan  cheann  'a  man  without  a  head'. 
dIchneadh  .i.  dicheannadh  'beheading'. 
didil  .i.  adhbhal  dil,  no  grâdh  môr  agréât  love'. 
dighdhe  .i.  beannâchd  'blessing  [ocdigde  .i.  ocdiaguide  .i.  oc  guide  Dé 

'praying  to  God'.  Sanct.  h.  19]'. 
dighdhe  .i.  buidheachas  'gratitude'. 

dîghe  .i.  coimhdhiodhnadh  no  sâsadh  'fulfilling  or  satisfying'. 
di-ic  .i.  doilidh  'sad'  fear  diic  .i.  fear  doilidh  'a  sad  man'. 
dile  .i.  grâdh  no  annsa  'affection,  love. 
dilghionn  .i.  sgrios  no  diolaithriughhadh  'plunder  or  destruction  [dil- 

gind  Ml.,  Goid.  p.  22]. 
dimchisin  .i.  do  choimhdheicsin  no  do  fhéchain  'to  see'. 
dimeas  .i.  droichmheas  ''disrespect'. 
dimheas  .i.  meas  môr  no  môirmheas  'great  respect'  [tempul  derb  dimis, 

Fél.  Feb.  2]'. 
dimhiccin  .i.  târ,  no  tarcaisne  'contempt'. 
dîne  .i.  tosach  'beginning'  dîne  gâcha  ceithre  .i.  tosach  no  céd  dén- 

taidh  gach  âirnéisi  "the  beginning  or  first  making  of  ail  cattle'. 
dîne  .i.  h'ne  no  saoghal  'an  âge'. 

di'neart  .i.  déneart  .i.  neart  Dé  'the  power  of  God'.  Fél.  Ep.  1 54. 
dinge  .i.  toirneamh  'thunder'. 
dIniath  .i.  cathbharr  'helmet'. 
dinnid  no  for  dinnid  .i.  innisidh  'tells'  fordinnid  an  boc  dû  an  eass  .i. 

innisidh  an  boc  an  âith  in  ar  hitheadh  é  'the  goat  tells  the  place  in 

which  it  was  eaten  [fordindet  in  boccfesin  dû  indas  Trip.  Eg.  12. 

a.  1.  Beitr.  VII.  59]. 
dinnis  .i.  tarcaisne  'contempt'  Fél.  Feb.  27. 
dinnis  .i.  luighe,  no  mionna  'an  oath'. 
di'obhadh    .i.   bas  'death  [dibadh   .i.  adbulbas,  «  an  enormous  death  » 

Corm.  Tr.  p.  61 .  — faithi  cendibad  «  prophets  without  extinction  », 

Colm.  h.  44]'. 
diobhadh    .i.  croaidheachd_,  no  oidhreachd  .  is  amhlaidh  roinnfidhear 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  —  401 

gach  ndiobhadh,  etc.  'inheritance.  —  So  every  inheritance  shall 
be  divided.  [Cf.  nicossena  indnôeb  dibad  bethath  che  «  the  holy  one 
gained  not  profit  of  this  world  ».  Br.  h.  22.7 

diochmairc  .i.  goid  <theft>  Fél.  Aug.  16. 

diochollna  .i.  beith  gan  cholainn  .  cailleach  diochollna,  etc.  'without 
flesh.  —  A  fleshless  hag'. 

diochron  .i.  gan  aimsir  'without  time'. 

diochuid  .i.  beag  'small'.  Crom  diothraibh  ar  domhnan,  nir  dhiochuid 
achd  deaghmhér  .i.  ni'r  bhô  beag  achd  ba  mor,  etc.  'Crom  Dioth- 
raibh on  earth  was  not  small  but  great'. 

diocsa  .i.  ard  'high'.  gein  philip  as  diocsa  .i.  as  airde  'birth  of  Philip 
who  is  noblest',  Fél.  May  1 . 

diodhma  .i.  dfdean  'shelter'. 

diodhnadh  .i.  sâsadh  'satisfying'.  [didnad,  Fél.  June  8.] 

diofhulaing  .i.  do  fhulaing  'to  endure'. 

di'oghainn  .i.  neamhghann  'plentiful'. 

dîoghais  .i.  ard  'summit.  fo  dhioghais  na  Teamhrach  .i.  fo  ard.  'Under 
the  summit  of  Tara'. 

dioghna  .i.  dighne  .i.  droichghné  'an  ill-look'. 

dioghna  .i.  tarcaisneach  'contemptuous  [dignai  (.i.  dimicnech)  Fél.  Prol. 

2$4l'. 

dioghrais  .i.  doghrés  no  dognâth  'always'. 

dioghuin  .i.  sârughadh  'compelling'  .i.  olc  dhuit  mo  dhioghuin  .i.  mo 

sârughadh  'evil  to  thee  is  my  compulsion'. 
di'ol  .i.  crioch  'boundary'. 

diolacht  .i.  dilleachta  'an  orphan  ?  [dilleacht,  an  orphan,  O'Conn.]'. 
diolgadh  .i.  maitheamh  'forgiveness'  .   diolgadhach  .i.  maithmheach 

'forgiving  [dilgadach  Trip.  Eg.  4.  a.  1.7 
diollacht  .i.  dilochd  .i.  gan  locht  'faultless'. 
diollait  .i.  édach  'dress'. 
diollait  .i.  brat  7  léine  'cloak,  shirt'. 
diolmain  .i.  di'leas  'right  [dïlmaïn  (legitimusi,  Z.  777]. 
dionn  .i.  tulach,  nô  cnoc  'a  hill'  dionngnach  .i.  dionn  gnô-ach  .i.  cnoc 

oirdheirc  'a  conspicuous  hill'.   gnô  .i.  oirdheirc.  dionn  .i.  cnoc. 

gnô.  conspicuous  [prïdchaiss  jride  indinnib  .i.  itelchaib,  F.  h.  28]'. 
dionnta  .i.  tionntûdh  'turning'  dionnta  na  tâna  .i.  tionntôdh  na  tâna 

to  turn  the  herds'. 
di-ôradh  .i.  <5râdh  môr  'great  prayer'.  Fél.  Ep.  199. 
diorain  .i.  snighe,  no  sileadh  feartana  no  fleachaidh  '«  the  pouring  or 

dropping  of  a  shower  or  of  moisture  »,  Beitr.  VIII.  342'. 


402  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  — 

diorma  .i.  buidhean  'a  host'. 

diormach  .i.  dfréimnightheach  .i.  siubhal  môr  'moving  quickly'. 

diorna  .i.  nuimhir  no  tomhas  'number  or  measure'. 

diorsan  .i.  droichni  no  droichsgél.  Siorsan,  diorsan,  deighsgel,  droich- 
sgél,  maidhm  catha  ruaidh  raonaidh,  siorsan  ri  dia  ndearna  faoilidh, 
diorsan  ri  forsraoimhidh  .i.  as  maith  7  as  olc  leam  an  sgél  maith  7 
an  droichsgél,  ôir  as  maith  leam  an  ri  dorinne  go  subhach  7  as  olc 
liom  briseadh  ar  an  ri  arar  briseadh  'a  bad  thing  or  bad  news.  — 
Good  to  me  and  evil  to  me  is  the  good  news  and  the  bad  news,  for 
glad  am  I  for  the  king  whom  it  made  happy,  and  sorry  for  the  king 
who  was  defeated  [Thèse  lines  are  quoted  Four  Mast.  A.  D.  866, 
where  O'Don.  translates  : 
Happiness!   wo  !  good  news!  bad  news!  the  gaining  of  a  great 

triumphant  battle, 
Happy  for  the  king  whom  it  makes  joyous  ;  unhappy  for  the  king 
who  was  defeated]'. 

dîre  .i.  éraic  no  eneaclann  ca  fine'. 

dis  .i.  deardil  'weak'. 

disle  .i.  di  uaisle  .i.  uaisle  mh6r  'great  honour'. 

dith  .i.  dodhiuil,  no  do  dhin  'he  sucked'.  dith  an  lâogh  .i.  do  dhiuil  no 
do  dhin  an  lâogh  'the  calf  sucked  [liamathair  dith  indiôig  *  at  its 
mother  the  calf  suckled  ».  Br.  h.  76]'. 

ditheach  .i.  séna  'poor'. 

dithleach  .i.  dearmadach  'forgetful'. 

di'threabh  .i.  beith  gan  treibh  no  gan  teagh  .i.  fâsach  'to  be  without  a 
house  i.  e.  a  désert  [dithreb  .i.  beith  cen  treib  no  cen  trebaide  and, 
Corm.  p.  16]'. 

diu  .i.  ci'an  no  fada  'far  or  long'. 

diubladh  .i.  didean  'shelter'. 

DiuNNACH  .i.  glanadh  0  pheacadh.  fobithin  dfunnaich  gach  duine  0  ing- 
glaine,  etc.  'cleansing  from  sin.  to  cleanse  every  man  from  impurity'. 

dius  .i.  didean  'shelter'. 

dlighidh  a  dhreach,  is  a  dhath  .i.  is  dearsgaithe,  no  saineamhail  a 
dhreach  is  a  dhath  'beautiful  his  face  and  his  complexion'. 

dlomh  .i.  innis  no  aisnéidh  'telling  or  relating'. 

dlomhadh  .i.  diultadh  .  ni  dhlomhann,  is  ni  thiomghair  .i.  ni  dhiultann 
is  ni  iarrann  'refusai,  he  does  not  refuse,  and  he  does  not  ask'. 

dlomhaim  .i.  foillsighim  'I  show'. 

dlomhaisin  .i.  milleadh  'destroying'.  Baoi  ag  dlomhaisin  na  hoibhre  .i. 
ag  milleadh,  etc.  'He  was  destroying  the  works,  etc.' 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  —  403 

dludh  .i.  dualghas  'reward,  rétribution  [dualgus,  reward.  O'D.  Suppl.]'. 

dluigh  .i.  inneall  'service,  attendance'. 

dluimh  .i.  nell,  no  dorcadas  'cloud,  darkness'.  dlûimh  dileann  "i.  dor- 
cadas  dileann. 

dlûmh  .i.  iomad  'abundance'. 

do  .i.  chuige  'to  him'  dho  dhuit  .i.  chuige  dhuit  ',«  hâve  at  it,  or  fall  to 
it,  an  obsolète  expression  »,  O'Co/z/z.' 

dobhar  .i.  uisge  'water'  dobharchû  .i.  cû  an  uisge  'water-dog  [i.  e. 
otter.]'. 

dochma  .i.  neamhchumachta  'weakness'. 

dochraith  .i.  druis  'lust'. 

dochta  .i.  teagaisgthe  'learned'. 

dodhail  .i.  dodhâil  no  drochdhâil  'bad  news'. 

dodhaing  .i.  doilidh  'difficult'. 

do-ét  .i.  teidhm  galair  no  easlainte  'attack  of  sickness  or  ill-health'. 

doghailsi  .i.  tuirsi,  gui,  no  doghraing  'sadness,  lamentation  oranguish'. 

do-ibh  .i.  uaidhibh  .  guidh  itche  do-ibh  .i.  guidhim  athchuinghe  uaid- 
hibh  no  uatha  'from  them  (of  them).  I  ask  a  request  of  them'.  Fél. 
Prol.  17. 

doibhrith  .i.  uisge  7  arbhar  'water  and  corn  [dobriih  .i.  dobur  7 
hit  h  A.  usce  7  arbur,  Corm.  p.  1 5.  So  too  O'Dav.  p.  79,  who  adds: 
Né  bir  uisge  isan  bretnais  7  ith  arbur  isan  gaedhilg,  etc.  «  or  bir, 
water,  in  the  British,  and  ith  corn,  in  the  Gaelic.  »  O'R.  gives 
doibhrith,  sowins,  gruel,  and  O'Donovan  «  guesses  'gruel'  or  pot- 
tage.  »  See  Corm.  Tr.  p.  53]'. 

doich  .i.  luath  'swift'  go  ngaisgeadh  dhoich  .i.  go  ngaisgeadh  luath 
'with  swift  prowess'. 

doiche  .i.  dochas  no  duthchas  'confidence',  riom  as  mor  a  dhoiche  .i.  a 
dhochas  no  a  dhûthchas  'great  is  my  trust  in  him.  frim  is  mor  a 
docha,  Fél.  Aug.  4'. 

doichme  .i.  do  chumtha  'ill-shaped'. 

dôid  .i.  lâmh  'hand'. 

doidhedfaidh  .i.  cogadh  'war'. 

dôigh  .i.  baramhail  'an  opinion,  conjecture,  simile,  etc.  O'R.' 

dôigh  .i.  dearbh_,  no  deimhin  'sure,  certain',  as  da  dhearbhadh  sin  à 
dubhradh  an  rann  so  :  Is  dôigh  tfr  ndé  ni  niocfaid  gôich,  ata  tir 
las  na  gôcha.  as  ddcha  do  rochtain  dôibh.  ionann  sin  re  a  radha  7 
as  deimhin  nach  rachaid  luchd  na  mbreg  go  flaitheamhnas  .  7  ata 
tir  ag  luchd  na  mbrég  ina  docha  an  dul  .  goich  no  gôcha  .i.  luchd 
brég.  'That  is  the  same  as  to  say,  that  it  is  certain  that  the  people 


404  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  — 

of  falsehood  will  not  go  to  the  kingdom  of  Heaven,  and  there  is  a 

land  for  the  people  of  falsehood,  to  which  it  is  certain  that  they  will 

go.  —  goïch  or  gocha,  the  people  of  falsehood'. 
doigh  .i.  fiadhnaise  deise  'testimony  of  two  persons'. 
doigh  .i.  teine  Tire'. 
doim  .i.  daidhbhir  'poor'. 
doinéimh  .i.  doimhéin  'wretched'. 
doirtheas  .i.  donas  'misfortune,  O'Conn.'  ni  duitsi  doirtheas  na  hoirgne 

.i.  ni  duitse  donas  etc. 
doith  7  daith  .i.  ésgaidh  'quick'. 
doithchearnas  .i.  dochearnas  .i.  dothiodhnacal  no  droicheineach  'a  nig- 

gardly,  churlish  »,  Corm.  Tr.  ji'. 
doithir  .i.  doidhealbh  'ugly'.  ba  doithir  an  fear  .i.  ba  doidhealbhdha. 

'The  man  was  ugly'. 
dolaidh  .i.  dofhulaing  'intolérable'. 

dolas  .i.  doicheall  'gloominess'  nir  bhô  dolas  .i.  nfr  bo  doichleach,  etc. 
dolbh  .i.  drâoidheachd  'sorcery'. 
dolmha  .i.  do  ullmha  .i.  moilli  no  n'ghneas  'slowness,  delay'.  Fâgbhaim 

dolmha  naithisg  ort,  ar  Coluim  Cille  re  Sgannlân  .i.  n'ghneas  bria- 

thar.  'I  leave  the  slowness  of  answer  on  thee,  said  Colum  Cille  to 

Scannlan'. 
domairm  .i.  teagh  na  narm  'a  house  of  arms'. 
domhaoin  .i.  olc  'evil'.  cia  domhâoin  .i.  cia  holc. 
domhghnas  .i.  athardha  no  dûthaidh  'patrimony,  inheritance'. 
don  .i.  ar  son  'therefore'. 
doraidh  .i.  aimhréidh  'uneven'. 
dorar  .i.  deabhaidh  'conflict'. 
dorr  .i.  fearg  'anger'.  do  dhruim  a  dhoirre  .i.  a  fheirge  'on  account  of 

his  anger'. 
dorr  .i.  aggarbh,  no  rogharbh  'very  rough'. 
dothar  .i.  abhann  'river'. 
drag  .i.  teine  'fire'. 
drag  .i.  fearg  'anger'. 
dram  .i.  îomad  'abundance'. 
drea  an  .i.  dreollân  .  drea  an  .i.  dear,  7  en  .i.  en  beag  dearôil,  no 

drâoi  en  .i.  en  donf  fâisdine  'a  wren  .  dear  (small)  and  en  (a  bird) 

i.  e.  a  little  small  bird,   or  drâoi  in  [a  druid-bird  i.  e.  a  bird  that 

makes  prophecy.  So  Corm.  Tr.  p.  60,  s.  v.  dris,  «  brambles  »]. 
dreach  .i.  dealbh  'form'. 
dreachach  .i.  dealbhdha  no  âlainn  'shapely,  or  beautiful'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  D.  —  405 

dreamhan  .i.  dâsachd,  mire,  no  mîchiall  'madness'. 
dreann  .i.  deabhaidh  no  comhrac  'a  fight  or  conflict  [dreand  .i.  debaid, 

Corm.  p.  1  $]\ 
dreann  .i.  doilgheas  'affliction'.  Drenn  deabhaigh  is  dreann  doilghis,  For. 

For.,  LL.  39$.  a. 
drécheng  .i.  triar  'three  persons.  Fél.  Sept.  16'.  câoin  drécheng  .i. 

câoin  triar. 
drécht  .i.  sgél  'a  story\ 
dricc  .i.  draicc  'anger'. 
dricc  .i.  feargach  'angry'. 

droch  .i.  roth  carbaid  'chariot-wheel.  Corm.  Tr.  p.  61'. 
droch  .i.  dorcha  'dark'. 
droch  .i.  dfreach  'straight'. 
droibhél  .i.  docamhal  'difficult.  Fél.  Aug.  26'. 
drol  .i.  lûb  'a  loop'. 
dron  .i.  daingean  'strong'. 
dron  .i.  direach  'straight'. 
drubh  .i.  carbad  'chariot'. 

drubh  .i.  tairisiomh,  no  comhnaidhe  'dwelling,  habitation'. 
drûchta  déa  .i.  ioth  7  bliocht  'corn  and  mille.  Corm.  p.  17'. 
drûchtan  .i.  millsén  .i.  meadhgcâisi  'cheese-whey,  O'Conn'. 
drumchla  .i.  mullach  tighe,  tulcha  no  fairrge  'top  of  house,  of  hill,  or 

of  sea'. 
druth  .i.  meirdreach  'a  harlot'. 
drûth  .i.  ôinmhid  'an  idiot'. 
dû  .i.  dual  'proper'. 
diî  .i.  dûthaigh  'becoming'. 
du  .i.  baile  'a  town'. 
duaidh  no  dûaigh  .i.  dona  'misfortune'. 

dual  .i.  dligheadh  no  dleisdionach  no  c6ir  'right,  or  due,  or  just'. 
dûar  .i.  rann  no  focal  .  duairfhine  .i.  fileadha  dobhrfgh  gurab  fine  focal 

iad,  oirasionanndûar  7  focal  'a  stanza  or  word.  duairfhine,  poets; 

because  they  are  the  tribe  (fine)  of  words  (focal),  for  dûar  and  focal 

(word)  are  the  same.  [So  Corm   p.  \G,  Tr.  p.  55,  s.  v.  duairfhine]. 
dubh  .i.  môr  'great'  .  dubh  an  fhuilsi  .i.  as  môr  an  créchd  'great  is  the 

wound'. 
dûbhairt  .i.  dibheargoid  no  guidhe  dhuthrachdach  'earnest  entreaty'. 

Fél.  Ep.  71. 
dûchon  .i.  cogadh  'war\ 
duibeal  .i.  obann,  duibeall  .i.  udmall  no  luath  'sudden,  quick  or  swift'. 


4o6  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  — 

duibhgeann  .i.  cloidheamh,  amhail  dhearbhas  an  rann  so  : 
Ni  for  bhraighdibh  damh  na  bô 
promhthar  colg  mo  ruanadhô 
for  braighdibh  riogh  focheard  feid 
a  niîha  duibhgeann  ag  Diarmaid. 

ionann  sin  7  nach  ar  bhraighdibh  damh  na  b<5  dearbhthar  cloi- 

deamhan  ro  fheinneadha,  acht  as  ar  bhraighdibh  rioga  gcath  do  ni  a 

cloidheamh  fead,  etc.  'a  sword,  as  this  verse  shows  : 
Not  on  throats  of  oxen  nor  of  cows 
the  sword  of  my  warriors  is  tried'. 
duilgne  .i.  duilchinnte  .i.  luach  sâothair  do  gheibh  duine  ar  son  oibre 

'the  reward  of  labour  which  a  man  gets  for  work'. 
duilleann  .i.  ga  'a  spear'. 
dûis  .i.  séd  'a  treasure'  drdhûise  .i.  séoid  6rdha  'golden  treasures  [duis 

A.  uasal  (noble)  ut  est,  barc  conduisib  ingantaib  .i.  coseduib  uaislib 

(with  noble  treasures).  See  Corm.  Tr.  p.  62]. 
duithbhir  .i.  grânna  no  dorcha  'ugly  or  dark'. 
duitir  na  hoidhche  .i.  maidean  'morning  :  «  the  morning  or  evening 

dusk  or  twilight  »,  O'Conn. 
duitsi  .i.  diotsa  'to  thee'. 
dul  .i.  câintéôir  no  fear  àoire  7  as  dofhulaing  é  dâ  bhrigh  sin  'a  sati- 

rist  or  man  of  satire,  and  he  is  intolérable  on  account  of  it  [dul  .i. 

cainte  .  dofhulachta  é  ara  doilge,  «  unendurable  is  he  for  his  harsh- 

ness,  »  Corm.  Tr.  58]. 
dulbhair  .i.  di  shulbhair  .i.  neamhshuilbhir  'not  éloquent'. 
dûnadh  .i.  foslongphort  'a  fort'. 
dûnadh  .i.  sluagh  'army.  Fél.  Jan.  23,  July  22'. 
dur  .i.  cruaidh  no  doilidh  'hard,  difficult'. 
durain  .i.  do  dhénam  urâin  'to  address  civilly,  O'Conn.' 
duras  .i.  adhbhano  aras  'a  house'. 
durtach  .i.  teampall  'a  temple'. 
dus  .i.  da  fhos  'in  order  to'. 
dus  .i.  didean  'shelter'. 


É  .i.  truagh  'wretched.  [«  An  interjection  denoting  grief  »,  O'Conn.]'  é 

dodhiol  a  dhâoir  fhir  .i.  as  truagh  dodhiol,  etc. 
eachda  .i.  glan  'pure'  uchdbhruinneadha  eachdha  .i.  uchdbhruinneadha 

glana. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  —  407 

eachlach  .i.  giolla  turais  'a  travelling  servant'. 
eachlasg  .i.  slat  'a  rod'. 
eachrais  .i.  iomramh  'rowing'. 
eachrais  .i.  âonach  'a  fair'. 
eadarghaire  .i.  dealughadh  'séparation'. 
eadarghna  .i.  inntleachd  'ingenuity'. 
eadarnaidh  .i.  cealg  'deceit  [etarnaig,  Trip.  Eg.  3.  b.  1.]. 
eadh  .i.  aimsior  ktime'. 

eadurlamh  .i.  sén  ûaire  '■{etarlam,  opportune,  Z.  874]'. 
ealcmhar  .i.  tnuthach  'envious'. 
ealcmhar  .i.  meirbh  'vveak,  feeble,  lazy,  0;Conn.'  nir  bhô  healcmhar, 

etc. 
ealg  .i.  oirdheirc  'famous'. 

ealga,  no  iath  ealga  .i.  tir,  no  fearann  eireann  'Ireland'. 
eallabhair  .i.  ollarbhar  .i.  sluagh  môr  .  oir  as  ionann  arbhar  7  sluagh,  7 

as  ionann  oll  7  môr  'a  great  army  ;  for  arbhar  and  sluagh  (army) 

are  the  same,  and  oll  and  mûr  (great)  are  the  sarne'. 
eallach  .i.  suidhiughadh  'sitting'. 
eallach  .i.  aisde  ealadhna  'a  kind  of  verse'. 
eallach  .i.  cath  'battle'. 

eallaighe  .i.  âirnéis  tirin  no  âirnéis  tighe  'goods,  property'. 
eallamh  .i.  coibhche  do  geibhthear  a  lâirah  '«  a  dower  which  is  got 

in  hand  ».  Corm.  Tr.  p.  67'. 
eallscadh   .i.   bruthmhaireachd ,  no  mire  theasaidheachta   'excessive 

heat'. 
ealtaidhe  .i.  ban  'white'  aghaidh  ghlasbhân  ealtaidhe  .i.  aghaidh  bân, 

etc.  'a  white  face'. 
eamhain  .i.  dâ  ni  'two  things'  eamhnadh  .i.  dubladh  'doubling'. 
eang  .i.  lorg  'track'  eangsadh  .i.  dochuadar  ar  eing  no  ar  lorg  'they  came 

on  the  track,  or  behind'. 
eanghach  .i.  glorach  no  cainnteach  'noisy,  or  talkative.  Trip.  Eg.  3. 

a.  2>. 
eanglaim  .i.  inneach  'the  woof  in  weaving',  O'Conn.  Mining',  Lh. 
eangnamh  .i.  gliocas  'wisdom'. 
eangnamh  -i.  eineach  'generosity'. 
eannach  .i.  glan  o  pheacadh  'pure  from  sin  (innocent)'. 
earadh  .i.  uireagla  'dread'. 
earaim  .i.  marcaigheachd  -horsemanship'. 
EARAis  .i.  deireadh  'end'  6  bhraine  go  hearais  .i.  ô  tosach  go  deireadh, 

'from  beginning  to  end'. 


40 8  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  — 

earb  .i.  fearbôg  .i.  cenél  fiadha  'a  kind  of  deer  [erb  quia  herbis  pascitur, 

Corm.  Tr.  p.  68]'. 
earb  .i.  furâileamh  'command'. 
earbais  .i.  furâilis  'he  commanded'. 
earc  .i.  neamh  'heaven  [So  Corm.  p.  19,  O'Dav.  p.  81]'. 
earc  .i.  beach  'a  bee'. 
earc  .i.  mil  'honey'. 
earc  .i.  bradai  'a  salmon'. 

earc  .i.  breac,  no  nî  breac  'speckled,  or  a  speckled  thing'. 
earc  .i.  bô  (a  cow\ 
earc  .i.  dearg  'red'. 
earcadh  .i.  lionadh  .i.  earcadh  an  mhôrshluaigh  iomainn.  i.  lionadh,  etc. 

'filling'. 
earca  iuchna  .i.  cenél  bho  'a  kind  of  cow,'  .i.  ba  fionna  6  deargha  .i. 

clûais  dearga  'white  cows  with  red  ears'. 
earca  rainn  .i.  do  bheireadh  ba  ar  rannaibh.  «  he  gave  cows  for  songs», 

O'Conn. 
earcdha  .i.  do  dheargadh  'to  make  red'. 

earcdaois  ha  sluaigh  .i.  do  liondâois  na  sluaigh  'they  filled  the  armies'. 
earchaileadh  .i.  crosadh  'hindering'. 
earchaill  .i.  ursa  tighe  'pillar  of  a  house'. 

earchaoin  .i.  erthaithneamhach  .i.  ûasal  taithneamhach  'very  bright'. 
eardach  .i.  fésda  nô  sollamain  'feast'. 
eardanal  .i.  fear  bhios  ag  fiordhan  âlaigh  .i.  sdocaire,  no  piobaire  'a 

trumpeter  or  piper'. 
earghaire   .i.    toirmeasg  no  bacâil  'prohibition',  earghairim  .i.   toir- 

measgaim  no  bacaim  (I  prohibit'.  Trip.  Eg.  13.  a.  1. 
earghalan  .i.  fear  bhios  ag  sgalfartaigh  .i.  piobaire  'a  piper'. 
eargharadh  .i.  bacâil  .  nâdnargharadh  .i.  nir  ghabh  se  bacâil  no  toir- 
measg 'hindering'. 
eargna  .i  inntleachd  'ingenuity'  Fél.  Feb.  24. 
earghnaidh  .i.  uasalghniomhach  'performing  noble  deeds'. 
earghnamh  .i.  fleadh  no  ullmhughadh  'a  feast'. 
earnach  .i.  iarnach  no  iarann  4iron'. 

earnail  .i.  gné,  no  cuid  no  roinn  'appearance,  part  or  share'. 
earnbhas  .i.  iarnbhâs  .i.  bas  6  iarainn  'iron-death  i.  e.  death  from  iron 

[ernbas  Sanct.  h.  14]'. 
earr  no  err  .i.  gaisgeadhach  'champion'. 
earraithear  .i.  friothoiltear  'is  served'. 
easadh  .i.  galar  'disease'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  —  409 

easba  .i.  diomhâoines  'idleness'. 

eascairé  .i.  furfhogra  'edict'. 

eascal  .i.  anfadh  'storm'. 

eascoman  .i.  salach  'dirty'. 

eascomata  .i.  salach  'dirty'. 

eascong  .i.  uisge  'water'. 

eascongra  .i.  fûagra  'proclamation'. 

easconn  .i.  sean6ir  'an  old  man'. 

easconn  .i.  ésga  'moon'. 

eascra  .i.  coire  bhios  ag  dâil  uisge  .  easc  .i.  uisge  'a  caldron  which  is 

for  distributing  water  [So  Corm.  Tr.  69,  core  mbis  ag  dail  uisci] 

easc,  water'. 
eascradh  .i.  ceimniughadh  no  gluasachd  '  walking'.  Ag  eascradh  mhaighe 

breagh  .i.  ag  ceimniughadh,  etc..  'Walking  over  Magh  Breagh'. 
easlabhra  .i.  eineach  'favour'. 
easnadh  .i.  céol  'music'. 
easnadh  .i.  amhrân,  no  binneas  'song  or  melody  [ba  hesnad  ainm  in 

chuil  dignitis  na  fianœ  umanbfulacht  fians<z  Corm.  Tr.  p.  69.  s.  v. 

esnad.  Easna  .i.  abhran,  O'Dav.  p.  81]'. 
easnadh  na  gaoithe  .i.  osnadh  na  gâoithe  'moaning  of  the  wind'. 
easomain  .i.  fâilte  'welcome'. 

easorgain  .i.  comhmbrudh  'crushing  or  oppressing,  O'Conn.  [ic  essor- 
gain  ommnaibair,  cutting down trunks of yews,  Trip.  Eg.  1 5.  a.  1]'. 
easraoite  .i.  sgâoilteach  'lax'. 
eassaoth  .i.  slâinte  'health'. 

eatal  gaoithe  .i.  eit  léog  ghâoithe  'a  gust  or  blast  of  wind',  O'Conn. 
eatha  .i.  dochuaidh  no  do  cuireadh  'he  went'. 
eatha  dhô  .i.  do  cuas  chuige  'he  went  to  him'  ba  holc  laithe  eatha  dhô 

.i.  ba  holc  an  là  docuas  chuige  'evil  was  the  day  he  went  to  him 

[et ha  (ivit  vel  eat)  Beitr.  VII.  27]'. 
eathar  .i.  artrach  iomchair  'a  ferry  boat,  Corm.  Tr.  66  [ethar,  Trip. 

Eg.  4.  b.  1,  y  a.  1]'. 
eatla  .i.  ciamhaire,  congain  chroidhe,  aithrighe  no  déra  'sadness,  grief 

of  heart  [Rev.  Celt.  IV.  250],  repentance,  or  tears'.  Fél.  Jan.  8. 
ebirt  .i.  râdh  'to  tell'. 
ebirt  .i.  tuarasgbhâil  .  'a  saying,  word  or  promise,  O'D.  Suppl.'  as  i  a 

ebirt  chomhadhais  .i.  as  1  a  thuarasgbhâil  chomhadhais  no  dhligh- 

theach'. 
ebhling  no  roeibhling,  .i.  do  ling  'he  sprang'. 
ebr6n  .i.  coire  'caldron'. 


410  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  — 

éccnach  .i.  imdheargadh,  reproving  [nimor,  necnaig,  'not  much  of  car- 
ping',  Br.  h.  j]. 
éccnairc  .i.  guidhe  Dé  'prayer  to  God'. 

éccnairc  .i.  an  aimsir  do  cuaidh  thon  'the  time  that  has  gone  by\ 
éccnairc  .i.  impidhe  'pétition'  ar  éccnairc  do  nâomh  a  Iosa  nodguidhe, 

ar  éccnairc  na  sloghsa,  etc.  'for  intercession  of  thy  saints,  Jésus,  1 

beseech  thee,  for  intercession  of  thèse  hosts'.  Fél.  Prol.  265. 
eccosg  .i.  cuma  'form'. 

eccradach  .i.  éccreidmheach  no  easgcâirdeach  'unbelieving,  hostile'. 
eccraide  .i.  easccairdhe  'hatred'. 
ece  .i.  follas  'clear'  ece  aiér  .i.  as  follas  damh  ant  aiér  'the  air  is  clear 

to  me  [O'Conn.  has  ece  to  see,  ece  aier,  thou  seest  the  air']. 
écna  .i.  caitheamh  'eating'  bâoi  an  giolla  ag  écna  a  choda  .i.  ag  cait- 

heamh,  etc.  'The  boy  was  eating  his  portion'. 
écsidhe  .i.  solasda  'bright'.  ulcha  écsidhe  .i.  feasôg  faicealach  no  solas. 

'a  shining  or  bright  beard'. 
éd  .i.  faghâil  'finding'. 
éd  .i.  glacadh  'accepting'  ro  éd  é  go  bfâilte  .i.  doghlac  é  maille  re  fâilte 

•he  accepted  it  with  joy  [arrôet,  T-pret.  Z.  455]. 
éd  .i.  didean  'protection'  achd  an  lâmh  chlé  do  éd  an  sgfath  .i.  do  dhi- 

din  an  sgiath  'but  the  shield  protected  the  left  hand'. 
éd  no  éid  .i.  âirnéis,  no  spréidh  'cattle'. 
edel  .i.  urnaighthe  no  dibheargdid  'prayer  or  supplication  [edel  .i.  ur- 

naigthe  no  dïprecôit.  Corm.  p.  18.  Tr.  p.  64]. 
édidh  .i.  grânna  'ugly'. 
edire  .i.  braighde  'hostages'. 
eichtghe  .i.  échtach  .i.  en  âiridhe  'a  certain  bird'. 
eidirgleodh  .i.  breitheamhnas  no  criochnughadh 'judgment  or  décision'. 
éig  .i.  ésga  'moon'. 
éigean  .i.  dligeadh  'right'  .  ni  héigean  dâoib  a  fochmharc  .i.  ni  dligh- 

theach  dâoibh  a  fiarfaighidh.  —  'It  is  not  right  for  you  to  ask'. 
éigin  .i.  go  deimhin  'certainly'.  ni  hé  éigin  .i.  ni'  he  go  deimhin. 
éigne  .i.  bradân  'a  salmon'. 

éighthear  anh  .i.  do  gaireadh  fuachas  'an  outcry  is  made'. 
éile  .i.  ortha  'a  prayer'. 
eillgheadh  .i.  adhnacal  'burial\ 
eillneadh  .i.  truailleadh  'pollution'. 

éimh  .i.  ésgaidh,  luath,  ullamh,  no  maith  'active,  quick,  ready,  or  good'. 
éimhidhe  .i.  foichlidh  'rewarding'  éimhidhe  righ  mor  .i.  foichlidh  an  ri 

môr  'the  great  king  rewards'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  —  411 

eimhilt  .i.  liosta  no  righin  'slow'. 
eineach  .i.  eneaclann  .i.  ni  clanntar  do  dhuine  ar  son  a  einich  .i.  ar  son 

a  aighthe  '«  a  compensation  for  one's  honour»  (Stokes)  i.  e.  a  thing 

which  is  fixed  to  a  man  for  his  honour.  See  Corm.  Tr.  p.  66.  s.  v. 

Eneclann'. 
éirghe  .i.  comhghabhâil  .i.  comhthogbhâil  'to  rise'. 
éirim  .i.  marcaigheachd  'horsemanship'. 
ei ris  .i.  cara  'a  friend'. 

éiris  .i.  mi  chreideamh  'heresy'.  Fél.  Apr.  23. 
éirneadh  .i.  tiodhlacadh  'giving'. 
éirneisi  .i.  do  thiodhlaiceadh  si  'she  gave' 

eirr  .i.  eang  (a  notch'  sgiath  erreadhach  .i.  eangach  'a  notched  shield'. 
éirrsce  .i.  méidhe  mar  atâ"  colann  gan  ceann  'trunk,  a  body  without  a 

head'. 
éirseadh  .i.  on  éirghe  'to  rise'.  acht  go  néirseadh  a  fhearg  .i.  go  neir- 

gheadh  a  fhearg  'his  anger  rose'. 
éis  .i.  buidhean  'army'. 
éis  .i.  lorg  'track'.  do  fhagbhadh  éis  a  chos  isin  gcloich  .i.  lorg  achos. 

'he  left  the  track  of  his  foot  on  the  stone'. 
éisceadh  .i.  gearradh  'to  eut'.  —  éscis  a  geionna  dhiobh  .i.  doghearr 

a  ccinn  diobh  'he  eut  off  their  heads'. 
eiseastair  .i.  do  ghuidh  se  'he  asks'. 
eisibh  .i.  ibhe  .  as  a  neisibh  .i.  as  aribh  'to  drink'. 
eisil  .i.  eiséolach,  no  nemheolach  'ignorant'. 
eisimh  .i.  gach  ni  bhios  a  gcôraidh  noa  bfochair  a  cheile  'everything 

which  is  with  its  fellow'. 
eisiomal  .i.  gaisgeadh  'valour'. 
eislinn  .i.  esinnill  no  edaingean  'unsafe  or  infirm'. 
eislis  .i.  faillighe,  no  dimbhrigh  'neglect'. 
eismbreatha  .i.  sâoibhbreatha  'false  judgment'. 
eismeach  .i.  brégach  'lying'. 
eismeach  .i.  neamhullamh  'unready'. 
eisreacht  .i.  dilleachta  'an  orphan'. 
eisredheadh  .i.  sgâoileadh  no  sreathnughadh  'loosening'. 
eisteacht  .i.  teacht  in  eis  .i.  bas  'death'. 
eitim  .i.  bâoghal  'danger'. 
eithre  .i.  err,  no  deireadh  no  criochnughadh,  oir  adeirthear  eithre  re 

deireadh  miosa,  no  bliadhna  7  a  deirthear  eithre  re  herr  bhradâin 

7  gach  éisg  oile,  etc.  'tail,  end,  or  conclusion,  for  eithre  is  said  for 

the  end  of  a  month  or  of  a  year,  and  eithre  is  said  for  the  tail  of  a 


4'  2  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  E.  — 

salmon  and  of  every  other  fish.  [Semait  ethri  nAugust,  Fél.  Aug.  3 1 .]' 
elc  .i.  olc  'evil'.  nir  bh<5  elc  .i.  nir  bh6  olc  [nirbu  elc,  «  she  was  not 

malevolent,  »  Br.  h.  $]'. 
ell  no  iall  .i.  ealta  dénaibh  no  do  dhâoinibh  'a  flock  or  multitude  of 

birds  or  of  men'. 
ell  for  Fhionn  .i.   greim  no  bâoghal  ar  fhionn  'difficulty  or  danger 

upon  Finn'. 
ell  .i.  cath  'battle'  go  bfhuair  eirinn  iomad  ell  .i.  iomad  cath. 
elteasaidheachd  .i.  buga,  no  eillteamhlachd  .  la  helteasaidheachd  na 

haimsire,  etc.  eu  lukewarmth,  tepidness,»  O'Conn.'. 
éncheannaigh  .i.  cochall  en  'the  comb  of  a  cock'. 
eneaclann  .i.  éraic  '«  compensation  for  one's  honour  »  Corm.  Tr.  p.  66, 

s.  v.  Eneclann,  and  see  supra,  Eineach'. 
enech  dunlatha  .i.  leine  .i.  6n  inneach  7  on  dluth  adeirthear  'a  shirt; 

from  the  woof  [inneacht)  and  the  warp  [dlûth)  it  is  called'. 
énne  .i.  féch  no  fionn  'see  or  know.  Beitr.  VIII,  351'. 
eo  .i.  bradân  'salmon'. 
eo  .i.  dealg  'pin'. 

eo  .i.  iubhar  'yew'.  Eô  dealg  7  eô  ïubar,  For.  Foc,  LL.  39$.  a. 
eo  .i.  crann  'tree  [eo  (.i.  lignum  .i.  crandj  Fél.  Mch.  io]\ 
eo  .i.  rinn  .  eo  a  shleighe  .i.  rinn  a  sleighe  'point.  —  The  point  of  his 

spear'. 
eobhrat  .i.  ceanbhar  .i.  edach  bhios  ar  ceann  'head-dress'. 
eochair  .i.  teanga  'tongue'. 
eochair  .i.  imeal  'border'  eochair  imle  an  mhara  .i.  imil  7  uilleanna  an 

mhara  'the  coast  and  islands  of  the  sea'. 
eol  .i.  eolas  'knowledge'. 

eolchaire  .i.  doilgheas  no  dobrôn  'sorrow  or  grief. 
eos  no  ade6s  .i.  sloinnfeadh  no  inneosad  '«  I  will  déclare,  or  I  will 

relate  »,  Beitr.  VIII,  310]'. 
er  .i.  uasal  'noble'. 
er  .i.  môr  'great'. 

ercheannchaidhe  .i.  firchinnte  'fixed,  settled'. 
erchrethe  .i.  earcradhadh  no  diombuan  'transiting'. 
ess  .i.  bas  'death  [es  .i.  eu  (death)  unde  eslene  (a  shroud)  etc.  Corm. 

Tr.  p.  70]'. 
ess  .i.  long  'a  ship'  ni  dheachaidh  âon  ess  tre  san  muir  ruaidh  acht  an 

ess  umhaidhe.  —  'Not  one  ship  went  through  the  Red  Sea  except 

the  copper  ship'. 
esceptus  .i.  cur  in  aghaidh  'opposing  «  an  exception  »,  O'Conn.' 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  —  4  H 

étte  .i.  aois  'aetatis'.  iar  mbuaidh  âoide  7  étte  .i.  iar  mbuaidh  ôige  7 

âoise,  etc.  'after  the  victory  of  youth  and  of  âge'. 
etnge  .i.  edteangtha  .i.  duine  balbh  'i.  e.  edteangtha   (tongueless)  a 

dumb  man'. 
etseacht  .i.  bas  'death'. 
éttuachail  .i.  aimhghlic  'imprudent'. 
éttualaing  .i.  diofulaing  no  dofulaing  ''intolérable'. 
éugnaidh  .i.  éc  connaidh  .i.  éccialaidh  'senseless'  conn  .i.  ciall  'sensé'. 

F. 
fabhall  .i.  brég  'a  lie'. 

fabhall  .i.  feacht  no  siubhal  'travelling  or  walking'. 
fachain  .i.  fo  éigheamh  no  glâodh   'warning  or  shout  [«  Monitio  vel 

clamor,  »  Stokes,  Beitr.  VIII.  346]'. 
fachain  .i.  adhbhar  'cause'. 
fachain  .i.  fuachtain  no  cathughadh  'fighting'. 
facht  .i.  cathughadh  'fighting'. 
fadhb  .i.  ceist  'a  question'. 

fadhb  .i.  cnapân  no  ni  aimhréidh  'a  knot  or  difficulty'. 
fadhb  .i.  fo  dhiubadh  no  gearradh  'cutting'. 
fadhlaidh  .i.  sgâoilidh  'separating'. 
fadhlaim  .i.  fodheilighim  no  eidirdheilighim  '\  separate'. 
faescal  .i.  fadhb  'a  lumporknob,  O'Conn.'suasdochuireadh  afhaescal 

.i.  a  fhaidhb,  etc. 
fagha  no  fogha  .i.  ga  'a  spear  [faga  A.  figa  (poison-spear)  .i.  drochgai 

(evil-spear)  Corm.  Tr.  78.] 
faichill  .i.  tuarastal.  go  bfaichlibh  .i.  go  dtuarastlaibh  'wages.  —  with 

wages  [fachell,  Corm.  Tr.  78.  see  infra  s.  v.  Foicheall]'. 
failbhe  .i.  beodha  'lively\ 
failc  .i.  manntaighe  'a  gap  or  chasm,  O'Conn.' 
failghis  .i.  buailis  no  do  ghearr  'he  struck  or  eut'. 
faing  no  fang  .i.  fi'ach  .i.  forbhrat  faing  .i.  brat  fiaich  no  ar  dath  an 

fiaich  'a  raven.  —  a  raven-cloak,  or  of  the  colour  of  a  raven'. 
faing  no  fang  .i.  sgreaball.  dobheireadh  a  fhaing  ndeargôir  don  easpug 

.i.  a  sgreaball,  etc.  'a  scruple.  — a  scruple  of  red  gold  was  brought 

to  the  bishop'. 
fainne  .i.  aineolas  foghlama  'ignorance  of  learning'.  —  âos  fann  .i.  âos 

aineolach  no  lag  'an  ignorant  or  weak  âge'. 
fair  .i.  turgbhâil  gréine,  no  éirghe  gréine  'rising  of  the  sun  [So  Corm. 

P-  itf. 

Rev.Celt.IV  28 


414  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  — 

faircel  .i.  faichill.  ni  faircelsam  a  ôga  .i.  ni'r  fhaichliomar  sibh  a  laocha 

'rewarding.  —  We  hâve  not  rewarded  you,  o  warriors'. 
fairnic  .i.  fuair  ni  fhairnic  .i.  ni  fuair  'he  found.  ni  fairnic,  he  found 

not'. 
fairthe  .i.  fleadh  'a  feast'. 
fairthe  no  a  bfairthe  .i.  go  luath  'quickly'. 
faiscre  .i.  foiréigean  'violence'  adcoda  faiscre  ro  fhaiscre  .i.  anté  do  ni' 

foiréigean  dligheadh  se  ro  eigean  do  dhénamh  air  'violence  procures 

great  violence  i.  e.  he  who  does  violence  ought  to  hâve  violence 

done  upon  him'. 
faiscre  .i.  câisi  no  mulchân  'cheese. 
faith  .i.  teas  'heat'. 
faith  .i.  édach  'dress'. 
faitbe  no  faitbeadh  .i.  gâire  'laughter'. 

faithe  .i.  aoinfilleadh  edaigh  'one  fold  or  plait  in  cloth,  O'Conn.' 
faithneann  .i.  on  taitneamh  .i.  go  bfaithneann  .i.  go  ttaitneann  'from 

îaitneamk,  to  shine.' 
faitse  .i.  an  deisceart  'the  south'.  clanna  neill  in  fhaitse  .i.  clanna  neill 

an  deisceirt  'the  Clanna  Neill  in  the  South'. 
fal  .i.  ri  'a  king'.  Corm.  Tr.  p.  80. 
fal  .i.  iomad  'abundance'. 
falbhach  .i.  fàl  abach  'a  carcass'.  no  fal  corp  'a  corpse'.  fâlbhaighe 

.i.  fâl  abaigheadh  'carcasses'. 
fall  .i.  aorachas  'satire'. 
falla  .i.  follamhnughadh  'governing'. 

fannfhath  .i.  fâidhfann  no  aineolach  'a  weak  cause  (O'Conn.)  ignorant'. 
fang  .i.  fiach  'a  raven.  V.  supra,  Faing'. 
fang  .i.  sgreaball  ôir,  no  airgid.   'a  scruple  of  gold  or  silver'.  —  a 

fhaing  ndeargôir  etc.  'his  scruple  of  red  gold'. 
faoidh  .i.  guth  no  glor  'voice  or  cry'. 
faoidh  for  leic  .i.  do  chodladh  ar  leic  'he  slept  on  a  stone  [Foaid  for 

leicc  luirn,  he  slept  on  a  bare  stone,  F.  h.  3 1]'. 
faoidh  no  do  fhaoidh  .i.  do  chuir  'he  put'. 
faoidheamh  .i.  teachtaire  'messenger'. 
faoilidh  .i.  lûthghaireach  'joyful'. 
faoinbhleoghan  .i.  ceannsacht  'gentleness'. 
faoinnealach  .i.  ôinmid  'an  idiot'. 
faoi  sin  .i.  fô  no  samhail  sin  'under  or  like  that'. 
faoite  teachta  .i.  do  cuireadh  teachta  'messengers  were  sent'. 
faol  .i.  fulang  'to  endure'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  —  415 

faol  .i.  cû  allaidh,  no  mac  tire  'a  wolf. 
faoladh  .i.  foghlaira  'instruction'. 
faolchû  .i.  cù  allaidh  'a  wolf. 

faolscadh  .i.  folosgadh  no  rolosgadh  'burning  by  hot  water.  O'Conn.' 
faolsnamh  .i.  fualshnamh  .i.  snamh  ar  fhual  .i.  ar  uisge  'swimming  on 

fual  i.  e.  on  water'. 
faon  .i.  faonann  .i.  ionann  'the  same'. 
faosamh  .i.  comairce  'protection'. 
fargbhais  .i.  fâgbais  'he  left'. 
farlaic  no  dosfarlaic  .i.  do  theilg  'he  threw'. 
farrach  no  forrach  .i.  foirneart  'violence'. 
farsan  .i.  fursannadh,  no  foillsiughadh  -kindling  or  manifesting'. 
fasghuba  .i.  fâs  acâoineadh  no  fâs  châoineadh  'lamentation'. 
fath  .i.  foghlaim  'instruction'. 

fath  .i.  aisde  'a  poem;  «  a  poetical  composition  so  called,  »  O'Conn.' 
fath  .i.  fâthach  .i.  gliocas  'cleverness'. 
fé  .i.  slat  thomhais  ûaighe  .  6  ro  toimhseadh  fé  frï  flann  .i.  0  do  toimh- 

seadh  slat  thomhais  uaighe,  etc.  'a  rod  for  measuring  a  grave.  — 

The  rod  was  measured  on  Flann  [This  is  the  last  line  of  a  quatrain 

quoted  by  Corm.  s.  v.  Fé,  p.  21,  Corm.  Tr.  p.  75]'. 
fé  .i.  fâl  'a  edge  [Beitr.  VIII.  349]'. 
feabh  .i.  tdchas  no  cumas  'strength,  power'.  gona  feabhaibh  .i.  gona 

cumas. 
feabhdha  .i.  feabhas  'goodness'. 

feabhsa  .i.  eolas  'knowledge'  go  bfeabhsa  .i.  go  heolas  'tt-ith  knowledge'. 
feacadh  .i.  filleadh.  feacadh  gluin,  etc.  'to  bend.  feacadh  gluin,  to  bend 

the  knees'. 
feacc  no  fecc  .i.  fiacail  'a  tooth'. 
feachaid  .i.  dochuireadar  'they  put'. 

feachsaithear  .i.  cuirfidhear  'it  shall  be  put'  [S-fut.  pass.,  Beitr.  VII. 65]. 
feacht  .i.  turas  'a  journey'. 
feachta  .i.  do  cuireadh  .  feachthar  cath  .i.  do  cuireadh  cath  'a  battle 

was  fought'. 
feachtnach  .i.  firénta  'righteous  [Fél.  July  21]. 
feadarlaic  .i.  an  seinreacht  'the  old  law'. 
féal  .i.  olc  'evil'. 

fealbhas  .i.  droichfhios  'evil knowledge,  «artifice,  craftiness,  »  O'Conn.' 
fealmhac  .i.  mac  foglama  'a  son  of  learning  [«  a  learned  person,  » 

Stokes,  Felmac  À.  mac  a  hiad  no  a  huad,  «  son  of  his  science?  » 

Corm.  Tr.  p.  74"'. 


416  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  — 

feanchas  .i.  seanchas  'old  âge'. 

feangcadh  .i.  camadh  'to  bend.  twist',  no  fheangadh  a  bhel  .i.  do  cha- 

madh  a  bhel  'he  twisted  his  mouth'. 
fearb  .i.  bô  'a  cow'. 
fearb  .i.  briathar  'a  word'. 
fearb  .i.  bolg  fhâsas  ar  aghaidh  no  ar  gruaidh,  as  do  dhearbhadh  na 

focalso  atâ  an  rann  so  atâ  isin  amhradh  : 

Fearb  as  ainm  do  bhoin  iar  bfi'or 
7  do  bhoilg  gan  imshniomh 
7  gan  uair  néithighnairc 
Do  bhreithir  gan  chonntabhairt. 

'a  blister  which  grows  on  the  face  or  on  the  cheek.  It  is  to  prove 
thèse  words  that  this  verse  is  in  the  Amra  : 

Fearb  is  the  name  for  a  cow  in  truth, 

And  for  a  blister  without  grief 


For  a  word  without  doubt. 

fearbholga  .i.  brisde  'breeches'. 

fearbholga  .i.  mâilineadha.  fearbholga  fo  chuim  gach  fir  dhiobh  .i. 

mailineadha  'satchels.  —  Satchels  about  the  waist  of  each  man  of 

them'. 
fearbholga  .i.  trûaille  'sheaths'  cloidhmhe  go  bfearbholgaibh  .i.  go 

dtruaillibh,  etc.  'swords  with  sheaths'. 
fearchur  .i.  curaidh,  no  gaisgeadhach  feardha  no  calma  'a  champion, 

or  manly  or  strong  hero'. 
fearchuidreadh  .i.  fear  choimthritheach  .i.  beith  nambuidhnibh  tn'air 

'a  triumvirate". 
fearg  .i.  lâoch  'a  hero'. 
fearg  féne  .i.  lâoch  eireannach  'an  Irish  hero'. 
fearmhaic  .i.  fir  neartmhara  'powerful  men'. 
fearn  .i.  maith  'good'. 
fearn  .i.  sgiath  'a  shield'. 
fearnaidhe  .i.  fearrdha  'manly\ 

fearrdhacht  fionnchoir  .i.  neart  eolais  'the  might  of  knowledge'. 
feart  .i.  uagh  'a  tomb'. 
feart  .i.  fearann  'land\ 
feartmhagh  .i.  fearann  magh  'a  field'. 
feascor  .i.  deireadh  lâoi  '[=  vesper]  the  end  of  day.  [fescor  quasi  fescer 

i.  e.  vescer  hoc  est  vesper,  etc.  Corm.  p.  20]'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  —  417 

feathal  .i.  éccosc,  nô  cuma  'face  or  form  [feuthal  .i.  eugasg,  Corm. 

Tr.  p.  8i]\ 
feathal  .i.  corn  cumhdaigh  airgid  '«  a  goblet  withasilver  mounting  », 

Stokes  [So  Corm.  Tr.  p.  80.  Fethal  A.  corn  cumdaig  argoid}. 
feathan  no  feathon  .i.  fionnfadh  'hair'. 
fec  .i.  Iaige  'a.  spade  [fec  quasi  pec,  quia  pingit  terram,  Corm.  Tr. 

p.  78]'. 
féd  .i.  innisin  .  adféd  .i.  do  innis  'telling.  adféd,  told  [adfet  (relatum 

est)  prêt.  pass.  Z.  478.  Fét,  ainm  dinnisin,  For.  Foc,  LL.  395  a].' 
feibh  .i.  amhail  'like,  as'. 
feibh  .i.  maith  'good'. 

feibh  .i.  sâoghal  fada  'long  life'.  Fél.  Jan.  3. 
feidhil  .i.  ionnraic  'sincère'. 
féigh  .i.  gér  'sharp  [ropsciath  frifœbra  fègi,  may  she  be  a  shield  against 

sharp  weapons,  Br.  h.  97]. 
féige  .i.  mullach  tighe  no  dûnaidh  'top  of  a  house  or  fort  [Feici,  «  ridge- 

pole  »  Corm.  Tr.  p.  81]'. 
feilfhios  .i.  droichfhios  'evil  knowledge,  sorcery'. 
feilios  .i.  diomhaoineas  'idleness'  .i.  amhail  dhearbhas  an  rannsa  : 
Cib  fors  mbean  a  bhéim  aichear, 
ag  aithe  ghreas  a  chenél. 
iarna  sa  no  dia  eineach 
ddsamh  as  feilios  fmnén. 

ionann  sin  re  a  radha  7  gibe  ara  mbuaileann  a  bheim  gér  no  fâo- 

bhrach  ag  dioghail  ghreisi  a  cheineoil  gurab  diomhâoin  do  sgiath  do 

bheith  aige  do  leith  a  chûil  no  a  aighthe. 
feimdheadh  .i.  diultadh  'refusai'. 
féine  .i.  brughaidh  'a  farmer'. 

feirn  séoil  luinge  .i.  bun  an  chroinn  siûil  'mast  of  a  ship'  0'  R. 
feirrsi  .i.  neart  'strength'. 
feisin  .i.  fein  'self. 
féith  .i.  chinas  'silence'. 

feithis  .i.  tionôilis  no  tiomsaighis  'thou  hast  collected  or  assembled'. 
feithis  no  ron  feithis  .i.  do  thaisgis  no  do  choimhédais  'thou  hast  kept 

or  guarded'. 
fel  .i.  éigsi  'poetry  [fêle  .i.  écsi  no  éceis,  etc.,  poetry  or  a  poet,  Corm. 

p.  20]'. 
femen  .i.  bean  .  seach  ba  fémen  ba  feindidh  .i.  a  deirim  gur  bhô  bean 

1  do  bhi  na  bangaisgeadhaig  'woman.  —  although  she  was  a  woman 

she  was  a  warrior'. 


41 8  O'Clery's  lrish  Glossary.  —  F.  — 

fein  .i.  carr,  no  cairt  'chariot  or  waggon'. 

feorann  .i.  faithche  .  ainm  fos  é  dona  srathaibh,  no  da  gach  fearann 

bhi'os  ar  brû  srotha  no  abhann  'a  field  :  it  is  alsoaname  for  moors, 

or  for  every  land  that  is  on  the  brink  of  a  stream  or  of  a  river'. 
feothann  .i.  fobhthannan  'a  thistle'. 
ferenn  .i.  crios,  'girdle'  no  sliasad  do  réir  druinge  .  tacmaic  sneachda 

fearna  fear  .i.  tainicc  go  sliasdaibh  fear,  etc.   'the  snow  reached 

men's  girdles  [...  corroferustaïr  in  snechta  cotoracht  fernu  fer,  Trip. 

Eg.  3.  b.  2]\ 
fés  .i.  bel  'mouth'. 
fess  .i.  muirfidh.  fess  an  milidh  .i.  muirfidh  an  mîlidh  'he  shall  kill.  — 

the  soldier  will  kill'. 
féth  .i.  âoi,  no  ealadha  'learning'. 
fetha  .i.  fleasga  no  feathain  'twigs'. 
fî  .i.  neimhneach  no  fearg  'poisonous,  or  anger'. 
fi  .i.  olc  .  fô  ainm  do  mhaith  is  do  mhiadh.  fi  ainm  dulc  is  dhaimhriar, 

etc.  'evil.  fô  is  a  name  for  good  and  for  noble  :  //  is  a  name  for 

evil  and  for  opposition'.  [From  the  For.  Foc,  LL.  39$.  a.] 
fiaclach  coilleadh  .i.  tore  'a  boar'. 
fiadh  .i.  tighearna  'lord',  fiadh  maisi  .i.  as  é  tighearna  na  maise  é  '«the 

Lord  of  order  »  O'Conn.' 
fiadh  .i.  fearann  'land'. 
fiadh  .i.  fiadhântas  'wildness'. 
fiadh  .i.  biadh  .i.  ubhall  ba  fo  fiadh  .i.  ubhall  ba  maith  an  biadh  'food. 

—  an  apple  was  good  food'. 
fiadha  .i.  fodhia  .i.  Dia  maith  'good  God  [fô  good]'. 
fiadha  foirghill  .i.  fiadhnaise  follas  'clear  testimony'. 
fiadhaid  .i.  innisidh  'telling'. 
FiADHAiGHis  siol  na  mbô"  .i.  dochuadar  a  bffadhân  'the  young  of  the 

cows  ran  wild*. 
fiadhar  no  adfiadhar  .i.  innistear  no  aisneidhthear  'is  told  or  related'. 
fiadamhuc  .i.  mue  fiadhâin  'a  wild  boar'. 
fial  .i.  maith  'good'. 
fiallach  .i.  fian  laoch  no  foireann  laoch  no  ghaisgeadhach  'a  band  of 

warriors'. 
fiamh  .i.  lorg  'a  track'. 

fiamh  .i.  granna  no  adhuathmhar  'ugly  or  dreadful'.  Fél.  Prol.  $0. 
fiamh  .i.  slabhradh  .  dâ  fhiamhchaladh  argaid  .i.  da  chruadhslabhradh 

airgid  'chain.  —  Two  strong  chains  of  silver'. 
fias  no  adfias  .i.  inneosad  'I  will  tell'. 


O'Clery's  Irisk  Glossary.  —  F.  —  419 

fich  .i.  dochuir  'he  put',  fich  cuirche  cath  .i.  do  chuir  cath  cuirche. 

fich  no  ar  fich  .i.  dobhris  'he  broke'. 

fichfeadh  foirn  .i.  do  gheunaid  cathugadh  ar  ar  son. 

fidhcheis  .i.  sleagh  .  triocha  troighidh  a  bfod  na  fidhcheisi  .i.  a  bfod 
na  sleighe  'a  spear.  Thirty  feet  their  iength  of  spears'. 

fighill  .i.  urnaighthe  donf  duine  ar  a  ghluinibh  mar  atâ  slechtain,  no 
meditâtitf  :a  prayer  which  a  man  makes  on  his  knees,  as  slechtain 
(kneeling)  or  meditatio  [fighill  a  vigilia   .i.   frithaire,  Corm.   Tr. 

P-  77l'- 
fillis  .i.  feallais  'he  deceived'. 
fim  .i.  deoch  'drink  [So  Corm.  Tr.  p.  71,  80]. 
fim  .i.  fion  .  do  dâileadh  fim  a  creithir  .i.  do  daileadhfion  a  cuach  no  as 

corn  'wine.  Wine  was  distributed  from  a  cup  or  from  a  horn  [do- 

dailed  fim  i  crethir,  Corm.  Tr.  p.  80]'. 
finne   .i.   friothaileamh.  A  ghille  nocha  dhlighe  luach  finne  .i.  luach 

friothailmhe  'service.  A  ghille,  etc.  0  lad,  the  price  of  service  is 

not  due'. 
finnell  .i.  sgiath  'shield'. 
finnell  .i.  nell  fionn  'a  white  [fionn]  cloud  [nell}'.  finnell  na  cailce  .i. 

nell  fionn  an  cailce. 
finnén  .i.  sgiath  'shield'. 

fioch  .i.  fearann  .  fiochmhagh  .i.  fearannmhagh  'land'. 
fiodhradh  .i.  nos  'custom'. 
fiodhrubha  .i.   muine  7  fiodh  .i.  cumasg  droighnigh  7  coilleadh  no 

crann  tre  na  roile  'i.  e.  bush  and  tree  ;  a  mixture  of  thorns  and 

trees  one  among  the  other'. 
fionn  no  finn  .i.  lachd  'rnilk'.  miach  maothbhlethe  la  muic  fhinn  .i. 

maille  re  muic  lachdmhair  mar  atâ  crâin  'together  with  a  milch-pig, 

such  as  a  sow'. 
fionn  .i.  firinne  'truth'. 
fionn  .i.  beag.  atchiu  fear  fionn  .i.   fear  beag  'small.  —  I  see  a  little 

man'. 
fionn  .i.  taitneamhach  'shining'. 
fionn  .i.  follas  'bright'. 
fionnaobh  .i.  aoibh  âlainn  'beautiful'. 
fionnfadach  .i.  taithneamhach  'shining'. 
fionn  fili  .i.  mac  finn  'a  fair  lad'. 
fiordha  .i.  firénda  'true'. 

fiothnaisi  .i.  ff  ré  a  innsin  .i.  olc  no  neimh  'evil  or  poison'. 
fiothnaise  .i.  drâoidheacht  'sorcery'. 


A20  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  — 

fireann  .i.  idh  bhios  im  cholptha  deaghlaoich  no  treinfhir  'a  ring  that  is 
about  the  ankles  of  a  hero  or  champion'. 

firsi  .i.  neart  'strength'. 

fi's  .i.  taidhbsi  'vision'. 

fisse,  no  ba  fissi  .i.  as  côir  a  fhios  'proper  to  be  known  [cedaathair 
bafissi,  «  who  was  his  father  is  to  be  known  »  F.  h.  5.]' 

fit  .i.  proinn  no  tomhaltas  'a  meal'.  beith  for  teirc  fît  .i.  ar  phroinn 
mbig,  etc.  'on  a  small  meal'  [for  tercpit,  Fél.  Sep.  8]. 

fitheann  .i.  mue  fireann  'a  boar'. 

fithir  .i.  fé  athair  .i.  athair  an  foirceadail  no  na  healadhna  'father  of 
learning  or  of  science'. 

fithreoch  .i.  duileasg  '«  dilse,  or  a  sortof  edible  sea-grass  »,  O'Conn.' 

fi'u  .i.  cosmhail  'like'. 

flaith  .i.  tighearna  'lord'. 

flaith  .i.  cuirm  no  lionn  'aie  or  béer'. 

flann  .i.  fuil  'blood'. 

flann  .i.  gach  ruadh  'every  thing  red'. 

fleasg  lamha  .i.  fearann  .  fleasg  lamha  finn  mheic  rosa  .i.  fearann  finn, 
etc.  'country.  —  The  country  of  Finn  mac  Rosa'. 

fô  a.  maith  .  fô  li'th  .i.  sén  maith  'good.  fô  lith,  good  luck'. 

fô  .i.  flaith,  tighearna  no  ri  'chief,  prince  or  king'. 

fô  .i.  cuma  .  fô  liomsa  mo  laighead,  etc.  'indiffèrent.  — fô  liomsa,  etc. 
my  weakness  is  indiffèrent  to  me'. 

fobhaidh  .i.  luath,  no  ésgaidh  'swift  or  nimble'. 

fobhair  .i.  tinn  'sick'. 

fobhair  .i.  do  thionnsgain  'he  began'.  —  fobhair  tra  ag  féughain  na 
hinghine  .i.  do  thionsgain  'he  began  îhen  to  look  at  the  maidens'. 

fochaidhe  .i.  galar  'disease  [lob  cosnafochaidib,  «  Job  with  the  tribula- 
tions, »  Colm.  h.  i?.]' 

fochain  .i.  fuachtain,  mar  atâ  trond  no  imreasain  'contest'. 

fochain  .i.  adhbhar  'cause'. 

fochann  .i.  adhbhar  'cause'. 

fochla  fô  .i.  suidhe  flatha  no  tighearna  'the  seat  of  a  chief  or  lord 
[fochla  nomen  do  suide  na  flatha,  Corm.  Tr.  p.  8o]\ 

fochla  leomhain  .i.  tochailt,  uaimh ,  no  poil  leomhain  no  fochla  .i. 
ionadh  suidhe  leomhain,  amhail  atâ  fochla  feinneadh  'burrow,  cave 
or  den  of  a  lion,  or  fochla,  the  place  of  sitting  of  a  lion',  fochla  fein- 
neadh 'a  warrior's  abode'. 

fochmarc  .i.  fiarfaighidh  'to  ask'. 

fochmuine  .i.  céidgheimhreadh  'November'. 


O'Clery's  lrish  Glossary.  —  F.  —  421 

fochraic  .i.  luaighidheachd  'reward'. 
focht  .i.  fiarféighi  'questioning'. 
focus  .i.  caithmheach  'voracious'. 
fodhala  .i.  mionchuiseanna  'small  causes'. 
fodhail  .i.  roinn  no  sgâoileadh   'division  or  séparation',  fodhailid  .i. 

fodhlaid  no  sgâoilid  'they  distribute'. 
fodhb  -i.  fo  dhiubadh  .i.  gearradh  no  teasgadh  'cutting'. 
fodhord  .i.  fâoi  dhord  .i.  dord  fâoi  .i.  murmar  no  briathra  nach  labhair- 

thear  go  hard  'murmur,  or  words  which  are  not  spoken  loud'. 
fodruair  .i.  fodeara  'caution'. 
foghrall  .i.  foghar  môr  'a  great  noise'. 
foi  .i.  cnâmhchoill  '«  Cnâmchoill,  now  Cleghile.  is  2  miles  E.  of  the 

town  of  Tipperary  »  Corm.  Tr.  p.  74'. 
foicheall  .i.  formâiL  no  luach  saothair,  dogheibh  duine  ar  son  a  oibre 

sa  16  '«  hire  or  wages  which  a  person  gets  for  his  work  in  the  day  » 

Corm.  Tr.  p.  78'. 
foichleach  .i.  faichilleach  'earning'. 

foidhbiun  .i.  obann,  luath,  no  ésgaidh  'sudden,  quick  or  nimble'. 
foidhmion  .i.  fo  âithmion  .i.  foghér  mion  'sharp'. 
foidhreachda   .i.  fo  ionnamhail  no  fo  chosmhaileas  dreagain  'like  a 

dragon'. 
foilearbhadh  .i.  bas  'death'. 
foilleacht  .i.  lorg  no  ionadh  .  cos  duine.  etc.  'footstep,  place:  aman's 

foot.  Trip.  Eg.  5.  a.  2'. 
foilmean  .i.  drochbhrat  'a  bad  cloak'. 
foimhdin  .i.  oirchill  'reward'. 
foinsi  .i.  tiobrada,  no  toibre  'wells'. 

fôir  .i.  foiridhin  'help'  deaghfhoir  .i.  deaghfhôirithin  'good  help'. 
foirceadal  .i.  teagasg  'instruction'. 
foircheann  .i.  ffrcheann  no  fi'rdheireadh  'end'. 
foircioeal  .i.  foircdhiabal  .i.  tilleadh  daingean  'reinforcement'. 
foirdhearc  .i.  fior  oirdheirc  'illustrious'. 
foirfear  friothailmhe  .i.  firfear  friothâilmhe  'a  serving  man'. 
foirghioll  .i.  foillsiughadh  'manifestation'  foirghioll  fi'rinne  .i.  foillsiu- 

ghadh  firinne  'manifestation  of  truth'. 
foirglidhe  .i.  uaisle  'nobility'. 
foirglidhe  .i.  fir  'true'. 
foirglidîs  .i.  do  mhionnaighdis  'they  swore'. 
foirgthi  .i.  teagaisgthe  'learned  [foircthe  (gl.  eruditus)  Ml.  3 ^  d.  Z. 

469]'. 


422  O'Clery's  Irish  Clossary.  —  F.  — 

foirlion  .i.  iomad  'abundance'. 

foirm  .i.  dealbh  'image'. 

foirréil  .i.  solas,  no  follas  'clear  [bennachais  inclarainech  cotndar  forreil 

adisuil  «  she  blessed  the  table-faced  man  so  that  his  two  eyes  were 

clear  »,  Br.  h.  42]'. 
foirtbhe  .i.  gearrfaidh  'he  will  eut',  foirtbhe  gainne  .i.  gearrfaidh  muinil 

no  braighde  4he  will  eut  throats'. 
foirtchi  .i.  fiorthuig  .i.  brôg  'a  shoe'. 
foirtchi  .i.  dubh  no  dorcha  'black  or  dark'  foirtchi  bearrtha  .i.  monga 

dubha  no  gruaga  dubha  fblack  hair'. 
foirtghealla  .i.  foirgheall  .i.  fiadhnaisi  'testimony\  Pâttraig  foirtghealla 

gach  ri  .i.  do  ni  fiadhnaisi  ar  gach  righ  'Patrick  bears  witness  of 

every  king\ 
foisite  .i.  foistine,  foras,  no  comhnaidhe  '«rest,  leisure»,  O'Conn.' 
foithre  .i.  coillte  Svoods'. 
fola  .i.  brat  'a  cloak'. 
folabhra  .i.  labhairt  mhaith  'speaking  well'. 
folabhra  ninnsci  .i.  duine  ag  labhairt  an  fad  do  bheith  duine  eile  ag 

tagra  'a  man  talking  while  another  man  is  arguing'. 
folachtain  .i.  fulang  'endurance'. 
foladh  .i.  cumhachta  'power.  flaith  na  bfoladh  .i.  na  gcumhachd  'prince 

of  power'. 
foladha  .i.  sbréidh,  no  âirnéis  'cattle'. 

folartnaidh  .i.  lôrdhâothain.  a  bfolartnaidh  .i.  a  lordhâothain  'plenty'. 
folasa  .i.  broga  'shoes'. 
follach  .i.  brathchân  'pottage'. 
folladh  .i.  follamhnughadh,  7  follamhnughadh  .i.  sdiuradh  no  riagh- 

ladh  'governing  or  ruling'. 
follscadh  .i.  folosgadh  no  losgadh  'burning'. 

foltchib  .i.  lus  'herb  [foltchep,  Trip.  Eg.  13.  b.  2,foltceip,  id.  14.  a.  2]'. 
foludhad  .i.  foluaimhnighid  .i.  bid  go  luaimhneach  'activity'. 
folumain  .i.  drochbhrat  'a  bad  cloak'.  V.  sup.,  Foilmean. 
fomhamughadh  .i.  umhlughadh  'humiliation'. 
fonnadh  .i.  foghluasacht  no  siubhal  '«  moving  or  travelling,  »  Beitr. 

VIII.  34]'. 
fonnadh  .i.  carpad  'a  chariot',  for  fonnadh  gan  chiol  .i.  ar  charbad  gan 

chlâoine.  [From  the  Agall.  an  da  Suad,  LL.  187.  c.  27.] 
forail  .i.  iomarcaidh  'excess'. 

foraimh  .i.  foreimniughadh  no  siubhal  'walking  or  travelling'. 
foraithmhead  .i.  cuimhniughadh  'remembrance.  Z.  881'. 


O'Clery's  Irish  Clossary.  —  F.  —  423 

foras  .i.  fîrfhios  'true  knowledge'. 
foras  .i.  biseach  'increase'. 

foras  .i.  dligheadh,  no  bunâit.  'law'.  foras  châna  Adhamnâin,  etc. 
forasoglach   .i.  oglach  âosda,  7  amhail  a  dearar  foraisbhean  .i.  bean 

âosda  'an  aged  man;  and  so  is  said  foraisbhean,  an  aged  woman'. 
forba  .i.  fearann  4and\ 
forbach  .i.  cuid  na  marbh  'legacies  left  by  the  dead,  O'Conn.'  cumhal 

fhorbaigh  do  mhuinntir  Dhe,  etc.  'charity  for  the  people  of  God'. 
forbhadh  'criochnughadh  finishing'. 
forbhadh  .i.  teasgadh,  no  gearradh  'cutting'. 
forbair  no  do  fhorbair  .i.  dofhôbair  'he  attacked'. 
forbairt  .i.  biseach,  fâs,  nô  sioladh  'increase,  growth,  or  profit'. 
forbann  .i.  iomarcaidh  'excess'. 
forbann  .i.  for  bann  .i.  ni  6s  ceann  dligidh,  ôir  as  ionann  bann  7 

dligheadh  '[false  law,  Beitr.  VIII.  332.]  something  above  law,  for 

bann  and  dligheadh  are  the  same'. 
forcar  .i.  foiréigean  'violence'. 

forcar  .i.  maide  forcaidh  '«a  large  wooden  mail  or  sledge  »,  O'Conn.' 
forcmaidh  .i.  forchoimhédaidh  'watchmen'. 
forcomhal  .i.  fioracomhal  .i.  ceangal  'a  girdle'. 
forchongra  .i.  furâileamh  'a  command'. 
forcraidh  .i.  iomarcaidh  'excess.  [sechnifurecht  forcraid  ann,   «  there 

was  not  found  increase  there,  »  Br.  h.  88.]' 
forcraidh  .i.  éirghe  'rising'.  forcraidh  maidne  .i.   éirghe  maidne,  etc. 

'rising  of  the  morning'. 
fordal  .i.  do  éol  .i.  seachrân  'error'. 
fordharc  .i.  solas,  no  réil  'bright,  or  clear  [dorignel  bafordarc  .i.  basu- 

las  no  baréil  .i.  derc  sâil.  Fél.  May  1 1]'. 
forghal  7  forghall  .i.  brég  'a  lie'. 
forgho  séd  .i.  roghséd  'choice  property'.  O'Conn. 
forghuin  .i.  fiorghuin  'a  deep  wound'. 

forlaimh  .i.  firléim.  ag  forlâimh  ar  a  ghaisgeadh  .i.  ag  fi'r  leim  'a  leap'. 
formach  .i.  tôrmach  .i.  médughadh.   don  formaigh.   .i.  do  ni  ar  dtôr- 

mach  no  ar  médughadh  'increase' 
formad  .i.  tndth  'envy'  [Format,  3  Hom.  p.  1 18]. 
fortma  .i.  iomad  'abundance'. 
fornghabhail  i.  cruas  'hardness'. 
forngaire  .i.  furâileamh  'a  command'. 

forosna  .i.  fursannadh,  no  roshoillsiughadh  'illumination  or  enlightening'. 
forrach  .i.  slat  dhubhânachta  'a  fishing-rod'. 


424  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  — 

forrach  .i.  slat  thomhais  tire  no  fearainn  'a  rod  for  measuring  land'. 

forrogéna  .i.  dofhoghain  'ne  served  [S-pret.]'. 

forrumha  .i.  do  cuireadh  'was  put'. 

forsmalta  .i.  aindligheadh  'injustice'. 

fortha  .i.  foradha  .i.  ionaid  suidhe  '[seats]  places  of  sitting'. 

fortan  .i.  firtheann  'firm,  stiff,  strict,  O'Conn.' 

fortraidh  .i.  éirghe  'rising'.  fortraidh  maidne  .i.  éirghe  maidne  'rising 

of  morning'.  [Cf.  Forcraidh.] 
foruaisliughadh  .i.  îsliughadh  no  tarcaisniughadh  'contempt'. 
foiscionuch   .i.  ithiomrâdh.  gan  fodhord,   gan  fhoiscionach    .i.   gan 

murmar  no  ithiomrâdh  'slander.  —  Without  murrnur,    without 

slander'. 
fosgadh  .i.  sgâile  'shelter'. 

fosra  .i.  sgâoileadh,  no  sreathnughadh  'loosening  or  separating'. 
fôt  .i.  faiteach  'vigilant',  anfôt  .i.  anbfaiteach  'not  vigilant  [So  Corm. 

p.  21]'. 
fôt  .i.  fuireachair  'vigil'. 
fotha  .i.  fundameint  'foundation'. 
fotha  .i.  adhbhar  'cause',  fotha  subha  .i.  adhbhar  subhachais  'cause  of 

joy\ 
fotha  no  dofotha  .i.  beantar  .  dofotha  tarr  ten  .i.  beantar  an  tarr  don 

teinidh  'is  taken.  dofotha  tarr  ten,  'the  hog's  belly  is  taken  frorn  the 

fire  [dofotha  tarr  tein  .i.  as  mithig  a  thircdil  dothenid,  «  it  is  time  to 

take  it  off  the  fire  »  Corm.  s.  v.  Lethech,  p.  27.  Tr.  p.  102]'. 
fothach  muilinn  .i.  linn  mhuilinn  'mill-pond'. 
fothughadh  .i.  cumhdach  no  tionnsgnamh  .  fothughadh  eagailsi,  etc. 

'foundation  or  beginning  :  the  founding  of  a  church'. 
fotulsceith  .i.  sgéith  foda  mhôra  «  a  hollow,  large,  oblong  shield,  » 

O'Conn.' 
frag  .i.  ben  'a  woman  [arulc  frïjraicc  indnïad  «  for  evil  against  the  Nia's 

woman,  »  Br.  h.  71]'. 
frag  .i.  lâmh  'hand'. 
frag  no  fraig  .i.  sgiath  'shield'. 
fraigh  .i.  fairrge  'sea'. 
fraigh  .i.  fri  haigh  .i.  fri  fuacht  '.i.  fri  (against)  haigh  (ice)  i.  e.  against 

cold  ['a  roof  Corm.  Tr.  76]'. 
freacar  .i.  friothâileamh  'service'. 
freacar  .i.  fiadhnaisi  'testimony'. 
freacnairc  .i.  an  aimsir  atâ  do  lathair  '[the  présent]  the  time  which  is 

to-day'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  F.  —  425 

freanc  .i.  camadh  'to  bend'.  aighthe  freanc  bhâna   .i.   aightheasar 

beanadh  camadh. 
freapadh  .i.  leigheas  'cure.  [Bui  og  frepad  in  fiursi,  ol  Fergne.  Rev.  celt. 

III.  544.]'. 
freasgabhail  .i.  dol  ar  neaitih  do  Chriostt.  ar  do  fhreasgabhâil,  etc. 

'Christ's  going  to  heaven  [fresgabail,  Patr.  h.,  Goid.  p.  1 54,  1.  $]'. 
freastal  .i.  friothâileamh  'service,  [doragat  dia  frestal,  they  will  corne 

to  serve  him,  Fél.  Ep.  115.]' 
fréchoimhéd  .i.  friothchoimhéd  .i.  coimhéd  in  agaidh  'guardingagainst'. 
frémhach  .i.  bunâiteach  'fondamental'. 
frésci  .i.  saoileachtain  'reflection'. 
frescre  .i.  searg  'decay'.  a  fréscrear.n  .i.  a  seargann. 
frésligh  .i.  fearg  'anger'  [freslige,  'lying  down',  Corm.  Tr.  p.  6". 
fréunaidhe  .i.  bunata  'settled'. 
friothbruth  .i.  diultadh.   no  friothbhruidheadh  Brigid  an  biadh,  etc. 

'refusai.  —  Brigit  refused  the  food'. 
friothaire  .i.  faire  no  forchoimhéd  'watch  or  guard'. 
friothola  .i.  connradh  'a  contract'. 
frisailfidhear  .i.  friothâilfidhear  'will  serve'. 
friscart  .i.  freagrais  khe  answered'. 
friscéra  .i.  freigéra  'he  will  answer'. 

frismbeart  .i.  dobhraith,  no  domharbh.  amhail  dhearbhas  an  rannso  : 
Neach  frismbeart  a  thighearna 
nirbhad  ile  a  iibhearna 
go  mbeartaid  nâmhaid  a  cheann, 
a  ghabhair  is  a  duibhgheann. 
ionann  sin  re  a  râdha  7  gibe  do  bhraith   no   do   mharbh  a  thi- 
ghearna narab  iomdha  longa  7  go  mbeirid  nâmhaid  a  cheann,  a 
eich  7  a  chloidheamh.  Iibhearna  .i.  longa.  gabhair  .i.  eich.  duibh- 
geann  .i.  cloidheamh  'betrayed  or  killed.   Neach  frismbeart,  etc. 
this  is  the  same  as  to  say  :  «  Whoever  has  betrayed  or  has  killed 
his  lord,  let  not  his  galleys  be  many,  so  that  enemies  shall  bear 
away  his  head,  his  horses  and  his  sword.  »  Iibhearna,  galleys;  ga- 
bhair, horses;  duibhgeann,  sword.  [The  quatrain  cited  by  O'Clery 
is  taken  from  a  note  on  the  Amra  Choluim  Chille,  LU.  1 3.  b.  12., 
where  it  reads  thus  : 

Nech  frisbert  athigerna 
nirba|ti  ile  a  liberna 
corrucait  namait  achend 
agabair  is  a  dubcend. 


426  O'Clery's  Irlsh  Glossary.  —  F.  — 

Thèse  lines  are  printed  and  translated  by  Mr.  Stokes,  Beitr.  VIII. 

342.  Mr.  Stokes  translates  liberna  by  'children  »,  quoting  O'Clery 

himself,  inf.  Libhearn  .i.  clann  no  crodh,  children  or  goods]'. 
frisnéidh  .i.  fioraisneidh  no  innis  'he  told  or  related'. 
fris  ninnle  .i.  friothôilidh  'service'. 

frisôccabhsad  .i.  freascrabhsad  .i.  do  éirgheadar  suas  'they  rose  up\ 
frith  .i.  édâil  .  ba  fô  frit  h  .i.  ba  maith  an  édâil  'profit.  —  The  profit 

was  good'. 
frithbheart  .i.  cur  in  aghaidh  'opposing'. 
frithchédfaidh  .i.  fiadhnaisi  'présence',  ni  bhî  neach  a  bfrithchédfaidh 

ar  oile  .i.  a  bhiadhnaisi  a  chéle  'no  one  was  in  présence  of  ano- 

ther'. 
frithighidh  .i.  friothâileamh  'attendance'. 
frithshearc  .i.  searc  in  aghaidh  gradha  'mutual  love'. 
frithteacht  .i.  teacht  an  aghaidh  luirg  'retracing  one's  steps'. 
fromhadh  .i.  féchain  'to  look'. 
fuach  .i.  focal  'a  word'. 
fuach  .i.  rann  'a  stanza'. 
fuadh  .i.  crdchar  'a  bier'. 
fuadradh  .i.  crosadh  'forbidding'. 
fuaid  .i.  fuigheall  'judgment,  word'. 
fuailfeadh  .i.  foluamain  no  luaimhnigh  'leaping'. 
fual  .i.  uisge  wwater'. 
fualas  no  fialas  .i.  muinntear  'family'.  go  lionn  a  fualais  .i.  fialais  .i.  a 

muinntire. 
fualascaidhe  .i.  slaitine  beaga  câola  'small  slender  twigs'.   [fualascach 

gl.  arbusta,  Goid.  p.  60.] 
fuaman  .i.  gile  'whiteness'. 
fuaman  .i.  sgâile  'a  shadow'. 
fuan  .i.  brat  'a  cloak'- 
fuartheit  maoine,  no  do  fuartheit  maoine  .i.  teid  earchra,  no  cai- 

theamh  sna  màoinibh  'vvealth  wastes  away'. 
fuascar  .i.  sgâol,  no  sgén  'fear,  flight'. 
fubha  .i.  crécht  'a  wound'. 

fubtadh  .i.  bagar  'a  threal,  Trip.  Eg.  $.  b.  2,  9.  a.  i\ 
fuiceacht  .i.  driîis  'lust'. 
fuidhb  .i.  cnapâin  'a  knob'. 
fuidhir  .i.  biseach  'increase'. 
fuidhir  .i.  briathar  'a  word'. 
fuidhir  .i.  brat  'a  cloak'. 


O'Clery's  Irish  Glossary.  —  G.  —  427 

fuidhir  .i.  fodhâor  .i.  fear  tuarastail  'a  hired  man'. 
fuidhre  .i.  lucht  friothôilthe  'serving-people'. 
fuidhreach  .i.  fodhérach  .i.  nochtadh  'stripping'. 
fuigheall  no  fughall  .i.  breitheamhnas  'judgment'. 
fuigheall  .i.  briathar  fa  %vord'. 
fuighlim  .i.  râidhim  lI  say'.  fuighlidsiumh  .i.  râidhid,  no  briathraighid 

'they  say'. 
fuiliat  .i.  fuileach  "bloody'. 
fuilidhe  .i.  dearg  amhail  fuil  (red  like  blood'. 
fuilleadh  .i.  luaighidheacht,  no  luach  'reward,  payment'. 
fuilngeach  .i.  sleaghach,  no  sgiathach  'having  armed  with.  a  spear  or 

a  shield'. 
fuin  .i.  crioch  lend\  fuinim  .i.  criochnaighim,  no  sguirim  'I  end  or 

cease.  Corm.  Tr.  p.  75'. 
fuinche  .i  feannôg  'a  scall  crow'. 
fuine   .i.    bearbhadh,   no  bruith   'boiling  or  baking  [icfune  indloig, 

«  cooking  the  calf  »,  Br.  h.  74?. 
fuireadh  .i.  ullmhughadh'preparation'. 
fuireag  .i.  fleadh,  no  fésda  fa  feast'. 

fuirmeadh  .i.  toirneamh,  no  isliughadh  'punishment  or  humiliation'. 
fuirmeadh  .i.  foréimniughadh,  no  siubhal  'walking  or  travelling'. 
fuirmheadh  .i.  cur  .  do  fuirmheadh  tâmh  forra  .i.  do  cuireadh  plaigh 

orra  fto  put.  —  a  plague  was  inflicted  on  them'. 
fuirmeal  .i.  cur  'to  put'.  Cuchulainn  ag  a  fhuirmeal  re  fôdh  fâoinlighe 

.i.  ag  a  chur. 
fuithir  .i.  fearann  'land'. 

fuithir  .i.  fô  thir  .i.  tir  mhaith  'i.  e.  fô  'good  tir  'land  ,  good  land'. 
fulla  .i.  brég  'a  lie'  gan  fulla  .i.  gan  bhreig  'without  a  lie'. 
fulla  .i.  foluamhain.  dlâoi  fhulla  .i.  dlâoi  chuireas  duine  ar  foluamhain 

.i.  ar  sirshiubhal,  no  ar  mire  'leaping'. 
fullôn  .i.  maisi  'beauty'. 

fulngaidhe  .i.  lucht  fulaing  no  congbhâla'peoplewho  endure  or  sufïer'. 
furain  .i.  iomarcaidh  'excess'. 
furnaidhe  .i.  fuireach  'delay'. 
fursannadh  .i.  lasadh  'kindling'. 
furthain  .i.  sâsadh,  no  daoth  'satiety'. 


gabhail  .i.  creach  'plunder'  gabhâla  .i.  creacha. 


428  O'Clery's  Irish  Glossary.  —  G.  — 

gabhala  baoisi  .i.  gabhlâin  bhdoisi  '«  a  temporary  fit  of  madness  », 

O'Conn.' 
gabhar  no  gobhar  .i.  each  'a  horse  [Gaburlvea  quasi  caper...  GoburXre 

o,  di  eoch  is  nomen,  etc.  Corm.  p.  22]'. 
gabhla  .i.  sleagha  'spears'. 
gadana  .i.  gotha  'voices'. 
gadh  .i.  gâbhadh  'danger'. 
gadh  .i.  cathughadh  'fighting'. 
gadhaim  .i.  guidhim  'I  pray'.  gadhadar  .i.  doghuidheadar  '{gadatar,  F. 

h.  17)  they  prayed'  gadhais  .i.  guidhis  'he  prayed'. 
gai  no  gaoi  .i.  brég  <a  lie'. 

gaid  7  gada  .i.  buain  'cutting'  gadaim  .i.  beanaim  'I  eut'. 
gaill  no  adgaill  .i.  do  aigill  'he  spoke'. 
gaimhean  .i.  croiceann  'ahide'.  gaimheann  beag  for  a  gcomhtholadh  .i. 

croiceann  ar  a  gcodladh. 
gairbhshin  .i.  gairbhshian  .i.  si'ansân  garbh  'rough  weather'. 
gaire  .i.  gairidhleachd  uo  leasughadh  'amending'. 
gairseicle  .i.  garrshâoghal  'short  life'. 

gaisgeadh  .i.  ga  7  sgiath  '(valour)  i.  e.  ga  (spear)  and  sgiath  (shield)'. 
galach  .i.  gail,  no  gaisgeadh  'valour'. 
galann  .i.  gaisgeadh  ' valour'. 
galann  .i.  namha  (an  enemy'. 
galastair  no  adgalastair  .i.  do  aigilleastair,  no  dorinne  caint  'he  spoke, 

or  made  speech'. 
galba  .i.  cruas  'hardness'  gan  galbha  .i.  gan  chruas  'without  hardness'. 
galgad  .i.  gaisgeadhach  'a  champion.  [Galgat,  Corm.  Tr.  p.  87.] 
galia  .i.  cathbharr  no  ceinnbheirt  'helmet'. 
gall  .i.  coirthe  cloiche  'a  pillar  stone'.  druim  re  gailleachaibh  .i.  druim 

re  clochaib. 
gall  .i.  eala  'a  swan'. 
gall  .i.  caileach  'a  cock'. 
galla  .i.  gile  'whiteness'.  modharn,  fionn  go  ngné  ngalla  .i.  go  gné 

ngile  'Modharn,  white  with  a  fair  face'. 
gallchobhar  .i.  gallacobhar  .i.  saint  gaile,  no  gaisgidh  '[aman'sname, 

Gallagher,  Corm.  Tr.  p.  89]  désire  of  valour'. 
galma  .i.  crûas  'hardness'.    gan   galmangairg   .i.    gan  crûas   7   gan 

gairge  'without  hardness  and  without  roughness'. 
gamh  .i.  geimhreadh  'winter  [«  November  »,  Corm.  Tr.  p.  82]'. 
gann  .i.  goirt,  no  docamhlach  'scarce  or  difficult'.  go  ngainne  .i.  go 

ndocamhla  'with  difficulty'. 

To  be  continued. 


LES   CONTES    POPULAIRES 

DE    LA    HAUTE-BRETAGNE. 


Aujourd'hui,  la  France,  après  s'être  trop  longtemps  laissé  devancer 
par  presque  toutes  les  autres  nations,  dans  la  recherche  des  traditions 
orales  du  peuple,  semble  n'être  plus,  grâce  à  des  travaux  récents,  trop 
inférieure  dans  cette  branche  d'études.  On  a  commencé,  comme  presque 
partout,  par  recueillir  les  traditions  rimées  et  chantées,  et  plusieurs 
recueils  importants,  embrassant  des  régions  plus  ou  moins  étendues, 
ont  été  publiés  sur  ce  sujet  ;  mais  il  nous  manque  encore  un  travail  d'en- 
semble comprenant  notre  romancero  complet,  ou  à  peu  près,  et  c'est 
là  une  lacune  regrettable. 

Les  contes,  les  légendes  et  les  récits  oraux  de  tout  genre,  envisagés 
à  un  point  de  vue  scientifique  et  recueillis  avec  conscience  et  méthode, 
ont  eu  leur  tour,  plus  tard,  trop  tard  sans  doute,  et  là  encore,  ce  qui  a 
été  fait  jusqu'à  présent  est  assez  peu  de  chose,  —  en  France  voulons- 
nous  dire,  —  à  côté  de  ce  qui  reste  à  faire.  Pour  les  contes  comme  pour 
les  chants,  —  plus  que  pour  les  chants,  —  c'est  la  Bretagne,  cette 
vieille  province  où  les  souvenirs  de  notre  passé  le  plus  lointain  semblent 
s'être  mieux  conservés  qu'ailleurs,  qui  a  fourni  la  plus  ample  moisson, 
jusqu'ici.  Toutefois,  ce  n'est  encore  là  qu'un  commencement,  et  le  vaste 
champ  des  traditions  populaires,  dont  La  Fontaine  eût  pu  dire  comme 
du  pays  de  la  feinte  : 

Mais  ce  champ  ne  se  peut  tellement  moissonner 
Que  les  derniers  venus  n'y  trouvent  à  glaner. 
Tous  les  jours  nos  chercheurs  y  font  des  découvertes, 

est  loin  d'être  épuisé.  On  le  verra  bientôt,  du  reste,  par  de  nouvelles 

publications  que  nous  savons  être  en  préparation  et  à  la  veille  de  paraître. 

Rev.  Celt.  IV  2Ç) 


430  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

Un  recueil  spécial,  trop  tôt  disparu,  Mélusine,  dû  à  l'intelligente  et 
savante  initiative  et  direction  de  MM.  Henri  Gaidoz  et  Eugène  Rolland, 
semblait  destiné  à  devenir  le  rendez-vous  de  tous  les  collecteurs  des 
traditions  orales  de  tout  genre  qui  ont  encore  cours  dans  le  peuple  et 
qui  vont  disparaissant  rapidement  chaque  jour.  Les  savants  qui  ont  pour 
mission  de  synthétiser  les  documents  recueillis  par  d'autres  et  de  con- 
clure sur  le  sujet  y  eussent  trouvé  un  véritable  magasin  rempli  de  maté- 
riaux puisés  à  la  source  populaire,  avec  méthode  et  sincérité,  et  méritant 
par  conséquent  une  entière  confiance,  ce  qui  est  un  point  capital.  Mais 
hélas  !  cette  tentative  vraiment  scientifique,  désintéressée  et  digne  d'un 
meilleur  sort,  a  échoué  devant  l'indifférence  publique,  mais  non  toutefois 
sans  espoir  de  résurrection.  Mélusine  a  publié,  entre  autres  choses  dignes 
d'intérêt,  un  grand  nombre  de  contes  populaires  picards,  messins,  bas- 
bretons,  créoles  et  autres,  des  plus  curieux,  et  ce  précieux  recueil  est 
indispensable  aujourd'hui  à  toute  personne  qui  s'occupe  de  recherches 
ou  d'études  sur  la  littérature  populaire  '. 

M.  Paul  Sébillot,  déjà  connu  dans  le  monde  savant  par  des  études  de 
linguistique  et  de  statistique  sur  le  patois  gallot  ou  parler  de  la  partie 
non  bretonnante  de  la  Bretagne,  vient  de  publier  chez  l'éditeur  G.  Char- 
pentier, à  Paris,  un  recueil  considérable  et  important  à  divers  titres  de 
contes,  légendes  et  récits  divers  de  la  Haute-Bretagne,  ou  pays  gallot, 
particulièrement  les  Côtes-du-Nord  et  un  quartier  de  l'Ille-et— Vilaine.  Le 
titre  de  l'ouvrage  est  :  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne,  se  divisant 
en  :  I.  Les  féeries  et  les  aventures  merveilleuses.  —  II.  Les  facéties  et  les 
bons  tours.  —  III.  Les  diableries,  sorcelleries  et  revenants.  —  IV.  Contes 
divers;  en  tout  soixante-six  morceaux  de  tous  genres,  360  pages  de 
texte  format  in- 12  et  vin  de  préface  (Prix  :  3  fr.  50). 

Ce  livre  est  le  résultat  d'une  première  et  fructueuse  exploration  d'une 
partie  seulement  de  la  Bretagne  non  bretonnante. 

On  savait  jusqu'ici  qu'en  Basse-Bretagne,  la  muse  populaire  était  d'une 
richesse  exceptionnelle,  et  que  les  aèdes  homériques  de  nos  pardons  et 
foires,  et  les  Schéhérazades  de  nos  foyers  de  veillées  possédaient  un  trésor 
presque  inépuisable  de  gwerziou  tragiques  et  sombres,  de  soniou  mélan- 
coliques, d'une  sentimentalité  pénétrante,  et  de  contes  merveilleux  com- 
parables pour  l'originalité  et  les  ressources  de  l'imagination  aux  récits 
prestigieux  des  Mille  et  une  Nuits.  M.  Emile  Souvestre,  dans  ses  Derniers 
Bretons  et  son  Foyer  breton  ;  MM.  Dufilhol  et  Jules  Simon,  dans  leur 


1.  La  collection  de  Mélusine  forme  un  volume  in-4",  en  vente   à  la  librairie  Maison- 
neuve,  quai  Voltaire,  2$,  à  Paris.  Prix  :  25  fr. 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  43 1 

Guyonvac'h,  livre  curieux  et  devenu  rare;  M.  Corentin  Tranois,  dans  la 
Revue  de  Bretagne  de  1833-34  et  celle  de  1840  ;  M.  le  docteur  Fouquet, 
dans  ses  Contes,  légendes  et  chansons  populaires  du  Morbihan,  1857; 
M.  Du  Laurens  de  la  Barre,  dans  ses  Veillées  de  VArmor,  1863,  Sous  le 
chaume,  et  ses  Fantômes  bretons,  1880;  M.  Milin,  dans  son  Conteur  breton, 
1870,  et  les  Dictionnaires  français-breton  et  breton-français  de  M.  le  colo- 
nel Troude  ;  quelques  autres  encore,  pour  ne  pas  nous  citer  nous-même, 
avaient  déjà  donné  un  avant-goût  de  ces  attrayants  récits  de  veillée,  et 
le  coin  du  voile  qu'ils  avaient  ainsi  soulevé  donnait  une  idée  très  favo- 
rable des  conteurs  bas-bretons  et  faisait  désirer  d'en  connaître  davan- 
tage. 

Si  les  chants  et  les  contes  populaires  de  la  Basse-Bretagne  étaient 
plus  ou  moins  connus,  grâce  aux  écrivains  de  talent  que  nous  venons  de 
nommer,  mais  qui,  pour  la  plupart,  avaient  apporté  plus  de  fantaisie  que 
d'exactitude  et  de  critique  dans  leurs  publications,  le  pays  gallot  ou 
Bretagne  non  bretonnante  avait  été  complètement  oublié,  sous  ce  rap- 
port, jusqu'aujourd'hui,  sauf  une  petite  brochure  de  Mme  de  Cerny,  sur 
les  traditions  des  environs  de  Saint-Suliac  et  de  Dinan,  et  l'on  ne  sem- 
blait même  pas  se  douter  qu'il  y  eût  là  aussi  des  trésors  enfouis  et  dont 
personne  ne  se  souciait.  M.  Paul  Sébillot,  natif  de  Matignon,  entre 
Dinan  et  Saint-Brieuc,  c'est-à-dire  dans  la  région  non  bretonnante  des 
Côtes-du-Nord,  mais  où  des  traces  non  équivoques  de  l'usage  plus  ou 
moins  reculé  de  la  langue  bretonne,  et  par  conséquent  de  la  présence 
des  Bretons  sur  le  sol,  sont  restées  dans  les  noms  de  lieux  et  les  noms 
d'hommes,  dans  certaines  locutions  populaires,  dans  les  mœurs  et  les 
traditions  orales  ;  M.  Sébillot  se  rappela  un  jour  que,  dans  son  enfance, 
il  avait  entendu  dans  la  bouche  des  pêcheurs  de  la  côte  de  St-Cast  et 
d'Erqui,  et  dans  celle  desfileuses,des  pâtres  et  des  laboureurs  de  son  can- 
ton, des  récits  fantastiques  et  merveilleux  où  il  était  question  de  fées,  de 
talismans  tout-puissants,  de  géants,  de  nains,  de  magiciens  et  de  méta- 
morphoses de  toute  sorte,  dont  un  souvenir  vague  se  réveillait  dans  sa 
mémoire,  quand  il  lisait  les  contes  bas-bretons  et  autres,  et  il  se  dit  : 
«  Et  mon  pays  aussi  a  ses  récits  de  veillée,  ses  contes  du  foyer,  ses 
Mille  et  une  Nuits,  et  je  le  ferai  bien  voir  !  »  Il  se  rappelait  peut-être 
aussi  le  mot  de  M.  Eugène  Rolland,  moins  paradoxal,  après  tout,  qu'on 
ne  serait  tenté  de  le  croire  :  «  Tout  se  trouve  partout,  en  fait  de  tradi- 
tions populaires  »,  et  il  quitta  Paris  avec  cette  conviction,  vint  passer 
deux  ou  trois  automnes  ou  hivers  en  plein  pays  gallot,  commença  ses 
recherches  avec  ardeur,  avec  foi,  et  se  trouva  bientôt  en  possession  d'une 
collection  de  contes  et  de  récits  gallots  de  toute  sorte  et  dont  ce  pre- 


4J2  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

mier  volume,  qui  va  incessamment  être  suivi  d'un  second,  puis  d'un 

troisième,  donne  l'opinion  la  plus  avantageuse. 

La  méthode  de  M.  Sébillot,  nous  sommes  heureux  de  pouvoir  le  dire, 
diffère  de  celle  généralement  suivie  jusqu'aujourd'hui  par  les  éditeurs  de 
chansons  et  de  contes  bretons.  Plein  de  respect  pour  le  récit  du  conteur 
populaire,  il  le  reproduit  avec  une  exactitude  scrupuleuse,  sauf  quelques 
légers  amendements  de  forme  indispensables,  sans  intervenir  autrement 
par  des  suppressions,  des  additions,  des  épurations,  des  embellissements 
et  tels  autres  procédés  détestables  qui  n'ont  été  que  trop  longtemps  à  la 
mode,  dans  une  certaine  école,  et  qui  ont  rendu  de  si  mauvais  services  à 
l'histoire  et  à  la  science.  Il  repousse,  et  avec  raison  selon  nous,  le  sys- 
tème qui  consiste  à  fondre  plusieurs  versions  d'une  même  fable  en  une 
seule,  plus  suivie,  plus  correcte  et  d'un  goût  plus  parfait.  Il  préfère 
reproduire  ces  différentes  versions  telles  qu'il  les  a  trouvées  et  sans  retou- 
ches, étant  d'avis  que,  sous  aucun  prétexte,  non  licet  contamïnare  fabulas. 
C'est  là,  en  effet,  la  bonne  méthode  et  la  seule  qu'une  saine  et  judicieuse 
critique  admette  aujourd'hui. 

Voici,  du  reste,  en  quels  termes  M.  Sébillot  s'exprime,  dans  sa  pré- 
face, sur  la  manière  dont  il  a  recueilli  ses  contes,  et  nous  avons  assez 
l'habitude  des  conteurs  et  chanteurs  populaires,  les  ayant  fréquentés 
pendant  trente  ans  au  moins,  pour  nous  porter  garant  de  la  fidélité  de 
reproduction  des  morceaux  qui  composent  cet  excellent  recueil.  Nous  les 
avons,  du  reste,  presque  tous  rencontrés  et  recueillis  en  Basse-Bretagne, 
avec  des  modifications  plus  ou  moins  sensibles  pour  la  forme  et  la 
manière  des  conteurs,  mais  ordinairement  identiques  quant  au  fond  : 

«  La  plupart  des  récits  que  j'ai  recueillis  m'ont  été  contés  par  plu- 
«  sieurs  personnes,  parfois  même  par  cinq  ou  six,  originaires  de  com- 
te munes  souvent  éloignées  les  unes  des  autres,  et  qui  n'avaient  guère 
«  quitté  leur  pays  natal.  J'ai  mis  au  bas  de  chaque  conte  le  nom  du  nar- 
«  rateur  qui  m'a  fourni  la  version  la  plus  complète,  et,  autant  que  pos- 
«  sible,  son  âge  et  sa  profession. 

«  Je  me  suis  efforcé  de  conserver  ces  contes  populaires  tels  que  je  les 
«  ai  entendus,  en  me  bornant  à  les  mettre  en  français,  à  traduire  les 
«  termes  patois  qui  n'auraient  pas  été  facilement  compris,  et  à  élaguer 
«  les  redites  qui  ne  sont  pas  utiles  à  la  marche  de  l'histoire,  et  qui,  sup- 
«  portables  dans  un  récit  mimé  et  parlé,  seraient  devenues  désagréables 
«  à  la  lecture.  Je  me  suis  bien  gardé  de  vouloir  embellir  mon  sujet,  en 
«  y  ajoutant  des  épisodes  tirés  de  mon  imagination  ou  empruntés  aux 
«  recueils  publiés  en  d'autres  pays,  persuadé  qu'en  ces  sortes  de  choses 
«  la  fidélité  est  à  la  fois  ce  qu'il  y  a  de  plus  honnête  et  de  plus  habile. 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  43  3 

«  Il  est  du  reste  plusieurs  de  ces  contes,  —  surtout  dans  les  séries  des 
((  féeries  et  des  aventures  merveilleuses,  —  qui  ont  été  écrits  presque 
«  sous  la  dictée  du  narrateur  :  le  lendemain,  la  mémoire  encore  fraîche, 
«  je  transcrivais  mes  notes,  et  je  les  relisais  à  ma  femme  qui,  ayant 
«  écouté  le  récit  de  la  veille,  me  servait  de  contrôle,  me  rectifiant  par- 
ce fois,  parfois  me  rappelant  des  phrases  pittoresques  qui  m'avaient 
«  échappé.  » 

Nous  le  répétons  :  les  contes  du  recueil  de  M.  Sébillot  sont  de  bons 
et  vrais  contes  populaires  et  l'on  y  peut  avoir  pleine  confiance. 

Voici  quelques  rapides  réflexions  que  nous  a  suggérées  la  lecture  de 
ce  livre  et  que  nous  ne  ferons  qu'indiquer  sommairement,  sans  les  déve- 
lopper. Il  eût  été  intéressant  de  comparer  les  récits  du  recueil  de  M.  Sé- 
billot avec  les  versions  que  nous  en  avons  trouvées  en  Basse-Bretagne 
et  de  signaler  les  similitudes  et  les  divergences  et  aussi  les  manières 
différentes  des  conteurs  des  deux  régions.  Mais  cela  nous  eût  entraîné 
trop  loin  et  nous  serons  aussi  bref  que  possible,  tout  en  touchant  les 
points  essentiels. 

D'abord,  pour  ce  qui  est  des  conteurs,  nous  dirons  qu'en  Basse-Bre- 
tagne, leurs  récits  sont  ordinairement  plus  longs,  plus  complets,  mais 
aussi  plus  mélangés  parfois  et  souvent  même  d'une  confusion  et  d'une 
prolixité  ennuyeuses.  Il  nous  a  semblé  encore  trouver  plus  de  gravité 
et  de  foi  en  ce  qu'il  débite  et,  en  quelque  sorte,  une  allure  et  un  ton  plus 
épiques,  chez  nos  conteurs  bas-bretons.  Tels  de  leurs  récits  ressemblent 
à  de  véritables  chansons  de  geste  et  rappellent  les  romans  des  cycles  de 
la  Table  Ronde  et  de  Charlemagne.  Et  puisque  nous  avons  prononcé 
ces  deux  noms,  il  nous  a  paru  digne  de  remarque  qu'on  ne  trouve  le 
nom  d'aucun  des  héros  de  la  Table  Ronde  dans  la  bouche  de  nos  con- 
teurs populaires,  pas  plus  dans  la  basse  que  dans  la  haute  Bretagne,  pas 
même  le  nom  d'Arthur,  et  qu'on  ne  rencontre  aussi  aucun  souvenir  des 
aventures  et  des  exploits  qui,  quoique  imaginaires  presque  tous,  les 
rendirent  fameux.  A  moins  pourtant  qu'on  ne  doive  regarder  comme 
émanant  de  cette  source  quelques  ressorts  merveilleux  sur  lesquels  sont 
ordinairement  bâties  ces  fables,  comme  les  princesses  captives  délivrées 
par  d'intrépides  héros,  les  fées,  les  géants,  les  nains,  les  magiciens,  les 
enchantements,  les  talismans,  etc.  Mais,  à  ce  compte,  il  faudrait  voir 
l'influence  de  la  Table  Ronde  dans  les  contes  de  tous  les  peuples  du 
monde,  à  peu  d'exceptions  près.  Une  partie  de  tout  cela  peut  bien  être 
de  source  celtique,  il  est  vrai,  et  nous  venir  du  cycle  d'Arthur,  bien  que 
nous  soyons  enclin  à  croire  à  une  source  antérieure  et  à  une  autre  pro- 
venance. Le  nom  de  Merlin,  seul,  figure  deux  ou  trois  fois,  croyons- 


434  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

nous,  dans  nos  contes  bas-bretons,  et  encore  est-il  bien  défiguré  et  pres- 
que méconnaissable.  Les  conteurs  le  nomment,  dans  l'arrondissement  de 
Lannion,  ann  Erlinn,  et  l'idée  qu'ils  s'en  font  est  celle  d'un  monstre 
redoutable,  homme  ou  bête,  ils  n'en  savent  trop  rien. 

Les  romans  du  cycle  de  Charlemagne,  au  contraire,  ont  laissé  des 
traces  nombreuses  et  certaines  dans  les  récits  bas-bretons.  Huon  de 
Bordeaux,  surtout,  est  très  populaire,  et  divers  épisodes  de  ses  aven- 
tures merveilleuses  y  ont  survécu.  J'ai  aussi  recueilli  un  conte  fort  long 
dont  le  héros  est  un  roi  Gobéron,  ce  qui  ne  peut  être  qu'une  altération 
de  Obéron  ;  ses  aventures,  du  reste,  ne  permettent  aucun  doute  à  cet 
égard. 

Les  contes  que  l'on  peut  appeler  mythologiques  et  que  l'on  interprète 
ordinairement  par  des  phénomènes  météorologiques,  —  le  mythe  du 
héros  solaire  principalement,  en  lutte  avec  les  nuages  et  la  nuit  ou  l'hiver, 
—  sont  aussi  plus  nombreux  et  plus  développés  en  Basse-Bretagne 
qu'en  pays  gallot.  Les  fables  de  Psyché,  sous  des  noms  différents,  de 
Cendrillon,  de  Peau-d'Ane,  du  Petit  Poucet,  la  quête  de  la  Princesse 
aux  cheveux  d'or,  les  Corps  sans  âme,  le  Magicien  trompé  par  son  valet 
ou  par  sa  fille,  qui  a  appris  ses  secrets,  les  enfants  vendus  au  diable, 
sont  les  thèmes  qui  défraient  le  plus  ordinairement  les  récits  des  conteurs 
bas-bretons,  et  avec  de  nombreuses  variantes.  Nulle  trace  non  plus  chez 
eux,  pas  plus  que  chez  ceux  du  pays  gallot,  de  druidisme  ni  de  bardisme. 

Une  série  de  récits  très  curieux  sur  les  houles  ou  grottes  de  fées,  qui 
semblent  particuliers  à  la  région  explorée  par  M.  Sébillot,  et  dont  nous 
n'avons  pas  rencontré  de  similaires  en  Basse-Bretagne ,  donne  des 
détails  intéressants  sur  la  vie  et  les  mœurs  des  fées  et  sur  certains  talis- 
mans dont  elles  disposent,  comme  la  miche  de  pain  qui  ne  diminue  pas 
quand  on  en  coupe,  et  la  pommade  qui  les  rend  invisibles.  L'odyssée 
grotesque  des  Jaguens  est  aussi  fort  originale  et  fort  drôle. 

Ne  disposant  ici  que  d'un  espace  limité,  nous  nous  contenterons  de 
rapprocher  un  seul  des  contes  gallots  de  M.  Sébillot  de  son  similaire  de 
la  Basse-Bretagne,  pour  donner  une  idée  de  la  différence  qui  existe  dans 
les  récits  en  général  et  la  manière  des  conteurs  des  deux  régions.  Nous 
prendrons  le  conte  qui  se  trouve  à  la  page  170,  sous  le  titre  de  :  La  fille 
et  ses  sept  frères,  et  nous  le  donnerons  intégralement  : 

a  II  y  avait  autrefois  une  femme  qui  avait  sept  garçons  et  pas  une 
fille.  Les  sept  enfants  voulurent  avoir  des  fouets  et  être  charretiers.  La 
mère  leur  dit  :  —  Si  j'ai  un  autre  garçon,  vous  serez  charretiers;  mais, 
s'il  vous  vient  une  sœur,  je  vous  donnerai  à  chacun  une  gaule,  et  vous 
serez  bergers. 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  435 

«  Peu  après,  elle  eut  une  fille,  et  donna  alors  une  gaule  à  chacun  de 

ses  sept  garçons.  Ils  furent  si  irrités  de  ne  pas  être  charretiers,  qu'ils 

s'enfuirent  dans  la  forêt  des  Ardennes,  où  ils  se  construisirent  une  petite 

maison. 

«  Quand  la  petite  fille  fut  devenue  grande,  ses  voisins  lui  parlaient 

souvent  de  ses  frères.  Elle  demanda  à  sa  mère  si  ce  qu'on  disait  était 

vrai,  mais  elle  lui  répondait  que  non. 

«  Cependant,  la  petite  fille  continuait  à  entendre  tout  le  monde  lui 

répéter  qu'elle  avait  sept  frères  :  elle  supplia  sa  mère  de  lui  apprendre 

ce  qu'ils  étaient  devenus. 

—  Je  veux  bien,  répondit-elle,  mais  à  la  condition  que  tu  m'apporte- 
ras du  feu  dans  ton  tablier  sans  le  brûler. 

«  La  petite  fille  trouvait  cela  bien  difficile  ;  mais  elle  imagina  de 
mettre  sur  son  tablier  une  couche  épaisse  de  cendres  et  de  placer  dessus 
les  charbons  ardents,  de  sorte  qu'elle  ne  brûla  point  son  vêtement. 

«  Sa  mère  lui  ordonna  ensuite  d'aller  abattre  avec  un  petit  couteau  de 
six  liards  les  trois  plus  gros  chênes  de  la  forêt. 

«  La  petite  fille  se  rendit  à  la  forêt  ;  mais,  quand  elle  vit  la  grandeur 
des  arbres  et  la  petitesse  de  son  couteau,  elle  se  désespéra  et  se  mit  à 
pleurer. 

«  La  bonne  Vierge  vint  la  trouver  et  lui  dit  : 

—  Ne  crains  rien  et  espère,  ma  petite  fille  ;  les  arbres  seront  plus 
faciles  à  abattre  que  tu  ne  le  crois. 

«  L'enfant  donna  alors  trois  coups  de  couteau  dans  les  chênes,  qui 
tombèrent  aussitôt. 

«  Elle  revint  vers  sa  mère  et  lui  raconta  ce  qu'elle  avait  fait  ;  mais  sa 
mère  ne  voulut  pas  encore  lui  indiquer  où  étaient  ses  frères,  et  elle  lui 
commanda  d'ôter  toute  l'écorce  des  arbres  de  la  forêt  et  de  la  lui 
apporter. 

«  Quand  cette  besogne  fut  accomplie;  sa  mère  lui  ordonna  encore  de 
mettre  à  sec  un  étang,  en  y  puisant  l'eau  avec  une  coquille  de  noix. 

«  Cette  dernière  épreuve  accomplie  comme  les  autres,  avec  l'aide  de 
la  Vierge,  la  mère  de  la  petite  fille  lui  donna  une  gaule  pareille  à  celle 
de  ses  frères  et  un  petit  chien,  en  lui  disant  d'aller  où  le  petit  animal  la 
conduirait. 

«  Elle  suivit  son  guide,  qui  la  mena  dans  la  forêt  des  Ardennes  et 
s'arrêta  devant  une  cabane.  C'était  celle  où  demeuraient  ses  frères.  Elle 
y  entra  et  ne  vit  personne,  car  ils  étaient  tous  sortis  pour  travailler.  Elle 
rangea  en  ordre  tout  leur  ménage,  mit  la  soupe  sur  le  feu  et  tailla  le 
pain  dans  les  écuelles,  puis  elle  se  coucha  sous  un  lit. 


436  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

«  Quand  les  frères  furent  de  retour,  ils  se  montrèrent  bien  surpris  de 
voir  que  tout  était  rangé  avec  soin,  la  place  bien  balayée  et  leur  souper 
préparé. 

«  Le  jour  suivant,  ils  sortirent  comme  d'habitude,  et  en  rentrant  ils 
trouvèrent  encore  toute  la  besogne  faite. 

«  L'ainé  dit  qu'il  resterait  le  lendemain  à  la  maison  et  qu'il  se  cache- 
rait pour  voir  qui  s'introduisait  ainsi  chez  eux  ;  mais  sa  sœur  le  toucha 
de  sa  baguette  blanche,  et  il  demeura  endormi,  pendant  qu'elle  mettait 
tout  en  ordre.  Le  second  frère,  qui  resta  ensuite  à  la  maison,  s'endormit 
aussi  et  ne  vit  rien,  et  pareille  chose  arriva  à  six  des  frères,  que  la  jeune 
fille  toucha  successivement  de  sa  baguette. 

v  Quand  arriva  le  tour  du  septième,  elle  ne  l'endormit  point,  mais 
elle  se  montra  et  lui  parla.  Elle  lui  avoua  qu'elle  était  sa  soeur  et  qu'elle 
était  venue  de  loin  pour  voir  ses  frères. 

«  Il  lui  recommanda  de  se  bien  garder  de  se  montrer  à  ses  autres  frères, 
qui  pourraient  vouloir  la  tuer,  et  de  se  cacher,  quand  ils  rentreraient.  Il 
lui  promit  au  reste  de  leur  parler  d'elle,  afin  de  connaître  leurs  senti- 
ments à  son  égard. 

«  Quand  les  frères  revinrent  de  l'ouvrage  et  qu'ils  furent  à  souper,  le 
plus  jeune  leur  dit  : 

—  Je  serais  bien  content  de  voir  ma  sœur;  elle  est  déjà  grande  et 
doit  être  à  présent  une  gentille  jeune  fille. 

—  Si  je  la  voyais,  dit  l'ainé,  je  la  tuerais,  car  c'est  elle  qui  nous  a 
fait  manquer  notre  avenir;  sans  elle,  nous  serions  charretiers. 

«  Et  les  autres  déclarèrent  aussi  qu'ils  étaient  de  l'avis  de  leur  aine. 

«  Mais,  comme  le  plus  jeune,  qui  était  le  meilleur  et  le  plus  doux  des 
sept,  leur  représentait  que  ce  n'était  pas  la  faute  de  la  jeune  fille,  mais 
celle  de  leur  mère,  ils  finirent  par  être  de  son  avis  et  dirent  qu'ils  seraient 
bien  contents  de  la  voir. 

«  Alors,  il  leur  répondit  : 

—  C'est  elle  qui  vient  ici  tous  les  jours,  balaie  la  maison,  met  tout  en 
ordre  et  prépare  nos  repas;  je  vais  aller  la  chercher. 

«  Quand  elle  parut,  ils  la  trouvèrent  bien  gentille,  lui  firent  mille 
amitiés  et  la  prièrent  de  rester  à  tenir  leur  ménage. 

«  Depuis  ce  moment,  elle  demeura  avec  eux,  et  ils  furent  très  heureux 
tous  ensemble.  » 

Ce  conte,  outre  qu'il  présente  plusieurs  lacunes,  nous  paraît  encore 
altéré  d'autre  façon.  Ainsi,  les  trois  épreuves  de  la  jeune  fille,  qui  ne 
nous  semblent  pas  devoir  lui  être  imposées  par  sa  mère,  se  retrouvent 
presque  identiquement  les  mêmes  dans  une  foule  d'autres  contes,  mais 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  4^7 

ne  doivent  pas  être  ici  à  leur  place.  La  sainte  Vierge  du  conte  gallot  a 
aussi  usurpé  le  rôle  d'une  fée  bienfaisante,  dont  elle  porte  du  reste  la 
baguette.  Nous  ne  ferons  pas  d'autres  réflexions,  elles  naîtront  d'elles- 
mêmes,  dans  l'esprit  du  lecteur,  par  la  comparaison  avec  le  conte  gallot 
de  la  version  que  nous  en  avons  recueillie  en  Basse-Bretagne  et  que  voici, 
résumée  et  réduite  aux  deux  tiers  environ,  pour  la  forme. 

LES  TROIS  FRÈRES  MÉTAMORPHOSÉS  EN  CORBEAUX 
ET  LEUR  SŒUR. 

Un  vieux  seigneur  avait  trois  fils,  déjà  jeunes  hommes,  quand  il  lui 
naquit  un  quatrième  enfant,  une  fille.  Il  manifesta  l'intention  de  donner 
tout  son  bien  à  sa  fille,  et  les  trois  garçons  durent  quitter  le  manoir 
paternel  et  aller  chercher  fortune  ailleurs.  L'aîné,  nommé  François,  en 
embrassant  sa  sœur,  avant  de  partir,  la  marqua  au  front,  afin  de  pouvoir 
la  reconnaître  plus  tard,  s'il  la  revoyait  un  jour.  Les  trois  frères  voyagent 
à  l'aventure  et  arrivent  à  un  vieux  château  abandonné,  au  milieu  d'un 
grand  bois.  Ils  entrent  et  n'y  trouvent  nul  être  vivant.  Dans  une  vaste 
salle  à  manger,  un  excellent  repas  est  servi.  Après  avoir  attendu  un  peu, 
ne  voyant  venir  personne,  ils  se  mettent  à  table  et  mangent.  Des  mains 
invisibles  les  servent.  Les  deux  cadets,  Charles  et  Jean,  ont  peur  et 
veulent  s'en  aller  :  mais  leur  frère  aîné,  François ,  les  rassure  et  ils 
restent.  Le  repas  terminé,  trois  mains  invisibles  prennent  trois  flam- 
beaux et,  précédant  les  trois  frères,  les  conduisent  chacun  à  une  belle 
chambre  à  coucher,  où  ils  trouvent  d'excellents  lits  de  plume.  La  nuit  se 
passe  sans  accident.  Le  lendemain  matin,  ils  se  retrouvent  dans  la  salle 
à  manger  et  déjeunent,  toujours  servis  par  des  mains  invisibles  et  sans 
voir  aucun  être  vivant.  Et  ainsi  pendant  trois  jours.  En  visitant  le  châ- 
teau, ils  trouvèrent  des  fusils,  dans  une  chambre  remplie  d'armes  de 
toute  sorte,  et  convinrent  que  deux  d'entre  eux  iraient  tous  les  jours  à 
la  chasse  dans  le  bois,  pendant  que  le  troisième  resterait  au  château.  Ce 
fut  le  plus  jeune,  Jean,  qui  dut  y  rester  le  premier  jour.  Les  deux  autres 
lui  recommandèrent  de  sonner  une  cloche  qui  était  au-dessus  de  la  porte 
de  la  cour,  à  midi,  pour  les  avertir  de  l'heure  du  dîner.  A  peine  les 
deux  aînés  eurent-ils  franchi  le  seuil,  que  Jean  vit  venir  à  lui  un  géant 
horrible,  sorti  il  ne  savait  d'où,  et  qui  le  lança  si  violemment  contre  le 
mur  de  la  cuisine  qu'il  s'y  aplatit  comme  une  pomme  cuite.  Les  deux 
autres,  n'entendant  pas  sonner  la  cloche,  et  jugeant  que  l'heure  du  dîner 
devait  être  passée,  revinrent  au  château,  chargés  de  gibier,  et  furent 
étonnés  de  ne  pas  revoir  leur  jeune  frère.  Ils  se  mirent  aussitôt  à  sa 


438  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

recherche  par  tout  le  château.  François  le  retrouva,  dans  le  triste  état 
que  nous  avons  dit.  En  allant  de  chambre  en  chambre,  il  avait  remarqué 
quelque  part  une  fiole  sur  laquelle  était  écrit  ce  mot  :  Eau-de-vie.  Il 
l'emporta,  en  répandit  quelques  gouttes  sur  le  corps  de  Jean,  qui  revint 
aussitôt  à  la  vie,  et  se  releva  sain  et  sauf  en  disant  :  «  Que  j'ai  bien 
dormi  !  »  Il  ne  se  souvenait  de  rien  de  ce  qui  lui  était  arrivé.  Charles, 
qui  cherchait  aussi  son  frère  par  le  château,  pendant  que  François  le  rap- 
pelait à  la  vie,  n'avait  rien  vu  de  ce  qui  s'était  passé.  Le  lendemain,  ce 
fut  son  tour  de  rester  à  la  maison.  Il  lui  arriva  absolument  comme  à 
Jean,  la  veille.  Il  fut  aussi  tué  par  le  géant  et  ressuscité  par  François, 
par  le  moyen  de  l'eau-de-vie. 

Le  troisième  jour,  ce  fut  le  tour  de  François.  Il  vit  le  géant  descendre 
par  la  cheminée,  et,  avec  une  grosse  barre  de  fer,  qu'il  avait  trouvée 
dans  un  coin  de  la  cour,  il  lui  asséna  de  toutes  ses  forces  un  coup  sur  la 
tête  et  le  fit  tomber  dans  un  énorme  chaudron  rempli  d'eau  bouillante, 
qui  était  sur  le  feu,  mit  le  couvercle  dessus  et  raviva  le  feu  dessous.  A 
midi,  il  sonna  la  cloche,  et  les  deux  chasseurs  revinrent.  François  leur 
fit  voir  le  géant  cuit  dans  la  marmite,  et  alors  seulement  ils  se  rappe- 
lèrent ce  qui  leur  était  arrivé  les  jours  précédents.  A  eux  trois  ils  traî- 
nèrent le  corps  du  monstre  hors  du  château  et  le  jetèrent  dans  les  douves 
en  pâture  aux  bêtes  fauves.  Mais,  pour  le  lendemain  matin,  il  n'était 
plus  là,  sans  qu'ils  sussent  ce  qu'il  était  devenu,  et  ils  ne  s'en  inquiétèrent 
pas  davantage.  Ils  se  crurent  dès  lors  les  maîtres  dans  le  château  et 
continuèrent  le  même  train  de  vie,  un  d'eux  restant  chaque  jour  à  la 
maison,  pendant  que  les  deux  autres  chassaient,  car  ils  ne  trouvaient 
plus  leur  table  servie  par  des  mains  invisibles,  comme  les  premiers  jours. 

Laissons-les,  pour  un  moment,  et  retournons  au  manoir  du  vieux 
seigneur  leur  père,  pourvoir  ce  qui  s'y  passait. 

Leur  sœur,  nommée  Marie,  était  devenue  une  belle  jeune  fille.  Comme 
elle  était  douce  et  charitable,  tout  le  monde  l'aimait  dans  le  pays.  Son 
père  avait  défendu  à  sa  mère  et  à  tous  les  gens  de  sa  maison  de  lui 
apprendre  qu'elle  avait  des  frères  et  de  faire  jamais  aucune  allusion  à 
ceux-ci  en  sa  présence.  Mais  elle  l'apprit  pourtant  par  les  indiscrétions 
des  pauvres  à  qui  elle  faisait  l'aumône.  A  partir  de  ce  moment,  Marie 
devint  triste  et  rêveuse  et  finit  par  tomber  malade.  Aucun  médecin  ne 
connaissait  rien  à  sa  maladie.  Son  père  lui  dit  de  former  un  vœu,  de  lui 
adresser  une  demande,  et  il  la  lui  accorderait,  quelle  qu'elle  pût  être. 
Elle  demanda  d'abord  une  robe  couleur  des  étoiles,  puis  une  autre  cou- 
leur de  la  lune,  et  le  vieux  seigneur  vida  son  trésor  et  fit  des  folies  pour 
les  lui  procurer.  Mais  rien  ne  la  contentait  ni  ne  lui  rendait  la  santé. 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  439 

Une  nuit,  elle  quitta  secrètement  la  maison  de  son  père,  pour  aller  à  la 
recherche  de  ses  frères.  Après  beaucoup  de  peine  et  de  mal,  elle  finit 
par  arriver  au  château  qu'ils  habitaient.  C'était  Jean,  le  plus  jeune,  qui 
était  de  garde  et  faisait  la  cuisine,  le  jour  de  son  arrivée.  Il  ne  la  recon- 
nut pas  d'abord,  ne  l'ayant  jamais  vue;  mais,  aux  réponses  qu'elle  fit  à 
quelques  questions  qu'il  lui  adressa,  il  vit  bientôt  que  c'était  sa  sœur. 
Comme  François  avait  gardé  du  ressentiment  contre  elle,  parce  qu'elle 
était  la  cause  qu'il  lui  avait  fallu,  à  lui  et  à  ses  frères,  quitter  la  maison 
paternelle,  Jean  craignait  qu'il  ne  la  reçût  pas  bien,  et  il  lui  conseilla  de 
se  cacher  dans  un  cabinet  d'où  elle  entendrait  leur  conversation  pendant 
le  repas  ;  ce  qu'elle  fit.  Jean  mit  la  conversation  sur  le  château  de  leur 
père  et  sur  leur  sœur.  —  Je  voudrais  bien  la  voir,  dit-il.  —  Et  moi  aussi, 
dit  Charles.  —  Et  moi  aussi,  dit  François,  bien  qu'elle  nous  ait  fait 
beaucoup  de  mal,  car,  après  tout,  elle  n'a  pas  voulu  ce  qui  est  arrivé,  la 
pauvre  enfant,  et  elle  le  déplore  sans  doute,  si  elle  sait  qu'elle  a  des 
frères  malheureux  à  cause  d'elle.  —  Rassuré  par  ces  paroles,  Jean  entra 
dans  le  cabinet  et  en  revint  aussitôt  tenant  la  jeune  fille  par  la  main,  et 
dit  en  la  présentant  aux  deux  autres:  «  La  voici,  notre  sœur,  qui  a  bien 
pleuré  en  apprenant  notre  sort  et  bien  souffert  pour  nous  retrouver.  »  Fran- 
çois la  reconnut,  à  la  marque  qu'il  lui  avait  faite  au  front  en  quittant  le 
manoir  paternel,  et  ils  se  jetèrent  dans  les  bras  les  uns  des  autres  et 
pleurèrent  de  joie. 

Ils  restèrent  tous  les  quatre  dans  le  château,  puisque  rien  ne  venait 
plus  les  y  inquiéter,  et  désormais  les  trois  frères  allaient  ensemble  à  la 
chasse,  pendant  que  leur  sœur  restait  seule  à  la  maison  pour  faire  le 
ménage  et  leur  préparer  à  manger.  François  lui  recommanda  par-dessus 
tout  de  ne  jamais  laisser  le  feu  s'éteindre  au  foyer,  ou  il  leur  arriverait 
malheur. 

Un  jour,  Marie  laissa  le  feu  s'éteindre,  et  elle  alla  en  chercher  chez 
une  petite  vieille  femme  qui  habitait  une  misérable  hutte,  dans  le  bois, 
non  loin  du  château.  Elle  aperçut  là,  avec  frayeur,  un  géant  qui  se 
chauffait  près  du  feu  et  qui  paraissait  malade.  C'était  le  fils  de  la  vieille, 
celui  que  François  croyait  avoir  tué  pour  toujours.  Le  monstre  dit  à  la 
jeune  fille  :  «  C'est  ton  frère  aîné  qui  m'a  mis  dans  cet  état.  Mais  il  n'en 
a  pas  fini  avec  moi.  Pour  que  je  guérisse  complètement,  il  me  faut  sucer 
un  doigt  de  chrétien,  pendant  trois  mois,  et  j'irai  tous  les  jours  au  châ- 
teau sucer  ton  petit  doigt,  quand  tu  seras  seule.  Mais  n'en  dis  rien  à  tes 
frères,  ou  malheur  à  toi.  » 

Marie  s'en  retourna,  tout  effrayée  de  ce  qu'elle  avait  vu  et  entendu, 
et  n'en  parla  pas  à  ses  frères.  Tous  les  jours,  le  géant  venait  sucer  son 


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440  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

petit  doigt,  qu'elle  lui  passait  par  un  trou  de  la  porte.  Dès  ce  moment, 
elle  devint  triste,  pensive,  et  elle  maigrissait  à  vue  d'œil.  Ses  frères 
l'interrogeaient  souvent  à  ce  sujet,  mais  elle  garda  longtemps  le  silence. 
Enfin,  elle  leur  avoua  tout.  Le  lendemain,  François  resta  au  château 
avec  sa  sœur,  pendant  que  les  deux  autres  allaient  chasser  dans  le  bois, 
selon  leur  habitude.  Le  géant  vint,  à  son  heure  ordinaire,  et  demanda  le 
doigt  de  la  jeune  fille.  Celle-ci  lui  dit  de  passer  sa  tête  par  le  trou  de  la 
porte,  que  François  avait  agrandi.  Il  le  fit  sans  défiance,  et  aussitôt 
François,  embusqué  derrière  la  porte,  lui  déchargea  sur  la  nuque  un 
grand  coup  de  cognée,  et  la  tête  roula  sur  l'aire  de  la  cuisine.  Puis  il 
hacha  le  corps  en  menus  morceaux  et  les  dispersa  de  tous  côtés,  pour 
les  empêcher  de  se  rejoindre.  Marie  retrouva  alors  la  paix  et  la  santé. 
Cependant,  quelque  temps  après,  par  une  froide  journée  d'hiver,  elle 
vit  entrer  dans  sa  cuisine  une  vieille  femme  dont  tous  les  membres  trem- 
blaient et  les  dents  claquaient  de  froid.  Elle  l'invita  à  s'approcher  du 
feu  et  à  se  chauffer.  La  vieille,  à  l'insu  de  la  jeune  fille,  jeta  dans  le 
bouillon,  qui  cuisait  sur  le  feu,  une  poudre  de  sa  façon,  puis  elle  s'en 
alla.  Les  trois  frères  rentrèrent  peu  après,  et  se  mirent  à  table.  Mais,  à 
la  première  cuillerée  qu'ils  mangèrent  de  leur  soupe,  ils  se  trouvèrent 
métamorphosés  en  corbeaux  et  s'envolèrent  par  la  fenêtre  en  faisant  : 
coac  !  coad...  Cependant,  ayant  de  partir,  un  des  corbeaux  (c'était  le 
frère  aîné)  dit  à  Marie  :  «  A  présent,  sœur  chérie,  il  te  faudra  ne  jamais 
prononcer  d'autre  parole  que  oui,  quoiqu'il  arrive,  et  cela  pendant  un  an 
et  un  jour;  autrement,  nous  resterons  toujours  corbeaux.  » 

Marie,  désolée,  se  remit  alors  en  route  pour  retourner  à  son  pays,  ne 
répondant  que  oui  à  toutes  les  questions  qu'on  lui  adressait,  de  sorte 
qu'on  la  prenait  pour  une  pauvre  idiote.  En  passant  à  Paris,  elle  alla 
frapper  à  la  porte  du  palais  du  roi.  Le  roi  la  fit  venir  en  sa  présence, 
l'interrogea,  eut  pitié  d'elle  et  donna  l'ordre  de  la  garder  au  palais  et  de 
la  bien  traiter.  La  reine  en  fit  sa  seconde  fille  de  chambre.  Mais  la  pre- 
mière camériste  devint  bientôt  jalouse  d'elle  et  complota  sa  perte  avec 
la  cuisinière.  Elles  tuèrent  le  chien  favori  de  la  reine,  puis  le  jeune 
prince,  enfant  de  trois  ou  quatre  ans  seulement  et  l'héritier  du  trône,  et 
accusèrent  Marie  de  tout.  Celle-ci  fut  interrogée,  et  comme  elle  répon- 
dait oui  à  la  question  si  elle  avait  commis  le  crime,  elle  fut  jetée  en  pri- 
son, pour  être  pendue  le  lendemain. 

Le  lendemain,  comme  elle  montait  à  l'échelle  du  gibet,  la  corde  au 
cou,  trois  corbeaux  s'abattirent  aux  pieds  du  roi  et  de  la  reine,  qui 
assistaient  au  supplice,  assis  sur  une  estrade,  et  se  changèrent  aussitôt 
en  trois  beaux  jeunes  hommes  dont  un  cria  au  bourreau  :  «  Holà  !  ne 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute- Bretagne.  441 

faites  pas  de  mal  à  cette  jeune  fille  !  »  Au  même  moment,  Marie  recou- 
vra la  parole,  car  l'an  et  le  jour  venaient  de  s'accomplir  sans  qu'elle  eût 
prononcé  d'autre  mot  que  oui,  et  elle  expliqua  tout  au  roi  et  à  la  reine. 
La  femme  de  chambre  et  la  cuisinière,  qui  avaient  fait  périr  le  petit  chien 
de  la  reine  ainsi  que  le  jeune  prince,  furent  jetées  dans  une  fournaise 
ardente.  La  reine  mourut  de  douleur  d'avoir  perdu  son  fils  unique,  et  le 
roi  épousa  Marie.  Les  trois  frères  épousèrent  aussi  des  filles  des  per- 
sonnes les  plus  notables  du  royaume,  et  il  y  eut,  pendant  tout  un  mois, 
de  belles  fêtes  et  des  festins  magnifiques . 

Nous  ne  pouvons  résister  à  la  tentation  de  reproduire  encore  intégra- 
lement la  jolie  légende  qui  porte  le  titre  de  «  La  petite  fille  dans  un 
puits,  »  et  par  laquelle  se  termine  le  livre  très  intéressant  de  M.  Sébillot. 

«  Il  y  avait  une  fois  une  petite  fille  qui  s'appelait  Oudelette.  Elle  demeu- 
rait dans  un  puits,  et  tous  les  jours  elle  faisait  sa  prière. 

Un  jour  elle  vit  le  bon  Dieu  et  lui  dit  : 

—  Bonjour,  Seigneur. 

—  Bonjour,  Oudelette,  répondit  le  Seigneur;  comment  te  portes- tu  ? 

—  Bien,  Seigneur  ;  et  vous  ? 

—  Te  plais-tu  dans  ce  puits,  Oudelette  ? 

—  Oui,  Seigneur,  mais... 

—  Mais  quoi,  Oudelette  ? 

—  Si  j'avais  une  jolie  petite  maison,  je  serais  encore  plus  contente. 

—  Eh  bien,  sois  bonne  petite  fille,  répondit  le  Seigneur,  et  tu  en 
auras  une. 

Le  soir  arriva  :  Oudelette  se  coucha  dans  son  puits,  comme  à  l'ordi- 
naire. Le  lendemain,  quand  elle  s'éveilla,  elle  se  vit  dans  une  belle 
chambre,  et  son  logis  était  entouré  d'un  joli  jardin,  où  il  y  avait  des 
poules  et  un  beau  coq  qui  faisait  :  cocorico  ! 

Elle  fit  sa  prière,  elle  vit  encore  le  Seigneur,  et  lui  dit  : 

—  Bonjour,  Seigneur. 

—  Bonjour,  Oudelette,  comment  te  portes-tu  ? 

—  Bien,  Seigneur,  et  vous  ? 

—  Es-tu  bien  contente  de  ce  que  je  t'ai  donné,  Oudelette  ? 

—  Oui,  Seigneur,  mais... 

—  Mais  quoi,  Oudelette  ? 

—  Si  j'avais  une  petite  vache  qui  donnerait  du  lait  et  du  beurre,  je 
serais  encore  plus  contente. 

—  Eh  bien,  sois  bonne  petite  fille,  et  tu  en  auras  une. 

Le  lendemain,  quand  Oudelette  se  réveilla,  elle  regarda  par  la  fenêtre 


442  Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne. 

et  vit  une  belle  vache  rouge  et  blanche.  Elle  était  si  contente,  qu'elle  en 
sautait  de  joie,  et  elle  se  mit  encore  à  dire  sa  prière.  Alors  le  Seigneur 
parut  et  elle  lui  dit  : 

—  Bonjour,  Seigneur. 

—  Bonjour,  Oudelette,  comment  te  portes-tu  ? 

—  Bien,  Seigneur,  et  vous  ? 

—  Es-tu  bien  contente  de  ce  que  je  t'ai  donné,  Oudelette  ? 

—  Oui,  Seigneur,  mais... 

—  Mais  quoi,  Oudelette? 

—  Si  j'avais  un  habit  couleur  de  ma  vache,  je  serais  encore  plus  con- 
tente. 

—  Sois  bonne  petite  fille,  Oudelette,  et  tu  en  auras  un. 

Le  lendemain,  quand  elle  se  réveilla,  elle  vit  auprès  de  son  lit  un 
habit  couleur  de  sa  vache.  Ce  jour-là  était  le  dimanche,  et  Oudelette 
devint  orgueilleuse  et  se  dit  en  elle-même  : 

—  Quand  on  va  me  voir  à  la  messe,  ainsi  vêtue,  tout  le  monde  va 
dire  :  «  C'est  Oudelette  qui  est  belle  !  » 

Elle  était  bien  joyeuse  et  elle  se  mit  à  dire  sa  prière,  et  le  Seigneur  se 
montra  encore. 

—  Bonjour,  Seigneur,  dit  Oudelette. 

—  Bonjour,  Oudelette,  comment  te  portes-tu  ? 

—  Bien,  Seigneur,  et  vous  ? 

—  Es-tu  contente  de  ce  que  je  t'ai  donné,  Oudelette  ? 

—  Oui,  Seigneur,  mais... 

—  Mais  quoi,  Oudelette  ? 

—  Si  j'avais  un  joli  petit  mari,  je  serais  encore  plus  contente. 

—  Sois  bonne  petite  fille,  et  tu  en  auras  un. 

Au  milieu  de  la  nuit,  Oudelette  entendit  frapper  à  sa  porte.  Elle  prit 
son  bel  habit  et  alla  ouvrir,  ne  sachant  trop  ce  qu'elle  allait  voir.  Ce 
qu'elle  vit...  elle  vit  le  maire  de  la  commune,  et  un  jeune  homme  avec 
lui  qui  venait  la  demander  en  mariage. 

Elle  était  si  contente,  qu'elle  ne  put  point  faire  sa  prière. 

Le  lendemain  matin,  quand  elle  se  réveilla,  elle  se  trouva  dans  son 
puits  :  sa  maison,  son  jardin,  sa  vache,  ses  habits  et  son  petit  mari,  tout 
cela  s'était  évanoui  comme  un  rêve  !  » 

Nous  n'avons  pas  encore  trouvé  cette  légende  en  Basse-Bretagne. 
Mais  le  thème  se  rencontre  dans  le  recueil  des  frères  Grimm,  sous  le 
titre  de  La  femme  du  pêcheur,  et  M.  Edelestand  du  Méril  l'a  également 
recueilli  en  Normandie,  associé  à  la  légende  du  bonhomme  Misère  et 
avec  un  dénouement  tragique.  Dans  ces  deux  versions,  en  effet,  inter- 


Les  Contes  populaires  de  la  Haute-Bretagne.  443 

vient  un  élément  qui  manque  ici,  ou  qui  du  moins  est  sensiblement 
atténué,  l'insatiable  cupidité  de  la  femme  du  pauvre  homme,  qui  cause 
la  catastrophe  finale  et  le  malheur  des  deux  époux.  C'est  plus  vrai,  peut- 
être,  mais  la  «  Petite  fille  dans  le  puits  »  de  la  version  du  pays  gallot 
nous  parait  plus  intéressante.  L'histoire  du  «  Pêcheur  »  des  «  Mille  et 
une  Nuits  »  pourrait  bien  être  le  prototype  de  toutes  les  versions  con- 
nues de  ce  thème. 

La  somme  des  contes  populaires  connus  aujourd'hui  est  considérable. 
Nous  en  avons  à  peu  près  de  tous  les  pays,  de  toutes  les  latitudes  et  de 
toutes  les  civilisations.  La  France  elle-même,  et  surtout  la  Bretagne,  a 
fourni  son  ample  contingent  à  la  masse  des  matériaux  dont  nous  dispo- 
sons actuellement,  grâce  à  MM.  Jean  Bladé,  Emmanuel  Cosquin,  Loys 
Brueyre,  Henri  Carnoy,  Charles  Deulin,  Nérée  Quépat,  Eugène  Rolland, 
Cerquand,  docteur  Fouquet,  Corentin  Tranois,  G.  Milin,  Paul  Sébillot 
et  quelques  autres.  Les  recherches  sont  poursuivies  avec  plus  d'ardeur  et 
de  méthode  que  jamais,  et  nous  savons  que  d'importantes  publications 
sont  encore  à  la  veille  de  paraître  sur  la  matière.  Le  moment  nous  semble 
venu  pour  la  critique  de  synthétiser  ces  documents  et  de  se  prononcer 
sur  certains  points  capitaux,  comme  par  exemple  celui  de  la  provenance 
et  de  la  diffusion  des  contes  populaires,  et  la  valeur  réelle  du  système 
mythique  et  météorologique,  qui  est  bien  séduisant,  et  par  lequel  tout 
s'explique  facilement,  trop  facilement  peut-être  pour  qu'on  y  ait  une  entière 
confiance.  Après  avoir  joui  d'une  grande  vogue,  grâce  à  quelques  noms 
dont  l'autorité  est  considérable,  ce  système  semble  aujourd'hui  perdre  du 
terrain  devant  un  mode  d'interprétation  qui  fait  une  large  part  à  l'évhé- 
mérisme.  Nous  croyons  qu'il  y  a  une  part  de  vérité  dans  les  deux  sys- 
tèmes, et  le  rôle  de  la  critique  est  aujourd'hui  d'essayer  de  déterminer 
cette  part  pour  chacun  d'eux. 

Quoi  qu'il  arrive,  M.  Sébillot  aura  fourni  une  part  très  respectable 
d'excellents  documents  pour  aider  à  cette  solution,  et  nous  ne  pouvons 
que  souhaiter  vivement  de  voir  son  exemple  et  sa  méthode  suivis  dans 
toutes  nos  provinces,  sinon  dans  tous  nos  départements,  ce  qui  serait 
préférable. 

F. -M.  Luzel. 


MÉLANGES. 


MERCURIUS  FINITIMUS. 

Des  travaux  de  rectification  exécutés  en  1822  à  la  route  royale  sur  le 
territoire  de  la  commune  de  Chorges  iHautes-Alpesi  amenèrent  la  décou- 
verte au  quartier  de  la  Couche,  au  lieu  dit  Mal  à  fosse,  d'un  petit  autel 
en  marbre  rouge  avec  base  et  couronnement  divisé  en  deux  fragments  '  ; 
cet  autel  porte  l'inscription  suivante  : 

DEO-ME 

RCVRIO 

FINITI 

MO-SEX 

AT-NEPO 

TIANVS 

VS-L-M- 

Deo  Mercurio  Finiîimo,  Sex(tus\  At(ilius)  Nepoîianus,  v(otum)  s[olvit) 
l(ibens)  m(eriîo). 

César,  dans  le  court  passage  qu'il  a  consacré  à  la  religion  de  nos 
ancêtres,  avait  cru  devoir  assimiler  au  Mercure  latin  le  dieu  suprême  de 
la  Gaule  :  Deum  maxime  Mercurium  colunt  ;  ejus  sunt  plurima  simulacra, 
hune  omnium  inventorem  arîium  ferunt,  hune  viarum  atque  itinerum  ducem, 
hune  ad  quesîus  pecuniae  mercaturasque  vim  maximam  arbitrantur2.  Les 
attributs  du  dieu  gaulois  étaient,  en  effet,  à  peu  près  identiques  à  ceux 
du  dieu  latin. 

L'inscription  de  la  Couche  est  la  seule  recueillie  sur  le  sol  de  l'an- 

1.  Au  couronnement  est  une  moulure,  lettres  de  forme  dite  rustique,  hauteur  0,57  c, 
largeur  au  milieu  0,24  c,  épaisseur  0,16  c. 

2.  Comment.  VI,  17. 


Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges.  445 

cienne  Gaule  qui  attribue  au  dieu  gaulois  le  surnom  de  Finitïmus  :  aussi 
ce  texte  est-il  pour  nous  d'un  grand  intérêt.  Finitimus,  c'est  le  dieu 
envisagé  comme  viarum  atque  iiinerum  dux,  c'est  le  dieu  qui  confine,  qui 
limite  deux  territoires.  S'agirait-il  de  la  province  des  Alpes  cottiennes  et 
de  la  province  Narbonnaise  ?  Je  suis  très  porté  à  le  croire.  On  sait  tout  le 
respect  que  les  anciens  professaient  pour  les  limites  :  afin  de  les  protéger 
contre  les  attentats,  ils  les  plaçaient  sous  la  protection  d'une  divinité. 
A  Rome,  ce  génie  tutélaire  a  été  longtemps  Jupiter  terminus  représenté 
par  un  bloc  de  pierre  brute  ou  par  un  pilier  à  tête  humaine.  En  Grèce, 
on  révérait  Mercure  sous  le  nom  à'Hermès  ;  ce  dieu  portait  aussi  le  nom 
d'Enodios.  Sur  une  pierre  gravée  antique,  le  dieu  gréco-latin  est  repré- 
senté touchant  une  colonne  milliaire  avec  son  caducée1.  On  pourrait 
peut-être  rapprocher  de  l'inscription  de  la  Couche  ce  texte  rapporté  par 
M.  Henzen  (5806)  FINIBVS  ET  GENIO  LOCI  etc.  C'est  vraisembla- 
blement au  dieu  Finitimus  qu'il  faut  attribuer  cette  expression  d'une 
inscription  d'Angleterre  qui  vias  et  semitas  commentus  est  (C.  I.  L.  VII, 
271). 

En  Gaule,  les  temples  de  ce  Mercure  viarum  atque  itinerum  dux  étaient 
fort  nombreux  ;  ils  s'élevaient  généralement  le  long  des  voies  et  de  pré- 
férence sur  les  cols  fréquentés  :  les  découvertes  en  font  foi. 

L'autel  de  la  Couche  est  aujourd'hui  conservé  au  musée  de  Gap2. 

Florian  Vallentin. 


LES  DIEUX  DE  LA  CITÉ  DES  ALLOBROGES. 

NOTE    ADDITIONNELLE. 

J'ai  consacré  au  début  de  ce  volume,  page  1  et  suiv.,  une  notice 
aux  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges  que  j'ai  cru  devoir  diviser  en  dieux 
nationaux  et  dieux  indigètes.  Parmi  les  dieux  nationaux  j'ai  classé  Sucel- 
/u5,  mentionné  sur  une  inscription  de  Vienne  et  déjà  connu  par  un 
monument  d'Yverdun  (Suisse,:.  Depuis  la  publication  de  cette  notice,  j'ai 
trouvé  dans  VEphemeris  epigraphica  un  texte  qui  m'avait  échappé  et  qui 
confirme  le  caractère  de  dieu  national  que  j'attribuais  à  Sucellus.  On  lit 
en  effet  dans  le  fascicule  de  1877,  p.  3 1 3,  n°  181 ,  cette  mention  :  Ebu- 

1.  R.  Ménard,  Mythologie  dans  l'art  ancien  et  moderne,  p.  486. 

2.  L'inscription  a  été  publiée  inexactement  par  Ladoucette,  Hist.  des  H.-Alpes.  3^  éd., 
p.  243  ;  je  l'ai  donnée  d'ans  Ma  visite  au  Musée  èpigraphique  de  Gap.  Vienne,  Savigné. 
1880,  in-8%  p.  5,  n°  3. 

Rev.  Celt.  IV  30 


446  Les  Dieux  de  la  cité  des  Allobroges. 

raci  item  prodierunt  nuper  annuli  argentei  duo  inscripti,  quos  a  reïiquiis  ejus 

oppidi  iitulis  secumgere  visum  non  est,  hi  :  a     cVrFI  ^     b-   TOT  ;  Jac. 

Raine  misit  cerae  impressos.  Sucellus  avait  ainsi  des  adorateurs  en  Angle- 
terre, à  Yorck  [Eburacum],  et  son  culte  n'était  pas  restreint  aux  Allobroges 
et  aux  Helvètes. 

J'ai  été  fort  surpris  en  lisant  dans  VEphemeris  Epigraphica  cette  anno- 
tation relative  à  Sucellus  :  ici  Suceli  nomen  hic  primum  legitur. 

Il  résulte  des  inscriptions  de  Vienne,  d'Yverdun  et  d'Yorck  que  le 
nom  du  dieu  s'écrivait  Sucellus  et  Sucelus  (à  moins  que  les  nécessités  de 
la  gravure  de  la  bague  aient  fait  supprimer  une  /). 

Aix-les-Bains,  à  l'époque  gallo-romaine,  était  sous  la  protection  d'une 
divinité  particulière  dont  le  nom  est  écrit  BORM  sur  deux  inscriptions 
que  j'ai  rapportées  d'après  M.  Allmer  ;  j'avais  lu  ce  nom  Bormo,  nom 
que  portait  le  dieu  des  eaux  thermales  de  la  France  centrale.  J'ai  eu 
l'occasion  depuis  lors  d'examiner  l'inscription  gravée  sur  une  longue 
bande  de  pierre  sciée  en  deux  parties  et  formant  les  deux  premières 
marches  de  l'escalier  par  lequel  on  descend  dans  un  vaporarium  antique 
(p.  6,  n°  2  de  mon  mémoire).  J'ai  constaté  un  intervalle  notable  entre 
l'M  de  BORM  et  le  premier  V  de  la  formule  V.  V.  S.  L.  M  ;  et  en  étu- 
diant de  plus  près  la  pierre,  j'ai  distingué  très  nettement  un  A  et  le  pre- 
mier jambage  d'une  N  après  l'M  de  BORM.  Il  résulte  de  là  que  le  génie 
protecteur  des  thermes  d'Aix-les-Bains  devait  s'appeler  BORMANus  ou 
peut-être  aussi  BORMANa.  Cette  constatation  n'est  pas  sans  importance: 
une  autre  station  d'eau  des  Allobroges  était  sous  la  protection  de  la  déesse 
Bormana;  chez  les  Voconces,  voisins  des  Allobroges,  et  dans  la  même 
province,  le  dieu  des  thermes  d'Aix  se  nommait  Bormanus  et  était  asso- 
cié à  une  déesse  Bormana. 

Ainsi  le  dieu  gaulois  qui  avait  dans  ses  attributions  les  eaux  thermales 
s'appelait  Bormo  et  Borvo  dans  la  France  centrale,  Bormanus  dans  la 
Provence,  et  Bormanicus  en  Espagne. 

J'ai  fait  part  de  mes  constatations  à  M.  Chabouillet,  qui  a  bien  voulu 
les  consigner  dans  le  savant  travail  qu'il  a  consacré  au  dieu  Bormo  dans 
la  Revue  archéologique. 

Je  n'ai  pas  l'intention  de  revenir  sur  les  Matrae  que  j'ai  étudiées  plus 
particulièrement  depuis  la  notice  de  cette  revue  :  je  tiens  toutefois  à 
signaler  à  Genève  une  inscription  à  ces  divinités  qui  m'avait  échappé  : 

XI.  Sur  une  bande  de  pierre  provenant  de  l'église  de  Saint-Pierre-ès- 
Liens. 

MATR-AVG-  ex  V. 


Taliesin's  little  World.  447 

Matris  Augusîis  ex  voto  (Blavignac,  Hisî.  de  l'Arch.  sacrée,  pi.  IV  ; 

Allmer,  op.  laud.,  t.  IV,  p.  47$). 

Florian  Vallentin. 


TALIESIN'S  LITTLE  WORLD. 

One  of  the  poems  in  the  so  called  'Book  of  Taliesin'  is  translated  in 
this  way  in  W.  F.  Skene's  'Four  ancient  Books  of  Wales'  (v.  I,  p.  541). 

SONG  TO  THE   LITTLE  WORLD. 

The  beautiful  I  sang  of,  I  will  sing. 

The  world  one  day  more. 

Much  I  reason, 

And  I  meditate. 

I  will  address  the  bards  of  the  world,, 

Since  it  is  not  told  me 

What  supports  the  world, 

That  it  falls  not  into  vacancy. 

Or  if  the  world  should  fall, 

On  what  would  it  fall  ? 

Who  would  uphold  it  ? 

The  world,  how  it  cornes  again, 

When  it  falls  in  decay, 

Again  in  the  enclosing  circle. 

The  world,  how  wonderfull  it  is, 

That  it  falls  not  at  once. 

The  world,  how  peculiar  it  is, 

So  great  was  it  trampled  on. 

Johannes,  Mattheus, 

Lucas,  and  Marcus, 

They  sustain  the  world 

Through  the  grâce  of  the  Spirit. 

The  following  quotations  will  show  that  the  assumption  of  the  world 
being  supported  by  the  four  Evangelists  is  also  to  be  found  elsewhere. 

In  the  Latin  dialogue  between  Adrian  and  Epictus  which  has  been 
published  by  J.  M.  Kemble  in  his  'Dialogue  of  Salomon  and  Saturnus'. 
London  1848,  we  meet  (p.  214)  with  the  following  questions  and 
answers  : 


448  Taliesin's  little  World. 

Quid  sustinet  celum  ?  Terra. 

Quid  sustinet  terram  ?  Aqua. 

Quid  sustinet  aquam  ?  Petra. 

Quid  sustinet  petram  ?  Quatuor  animalia. 

Quae  sunt  illa  quatuor  animalia?  Lucas,  Marcus,  Matheus,  Johannes. 

Quid  sustinet  illa  quatuor  animalia  ?  Ignis. 

Quid  sustinet  ignem  ?  Abissus. 

Quid  sustinet  abissum  ?  Arbor,  quae  ab  initio  posita  est,  ipse  est  Do- 
minus  Jésus  Christus. 

Prof.  K.  Bartsch  has  edited  a  Provençal  version  ofthis  dialogue  in  his 
Monuments  of  Provençal  literature,  p.  306  (Bibliothekdes  Litterarischen 
Vereins  in  Stuttgart,  vol.  XXXIX).  In  this  Provençal  version,  the  first 
question  is  missing;  the  following  ones  sound  like  a  mère  translation  : 
two  questions  only  are  mixed  into  one,  in  this  way  (p.  308)  : 

Que  soste  peira  ?  (Quid  sustinet  petram  ?)  Respos  :  Catre  bestias  que 
son  catre  evangelistas. 

Another  Provençal  version  has  been  given  by  Prof.  Bartsch  in  the 
'Germania'  vol.  IV,  p.  3 1 1;  it  is  as  follows  : 

Que  soste  la  terra  ?  Ayga. 

Que  soste  l'ayga  ?  Peyras. 

Que  soste  las  peyras  ?  MI.  evangelistas. 

Que  soste  los  MI.  evangelistas  ?  Fuoc  esperital,  en  lo  cal  es  la  ymage 
dels  angels  e  dels  archangels  e  la  figura. 

Que  soste  fuoc  esperital  ?  Abis. 

Que  soste  abis  ?  Albres  que  fou  plantatz  en  paradis,  en  aquell  albre 
estan  los  patriarchas  els  prophetas,  e  d'aquestz  albre  dis  la  sancta  escrip- 
tura,  que  soste  la  terra  e  la  mar  e  totz  lo  mon. 

Que  soste  aquest  albre  ?  Am  lo  comandamen  de  nostre  senhor  Ihesu 
Christz  et  am  la  gracia  del  sant  esperitz. 

In  the  English  version  of  'The  wyse  chylde  of  thre  yere  old'  which 
according  to  H.  Knust's  'Mittheilungen  aus  dem  Eskurial,'p.  621  (Bibl. 
des  Lit.  Vereins  in  Stuttgart,  vol.  CXLI)  is  a  nearly  exact  translation 
of  the  French  'L'enfant  sage  à  trois  ans',  similar  questions  and  answers 
are  found  : 

What  susteyneth  the  erthe  ?  The  water. 

What  susteyneth  the  water  ?  The  MI.  evangelistes. 

What  susteyneth  the  MI.  evangelistes  ?  The  spyrytuell  fyre. 

What  susteyneth  the  spyrytuell  fyre  ?  A  tree  the  whiche  was  planted  in 
paradise  in  the  begynnynge  whan  God  came  into  the  vyrgyn  Mary. 

From  a  Serbian  tract  consisting  of  questions  and  answers  called  'Slovo 


Taliesin's  Unie  World.  449 

0  nebesi  i  0  zerali'  i.  e.  'Sermo  de  coelo  et  de  terra',  which  has  been 
preserved  in  a  ms.  of  the  xvith  century,  Prof.  V.  Jagic  in  his  'Archiv  fur 
Slavische  Philologie',  vol.  I,  p.  95  ',  has  published  and  translated  the 
following  questions  and  answers  : 

What  supports  the  earth  ?  The  water. 

And  what  supports  the  water  ?  A  great  stone. 

And  what  supports  the  stone  ?  The  four-winged  (or  the  four  winged, 
animais. 

And  what  supports  the  four  animais  ?  The  fire,  out  of  which  warm 
sources  spring. 

And  what  supports  the  fire  ?  Another  fire,  twelve  times  greater  than 
the  former. 

And  what  supports  this  fire  ?  The  oak,  planted  before  ail  other  oaks, 
and  the  roots  of  this  oak  rest  on  the  Divine  power,  but  the  Lord  and 
the  Divine  power  hâve  no  beginning  and  no  end. 

Hère  is  at  last  a  Bulgaro-Slovenian  version  of  thèse  questions  and 
answers  the  original  text  in  Jagic,  loc.  cit.  p.  128). 

What  supports  the  earth  ?  A  great  water. 

What  supports  the  water  ?  A  very  flat  stone. 

What  supports  the  stone  ?  Four  golden  whales. 

What  supports  the  whales  ?  A  stream  of  fire. 

What  supports  the  fire  ?  Another  fire,  twice  as  great. 

What  supports  this  fire  ?  An  iron-oak  which  was  planted  before  al 
other,  the  roots  of  which  rest  on  the  power  of  God  2. 

It  is  easily  perceived  that  ail  thèse  texts  are  founded  on  the  same 

cosmological  séries?,  and  that  the  four  Evangelists  or  their  symbols, 

the  four  animais  in  the  vision  of  Ezechiel  and  in  the  Apocalypse,  are 

to  be  found  in  ail.  Thèse  last  were  also  originally  intended  in  both  Slavo- 

nian  texts. 

Reinhold  Kœhler. 


i.  1  gave  in  the  same  Magazine,  p.  535  sq..  with  the  exception  of  the  Welsh  poem 
which  was  unknown  to  me  at  the  time,  the  parallel  passages  which  I  hère  repeat. 

2.  I  am  indebted  to  prof.  Jagic  for  the  translation  of  this  passage,  and  for  the  commu- 
nication of  the  title  of  the  Serbian  tract. 

3.  A  passage  in  the  Spanish  Chap-book  'Histcria  de  la  Donzella  Theodor'  might  also 
be  quoted.  But  as  the  four  Eléments  take  the  place  of  the  four  Evangelists  in  it,  1  do  not 
take  it  into  considération  hère  and  I  refer  the  reader  to  my  notice  in  the  Archiv  fur 
Slavische  Philologie,  vol.  1  p.  336,  and  to  H.  Knust,  loc.  cit.  p.  621  and  626. 


4jo  Le  breton  dans  maistre  Pathelin. 

LE  BRETON  DANS  MAISTRE  PATHELIN. 

I. 

La  farce  de  Maistre  Pathelin  nous  offre,  à  côté  de  divers  passages  en 
différentes  langues  et  patois,  un  échantillon  du  breton  du  xve  siècle. 

M.  Génin,  lorsqu'il  publia  une  édition  de  cette  comédie,  Paris,  1854, 
en  demanda  l'explication  à  M.  Souvestre.  «  Pour  l'éclaircissement  de 
cette  tirade,  dit-il,  j'insère  ici  la  lettre  d'un  excellent  homme,  dont  la 
perte  récente  n'afflige  pas  moins  les  gens  de  bien  que  les  littérateurs.  » 
Suit  la  lettre  de  M.  Souvestre  :  «  Voici  vos  vers  bretons  de  Pathelin 
restitués.  Il  m'a  fallu  pour  cela  un  jour  entier.  Si  vous  désirez  le  mot  à 
mot,  je  puis  vous  l'envoyer.  Ce  sont,  comme  vous  pouvez  le  voir,  des 
phrases  décousues  et  sans  liaison....  Il  y  a  ici  des  proverbes,  des  vers 
de  prophétie,  d'autres  empruntés  sans  doute  à  des  poèmes  bretons  du 
temps,  d'autres  inventés,  le  tout  entremêlé  d'une  manière  grotesque  pour 
reproduire  le  désordre  de  la  folie.  —  Emile  Souvestre.  » 

Voici  le  commentaire  de  M.    Souvestre  sur  le  texte  breton  que  lui 
avait  envoyé  Génin,  avec  son  breton  «  restitué  »  : 
Ha  houl  danta  houlen  ra  vezeie 
Korfa  e  nef 
(On  voit)  la  mer  mordre  avec  ses  dents,  la  vague  cueillir  le  goémon, 
le  fond  du  lit  se  gonfler. 

Chili  0  bezou  drougnoz,  badou 
Vous  aurez  des  mauvaises  nuits,  des  étourdissements. 

Dïgant  anken  en  ho  madou 
Avec  du  déplaisir  dans  vos  biens. 

En  pedid  diskuized  buan 
A  prier  on  se  délasse  bien  vite. 

Kalz  kevïen  zodre  douche  aman 
Beaucoup  de  paysans  sont  ici  parmi  les  pourceaux. 

Eny  zu  bel  grad  e  kanou 
Il  y  a  eu  là  des  divertissements  et  des  chants. 

Marzrec'het  kruz  dan  holl  kon 
Des  fourmis  de  marais  dans  tous  les  coins. 

Zo  ol  oz  marvail  gand  maczounn 
La  grue  qui  sert  aux  maçons  est  une  merveille. 

Aluzen,  archer,  he  pysy 
Archer,  vous  recevrez  l'aumône. 


Le  breton  dans  maistre  Pathelin.  45 1 

Ha  kalz  amour  ha  kouriesy 

Avec  beaucoup  d'amour  et  de  courtoisie. 

«  Mon  texte,  au  premier  abord,  ajoutait  Souvestre,  vous  paraîtra 
s'éloigner  beaucoup  du  texte  imprimé,  parce  que  j'ai  rétabli  l'orthographe 
bretonne  défigurée  par  l'ignorance  des  éditeurs,  mais  en  prononçant,  il 
n'y  a  presque  pas  de  différence.  » 

Le  breton  prétendu  restitué  de  M.  Souvestre  n'est  d'aucune  époque 
et  n'a  jamais  été  parlé  :  il  n'a  existé  que  dans  son  imagination.  M.  Sou- 
vestre, d'ailleurs,  ne  s'est  jamais  donné  pour  critique  ni  philologue  : 
c'était  un  littérateur  distingué  que  l'amour  de  son  pays  a  souvent  bien 
inspiré.  Son  travail  est  tout  à  fait  dans  le  ton  et  la  note  des  érudits  bre- 
tons de  l'ancienne  école. 

Le  texte  breton  qu'il  a  eu  sous  les  yeux  a  été  tiré  par  Génin  de  l'édi- 
tion de  Germain  Bénéaut  de  1490.  Génin  avait  à  sa  disposition  deux 
manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  ;  l'un  porte  actuellement  le 
n°  25467;  l'autre,  incomplet,  connu  sous  le  nom  de  manuscrit  Bigot,  a 
le  n°  1 5080. 

Il  existe  un  troisième  manuscrit  dont  Génin  parle  et  qu'il  n'a  pas  vu. 
Plus  heureux  que  lui,  nous  avons  pu  le  consulter,  grâce  à  l'obligeance 
de  son  possesseur  actuel,  M.  Téchener.  C'est  un  manuscrit  très  facile  à 
lire,  et  écrit  avec  le  plus  grand  soin. 

Ce  manuscrit  porte  le  texte  breton  que  nous  avons  trouvé  dans  toutes 
les  éditions,  sans  exception,  de  la  fin  du  xve  et  du  xvie  siècle  que  nous 
avons  examinées  à  la  Bibliothèque  nationale. 

Le  voici  :  Pathelin  n'ayant  pu  faire  fuir  le  drapier  en  lui  parlant 
flamand,  limousin,  gascon,  etc.,  ni  le  convaincre  complètement  de  sa 
folie,  a  recours  au  breton. 

Haoul  dan  da  oui  en  ravezeie 
Corf  ha  en  euf. 

GU1LLEMETTE. 

Dieu  vous  ayst. 

PATHELIN. 

Huiz  oz  bez  ou  drouc  noz  badou 
Di  gant  an  tan  en  hol  madou 
Empedif  dich  gui  ceb  unan 
Quez  queuient  ob  dre  douch  ama 
Menez  cahet  hoz  bouzelou 
Eny  obet  grande  canou 
Maz  rehet  crux  danholcon 
So  ol  oz  merveil  gant  nacon 


4$ 2  Le  breton  dans  maistre  Pathelin. 

Aluzen  archet  hop  ysy 
Har  calz  amour  ha  courtesy 

Dans  ce  manuscrit,  le  t  et  le  c  s'écrivent  à  peu  près  de  même  façon 
et  sont  très  difficiles  à  distinguer  l'un  de  l'autre. 

Ce  texte  se  retrouve,  à  peu  de  chose  près,  à  la  marge  du  ms.  Bigot, 
à  côté  du  texte  fort  différent  de  ce  manuscrit.  Ce  sont  des  corrections 
au  texte  du  manuscrit,  à  ce  qu'assure  l'auteur.  Voici  ce  que  nous  trou- 
vons, en  effet,  à  la  ire  page,  en  marge,  à  droite  du  texte  : 

«  Nota  que  ce  qui  est  escrit  au  dessus  l'original  gothique  est  corrigé 
sur  cet  exemplaire  imprimé.  » 

Il  a  donné  plus  haut  le  titre  et  la  date  de  cet  exemplaire  imprimé  : 

«  Maistre  Pierre  Pathelin  de  nouveau  reveu  et  mis  en  son  naturel. 
Paris,  par  Pierre  Nénier,  portier  de  la  porte  Saint- Victor,  1619,  in-12, 
83  pages.  » 

Nous  y  relevons  quelques  variantes  insignifiantes.  Au  second  vers, 
Jacquemelle  s'écrie  :  Dieu  vous  bénie.  —  Au  $e,  empedi  au  lieu  à'empe- 
dif,  guicheb  nuan  au  lieu  de  gu.kebu.nan.  —  Au  6e,  quels  que  vient  et  do 
chanan.  —  Au  7e  menez  achet.  —  Au  10e,  grand  pour  gant.  —  Au  12e, 
har  calaz  pour  har  calz. 

Le  texte  breton  des  éditions  ne  présente  pas  une  seule  variante  digne 
d'attirer  les  regards  du  critique. 

L'édition  de  Germain  Bénéaut  qui  a  servi  de  base  à  Génin,  comme  il 
le  dit  lui-même,  et  qu'on  reporte  à  l'année  1490,  reproduit  exactement 
le  texte  du  manuscrit  Téchener.  Elle  porte  à  la  Bibliothèque  nationale 
le  n°  440  5 . 

L'édition  Galiot  du  Pré  (n°  4406)  de  1532  porte  :  Dieu  vous  bénie, 
et  au  dernier  vers  :  Calas.  Pour  le  reste,  elle  est  identique  à  l'édition 
d'Antoine-Urbain  Coustelier  (1723,  n°  4409)  qui  reproduit  un  texte  plus 
ancien,  et  ne  s'éloigne  pas  du  texte  que  nous  avons  donné.  De  même 
pour  les  éditions  les  plus  anciennes. 

Edition  Jehan  Trepperel  sans  date  (n°  4458),  et  qui  compte  parmi  les 
plus  anciennes  :  peu  de  chose  à  remarquer  :  cale  au  dernier  vers  ;  mau- 
vaise écriture  évidemment  pour  calz  ;  archer  pour  archet  ;  maçon  pour 
nacon. 

Edition  Pierre  Levet  (n°  4405)  et  qu'on  reporte  à  l'année  1489  :  rien 
à  remarquer  ;  le  p  y  ressemble  à  l'v  ;  l'r  au  z  et  à  \'i. 

Les  autres  éditions  moins  anciennes  reproduisent  le  texte  du  manuscrit 
Téchener.  On  pourrait  donc  considérer  ce  manuscrit  comme  la  source 
de  toutes  nos  éditions  de  Pathelin,  au  point  de  vue  du  passage  breton, 


Le  breton  dans  maistre  Pathelln.  453 

bien  entendu,  s'il  était  prouvé  qu'il  est  plus  ancien  que  les  premières 
éditions. 

Pathelin  a  été  traduit  dès  le  commencement  du  xvie  siècle  en  latin 
par  un  Allemand  qui  avait  séjourné  à  Paris,  Connibert.  Il  a  reproduit  le 
texte  breton  jusqu'au  7e  vers  inclusivement. 

Bibliothèque  nationale  (n°  23291.  Comcedia  nova  quae  Veterator  ins- 
cribitur  alias  Pathelinus  per  Al.  Connibertum.  Parisiis,  Gui.  Eusch  1 5 12 
(12-16  Goth.  de  47  ff.). 

Connibertus  prête  au  drapier  et  à  la  femme  de  Pathelin  ce  dialogue  à 
la  suite  des  vers  bretons  : 

Britannicum  certo  esse  sermonem  hune  puto. 

Uxor. 
Sein  tu  quid  est  ?  advenit  e  Britannia 
Pridem  sui  mater  patris.  Nunc  est  ei 
In  ore  sermo  propter  id  britannicus. 

En  résumé,  pour  le  texte  breton  que  nous  avons  donné,  la  source  est 
unique,  et  nous  en  sommes  réduits  au  texte  même  du  manuscrit.  Le 
passage  présente-t-il  un  sens  continu  ?  Nous  le  croyons.  Les  autres  pas- 
sages en  patois,  au  moins  ceux  qu'on  a  pu  déchiffrer,  ne  présentent  pas 
des  mots  ni  des  vers  sans  suite,  comme  l'a  supposé  M.  Souvestre  pour 
celui  qui  nous  occupe. 

Quelle  valeur  faut-il  attribuer  à  ce  texte  et  dans  quelle  mesure  l'inter- 
prétation doit-elle  tenir  compte  de  l'orthographe  du  mot  écrit  ? 

Il  est  évident  que  ce  texte  n'a  pas  été  écrit  par  un  Breton  :  un  Breton 
n'aurait  pas  écrit  huiz,  ni  gukebmann,  etc.  Il  est  non  moins  évident  que 
ce  texte  n'a  pas  été  écrit  sous  la  dictée,  mais  qu'il  a  été  copié  sur  un 
autre  texte  :  il  ne  peut  reproduire  la  prononciation.  Donc  :  i°  le  texte 
est  altéré  ;  20  tout  changement  dans  l'orthographe  du  mot  qui  ne  pourra 
pas  se  justifier  par  des  raisons  paléographiques  donnera  une  interpréta- 
tion hasardée  et  sans  fondement  sérieux. 

Partant  de  ces  principes,  nous  avons  essayé  une  interprétation  de  ce 
texte,  mais  nous  avouons  n'être  pas  arrivé  à  un  résultat  bien  satisfaisant, 
si  ce  n'est  pour  le  premier  et  le  second  vers.  Voici  comment  nous  pro- 
posons de  les  lire  : 

Ha  i  oui  fou  ha  ol)  d'an  diaoul  en  ravezeic 

Corf  ha  en  ef  (ou  même  en  euf,  en  prononçant  euf  à  la  française) . 

«  Plût  au  ciel  qu'il  fût,  ou  Puisse-t-il  être  tout  entier  au  diable  corps 
et  âme  ».  Le  vers  est  parfaitement  breton  ;  l'absorption  de  Yl  paléogra- 
phiquement  ne  présente  aucune  difficulté  ;  enfin  l'exclamation  de  Guil- 
lemette  :  Dieu  vous  ayst,  s'explique  d'elle-même. 


454  Le  breton  dans  maistre  Pathelin. 

Le  reste,  nous  ne  le  donnons  qu'à  titre  de  conjecture 

3  Hui  roz  bezou  drouc  noz  badou 

4  Digant  an  can  (ou  eau)  en  hoz  madou 
j  Empedif  dich  guitebunan 

6  Quet  querent  ol  dre  douchaman 

7  Ma  nez  cahet  hoz  bouzelou 


9  Maz  rehet  truez  d'an  hol  con 

i  o  So  ol  oz  mervel  gant  nafon 

i  i  Aluzen  archet  ho  pysy 

1 2  Hoz  calz  amour  ha  courtesy . 


Puissiez-vous  avoir  mal  la  nuit  durant  (ou  des  étourdissements) 
Avec  le  chant  (ou  les  lamentations) 
Dans  vos  biens, 

5  Priant  (ou  prier)  pour  vous  à  l'envi 

6  Tous  vos  parents  par  crainte 

7  Que  vous  ne  rendiez  (cacetis)  vos  entrailles 

8  Vous  aurez  d'eux  ses  lamentations  ou  des  chants 
ou  En  faisant  de  grandes  lamentations  (?) 

9  A  tel  point  que  vous  feriez  pitié  aux  chiens 

io  Qui  meurent  de  faim  (m.-à-m.  :  qui  sont  à  mourir  de  faim) 

1 1  Vous  aurez  (ou  puissiez-vous  avoir)  l'aumône  d'un  cercueil 

12  Contre  beaucoup  d'amour  et  de  courtoisie. 

Nos  modifications  sont  toutes  très  simples  paléographiquement.  Au 
premier  vers,  nous  changeons  z  en  r,  confusion  perpétuelle  dans  l'écri- 
ture des  monuments  et  des  éditions  de  l'époque. 

Pour  Guitebunan  et  le  changement  de  c  en  *,  même  remarque. 

Quez  que  vient  ne  présente  aucun  sens  ;  quetquerent  en  a  un  ;  on  trouve 
dans  le  Catholicon  :  Quetbreudeur . 

Douchaman  pour  douchama  a  pour  lui  la  rime  avec  le  vers  précédent, 
les  variantes  et  le  fait  que  très  souvent  la  nasale  ne  se  trahit  que  par  un 
léger  signe  que  le  copiste  néglige  souvent. 

Pour  le  vers  8  le  texte  nous  semble  désespéré. 

Truer  pour  crux  s'explique  paléographiquement  tout  seul.  La  fin  hol 
con  donne  un  sens  assez  singulier,  il  faut  l'avouer.  Nous  adoptons  hoz 
pour  le  dernier  vers,  parce  que  la  présence  du  z  ou  de  l'r  dans  les  édi- 
tions et  le  manuscrit  demeurerait  sans  cela  inexplicable.  L'h  de  hoz  qui 
devrait  s'écrire  oz  n'a  rien  d'étrange  pour  qui  connaît  la  prononciation 
bretonne. 


Le  breton  dans  maistre  Pathelin.  45  j 

II. 

Les  deux  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  nous  donnent  deux 
passages  bretons  parfaitement  ignorés  jusqu'ici  et  que  nous  n'aurions 
pas  connus,  si  M.  Gaidoz  ne  nous  avait  poussé  à  étudier  le  passage 
breton  imprimé,  le  seul  qu'on  ait  signalé  et  qui  ait  été  l'objet  d'une  ten- 
tative- d'interprétation. 

Voici  le  passage  breton  du  manuscrit  Bigot  (n°  15080).  La  lecture 
de  ce  manuscrit  n'offre  pas  la  moindre  difficulté. 
Ha  ul  deaul  en  ramansaist 
Truf  enym  ha  hon 

GUILLEMETTE. 

Dieu  vous  aist. 

PATHELIN. 

Hur  0  peiso  dor  met  badou 
Yne  thomas  fort  en  bacon 
En  ar  en  dehas  en  aualen 
Hac  a  gazas  tu  libostren 
Petra  dont  et  ny  a  coste 
A  trou  mare  a  fogade 
He  ben  amon  de  corthesy. 
Les  deux  premiers  vers  paraissent  une  mauvaise  copie  du  texte  que 
nous  offre  le  manuscrit  Téchener.  Les  vers  étant  de  huit  pieds,  il  est 
clair  qu'un  pied  a  été  supprimé  :  c'est  dan  que  nous  avons  ailleurs. 
Reman  saist  s'explique  :  un  des  traits  de   L>i  appartient  à  Va,  les  deux 
autres  au  v  de  raveze;  la  finale  st  a  été  ajoutée  par  le  copiste  pour  rimer 
à  l'œil  avec  aist. 

Ha  ol  Cou  ha  iouï)  d'an  dial  en  raveze. 
Deaul  confirme  notre  façon  de  lire  daoul.  Hur  opeis  est  pour  huio  pezo. 
Le  reste  est  une  énigme  que  nous  n'essayons  pas  d'interpréter. 
Le  thoinas  du  second  vers  paraît  être  pour  chômas.  Les  mots  sont 
bretons  :  voilà  tout  ce  que  nous  en  pouvons  dire. 

Le  passage  breton  du  manuscrit  25467  (du  fonds  La  Vallière)  n'a 
aucun  rapport  avec  ceux  que  nous  venons  de  donner.  L'écriture  en  est 
difficile  et  nous  n'en  serions  pas  venu  à  bout  sans  l'obligeance  de 
M.  Morel-Fatio  qui  a  bien  voulu  nous  prêter  ses  yeux.  Ce  qui  en  rend 
la  lecture  et  l'interprétation  encore  plus  difficiles,  c'est  que  le  breton  y 
parait  entremêlé  de  français.  Nous  donnons  ce  passage  sans  l'interpréter 
et  sans  même  en  garantir  la  lecture. 


45 6  Le  breton  dans  maistre  Pathelin. 

Chetu  vng  gasec  que  jous  bien 
Je  you  peurs  trou  maria 
De  damez  pigaloya 
En  bado  me  chanse  cropen 
Quemeredol  a  huy  enten 
Laquet  damez  vng  men  eodic 
Debreî  tu  et  dedans  lamadic 
Mayd  i  nemo  en  ho  huy 
En  rebre  (ou  rebic)  en  fery 
Dybret  can  a  tu  mons  tu  bran 
Fut  lâche  HJI/um  a  lady  van  (ou  nan) 
Ne  sont-il  ja  vng  beau  p  ho  py. 
Les  deux  premiers  vers  offrent  un  sens  clair  et  satisfaisant. 

Voilà  une  jument  que  j'ai  bien  entendue 
(Guillemette  vient  de  parler)  ; 

J'ai  eu  peur,  madame  Marie. 
Us  de  peurs  ressemble  singulièrement  à  un  i. 
Le  troisième  vers  est  incomplet  :  il  n'a  que  sept  pieds. 
Le  quatrième  est  inintelligible  pour  nous. 
Le  cinquième  est  très  clair  : 

Prenez  tous,  comprenez-vous. 
Il  a  pour  nous  ce  mérite  de  montrer  que  ce  passage  a  dû  être  écrit  par 
un  Français  sous  la  dictée  d'un  Breton,  au  moins  à  l'origine.  On  prononce 
en  effet  quemeredol,  mais  on  écrit  et  on  a  toujours  écrit  quemeret  oll. 
Le  vers  6  signifie  :  J'en  ai  mis  un  dans  ma  pochette  (probablement). 
Le  vers  7  a  un  pied  de  trop.  Debret  tu  et  est  peut-être  pour  débret, 
cuet  :  mangez,  cachez  [lamadic  :  promptement) .  Le  reste  est  évidemment 
tronqué  et  altéré.  Le  vers  9  semble  prouver  que  ce  passage  a  été  trans- 
crit et  que  ce  texte  n'est  qu'une  copie  d'un  autre  plus  ancien,  écrit, 
comme  nous  l'avons  dit,  sous  la  dictée  d'un  Breton.  Il  n'a  que  six  pieds 
et  le  doit  sans  doute  à  des  abréviations  mal  comprises. 

Le  dernier  vers  est  évidemment  à  peu  près  tout  entier  français,  sinon 
complètement.  Le  personnage  qui  parle  semble  inviter  à  prendre  ou  à 
manger  quelque  chose  :  voilà  tout  ce  que  nous  pouvons  conjecturer  et 
encore  n'en  sommes-nous  nullement  sûr. 

Cette  étude  du  breton  nous  a  amené  aussi  à  constater  qu'il  n'y  avait 
pas  une  seule  édition  critique  de  la  farce  de  Maistre  Pathelin.  Le  dernier 
manuscrit  cité  (n"  25467),  d'une  lecture  difficile,  semble  en  effet  n'avoir 
pas  été  mis  à  contribution  par  les  différents  éditeurs  de  Pathelin  depuis 
ceux  du  xvie  siècle  jusqu'à  Génin. 

J.  Loth. 


Société  pour  la  conservation  de  la  langue  Irlandaise.  457 

LA  SOCIÉTÉ  POUR  LA  CONSERVATION   DE  LA  LANGUE 
IRLANDAISE. 

Il  s'est  fondé  il  y  a  trois  ans,  à  Dublin,  une  société  intitulée  «  Société 
pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise  »,  dans  le  but  i°  d'encou- 
rager l'usage  familier  de  la  langue  chez  ceux  qui  la  savent  ;  20  de  favo- 
riser la  formation  de  classes  et  la  formation  de  sociétés  paroissiales  ou 
autres;  50  d'obtenir  que  l'irlandais  soit  enseigné  dans  les  écoles  primaires 
de  l'Irlande,  spécialement  dans  la  partie  du  pays  où  l'on  parle  irlandais  ; 
40  de  publier  des  ouvrages  élémentaires  à  bon  marché  pour  l'étude  de 
l'irlandais  et  de  fournir  ces  livres  à  prix  réduits  aux  classes  et  aux 
sociétés  locales  affiliées  à  la  société.  Le  patron  de  la  Société  (selon  l'usage 
anglais  de  placer  une  société  sous  un  patronage  éminent)  est  Mgr  Mac- 
Haie,  archevêque  catholique  de  Tuam,  le  traducteur  d'Homère  en  gaé- 
lique, et  dont  on  connaît  le  zèle  et  l'amour  pour  la  langue  nationale  : 
parmi  les  vice-présidents,  nous  remarquons  le  nom  du  «  maréchal 
Mac-Mahon,  ex-président  de  la  République  Française  »_,  nom  dont  l'Ir- 
lande est  fière. 

Le  succès  a  été  plus  grand  qu'on  n'eût  pu  le  présumer  d'une  entre- 
prise généreuse,  mais  tardive.  La  Société  a  obtenu  que  l'irlandais  fût 
placé,  dans  le  programme  des  écoles  primaires,  comme  objet  facultatif 
au  même  titre  que  le  latin,  le  grec  et  le  français,  et  donnant  droit  comme 
ces  dernières  langues  à  des  récompenses  en  argent.  L'irlandais  est  ainsi 
relevé  aux  yeux  des  instituteurs  et  il  sort  du  long  opprobre  où  le  tenaient 
systématiquement  les  écoles  primaires.  Sous  les  auspices  de  la  Société, 
des  maîtres  d'école  et  des  curés  ont  ouvert  des  classes  d'irlandais  pour 
les  enfants  et  jeunes  gens  des  villages,  et  des  sociétés  locales  se  sont 
formées  pour  entretenir  l'usage  de  la  langue  chez  les  adultes.  Nous 
avons  la  liste  de  ces  classes  et  de  ces  sociétés  dans  une  sorte  de  bulletin 
ou  rapport  pour  l'année  1880  que  la  société  vient  de  publier.  Ce  rapport 
contient  une  lettre  de  M.  Zimmer,  de  Berlin,  approuvant  l'objet  de  la 
société  et  rendant  à  un  modeste  homme  de  cœur  un  hommage  bien 
mérité.  M.  Zimmer  rappelle  que  depuis  un  quart  de  siècle  M.  l'abbé 
Ulick  Bourke,  de  Tuam,  travaillait  avec  ses  seules  forces  à  cette  œuvre 
patriotique.  Il  a  été  et  l'ouvrier  de  la  première  heure,  et  l'homme  qui 
ne  désespère  pas  :  les  Irlandais  ne  devront  pas  l'oublier. 

Après  avoir  publié  successivement  trois  brochures  de  grammaire  élé- 
mentaire ' ,  qui  se  sont  vendues  à  des  milliers  d'exemplaires,  la  société  a 

1.  First  Irish  Book,  48  p.  (31,071  exemplaires   vendus  au  31    décembre  1879);  — 


45 8  Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise. 

pensé  à  publier  des  livres  d'explication  et  de  lecture.  Le  premier  volume 
(seul  paru  encorei  de  cette  collection  est  formé  par  la  première  partie  de 
la  «Poursuite  de  Diarmuid  et  de  Grainné  »,  épisode  du  cycle  ossianique, 
texte,  traduction  anglaise  et  glossaire  '. 

L'exemple  de  la  «  Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise  » 
a  suscité  la  naissance  de  deux  autres  sociétés,  la  'Craobh  ruadh'  («  la 
branche  rouge  »)  et  fl'Union  Gaélique'.  Nous  ignorons  ce  qu'a  fait  la 
première  ;  tant  qu'à  la  seconde,  elle  s'occupe  de  fournir  des  textes  de 
lecture  à  ce  jeune  public  irlandais.  Elle  vient  de  publier  le  célèbre  dia- 
logue de  Patrice  et  d'Oisin  (Ossian)  sur  Tir  na  n-ôg  ou  le  pays  de  l'éter- 
nelle jeunesse  2  ;  elle  publie  par  livraisons  la  traduction  irlandaise  de 
l'Imitation  de  Jésus-Christ  de  l'abbé  Daniel  O'Sullivan,  et  elle  annonce 
l'intention  de  republier  le  texte  irlandais  de  la  curieuse  histoire  d'Irlande 
de  Keating. 

La  langue  et  la  littérature  irlandaise  auront-elles  leur  été  de  la  Saint- 
Martin  ?  Nous  le  souhaitons  sans  beaucoup  y  croire.  Il  y  a  un  demi-siècle, 
lorsque  l'irlandais  était  encore  presque  universellement  parlé  en  Irlande, 
lorsque  O'Connell  pouvait  s'adresser  en  irlandais  aux  auditeurs  des  mee- 
tings populaires,  alors  on  pouvait  relever  l'irlandais  d'un  abaissement 
de  trois  siècles,  et  en  faire  une  langue  littéraire  et  nationale.  Il  suffisait 
d'apprendre  à  ce  peuple  à  lire  et  à  écrire  la  seule  langue  qu'il  sût  parler. 
Aujourd'hui  il  n'en  est  plus  de  même  :  l'irlandais  a  perdu  une  immense 
étendue,  et  c'est  en  anglais  que  ses  paysans  organisent  aujourd'hui  la 
grève  des  loyers.  Bien  plus,  l'orthographe  de  la  langue  irlandaise  nous 
paraît  compliquer  la  difficulté  de  cette  œuvre  de  revendication.  Cette 
orthographe  est  historique  et  ne  correspond  plus  à  la  langue  parlée  : 
c'est  un  peu  comme  si  nous  écrivions  le  français  avec  l'orthographe  du 
xme  siècle.  Pour  faire  renaître  la  langue  irlandaise,  comme  un  nouveau 
phénix  de  ses  cendres,  il  eût  fallu,  à  notre  avis,  lui  donner  une  ortho- 
graphe scientifiquement  phonétique  en  caractères  latins.  Les  réforma- 
teurs de  Dublin  ne  l'ont  point  voulu.  Peut-être,  à  un  autre  point  de  vue, 
ont-ils  eu  raison.  Ils  auraient  pu  ne  pas  s'entendre  sur  le  choix  d'une 
nouvelle  orthographe,  tandis  que  l'ancienne  est  (pour  reprendre  un  mot 
célèbre)  ce  qui  les  divise  le  moins. 

Puisse  l'œuvre  des  sociétés  irlandaises  avoir  un  plein  succès  !  Puis- 


second  Irish  Book,  112  p.  (14,075  exempl.  vendus  à  la  même  date);  —  Third  Irish 
Book  134  p.  (publié  beaucoup  plus  tard  que  les  précédents).  Le  premier  coûte  2  d.,  le 
second  à,  à.  et  le  troisième  6  à.  Dublin,  Gill. 

1.  The  Pursuit  of  Diarmuid  and  Grainne.  Part.  1  ;  xvi-142  p.in-12.  Dublin,  Gill,  1880. 
Prix  :   1  s. 

2.  The  Lay  of  Oisin  on  the  Land  of  the  Young.  x-i  18  p.    in-i8.  Dublin.   Chamr.ey, 
1880.  Prix  :  1  s. 


Société  pour  la  conservation  de  la  langue  irlandaise.  459 

sent-elles  maintenir,  dans  les  rares  cantons  où  l'indifférence  ne  l'a  pas 
encore  éteinte,  cette  vieille  langue  qui  a  eu  une  littérature  si  riche,  si 
remarquable  et  si  épique  !  Que  le  peuple  irlandais  du  Munster,  du  Con- 
naught  et  du  Donegal  apprenne  dans  sa  langue  le  respect  et  l'orgueil  de 
son  passé  !  Là  est  la  dignité  nationale  d'un  peuple  et  la  justification  de 
ces  revendications  politiques  qui,  depuis  la  conquête  anglaise,  n'ont  cessé 
de  gronder  sur  le  sol  irlandais. 

Cette  propagande  peut  aussi  avoir  d'heureuses  conséquences  dans  un 
ordre  de  choses  plus  modeste,  mais  qui  n'est  pas  sans  intérêt.  Parmi  ces 
maîtres  d'école,  ces  jeunes  gens  qui  étudient  par  pur  enthousiasme  leur 
langue  à  demi  oubliée,  peut-être  en  est-il  que  l'ange  de  la  philologie 
touchera  de  son  aile  !  peut-être  y  a-t-il  parmi  eux  des  O'Donovan  et 
des  O'Curry  qui  s'ignorent  !  Les  hommes  commencent  à  manquer  en 
Irlande  à  la  littérature  et  à  l'histoire  nationales.  Dût-elle  être  passagère, 
cette  renaissance  aurait  fait  une  œuvre  utile  en  suscitant  et  en  mettant 
en  lumière  la  vocation  cachée  de  quelque  futur  ollamh  '  ! 

La  littérature  irlandaise  parait  bien  morte,  au  moins  sous  la  forme  de 
sa  vieille  langue,  et  elle  ne  ressuscitera  sans  doute  pas,  malgré  les  efforts 
de  cette  société.  Quelques  poètes  distingués  ont  essayé  et  essayent  encore 
de  la  faire  revivre  sous  une  forme  anglaise,  c'est-à-dire  en  faisant  des 
vers  anglais  sur  des  pensers  celtiques.  Leur  nombre  vient  de  s'accroître 
d'une  vaillante  recrue,  M.  A.  P.  Graves,  fils  du  savant  évêque  anglican 
de  Limerick  2.  Ces  Chansons  et  Ballades  Irlandaises  sont,  nous  dit  l'auteur 
dans  sa  préface,  inspirées  par  la  musique  et  souvent  par  les  paroles  des 
chansons  populaires  de  l'Irlande  celtique,  et  M.  Graves  les  donne  avec 
la  musique  originale  qui  leur  a  servi  de  thème.  Ce  livre  se  recom- 
mande donc  également  aux  amis  de  la  musique  populaire.  Ce  volume 
contient  aussi  quelques  poèmes  d'une  certaine  étendue,  imités  directe- 
ment des  anciens  poèmes  irlandais.  Plusieurs  de  ces  poésies  sont  accom- 
pagnées de  notes  intéressantes,  même  pour  les  érudits,  par  les  détails 
qu'elles  donnent  sur  la  musique  et  les  poèmes  populaires  en  Irlande.  Si 
l'Irlande  apportait  dans  la  littérature  la  passion  de  nationalisme  qu'elle 
montre  en  politique,  il  pourrait  se  créer  une  littérature  anglo-irlandaise  ; 
mais  il  ne  paraît  pas  jusqu'ici  qu'il  doive  en  être  ainsi.  —  H.  G. 

1 .  Parmi  les  livres  les  plus  utiles  a  cette  tentative  de  renaissance  littéraire,  il  faut 
signaler  la  petite  grammaire  irlandaise  à  l'usage  des  écoles  que  M.  Joyce  a  publiée  l'an 
dernier.  M.  Joyce  est  membre  du  conseil  de  la  société  pour  la  conservation  de  la  langue 
irlandaise,  et  c'est  à  l'instigation  de  ses  collègues  qu'il  a  entrepris  cette  grammaire  résu- 
mée de  la  langue  moderne.  —  A  Grammar  of  the  Irish  Language  for  the  use  of  Schools 
by  P.  W.  Joyce,  LL.  D.  etc.,  vm-134  p.  in-12.  Dublin,  Gill,  1879.  Prix  :  1  s. 

2.  Insh  Songs  and  Ballads  by  Alfred  Perceval  Graves;  Manchester.  Alexander  Ire- 
iand  and  C%  x-275  p.  in-12,  1880. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Epigraphie  antique   du    département    des    Alpes  -  Maritimes, 

par  M.  Edmond  Blanc.  Nice,  Malvano-Mignon  (Paris,  Champion), 

ire  partie  1878,  168  p.  in-8°  et  2  planches;   2e  partie  1879,  312  p. 

in-8°  et  5  planches;  Tables,  1880,  xxxix  p.  in-8°.  Prix  :  1 5  fr. 
Epigraphie  de  Luchon,  par  Julien  Sacaze.  Paris,  Didier,  1880,  91  p. 

in-8°.  Prix  :  3  fr. 
Visite  au  musée  épigraphique  de  Gap,    par  Florian  Vallentin. 

Vienne,  Savigné  ;  Paris,  Champion,  1880.  23  p.  in-8°.  Prix  :  2  fr. 

Le  goût  de  l'épigraphie  se  répand  de  plus  en  plus  en  France  et  il  ne 
se  passe  plus  d'année  qui  ne  voie  augmenter  le  nombre  des  recueils  locaux 
d'inscriptions.  Cette  branche  d'étude  n'appartient  guère  à  notre  domaine 
que  par  la  mythologie  et  l'onomastique  :  à  ce  point  de  vue,  il  est  utile 
de  connaître  dans  tous  leurs  détails  la  provenance  géographique  des 
monuments,  les  attributs  dont  ils  sont  souvent  revêtus,  et  les  autres 
découvertes  archéologiques  faites  dans  la  même  localité. 

L'Académie  des  inscriptions  a  décerné  la  seconde  mention  honorable 
du  concours  des  antiquités  nationales  à  l'ouvrage  de  M.  Edmond  Blanc, 
et  cette  distinction  en  dit  le  mérite.  Les  inscriptions  de  Nice  et  de  Cimiez 
avaient  été  réunies  et  étudiées  par  M.  Bourquelot,  mais  ce  travail  ne 
s'étendait  pas  à  la  région  entière,  et  il  était  déjà  ancien.  M.  Blanc  a  pris 
pour  objet  de  ses  recherches  toute  la  région  des  Alpes-Maritimes  et  les 
inscriptions  ont  été  pour  lui  l'occasion  d'étudier  l'histoire  et  la  géogra- 
phie ancienne  de  ce  pays  qui  formait  la  zone  frontière  de  la  Gaule  tran- 
salpine, comme  aujourd'hui  de  la  France.  Cette  question  de  géographie 
historique  n'est  pas  une  question  morte.  Les  annexionistes  italiens  qui 
cherchent  des  prétextes  à  revendiquer  ce  qui  pourtant  s'appelait  en  ita- 
lien «  Niza  di  Provenza  »  tâchent  de  faire  rentrer  rétrospectivement  ce 
pays  tantôt  dans  le  domaine  des  Ligures,  tantôt  dans  la  Gaule  cisalpine. 
Bien  que  M.  Blanc  touche  la  question  avec  la  gravité  qui  convient  à 
l'érudition,  les  pages  de  son  livre  qui  en  traitent  ont  pour  le  lecteur 


Bibliographie.  461 

niçois  un  intérêt  de  plus.  N'avait-on  pas  prétendu  trouver  à  Cimiez  en 
1872  de  fausses  inscriptions  étrusques  pour  établir  l'origine  étrusque  et 
par  conséquent  italienne  de  cette  ville  ! 

M.  Blanc  a  eu  le  mérite  d'ajouter  plusieurs  inscriptions  inédites  à  celles 
que  l'on  connaissait  déjà.  Parmi  les  plus  importantes,  il  faut  signaler 
celle  du  monument  élevé  à  Hercule  par  Cn.  Domitius  Ahenobarbus  après 
sa  victoire  sur  les  Allobroges,  en  121  av.  J.-Ch.  L'inscription  était  con- 
nue par  une  ancienne  copie,  que  Pon  regardait  généralement  comme  un 
faux  :  on  ignorait  où  se  trouvait  le  monument.  M.  Blanc  l'a  retrouvé 
au  sommet  d'une  montagne,  le  Tournairet,  à  2,000  mètres  d'altitude. 
Par  ses  soins,  le  monument  va  être  transporté  au  musée  de  Saint-Ger- 
main. M.  Blanc  a  aussi  découvert,  en  pleine  montagne,  entre  Le  Broc 
et  Carros,  une  inscription  au  dieu,  inconnu  encore,  Lavaratus  ;  une 
inscription  au  Dieu  Hêtre  \Fago  Deo),  culte  déjà  connu  par  des  inscrip- 
tions pyrénéennes.  Mentionnons  encore,  sinon  comme  inédites,  au  moins 
comme  peu  connues,  l'inscription  à  Maiurrus  et  celle  à  Trittia.  A  cette 
occasion  nous  regrettons  que  M.  Blanc  ne  nous  dise  pas  si  les  monu- 
ments qui  portent  ces  inscriptions  sont  ornées  de  représentations  figurées 
ou  symboliques  :  ce  sont,  en  mythologie,  des  documents  aussi  impor- 
tants qu'un  nom  divin. 

Les  inscriptions  mythologiques  sont  peu  nombreuses  dans  cette  région. 
A  quoi  attribuer  cette  rareté  ?  Le  christianisme  aurait-il  été  plus  promp- 
tement  triomphant  et  plus  militant  dans  les  Alpes-Maritimes  que  dans 
le  reste  de  la  Gaule  ?  On  peut  noter  que  le  monument  d'Hercule  élevé 
par  Domitius  Ahenobarbus  et  celui  de  Lavaratus  nous  sont  parvenus 
brisés  et  à  l'état  fragmentaire. 

Le  manque  de  compétence  nous  empêche  de  parler  des  autres  classes 
d'inscriptions,  de  beaucoup  les  plus  nombreuses,  du  recueil  de  M.  Blanc, 
mais  les  savants  qui  s'occuperont  désormais  de  la  géographie  et  de  l'his- 
toire des  Alpes-Maritimes  à  l'époque  romaine  sauront  en  faire  leur 
profit. 

VÊpigraphie  de  Luchon  de  M.  Sacaze  nous  mène  dans  une  région 
pyrénéenne  riche  en  monuments  mythologiques  ;  mais  les  noms  de  la 
plupart  de  ces  dieux  ont  une  apparence  non-celtique  et  sont  probable- 
ment ibères.  Le  travail  de  M.  Sacaze  est  bien  divisé  et  riche  en  détails. 
La  plupart  de  ces  inscriptions  sont  déjà  connues  et  nous  n'avons  pas  à 
nous  y  arrêter.  Nous  remarquerons  seulement  que  grâce  à  M.  Sacaze, 
une  inscription  mythologique  disparait,  et  une  autre  change  de  carac- 
tère. —  Le  dieu  topique  de  Luchon,  appelé  généralement  Ilixo  dans  les 
inscriptions,  était  nommé  Lixo  dans  une  seule  ,  qu'on  voit  aux  thermes 
Rev.  ait.  iv  31 


462  Bibliographie. 

mêmes  de  Luchon.  Cette  inscription  est  l'œuvre  d'un  faussaire,  désireux 
d'augmenter  les  titres  de  gloire  de  sa  localité,  comme  il  n'est  arrivé  que 
trop  souvent.  —  L'inscription  de  Luchon  publiée  par  M.  Dumège  comme 
portant  NVMINI  jl  MATRVM  ||  RVTAENVS  ||  V.S.L.,  ne  contient  nul- 
lement cette  invocation,  qui  ne  peut  même  se  restituer  par  hypothèse. 
Le  monument  est  brisé  et  porte  NVMI/// 1|  MAN//// 1|  SACR//// 1|  RV- 
TAEN//  Il  V.S.L.//. 

«  Le  département  des  Hautes-Alpes,  dit  M.  Florian  Vallentin,  est,  ou 
plutôt  était  riche  en  inscriptions  remontant  à  la  civilisation  romaine,  un 
grand  nombre  rapportées  par  les  auteurs  ont  disparu  depuis  longtemps. 
Dans  ces  dernières  années,  quelques  inscriptions  ont  été  réunies  à  Gap 
dans  le  vestibule  du  bâtiment  affecté  aux  archives  départementales.  » 
Ces  inscriptions  sont  au  nombre  de  1 7  :  dans  ce  nombre  les  inscriptions 
votives  sont  les  suivantes  :  une  à  Jupiter  ;  —  une  à  Mars;  —  une  à 
Mercure  FiniHmus  (voir  plus  haut,  p.  444)  ;  —  une  à  la  Victoire  Au- 
gustis  ;  —  une  à  Isis  (dont  le  nom  est  écrit  avec  nasalisation  INSIDI)  ; 
—  une  au  Dieu  Allobrox  ou  aux  Mères  Allobrogiques1.  Tous  ces  monu- 
ments proviennent  de  La  Bâtie-Mont-Saléon,  ancien  Mons  Seleucus,  où 
l'on  avait  déjà  découvert  au  commencement  de  ce  siècle  un  monument 
mithriaque  (aujourd'hui  perdu),  localité  qui  parait  avoir  été  un  centre 
très  important  de  culte. 

Ces  inscriptions  étaient  pour  la  plupart  inédites,  et  la  brochure  de 
M.  V.  étant  tirée  à  petit  nombre,  nous  croyons  utile  de  donner  les  noms 
d'hommes  d'apparence  gauloise  qui  peuvent  s'ajouter  utilement  à  la  liste 
précédemment  publiée  par  M.  Creuly2  : 

Noms  d'hommes  :  BARONIS  (gén.).  —  EXC1NGI  (gén.).—  MOGETI 
(gén.).  —  SMERTVLLI  (gén.).  —  VASSATI  (gén.).  —  VENNONIVS 
(aux  exemples  de  ce  nom  réunis  par  M.  Vallentin,  nous  en  ajouterons 
un  de  Ladenburg-am-Neckar,  figuré  dans  les  Bonner  Jarhbiïcher,t.  XLIV, 
pi.  III).  —  VERINI  (gén.)  —  VESTONIVS. 

Noms  de  femmes  :  LVCILLA.  —  SOLICIAE  (dat.).  —  VLATTIA. 

H.  G. 


1.  Sur  cette  inscription  ainsi  cohçue:  POMPEIA  LVCILLA  |  ALLOBROG.  |  V.S.L. M., 
voir  un  article  de  M.  Mowat  publié  dans  la  Revue  archéologique  de  juillet  1880  sous  ce 
titre  :  Le  Dieu  Allobrox  et  (sic)  les  Matra  Allobrogicœ.  M.  Mowat  aurait  dû,  ce  nous 
semble,  écrire  ou  :  car  c'est  l'un  ou  l'autre. 

2.  Revue  celtique,  t.  III. 


Bibliographie.  463 

Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines,  publié  par 
MM.  Daremberg  et  Saglio.  Septième  fascicule  (cos-cho)  contenant 
189  grav.  Paris,  Hachette,  1880.  —  Prix  :  5  fr. 

La  publication  de  cet  important  ouvrage,  dont  nous  avons  précédem- 
ment parlé  (t.  II,  p.  259  et  416),  se  poursuit  régulièrement.  Parmi  les 
articles  de  ce  volume,  il  en  est  un  qui  se  rattache  directement  à  nos 
études,  c'est  celui  sur  la  cerevisia  que  les  Gaulois  n'ont  peut-être  pas 
inventée,  mais  à  laquelle  ils  ont  donné  son  nom  le  plus  usité  dans  le 
monde  romain,  nom  qui  est  resté  en  gallois  civrw.  On  possède  deux  vases 
trouvés  en  Gaule,  qui  étaient  destinés  à  boire  et  à  verser  la  cervoise, 
comme  le  prouvent  les  inscriptions  qu'ils  portent.  L'un  d'eux  est  figuré 

dans  le  dictionnaire. 

H.  G. 


Bye-Gones  relating  lo  Wales  and  the  Border  Counties.  1878-9.  vi- 
356  p.  pet.  in-40.  Oswestry,  Woodall  and  Venables.  —  Prix  :  10  s. 
(12  fr.  50). 

Un  journal  du  pays  de  Galles  qui  se  publie  en  langue  anglaise,  VOs- 
wesîry  Advertiser,  a  l'heureuse  idée  de  consacrer  dans  ses  numéros  du 
mercredi  une  colonne  ou  deux  à  des  notes,  questions  et  réponses  rela- 
tives au  pays  de  Galles  et  aux  comtés  limitrophes.  Ces  colonnes  sont 
placées  sous  la  direction  d'un  savant,  ami  de  l'histoire  locale,  M.  Askew 
Roberts,  et  forment  un  parallèle  provincial  aux  célèbres  Notes  and  Que- 
ues de  Londres.  Ces  colonnes  du  journal  sont  ensuite  tirées  à  part  en 
forme  de  volume  (à  1 50  exemplaires). 

Nous  avons  sous  les  yeux  le  volume  des  Bye-Gones  ou  «  Choses  du 
passé  »  pour  1878-79.  L'histoire  locale  domine  comme  on  doit  l'attendre 
d'une  publication  de  ce  genre,  mais  on  y  trouve  aussi  nombre  de  notes 
d'un  intérêt  plus  général,  sur  l'histoire  littéraire,  les  antiquités,  les  usages 
et  les  superstitions.  A  ce  titre  nous  signalerons  une  conférence  de 
M.  Cowell,  le  savant  professeur  de  Cambridge,  sur  Dafydd  ap  Gwilym, 
d'assez  nombreuses  communications  de  M.  Silvan  Evans,  notamment 
sur  Griffith  Roberts  et  sa  grammaire  et  diverses  notes  de  Folk-lore.  Un 
correspondant  communique  (p.  73)  douze  noms  gallois  du  saumon, 
usités  dans  différentes  parties  du  pays  de  Galles  ou  appliqués  au  poisson 
à  des  moments  divers  de  sa  croissance,  et  il  demande  encore  si  les  lec- 
teurs des  Bye-Gones  en  connaissent  d'autres.  —  Les  Bye-Gones  rendraient 
service  à  la  philologie  en  faisant  appel  à  leurs  correspondants  pour  don- 


464  Bibliographie. 

ner  les  différents  noms  et  surnoms  populaires  des  animaux  en  Galles. 
Nous  voudrions  aussi  voir  les  traditions  et  la  littérature  populaire  y 
occuper  une  plus  grande  place.  La  collection  aurait  ainsi  une  plus  grande 
valeur  pour  les  savants  étrangers  tout  en  gardant  un  intérêt  local. 

H.  G. 


The  History  ofthe  Gwydir  Family,  written  by  Sir  John  Wynne 
Knt.  and  Bart.,  ut  creditur  et  patet.  Oswestry,  Woodall  and  Vena- 
bles,  1878,  xx-112  p.  in-40  avec  5  planches  et  5  tableaux  généalo- 
giques. —  Prix  :21s.  (26  fr.  25). 

Cette  histoire  d'une  famille  influente  du  nord  du  pays  de  Galles  a  joui 
d'une  grande  notoriété  locale.  Après  la  mort  de  son  auteur,  Sir  John 
Wynne  (en  1627),  on  en  fit  de  nombreuses  copies  manuscrites;  plus 
tard  on  en  publia  trois  éditions  imprimées  en  1770,  1781,  1827.  Ces 
éditions  s'épuisèrent  successivement,  et  ce  vieil  ouvrage  gardant  tout 
son  intérêt  pour  les  familles  aujourd'hui  existantes  qui  se  rattachent  à 
cette  antique  souche,  M.  Askew  Roberts  entreprit  d'en  faire  une  édition 
nouvelle.  Il  a  augmenté  le  vieux  texte  de  notes  historiques  et  topogra- 
phiques (pour  lesquelles  il  a  eu  l'aide  de  M.  W.  W.  E.  Wynne,  de 
Peniarth),  de  tableaux  généalogiques  et  de  photogravures  reproduisant 
d'anciens  portraits  et  d'anciennes  gravures  :  les  variantes  des  différentes 
éditions  et  des  monuments  sont  données  en  note.  L'ouvrage  est  imprimé 
sur  papier  fort  de  Hollande  ;  l'exécution  typographique  est  admirable  et 
fait  le  plus  grand  honneur  aux  presses  d'Oswestry.  Nous  savions  du 
reste  déjà  par  les  Mabinogion  de  Lady  Guest  que  la  typographie  galloise 
peut  rivaliser  avec  les  meilleures  imprimeries  de  Londres. 

L'intérêt  de  cet  ouvrage  est  tout  local  :  au  point  de  vue  général  nous 
n'avons  que  peu  de  choses  à  relever. 

Une  tradition  populaire  sur  un  monument  mégalithique  (dont  le  pen- 
dant se  rencontre  souvent)  est  mentionnée  (p.  vin)  dans  une  lettre  de 
Sir  John  Wynne.  Sur  une  colline  appelée  Moelvre  [«  la  colline  chauve 
ou  nue  »]  se  trouvait  un  cercle  ou  triangle  de  trois  pierres  hautes  d'en- 
viron un  yard  et  quart  (à  peu  près  ira  12),  l'une  blanche,  l'autre  rou- 
geâtre  et  la  troisième  bleuâtre.  Leur  origine  était  un  miracle  de  Dieu 
pour  affermir  la  foi  des  premiers  chrétiens  de  Galles.  Un  dimanche 
matin  trois  femmes  avaient  été  sur  la  colline  pour  vanner  leur  grain. 
Leurs  voisines  les  adjuraient  en  vain  de  ne  pas  travailler  le  jour  du  Sei- 
gneur. Elles  n'écoutèrent  pas  ce  conseil,  et  Dieu,  pour  les  punir,  les 
changea  en  pierres  de  même  couleur  que  les  robes  qu'elles  portaient.  Et 


Bibliographie.  46  $ 

notre  vieil  auteur  observe  :  «  C'est  une  tradition  qui  est  crue  par  les 
vieilles  gens  du  voisinage,  et  quoi  qu'il  en  soit,  qu'elle  soit  vraie  ou  non, 
elle  est  salutaire  et  elle  empêchera  d'autres  de  travailler  le  jour  du  Sab- 
bath.  »  Du  temps  de  Sir  John  Wynne  déjà,  ces  pierres  furent  arrachées  de 
leurs  bases  par  les  gamins  du  voisinage  et  roulées  au  pied  de  la  colline. 

Un  peu  plus  loin,  p.  xi,  une  lettre  du  même  seigneur  à  l'ecclésiastique 
qu'il  devait  prendre  pour  chapelain  et  où  il  lui  marque  ses  devoirs,  intro- 
duit dans  les  mœurs  du  commencement  du  xvne  siècle. 

Notons  enfin  que  dans  la  table  I  on  trouve  la  généalogie  de  cet  Owen 
de  Galles  dont  il  est  souvent  question  dans  Froissart  et  sur  lequel 
M.  Luce  a  publié  une  courte  notice  ici  même  (t.  III,  p.  445-7,  cf.  p.  5 1 2). 
Cet  Owen,  surnommé  en  gallois  llaw  goch  «  main  rouge  ou  sanglante  », 
descendait  de  Gruffith  ap  Conan,  petit  roi  du  nord  du  pays  de  Galles  au 
commencement  du  xne  siècle,  dont  la  vie  aventureuse  a  été  racontée  par 
une  ancienne  chronique1.  Cette  table  généalogique  donne  à  tort  1381 
comme  la  date  de  l'assassinat  d'Owen  de  Galles  :  la  vraie  date  est  1 378. 

H.  G. 


Origine  des  voyelles  et  des  consonnes  du  Breton  moderne  de 
France  (dialecte  de  Léon),  par  M.  H.  d'Arbois  de  Jubainville 
[Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris,  t.  IV,  3e  fasc.,pp.  239- 
272). 

Je  n'essaierai  pas  de  signaler  tout  ce  qu'il  y  a  de  nouveaux  résultats 
acquis  et  de  solutions  plausibles  proposées  à  la  science  dans  ce  remar- 
quable travail.  Je  demande  seulement  —  ce  qui  sera  bien  plus  court  — 
à  soumettre  à  mon  savant  confrère  quelques  observations. 

En  ce  qui  concerne  strictement  son  sujet,  c'est-à-dire  la  détermination 
du  type  originaire  de  chaque  mot  breton,  je  ne  me  risquerai  à  lui  contes- 
ter ici  qu'un  seul  point  :  c'est  que  merionen  ou  plutôt  meriénen  en  Léon), 
fourmi,  vieux  comique  menvionen,  soit  dérivé  du  thème  minu-,  être 
petit  (p.  260).  Il  semble  plus  sûr  d'admettre  avec  le  Lex.  Cornu-Brit. 
que  menvionen  est  une  erreur  pour  meuvionen  ;  erreur  qui  s'explique, 
d'ailleurs,  par  le  voisinage  des  deux  autres  n.  Meuvionen  est  une  variante 
de  murrianen.  Bien  qu'elles  nous  soient  parvenues  dans  des  documents 
écrits  d'époques  différentes,  les  deux  formes  comiques  n'en  ont  pas 
moins  dû  être  contemporaines,  comme  aujourd'hui  les  formes  galloises 
correspondantes  mywionen  et  morionen;  comme  en  breton  actuel  pevien 

1.  Buchedd  neu  H  ânes  Gruffudd  ab  Kynan  ;  publiée  dans  la  Myfyrian  Archaiology  of 
Watts. 


466  Bibliographie. 

et  peorien,  pauvres  ;  breuviez  (prononciation  du  petit  Tréguier)  et  breuriez, 
confrérie.  Les  premières  paraissent  dériver  des  autres  par  un  double 
phénomène  :  i°  chute  de  r  '  devant  i  demi-consonne  (cf.  celle  de  /  dans 
diskibien,  pluriel  de  diskibl,  disciple1» ,  et  2°  développement  d'un  v  (gall.  w) 
pour  éviter  l'hiatus,  comme  dans  le  latin  fluvius,  de  fluo.  Murrianen,  à 
son  tour,  revient  naturellement  à  pûp|M)£,  etc.  (Curt.4  n°  482). 

M.  d'A.  de  J.  nous  démontre  bien,  par  les  idiomes  celtiques  et  les 
langues  congénères,  que  tel  son  léonnais  provient  originairement  de  tel 
autre,  mais  il  ne  nous  explique  pas  assez  le  comment,  pour  ce  qui  regarde 
la  dérivation  immédiate,  la  dernière  étape  du  son  étudié.  Ainsi  il  donne 
saill,  seau,  lat.  situla,  comme  exemple  du  changement  d'i  en  a  (p.  240). 
Mais  le  mot  breton  ne  vient-il  pas  directement  du  français  seule,  comme 
boutaill  de  bouteille,  marvaill  de  merveille  ?  Sa  place  serait  donc  à  côté 
de  dale,  du  fr.  délai  (p.  2391  [lat.  dilat-are]  :  c'est  un  exemple  de  a 
venant  de  e  franc,  devant  /  mouillé.  N'est-ce  pas  aussi  par  une  sorte 
d'équivoque  qu'on  peut  ranger  dans  la  même  catégorie  (p.  244)  1'/  de 
river,  numerus,  et  celui  de  dijentil,  gentilhomme,  [deden-jentil,  qui  existe 
encore,  comme  dija  de  des-ja]  tous  deux  descendants  de  u,  mais  à  des 
degrés  bien  divers  ?  Il  était  impossible,  du  reste,  que  l'auteur  évitât  cet 
inconvénient,  en  se  privant  volontairement,  comme  il  l'a  fait,  du  secours 
précieux  des  dialectes. 

M.  d'A.  de  J.  a  l'air  d'oublier  parfois  que  chaque  lettre  n'est  pas 
isolée,  mais  qu'elle  reste  continuellement  exposée  à  l'influence  de  ses 
voisines,  même  de  celles  qui  ne  la  touchent  pas  immédiatement. 

Ainsi,  comme  exemples  de  u  =  0  en  position,  il  ne  cite  que  kuzul, 
conseil,  et  kustum,  coutume  Ip.  247).  Les  mots  furm,  forme,  et  urz, 
ordre,  eussent  été  plus  concluants.  Burzud,  miracle  [anc.  berzut,  van. 
berhut],  lat.  viriutis,  et  munud,  menu  [van.  menât2,  corniq.  munys, 
menys,  minys],  ne  prouvent  qu'imparfaitement  que  «  u  vient  de  T  bref 
suivi  de  n,  r.  »  Ce  sont  des  faits  d'assimilation  régressive  dont  les  ana- 
logues se  trouvent  dans  des  mots  léonnais  tels  que  butun,  pélun  ;  fubu, 
fibu,  c'houibu,  moucherons;  lugustr,  ligustrum  ;  muzur,  muzul,  mesure, 

1.  M.  d'A.  de  J.  n'a  pas  consigné  ce  fait,  qu'il  admet  pourtant  à  la  même  page,  dans 
e  kichen,  corniq.  yn  kerghen,  auprès  de,  et  p.  257,  dans  ou<fh,  lat.  versus,  contre.  On 
peut  ajouter  avec  Dom  Le  Pelletier  neuze,  irlandais  'n  uair  sin,  alors  (cf.  peur  —  p'-eur, 
quand).  Rien  n'est  plus  fréquent,  en  breton  actuel,  que  des  formes  comme  d'ibi,  manger, 
gourdouz,  menace,  pour  dibri,  gourdrouz.  —  Si  l'évolution  a  eu  lieu  dans  l'ordre  indiqué, 
r  est  tombé  ici  entre  deux  voyelles,  comme  dans  Mai  (employé  par  Brizeux)  =  Mari, 
et  dans  le  petit  Trég.  aï  e  dae  d'aïout  —  arri  e  dare  d'arriout,  il  est  sur  le  point  d'ar- 
river. 

2.  Minut  existe  encore  en  léonnais  :  cf.  Buez  Michel  Nobletz.  p.  IJI.  Dans  la  forme 
trécoroise  muned,  due  à  l'influence  de  l'accent,  les  voyelles  sont  interverties,  de  même 
que  dans  neubet,  peu.  et  noade,  variante  de  nadoe,  aiguille. 


Bibliographie.  467 

corniq.  musure,  mesurer.  Cf.  en  pet.  Trég.  dustu  =  dious-tu,  de  suite  ; 
duvun  et  divun,  éveillé  ;  fuchu,  un  fichu  ;  hudu,  hidu,  hidiv,  aujourd'hui  ; 
ituen  et  utuen,  grain  de  blé  noir;  burluelet,  étourdi,  ébloui,  cf.  franc. 
berlue  et  Muette,  haut-bret.  ma  vèue  berluette  ;  à  Gurunhuel  vunnus  =  foun- 
nuz,  vite. 

L'inverse  a  lieu  en  léon.  dans/azu///,  fusil,  en  trécorois  dans  Juluan, 
Julien;  lutun,  lutin;  utul,  utile;  en  van.  dans  bugul  =  bugel,  berger, 
turul  =  teurel,  jeter;  à  Gur.,  dans  turluyat  =  turiellat,  fouir;  uskuyat 
=  huskellat  =  luskellat,  balancer  ;  enfin,  dans  le  léon.  eskumunuget, 
excommunicatus,  u  a  rayonné  dans  les  deux  sens  à  la  fois.  Le  pet. 
Tréguier  nous  fournit,  dans  kichen,  kuchen  et  kuchun,  les  trois  degrés  par 
où  ont  dû  passer  des  mots  tels  quekurust,  choriste;  Tréc.  duvun,  devine; 
cornouaillais  hurunat  =  c'houirinat,  hennir.  Vi  se  sera  d'abord  changé 
spontanément  en  u,  comme  dans  possubl,  horrubl,  terrubl,  kalur,  calice,  etc. 

Ces  exemples  témoignent  de  la  tendance  qu'a  le  son  u,  dans  tous  les 
dialectes,  à  envahir  les  syllabes  qui  l'entourent  '.  Il  en  est  de  même  sur- 
tout de  eu  :  léon.  breugeuzi,  van.  bregasein,  petit  Trég.  beugisal,  eructare  ; 
léon.  ebeul,  eubeul,  poulain  ;  eured,  noce,  eureuji,  se  marier  ;  heureuchin, 
hérisson,  pet.  Trég.  uruson  ;  reuzeudik  =  *reuzedik,  malheureux  ;  et  de 
i,  comme  M.  d'A.  de  J.  l'a  fait  remarquer  pour  l'a,  mais  non  pour  Ve 
précédent. 

Une  autre  influence  eût  pu  être  signalée  :  c'est  celle  qu'exerce  sur 
l'initiale  d'un  mot  le  mot  précédent,  même  quand  celui-ci  est  supprimé 
ou  sous-entendu  comme  cela  arrive  pour  la  particule  a  en  gallois  et  en 
breton  ;  ou  simplement  l'idée  seule  d'une  certaine  relation  grammaticale. 

Ainsi  dans  bemdez  p.  269,  chaque  jour  [tréc.  baonde],  l'affaiblisse- 
ment de  p  en  b  n'est  pas  une  altération  du  radical  pep,  semblable  à  celle 
du  mot  gaélique  correspondant  cach  en  gach  :  c'est  une  mutation  qui  sert 
à  indiquer  un  cas  oblique  du  mot  'an  pemdez,  \àr)  paonde,  le  «  tous  les 
jours  »,  d'où  l'adj.  pemdeziek,  paondeiek,  quotidien.  Cf.  les  locutions 
adverbiales  bemnoz,  Tréc.  baonnos,  et  bob  nos  'gallois  id.i,  chaque  nuit  ; 
beveach,  Tréc.  bawech,  chaque  fois,  bop  (b)eure,  chaque  matin,  bob  lun 
'gall.  bob  dydd  Llun),  chaque  lundi  ;  eurwech  bop  pell  ha  pell,  une  fois  de 
loin  en  loin,  etc.  Bop  gir  e  lar  vall,  il  dit  du  mal  à  chaque  mot  ;  tandis 
que  pob  gir  a  lar  vall  signifie  :  il  dit,  il  prononce  mal  chaque  mot.  Cf.  aussi 
bre-man,  maintenant,  du-ze,  chez  vous,  etc. 

L'auteur  me  pardonnera  ces  critiques  partielles.  L'ordre  parfait,  lumi- 


1 .  Quelquefois  une  autre  voyelle  lui  dispute  une  syllabe  limitrophe  :  hugunod  et  hugo- 
nod,  impie,  =  huguenot  ;  klajuri  et  klujiri,  pi.  de  klujar,  perdrix. 


468  Bibliographie. 

neux,  qui  règne  dans  la  disposition  générale  de  son  œuvre,  en  fait  décou- 
vrir aisément  les  lacunes  et  le  côté  faible  ;  mais  ce  qui  manque  n'est  que 
l'accessoire.  Il  serait  injuste  de  ne  pas  reconnaître  le  service  éminent 
qu'il  a  rendu  à  la  langue  bretonne  et  à  la  science  en  retrouvant  avec  sa 
perspicacité  ordinaire  les  titres  de  noblesse  de  tant  de  mots  ;  en  voyant 
l'habileté  avec  laquelle  il  manie  et  perfectionne  la  phonétique  bretonne, 
j'ai  seulement  regretté  parfois  qu'il  n'ait  pas  usé  de  toutes  ses  ressources 
pour  en  faire,  comme  il  le  peut,  un  instrument  de  précision. 

Emile  Ernault. 


Buez  Dom  Michel  Nobletz  misioner  hag  abostol  braz  Breiz-Izel,  scrivet 
gant  an  Autrou  A.  Drézen,  beleg.  Brest  et  Quimper  (1879). 

Ce  petit  livre  contient  en  324  pages  attachantes  et  instructives  la  vie 
de  l'infatigable  apôtre  de  l'Armorique,  Dom  Michel  Le  Nobletz.  Il  est 
écrit  dans  un  langage  mixte,  moitié  cornouaillais,  moitié  léonnais.  L'au- 
teur a  voulu,  en  adoptant  ce  système,  étendre  le  cercle  de  ses  lecteurs. 
Mais  il  eût  pu,  sans  cesser  d'être  compris,  mettre  plus  d'unité  dans  sa 
langue,  et  en  bannir  bien  des  emprunts  inutiles,  bien  des  tournures 
vicieuses. 

Chez  lui,  les  mutations  fausses  alternent  avec  les  formes  correctes  : 
ma  zeuas  p.  12)  qu'il  vint;  ma  teue  (28)  qu'il  venait;  ma  zalc'hin,  que 
je  garde  (p.  68) ,  et  plus  haut,  à  la  même  page,  ma  tiskenno,  qu'il  des- 
cende. Au  lieu  du  radical  gelloat  pouvoir  (p.  6j),  il  met  souvent  hallout 
(197),  etc.  La  première  de  ces  façons  abusives  de  parler  est  empruntée 
au  bas  Léon,  et  la  seconde  au  haut  Léon  :  la  paroisse  de  Guisseny,  où 
l'auteur  a  résidé  assez  longtemps,  est  sur  la  limite  de  ces  deux  sous- 
dialectes. 

Voici  d'autres  fautes  qu'il  eût  été  facile  d'éviter  :  oc'/z  outho  (136)  au 
lieu  de  outho  (69),  à  eux,  pléonasme  en  usage  dans  le  bas  Léon  ;  caran- 
tez  ...  evit  (49),  «  amitié  pour  »,  gallicisme  pour  ouz  ou  da,  à,  envers; 
pegemend  e  oa  dister,  p.  66,  gallic.  «  combien  il  était  chétif  »,  au  lieu  de 
pegen  dister  e  oa,  angl.  how  wretched  he  was;  heol  freaz  (8$)  «  soleil  clair  », 
terme  impropre,  cet  adjectif  s'appliquant  à  la  parole  (comme  p.  m), 
cf.  gall.  ffraeth,  éloquent  ;  digatar  (267)  (haut  Léon),  sans  tache,  litt. 
sans  catarrhe  katar  n'a  pas  d'autre  origine;  l'adj.  kataret  se  dit  par  exten- 
sion d'un  esprit  affaibli,  tombé  en  enfance)  et  comzou  dif outre  (11),  paroles 
grossières  remarquez  di  explétif,  comme  dans  dizampar,  impair),  locu- 
tions trop  triviales  pour  le  style  sérieux.  Enfin,  à  quoi  bon  employer,  par 


Bibliographie.  ^G<) 

exemple,  le  mot  français  famill  ($7)  quand  on  a  à  sa  disposition  iiegez 
(205)  ou  îud  (4),  ou  même  tudach  (205)? 

Il  y  a  cependant  dans  cet  ouvrage  plus  de  mérite  encore  que  de  défauts. 
On  y  trouve  une  foule  d'expressions  curieuses  puisées  à  la  source  popu- 
laire. Ainsi  cet  emploi  de  l'infinitif  pour  la  3  e  pers.  de  l'impératif  :  dont 
brema  an  oll  enebourien  (69Ï,  «  viennent  maintenant  tous  les  ennemis  », 
est  usuel  dans  tout  le  pays  de  Léon.  Il  en  est  de  même  de  clanv  diglanv 
(167)  maladif;  gair  vella  (172)  «  le  mieux  du  monde  »,  où  l'adv.  guir 
[cf.  gall.  gwir  anrhydeddus,  très  révérend  forme  avec  guella  une  sorte  de 
superlatif  intensif  analogue  à  peurliesan  «  persaepissimè  »  (cf.  liessafu 
*  oftenest  »,  Middle  Bret.  Hours,  ij)  ;  ...  a  c'hoarze  goab  (108)  [ils] 
se  raillaient,  litt.  riaient  [par]  moquerie;  braz  e  cavas  (55)  «  il  trouva 
étrange  ».  Il  y  a  des  mots  plus  spéciaux  au  haut  Léon  :  arbrazeuz  (143), 
la  plupart  de...;  scleraen  (éclaircie)  moment  de  répit  dans  la  souffrance 
(280),  etc.,  etc. 

En  somme,  le  talent  de  M.  l'abbé  Drézen,  comme  écrivain  breton, 
est  incontestable,  et  il  est  beaucoup  plus  aisé  de  signaler  ses  imperfec- 
tions que  d'imiter  la  richesse  et  la  beauté  de  son  style. 

Emile  Ernault. 


Les  Gaulois  étrangers  à  la  race  celtique.  —  Revendication  de  la 
priorité  et  de  la  propriété  de  cette  opinion  par  P.  L.  Lemière  contre 
M.  Alexandre  Bertrand,  membre  de  la  commission  delà  topographie  des  Gaules, 
conservateur  du  musée  de  Saint-Germain.  24  p.  gr.  in-8°.  Saint- Brieuc,  Fran- 
cisque Guyon  ;  Paris,  Maisonneuve  ;  juillet  1880.  Prix  :  1  fr.  50.  —  Nos  lec- 
teurs savent  que  MM.  Lemière  et  Al.  Bertrand  prétendent  distinguer  les  Gau- 
lois des  Celtes  (voir  les  articles  de  M.  d'Arbois  de  Jubainville,  t.  III,  p.  251  et 
254).  Il  y  a  aujourd'hui  bataille  pour  la  priorité  de  cette  idée  que,  comme 
M.  d'A.  de  J.,  nous  croyons  erronée,  et  M.  Lemière  revendique  cet  honneur 
dans  une  brochure  spéciale.  La  question  a  un  caractère  trop  personnel  pour 
que  nous  nous  permettions  d'y  entrer,  surtout  avant  que  M.  Bertrand  ait 
encore  répondu.  Nous  nous  bornons  à  signaler  au  lecteur  ce  plaidoyer  d'un 
homme  qui  a  le  mérite  de  travailler  seul,  en  province,  loin  de  tout  centre 
scientifique.  M.  Lemière  annonce  comme  étant  sous  presse  un  grand  ouvrage 
sur  la  question  des  Celtes  et  des  Gaulois. 

La  nation  gauloise  et  Vercingétorix,  par  le  général  Borson, 
membre  honoraire  de  l'académie  de  Clermont-Ferrand  ;  conférence  publique 
faite  le  17  avril  1879,  dans  la  grande  salle  de  la  mairie  de  Clermont-Ferrand. 
Paris,  Dumaine,  1880,  58  p.  in-8*.  Prix  :  2  fr.  —  Cette  conférence  est  une 
œuvre  de  vulgarisation  patriotique,  et  il  nous  suffit  de  la  mentionner  à  ce  titre 


470  Bibliographie. 

en  ajoutant  que  dans  cette  étroite  limite  l'auteur  a  fait  preuve  de  savoir  histo- 
rique et  de  critique. 

La  religion  gauloise  et  le  Gui  de  chêne,  par  M.  H.  Gaidoz,  16  p. 
in-8°.  Paris,  Leroux,  1880.  Prix  :  1  fr.  —  Ce  mémoire  a  paru  sous  le 
titre  de  «  Bulletin  critique  de  la  mythologie  gauloise  »  dans  la  Revue  de  l'his~ 
toiredes  religions,  t.  II,  p.  68-81.  Le  but  de  l'auteur  a  été  de  démontrer  que  la 
cueillette  du  gui  rapportée  par  Pline,  Hist.  nat.  XVI,  9$,  n'est  pas,  comme  on 
l'a  prétendu,  un  rite  de  la  religion  druidique,  mais  un  simple  fait  de  mythologie 
botanique,  qui  n'est  même  pas  particulier  à  la  Gaule. 

La  statuette  d'Oyonnax,  par  M.  Aimé  VrNGTRrNiER,  14  p.  in-8°  et 
1  pi.  Lyon,  H.  Georg,  1880.  —  Dans  cet  article  qui  est  un  tirage  à  part  avec 
luxe  de  la  Revue  du  Lyonnais,  M.  V.  décrit  une  statuette  de  bronze,  œuvre 
charmante  de  l'art  antique  (nous  n'osons  dire  gallo-romain),  dont  il  est  posses- 
seur, et  raconte  les  détails  de  sa  découverte,  en  1788,  ainsi  que  les  travaux 
dont  elle  a  été  l'objet.  Elle  représente  un  jeune  homme  nu,  coiffé  d'un  casque 
à  panache  :  les  mains  ont  perdu  ce  qu'elles  tenaient  originairement.  M.  V. 
suppose,  et  avec  assez  de  vraisemblance,  que  la  main  gauche  levée  s'appuyait 
sur  une  lance,  comme  chez  le  personnage  analogue  figuré  dans  Montfaucon, 
tome  I,  pi.  LXVI,  fig.  4,  mais  nous  eussions  préféré  qu'il  n'eût  pas  introduit 
cette  restitution  dans  la  gravure  qu'il  donne  de  la  statuette.  Il  serait  à  désirer 
que  tous  les  possesseurs  d'antiques,  surtout  de  statuettes  de  bronze,  fissent 
ainsi  connaître  leurs  trésors.  La  science  doit  tous  ses  remerciements  à  de 
modestes  monographies  comme  celles  de  M.  Vingtrinier. 

Pour  les  savants  philologues  de  l'école  de  l'auteur  d'Encina  0  sœva  néces- 
sitas »,  et  qui  seraient  tentés  de  chercher  un  sens  profond  au  nom  d'Oyonnax, 
nous  ne  croyons  pas  inutile  d'ajouter  qu'Oyonnax  n'est  pas  le  nom  du  Dieu, 
mais  celui  de  la  localité  du  Bugey  où  l'on  a  découvert  cette  statuette. 

The  Celtic  Languages  in  relation  to  other  Aryan  Tongues. 

A  Vindication.  by  the  Rev.  John  Dayies,  $i  p.  in-8\  London,  1880. — 
Cette  brochure  est,  comme  son  titre  l'indique,  une  revendication.  L'auteur 
revendique  comme  étant  originairement  celtiques  des  mots  que  l'on  s'accorde 
généralement  à  regarder  comme  empruntés  au  latin  ;  et  comme  provenant  du 
celtique  des  mots  français  ou  même  anglais  que  l'on  rattache  au  latin  et  au 
germanique.  Sur  ce  dernier  terrain,  tout  au  moins,  la  frontière  définitive  n'est 
pas  encore  tracée,  et  le  celtique  reprendra  peut-être  l'avantage  sur  quelques 
points  isolés.  C'est  aussi  l'avis  de  M.  Schuchardt  qui,  tout  récemment,  traitait 
cette  question  avec  l'autorité  que  lui  donne  sa  haute  compétence  de  romaniste. 

La  Société  anthropologique  de  Graz  dont  il  a  été  question  plus  haut 
(p.  310)  nous  a  envoyé  ses  deux  premiers  bulletins  (1878  et  1879)  contenant 
l'un  une  conférence  du  comte  Wurmbrand  sur  les  méthodes  de  l'anthropologie, 
l'autre  une  notice  de  M.  Hcernes  sur  les  fouilles  de  tumuli  pré-historiques  du 


Bibliographie.  471 

comitat  d'Oedenburg)  et  une  carte  archéologique  de  la  Styrie  avec  un  texte 
(60  p.  in-8°)  par  M.  Fr.  Pichler.  Ce  texte  est  formé  d'un  index  à  la  fois  topo- 
graphique et  bibliographique.  Il  indique  pour  chaque  localité  les  objets  qui  y 
ont  été  trouvés  et  les  monuments  qui  y  subsistent  encore  ;  et  il  donne  la  biblio- 
graphie des  travaux  publiés  sur  chacun  de  ces  objets  ou  monuments.  Sous  une 
forme  modeste,  c'est  un  répertoire  des  plus  utiles  pour  les  recherches  de  détail. 

Esquisses  Marchoises,  Superstitions  et  Légendes,  Histoire  et  Critique, 
par  M.  Louis  Duval,  ancien  archiviste  de  la  Creuse,  archiviste  de  l'Orne, 
368  p.  in-12.  Paris,  Champion,  1879.  Prix  :  4  fr.  — 'La  seconde  partie  de  cet 
ouvrage  traite  d'histoire  locale,  mais  la  première  (p.  1-145)  est  consacrée  aune 
très  intéressante  étude  de  mythologie  celtique,  au  «  culte  des  eaux  dans  la 
Gaule  centrale  et  plus  particulièrement  dans  la  région  de  la  Creuse.  »  Ce  sujet 
avait  été  abordé  par  M.  Bonnafoux,  mais  d'une  façon  insuffisante  (cf.  tome  II, 
p.  501).  M.  D.  a  dressé  une  liste  très  étendue  des  fontaines  sacrées  de  la 
Creuse,  relevé  les  traditions  et  usages  qui  s'y  rapportent  et  raconté  aussi  le 
culte  et  l'histoire  des  saints  locaux.  Des  rapprochements  sobres  et  bien  choisis, 
des  citations  heureuses,  un  commentaire  critique  et  sagace  rendent  la  lecture 
de  ce  travail  plus  attrayante  encore  et  montrent  dans  son  auteur  un  esprit  à  la 
fois  érudit  et  philosophique. 

Eugène  Rolland,  Faune  populaire  de  la  France,  tome  III.  Les 
reptiles,  les  poissons,  les  mollusques,  les  crustacés  et  les  insectes,  xv-365  p. 
in-8°.  Paris,  Maisonneuve.  Prix  :  10  fr.  —  C'est  la  suite  d'un  ouvrage  dont 
nous  avons  déjà  parlé  (voir  plus  haut,  p.  123),  mine  précieuse  de  renseigne- 
ments de  toute  sorte.  Nous  remarquons  que  M.  R.  donne  dorénavant  les  noms 
bretons  des  animaux  et  bon  nombre  de  superstitions  bretonnes,  et  notre  ami 
M.  Sauvé  lui  a  fourni  à  cet  égard  des  notes  utiles.  Nous  regrettons  que  M.  R. 
ne  fasse  pas  suivre  ses  volumes  d'un  index  alphabétique. 

Mémoire  sur  la  céramique  antique  dans  la  vallée  du  Rhône, 

par  M.  A.  Lombard-Dumas.  Nîmes,  1879,  un  vol.  in-8°.  —  Le  compte-rendu 
de  cet  ouvrage  n'a  pu  être  prêt  à  temps  pour  paraître  aujourd'hui.  Nous 
sommes  forcé  de  l'ajourner  au  prochain  numéro. 

M.  Windisch  vient  de  publier  la  Chrestomathie  Irlandaise  (Irische  Texte, 
Leipzig,  Hirzel,  xiij-886  p.  in-8°.  Prix:  32  fr.)  qu'il  nous  promettait  depuis 
plusieurs  années  et  qui  va  faciliter  et  populariser  l'étude  de  l'irlandais.  Nous  en 
rendrons  compte  dans  notre  prochain  numéro. 

H.  G. 


CHRONIQUE 


Les  Revues  Épigraphiques.  —  Un  nouveau  livre  de  M.  Rhys.  —  Le  Calen- 
drier d'Oengus  par  M.  Stokes.  —  La  Société  Gaélique  d'Inverness.  —  La 
Société  des  Cymmrodorion.  —  La  Mission  de  M.  Quellien  en  Basse-Bretagne. 


Dans  notre  dernière  chronique,  nous  disions  fp.  302)  que  la  Revue  Êpigra- 
phique  du  midi  de  la  France  se  publiait  aux  frais  de  M.  Savigné,  son  imprimeur 
à  Vienne.  Nous  étions  mal  informé.  C'est  son  rédacteur  M.  Allmer  qui  en  sup- 
porte les  frais.  Il  ne  faut  que  louer  davantage  le  savant  épigraphiste  de  Lycn 
de  son  dévouement  à  la  science. 

La  revue  de  M.  Allmer  ne  sera  pas  longtemps  seule  à  moissonner  le  champ 
de  la  Gaule  romaine.  Notre  collaborateur  M.  Florian  Vallentin  va  fonder,  avec 
le  concours  de  deux  épigraphistes  éprouvés,  MM.  Mowat  et  Héron  de  Ville- 
fosse,  une  Revue  hpigraphiaue  de  la  Gaule.  Cette  revue  sera  la  revue  gallo- 
romaine  par  excellence,  et  elle  rendra  les  plus  grands  services.  Le  prix  de 
l'abonnement  est  fixé  à  1 5  fr.  par  an  pour  la  France  et  l'étranger.  On  peut 
s'abonner  dès  maintenant  soit  chez  M.  Savigné,  imprimeur  à  Vienne  (Isère), 
soit  chez  M.  Champion,  libraire,  i$,  quai  Malaquais,  à  Paris. 


M.  Rhys  prépare,  pour  la  Society  for  promoting  Christian  Knowledge,  un 
volume  sur  l'histoire  primitive  de  la  Grande-Bretagne,  en  s'arrêtant  à  l'époque 
romaine.  M.  Rhys,  qui  connaît  la  littérature  oghamique  mieux  que  personne, 
en  tirera  certainement  de  nouvelles  lumières  pour  l'histoire.  Ce  volume  sera 
suivi  d'autres  volumes  par  d'autres  écrivains  sur  les  époques  romaine,  Scandi- 
nave et  saxonne  de  l'histoire  de  la  Grande-Bretagne. 


Dans  un  énorme  volume  qui  porte  le  titre  général  de  Transactions  of  the 
Royal  Irish  Academy,  Irish  Manuscript  Séries,  vol.  I,  part.  I,  M.  Whitley  Stokes 
vient  de  publier  le  calendrier  d'Oengus  avec  traduction,  commentaire  et  glos- 


Chronique.  473 

saire.  M.  Stokes  a  l'intention  de  donner,  dans  un  prochain  numéro  de  notre 
revue,  une  édition  refondue  de  la  préface  de  son  édition.  Ce  sera  le  meilleur 
compte-rendu  que  nous  puissions  donner  de  cette  importante  publication,  et 
dans  cette  attente  nous  prions  le  lecteur  de  prendre  un  peu  patience. 


La  Société  Gaélique  d'Inverness  continue  sa  carrière  d'activité  et  de  pros- 
périté. Nous  avons  reçu  son  volume  VIII  pour  1878-9,  dont  le  contenu,  suivant 
l'usage,  est  des  plus  variés.  Le  compte-rendu  du  dîner  annuel  avec  ses  poésies 
gaéliques  et  ses  discours,  les  uns  gaéliques,  les  autres  anglais,  y  tient  une  large 
place.  Parmi  les  articles,  nous  avons  surtout  remarqué  une  étude  de  M.  James 
Barron  sur  la  province  de  Moray,  l'histoire  d'un  régiment  écossais,  un  article 
très  sage  et  très  critique  de  M.  C.  S.  Jerram  sur  la  méthode  à  suivre  dans  les 
étymologies  celtiques  et  une  série  de  communications  de  M.  William  Mackenzie 
sur  des  poésies  gaéliques  inédites;  M.  Mackenzie  y  a  joint  quelques  charmes, 
en  gaélique  eolais,  qu'il  eût  bien  fait  d'accompagner  d'une  traduction  anglaise 
pour  les  amis  du  Folk-Lore.  —  La  préface  de  ce  volume  contient  d'intéres- 
sants détails  sur  l'activité  littéraire  des  écrivains  celtiques  de  l'Ecosse.  Les 
Gaels  écossais  combattent  vaillamment  pro  aris  et  focis  ! 


Griffith  Roberts  était  déjà  connu  comme  auteur  de  la  rarissime  grammaire 
galloise  dont  nous  donnons  une  réimpression  fac-similé  comme  supplément  de 
notre  revue,  réimpression  qui  sera  achevée  avec  notre  tome  V.  II  y  a  un  an.  on 
apprit  qu'il  était  l'auteur  d'un  livre  plus  rare  encore  qui  se  trouve  dans  la  riche 
bibliothèque  du  prince  Louis-Lucien  Bonaparte,  à  Londres.  Cet  exemplaire  est 
le  seul  que  l'on  connaisse,  et  avec  la  permission  de  son  propriétaire,  la  Société 
du  Cymmrodorion  vient  d'en  faire  faire  une  réimpression  fac-similé  '. 

Comme  l'indique  le  titre  Instruction  chrétienne,  cet  ouvrage  est  simplement  un 
court  catéchisme.  Il  ressort  de  la  préface  qu'il  a  pour  auteur  Morys  Clynoc, 
premier  recteur  du  collège  anglais  à  Rome,  et  que  Griffith  Roberts  l'a  simple- 
ment édité  en  ajoutant  une  préface  et  un  appendice.  L'ouvrage  a  été  imprimé 
en  1 568  dans  la  même  ville  que  la  grammaire  de  Griffith  Roberts,  à  Milan,  et 
avec  les  mêmes  caractères  et  la  même  orthographe  [l  pointée  pour  //,  et  u 
pointé  pour  w).  Les  bibliophiles  sauront  gré  au  prince  L.-L.  Bonaparte  et  à  la 
Société  du  Cymmrodorion  d'avoir  sauvé  de  l'oubli,  on  pourrait  presque  dire  de 
la  mort,  un  des  plus  vénérables  monuments  de  la  littérature  galloise  imprimée. 


La  même  Société  a  entrepris  de  compléter  l'œuvre  d'une  bibliographie  galloise 

1.  ATHRAVAETH  GRISTNOGAVL  1 568.  Printed  for  the  Honourable  Society  of  Cymm- 
rodorion, 1880.  vu-63  p.  (plus  12  pages  non  numérotées)  pet.  in-40. 


474  Chronique. 

entreprise  par  MM.  William  Rowlands  et  Silvan  Evans  (cf.  t.  I,  p.  281)  et 
continuée  par  ce  dernier  ici  même  (t.  I,  p.  376  ;  t.  II,  p.  30  et  346).  Cette 
bibliographie  s'arrêtera  à  1807.  date  de  l'apparition  du  3'  vol.  de  la  Myfyrian 
Archœology  :  elle  comprendra  non  pas  seulement  les  livres  écrits  en  gallois  ; 
elle  comprendra  aussi  les  livres  en  toute  langue  relatifs  au  pays  de  Galles  ou 
écrits  par,  des  Gallois.  La  Société  des  Cymmrodorion  fait  appel  pour  cette 
œuvre  aux  bibliographes  de  tous  les  pays.  Nous  lui  transmettrons  volontiers  les 
communications  qu'on  voudra  bien  nous  adresser  pour  elle. 


Pendant  le  dernier  été  (1880),  M.  Quellien  a  parcouru  une  partie  de  la 
Bretagne  avec  une  mission  du  ministère  de  l'Instruction  publique.  L'objet  de  sa 
mission  était  d'étudier  et  de  recueillir  les  mélodies  populaires  de  la  Basse-Bre- 
tagne. Les  chansons  ont  été  recueillies  et  en  partie  déjà  publiées  par  M.  Luzel 
avec  un  zèle  et  une  conscience  qui  ne  sont  plus  à  louer.  Mais  M.  Luzel  n'est 
pas  musicien  et  il  n'avait  pu  s'occuper  à  noter  les  airs.  C'était  là  une  grave 
lacune  au  point  de  vue  de  l'art  populaire  :  elle  sera,  pour  une  bonne  partie, 
comblée  par  les  recherches  de  M.  Quellien,  qui  est  musicien  autant  que  poète. 
Nous  aurons  occasion  de  revenir  sur  ce  sujet  quand  le  rapport  de  M.  Quellien 
aura  paru  dans  les  Archives  des  Missions. 

H.  G. 


NÉCROLOGIE. 


Le  pays  de  Galles  a  été  récemment  ému  par  la  mort  d'un  homme  qu'on 
regardait  depuis  longtemps  comme  un  Mécène  de  la  littérature  galloise,  M.  Wil- 
iiam-Watkin-Edvvard  Wynne,  mort  le  9  juin  1880,  à  Peniarth,  dans  sa 
79e  année.  M.  Wynne  était  le  possesseur  de  la  précieuse  collection  de  manus- 
crits gallois  connue  sous  le  nom  de  'Collection  d'Hengwrt',  collection  formée  au 
XVIIe  siècle  par  Robert  Vaughan  d'Hengwrt.  M.  Wynne  a  peu  écrit,  mais  il  a 
collaboré  par  ses  conseils  et  par  ses  notes  à  plusieurs  ouvrages  d'histoire 
locale  et  héraldique  :  il  a  donné  plusieurs  articles  à  VArchœologia  Cambrcnsis.  Il 
s'intéressait  beaucoup  à  l'architecture  ecclésiastique,  et  on  doit  à  son  initiative 
la  restauration  des  églises  de  Llanaber  et  de  Llanegryn. 

—  Notre  revue  vient  de  perdre  un  de  ses  premiers  et  plus  appréciés  collabora- 
teurs, et  la  Bretagne  un  homme  qu'elle  ne  remplacera  pas  de  longtemps; 
M.  René-François-Laurent  Le  Men,  archiviste  du  Finistère,  est  mort  le  2  sep- 
tembre 1880  à  Quimper,  à  l'âge  de  $6  ans. 

La  carrière  de  M.  Le  Men  s'était  passée  tout  entière  dans  le  pays  de  sa 
naissance.  Après  avoir  traversé  l'administration  de  l'enregistrement,  il  suivit 
quelque  temps  les  cours  de  l'école  de  médecine  de  Brest,  puis  devint  professeur 
d'anglais  au  collège  de  Quimper  et  bibliothécaire  de  la  ville.  En  1853,  il  était 
nommé  archiviste  du  Finistère  et  il  se  consacrait  définitivement  à  l'histoire  et  à 
l'archéologie  de  la  Bretagne.  Il  apportait  à  ces  recherches  une  exactitude  et 
une  netteté  d'esprit  qui  firent  bientôt  de  lui  un  des  meilleurs  historiens  et  des 
meilleurs  archéologues  de  la  Bretagne.  Sa  santé,  de  bonne  heure  ébranlée,  ren- 
dait ses  publications  plus  rares  que  ne  le  souhaitaient  ses  amis  ;  mais  l'activité 
de  son  esprit  n'en  était  pas  diminuée.  C'est  M.  Le  Men  qui,  il  y  a  quelques 
années,  créa  de  toutes  pièces  le  musée  archéologique  de  Quimper  ;  c'est  aussi 
principalement  à  son  initiative  qu'est  due  la  fondation  en  1874  de  la  Société 
archéologique  du  Finistère.  Le  vide  laissé  par  la  mort  de  M.  Le  Men  sera  d'au- 
tant plus  vivement  senti  que  les  historiens  et  les  archéologues  se  font  rares  en 
Bretagne. 

M.  Le  Men  a  publié  les  ouvrages  suivants  : 

Le  Catholicon,  de  Jehan  Lagadeuc,  dictionnaire  breton,  français  et  latin, 
d'après  l'édition  de  Tréguier  (MCCCCXCIX),  1  vol.  in-8»,  Lorient.  C'est  la 


476  Nécrologie. 

publication  de  cet  ouvrage  qui  a  amené  à  la  barre  de  la  critique  la  cause  de 
l'authenticité  du  Barzas-Breiz. 

Histoire  de  l'abbaye  de  Sainte-Croix  de  Quimperlé,  par  dom  Placide  Le  Duc, 
bénédictin  de  Saint-Maur,  avec  supplément,  notes  et  pièces  justificatives, 
i  vol.  in-8°,  Quimperlé. 

Etudes  historiques  sur  le  Finistère,  Quimper,  1875,  1  vol.  in- 18. 

Monographie  de  la  cathédrale  de  Quimper,  Quimper,  1877,  1  vol.  in-8",  avec  plan. 

M.  Le  Men  a  en  outre  publié  un  certain  nombre  de  mémoires  et  d'articles 
dans  la  Revue  archéologique,  dans  YArchaologia  Cambrensis,  dans  la  Revue  celtique 
et  dans  les  publications  périodiques  de  la  Bretagne,  notamment  dans  le  Bulletin 
de  la  Société  archéologique  du  Finistère  qu'il  avait  fondée. 

—  M.  Louis-Félicien-Joseph  Caigxart  de  Saulcy,  né  à  Lille  le  19  mars 
1807,  mort  à  Paris  le  4  novembre  1880,  était  un  de  ces  nombreux  érudits  que 
l'armée  française  a  donnés  à  la  science.  Ancien  élève  de  l'École  polytechnique, 
il  avait  quitté  le  service  militaire  avec  le  grade  de  commandant.  Il  était  membre 
de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres  depuis  1842  et  il  avait  été  pré- 
sident de  la  Commission  de  la  topographie  des  Gaules.  Il  avait  formé  une  col- 
lection tout  à  fait  unique  de  monnaies  galloises  qui,  en  1873,  fut  achetée  par 
l'État  (cf.  t.  II,  p.  145).  M.  de  Saulcy  a  marqué  sa  trace  dans  toutes  les 
branches  de  la  numismatique  où  son  autorité  était  incontestée.  Il  était  égale- 
ment versé  dans  l'archéologie  sémitique  et  il  avait  apporté  un  important  concours 
au  déchiffrement  des  inscriptions  cunéiformes.  Mais  nous  n'avons  à  mentionner 
ici  que  celles  de  ses  publications  relatives  à  la  Gaule.  En  voici  la  liste  complète 
que  nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  Gustave  Schlumberger. 

Numismatique. 

1836.  Monnaies  des  Leuks  ou  Leuquois  (Rev.  numism.  française,  t.  I,  1836, 
p.  162-174). 

1837.  Restitution  aux  Lexoviens  de  la  monnaie  attribuée  par  le  baron  Mar- 
chand aux  Gaulois  Éduens  et  nouvelle  monnaie  de  la  même  nation  (Rev.  numism. 
fr..  1837,  p.  6  à  1$). 

1840.  Sur  une  dissertation  de  M.  de  Crazannes  sur  les  monnaies  gauloises  au 
type  de  la  roue  (Ibid.,  1840,  p.  451  à  456). 

1857.  Semis  inédit  des  Lexovii  (Ibid.,  1857,  p.  403  à  407). 

1858.  Deniers  gaulois  à  la  légende  KAAGT  GAOY  (Ibid.,  1858,  p.  281  à 
389). 

Série  de  XXVI  lettres  sur  la  numismatique  gauloise  (série  très  importante, 
le  principal  travail  de  M.  de  Saulcy  sur  la  monnaie  gauloise)  dans  la  Revue 
numismatique  de  1858,  1859,  1860,  1861,  1862,  1863,  1864,  1866,  1867. 

1860.  Lettre  à  M.  le  général  Creuly  sur  la  numism.  gauloise  à  propos  de  la 
position  d'Alesia  (Rev.  archéol.  n.  s.,  t.  I,  p.  261  à  275). 

1866.  Aperçu  général  sur  la  numism.  gauloise,  inséré  au  Dict.  archéol.  publié 
par  la  Commission  de  la  topog.  des  Gaules  (Revue  archéol.,  1866,  t.  XLV, 
p.  400  à  418). 


Nécrologie.  477 

1866.  Note  sur  les  monnaies  gauloises  et  romaines  trouvées  à  Alise-Sainte- 
Reine  (Inséré  au  t.  II  de  l'Histoire  de  César  par  Napoléon  llli. 

1867.  Catalogue  des  monnaies  frappées  par  les  chefs  gaulois  cités  dans  les 
Commentaires  de  César  (Inséré  dans  l'Annuaire  de  1867  de  la  Soc.  française  de 
numism.  et  d'archéol.). 

1867.  Note  sur  les  monnaies  émises  par  le  chef  Arda,  de  la  ligue  belge,  cité 
par  Dion  Cassius  (Avait  été  rédigé  à  cette  époque  pour  le  Bulletin  archéol.  du 
musée  Parent,  2e  fascicule;  n'a  paru  qu'en  1872  dans  la  Revue  archéologique, 
numéro  d'avril). 

1866  et  1867.  Série  de  notices  sur  la  numism.  gauloise  insérées  à  leur  rang 
alphabétique  dans  le  Dict.  archéol.  publié  par  la  Commission  de  topographie 
des  Gaules. 

1869.  Lettre  à  M.  A.  Bertrand  sur  la  trouvaille  de  139  statères  globuleux  à 
la  croix,  faite  à  Sainte-Preuve,  canton  de  Sissonne  (Aisne)  (Revue  archéol.  de 
1869). 

Archéologie. 

Lettre  à  M.  Penguilly-Lharidon  sur  les  fouilles  opérées  dans  quelques  tumuli 
gaulois  aux  environs  de  Contrexeville  (Rev.  archéol.,  n.  s.,  t.  IV). 

Note  sur  les  fouilles  de  la  plaine  des  Laumes,  insérée  au  Bulletin  mensuel  de 
l'Acad.  des  inscriptions,  et  dans  la  Rev.  archéol.  de  1861. 

Note  sur  la  nécropole  de  Bruilly  et  sur  celle  du  bois  de  la  Perrouse,  dépen- 
dant d'Auvenay  (Rev.  archéol.,  n.  s.,  t.  IV). 

Lettre  à  M.  Ed.  Fleury  sur  le  camp  de  Mauchamps  (Journal  de  l'Aisne  du 
7  mai  1862). 

Réponse  à  une  lettre  de  M.  Maudheux  au  sujet  des  fouilles  de  Dombret  et 
Suriauville  (Rev.  archéol.,  nouv.  série,  t.  V). 

Note  sur  les  fouilles  faites  dans  les  tumuli  de  Sauville  (Vosges)  (Ibid.,  1866, 
t.  XLVI). 

Note  sur  l'inscription  de  l'arc  d'Orange  (Ibid.,  1866). 

Lettre  sur  l'arc  d'Orange  à  M.  de  Caumont,  insérée  au  Bulletin  monumental 
de  1867. 

Fouilles  des  tumuli  dans  les  Vosges  et  la  Côte-d'Or  (Rev.  archéol.  de  1867). 

Histoire. 

La  première  bataille  de  Paris  (Revue  contemporaine,  1857,  p.  707  à  724). 

L'opinion  de  M.  Quicherat  sur  la  bataille  entre  Labienus  et  les  Parisiens 
(Rev.  archéol.,  t.  XXIX,  p.  228  à  242). 

Les  expéditions  de  César  en  Grande-Bretagne  (Rev.  archéol.,  1860,  t.  I, 
3  articles). 

Guerre  des  Helvètes,  première  campagne  de  César  (Ibid.,  t.  II,  3  articles). 

Bataille  d'Octodure  (Ibid.,  1861,  t.  III  et  IV,  deux  articles). 

Les  campagnes  de  César  dans  les  Gaules.  Paris,  Didier,  in-8°,  1860. 

Dans  le  Journal  des  Savants,  nos  de  janvier,  février,  septembre,  octobre  1880, 
articles  sur  le  musée  de  Saint-Germain,  la  salle  de  l'arc  d'Orange,  la  salle 
d'Alesia. 

Rev.  Celt.  IV  ->2 


478  Nécrologie. 

—  Nous  devons  enfin  annoncer  la  mort  de  M.  Jean-François-Joseph  Encina, 
mort  à  Paris  le  23  octobre  1880,  à  l'âge  de  49  ans.  M.  Encina  était  un  gra- 
veur habile,  fort  estimé  des  archéologues  et  particulièrement  des  numismatistes. 
Notre  revue  lui  doit  la  gravure  du  bois  que  l'on  voit  en  tête  de  notre  premier 
volume,  p.  2,  et  qui  accompagnait  un  article  de  M.  de  Barthélémy  sur  Dis  Pater, 
Dieu  gaulois  de  la  mort.  M.  Encina  avait  mis  son  nom  au  bas  de  son  œuvre, 
suivant  l'usage  des  graveurs.  On  sait  que  ce  nom  fut  pris  par  un  savant  linguiste 
pour  celui  du  dieu  de  la  statuette  et  que  ce  linguiste  fit  une  docte  dissertation 
pour  établir  que  ce  nom  gaulois  signifiait  «  sœva  nécessitas  »'.  Le  prétendu 
nom  de  dieu  gaulois  était  la  signature  de  M.  Encina,  dont  la  famille  est  origi- 
naire d'Espagne  et  dont  le  nom  signifie  en  espagnol  «  chêne  ».  Sœva  Néces- 
sitas! Cette  étymologie  était-elle  un  augure?  M.  Encina  a  été  frappé  d'une 
attaque  d'apoplexie  chez  M.  de  Barthélémy  (Dis  Pater)  où  il  se  trouvait  en  visite. 

H.  G. 


1 .  On  peut  voir  cette  dissertation  à  la  fin  de  notre  brochure  :  Esquisse  de  la  religion 
des  Gaulois,  Paris,  Fischbacher,  1879  :  cf.  plus  haut,  p.  112. 


ADDENDA  ET  CORRIGENDA. 


TOME   IV. 


P.  202,  n.  i.  Notre  ami  M.  Reinhold  Kœhler  nous  apprend  que  dans  une 
revue  allemande  que  malheureusement  nous  n'avons  pas  occasion  de  voir,  les 
Beitrœge  zur  Geschichte  der  dcutschcn  Sprache  und  Literatur,  publiée  à  Halle  par 
MM.  Paul  et  Braune,  il  a  paru  une  importante  étude  de  M.  E.  Kœlbing  sur  la 
légende  d'Amis  et  d'Amiles,  t.  IV,  p.  271-319. 

P.  209,  n.  1.  A  propos  de  cette  note,  M.  Kœhler  nous  fait  remarquer  que 
les  paroles  de  l'Écriture  (mali  non  valde,  mali  valde,  boni  non  valde)  citées 
plus  loin,  p.  251,  méritent  d'être  citées  par  voie  de  comparaison  et  d'explica- 
tion. 

P.  303.  Le  fragment  de  Trêves  ne  se  rapporte  pas  à  la  légende  de  sainte 
Nonne,  comme  nous  avons  eu  le  tort  de  le  dire  d'après  M.  Max  Keuffer,  mais 
à  la  légende  de  Marie-Madeleine,  telle  qu'on  la  trouve  dans  la  Légende  dorée  de 
Jacques  de  Voragine  (cf.  Romania,  t.  IX,  p.  491). 

P.  302,  1.  7  avant  la  fin,  lire  :  «  Benfeld  ».  —  A  l'occasion  de  la  collection 
de  Dornach,  M.  Ristelhuber  nous  apprend  qu'il  a  publié  une  petite  notice  sur 
le  Dr  Schnceringer  et  sa  collection  dans  sa  Bibliographie  alsacienne  de  1869, 
publiée  en  1870. 

ERRATUM  DU  T.  II. 

P.  384,  I.  23,  for  'abhorrence'  —  read  'contempt' 

ERRATA  DU  T.  III. 

P.  177,  1.  9,  for  'side'  —  read  'shoulderblade' 
P.  187,  1.  17,  for  'routs'  —  read  'onsets' 

ERRATA  DU  T.  IV. 

P.  134,  1.  14,  lire  :  Baumburg. 

P.  138,  1.  4,  lire  :  à  droite. 

P.  245,  lire  dans  l'inscription   MAGIVSA  et  restituer  ainsi   les  deux   lignes 

suivantes  : 

Le  premier  éditeur,  M.  de  Caumont,   avait  remplacé  MAGIVSA 

par  MAGIVSIA  et  LIB  par  SIBI  qui  n'avait  aucun  sens. 

TIDINGS   OF   DOOMSDAY. 

P.  247,  1.  8,  for  'David'  —  read  'living  God' 
P.  248,  1.  1,  for  lcuin'  —  read  '7  cuin' 


480  Addenda  et  Corrigenda. 

P.  248,  1.  13,  for  'thardsaid'  —  read  'thârdsaid' 

—  1.  27,  for  ccia'  —  read  icid' 
P.  249,  1.  1,  before  'when'  —  insert  'And' 

—  last  line,  before  'silent'  —  omit  'not' 
P.  250,  1.  7,  for  'uathmar'  —  read  'ûathmar' 

—  1.  21,  for  iriam'  —  read  lriam' 
P.  25 1,  1.  9,  for  'the'  —  read  'this' 

—  1-13,  before  'not'  —  insert  'who  are' 

—  1.  18,  for  'the'  —  read  'their' 

—  —     for  'which  is  greatest  they  could'  —  read  'the  greatest  they  can' 

—  1.  26,  for  'and'  —  read  'so  that' 

P.  252,  I.  14,  for  'distartsat'  —  read  idiatartsat' 

—  I.  19,  for  'inchuaird'  —  read  'imchuaird' 
P.  254,  I.  4,  for  'rnalin'  —  read  '■rnulind' 
P.  255,1.  18,  for  'open  mouth'  —  read  'gullet' 

—  1.  20,  for  'maiming'  —  read  'wounding' 

—  1.  3 1 ,  for  'high  kingdom'  —  read  'sovranty' 

—  I.  33,  34  for  'appointing  the  habitation  of  —  read  'decreed  to  inhabit' 

—  1.  36,  for  'to  glory,  to   honour,  to   vénération'  —  read  'with   glory, 

with  honour,  with  vénération' 
P.  256,  1.  2.  for  'anrig'  —  read  'arrig' 

—  1.  5,  to  'doinmige'  (  =  dôinmiche  Z2,  81 1)  add  a  foot  note  'Facs.  dôim 

mige' 

—  1.  27,  for  'nanâem  trinoti'  —  read  lnanôemtrinoti' 
P.  257,  I.  7,  for  'need'  —  read  'greed' 

—  1.  13,  for  'honeyed'  —  read  'soothing  (?)' 

—  1.  19,  for  'the  kingdom'  —  read  'heaven' 

—  —    for  'end'  —  read  'finish' 

—  1.  2i,  for  'this'  —  read  'the' 

O'CLERY'S    1RISH    GLOSSARY. 

P.  354,  1.  6  from  bottom,  for  'Festilogy'  —  read  'Calendar' 

P.  3  59,  1.  2  from  top,  for  'Cv.'  —  read  lGr.' 

P.  360,  1.  2,  add.  'Achall  ar  aicce  Temuir'  LL.  iéi.  a.  44. 

—       1.  22,  add.  'Fél.  Prol.  339.' 
P.  361,  1.  20,  for  ltjer'  —  read  isaer' 
P.  362,  1.  2,  for  '20'  —  read  '21' 
P.  399,  1.  i,  read  lcondercintliud' 
P.  401,  1.  15,  for  'to  endure'  —  read  'intolérable' 


Le  gérant  :  F.  VIEWEG. 


Imprimerie  Daupeley-Gouverneur,  à  Nogent-le-Rotrou. 


PB  1001    .R5  V.4     SMC 
Revue  celtique 


Does  Not  Circulate 


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